J’ai testé pour vous… la vie à l’hôtel avec trois enfants

Les enfants et moi, on est devenus potes avec toutes les femmes de ménage. (Et même le mec de la maintenance depuis qu’ils ont détraqué les rideaux et le miroir.) Les femmes de ménage connaissent nos âges et nos habitudes. Elles me regardent d’un œil étonné faire nos lessives et mitonner nos petits plats. Elles me demandent parfois comment je fais, avec trois enfants, pour ne pas en oublier un ici ou là. Dans le pays de l’enfant unique –bien que la politique ait été récemment assouplie- les familles nombreuses intriguent toujours.

 

La vie à l’hôtel avec trois enfants, un quotidien en dehors des normes…

Ca fait plus d’un mois qu’on vit à l’hôtel. Il nous reste encore au moins deux semaines à tirer. Au début c’était rigolo, c’était une nouvelle aventure. Après c’est devenu le quotidien, juste, en un peu plus compliqué. La journée il y a l’école, le boulot, les courses et les lessives. Le soir, les devoirs, les bains, l’histoire et au dodo.

Alors bien sûr, on fait un peu tâche, ici. Dans cet hôtel d’une banlieue industrielle de Nanjing, ils sont plus habitués aux ingénieurs en business trip qu’aux familles à enfants multiples. On l’a tout de suite vu le soir où on est arrivés à minuit passé, avec nos treize valises et notre progéniture. Miss-Trois gémissait de fatigue. Le manager nous a accueillis et installés. Il était très avenant. « Et maintenant, si vous voulez bien vous rassembler et sourire, on va faire une petite photo. J’aime beaucoup faire des photos avec les clients qui viennent pour de longs séjours… » Il a bien dû voir que moi je ne souriais pas tellement, parce que finalement il nous a dit d’aller coucher nos enfants. Une sage suggestion.

Mais, quand même, une demi-heure plus tard, alors qu’on venait tout juste d’endormir tout le monde, il est revenu frapper à la porte pour nous offrir un plateau de fruits. « C’est pour vous souhaiter la bienvenue! » Clairement, ce mec n’a pas d’enfants.

 

Où l’on apprend à s’organiser dans des conditions temporaires

En toute objectivité, l’hôtel est très confortable et tout le monde est très gentil avec nous. Mais c’est un hôtel. Pas la maison, quoi. J’ai retrouvé une cuisine de la taille de quand j’étais étudiante. Sauf que maintenant je fais à manger pour cinq. Et en respectant le dogme du « cinq fruits et légumes »… soient vingt-cinq fruits et légumes par jour! Yavait même pas de poubelle dans la kitchenette au début. Même que les femmes de ménage ont un peu paniqué quand elles ont vu mon tas d’épluchures. Alors elles m’ont upgradée illico et donné un sac poubelle en bonus!

J’ai cinq bols, deux saladiers, cinq paires de baguettes, une louche et quelques cuillères pour faire tourner la baraque. Et la dame de la réception a fait une drôle de tête quand je lui ai demandé une casserole, comme indiqué sur le dépliant. Par sagesse, je me cantonne aux plats bouillis, et aux légumes pas trop odorants, vu que je suis la seule cliente à faire sa popote. Parfois en rigolant, j’imagine l’odeur que ça ferait l’étage si je nous cuisinais un bon gros chou-fleur ou un poisson frit! Du coup, les jioazi, les raviolis chinois sont devenus des alliés de choix. Je les achète congelés et les mets à l’honneur sur notre table au moins un soir sur deux!

 

Les succès mitigés de mes premières expéditions « repas »…

Pour pimenter le quotidien, je rapporte parfois des plats de l’extérieur. Mon premier essai a été désastreux. Au sortir de l’école, j’ai traîné trois enfants affamés et fatigués, à la recherche de notre pitance. Je suis arrivée à l’heure du coup de feu. Des clients qui se pressaient pour commander. Plus une table de libre. J’ai dû jouer des coudes pour obtenir quelques bouillons aux nouilles et des pains vapeur à emporter. Au milieu des lamentations de Miss-Trois qui ne souffre ni l’attente, ni les foules. J’ai hérité de deux soupes brûlantes dans des récipients qui ne fermaient pas, dans des sacs plastiques tout mous. La serveuse a fait semblant de ne pas me comprendre quand je lui ai dit que c’était un problème. Trois fois. J’ai eu envie de pleurer alors je suis partie. Quand les garçons m’ont bousculée pour entrer dans la chambre, j’ai renversé la soupe.

Restaurant - Nanjing

Cela dit, les enfants ont adoré le repas. Ils se sont resservis plus qu’à l’habitude. Et il n’en n’est plus assez resté pour Papa-Tout-Terrain, qui a dû finir de se caler avec des pistaches, cadeau de son entreprise pour le Nouvel An Chinois. Une aubaine!

 

Du bon choix horaire…

Forte de cette expérience ratée, j’ai décidé d’organiser les repas dans la journée, à l’heure où les garçons sont en cours. Surfant sur une logistique allégée, me voici à trois heures de l’après-midi devant un restaurant proche de l’école. (Les élèves sont relâchés à trois heures quarante.) « Mais ma petite dame, on ne cuisine pas, à c’heure! Y a pas un client qui veut manger au milieu de l’après-midi! Du coup on n’a pas de cuisinier! » Même réponse dans tous les boui-bouis voisins. Ce soir-là, on a encore mangé des jiaozi.

Restaurant - Nanjing_2

Je n’ai point rendu les armes pour autant. Au troisième jour, j’ai décidé, du coup, de m’approvisionner pendant le créneau de midi. Midi, ça ne tombe pas très bien, c’est l’heure de la sieste de Miss-Trois. Mais c’est aussi l’heure où le reste du monde mange. Je ne pouvais pas me tromper! Il n’y a pas grand-chose d’intéressant du côté de l’hôtel, alors d’un coup de métro, j’ai relié un petit quartier voisin bien plus pittoresque.

 

Le restaurant tant attendu…

Bon, en fait, j’avais pas très bien évalué les distances sur la carte. Il restait encore un bon kilomètre à parcourir à pied. Au milieu d’une immense route d’aspect communiste, déserte de piétons. Le paysage n’était pas très intéressant, alors Miss-Trois a profité du ballottement de mes pas pour piquer un roupillon. Faut dire qu’en plus, elle n’avait pas très bien dormi la nuit précédente. A deux heures et demie du matin, elle s’était rendu compte que son pyjama avait des poches et ça l’avait mise en joie. Elle m’avait parlé de ses poches pendant plus de deux heures. Même qu’elle voulait des pièces pour mettre dans ses poches. Mais moi je ne voulais que dormir.

Bref, au petit matin, les poches, c’est moi qui les avais sous les yeux. Dans la fatigue et l’emballement, du coup, j’avais comme une cruche oublié d’emporter une poussette ou un porte-bébé. Alors Miss-Trois s’était juste mollement endormie en transverse, et moi je n’avais plus qu’à la porter comme un sac de pomme de terre sur mon avenue sans fin. Elle était drôlement lourde, tout de même.

Metro de Nanjing

Notre curieux équipage a finalement atteint un petit restaurant de spécialités de l’ouest de la Chine, à l’heure du déjeuner des usines alentours. Dire que nous ne sommes pas passées inaperçues au milieu de ces ouvriers mastiquant vite et fumant serait un euphémisme. J’étais ravie tout de même. Enfin de vrais plats chinois pour le repas du soir! J’ai commandé généreusement. Des légumes sautés, du tofu épicé, du riz parfumé, et un énorme ragout de poulet traditionnel. Ca nous ferait plusieurs jours. Et puis bon, chargée comme ça, je rentrerais en taxi…

 

Le pays où l’on n’attrape des taxis qu’avec un téléphone…

Sauf qu’à la sortie il n’y avait pas de taxi. Avec mes kilos de poulet et Miss-Trois sur la hanche, j’ai eu beau héler à tout va, personne ne s’est arrêté. Toujours cette histoire d’appli absolument nécessaire pour appeler les chauffeurs. A toute vitesse, j’ai élaboré une stratégie d’urgence en avisant un abribus un peu plus loin sur l’avenue déserte. Coup de bol, l’un des itinéraires reliait bien mon hôtel!

Festin a Emporter - hôtel avec trois enfants

Moi, ma fille et ma volaille, on se retrouve donc a attendre le bus. Longtemps quand même. Arrive un vieux monsieur. Comme il n’y a pas beaucoup de distractions alentour, on en profite pour faire connaissance. Il est retraité. Il s’embêtait alors il est passé dans une bibliothèque pas loin. (Ou peut-il diable y avoir une bibliothèque au milieu de ce nulle part?) Il rentre chez lui dans un quartier que je ne connais pas, mais de toute évidence dans la même direction que moi. Oh! Un bus! Il s’approche, portes grandes ouvertes. Je reprends mon poulet, fouille mes poches pour trouver de l’argent… Pouf, le chauffeur a déjà redémarré, nous laissant en plan, le vieux monsieur et moi. Je le regarde d’un air hébété. « On a mis trop de temps à monter. » Il n’a même pas l’air fâché. Bon.

Puisqu’on est partis pour passer encore un peu de temps ensemble, je lui raconte aussi ma vie. Après de longs instants surgit un autre véhicule à l’horizon. Dans les starting-blocks comme au départ d’un cent mètre, je cours en direction du bus dès qu’il entre dans le champ de l’abribus.

 

Dans le bus…

Mon premier objectif atteint, une nouvelle épreuve m’attend à l’intérieur. Je ne sais pas comment payer. Il y a dix ans à Shanghai, on montait par l’arrière et on donnait l’argent à une petite vieille dame assise à côté de la fenêtre. Maintenant et ici, on monte devant et on met les pièces dans une boite rouillée à proximité du chauffeur. Ou on paye avec l’appli de son portable. La Chine est pleine de paradoxes.

Les passagers commencent à râler. Je fais visiblement perdre du temps. Le vieux monsieur avec moi s’interpose. « Laissez-la s’assoir, elle a un bébé! » Je murmure des remerciements en les bénissant intérieurement. Le chauffeur du bus conduit son bolide. Ca se couche sévère dans les tournants! Une vieille voisine flatte Miss-Trois qui se réfugie direct dans mon giron. J’explique qu’elle est timide et qu’elle se réveille tout juste. « Oh!!! Elle parle chinois! Vous venez du Xinjiang? »

Le Xinjiang est la province musulmane de l’extrême ouest de la Chine. Dans cette région, certaines personnes n’ont pas les yeux bridés et parlent mandarin avec un accent marqué, souvent sans prononcer les tons. Comme moi. (C’est pas pour les copier, c’est que je ne sais pas faire autrement.) Du coup quand on me voit, on me catégorise direct comme « étrangère », puis quand on m’entend, on me re-catégorise parfois comme chinoise du Xinjiang. D’abord, c’est plutôt flatteur, et puis ca en dit long sur la diversité des accents et des dialectes de Chine.

Metro de Nanjing

« Pas du tout, reprend le vieux monsieur, elle est Française et même qu’elle a trois enfants! » Le silence se fait autour de lui, alors qu’il raconte avec force détails, réels et parfois inventés, tout ce qu’il sait de moi.

 

Tout est bien qui finit bien…

Un peu préoccupée, je scrute le paysage par la fenêtre, de peur de manquer l’arrêt de mon hôtel. J’ai d’ailleurs toutes les raisons de m’inquiéter: le bus ne ralentit même pas à proximité des emplacements balisés et poursuit sa course chaotique à une vitesse folle. (Ce n’est peut-être pas si rapide que ça en réalité, mais vu l’état des suspensions du véhicule, le ressenti est démultiplié.) Si je ne saute pas en marche au bon endroit, je vais me retrouver au fond de la campagne chinoise avec mon poulet et Miss-Trois, je serai bien incapable de jamais revenir, et dans plusieurs années, on ne retrouvera que nos os.

« C’est là! », je m’écrie très fort en voyant se découper la silhouette de mon building. Et ça marche! « C’est là! », reprennent en chœur tous les petits vieux du bus qui écoutaient mon histoire. « C’est là! C’est là! Arrêtez-vous! », enjoignent-ils le chauffard, en une joyeuse cacophonie. « Attendez bien qu’elles soient descendues pour redémarrer! » « Il y a un bébé, alors doucement! »

Je me confonds en remerciements. Tous ces vieux messieurs et vieilles dames adorables m’ont vraiment rendu un grand service. Alors que je pose enfin pied à terre, telle Shiva portant un enfant, un repas de huit plats, un sac à dos et un ragout poulet, la petite voix flutée de Miss-Trois se fend le brouhaha: « Xiexie« ! (Ca veut dire merci en chinois, s’il est besoin de traduire.) L’enthousiasme ambiant est à son paroxysme. Ravie de son effet, elle salue de la main son petit monde avec une bienveillance digne d’un monarque, alors que le bus s’efface sur l’horizon.

 

Rester résolument optimiste…

… Et puis bon, tous comptes faits, heureusement qu’on ne la vit pas si mal, la vie à l’hôtel, parce que j’ai failli avoir une attaque quand j’ai visité le chantier de notre appartement, qui doit nous être livré dans deux semaines… Pour l’anecdote, et d’après l’agent immobilier, les travaux de décoration auraient prétendument commencé il y a près d’un mois et demi…

Travaux

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Fête des lanternes et soupe de boules

J’ai failli louper ma première fête des lanternes en Chine sans même le savoir. Ce soir-là, je travaillais de nuit dans un entrepôt de la banlieue éloignée de Shanghai. A la pause de trois heures du matin, l’un des « vieux » qui travaillait là-bas depuis toujours m’a demandé l’autorisation de sortir. Je la lui ai accordée sans discuter. Les équipes ne savaient jamais trop quoi faire du repos légal du milieu de la nuit. Comment tuer une heure alors que le reste du monde était endormi? Et si l’on sommeillait, c’était au risque de traîner une langueur informe jusqu’au petit matin.

A peine dix minutes plus tard, Xiao Xiaoyuan est revenu, un bol de soupe fumant entre les mains. « C’est pour vous. » Le bouillon était clair, et émaillé de fils d’œufs. Au fond tremblotaient une dizaine de sphères blanchâtres, de la taille des calots avec lesquels je jouais aux billes, enfant. Le vieux Xiao n’était pas très bavard. Même en lui tirant les vers du nez, je n’ai obtenu qu’un complément d’information parcellaire: il avait réveillé sa femme pour me préparer cette soupe. La soupe devait être importante, donc. Puis il s’est esquivé aussi vite que possible. Il n’était jamais très à l’aise avec moi…

Bientôt, la porte s’est rouverte en un fracas jovial. « Ah, je vois que vous avez eu de la soupe de boules! ». Effectivement. Culinairement parlant, la langue chinoise est souvent très descriptive. Ce plat ne dérogeait pas à la règle. Le nouveau venu était Petit Chen, l’un de mes chefs d’équipe. Une chance! Avec lui j’étais sûre d’avoir toutes les explications!

 

La fête des lanternes…

Petit Chen m’a conduite dehors pour me montrer une palette abîmée. Et la lune. « Vous voyez, c’est la pleine lune, ce soir. C’est la première pleine lune du premier mois de l’année du rat. (On était en 2008). Ce soir, en Chine, c’est la fête des lanternes. »

1 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

En chinois, la fête des lanternes s’appelle 元宵节 (yuán xiāo jié), ce qui signifie textuellement, « la fête de la première nuit ». Sa date se calcule en fonction du calendrier lunaire traditionnel. Elle tombe quinze jours après le Nouvel An Chinois. C’est une fête qui célèbre l’unité de la famille, symbolisée par le cercle parfait de la lune, et que l’on retrouve aussi dans la forme des lanternes sphériques que l’on allume ce jour-là.

 

… et son incomparable soupe de boules…

Et surtout, c’est le soir où l’on partage la soupe de boules, 汤圆 (tāngyuán). (Ma gourmandise m’emportera.) Notez une fois encore la rotondité du mets, symbole de réunion et d’harmonie familiale. Les boules sont de petites sphères de farine de riz, fourrées d’une pâte sucrée, souvent à base de pavot ou de cacahuète. Depuis quelques années, les rayons des supermarchés ont aussi vu fleurir des boules à la confiture de fraise ou à la bouillie d’ananas artificiel. Mais ce n’est ni bon, ni vraiment traditionnel. Le marketing moderne fait des dégâts partout…

De l’extérieur, les boules sont mi-fermes, mi-élastiques. Quand on les prend en bouche, ça n’a pas tellement de goût. On reste dans l’expectative. Puis on croque et c’est l’explosion. Un cœur tout fondant, goûteux, crémeux, et croustillant d’éclats de sucre cristallisé. Un régal!

2 - Fete des lanternes et soupe de boules

Dans un esprit de sacrifice certain, je m’en suis déjà préparée une hier soir pour la photographie. C’est délicieux et addictif. Une chance finalement que la fête des lanternes tombe aujourd’hui, car ce soir, on remet le couvert!

Réunions et sorties familiales pour la fête des lanternes

Après le repas, beaucoup de familles se retrouveront dans des espaces publiques ou des temples, pour profiter de grandes expositions de lanternes illuminées. Chaque grande ville a plus ou moins la sienne, aux vues des informations relayées dans la presse chinoise. Il y a quelques semaines, nous avions pu admirer de jour les lanternes du temple de Confucius, à Nanjing. C’était tres joli, monumental et plein de lanternes. A la tombée du jour, tout s’illumine. J’imagine que l’ensemble doit être incomparablement plus beau de nuit.

3 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

J’ai posé la question à plusieurs personnes. Ce soir, c’est donc bien au temple de Confucius qu’il faut être. Tout Nanjing y sera! (Et Nanjing compte huit millions d’habitants.) Or, Papa-Tout-Terrain travaille ce soir. Alors c’est décidé! On ne me refera pas le coup de Loy Krathong! Ce soir, je mets les enfants au lit et je vais me gaver de soupe de boules, toute seule, bien au chaud dans mon fauteuil!

Une belle fête des lanternes à vous, mes amis!

 

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Quand j’étais une toute petite fille, tu me montrais comment cueillir les haricots et mettre des tuteurs aux plants de tomates. Tu me disais aussi, mi canaille, mi poète, qu’il faut toujours parler aux plantes vertes lorsque qu’on les arrose. Ca je ne le fais pas, tout de même. Je crois bien que parfois tu dis des bêtises, et peut-être des mensonges.

Au moment de passer à table, nous tonitruions ton nom dans toute la maison. Dans le jardin aussi. Tu avais toujours quelque chose à faire à l’heure de manger. Je trouvais que c’était la marque d’un esprit rebelle. Et que c’était du plus bel effet.

Tu m’as fait apprendre des poèmes, et tu as lu avec moi de belles histoires. Tu m’as emmenée à la Tour Eiffel. Et à Irkoutsk, aussi. Un jour j’irai là-bas pour de vrai et j’y goûterai pour nous deux. Ensemble nous avons rêvé. Vibré du panache des héros. Tremblé face aux tourments des âmes. Tu m’as appris la délicatesse des langues, la justesse et le poids des mots. Verba volant, scripta manent. Depuis, j’ai toujours préféré l’écrit.

En filigrane, inlassablement, tu instillais en moi la persévérance dans l’effort, l’exigence, la fierté du travail achevé, la rigueur intellectuelle.

Sources

Tu as eu la bienveillance de me prendre telle quelle, d’accepter mes goûts et mes plaisirs sans rien à y trouver à redire. De t’y intéresser véritablement. Avec une belle ouverture d’esprit. De l’abnégation même, quand tu t’es enquillé La Cité de la Peur et quelques Tarantino. Je crois pouvoir affirmer que ce n’était, malgré tout, pas vraiment ta tasse de thé.

Avec générosité, tu m’as encouragée à partir au loin, à poursuivre mes amours asiatiques. Tu as été curieux de la Chine, que je t’ai racontée par petites touches. De la Thaïlande, dont je te transmettais des fragments, de-ci, de-là, sans méthode.

Tu étais un homme bon et un bel esprit. Mes oreilles résonnent encore de ta grosse voix, celle qui refait le monde avec Papa-Tout-Terrain. Et à travers les yeux des garçons qui te considèrent avec une attention admirative mêlée d’un sentiment confus de respect, je me revois, enfant. Pour eux, tu n’as jamais manqué d’un gouzigouzi coquin, un peu effrayant, mais malgré tout si tendre…

J’ai retrouvé, en marque page de l’un de mes livres, un papier de ta main. Il date de quand je suis devenue Maman pour la première fois.

Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère, d’un sourire.

Ton mot doux est passé de livre en livre, depuis pas mal d’années. Il me réchauffe quand je te frôle du regard. M’évoque cette affection qui nous lie, ta bienveillance pour ceux qui me sont chers.

De mon blog, tu étais un lecteur assidu. D’un soutien sans faille, une fois encore. Toi le fureteur, le voyageur, le curieux, j’ai aimé t’entraîner à notre suite, dans nos menues explorations. A la découverte de cultures qui nous sont chères. Reviens, parfois, prendre de nos nouvelles, depuis les étoiles. Ici, tu es chez toi.

Car nous poursuivons l’aventure. Avec toi dans un coin de nos cœurs. Heureux de t’avoir connu. Fiers d’avoir grandi à tes côtés. Riches de souvenirs partagés. Des souvenirs extraordinaires. Nous nous les remémorerons souvent, un bon verre à la main, un sourire dans la poitrine.

Ce soir, au fond de mon cœur, je brûlerai pour toi un peu de papier monnaie.

Bon voyage!

 

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Souvenir de Saint Valentin en Chine

L’homme chinois n’est pas très à l’aise aux jeux de la séduction.

Parfois il y travaille. Pour des résultats plus ou moins réussis. Il y a bien longtemps, et par deux fois, deux de mes connaissances, en Chine, ont entrepris de me déclarer leur flamme. Angle d’approche imparable, les deux –en deux occasions distinctes, naturellement- m’ont demandé de les épouser. Comme ça, pouf. De but en blanc. J’ai tout fait pour ne pas les froisser. Il y avait un bel effort. Mais c’était non malgré tout. D’autant que nous ne nous connaissions à peine.

Je ne leur jette pas la pierre. Leur culture, leur histoire et leur société ont été érigées depuis des millénaires sur les mariages de raison. Très souvent des mariages arrangés. Même combat pour l’institution communiste et ses unions administratives, fondées sur la stabilité matérielle.

Etudiante à Shanghai, les mémés de mon quartier avaient un temps entrepris de me marier. Elles m’ont proposé de rencontrer des jeunes gens biens sous tous rapports. Qui avait une voiture. Qui un appartement. Quoi qu’il en soit, c’était un Shanghaien qu’il me fallait. « Si vous prenez un Shanghaien, il vous fera les courses, le ménage et la cuisine. Et il ne dépensera pas un sou de son salaire sans vous demander la permission. » Pas très romantique mais somme toute pratique!

Sur ces bases, il est assez évident que priorité n’est pas exactement donnée à la bagatelle. C’est moins vrai toutefois, pour les jeunes générations, élevées aux soaps coréens dégoulinants d’amour éperdus et d’inclinaisons aussi futiles que passagères.

Et à l’opposé, le Français…

Si le Chinois n’est guère enclin au marivaudage, dans l’imaginaire collectif, le Gaulois est tout le contraire. Prévenant, élégant, plein d’attentions délicates, séduisant, amoureux naturel… Par conséquence directe, mes voisines de Shanghai m’ont toujours envié mon Papa-Tout-Terrain de mari. « Ca se voit tout de suite qu’il est romantiiiiique! », se pâmaient-elles.

« Romantique ». C’est un mot mandarin que j’ai appris lors de mon premier jour de cours à Shanghai. Accolé à « Français », naturellement. Je ne savais pas commander un verre d’eau dans un restaurant, mais je savais dire: « Le Français est romantique. » La prof a dû se dire que je n’avais même pas besoin d’eau fraîche pour vivre et que l’amour me suffirait…

De longue date, le cinéma, les marques de luxe et la littérature ont bien entendu contribué à modeler cette illusion exquise. En plus de petits détails, de ci, de là, qui affermissent les certitudes… « Vous avez vu comme elle est belle, la femme de Sarkozy?… (Nous sommes aux environs de 2010.) Ce n’est pas un dirigeant chinois qui pourrait avoir une épouse aussi belle… Ca, c’est parce que les Français sont si romantiiiiiques… »

Souvenir de Saint Valentin en Chine

Nous voilà donc au 14 février 2013. Soir de la Saint Valentin en Chine. Il est 20h30.

Tout juste rentré du travail, mon délicieux époux sonne à la porte, un gigantesque bouquet de roses rouges dans les bras. Il est beau, Papa-Tout-Terrain. Les yeux de braise. La démarche altière. Il m’embrasse fougueusement et s’engouffre dans l’appartement.

J’ai passe la journée à lui mitonner un repas aux chandelles. Manque de chance, j’ai également quarante de fièvre. Mon amoureux fera le dressage, le service et la dégustation, alors que je me laisse mollement glisser vers le sommeil, la tête sur ses genoux. Ce n’est pas la Saint-Valentin parfaite, mais une Saint-Valentin idéale. Nous sommes ensemble, main dans la main. Et c’est tout ce qui compte. (Si tu me lis, chéri, je t’aime.)

Par notre nounou, j’ai appris le lendemain qu’un drame s’était joué, pendant ce temps-là, de l’autre côté de notre palier.

14 fevrier 2013. 20h32. Porte d’en face. Le mari sonne, les bras ballants. « Et il est où, ton bouquet? » De bouquet il n’y avait point. Mais la Shanghaienne est irascible. (C’est leur réputation partout en Chine.) Point de bouquet? Tu ne rentreras pas!… Tu as vu la taille du bouquet de notre Français de voisin? Un plus petit et tu dormiras dehors, ce soir! Et elle lui a claqué la porte au nez.

Le Chinois n’est pas romantique, mais la Shanghaienne n’a pas dit son dernier mot…

(Ceci est une histoire vraie. Il y a juste un truc bidonné dans mon billet… Qui saura le découvrir?…)

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Au revoir Thaïlande… Bonjour la Chine!

On a mis nos quotidiens dans les cartons. Puis les cartons dans le camion. Les déménageurs sont partis, ne nous laissant que des murs vides.

On a dit au revoir aux collègues, à l’école, aux amis. Essuyé quelques larmes en pensant aux beaux moments partagés.

On a rendu les clefs des voitures, les clés de la maison. Plus rien de matériel ne nous retenait en Thaïlande.

J’ai repensé aux jolis petits riens de notre vie d’ici. Ceux que je ne remarquais plus toujours mais qui me manqueraient. Aux fleurs de frangipanier tombées de l’arbre que me rapportait parfois Petit-Deux en rentrant de l’école. J’en étais tout émue à chaque fois. J’aimais l’odeur de ces belles fleurs blanches, que je portais à mon chignon pour le reste de la journée.

Au revoir Thailande - Fleur de frangipanier

J’ai jeté un dernier regard à notre arbre à mayongs. Ces petits fruits acides et âcres de la taille d’une cerise, et dont les enfants raffolaient. J’aimais beaucoup notre arbre, même si les mayongs ne m’ont jamais tellement plu. Trop acides à mon gout. Mais j’adorais voir les petits les grappiller en attendant le bus pour l’école. Souvent ils en mangeaient trop, et ca leur donnait la diarrhée.

Au revoir Thailande - Arbre a mayongs

Puis j’ai jubilé en pensant aux rats qui squattaient notre cuisine, grignotant nos réserves. Aux chauves-souris de notre grenier qui sentaient si mauvais. Puis aux centaines de geckos qui laissaient des crottes partout. Et aux serpents que nous craignions tellement. Ils ne nous manqueraient pas. Je leur ai mentalement dis au revoir avec soulagement.

Au revoir Thailande - Gecko

On n’avait plus que des porte-clefs vides dans les poches et nos treize valises. J’étais morte de trouille. Et si on faisait une bêtise? J’ai eu un peu envie de tout arrêter, de revenir en arrière, en terrain connu. Mais ça n’était plus vraiment le moment.

Nos valises

Quinze heures plus tard, 2,800 kilomètre plus au nord, et par quarante degrés de moins, nous voilà arrivés à la porte de notre nouveau chez-nous, Nanjing.

Deux de nos valises n’ont pas tenu le choc. Nous avons trois heures de retard. Notre poussette a failli finir ses jours dans une gentille famille chinoise un peu tête en l’air. Mais nous y sommes, avec le principal: nous cinq, en bonne santé, pleins d’espoir et de confiance. Avec le superflus aussi: Croque-Carotte, Où est Charlie?, Labyrinthe, Batawaf, un Rubicub, Gorilla, Pirat’Attak, Jungle Speed, l’Ile des Zertes, Petit Ours Brun, La Petite Poule qui voulait voir la Mer, et j’en passe…

Il est plus de minuit quand nous parvenons enfin à mettre les enfants au lit.

Dans une vague d’optimisme, nous avions fixé rendez-vous à l’école, pour le lendemain, à neuf heures.

Bonjour la Chine - Notre premiere vue de Nanjing

Aux premiers rayons du soleil, nous découvrons un Nanjing sous la neige. Mais l’heure tourne. Pas le temps de lambiner. Nous entraînons les enfants à peine éveillés et leurs cinq couches de pulls pour une énergique séance d’essayage d’uniformes.

170208 - La cravate

Au détour des conversations avec les personnels de l’école, nous découvrons que la Chine a beaucoup changé en cinq ans. Les téléphones portables et leurs applications polyvalentes tiennent désormais un rôle primordial dans la gestion des affaires courantes. On nous demande de scanner le QR Code d’un WeChat Account, qui nous tiendra au courant des événements de l’école… « Et pensez bien à vérifier chaque matin le niveau de pollution sur AirQuality China… » Oh, d’ailleurs, j’allais oublier, vendredi prochain, tout le monde doit venir en costume traditionnel chinois… Le plus simple est de les acheter en quelques clics sur TaoBao. Au fait, vous réglez vos uniformes avec WeChat Wallet ou AliPay?

Pris dans ce tourbillon de modernité, nous ajoutons une bonne demi-douzaine d’applications incontournables sur nos téléphones, qu’il nous faudra bientôt apprendre à maîtriser… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Bonjour la Chine - 170208 - Didi che

Loin de cette révolution technologique, dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, les enfants s’initient aux menus plaisir de l’hiver …

170208 - La buee

Quoi qu’il en soit, c’est décidé, avec ou sans applications, nous allons bien nous amuser, en Chine!

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Si Satchanalai, Le Royaume de Sukhothai pour nous seuls

Notre traversée de Sukhothai a été brève. Un peu trop à notre goût. Nous aurons malgré tout eu le plaisir de nous imprégner à nouveau de l’atmosphère et des fastes passés de cette capitale, qui rayonna jadis sur toute la région. Quoi qu’il en soit, nous tenons également à revoir Si Satchanalai, deuxième ville du Royaume de Sukhothai, et qui conserve les vestiges de plusieurs sanctuaires bouddhistes dignes d’intérêt. Les sites y sont moins courus, les édifices moins refaits. Ils ont à nos yeux quelque chose d’encore plus magique.

 

Le parc historique de Si Satchanalai

Nous y sommes déjà venus, il y a trois ans. Mais curieusement, nous ne remettons pas du tout les lieux que nous découvrons. Tout est comme neuf. Tout, sauf un petit magasin que nous reconnaissons. Nous y avions acheté un beau vase en poterie, traditionnel de la région, pour mon grand-père, et un autre pour nous.

Nous prenons quelques forces en pique-niquant à proximité d’une petite ruine, avant de démarrer les hostilités. (Pique-niquer dans les ruines, c’est de famille!) Il s’agissait peut-être d’une enceinte sacrée, jadis. Alors, bien sûr, nous resterons à l’extérieur pour nous restaurer, profitant juste de la quiétude des pierres sombres et de la beauté des rayons de soleil qui jouent avec les feuilles. Quel environnement magnifique!

Pique-nique pres d'une ruine de Si Satchanalai

L’entrée de la zone archéologique ne nous rappelle rien non plus. Apres tout, nous ne sommes peut-être jamais venus? Qu’à cela ne tienne, la découverte n’en sera que meilleure!

Le parc historique couvre l’intérieur des murailles de la ville ancienne de Si Satchanalai, qui date de la seconde moitié du XIIIème siècle. Les vestiges s’étendent sur une surface assez vaste. Il est d’usage de les visiter à vélo, ou à bord d’une sorte de vénérable bus-train. Toujours pas de vélo pour nous, alors nous demandons au bus-train de nous conduire directement à l’extrémité opposée du parc.

Notre bus-train

De là, nous prévoyons de faire le retour à pied. Visage éberlué du chauffeur. Mais vous allez revenir comment? Ben en marchant. Il n’y a pas plus de deux kilomètres, tout de même… Regard d’incompréhension mêle de pitié pour les enfants. Il consent finalement à nous abandonner en contrebas du Wat Khao Phanom Phloeng. Non sans jeter quelques regards en arrière, pour s’assurer que nous n’avons pas changé d’avis…

 

Le Bouddha solitaire du Wat Khao Phanom Phloeng

Sur le visage des garçons, on lit également la consternation. Ils ont bien compris qu’il n’y aurait pas à tortiller: on allait marcher!

Wat Khao Phanom Phloeng trône en haut de l’une des deux collines jumelles, à l’extrémité de la zone historique. Le parc n’est déjà globalement pas très fréquenté, mais cet endroit est complètement désert. La grande volée d’escalier pour accéder aux ruines doit décourager la plupart des curieux. Tant pis pour eux. Nous, nous sommes déjà tout excités à la vue du Chedi qui se dessine au sommet. Alors on fait la course dans les escaliers. J’arrive bonne dernière, mais avec l’excuse que je dois trainer dix bons kilos de Miss-Trois sur mon dos, en plus de ma carcasse.

Nos efforts sont bientôt récompensés. Nous découvrons un ravissant sanctuaire du XIIIeme siècle, relativement bien préservé. Une salle de prière aux colonnades élancées, au milieu desquelles trône un énorme Bouddha. Et un Chedi en forme de cloche. Les lumières y sont particulièrement belles, dans la moiteur de la végétation tropicale. L’ombre touffue confère une émouvante douceur à ce Bouddha solitaire, qui veille sur la colline.

Wat Khao Phanom Phloeng

Au loin, on entend des bruits saccadés. Discordants et criards, bestiaux et mécaniques. Qu’est-ce que cela peut bien être? Papa-Tout-Terrain évoque l’idée d’une moissonneuse batteuse. (Ou d’une course de moissonneuses batteuse?) Nous sommes en pleine saison de récolte du riz, et on en voit effectivement plein les champs.

 

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous continuons en direction du Wat Khao Suwankhiri, sur la seconde des collines jumelles. Il faut redescendre, puis remonter. Ca râle un peu dans les rangs. Nous nous arrêtons régulièrement pour boire car il fait vraiment chaud. Et moite. Même les arbres ont l’air torturés. Et ca sent un peu le fauve. Le bruit des moissonneuses batteuses s’est intensifié. Etrange environnement perdu, arrivé tout droit d’un coin de l’Histoire. Si je ne savais pas où nous sommes, je serais presque un peu effrayée…

Oh regarde, c’est mignon… On voit un nid dans l’arbre! Ahhh! (Ca c’est moi, qui fait des Ahhh tout attendris, dès que je vois un bébé animal… Du coup mon état d’esprit change radicalement.) Et la Maman est en train de donner à manger aux oisillons!… Les oisillons sont de belles bêtes d’ailleurs: des grues presque adolescentes. On les montre aux enfants. Tiens, l’arbre voisin abrite également un nid, remarque Petit-Un. Non pas un, en réalité, mais deux, mais trois, mais mille. La forêt est le quartier général de millions de grues blanches! Et ce sont elles, les responsables de ce tapage que nous ne parvenions pas à identifier! Et de l’odeur fétide!

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous apprendrons a posteriori que ce coin est justement fort connu pour sa population aviaire par les Thaïs… ces derniers, d’ailleurs, ne se déplaçant sur le site qu’équipés de parapluies, par mesure de protection contre les fientes!

 

La richesse des décors de Wat Khao Suwankhiri

Nous atteignons enfin le Wat Khao Suwankhiri. Curieusement, les oiseaux se désintéressent des parties historiques. Nous sommes à nouveau seuls. Face à une énorme stupa. Et une plus petite pagode, en enfilade. Notre attention est attirée par quelques objets architecturaux remarquablement préservés. Des balustrades élancées. Des portes. Mais surtout des bornes ayant conservé leurs stucs d’origine, aux motifs travaillés et élégants. C’est si rare, sur des édifices datant de la période de Sukhothai! A la finesse de ces éléments secondaires, l’on peut s’imaginer ce que pouvait être la richesse du sanctuaire!

Enceinte de Wat Khao Suwankhiri

Encore plus émouvant, nous découvrons, de part et d’autre d’une encoignure de grès, les restes de deux traditionnels Yakshas, qui gardent les portes des temples. Leurs revêtements de stuc craquèlent et laissent apparaître leurs entrailles de latérite. Ils demeurent seuls aujourd’hui, témoins d’un passé grandiose qui sombre peu à peu dans l’oubli. Mais qu’ils ont dû être beaux, dans leur temps! Quelle finesse et quelle élégance, dans les courbures de leur taille et les décors de leurs parures!

Yaksha de Wat Khao Suwankhiri

Nous nous apprêtons à redescendre quand déboule en courant un étranger en cycliste et tee-shirt moulant. Drôle d’endroit pour un jogging! « Y a quelque chose, ici? » lance-t-il dans un anglais teinté d’un fort accent méditerranéen. Nous sommes au cœur d’un sanctuaire magnifique. Je ne suis pas sûre de bien saisir sa question. Je fais un geste vague de la main. Moue déçue. « Ah… ben y a vraiment rien, alors! C’était pas la peine de venir jusque là! » Et il tourne les talons et repart comme il était venu. Nous restons plantés là, médusés. Mais comme nous sommes très polis, nous attendons qu’il disparaisse pour éclater de rire. On pense qu’il a été déçu de ne pas trouver de statue de Bouddha. C’est dommage qu’il n’ait pas regardé le reste…

Porte et Yakshas de Wat Khao Suwankhiri

 

L’imposant Wat Chang Lom

Le retour est plus laborieux. Il n’y a qu’un seul chemin, et l’on doit redescendre à nouveau pour remonter sur la première colline, avant de rejoindre le reste des vestiges. Les enfants fatiguent. Petit-Deux insiste: « On va tous se donner la main! Ca m’encouragera! » Sauf que les ruines datent d’une époque où les gens n’étaient pas bien gros, et ne marchaient sûrement pas à cinq de front. Alors ce n’est pas commode.

Petit-Un se prend les pieds dans une racine mal placée et s’entaille la main. Au milieu des crottes d’oiseaux. Les enfants jetteraient bien l’éponge mais les grands pas du tout! Il reste trois magnifiques sanctuaires à traverser. Les « Trois Gros » que viennent habituellement voir les touristes de passage. Et de toute façon, comme on a renvoyé le bus-train, il faut bien revenir au point de départ…

Arrivee sur Wat Chang Lom

Nous nous rapprochons de la masse sombre du Wat Chang Lom. Il s’agit d’un imposant Chedi du XIVème siècle, soutenu au niveau du socle par des dizaines de caryatides d’éléphants. (De façon peu originale, « Chang » signifie « éléphant » en thaï… « Chang » est d’ailleurs également le nom d’une marque de bière, bien connue localement, et qui arbore deux éléphants sur l’étiquette.)

 

Toujours se méfier de potentiels francophones…

Papa-Tout-Terrain et les deux garçons caracolent en tête. Miss-Trois s’est endormie sur mon dos et je goûte au plaisir de découvrir le sanctuaire désert, en silence.

J’entends soudain s’approcher derrière moi un groupe de touristes. « Oh! » Je reconnais l’intonation française. « Ca alors!« … Malgre moi, je tends l’oreille. « Je n’aurais jamais cru que la route était aussi proche! » Sur ces sages parole, et sans s’être plus approchés du Wat Chang Lom, ils s’en retournent vers leur bus-train. Mon premier instinct a été de les condamner. A la réflexion, je dois leur concéder que tout le monde dit un jour ou l’autre des trucs bêtes, surtout lorsqu’on se croit seul à parler français… Toujours se méfier de potentiels francophones

 

Le temple bouddhiste, un espace de vie…

Je me concentre à nouveau sur le Wat Chang Lom. L’aspect massif et monumental du sanctuaire est renforcé par les majestueux animaux de sa base. Je note avec amusement que les éléphants sont bâtis de brique, et creux à l’intérieur. Ces caryatides n’ont donc clairement qu’un rôle décoratif.

Wat Chang Lom

Arrivée au pied du Chedi, j’escalade les grands escaliers de latérite pour atteindre la partie la plus sacrée de l’édifice: une promenade circulaire longeant une succession de niches qui abritent des figures de Bouddha assis. Toutes similaires. Toutes semblent d’ailleurs également sacrées, au vues des bâtons d’encens qui y brûlent et des offrandes disposées devant les divinités.

La promenade circulaire du Wat Chang Lom est clairement également devenue un lieu de repos et de flânerie. Un moine orangé et sa famille se sont installés à l’ombre du Chedi et papotent gaiement. Très légèrement, d’ailleurs puisque le religieux est tranquillement en train de fumer sa clope… Ce ne doit pas vraiment être autorisé dans la vie monastique, vu qu’il la dissimule vivement sur mon passage.

Moine a Wat Chang Lom

Dans nos religions monothéistes occidentales modernes, il me semble qu’il existe une dichotomie très nette entre zones religieuses et zones de vie. Je ne me vois pas faire la causette dans une église ou un monastère. Chez les bouddhistes en revanche, en dehors de zones très sacrées uniquement dédiées à la prière, les temples sont souvent le cadre d’activités quotidiennes légères ou joyeuses. Peut-être à tort, j’imagine comme tel, les périmètres de nos églises, au Moyen-Age.

 

Quand les enfants fatiguent…

Les enfants, clairement, ont atteint leurs limites. Les garçons ont refusé d’escalader le Wat Chang Lom. Ils jouent avec de petits cailloux, au pied du Chedi. Nous traversons rapidement les Wat Chedi Chet Thaew et Wat Nang Phraya, qui nous ramènent à la voiture. Beaucoup de murs ont disparu. Il est difficile de juger de l’architecture et du plan de ces temples. On distingue néanmoins du grand Chedi, un gopura, ainsi que de nombreux autels périphériques abritant des figures sacrées. L’atmosphère est paisible et agréable, dans une herbe verte et fraîche.

Wat Chedi Chet Thaew

J’ai malgré tout peu de temps pour en profiter à loisir. Petit-Deux a embourbé ses sandales dans un coin de pelouse marécageux, souvenir d’inondations récentes. Lui qui déteste avoir les pieds sales… J’éponge à la feuille d’arbre et à l’herbe. C’est sec mais toujours sale. Gros sanglots. Soupir. Je dégaine mes lingettes et remets les souliers à neuf. C’est mieux mais cela n’interrompt pas les gémissements de l’intéressé. « Et mes pieds, tu as vu mes pieds?… » Re-soupir. Nouvelle lingette. Je fais les pieds, en prenant grand soin de passer entre chaque orteil. (Je la mérite, mon auréole!) C’est bon! Cette fois-ci, ça ira, même si le pauvre semble vraiment fatigué. Il est vrai que nos balades s’enchaînent à un rythme très soutenu.

Le souvenir de l’on garde d’un lieu ou l’autre est toujours très lié aux circonstances dans lesquelles on l’a traversé. La seconde partie du parc historique de Si Satchanalai m’a naturellement moins touchée, moins émue. Je crois qu’il nous faudra y retourner, un jour, pour que je puisse mieux en profiter…

 

Découverte d’un mur extraordinaire…

Nous touchons enfin presque au but. Je vois déjà le grand portail de pierre qui nous mènera au parking. J’encourage Petit-Deux de la voix. Il bande ses forces pour la dernière ligne droite. Un peu à l’écart, Papa-Tout-Terrain avise un pan de mur protégé par un toit en plastique. Je n’ai plus le courage. D’ailleurs, a-t-on idée de faire des toits aussi moches?… Papa-Tout-Terrain fait le crochet. J’entends sa voix excitée m’appeler. « Faut vraiment que tu viennes voir ca! » Devant l’urgence, je laisse tomber Petit-Deux-Aux-Pieds-Sales et fonce le rejoindre.

Découverte d'un mur extraordinaire a Si Satchanalai

Le mur est décoré de stucs magnifiques. Dans le même style que ceux que nous avions observés sur les bornes du Wat Khao Suwankhiri, mais qui cette fois couvrent un pan de mur entier! Les volutes florales ont des motifs foisonnant incroyables. Et, en certains endroits, subsistent même des touches de peinture, vives et colorées, témoins du faste et des richesses passées de ces lieux de culte vieux de cinq cent ans. De l’architecture de Sukhothai, nous n’avions jusqu’alors vu que des murs nus et dépouillés. C’est une formidable surprise et une belle découverte, qui égaient nos représentations mentales de l’époque d’une toute nouvelle dimension, plein de magnificence et d’éclat! Je ne regrette pas le détour!

 

Les ruines perdues: objet favori de nos explorations!

Retour à la voiture. Chacun a faim et soif. Bataille autour de Bertha pour savoir qui pourra boire en premier. « Oh, pouf, le bouchon est tombé! » s’exclame Petit-Un. « Pouf » répète Miss-Trois ravie. Il a roulé sous la voiture… « Ah, t’as réussi à le récupérer? Bravo! » Miss-Trois bat des mains. Ce bébé sous-titre l’ensemble de nos conversations en onomatopées et dans sa propre langue des signes. Je trouve ça adorable, en toute objectivité, bien sur!

Les enfants sont si épuisés qu’ils ne tardent pas à s’endormir, tels un seul homme. Avec Papa-Tout-Terrain, nous profitons de ces rares instants de calme pour tourner un peu autour de Si Satchanalai. Révélation! Nous reconnaissons enfin les lieux! Mais bon sang oui! C’est bien des temples que nous avions découverts, trois ans auparavant. Il s’avère que la zone, d’une grande richesse archéologique ne comporte pas un, mais trois parcs historiques. En deux passages dans la région, nous les avons tous visités, et nous garderons de très bons souvenirs de chacun d’entre eux.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Plus encore, la zone fourmille de vestiges variés, perdus dans de petits coins de campagne, où la nature reprend peu à peu ses droits. Nous nous souvenons bien de l’endroit maintenant! C’est notre péché mignon et les enfants dorment, alors nous tournons encore près de deux heures dans les sentiers et les chemins, à la recherches de ruines perdues, jusqu’aux derniers rayons du soleil.

Nos explorations de ces ruines dissimulées aux regards de tous, tapies depuis des siècles au creux d’une nature touffue et immobile, resteront parmi les plus beaux souvenirs de nos voyages à la découverte de la Thaïlande historique.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Ces merveilleuses vacances de Noël…

Les merveilleuses vacances de Noël ont toujours pour nous la saveur particulière des retrouvailles en famille, avec ceux qui nous manquent tout le reste de l’année. Ceux qu’on aimerait serrer plus souvent dans nos bras. Alors, on fait de ces congés fugaces des moments intenses de bonheur, que l’on chérira jusqu’à l’été suivant.

… Petit résumé en image de ces moments forts, en famille et en France…

D’abord, comme à chaque fois, on a commencé par les recommandations d’usage aux enfants:

Kakashke - merveilleuses vacances de Noël

… et ça a plutôt bien marché!

L'enfant mignon - merveilleuses vacances de Noël

Sur ces bonnes bases, nous avons partagé de délicieux moments en famille… On a fait de la cuisine, parlé de la naissance de Jésus et d’écologie…

Le pain d'epices - merveilleuses vacances de Noël

(Bon, certains concepts restent à approfondir et à réviser…)

On a regardé tous ensemble les photos de notre mariage…

Photos de mariage - merveilleuses vacances de Noël

… et on a surtout profité des mille petits riens qui rendent inoubliable la douceur de ces moments en famille…

Petits riens en famille - merveilleuses vacances de Noël

Comme toutes les familles qui vivent à l’étranger, rentrer en France c’est aussi avoir la faiblesse de se laisser aller à un shopping nostalgique et parfois un peu compulsif. Les réminiscences des odeurs, des couleurs, des marques de notre jeunesse sont souvent irrésistibles… Heureusement que pas mal de commerçants nous ont bien aidés à rester raisonnables…

6 - Les petits commerces - merveilleuses vacances de Noël

Dans les supermarchés, c’est pire encore. Alors qu’en Thaïlande nous ne pouvons jamais comprendre les messages attrayant des emballages, en France, nous apprécions enfin à leur vraie valeur les efforts des services marketing. De rayon en rayon, je passe de longs moments à m’extasier devant les produits révolutionnaires de l’ère postindustrielle…

6 - Les serviettes hygieniques - merveilleuses vacances de Noël

Comme toujours, pendant les vacances, on a aussi eu de petits tracas…

7 - La barbe a papa - merveilleuses vacances de Noël

… Cette fois ci, malheureusement, nous avons eu, aussi, un plus gros souci.

8a- La brulure - merveilleuses vacances de Noël

et ce n’est pas tout…

8b - La morsure - merveilleuses vacances de Noël

Miss-Trois a été bien dorlotée, a sagement gardé un gros pansement pendant près de trois semaines, et va très bien maintenant! Merci du fond du cœur a tous ceux qui l’ont si bien soignée!

Les petits ennuis ont continué sur le chemin de la maison, d’abord à la douane…

9 - Le passeport - merveilleuses vacances de Noël

Puis encore…

10 - Bertha - merveilleuses vacances de Noël

(Pour ceux qui n’ont pas suivi, Bertha est la gourde familiale. L’histoire est ici.)

Et puis encore, quelque part au dessus du Kazakhstan…

11 - Le pansement - merveilleuses vacances de Noël

Arrivés à Bangkok, on s’est finalement rendu compte que le passeport de Papa-Tout-Terrain ne tenait plus qu’à un fil. Par miracle, il a réussi à rentrer sur le territoire thaï.

Toutes les démarches administrative pour notre installation en Chine ont en revanche dû être suspendues, en l’attente d’un passeport neuf. Ca ne nous arrange pas tellement, dans une période pleine d’incertitudes. Du coup, à deux semaines de la date théorique du déménagement, nous ne savons pas du tout si nous pourrons partir dans les temps. Ou pas.

Heureusement, ces dernières semaines, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer non plus. Nous avons trié, rangé et classé le jour… et tenu la jambe à Miss-Trois la nuit. Il lui aura fallu douze jours pour se remettre du décalage horaire… Un record!

12 - Le decalage horaire - merveilleuses vacances de Noël

Quant aux garçons, ils sont revenus gâtés comme tout et ravis, mais avec une question existentielle…

13 - Les jouets par milliers - merveilleuses vacances de Noël

Merci à tous ceux avec qui nous avons passé de merveilleuses vacances de Noël!

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

8 décembre

Depuis qu’on déménage en Chine, je n’ai plus le temps de rien. Et malheureusement, surtout pas de temps pour écrire.

Mais ce soir c’est le 8 décembre…

Et comme tous les ans, un 8 décembre illuminé chez nous, bien sûr. Petit à petit, les enfants commencent à prendre part à nos traditions, en apprenant à les décrypter…

Le 8 decembre

Puisque je vous tiens, j’en ai une petite dernière, pour la route. L’histoire date du week-end dernier, quand nous avons fait la crèche…

La creche

Nous vous souhaitons une belle période de l’Avent!

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

Partagez l'article... Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email