Mai 23

La controverse du barbecue thaï en famille

Papa-Tout-Terrain est intrépide. Mais moins que moi. Si vous lui demandez son avis, il vous dira certainement que je suis une insensée téméraire, adepte des équipées les plus extravagantes avec les enfants. De la naît la controverse. Il m’accuse d’inconscience. Mais pas du tout. C’est lui qui est pusillanime. Jugez plutôt sur pièce, avec l’affaire du barbecue thaï

Nous sommes sortis, affamés, du parc de Khao Phra Wihan. La région est particulièrement reculée. Par bonheur –béni soit Google Map- je déniche un petit restaurant de derrière les fagots, visiblement réputé pour ses barbecues. Papa-Tout-Terrain fait une drôle de tête. Je crois qu’il préférerait manger un riz frit tout bête. Cette entreprise innovante lui semble fort périlleuse.

Barbecue thai des voisins

Il n’a pas forcement tort. Mais j’ai envie de nouveauté! Nous arrivons sur les lieux. C’est très sympathique, en plus! Et rural. Une grosse botte de foin bloque ma porte de voiture. Je me contorsionne pour sortir et délivrer Miss-Trois via le coffre. A moins qu’il ne s’agisse d’un acte manqué de la part de Papa-Tout-Terrain, qui aurait aussi pu garer la voiture ailleurs…

 

L’installation

Nous mangerons dans des cabanons individuels, alignés autour du corps principal de l’établissement. C’est très pimpant! Et un peu chaud, aussi, sous les toits de tôle ondulée. Papa-Tout-Terrain ne dit rien mais n’en pense pas moins. Ca se voit à sa tête. Et vu que c’est mon idée tordue, il me laisse me débrouiller seule avec la serveuse qui ne parle pas un mot d’anglais. Zut, en plus je ne vois pas de menu! Mais que diable allions-nous donc faire dans cette galère?…

Je commande de l’eau, prends un air tres digne, Miss-Trois sous le bras, et pars faire le tour des cahutes environnantes, histoire de voir ce que mangent les autres. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais, même s’il s’agit clairement d’un barbecue. Comment est-ce que je vais bien pouvoir commander?… Les voisins ne parlent pas anglais. Alors je mime avec adresse (et toujours Miss-trois à la main) la fille-qui-a-besoin-de-prendre-une-photo-de-leur-table-pour-pouvoir-commander. Je leur fais sûrement un peu peur parce que personne n’ose refuser. Je reviens avec un bon choix de tables couvertes de victuailles. Cela devrait m’inspirer dans la commande.

Barbecue thai des voisins

Quand je retourne à notre cabanon, quelqu’un a disposé sur la table un seau rempli de charbons ardents. La température a grimpé en flèche. On approche sûrement des quarante-cinq degrés. Celsius, bien entendu. Les enfants sont fascinés par les braises. Et Papa-Tout-Terrain a l’air fou de joie.

Miss-Trois semble trouver l’environnement à son goût. Elle se détend. Puis devient tout rouge. Le fumet délicat qui s’échappe alors de sa couche me confirme que c’est un code putois cynique. Mais que diable allions nous bien faire dans cette galère?

 

La commande

La serveuse arrive. Papa-Tout-Terrain prend la tête la plus absente possible. Ca marche, puisque la dame s’adresse à moi du coup. Elle me dit un truc en thaï. Je lui dis un truc en français et lui montre les photos des voisins. Elle me fait signe de la suivre. Chouette, je crois bien que je vais aller choisir en cuisine! Je jette un coup d’œil à Papa-Tout-Terrain qui regarde ses pieds. Je soupire, m’empare du bébé malodorant d’un air dégagé, et emboîte le pas de la jeune femme.

(Si tu me lis mon chéri, je t’aime. Je t’aime tel que tu es et avec tous tes défauts.)

Barbecue thai des voisins

Je me retrouve devant un frigo monumental, juste sous le nez du patron. Il y a des tas de viandes, de poissons et de crustacées. On m’équipe d’une pince et d’un bol et tout s’éclaire: je n’ai plus qu’à choisir ce qu’on va faire griller! Les pinces glissent et le bébé se contorsionne pour attraper des bouts de nourriture au vol. Ma performance est digne d’un sioux acrobate. Le patron me considère d’un œil amusé. Il me rajoute même un gros bout de graisse. Hum, c’est sympa. Ca ne m’inspire pas tellement, mais je le laisse faire poliment.

Je reviens triomphante avec mon bol de viandes. A son regard noir surplombé de petits nuages orageux, je sens tout de suite Papa-Tout-Terrain très chaud. Au sens propre il l’est en tout cas. Il a pris une belle teinte rubiconde à la faveur des braises. Les garçons aussi. « Allez, à table! », je dis d’un air enjoué. « Mon chéri, tu veux bien m’aider à faire cuire la viande? »

Barbecue thai des voisins

 

L’erreur technique

Je n’ai pas le temps de musarder. J’attrape Miss-Trois, la plaque au sol et entreprends de circonscrire l’infection tandis que Petit-Deux lui immobilise les membres supérieurs. Heureusement que notre princesse est un bébé tout-terrain et de bonne composition. Rompue à ces gymnastiques cocasses, elle ne s’offusque en rien de l’environnement insolite.

Sur ces entre-fesses arrive la serveuse, qui a découvert Google translate. Elle me tend son téléphone. Une lingette à un stade avancé d’utilisation dans une main, un bébé pas encore propre dans l’autre, je lui fais signe que ce n’est pas vraiment le moment. Elle fait dire un truc à son téléphone que je ne comprends pas. Je me penche pour lire: Pan*. Hum. Je souris. Elle a l’air un peu paniquée. Elle me montre Papa-Tout-Terrain qui est en train de faire brûler sa viande. Je souris encore. Sourire ca marche à tous les coups.

Elle s’enfuit et revient avec un monsieur et un nouveau barbecue. Elle nous donne une plaque toute propre et plante le bout de graisse au sommet. Ah! Ca n’était donc vraiment pas normal que la viande brûle! Après cet ajustement technique, ca marche drôlement mieux… et c’est même très bon!

Notre barbecue thai

Bien vite, Miss-Trois a retrouvé l’apparence et l’odeur d’un joli bouton de rose. Petit-Un est ravi d’aider aux grillades. Petit-Deux adore la cahute. Et même Papa-Tout-Terrain avouera que la viande n’est pas mal du tout! C’était délicieux et on a bien rigolé! Alors reconnaissez-le, elle était très bien, mon idée, non?

 

*Sur le moment, j’étais bien loin de considérations sémantiques, mais a posteriori, je pense qu’il s’agissait de pan pour poêle en anglais, vu que la nôtre était justement en train de carboniser…
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Mai 19

Le voyage des moines au parc de Khao Phra Wihan

Cette histoire a commencé en 1907, avec des mecs qui ne savaient pas dessiner correctement une frontière. Des Français en plus. Au niveau du temple Khmer de Khao Phra Wihan, pouf, le crayon a dévié un peu et en un clin d’œil, le magnifique sanctuaire thaï est devenu cambodgien. C’est un non-sens par rapport au relief, car la frontière est tout du long marquée par un grand précipice… sauf au niveau du temple, avec un bout de falaise presque impossible a atteindre depuis le bas, mais qui appartient au Cambodge

Vue du haut de la falaise de Thailande sur le Cambodge

Cela dit, les Thaïs ne sont pas bien réactifs. Ils n’ont réalisé le problème que dans les années 1930. (Je n’imagine même pas le savon qu’il a pris, celui qui a signé la carte sans la relire…) Depuis, les deux pays se chicanent et s’empoignent régulièrement à propos de ce bout de territoire. Il y une quinzaine d’années, ça s’était tassé un peu. Les Thaïs pouvaient enjamber la frontière et directement visiter le monument.

Et puis voila qu’à partir de 2008, les deux pays ont recommencé à s’envoyer des baffes. En réalité pour des raisons de stratégie politique intérieure. Ils ont refermé les frontières et mis des militaires partout, des deux côtés. L’année dernière, on avait eu la chance de visiter le sanctuaire de Prasat Ta Muen Thom, qui a un peu les mêmes soucis, mais qui est du côté thaï, lui. Le temple était magnifique. Nous y étions seuls. (Avec des militaires). Nous avions adoré. Mais nous n’avions pas pu voir Khao Phra Wihan.

 

Perdus dans le parc national de Khao Phra Wihan

Du coup, cette année, avec l’énergie du désespoir, j’ai fait des pieds et des mains, façon Shiva, pour essayer à nouveau d’intégrer ce sanctuaire à notre itinéraire. (C’est vraiment un temple majeur de l’art Khmer celui-là.) En vain. (En réalité c’est possible mais très compliqué, très long, et pas faisable avec trois enfants en bas âge.)

J’avais lu en revanche qu’on pouvait voir le temple, de loin, depuis le Parc National éponyme, mais côté thaï. Je m’étais dit pourquoi pas, mais sans grand enthousiasme. Par dépit pour ce temple qui ne se laissait pas visiter, j’avais d’ailleurs bâclé la préparation de la visite du parc. Je m’étais même dit qu’on n’irait sûrement pas. Mais c’était sans compter sur Papa-Tout-Terrain a drôlement insisté. (On est aussi irrécupérables l’un que l’autre…)

Khao Phra Wihan National Park

Bref, c’est seulement lorsqu’on est arrivés à l’entrée du parc que je réalise que je n’ai même pas une carte des lieux en anglais. Impossible de se repérer. D’autant que toutes les indications sont en thaï. Alors que je Googlise frénétiquement, Papa-Tout-Terrain avance au radar. Tiens! Un panneau. En thaï. On s’engouffre dans le chemin de terre. On bout de cinq-cents mètres, on atteint un camp militaire. Zut! On est en plein sur la frontière avec le Cambodge. Et effectivement, il y a des militaires partout. On fait demi-tour discretos.

 

La surprise de Prasat Don Tuan

On ne sait toujours pas où on est. On arrive à une grosse barrière rouge intimidante. Avec deux petits vieux en marcel qui la surveillent en fumant des clopes. C’est la frontière. On fait quoi? On fait demi-tour. Ooooh! Noooon! Regarde, un temple! Par mes aïeux, un temple khmer! Et on ne le savait même pas! On se gare. Les deux vieillards nous considèrent, étonnés. Puis nous font un petit coucou pacifique. Tout est bon! Nous plongeons avec délectation dans les ruines.

Le sanctuaire s’appelle Prasat Don Tuan et date des 10 et 11ème siècles. Vu la période, il devait être dédié à Shiva ou Vishnu, car le bouddhisme ne se diffusera dans la région qu’à partir de la fin du 12ème siècle. Nous pénétrons entre les colonnades de l’allée centrale. Il est rare que ces pans d’architecture soient encore debout. A l’origine, ces colonnes devaient être surplombées d’un toit de bois, qui protégeait les fidèles du soleil et des intempéries.

Prasat Don Tuan

Un petit autel bouddhiste a aujourd’hui pris place dans le Prang principal. Les colonnes quant à elles sont entourées de tissus sacrés issus de cultes païens. Comme en de nombreux lieux de Thaïlande, les religions sont complémentaires, bien plus qu’antagonistes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, on distingue une autre barrière, plus rouge encore que la première et plus imposante. Il s’agit du vrai poste frontière. Et il est gardé par un tas de vrais militaires bien fringants, cette fois-ci. Ils n’ont pas l’air d’avoir envie de rigoler. Nous ne nous en approcherons pas. Autant ne pas chercher les ennuis.

 

Une zone très militarisée

Je n’ai toujours pas trouvé de carte satisfaisante. Il est possible que puisque nous sommes dans une zone de conflit et pleine de soldats, personne n’ose vraiment se mouiller. Google Map nous dit d’ailleurs qu’on est au Cambodge, ce qui n’est pas de l’avis du poste frontière. Bref, nous continuons à avancer au pifomètre. Il n’y a finalement pas beaucoup de routes.

Nous longeons toujours le Cambodge et les cantonnements militaires des deux camps. Nous ne sommes pas spécialistes mais il nous semble qu’ils ont du beau matériel! De fil en aiguille, nous arrivons ainsi à l’autre extrémité du parc, celle d’où nous pourrons voir le fameux sanctuaire khmer de Khao Phra Wihan.

Le parking est plein. Il y a des jeeps, des camions, des chars d’assaut, des tanks, des blindés garés un peu partout. (Bon, en fait c’est plutôt des véhicules légers, pas des trucs pour le combat, mais c’est pour donner une idée. Je ne suis pas spécialiste, moi.) Une espèce de grande kermesse militaire est organisée, visiblement à l’ occasion de Songkran, le nouvel an Khmer. Tout est très carré: c’est des soldats, tout de même. Les recrues sont assises en rang d’oignon devant une estrade en treillis ou se tient un concert de pop. L’ambiance est bon enfant. D’ailleurs, la plupart des touristes qui viennent pour le temple s’arrêtent un peu pour écouter les chanteurs.

Concert pour militaires a Khao Phras Wihan National Park

 

En souvenir des événements dramatiques de 1979…

Nous partons finalement à la recherche de Khao Phra Wihan (qui s’appelle Preah Vihear pour les Cambodgien). On longe la falaise qui marque la frontière avec le pays voisin. L’à-pic fait frissonner. Justement, un moine qui passait par là enjambe la balustrade, sans doute pour mieux voir. Ou méditer. Ou pour l’adrénaline. Ce n’est pas très clair, mais il faut être un peu fou pour faire ça. Il y a à peine dix centimètres de pelouse sous ses pieds puis le vide sur des centaines de mètres. Un militaire en charge des premiers secours accourt avec une mallette pleine de pansements et lui demande de revenir du côté des vivants. Sage décision, car les pansements n’auraient guère eu d’effet en cas de chute.

La vue est magnifique. Malgré tout, elle prête plutôt à la mélancolie. Car ces si beaux paysages ont été le théâtre d’un massacre d’une grande violence, en 1979. Nous avons une pensée pour ceux dont le destin a été brisé, en une nuit, sur ces falaises.

Pour faire court, c’est l’époque où la guerre civile bat son plein au Cambodge, sous le sanglant régime des Khmers rouges. Des dizaines de milliers de Cambodgiens fuient leur pays et se refugient en Thaïlande. La Thaïlande de son côté ne souhaite pas accepter la pression de cet afflux de refugiés politiques. Ils en appellent à la communauté internationale, qui fait la sourde oreille. Une nuit, l’armée thaïlandaise réunit alors des milliers de refugiés dans un camp près de Khao Phra Wihan, et les pousse vers la falaise. On comptera plus de trois mille morts et sept mille disparus.

 

Une merveille bien dissimulée

Au terme d’une courte marche nous atteignons enfin l’observatoire qui doit nous permettre de découvrir Khao Phra Wihan. Papa-Tout-Terrain fronce les sourcils. Ca n’est pas possible. Ce n’est pas ici. D’ailleurs c’est simple, on n’y voit rien!

Eh bien oui, on ne voit rien du tout. Soyons parfaitement honnêtes: en cherchant bien, on distingue tout de même l’allée processionnelle qui s’étale en pente douce jusqu’à un bosquet touffu, où l’on devine quelques ruines. Non, nous ne verrons vraiment rien. Et nous n’aurons même pas le droit de prendre de photos, car la zone est militaire, donc classifiée.

(Un peu plus tard, quand on a vu tout le monde mitrailler sous l’œil paisible des militaires de garde, on a aussi fait notre photo, finalement. Bon, on est d’accord, hein, on ne voit strictement rien.)

Le sanctuaire de Khao Phras Wihan vu de Thailande

Un peu déçus, nous passons à l’étape suivante du site: deux Stupas, symboles d’abondance, au milieu de canons et de roquette vaguement recouverts de treillis. Bon, c’est des Stupas, quoi. Elles ont l’air d’avoir été récemment érigées. Nos deux grands sont ravis, en revanche, car ils ont trouvé un tronc à remplir de piécettes. Tout autour, les jeunes militaires du concert se sont égayés sur le site touristique. Nous voyant, ils se bousculent pour être pris en photos avec nos enfants. Ravis de jouer aux stars, les garçons lancent quelques mots de thaï, à la volée, qui arrachent des exclamations d’enthousiasme de la part des jeunes gens.

Les deux stupas de Khao Phra Wihan

 

L’épreuve

Vient ensuite le moment que j’appréhendais. Il s’agit de descendre un grand escalier à flanc de falaise. Mon vertige et moi-même avons des nausées rien qu’à l’apercevoir. Hélas, depuis le début, je sais bien qu’il me faudra passer par là: cet escalier mène à un bas-relief Khmer du XIe siècle, magnifiquement conservé, et qui fait la célébrité du parc. Mon amour des vieilles pierres me perdra…

L'escalier qui descend vers le bas-relief de Khao Phra Wihan

Papa-Tout-Terrain part en éclaireur. Il me confirme que c’est très à pic, mais bien protégé. C’est rare en Thaïlande. Dans l’idée, les gens d’ici estiment que si votre heure doit venir aujourd’hui, c’est que c’était votre heure, et rien de sert d’essayer de s’en prémunir. C’est très rassurant, hein? Cette forme de philosophie fatalisto-bouddhiste est commune à beaucoup de pays d’Asie. Elle explique en particulier pourquoi de nombreux conducteurs de deux-roues ne se donnent pas la peine de porter un casque.

Fermons cette parenthèse pour bien nous concentrer sur les escaliers. Je serre si fort la main de Petit-Deux qu’il proteste que je lui fais mal. Et quand il voit ma tête, il me dit finalement que je peux serrer plus fort. Pas facile de serrer, d’ailleurs, tellement j’ai les mains moites et glissantes. On arrive au bas-relief, qui est effectivement somptueux. A flanc de falaise, et protégé par un toit de rocher, il est resté tel qu’il y a dix siècles. Je me demande juste qui est le fou qui s’est dit qu’il allait faire sa petite sculpture ici. Il faut vraiment être détraqué pour avoir une idée comme ça.

Le bas-relief de Khao Phra Wihan

 

Moines et moinillons

On remonte. J’ai des sueurs et des palpitations. On m’assoit. Papa-Tout-Terrain me donne deux ou trois baffes et ça va déjà mieux. Je m’assois sur un bout de rocher. Un vieux monsieur s’assied à côté de moi et essaye de me faire la conversation mais j’ai des soucis de concentration. Tiens, un groupe de petits moines. Ils sont mignons. Le monsieur me demande d’où on vient. Encore des moines… Je lui dis et lui retourne la question… Il a l’air étonné parce qu’il est Thaï. Un autre groupe! Ca alors, c’est fou le nombre de moines. Le monsieur ne sait visiblement plus poser d’autres questions en anglais. Moi je suis plutôt contente parce que ça me permet de me concentrer sur mes esprits.

Les moines arrivent maintenant à la queue leu leu, et a une cadence soutenue. Non je ne délire pas, ce sont des vrais moines. Papa-Tout-Terrain, qui prenait des photos un peu plus loin revient en courant. Hors d’haleine il me souffle: « T’as vu, il y a des moines?! » Oui, je ne pouvais pas les louper. A bien regarder il s’agit pour la plupart de moinillons, enfants et novices. Comme c’est les grandes vacances pour la Thaïlande, il participent certainement à un stage religieux.

Moines et moinillons a Khao Phra Wihan

De retour au parking, nous ne compterons pas moins de quinze bus pour déplacer ces minis ouailles. Cette rencontre impromptue nous aura donné l’occasion de quelques belles photos… C’est fou comme ça contraste joliment bien, un moine, sur fond de forêt tropicale!

 

La scandaleuse omission

Au terme de la visite, nous reprenons le principe des questions aux enfants:
– Vous vous souvenez de l’escalier qu’on a descendu, à flanc de falaise? Qu’est ce qu’on a vu, en bas? »
          Grand silence…
– Eh bien, ce grand escalier… où Maman avait peur… Vous avez oublié?…
– Non non on se souvient bien!
– Eh bien, il y avait quoi en bas?
– Ben rien. Un trou?
– Mais non… qu’est ce qu’on a regardé?…
         Petit-Un se frappe la tête
– Ah oui! Je sais! Je me souviens! Il y avait des bols!… »

Effectivement, il y avait des bols à offrande pour mettre sa piécette aux Dieux Khmers… De questions en interrogations, nous découvrons finalement que comme deux idiots, nous avons tout simplement oublié d’indiquer aux garçons qu’il y avait des sculptures khmères… et qu’ils ne les ont pas remarquées! Bref, c’est bien la peine d’emmener ses enfants en vacances!…

Moines, moinillons et militaires a Khao Phra Wihan

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Mai 04

Wat Pa Maha Chedi Kaew, le temple au million de bouteilles

On n’en était qu’au deuxième jour de nos vacances, et ça commençait déjà à devenir l’enfer. Les garçons râlaient en continu et en voulaient toujours plus. Ca déteignait même parfois sur le bébé qui se mettait à geindre de concert.

Le matin même, il avait fallu parlementer longuement pour extirper Petit-Deux de la voiture à Prasat Bhumpone. Il faisait trop chaud. Il était fatigué. Et il avait pas aimé le petit déjeuner. Du coup il était pas contre des bonbons et du chocolat. Et il prendrait bien l’Ipad aussi. Tant qu’à faire, il voulait s’assoir à l’avant dans la voiture et choisir la musique… On l’avait mi-convaincu, mi-extrait du véhicule en soupirant. Si ça continuait comme ca, elles allaient être longues, ces vacances tant attendues.

 

La double légende du Wat Pa Maha Chedi Kaew, le temple au million de bouteilles

Ca ne s’est pas vraiment amélioré quand nous avons visité le Wat Pa Maha Chedi Kaew. Il s’agit pourtant d’un endroit très amusant: c’est un temple intégralement construit en bouteilles! Un jour, ou plutôt une nuit, le chef de la communauté religieuse a fait un rêve. En lieu et place de son monastère, a vu un temple rutilant de mille feux. Un temple d’or et de diamants. A son réveil, il a décidé qu’il le bâtirait. Ne manquait que le budget. Mais hélas dans ce coin desséché de l’Isan, il ne serait facile de réunir les fonds nécessaires à la réalisation de la prophétie. Le pragmatique abbé eut alors une idée ingénieuse: c’est un temple de bouteilles, qu’il élèverait pour son monastère!

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

C’est là que ma science s’effondre. Je suis sûre d’avoir lu cette légende quelque part, mais Wikipedia propose une autre histoire. Ne sachant plus laquelle choisir, je vous mets les deux. Dans cette version alternative, les moines de la région, soucieux d’aider la population locale à une meilleure gestion de leurs déchets, auraient commencé à récolter des bouteilles de bière, dans le début des années 1980. En 1984, les voyant s’entasser sans fin, ils eurent l’idée originale de les sceller dans les murs de leur temple en construction.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Quoi qu’il en soit, le résultat est saisissant! Le lieu est familièrement surnommé « le temple au million de bouteilles ». Et effectivement, ça saute aux yeux! Il y a des bouteilles partout: sur les murs, au sol, au plafond, et même dans les éléments décoratifs de l’architecture… Mieux encore, s’il l’on regarde attentivement, on notera que les représentations religieuses et certaines colonnades proposent des motifs en incrustation de capsules de bouteilles!

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

 

Là où ça commence à ne plus aller…

Le soleil se reflète dans le verre poli et fait luire l’ensemble, dans une harmonie un peu irréelle. Tout autour, d’autres bâtiments du même style ont été construits autour de l’édifice principal. Les cellules des moines, les toilettes, les palissades, le crematorium et le parking sont aussi de bouteilles. Ce n’est pas fini d’ailleurs et il semble que d’autres constructions soient encore en projet.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Il fait trop chaud pour Petit-Deux qui refuse de marcher. C’est vrai qu’il fait vraiment très chaud. Je le mets dans le porte-garçon. (C’est un porte-bébé normal, mais Petit-Deux, qui n’est plus un bébé, se vexe comme un pou si on ne dit pas porte-garçon.) Petit-Un veut aussi aller en porte-garçon. J’ai plus de place. Négociations. Il est d’accord de marcher s’il peut prendre des photos avec mon Reflex. Ok. Petit-Deux veut faire des photos aussi. Transfert de l’appareil. Je prends un coup d’objectif sur la tête. Aïe. Il va falloir descendre si tu veux prendre les photos mon chéri. Roulage par terre. En plus juste devant un moine que je n’avais pas vu jusque là. Et qui médite en plus. Nouveau round de blâme silencieux et ça repart.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Franchement, nous sommes plutôt sympas comme parents. Nous sommes prêts à comprendre que les enfants ont leurs besoins, leurs envies, leurs centres d’intérêt, et leurs moments de fatigue. Nous les écoutons et adaptons nos journées en fonction. En revanche, quand les garçons nous annoncent qu’ils ont la ferme intention de nous embêter toutes les vacances jusqu’à avoir un Ipad entre les pognes et bouffer des snacks, là, il y a clairement un souci de discernement de leur part.

 

Là où l’humeur empire encore…

Nous faisons une mise au point très ferme. Et on repart donner à manger aux poissons du temple. (Nous ne sommes pas des bourreaux non plus.)

Une vieille dame qui garde les lieux a repéré que nous promenions un bébé. Elle fait quelques gouzi-gouzi à Miss-Trois, me traîne à l’intérieur du temple et nous allume spécialement un ventilateur. Les gens sont si gentils ici! Miss-Trois est ravie de pouvoir crapahuter à quatre pattes au fond de la zone de méditation. Elle distrait quelques fidèles de leurs prières, le temps d’un selfie de groupe.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Quelques pas plus loin, je vois les garçons lancer des granules aux poissons. Ils s’amusent beaucoup de ces grosses carpes, happant goulument cette nourriture providentielle. Instant de grâce.

La visite se termine. Pas si mal finalement. Je passe chaleureusement remercier la vieille dame de tout à l’heure. Elle insiste pour donner une bouteille d’eau aux enfants. Petit-Deux refuse. La dame insiste. Petit-Un l’envoie balader. Je prends la bouteille. « Dites merci les enfants. » Un silence abyssal me répond. Je ravale ma honte et essaye de sauver les meubles. Par chance Miss-Punk adore faire « les marionnettes » en ce moment. Deux frétillements de poignets et voilà la vieille dame aux anges. Je m’éclipse le plus vite possible avant une nouvelle catastrophe.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Petit-Un est déjà dans la voiture et hurle comme un putois pour avoir de l’eau. Pendant que j’attache Miss-Trois et que Papa-Tout-Terrain range la poussette, nouvelle clameur. Une belle celle-là! J’ai même cru qu’il y avait un blessé. Pas du tout. Petit-Deux s’est juste renversé de l’eau dessus. On serre les dents et on lui sort une serviette de plage. Une chose est sûre, ce temple se souviendra longtemps de nous. Et pas forcément en bien.

 

Au fond du trou

Rien ne s’arrange au restaurant. Les enfants ne veulent pas de riz. Ils ont beaucoup d’humour. Car dans la campagne thaïe, il ne sera pas facile de trouver autre chose. De toute façons, subjugués par la contrariété, ils n’auraient même pas été contents si on leur avait servi des ortolans. L’heure est grave. Conciliabule. Pour couper court à la morosité, on décide d’abréger le programme de l’après-midi. On va aller faire plouf dans la piscine de l’hôtel!

Hélas, même les éléments se liguent contre nous. Un énorme orage éclate et nous nous retrouvons bloqués dans la chambre. Frustrés, les garçons organisent des bêtises bruyantes et dérangeantes. Papa-Tout-Terrain remet ses chaussures. « Venez les garçons, on va faire un tour de voiture! »

Je n’arrive pas à savoir s’il est fâché. S’il est fâché contre l’ensemblier, contre les garçons ou même contre moi. Pouf en deux secondes je me retrouve seule dans la chambre avec Princesse-Punk, comme deux ronds-de-flanc. Zut, les jeux de bébé! Trop tard. La voiture déjà partie… les jeux avec. Je me retrouve un peu bête. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire…

Eh bien on a fait notre première sortie entre filles. Nous sommes allées manger une glace à la fraise. (Enfin c’est surtout moi qui ai mangé pendant que Miss-Trois me regardait.) Puis quand le soleil est revenu, nous sommes parties à la piscine. Près de deux heures plus tard, nos petits hommes nous rejoignaient… transformés.

Cette partie de l’histoire, je vous la raconte comme Papa-Tout-Terrain me l’a racontée, parce que je n’y étais pas…

 

… et les pendules se sont remises à l’heure!

Assis dans la voiture, les garçons ont continué à se plaindre et à faire les idiots. Papa-Tout-Terrain était très en colère, en fait. Contre eux. Il leur a brièvement fait la morale avant de leur dire qu’il ne voulait plus leur adresser la parole, sauf pour un échange constructif.

Ca n’a pas beaucoup affecté les garçons qui ont poursuivi leurs pitreries. Puis ils ont boudé. Papa-Tout-Terrain a roulé dans la campagne environnante (et pris de belles photos). Sur les chemins de terre, ça cahotait un peu. Dans le rétroviseur, il voyait la tête des enfants bouger au gré des trous du chemin. Ca ne fait pas très sérieux pour des mecs qui boudent et Papa-Tout-Terrain a ri intérieurement. Toujours sans leur adresser la parole.

Campagne de Sisaket

Au bout d’un moment tout de même, les enfants se sont inquiétés. « On va où, au fait? » Pas de réponse. Vent de panique à bord. « Il nous ramène à la maisooooon! » Pas de réponse. « Nooooon, on ne veut pas rester tout seuls à la maisooooon! » Toujours pas de réponse. « On veut rester en vacaaaaances avec vooooous!… » « On promet qu’on sera saaaaages… »

La deuxième leçon de morale a été constructive et fort bien écoutée. J’ai retrouvé des enfants changés. Les mêmes, mais en mieux. Les trucs habituels de politesse et de vie en société, bien sûr. Mais surtout, ils nous disent merci. Apres un beau site, après un petit cadeau imprévu, après un bon repas, en regardant un joli paysage ou à la fin d’un joli livre, ils nous disent merci. Merci d’avoir fait cet effort pour nous. Merci d’avoir voulu nous faire plaisir. Nous sommes rentrés depuis deux semaines, mais la magie opère toujours et cette belle attention est restée. Merci à Papa-Tout-Terrain pour cette belle leçon de vie. C’est précieux.

 

 

Un mot pour la fin…

J’ai longuement hésité à relater ces incidents. Car même relous, on les aime nos enfants. Si j’ai finalement fait le choix de ce texte (la partie « enfants », hein, parce que le temple je vous l’aurais servi de toutes façon), c’est aussi pour remettre à sa place le concept du voyage en famille avec de (charmants) bambins. Ayant leurs individualités propres, ils sont parfois adorables mais parfois de mauvais poil, souvent mignons mais épisodiquement impolis, exigeants ou tout simplement las. (Apres tout, à moi aussi ça m’arrive d’être d’une humeur de dogue…) Bref, ils restent avant tout des enfants. Et il faut bien faire avec, parce qu’on espère encore les traîner dans nos voyages pour ne nombreuses années!

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Mai 01

Dimanche, nous irons voter « pour »…

Il y a seize ans, quand j’ai commencé à étudier le mandarin, je demandais à tous les Chinois qui passaient leur opinion de la vie dans un pays non démocratique. (J’étais bien naïve.) Je les trouvais plutôt réservés sur les questions politiques. Tout en nuances.

Je me souviens d’un jeune homme à qui il semblait préférable que les Chinois ne votent pas. Parce qu’ils manquaient de culture politique. Et que, pour sûr, si on leur laissait le choix, ils éliraient pour Président un chanteur.

Et puis cette femme qui m’avait fait remarquer que les Français ne pouvaient pas s’empêcher d’avoir un avis sur tout. Alors que la Chine ne jugeait pas la démocratie française, elle.

 

Mais en réalité, en Chine, on ne parle jamais vraiment de politique.

Il y a treize ans, quand je suis partie vivre à Shanghai, j’entendais parfois la respiration d’un fonctionnaire qui écoutait mes conversations, quand j’appelais ma famille. Les colis que je recevais par la Poste étaient fouillés avant livraison. Et les autorités confisquaient fréquemment des objets au passage.

Il y a douze ans, pour la mort de Zhao Ziyang –qui avait soutenu les manifestants au moment de Tian An Men- la diffusion de TV5, la télévision française, a été suspendue pendant plusieurs semaines. Et la plupart des sites web étrangers que je consultais fréquemment a été bloqués.

Il y a cinq ans, dans une librairie de Shanghai, alors je feuilletais un Lonely Planet en anglais sur la Chine, je suis tombée sur des pages et des paragraphes entiers caviardés. Recouverts, effacés au feutre noir par la censure.

 

Puis nous étions en Thaïlande, en mai 2014, lors du dernier coup d’Etat militaire.

Les opposants des deux bords ont été envoyés en prison et la junte militaire a pris le pouvoir.

L’instabilité politique s’est traduite par une baisse de l’activité économique que l’on ressent encore un peu aujourd’hui. Les foyers les plus modestes ont été les plus atteints.

Depuis le coup d’Etat, tous les vendredi soirs, le général Prayut Chan-o-cha apparaît à la télévision, pour présenter à la population un compte-rendu de la situation du pays et des réformes mises en place par son gouvernement provisoire.

De nouvelles élections devraient être organisées début 2018. Il est difficile de prévoir l’avenir. Le prochain gouvernement démocratique pourra-t-il se maintenir? Depuis 1932, la Thaïlande a traversé dix-neuf coups d’Etat.

Le Roi de Thaïlande est mort le 13 octobre dernier. La veille, alors qu’il était au plus mal, nous avons appelé nos familles pour leur dire que nous n’aurions peut-être plus d’accès à Internet, pour une durée inconnue. Les entreprises étrangères avaient prévu des plans d’évacuation pour leurs expatriés. Par bonheur, le pays n’a pas traversé la crise politique que l’on craignait.

 

La Chine s’ouvre. La Thaïlande se stabilise. Ce sont deux pays qui avancent courageusement. Tout n’est pas idéal. Mais ils progressent. Avec une énergie extraordinaire, leurs populations aspirent à aller vers le mieux. Et elles avancent.

 

Et nous? Nous, dimanche, nous irons voter.

Et nous n’irons pas voter contre.

Nous irons voter pour.

Pour construire une France meilleure. Pour bâtir ce qui sera la patrie de nos enfants. Le choix final n’est pas exactement celui qui nous aurait convenu. Qu’importe, il est ce qu’il est. Mais on n’a pas le luxe de se mettre en sommeil pendant un quinquennat. On ne peut pas hypothéquer notre avenir pendant les cinq prochaines années. On doit juste mettre toutes les chances de notre côté.

Parce qu’en Chine, en Thaïlande et ailleurs, ils ne vont pas nous attendre, pendant les cinq ans où on va bouder. C’est aujourd’hui qu’on éduque les générations d’actifs de demain. C’est aujourd’hui qu’on décide des stratégies industrielles de l’avenir. Et c’est surtout dès aujourd’hui qu’il faut mettre toute notre énergie pour aller mieux. Reconstruire une société optimiste. Et se battre pour.

Pour tout cela, pour nos enfants, dimanche, nous irons voter pour.

 

Dimanche, nous irons voter pour

 

Nota: Comment voter par procuration quand on ne connaît personne dans son quartier? Je trouve que l’information est trop peu relayée par les medias et c’est dommage. Si vous êtes empêchés lors d’un des tours des prochaines élections, cet article est pour vous! Foncez et votez!

 

Tous les commentaires déplacés seront supprimés.

 

 

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Avr 26

Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

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Avr 24

Balade en motoculteur à Lalu (Sa Kaeo)

C’est le départ en vacances. On a mis le contact. A cette seconde précise, les enfants ont eu faim. Puis soif. Des fourmis dans les jambes. Puis envie d’écouter une histoire. Re-faim. Puis mal au ventre. Re-re-faim. Mais jamais sommeil, hélas. Et ils se sont tapés dessus, aussi, bien sûr. Ca faisait trois heures qu’on roulait dans les embouteillages de Songkran quand on est arrivés à Lalu. Il fallait qu’on s’arrête avant de devenir déments.

Sur les photos, Lalu ressemble au Grand Canyon. En petit. Au milieu d’une campagne reculée, cuite et recuite par le soleil. On arrive avec notre tank, on suit le GPS, et on atterri au milieu d’un paysage de fin du monde. Une érosion à en couper le souffle… Ahhh! On était à deux doigts de tomber dans un trou. En y regardant de plus près, il y a des trous partout autour de la voiture. Nous battons en retraite, c’est plus prudent.

Erosion du sol a Lalu - Sa Kaeo

Alors qu’on est en train de manœuvrer la voiture, style crabe hémiplégique, pour sortir de ce mauvais pas, nous tombons sur un motoculteur plein à craquer de touristes en goguette. De toute évidence, nous avons loupe une étape: nous allons devoir changer de monture pour poursuivre notre visite.

De retour sur nos pas, nous repérons la réserve à motoculteurs, sur la place du village. Les pilotes des engins jouent des coudes à l’envers pour désigner celui qui devra nous parler. Ils n’ont pas l’air à l’aise avec les étrangers et il s’avère qu’aucun d’entre eux ne parle anglais. Ce n’est pas très grave, car nos intentions sont assez évidentes. On reprend vite de chemin de notre curiosité géologique.

Visite en motoculteur

Le paysage de Lalu est incroyable. Le vent et la pluie ont progressivement entamé la roche ocre et sableuse, pour créer à l’infini des piliers, des coulées et des failles dans le sol. Le conducteur de motoculteur, peu à peu, a perdu de sa timidité. Il nous explique que les formations rocheuses ne cessent d’évoluer. Les colonnes s’affinent jusqu’à tomber. Et plus loin, d’autres trous préparent le paysage de demain. (Je résume ce qu’on a péniblement compris, vu qu’en vrai, on ne parlait pas un traitre mot de la même langue.)

Paysages de Lalu - Sa Kaeo

A son tour, notre guide s’intéresse à nos curiosités personnelles: les enfants. Je présente sommairement la famille. Petit-Un a presque six ans. Petit-Deux a quatre ans. Et Miss-Trois sept mois. Je précise bien que c’est une fille parce que ça fait toujours plaisir aux gens de savoir qu’on a enfin réussi la fille après deux garçons. Ils nous félicitent chaleureusement et on les sent très soulagés qu’on ne se soit pas plantés sur le dernier modèle. Puis le monsieur me parle de Norvège et d’avion pour des raisons totalement obscures. Mais on papote gaiement tout de même. Depuis plusieurs minutes, Petit-Un ne cesse de me tirer sur la manche… « Mais qu’est-ce qu’il y a enfin? Tu veux quelque chose?… » « Euh, Maman, je crois que tu oublié de dire l’âge de Papa au monsieur… »

 

Balade à Lalu en pratique

  • Coordonnées GPS: 14.051566, 102.575476. Ces coordonnées sont celles du site d’observation géologique. Il ne faut pas s’y rendre directement en voiture mais louer les services d’un motoculteur, que l’on trouvera ici.
  • Le site est accessible en journée, tant qu’on trouve à louer des motoculteurs qui sont pilotés par des agriculteurs locaux.
  • La location pour une visite coute 300 THB, quel que soit le nombre de passagers. La visite dure environ une heure.
  • Le site est cuit par le soleil et peu ombragé. Pensez à vous munir de chapeaux et de bouteilles d’eau.

 

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Avr 20

Sur les routes avec les enfants

On a entassé comme on a pu les valises et les sacs dans la voiture. C’est plein de poussière et de bouteilles vides. Et des papiers de bouffe, un peu. On rentre avec des sentiments mêlés. Le regret que ce soit déjà fini. Et du soulagement, à l’idée qu’on va pouvoir enfin nettoyer cette voiture qui colle de partout. C’est le dernier jour de nos vacances de Songkran, sur les routes de l’Isan. On égraine les kilomètres qui nous ramènent chez nous. Et on s’extasie encore et encore de nos belles découvertes. Des anecdotes incroyables ou toutes tendres. Des rencontres pétillantes. Et deux ou trois galères pour faire bonne mesure.

Moines novices en Isan

Moines novices d’Isan

C’était la deuxième année consécutive que nous partions pour l’Isan, pour notre unique semaine de vacances « loisirs » annuelle. C’est dire si c’est une région qu’on adore.

– Bon, touristiquement parlant, c’est pas le plus attractif. Mais qu’est-ce qu’on y a passé de beaux moments! Tu te souviens de ce qui a bien pu nous faire atterrir là-bas, au départ?
– Bien sûr, c’était les temples Khmers! Chez nous, c’est comme Pavlov, on entend « vielles pierres et ça nous fait saliver illico!
– C’est vrai! Il y a quelque chose de ça! Et puis on a découvert la beauté des campagnes jaunies par le soleil, les céréales qui sèchent au bord des routes, les buffles et leur pique-buffle. La gentillesse des gens, la simplicité et la lenteur du quotidien…

Cereales qui sechent au bord de la route

Céréales qui sèchent sur les routes d’Isan

– Ca me rappelle ce vieux monsieur de Ban Prasat… Tu revois? Il avait la peau si marron et lustrée qu’elle ressemblait a un papyrus… Tu sais, celui qui nous a vendu une guitare en peau de serpent… On aurait dit qu’il n’avait pas bougé depuis des siècles. Il ne savait même pas écrire. T’imagines à quoi ressemblait sa campagne, quand il est né? Et tous les changements qu’il a traversés…
– Et cet Anglais à Udon Thani… Quand il était arrivé, il y a vingt ans, il n’y avait pas de routes goudronnées ni d’électricité. Et pendant la saison des pluies, les gens avaient de l’eau jusqu’à la taille, dans les rues…

Buffles d'Isan

Buffles sur les routes d’Isan

Ca ralentit. Les usines rouvrent dans deux jours et c’est déjà l’heure du grand retour. Des files de pickups pleins à craquer essaient de ruser pour doubler en premier sur cette route de deux voies et demie. La « demie » du milieu est réservée aux croyants, certains qu’une place au paradis les attend. Parce nous nous en tout cas, nous ne nous y aventurons pas. En Thaïlande, les routes sont parfois un peu Rock & Roll, quand même. Enfin, les conducteurs, surtout.

– Et quel plaisir de voyager avec les enfants. Ils ont été idéaux, cette année encore…
– Enfin presque… surtout après le bon savon du deuxième jour. Comme quoi, un petit coup de pression, ça aide toujours à se mettre dans l’ambiance. Mais quel plaisir de voir combien ils commencent à profiter des lieux, des explications…
– Petit-Un m’a dit hier que ce qu’il avait préféré du voyage, c’était le temple Khmer de Phanom Rung, ses dédales de couloirs sacrés, ses Nâgas et ses chauves-souris. J’adore qu’on puisse partager ça avec lui!

Nagas de Phanom Rung

Des Nâgas de Phanom Rung

– Et t’as demandé à Petit-Deux aussi?
– Tu ne devineras jamais ce qui l’a le plus marqué… Les ascenseurs!
– Tiens donc! On a déjà dû essayer la moitié des ascenseurs du pays! D’ailleurs, je ne sais pas si t’as remarqué, mais si on veut rappeler un endroit à Petit-Deux, il suffit de lui décrire l’ascenseur.
– Plaisanterie mise à part, il s’est drôlement intéressé à nos visites, ce p’tit bonhomme. Il a retenu les noms, les histoires, et très bien compris les contextes.
– C’était une tres bonne idée, d’ailleurs, ces interrogations orales de fins de visite! Ca nous a coûté deux paquets de Mentos pour la semaine, mais quelle motivation pour les enfants, au moment de répondre à nos quizz!

Les garcons

Les garçons feuilletant ensemble une revue automobile

Ca ralentit encore. Le pick-up de devant se fait asperger d’eau orangée. C’est le dernier jour des festivités de Songkran. Cette année pour la première fois, nos enfants ont eu l’occasion, eux aussi, de balancer des seaux d’eau sur les passants depuis le bord de la route. Un grand moment d’anthologie que je vous raconterai bientôt. (Je vous raconterai tout le voyage en fait… aujourd’hui, c’est juste une mise en bouche.) Au fil des chemins, notre voiture en a vu de toutes les couleurs… Du talc, du rouge, du rose, du vert, et la poussière ocre des chemins. Papa-Tout-Terrain a même inscrit « Parent-Tout-Terrain » sur la portière. (Il l’effacera, à la va-vite avec sa chaussette lorsqu’il réalisera qu’on l’avait oublié, le lundi matin en arrivant au bureau.) C’est un condensé de notre beau voyage que l’on retrouve sur la carrosserie… On ne peut pas s’empêcher de sourire quand on la regarde.

Titine

La fameuse Titine

On lui en fait voir à notre Titine! (Oui, Papa-Tout-Terrain a donné un nom à la voiture. A vous aussi, ça vous fait bizarre?) Pleine comme un œuf et remplie par tous les bouts, elle nous a vaillamment secondé à chaque étape du voyage.

Sur les routes avec les enfants

On passe devant l’entrée du parc naturel de Ta Phraya. Ca fait déjà quatre heures qu’on roule, pour un trajet qui aurait dû en durer la moitié. Il est temps de se dégourdir les jambes. On s’y engouffre. Personne pour nous vendre de billets à l’entrée. Papa-Tout-Terrain cherche partout et trouve un ranger égaré dans le Visitor Center. Il parle aussi peu anglais que nous le thaï. « Ticket? Ticket? » Le fonctionnaire balaie la question d’un revers de main. Les points d’intérêts des lieux? On mime une chute d’eau sans éveiller une lueur d’intelligence. En désespoir de cause, on se dit qu’on verra bien.

En fait il n’y a pas de route. Juste un chemin avec beaucoup d’ornières. Ca cahote dur. Et ça réveille Miss-Trois.

– Quand même, elle est incroyablement tout-terrain, notre Miss-Punk! Elle nous a suivis partout, sans jamais râler, toujours les yeux grands ouverts à tout regarder.
– C’est juste un bébé idéal! Elle dort discretos dans le porte-bébé quand c’est son moment. Elle boit quand on lui propose. A la bouteille, même! Elle a un bon coup de fourchette et aime tout, le riz frit et n’importe quel légume… Elle n’a jamais faim ni soif ni trop chaud ni trop froid…
– Clairement, on va pouvoir en faire quelque chose, de cette enfant! C’est de la bonne graine! Tu crois qu’on est fous, sur les routes avec nos bébés si jeunes?

Miss-Punk

La décidément très Tout-Terrain Miss-Punk

– Bah, finalement, elle est bien heureuse, elle. Elle a juste besoin de nous. L’environnement elle s’en fiche un peu, tant que ses frères sont là pour la faire se marrer et nous pour la câliner.
– Ou l’inverse… Je pense quand même qu’elle en gardera quelque chose en grandissant… Peut-être l’essence du voyage… Le plaisir de la curiosité, de regarder… L’esprit de découvrir et d’être ensemble.
– Oui, être ensemble… Ca fait une semaine que je rêve de pouvoir prendre une douche tout seul…

On roule depuis bien vingt-cinq minutes et toujours rien n’a l’horizon. (Il n’y a pas d’horizon, d’ailleurs. On est dans la forêt tropicale.) Un chemin est flèche sur la droite. Avec une photo d’ours. Ca n’est pas complètement rassurant mais on est en voiture. On voit décoller quelques magnifiques rapaces.

Papillons de Ta Phraya

Papillons du parc national de Ta Phraya

Dix kilomètres plus loin, on atteint le bout. Heureusement, parce que la route finissait par ne plus être très praticable. Il n’y a rien. Juste un panneau avec une photo de tigre. (Il en reste quelques uns à l’état sauvage en Asie.) On flippe un peu. Je n’ose même plus sortir de la voiture pour un besoin pressant. On fait demi-tour en priant pour ne pas tomber en panne. On a bien vu quelques voitures de rangers garées, mais pas âme qui vive. Enfin si, de magnifiques papillons qui se regroupent autour des flaques d’eau. Mais ce n’est pas eux qui pousseront si le moteur nous lâche. (J’ai souvent tendance à m’affoler pour un rien et imaginer le pire quand je ne suis pas à l’aise. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est bien plus placide.)

Au terme de plus d’une heure de pistes, nous retrouvons finalement la sortie du parc. Nous avons tourné en rond sans même oser mettre le nez dehors. Et les deux grands se sont endormis… Qu’à cela ne tienne, nous reprenons le chemin de la maison que nous rallierons finalement six heures plus tard. Les yeux pleins d’étoiles de nos belles vacances…

Procession Religieuse en Isan

Procession religieuse pour Songkran, sur les routes d’Isan

 

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Avr 17

Le riz gluant au lait de coco – recette thaï

Bonne année! C’est toujours les vacances de Songkran, le Nouvel An Khmer, en Thaïlande!

Pour fêter ça, on va se mettre en cuisine! Je vous propose la recette du riz gluant au lait de coco, qui se déguste généralement avec de la mangue! Il s’agit d’une recette très populaire en Thaïlande, et qui répond au doux nom de khao niao mamuang. Ca a l’air poétique comme ça, mais khao niao veut dire « riz gluant » et mamuang veut dire « mangue ». L’appellation est donc très prosaïque. Quant à la dégustation, c’est une vraie tuerie!

 

Ingrédients pour quatre gourmands

(Il faudra vous y prendre une bonne demi-journée à l’avance, à cause du temps de trempage du riz gluant.)

  • 300 grammes de riz gluant
  • Un demi-litre de lait de coco
  • 150 grammes de sucre de palme
  • Des mangues

 

Trouver les ingrédients principaux…

La base de la recette c’est le riz gluant. Vous pourrez en trouver dans les épiceries asiatiques sous le nom de riz gluant ou « glutinous rice ». Ce riz se cuit un peu différemment du riz normal, et je trouve que son goût est plus fin. C’est un féculent qui se consomme surtout dans le nord-est de la Thaïlande, dans l’Issan, mais également au Laos attenant.

Vous trouverez le lait de coco dans n’importe quel hypermarché. Ne le confondez pas avec l’eau de coco. L’eau de coco est translucide: c’est le liquide qui s’échappe quand on ouvre la noix de coco. C’est très bon mais pas assez gras. Le lait de coco, lui, est blanc. Il est préparé à partir de la pulpe de la noix de coco râpée.

Le sucre de palme, pour finir, est fabriqué à partir des fleurs du palmier à sucre. On l’achète sous forme de petits palets ou parfois d’un gros pain. En Thaïlande, il est vendu sur le bord de la route, dans les zones de palmeraies. Mais sinon, vous en trouverez dans les épiceries asiatiques. Faute de sucre de palme, on peut mettre du sucre roux ou même du sucre blanc. Les deux premiers sont plus parfumés. Mais le sucre blanc permet de présenter à table un riz plus clair, que je trouve esthétique, aussi.

Sucre de palme pour le khao niao mamuang

Au moment de servir votre dessert, si vous avez des mangues, c’est l’occasion ou jamais d’en faire bon usage! Mais sans mangues, j’accompagne le dessert d’autres fruits, comme des lichies en boite pour faire exotique, ou des poires bien parfumées, tout simplement. D’ailleurs, faute de mangues, il m’arrive de servir le dessert sans fruit et ça ne déranger personne à la maison!

 

Lavage et trempage du riz

On commence par laver le riz. On le met dans un grand saladier, on le recouvre d’eau et on touille. Lors des premiers lavages, l’eau va se troubler, car le riz se débarrasse de son amidon et de ses résidus. Ensuite, l’eau reste bien claire.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

On passe ensuite à la phase de trempage. C’est très important, car sinon le riz ne cuit pas comme il faut. J’en ai fait l’expérience à mes dépends à Noël, alors qu’on m’avait commandé un riz gluant pour vingt-cinq personne et que j’ai voulu faire la maligne et gagner du temps. (Le résultat était vraiment loupé loupé!) En général, je fais tremper une douzaine d’heures.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

La nounou qui s’est étonnée que je prenne mon riz en photo a ajouté quelques commentaires, du coup. Pour trois cents grammes de riz, elle estime que deux à trois heures de trempage peuvent suffire. Avant de passer à la cuisson, il faut juste vérifier sur un grain de riz qu’il est devenu friable, entre deux doigts. (Mais il faut appuyer drôlement fort, tout de même, je trouve. Même après douze heures de trempage.) En revanche, si l’on peut faire tremper plus longuement, le résultat n’en sera que meilleur!

 

La cuisson du riz

Traditionnellement, le riz gluant se cuit dans une sorte de grand « chapeau » de bambou tressé, que l’on place sur une marmite à la forme particulière, et dans laquelle on fait bouillir de l’eau. Le chapeau confère au riz un petit arrière-goût végétal intéressant. Mais si vous ne possédez rien de tel, vous pouvez utiliser un chinois ou un égouttoir métallique, perché sur une casserole d’eau bouillante. On recouvre le tout d’un couvercle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Ma nounou, qui passait encore par là, m’a fait remarquer que j’ai choisi une casserole beaucoup trop grosse pour mon chapeau. « Vous savez qu’il existe des casseroles beaucoup plus petites? » Effectivement, je les ai vues dans le magasin. Bref, elle me confirme que ça marchera pareil, mais qu’on va galérer à trouver une place dans les placards pour la ranger. Elle n’a pas tort.

Avant de lancer la cuisson, on mouille le chapeau à l’eau, pour éviter qu’il ne brûle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Toutes les dix minutes –ou quand on pense- on secoue le riz. On prend le chapeau en main, et d’un geste de poignet vif et élégant, on essaie de faire se rassembler le riz gluant vers le centre. Très vite va se former une grosse boule qui reste solidaire, et il suffira ensuite de faire tourner la boule. L’objectif est que le riz soit cuit partout pareil. Puis on rebouche avec le couvercle avant de revenir secouer à nouveau un peu plus tard. Le riz est cuit quand il n’est plus croustillant au milieu. Le temps de cuisson oscille entre quinze et quarante-cinq minutes, en fonction de la fraîcheur du riz (le riz tout juste récolté cuit super vite) et de combien de temps vous l’avez laissé tremper (plus il aura trempé longtemps, plus la cuisson en sera rapide).

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

 

Alternatives à la cuisson du riz « dans le chapeau »

Il existe des alternatives qui demandent moins d’équipement et moins de temps. Quand je suis pressée, la cuisson à la cocotte minute –après trempage- fonctionne aussi très bien et va plus vite. Une quinzaine de minutes environ. Mais comme les trous du panier sont assez éloignés les uns des autres, je trouve que la couche inférieure du riz a tendance à se détremper un peu.

Une dernière solution est la cuisson micro-ondes. Après une heure de trempage, on recouvre le riz d’eau et on laisse un petit centimètre en plus, au dessus du riz. On met à cuire cinq minutes au four à micro-ondes. On mélange. Puis on remet en cuisson par tranches de trente seconde, jusqu’à obtention d’un riz satisfaisant. Cette technique est très pratique si l’on veut manger du riz gluant au lait de coco. En revanche, je trouve le résultat trop humide pour être consommé en accompagnement d’un plat salé.

 

La sauce au lait de coco

On met le sucre et le lait de coco dans une casserole à feu doux. L’idéal est de ne pas laisser bouillir le mélange. Le sucre se dissout dans le lait de coco et c’est prêt.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Les Thaïs ont l’habitude de saler la préparation. Style beaucoup. Avec une pleine cuillère de sel, quoi. On sent vraiment le goût salé. Mais dans la famille, on préfère sans le sel, et d’ailleurs, tout le monde est d’accord pour dire que mon riz gluant au lait de coco est bien meilleur encore que la recette originale… Alors à vous de voir, hein, je ne veux pas du tout vous influencer…

On verse ensuite la moitié de la sauce encore chaude sur le riz et on mélange. On poêle un peu le riz avec sa sauce au lait de coco histoire que le liquide soit bien absorbé, et c’est prêt!

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Notre nounou vient de repasser. Elle a dit que c’était très bien que ça sentait bon! (Elle est pourtant plutôt avare en compliments.)

En Thaïlande, le riz gluant peut être servi chaud ou à température ambiante. A la maison, Papa-Tout-Terrain le préfère bien froid. Moi je le trouve toujours bon.

Au moment du service, on proposera une grosse quenelle de riz gluant sucré à côté d’une mangue découpée. Le reste de la sauce au lait de coco est laissé à disposition, pour un assaisonnement au goût.

De toute évidence, je ne suis pas une blogueuse culinaire. En reprenant mes photos a posteriori, je réalise combien la présentation finale est moche moche moche! C’est une catastrophe! Bon, je n’ai que ça alors je vous le mets quand même. Et je vous rajoute aussi une photo de riz gluant du commerce qui est un poil mieux. Mille pardons! Et bon appétit quand même…

Khao niao mamuang du commerce

 

Le riz gluant autrement…

Puisque vous savez maintenant tout de la cuisson du riz gluant, et que vous en aurez bientôt sous la main, je vous recommande de l’essayer également en plat salé. Ca se cuit pareil. Et on peut le manger à la place du riz normal, avec tout. La façon la plus populaire de le déguster, c’est de l’accompagner de poulet grillé au barbecue.

Traditionnellement, le riz gluant se mangera avec les doigts. On forme tout simplement une boulette de la taille d’une bouchée, à laquelle on adjoint un peu de poulet –ou un autre aliment- pour parfumer. C’est le grand délice de nos enfants, et ils en mangent des quantités impressionnantes!

 

 

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Avr 13

Songkran, le Nouvel An Khmer à l’école

C’est les vacances! Nous fêtons le Nouvel An Khmer aujourd’hui. En Thaïlande, cette fête s’appelle Songkran.

Depuis plusieurs semaines, le pays est en ébullition. On baigne dans une ambiance sympathique et fiévreuse d’avant les grandes fêtes. La même que les semaines qui précédent le Nouvel An chinois, en Chine. Ou bien sûr, la période de l’Avent en Occident. Collectivement, chacun s’agite. On prépare ses vacances. On réserve ses billets pour les congés. Les supermarchés sont pleins et les chariots débordent de victuailles alléchantes. Les gens ont l’air plus pressé et plus content qu’à l’habitude. Le matin, la nounou a très envie de papoter. Elle me raconte sa belle-mère en vacances, sa famille, ses grands enfants…

(Je ne reprendrai pas ici toute les explications des festivités de Songkran. Vous pouvez les retrouver dans mon billet de l’année dernière sur le Nouvel An Thaï, et également lire les jolies batailles d’eau auxquelles nous avons assisté dans la province de Kalasin, après la visite du musée des dinosaures.)

Songkran a Kalasin

 

La grande transhumance

Coup de tonnerre cependant la semaine dernière. La législation a changé. Il est désormais interdit de charger plus de personnes dans les voitures qu’il n’y a de ceintures de sécurité. La police a immédiatement mis la loi en application et réellement sanctionné les contrevenants. Dans beaucoup de familles, c’était une catastrophe. C’est justement pour Songkran que l’on a besoin de déplacer tout le monde. Pour les raisons fiscales, les pick-ups coûtent beaucoup moins cher que les voitures de tourisme. Cette solution a donc été privilégiée de longue date par les Thaïs. On rajoute facilement quelques personnes dans l’habitacle… sans compter ceux qui seront transportés dans la benne du véhicule, pour les convois exceptionnels.

Departs pour Songkran

Source: Bangkok Post

Bref, c’était le branle-bas de combat. Notre nounou a passé des heures au téléphone avec ses copines pour trouver des solutions alternatives. Les autorités du pays ont bien suggéré de prendre des bus, mais la plupart des billets étaient déjà réservés et bien sûr, les prix se sont envolés. La décision du gouvernement peut sembler surprenante à la veille des plus importants congés du pays. Elle avait néanmoins pour objectif de limiter la mortalité routière, qui explose toujours sur cette période.

La population a cependant tant grondé que, deux jours plus tard, l’application de la mesure a été suspendue et reportée à après les fêtes. Même si les questions de sécurité routière subsistent, c’est plus humain ainsi. Car c’est naturellement les personnes les plus modestes qui auraient été le plus durement impactées par cette nouvelle loi.

 

Le Nouvel An Khmer et le deuil national

Cette année sera également particulière, en raison du deuil national qui affecte la Thaïlande depuis la disparition du Roi Bhumibol, en octobre dernier. Pour 2017, les manifestations trop bruyantes et trop voyantes doivent être annulées. Les autorités ont demandé à la population de se concentrer sur les rites plus traditionnels, comme les offrandes aux temples ou l’aspersion à l’eau. L’on verse d’abord de l’eau sur des figures bouddhistes, qui assureront la bonne fortune. Puis l’on asperge ses parents, ses proches, ses amis, pour les laver du mauvais sort. J’imagine qu’une plus grande retenue qu’à l’habitude sera de rigueur, mais l’on voit tout de même des pistolets à eau (enfin plutôt des bazookas à eau) en vente partout dans les commerces.

Cette année, même l’école a choisi l’annuler les activités festives du Nouvel An Khmer. C’est pourtant un moment que les élèves attendent avec impatience, pour pouvoir arroser leurs professeurs. Un an après, Petit-Un n’en est d’ailleurs toujours pas revenu. Il me raconte souvent, un peu penaud, mais avec une satisfaction non dissimulée: « Tu te rends compte. J’ai jeté de l’eau sur Miss Ann! »

Cette année, les réjouissances sont remplacées par une « Songkran Assembly », avec hymne national et hommages au feu Roi. C’est normal, eu égard au contexte. Pour ne pas priver les plus jeunes, les professeurs de maternelle ont malgré tout eu l’idée d’organiser un « Color Run » et des jeux d’eau, suivi d’un buffet convivial avec les parents.

 

Le Color Run

Jusqu’à ce jour, je n’avais aucune idée de ce qu’était un « Color Run », mais je vois que même Paris en organise, alors vous êtes sûrement mieux renseignés que moi. Le concept est de faire courir les participants et de les recouvrir de poudres colorées au fil du parcours.

L’idée est très bien vue. Le « Color Run » est une activité indépendante de Songkran, et l’événement a été organisé un peu avant la date de la fête pour éviter toute confusion. Mais en même temps, les poudres de couleur jouent un rôle central dans le Nouvel An Khmer. Elles symbolisent le renouveau et la joie des festivités. Et elles peuvent également être pulvérisées sur les parents et les proches, en guise de bonne fortune.

Les Mamans volontaires avaient été conviées à se joindre au groupe, pour aider à lancer les couleurs sur les enfants. J’en étais. Les maîtresses avaient préparé et mixé des kilos de poudres colorées, balisé le parcours, et globalement très bien organisé l’événement.

J’étais en charge du stand « purple ». Violet, quoi. Je devais le tenir avec une nounou du voisinage que je connais bien, car elle vient souvent à la maison. C’est une dame joviale et un peu excentrique qui ne me croise jamais sans me dire que j’ai de gros seins. Tout de suite j’adore et ça me met à l’aise. Ca n’a d’ailleurs pas manqué. Elle m’a dit bonjour et que j’avais de gros seins. Sur ces bonnes bases on a commencé à lancer la poudre. J’étais très détendue.

 

Bonne année et beaucoup de bonheur!

Très vite des dizaines d’enfants sont arrivés ventre à terre. Il fallait bien viser. Assez bas pour qu’ils n’inhalent pas de poussières, et assez haut pour colorer leur tee-shirt. Petit-Un et Petit-Deux étaient très contents de me voir. Ils se sont bien défendus à la course. Car bien qu’il n’y ait pas eu de chronomètre, j’ai été surprise par l’esprit de compétition des enfants, qui tenaient un classement précis des ordres d’arrivée.

Apres le Color Run

Entre les enfants, ma co-lanceuse et moi-même avons essayé de papoter, sans grand succès, faute de langue commune. Du coup j’ai fait mine de l’empoudrer, histoire de tâter le terrain. Ca lui a beaucoup plu et elle m’a répondu d’un grand nuage violet. Elle m’a souhaité une bonne année et beaucoup de bonheur. Et m’a demandé si je voulais bien faire de même. Et puis on s’est encore jeté de la poudre, pour plus de sûreté niveau bonheur et un peu pour le plaisir, aussi.

Apres le Color Run

La course a tellement amusé les enfants qu’ils ont refait la boucle trois fois. Des grands de collège, venus les encourager, on également couru. Ca file drôlement vite, à cet âge là, et c’est très difficile de les avoir! Il y en a même un qui a sauté un buisson (le lâche), pour parvenir à m’échapper! A ce moment là, j’ai d’ailleurs appris à mes dépens qu’il ne fallait surtout pas jeter de poudre en courant, dans le dos de quelqu’un qui court… tout m’est revenu directement dans les yeux! (J’aurais pu réfléchir avant, aussi.)

 

Des festivités très réussies!

Quand la maîtresse a frappé dans ses mains pour réunir le groupe, j’étais en sueur. Et aussi rouge et colorée que les élèves. Ca a beaucoup amusé les Mamans japonaises, qui au terme de la même activité n’avaient pas un cheveu qui dépassait, et pas un grain de poudre sur les habits. Je ne sais même pas comment elles ont fait. Les Mamans japonaises sont vraiment extraordinaires.

Petit-Un et les jeux d'eau

Des activités de jeux d’eau ont suivi. On pouvait faire des bulles, délivrer des dinosaures emprisonnés dans des glaçons, jouer avec des éponges, de la mousse et des bassins d’eau colorée. Les enfants étaient fous de joie. Petit-Deux m’a fait promettre d’organiser à nouveau ces activités à la maison.

Petit-Deux apres les jeux d'eau

A ce moment là, une petite dame thaïe que je ne connaissais pas s’est approchée timidement de moi. Je pense que c’était une femme de ménage de l’école. Elle m’a jeté de la poudre dessus, m’a souhaité du bonheur pour la nouvelle année, puis j’ai fait de même. Ca avait l’air de lui tenir à cœur et elle a semblé ravie. Je n’imaginais pas du tout que ce lancer de poudres colorées pouvait avoir une signification si forte pour les Thaïs.

La journée s’est conclue par un buffet sympathique, préparé par les parents, avec des spécialités de leurs pays d’origine. J’en étais rendue aux kimbap, des sortes de makis coréens, quand Petit-Un me tire par la manche d’un air mysterieux: « Maman, Maman, je crois que j’ai trouvé un squelette dans mon poulet! » Il y avait bien un os, effectivement.

 

Nous vous souhaitons à tous de très joyeuses fêtes de Songkran!

 

 

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Avr 10

Une naissance mouvementée en Thaïlande

Deux jours avant la naissance de Miss-Trois, je suis entrée dans la phase terminale de la grossesse, celle où l’on sait avec une certitude absolue que jamais l’on n’accouchera. Que l’on restera enceinte pour toujours. Que de toute façon ce bébé ne veut pas naître. Et vivra jusqu’à son adolescence dans mon utérus. Au moins. Bref, que dans quinze ans j’en serais encore au même point: enceinte.

 

Aux grands maux les grands remèdes

J’étais alors terriblement angoissée. Et angoissante. J’infligeais à Papa-Tout-Terrain des ascenseurs émotionnels permanents. « Je suis sûre que j’ai perdu les eaux… » « Bah non en fait laisse tomber, c’est Petit-Deux qui m’a bavé son jus d’orange dessus. » « Je crois qu’elle ne n’aime pas et c’est pour ca qu’elle veut pas naître. » « Tu crois qu’elle bouge comme il faut? On peut la réveiller pour être sûrs qu’elle bouge comme il faut? »

C’est dans ces moments, d’ailleurs, que cinq ans plus tôt, Petit-Un-qui-ne-voulait-pas-naître-non-plus avait hérité d’un surnom toujours en usage parmi nous: « sac à main ». A environ cinq heures du matin et en pleine crise d’angoisse insomniaque, j’avais maugréé qu’il n’arriverait jamais ce « sale gamin ». Tiré brusquement de son sommeil, Papa-Tout-Terrain m’avait mollement regardée: « Sac a main? »… L’appellation subsiste aujourd’hui, pour qualifier les petits coquins du quotidien.

Quand j’en arrive à ces extrémités, il est temps de passer aux grands moyens. A Shanghai je montais mes trente-six étages. Faute de verticalité, ici, j’ai fait des tours de quartier. Ventre à terre. Mon exaltation était à son comble. Dissimulée derrière un immense chapeau et d’énormes lunettes de soleil, j’ai sillonné les allées de la résidence avec toute la vitesse que me conféraient mes jambes boudinées. Aux vues de la taille de mon ventre, je pense avoir été reconnue, mais les voisines ont eu la gentillesse de ne pas me héler en ces moments pénibles.

Quelques mètres en retrait me suivait un étrange cortège. Inquiet que je ne me trouve mal sous la chaleur écrasante du mois d’août, Papa-Tout-Terrain –qui mérite bien son auréole- avait entrepris de me suivre en voiture, m’approvisionnant en eau, en encouragements et en mots tendres. Tout en gardant un œil attentif sur nos deux aînés qui siestaient à l’arrière. (Cet homme est une perle.)

 

 

Dernieres balades avant la naissance - Copy

Faux départ…

J’ai parcouru pas mal de kilomètres. Transpiré pas mal de litres. Et aussi fait pas mal d’heures d’escaliers à la maison, surtout au milieu de la nuit… et les contractions sont finalement venues. Toutes les cinq minutes. Plusieurs heures. Elles faisaient mal juste comme il faut. Parfait! Nous avons appelé la nounou pour garder les grands, vérifié qu’il y avait bien Top Gear sur l’ordinateur, et tranquillement pris le chemin de Bangkok.

C’était le milieu de la soirée. La circulation était plutôt fluide. Nous sommes passés tout juste derrière un orage énorme, qui avait laissé de belles flaques qui faisaient « pchhhff, pchhhff » sur le bord de l’autoroute. La situation était sous contrôle. Nous avons mis la radio, compté les contractions, et roulé tranquillement, sans nous presser. Nous étions heureux. Au terme de près de deux heures de route, nous avons atteint l’hôpital.

Et là, plus de contractions. Pas même une seule. « Vous êtes sûre que c’était des contractions? » Ben oui, c’est mon troisième, quand même. Je vous jure que c’est pas une blague. Monitoring et tout le tintouin. C’est le calme plat. La sage-femme vient me voir très embêtée. « Je suis très désolée, mais vous n’êtes pas en train d’accoucher, Madame. Rien d’ailleurs ne laisse supposer que vous pourriez accoucher à court terme. Mais si vous voulez vous pouvez peut être revenir un autre jour. »

Je triomphais! Je le savais. C’était sûr! Je vous le disais bien. Je n’accoucherais jamais. Et dans dix ans je serais toujours comme ça!

Du coup on est rentrés chez nous. Toujours pas de contractions. On a dit désolé à la nounou. La naissance, c’est pas pour aujourd’hui. Et puis on s’est couchés. Il était deux heures du matin.

 

Nouveau départ

Deux heures cinq. Dans mon ventre, la puce bouge dans tous les sens. Je me relève d’un bond. « En fait il va falloir y aller, finalement. » « Mmmmm » répond Papa-Tout-Terrain qui possède l’extraordinaire faculté de s’endormir en deux secondes. « J’ai perdu les eaux. » Tout de suite, ça l’a bien réveillé.

On est repartis à bride abattue, sous le regard dubitatif de la nounou qui avait l’air de se demander si cette fois serait la bonne. Le trajet n’a duré qu’une heure vingt-neuf. Papa-Tout-Terrain a foncé. Je m’en souviens très bien car j’ai gardé les yeux rivés sur l’horloge, tout du long. Ca commençait à devenir douloureux et j’avais drôlement hâte d’arriver.

Le vigile de l’entrée de l’hôpital s’était un peu assoupi. Pour accélérer, Papa-Tout-Terrain me charge sur un fauteuil roulant et, vif comme le vent, me pousse vers la maternité, pendant que le vigile réveillé en sursaut nous court derrière avec de grands gestes de bras. La sage femme nous accueille avec étonnement. « Mais, vous n’êtes pas en train d’accoucher… » Maintenant si. Je me jette sur un lit. Trois blouses vertes s’approchent de moi pour m’examiner.

« Ca pousse », je dis. Les blouses vertes se mettent à voleter partout dans la pièce. Rien n’est prêt. « Ca pousse vraiment. » Les blouses reviennent à toute allure. Là je me rappelle qu’on a oublié de mettre Top Gear. (J’ai un sens exceptionnel des priorités dans les situations d’urgence.) Trop tard. Quelques minutes après, Miss-Trois est dans mes bras. Elle est née très en forme, et heureusement très rapidement, car elle avait trois tours et demi de cordon autour du cou. Enfin, je la serre fort dans mes bras. Je serre fort la main de Papa-Tout-Terrain. Nous sommes cinq à présent.

 

Tracas

Par malchance, mon utérus a décidé de faire le malin quelques minutes plus tard et de faire une hémorragie. Nouveau papillonnement des blouses vertes. On me prend mon bébé. Papa-Tout-Terrain est tout blanc. Il me dit de ne pas fermer les yeux.

Je pense très fort à Petit-Deux, à qui j’ai promis de rentrer au plus vite. Il a besoin de moi pour dormir.

On est têtus dans la famille. On ne va pas se laisser faire par une petite hémorragie. Petit-Deux est si obstiné qu’il a réussi à réparer un ascenseur en panne par la seule force de la volonté. Petit-Un est drôlement entêté lui aussi. Il y a quelques mois, il a arrêté d’utiliser sa sucette sacrée tout d’un coup, le jour où il a décidé de l’offrir en cadeau au bébé à venir.

Et avec Papa-Tout-Terrain, à nous deux, on est sacrément coriaces! Combien de fois a-t-on gravi main dans la main, nos trente-six étages pour accoucher? Et la poussière qu’on a bouffée ensemble, à moto, sur les routes du Cambodge? Et ces nuits d’insomnies à veiller les enfants ou à refaire le monde, qu’on voudrait juste un tout petit peu meilleur?… On est têtus chez nous. Alors je garde les yeux bien ouverts, et me perds dans le regard de mon amoureux.

 

Le bon choix

Mon médecin a été exactement comme nous l’attendions: formidable et très humaine. Elle a réagi très vite, m’a colmatée nickel puis transfusée.

Papa-Tout-Terrain a enfin semblé un peu rassuré. Il a fait des allers-retours vers la pouponnière pour câliner Miss-Trois et la prendre en photo pour moi. J’ai réalisé que je ne l’ai pas encore vue. Je l’avais serrée si fort contre moi que je ne l’avais pas regardée. Elle était belle. Elle ressemblait à ma sœur. (Coucou sœurette!)

L’équipe de puériculture a été parfaite. Les dames ont réchauffé, habillé, emmailloté et bercé notre princesse. Je voulais l’allaiter. Elles l’ont fait attendre sans biberon. Et aucun soin ne lui a été dispensé, tant que nous étions empêchés d’être auprès d’elle. Elles l’ont juste câlinée. Visiblement très bien, d’ailleurs. Car j’ai été étonnée de la sérénité de Miss-Trois, quand j’ai enfin pu la revoir, après plusieurs heures qui m’ont semblées des siècles.

Alors certes, on a fait des kilomètres pour la naissance de notre puce, mais avec du recul, on ne regrette rien, parce qu’on avait une confiance absolue dans les médecins et les équipes soignantes qui nous ont assistés. Et qu’ils ont été extraordinaires avec nous.

 

Séjour « bien être » à l’hôpital cinq étoiles

Papa-Tout-Terrain et moi, on est tout de suite tombés follement amoureux de Miss-Trois. Elle avait de grands yeux de velours, qui regardaient le monde avec curiosité. C’était les miens. De son Papa, elle avait hérite d’une douceur infinie. Et de mignons cheveux en porc-épic, qui lui ont valu le surnom de Princesse-Punk. (Coucou et merci à l’auteure de l’appellation!)

Le séjour à l’hôpital a été une succession de jolis instants magiques. Nous avons passé des heures à nous émerveiller devant notre puce. Nous avons regardé quelques films en entier sans être interrompus. Ca fait cinq ans que ça ne nous était pas arrivé, et ça ne reviendra sans doute pas avant cinq ans.

Nous avons été gâtés et choyés, par un personnel aux petits soins qui n’arrêtait pas de nous apporter de la tisane de gingembre. J’étais aux anges car j’adore! J’ai appris par la suite que c’était pour aider l’utérus à reprendre sa taille normale. Mais je ne sais pas pourquoi ils en servaient aussi à Papa-Tout-Terrain, qui n’a pas d’utérus, lui.

Cerise sur le gâteau, durant nos deux jours en pension cinq étoiles, nous n’avons pas changé une seule couche! Car cela fait partie du service. Il suffit de biper pour qu’une puéricultrice apparaisse par magie et change le bébé pour nous! Pour notre aîné, en Chine, nous avions mis un point d’honneur à nous débrouiller tous seuls. Vous comprenez, la magie du méconium et tout et tout… Avec Miss-Trois, en revanche, on connaissait la chanson: une couche de moins c’est une couche de moins. C’est toujours une couche de gagnée! Du coup, on a laissé tomber les pipis pour se concentrer sur les câlins. Et ce n’était pas désagréable!

 

Retour parmi les nôtres

Au lendemain de l’accouchement, vers la fin de la journée, nous avons finalement obtenu l’autorisation de rentrer chez nous. Nous avions promis aux garçons que nous serions aussi brefs de possible, et, si agréable qu’ait été le séjour à l’hôpital, c’est en famille que nous avions besoin de nous retrouver.

 

 

Si vous avez loupé les articles précédents de la série, vous pouvez les retrouver ici:

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