Déc 08

L’éléphant rose du Wat Saman Rattanaram

Papa-Tout-Terrain a changé de voiture pour le week-end. Notre Honda est en révision au garage et on nous a donné une Toyota à la place. Enthousiasme de Petit-Deux devant la nouveauté. Puis déception: « La prochaine fois, Papa, tu pourrais demander une BMW… ». Bien qu’il n’ait que trois ans, il a déjà fort bon goût ma foi. Mais il va falloir qu’il change de parents s’il veut satisfaire ses envies de luxe.

La brave Toyota respectant le critère de « on peut mettre trois sièges auto à l’arrière », on charge les marmailloux, direction le Wat Saman Rattanaram de Chachoengsao.

En route, un croise un curieux cortège. Une voiture à gyrophares devant. Une voiture à gyrophares derrière. Toutes deux allant un train de sénateur. Au centre de cette étrange colonne, un très vieux monsieur en fauteuil roulant. Il fait le tour de Thaïlande, un portrait du défunt roi sur les genoux, pour un dernier hommage…

Pelerinage pour le Roi

On arrive. Vous voyez ces lieux de culte peuplés de tas de vieilles mémés rabougries et un poil revêches, qui regardent les enfants avec le sourcil froncé et se déplacent tellement silencieusement qu’on dirait qu’elles volent… Eh bien voilà. C’est exactement tout l’inverse!

 

Un somptueux chaos

Le Wat Saman Rattanara, c’est l’idée que je me fais des grandes foires sacrées du Moyen Age. Des foules bigarrées. Des vendeurs aux marchandises chatoyantes. Des fidèles qui se muent en chalands sitôt la fin des dévotions.

C’est un ensemble de couleurs, de lumières, d’odeurs, de brouhahas et de mouvements confus. Un enchevêtrement gai. Une harmonie désordonnée.

L’orange des moines et les dorures des représentations sacrées. Le fumet du poulet grillé et les émanations d’encens. Le vert profond des goyaves marinées et le rose tendre des barbes-à-papa. Une cohue joyeuse et courtoise. On n’arrête pas de se bousculer. Toujours en se souriant.

Touilleurs de caramel

Voyez plutôt ces trois gaillards aux muscles saillants, en train de touiller d’immenses marmites de caramel! La vendeuse du stand offre un bonbon à petit deux. A quelque pas de là, Petit-Un est fasciné par une statue grandeur nature de Spiderman, qui côtoie un effrayant Guan Yu, le Dieu chinois de la guerre, et quelques bouddhas imperturbables.

 

Hindouisme

Le clou des lieux est une immense représentation de Ganesh, rose. Il est accompagné d’un rat, sa monture traditionnelle, dans la mythologie Hindoue. Lorsque l’on prie, on ne demande rien à Ganesh directement. Il faut s’adresser à son rat.

Ganesh rose - elephant rose

Dans la théorie, il faut bien boucher la deuxième oreille du rat pour éviter que la requête ne ressorte de l’autre côté! En pratique, et peut être en raison de l’affluence de lieux, on peut parler aux deux oreilles du rat en même temps, et il y a d’ailleurs plusieurs rats!

Ganesh et son rat

 

Bouddhisme Chinois

Un peu plus loin le temple chinois, avec Guan Yu et des tas de dragons. C’est un temple bouddhiste, mais d’une version bouddhiste rapportée de Chine en Thaïlande, vers la fin du dix-neuvième siècle, lors d’une importante vague d’immigration.

Temple chinois

Dans cette même catégorie du Bouddhisme chinois, on repère également une immense Guan Yin, la bodhisattva qui incarne la compassion. Et un gong géant qu’on peut frapper pour attirer la bonne fortune.

Temple chinois

 

Bouddhisme Thaï

Puis vient la zone du Bouddhisme thaï. On y brûle de l’encens. On y prie des bouddhas debout, des bouddhas assis, des bouddhas couchés. Et l’on s’incline devant des statues de moines, taille réelle. Ils font plus vrais que nature à tel point qu’on se demande s’ils sont vivants ou non. On en voit souvent dans les temples et ils me perturbent toujours. (Au début je croyais que c’était des vrais moines embaumés, et j’étais encore plus mal à l’aise). (Et il m’est aussi arrivé parfois de passer devant ce que je croyais être des faux-moines-statue, avant de me rendre compte qu’ils respiraient. Bref, c’est un peu flippant.)
Fleur de Lotus
Tout au bout, on termine sur une énorme fleur de lotus rose flottant sur le fleuve. C’est tout l’art de mêler le spectacle et la religion. Les fidèles y alternent les offrandes et les selfies dans des poses gracieuses et romantiques.

 

Phra Rahu

Un peu à l’écart enfin, on note un bâtiment surmonté d’un immense Phra Rahu. Phra Rahu est un géant divin que l’on retrouve à la fois dans la mythologie Hindoue et le Bouddhiste. Il mange régulièrement le soleil ou la lune, provoquant ainsi les éclipses.

Phra Rahu

De ci, de là, et au milieu de cette cohue, les marchands du temple. Le curieux y achète des amulettes et des jeux en plastique made in China pour les enfants. On se restaure, on boit un coup, et on grignote, avant de passer au dieu suivant en devisant gaiement.

 

Pêle-mêle sacré au Wat Saman Rattanaram

Pour des esprits occidentaux tant de religions et de divinités rendent l’appréhension de ces lieux un peu confuse. Mais la pensée asiatique est souple et retient plus la complémentarité de ces cultes que leurs antagonismes. Ces religions restent par ailleurs étroitement liées, puis que le bouddhisme chinois et le bouddhisme thai sont tous deux issus de l’Hindouisme.

Sacre Pele-Mele

Enfin, certains de mes amis m’ont proposé une version très pragmatique qui se défend aussi: dans la mesure où l’on ne peut être sur de qui est le « vrai » dieu, autant les prier tous un peu pour multiplier les chances de salut. Finalement, plusieurs précautions valent toujours mieux qu’une.

Money money money…

Dans les temples de Thaïlande, je suis souvent surprise des rapports tres étroits entre religion et argent. Pas une divinité n’est invoquée sans qu’elle n’ait droit à son tribut. De l’encens, une bougie, des fleurs, un peu de feuille d’or ou des devises sonnantes et trébuchantes. Dans l’esprit des fidèles, on augmente ainsi les chances de voir ses vœux se réaliser et l’on améliore son karma, pour maintenant et pour ses existences à venir.

Lancer de pieces

Certaines institutions religieuses sont ainsi tres riches. Cela mène régulièrement à des débats publics houleux quant à la probité des moines et à la nécessité ou non, pour eux, de vivre dans la pauvreté. Je n’entrerai pas dans ces débats: ce n’est ni ma société ni ma religion. En revanche, je m’amuse toujours de l’ingéniosité des concepteurs de lieux, pour pousser à l’offrande:

  • Tapez trois coups sur l’immense gong chinois pour voir vos souhaits se réaliser. Et faites une offrande…
  • Visez un bocal sacré avec des pièces… Plus vous tirerez en plein dans le mille, mieux vos vœux se réaliseront!
  • Distribuez une à une des pièces dans les bols disséminés tout autour de la fleur de lotus géante.
  • Variante: distribuez une à une des pièces dans chaque bocal des statues de moines plus vrais que nature qui se tiennent en rang d’oignon.
  • Achetez une bougie « fleur de lotus ». Faites la flotter sur l’eau d’une fontaine.
  • Alimentez en huile une lampe sacrée.
  • Deposez une requête à l’oreille du rat de Ganesh. Et faites une offrande…

Rat de Ganesh

Bref, quand on arrive dans un temple, j’ai généralement des kilos de pièces sur moi (rapport à Papa-Tout-Terrain qui les laisse toujours traîner)… Quand on repart en revanche, je suis fort légère! … Cela dit, comme les moines ont pensé à tout, il y a même des « bureaux de change » billets-pièces un peu partout, pour ceux qui n’ont pas de Papa-Tout-Terrain sous la main.

 

Emplettes et délices

Nous terminons par quelques emplettes de bouche. Les premières mangues de la saison. Des pamplemousses. Des melons. Et des mini ananas, craquants, juteux et si sucrés.

J’hésite devant quelques sauterelles grillées avant de renoncer: les insectes sont souvent pleins de pesticides. Ce n’est pas l’idéal quand on allaite un bébé. (Ok, ce n’est jamais l’idéal, en fait, mais quand même, c’est bien bon…) Je me rabats sur des caramels au durian. Oh! Et des œufs de cent ans, mon délice de Chine! Ce sont les mêmes en Thaïlande, mais leurs coquilles sont teintes en rose. Bien entendu, j’ai craqué aussi…

Dragon

Les enfants nous réclament un arrêt final au stand des petits gâteaux pour des cigares croustillants au sésame, des petites crottes addictives à la noix de coco, et de jolis biscuits colorés, traditionnellement proposés lors des mariages.

Avais-je mentionné qu’il y avait très souvent plein de trucs bons à manger, autour des temples?

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Déc 05

Une nuit en Thailande

Morceaux choisis d’une nuit en Thailande…

Je n’ai pas le talent d’Amélie, mais j’ai eu une pensée émue pour elle en gribouillant mes vignettes.

Et, à toutes celles (et à tous ceux) qui se reconnaîtront: SOLIDARITE et COMPASSION!

… D’ailleurs, si le Papi-Bordeaux de Johanna est disponible, je veux bien le lui emprunter.

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

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Déc 01

Liebsters Awards!!!

La semaine dernière, Maman Délire m’a nommée aux Liebsters Awards. Merci d’avoir pensé à moi! Ca m’a beaucoup touchée. J’étais d’ailleurs tellement contente que j’ai tout de suite téléphoné à Papa-Tout-Terrain pour tout lui raconter, sans penser qu’il était dans une réunion très importante avec un gros client Chilien et que son client était un peu moins enthousiaste que moi, a priori.

Je réexplique le principe des Liebsters Awards pour tante Georgette qui ne lit pas le blog de Maman Délire (et elle a bien tort. D’ailleurs si toi non plus tu ne le lis pas, je t’encourage à y faire un tour, en commençant par exemple par ce billet que j’ai découvert récemment par hasard et qui m’a autant amusée qu’affolée par anticipation)

Le principe est de faire connaitre des blogs qu’on aime en créant une « chaine d’estime » entre blogueurs. Il faut:

  • Écrire 11 choses sur soi
  • Répondre aux 11 questions de la personne qui t’a nominée
  • Nommer à ton tour 11 nouveaux blogs et leur poser 11 questions
  • Mettre des liens vers leur blog & les informer de leur nomination
  • Informer la personne qui t’a nominée que la tâche est accomplie

 

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11 choses sur moi…

  1. J’ai failli ne jamais rencontrer Papa-Tout-Terrain. Je travaillais de nuit à ce moment là et j’avais organisé depuis deux semaines mon remplacement pour la soirée par un chef d’équipe. Au moment où j’arrive sur les lieux de la fête, je reçois un coup de fil de mon chef d’équipe: « Eh, vous pourriez revenir à l’entrepôt tout de suite s’il vous plait? » « QUOI??? » « Ben oui, j’avais oublié, c’est l’anniversaire d’un pote ce soir et je voulais y aller… » Bref, j’ai dit non puisque j’avais l’homme de ma vie à rencontrer ce jour-là.
  2. J’ai le permis de conduire français, le permis chinois et le permis thaï. J’aimerais apprendre à conduire des poids-lourds et des chariots à mats rétractables mais je n’ai jamais pris le temps.
  3. Je suis terrorisée par les enfants (sauf les miens, hein). Quand on me confie un enfant, j’ai terriblement peur de ne pas le rendre dans un état correct, de lui apprendre des gros mots, de déclencher chez lui des réactions inconnues… Du coup, en vertu du principe de précaution, je garde autant de distance que possible avec les petits bouts que je vois, mais avant tout pour leur bien.
  4. Je sais dire « la queue de l’écureuil » en dialecte autrichien. C’est très utile à replacer en société.
  5. J’ai appris le latin et le grec ancien, et je caressais dans ma jeunesse l’espoir de devenir prof de lettres classiques. L’idée d’avoir des élèves m’a fait reculer et je pense que j’ai bien fait (voir point numéro trois).
  6. Je me suis fait confisquer mon appareil photo à Tbilissi après avoir pris en photo l’ambassade américaine en Géorgie. J’étais jeune et tête en l’air et j’ignorais alors qu’il est strictement interdit de photographier les ambassades.
  7. J’ai appris le chinois après avoir rencontré par hasard trois hongkongais tres sympas en Angleterre, mais qui parlaient trop mal anglais pour qu’on arrive à communiquer. Bon,à ce moment-là j’avais un peu sous-estimé la difficulté d’apprendre le chinois. Et en plus j’ai appris le mandarin alors que mes amis parlaient cantonais. Mais il n’y avait pas cantonnais à la fac…
  8. Je mange absolument de tout, y compris les mets les plus exotiques, et j’adore découvrir de nouveaux plats. Il n’y a que deux choses que je déteste depuis l’enfance: le bifteck haché et le poisson pané.

(Bon, je m’arrête à huit. C’est très bien, huit).

 

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Maintenant je réponds aux 11 questions de Maman Délire

  1. Quel est ton plus ancien souvenir d’enfance? Le jour où notre premier four à micro-ondes est arrive à la maison. Il ne marchait pas et mes parents se sont entêtés toute la journée à essayer de faire chauffer des verres d’eau dedans. Et ce ne chauffait pas. J’avais trois ans. A la réflexion, il est follement excitant, mon premier souvenir, non?
  2. Quel métier exerces-tu dans ta vie rêvée? J’adore mon métier actuel et je n’ai pas envie d’en changer. D’ailleurs, si le Dieu du travail voulait bien m’envoyer un nouveau contrat je ne dis pas non. Sinon, j’aurais aimé être producteur de film ou directeur d’aéroport. J’aime bien les fonctions d’organisation et de gestion de flux touffus.
  3. Raclette ou tartiflette? Rhaaa! Les deux mon capitaine! Ca fait un an qu’on n’est pas rentrés en Europe, et je suis en manque de fromage. En manque grave. Raclette, tartiflette, aligot, fondue, nous prenons tout! Avis à nos hôtes des vacances de Noel…
  4. Ton Disney préféré? (mais si t’as forcément un Disney préféré !!) J’ai plein de Disney préférés, mais en ce moment, j’ai surtout plaisir à regarder ceux que kiffent mes garçons, à savoir Le Livre de la Jungle et Merlin l’Enchanteur.
  5. Tu es parachuté sur une île déserte, tu as droit à 3 objets… Petit hommage à ma grand-mère adorée: je prendrai du saucisson et du chocolat. (Vous noterez que c’était une femme de goût!) En troisième élément, je prendrai toute ma famille. (Il me faudra donc beaucoup de saucisson et de chocolat, s’il vous plait).
  6. Quel est le sport que tu détestes le plus? Le tennis. Ca m’ennuie à un tel point que je n’ai toujours pas compris les règles. Il parait cependant que c’est enfantin. Par soucis d’honnêteté, on va donc dire que je n’ai pas cherche à comprendre les règles et que j’ai débranché mon cerveau à chaque fois qu’on a voulu m’expliquer. Je sais juste qu’il faut garder la balle à l’intérieur des traits.
  7. T’as prévu quoi pour le 31? Le 31 nous serons dans l’avion. Du coup pas de fête pour nous. A la place on va faire la police pendant douze heures pour garder les enfants tranquilles. Ca fait partie des petits sacrifices de la vie à l’étranger.
  8. Tu es plutôt réincarnation, paradis, le néant…? (oui elle envoie du lourd celle là !) Je suis néant à donf. A tout hasard… En cas de réincarnation, s’il vous plait, je veux être réincarnée en durian. Ca me fera bien rigoler si je suis mangée par des néophytes. Et puis pour le paradis, on va éviter, si possible. Je préfère l’enfer. Au moins il y a de l’action là-bas!
  9. Ton apéro favori? Avant de connaitre Papa-Tout-Terrain, le Pastis. Maintenant le Ricard. Il parait que par chez lui, c’est trop la honte de servir un Pastis, c’est manquer de respect à ses invites!
  10. Ton péché mignon? Il y en a tellement en fait… Tout le plaisir est de varier. Mais là tout de suite, j’aurais très envie d’une charlotte au chocolat.

 

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… Puis je nomine onze blogs pour les Liebsters Awards…

Ahlàlà, c’est très difficile, car il y a beaucoup de blogs que j’aime! Maman-Délire a très bon goût, d’ailleurs, puisqu’elle a déjà nominé plusieurs blogs qui me plaisent énormément! Alors j’appelle…

  1. Appellation Maman
  2. Belle Mam’
  3. Bibliblog
  4. Caribbeanstyle
  5. Charlotte aux Petits Pois
  6. Le Grand Bond au Milieu
  7. Miss Lune
  8. Nos racines sur 4 continents
  9. Ogresse de Compagnie
  10. Rose comme Trois Pommes
  11. Themetis

 

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… Et mes onze questions seront…

  1. A quelle époque aurais-tu aimé vivre?
  2. Quel est l’endroit au monde qui t’a le plus marqué?
  3. Quels sont tes projets pour 2017?
  4. Quel est ton pire défaut?
  5. Qu’as-tu demande au Père-Noel?
  6. Quels sont les prénoms que tu aimais, mais que tu n’as pas choisis pour tes enfants?
  7. Qu’est ce qui te rend heureuse?
  8. Si tu écrivais un roman, quel en serait le titre?
  9. Quelle est ta recette fétiche? Veux-tu bien la partager avec moi?
  10. Quels sont tes rêves?
  11. Quel a été ton plus grand moment de solitude?

 

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Nov 18

12 kilos de concombres…………………

Ca me désole! Cela fait plus de deux semaines que je n’ai pas écrit la moindre ligne alors que j’aime tant ça. C’est ça le truc quand on a fait plein d’enfants et qu’on a opté pour une existence sinueuse à l’autre bout de la terre! En même temps, rien de pire que chez les autres, d’autant que j’ai la chance d’avoir une dame qui m’aide pour le ménage et les enfants, mais voilà notre vie en quelques chiffres:

  • 23 rendez-vous médicaux…

… depuis la naissance de Miss-Trois, soit un rendez-vous tous les trois jours et demi. D’ailleurs saviez-vous que de l’étranger, on fait toujours les demandes de remboursement en format papier? Quelle belle occasion pour moi de pratiquer la calligraphie (avec une pensée émue pour la nana qui de l’autre côté va recopier mes papelards)!

  • 22 kilos de citrouille…

… hérités de Halloween, et en cours de préparation: en soupe, en veloute, en subrics, en gnocchis, en tarte, en gâteau, en pain, en curry, en graines grillées… restent à tester en gaufres et en houmous! Merci d’avance à Hellocoton de poursuivre ses sélections à base de cucurbitacées (hors salades parce qu’on a trouve ca degueu), et merci à tous ceux qui pourraient m’apporter des idées pour les presque 10 kilos restants!

  • 12 kilos de concombres…

… ingérés en semaine 44. Ca c’est un coup du mari de notre nounou qui est tombé sur une super promo sur les concombres! Et sans me prévenir en plus! C’était la surprise! Bon, heureusement, on aime la salade grecque, le taboulé et le tzatziki!

  • 1 CV tout neuf…

… complètement rénové par une belle inconnue (merci merci!) et déjà envoyé à des dizaines de personnes! Si je ne trouve pas de travail après ça…

  • 6,88 litres de lait maternel…

… au congélateur (et 3 litres supplémentaires a la poubelle après un problème de congélation). Je suis décidément prête à retourner travailler!

On continue aussi nos balades, mais en mode tout-doux, vu qu’on a toujours un malade sur les bras en ce moment. Après les grippes, les fièvres, les crampes inexpliquées, les gastros, on est dans les conjonctivites. Au moins, c’est varié.

Et quand on est coincés à la maison on dessine. Vu que je m’embêtais comme un rat mort en regardant les enfants dessiner, je m’y suis mise aussi. Des rats du coup (mais vivants). Et les anecdotes de notre quotidien. Papa-Tout-Terrain -qui est toujours un amour avec moi- m’a incité à les partager sur le blog parce qu’il les aime bien. Voici donc un premier épisode de nos aventures en dessin…

Au restaurant

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Nov 02

Star en Chine – Gloire et désillusion

Les Occidentaux sont souvent objets de curiosité en Asie. Dans les zones peu développées au tourisme, nous sommes régulièrement hélés, observés sous toutes les coutures, commentés pour nos particularités physiques, et bien sur largement photographiés. La tendance s’accentue d’ailleurs à mesure que la famille s’agrandit.

Mais même sans enfants. Combien de fois Papa-Tout-Terrain ne s’est-t-il pas fait arrêter par un curieux, avide de contempler les poils de ses bras… Un chauffeur de taxi lui a même un jour demandé la permission de le caresser! Et chacun de s’esbaudir du moelleux de sa pilosité blonde et fournie. Il faut dire que par ici, on est plutôt glabre de nature…

 

La Chine et le regard

La Chine étant longtemps restée fermée à l’international, l’observation d’un étranger était encore un événement exceptionnel pour bon nombre de Chinois, alors que j’étudiais à Shanghai au début des années 2000. D’autant qu’en Chine, on regarde sans pudeur. On regarde parce qu’on veut voir. Et on détaille l’objet de son intérêt aussi longtemps que nécessaire. Etant moi-même souvent « l’objet », je m’en suis vue fort mal à l’aise dans les premiers temps. Je trouvais souvent l’œil un peu trop intrusif. On me jaugeait de la tête aux pieds, en insistant sur les zones dignes d’intérêt. Bref, c’était un chouia déstabilisant.

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Et puis je me suis habituée. Finalement, c’est normal, et chacun fait de même. On regarde et on commente. L’on est regardé et l’on est commenté. L’usage est plutôt d’être très descriptif dans ses observations. A quelqu’un de gros, l’on dira facilement « Tu es gros. », mais c’est plus une constatation qu’un jugement de valeur. Dans la rue, j’ai très souvent entends souvent: « Une étrangère! ». C’est vrai. Je suis étrangère. On m’a souvent dit, également: « Tu es frisée ». C’est exact. Rien à ajouter!

Parfois, certains regardent un peu trop fort, tout de même. C’est ainsi qu’un jour, un jeune homme à vélo m’a dévisagée tellement longuement qu’il en est entré dans un mur. (Je ne vous raconte pas combien il m’a été difficile de réprimer mon fou rire, pour ne pas le vexer.) La curiosité comporte ses risques…

 

Mon heure de gloire

A cette époque, j’aimais vagabonder le dimanche, dans le parc Lu Xun, tout proche de mon université. Je me plaisais à observer les flâneurs dans leurs traditionnelles occupations dominicales. L’un calligraphiait des poèmes à même le sol. Un autre promenait la cage de ses oiseaux. D’autres encore jouaient aux dames chinoises, dansaient des tangos étonnants ou chantaient des airs d’opéra traditionnel. Naturellement, j’observais autant que j’étais observée. Et je photographiais autant que j’étais photographiée.

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Car c’est lors de mes premiers jours en Chine que je découvris, à ma grande surprise, que mon physique –très banal au demeurant- était source d’un grand intérêt. Régulièrement, de jeunes gens rougissants de timidité, me demandaient de poser avec eux, le temps d’une photo. (N’ayant souvent pas l’équipement nécessaire, les générations plus âgées se contentaient d’écarquiller les yeux pour ne rien louper de mon passage.) Je me sentais un peu illégitime dans cette célébrité nouvelle, qui ne tenait qu’à mes yeux ronds et à mes cheveux bouclés, mais j’essayais d’accueillir mes admirateurs avec gentillesse et moult sourires. D’abord c’était la moindre des choses parce qu’ils étaient toujours très gentils. Et puis ces sympathiques rencontrent constituaient toujours une occasion rêvée pour pratiquer un peu de mon mandarin bancal.

 

Aux côtés de vraies stars…

Mais je n’avais encore rien vu. Un dimanche, j’invitai Lucius et Johannes, deux de mes amis allemands, à partager l’une de mes promenades. Nous n’étions pas plus tôt entrés dans le parc Lu Xun qu’une horde de jeunes Chinoises enamourées nous talonnait, nous hélait, nous mitraillait. Nous fûmes plus que jamais interrompus dans notre promenade pour des photos et poses en tous genres, mais cette fois-ci, on me demandait presque toujours de m’écarter du cadre. Il faut dire que Johannes et Lucius étaient de grands blonds aux yeux bleus – autant de denrées exceptionnelles pour la Chine.

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Je remarquai d’ailleurs que Lucius avait plus de succès, et de loin. Sous le sceau de la confidence et avec une tête très amoureuse, une amie chinoise m’expliqua un jour que c’était à cause de la coupe de cheveux de mon ami: il ressemblait à Leonardo Di Caprio. Bien que perplexe quant à la ressemblance, j’imagine bien que l’argument était de taille.

 

Désillusion

Le décor est planté. J’en viens aux faits, ou plutôt à un grand moment de solitude… C’était encore dans le parc Lu Xun, d’ailleurs. Alors que je me promenais à la faveur d’une belle après-midi printanière, j’avisai un groupe d’une bonne douzaine d’étudiants chinois, dans une séance photo improvisée. Leurs poses mi-comiques, mi-romantiques m’amusaient. Je m’arrêtai pour les observer un instant.

Naturellement, ces derniers s’aperçurent vite de ma présence. L’un d’eux, plus téméraire, me fit signe de m’approcher. Et tout le groupe de me héler à la suite, pour me faire me hâter. Diantre qu’ils étaient enthousiastes! J’étais proche de l’apogée de mon succès! Paisiblement, je m’installai au centre au groupe, affichant mon sourire le plus ravageur.

Regards étonnés. Puis un peu gênés. Flottement. Murmures et jeux de coude dans le groupe pour désigner un porte-parole: « You not here. You take picture. » (« On n’a pas besoin de vous sur la photo. Vous, vous prenez la photo »).

 

Vous aussi, on vous a déjà regardé avec particulièrement d’intensité, à l’étranger? Avez-vous des anecdotes marrantes à partager?

 

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Oct 20

Le Roi est mort

Le Roi de Thaïlande est mort jeudi dernier. Je l’ai appris par notre nounou. Elle est venue me voir dans l’après-midi, les yeux rougis: « Today, Thailand is very sad. » Je savais ce que cela voulait dire.

 

Un souverain engagé et aimé

La disparition du Roi Bhumibol Adulyadej -Rama IX, de la Dynastie Chakri- n’était pas vraiment inattendue. Hospitalisé presqu’en continu depuis bientôt deux ans, le souverain avait vu son état de santé se détériorer soudainement depuis quelques jours.

Ce n’était pas une surprise mais l’événement n’en n’a pas moins été très douloureux pour les Thaïs, qui se sentent aujourd’hui orphelins. Le Roi Bhumibol avait avec son peuple la relation d’un père avec ses enfants. Engagé pour son pays, il avait fait édifier nombre d’hôpitaux, d’écoles, d’orphelinats et d’institutions pour soutenir les plus vulnérables. Visionnaire et fin connaisseur de l’Occident, il avait été le moteur du développement industriel de son pays et avait pleinement participé à son intégration dans l’économie mondiale. Actif dans la vie politique, il avait permis à la nation de conserver une certaine cohésion malgré des tensions répétées entre les oppositions.

Le règne de Rama IX a duré soixante-dix ans. Imaginez plutôt: aucun de mes amis de Thaïlande, aucun de mes collègues n’a jamais connu d’autre roi! La mort du Roi marque la fin d’une ère.

Le Roi Bhumibol et De Gaulle

Le Roi Bhumibol et de Gaulle (Sources)

Ma nounou a souhaité évoquer avec moi ses premiers souvenirs du Roi. « Quand j’étais petite, il n’y avait pas la télé. Je n’avais jamais vu le Roi. Mais il y avait des photos. On priait, on chantait pour lui, et l’on s’inclinait devant ses portraits. »

 

Un Roi présent dans le quotidien de ses sujets

Jusqu’à jeudi, le souverain était partout, dans le quotidien de ses sujets. Tous les matins, à huit heures, la télévision diffusait un hymne à sa gloire. Au même moment, dans les jardins publics, le même air retentissait. Tous les passants cessaient alors leurs activités, par respect pour leur monarque. Toujours à la même heure, l’on pouvait également entendre ce chant dans les haut-parleurs des usines. Chacun se levait alors, par respect. Aux dernières notes, certains de mes collègues s’inclinaient en direction du portrait du Roi Bhumibol Adulyadej, que l’on retrouvait toujours dans les lieux publics, dans les administrations et dans les entreprises.

La monnaie est aussi frappee au profil du Roi

Le Roi était représenté partout, y compris sur la monnaie.

La vie publique était ainsi émaillée de moments de célébration du souverain. Joli symbole, la fête des pères avait été fixée à la date de l’anniversaire de la naissance du Roi Bhumibol. Ce jour là, chacun s’habillait en jaune, en l’honneur du souverain, dont c’était la couleur distinctive. Cette couleur, on la retrouvait également sur le drapeau personnel du Roi, qui flottait partout dans le pays, très souvent aux côtés du drapeau national.

Drapeau personnel du Roi Rama IX

Drapeau Personnel du Roi Rama IX (Sources)

Mais au-delà des cérémoniaux officiels, c’est un véritable attachement des Thaïs à leur Roi, que l’on pouvait ressentir.

« Mon Roi n’a jamais eu qu’une épouse et n’a aimé qu’une seule femme. Il est un modèle pour les familles ici, et grâce à lui, beaucoup de femme sont bien plus heureuses, aujourd’hui. Avant lui, il était normal que les hommes aient des maîtresses. Les femmes étaient souvent malheureuses et mal traitées. », m’a également confié ma nounou. Le Roi Bhumibol Adulyadej sera regretté.

My King - Photo Facebook

Sources: Photo Facebook

Le Roi est mort – La tristesse d’un peuple

Il y a quelques semaines, avec l’aggravation du bulletin de santé royale, on a commencé à lire une préoccupation grandissante, dans les réseaux sociaux. Des messages de soutien, de rétablissement, des invocations, des marques de dévotion ont ainsi peu à peu fleuri dans les différents medias…

Messages pour le retablissement du Roi

Messages pour le rétablissement du Roi (Sources)

Des rassemblements ont été organises autour de l’hôpital où séjournait le Roi. Devant la façade, des fidèles y ont psalmodié les prières traditionnelles bouddhistes. Ils étaient habillés en rose. Sur Facebook et Twitter également, la couleur rose est devenue prédominante. Le rose, parce qu’il y a quelques années, un astrologue royal avait établi que cette couleur était bénéfique à la sante du monarque. Dans les entreprises, les Ressources Humaines ont à leur tour fait passer le mot: « Habillez-vous en rose, pour le rétablissement du Roi. »

Fideles priant pour le retablissement du Roi

Sources: Photo Facebook

Le Roi est mort. Je l’ai appris par ma nounou. Elle est venue à moi les yeux rougis. Puis elle m’a expliqué qu’elle avait renvoyé chez elle la nounou voisine: « Vous comprenez, elle pleurait trop et je ne voulais pas qu’elle effraie les enfants. » Il s’agissait d’une annonce officieuse, car la nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre. Le Roi est mort à 15h45. A 17h, tout le pays était au courant. L’annonce officielle, enfin, n’est arrivée que deux heures plus tard.

Deces du Roi de Thailande - Image Facebook

Sources: Photo Facebook

 

Deuil et tristesse dans les médias et les réseaux sociaux

En l’espace de quelques heures, tous les profils Facebook de mes amis thaïs sont passés en noir et blanc, les deux couleurs du deuil. En mémoire de leur souverain, beaucoup ont publié de belles images symboliques. Plusieurs d’entre elles, qui m’ont particulièrement touchée, illustrent ce billet. Malheureusement, elles tournaient tellement et si vite que je n’ai pas réussi à en trouver toutes les sources (si quelqu’un peut m’aider, je rajouterai les liens).

Deces du Roi de Thailande - Image Facebook

Sources: Photo Facebook

Sur Facebook toujours, ont réapparu de nombreuses photos d’archives. Celles principalement choisies étaient des images du Roi avec son épouse, avec ses enfants ou aux côtés de ses chiens, mais aussi des photos de déplacements officiels auprès d’écoliers, de paysans, ou encore de malades. Ce sont surtout les images d’un homme bienveillant, que l’on lit en filigrane. Et aussi l’affection, l’attachement et la vraie tristesse d’un peuple qui pleure son Roi.

Deces du Roi de Thailande - Retrospective du Bangkok Post

Sources

Le lendemain de la mort du souverain régnait une atmosphère de gueule de bois sur le pays. Une atmosphère pesante, triste. Des visages plus fermés qu’à l’habitude. Beaucoup étaient au bord des larmes à la simple évocation de la fin du Roi Bhumibol Adulyadej. Par un curieux mécanisme de la psychologie de groupe, l’atmosphère est également devenue plus propice à la parole, au partage de la peine et des souvenirs. Plusieurs nounous du quartier se seront ainsi confiées à moi ce jour-ci.

Siam Commercial Bank - Deces du Roi de Thailande - Capture d'ecran

Site web de la Siam Commercial Bank

Les écoles sont restées fermées, de même que certaines administrations. La police, les hôpitaux, mais aussi une partie des commerces et des usines ont continué à fonctionner. Les sites web se sont parés des couleurs du deuil, et arborent désormais de larges bannières de condoléances.

Bangkok Post - Deces du Roi de Thailande - Capture d'ecran

Site web du Bangkok Post

 

Deuil national et traditions funèbres

L’après-midi, la dépouille du Roi a été transférée au Palais. Dans les bureaux de Papa-Tout-Terrain, chacun a suivi l’événement, de son Smartphone ou sa tablette. La cérémonie était sobre et digne. Dans les médias étrangers, on a bien vu quelques photos de personnes en pleurs, hurlant, déchirant leurs habits et menaçant de se faire hara-kiri… Mais cela n’a rien à voir avec la grande dignité des Thaïs, telle que nous avons pu la voir ici.

Transfert du corps du Roi de Thailande

Sources

Le soir, notre nounou s’est rendue au temple pour prendre part à un hommage au souverain. Par respect pour le défunt, elle a également entamé un jeûne végétarien pour un mois, tout comme elle l’avait fait à l’occasion du décès de ses parents. Telle est la tradition chez nombre de bouddhistes. Aussi sera-t-il plus difficile de s’approvisionner en viande, dans les semaines à venir.

Rassemblement en hommage au Roi de Thailande

Sources

Le deuil national officiel durera un an. Vers la fin du mois, le corps du Roi sera exposé à Bangkok pour que ses sujets puissent venir lui rendre un dernier hommage. Des millions de personnes sont attendues, venant de tout le pays.

Les lieux publics se parent des couleurs du deuil national

Dans les entreprises, les administrations, les institutions, ont été installés des autels funèbres, en hommage au Roi. Des cahiers de condoléance sont à disposition de chacun. Du fait d’un niveau d’éducation inégal dans la population, une liste de phrases d’exemple est affichée, que l’on peut librement recopier.

Autel en hommage au roi defunt dans une entreprise - Photo Facebook

Sources: Photo Facebook

 

Du deuil au quotidien…

La population a revêtu les couleurs du deuil: le noir et le blanc. Il y a aujourd’hui pénurie de tee-shirts noirs dans le pays. Alors chacun a fait avec les moyens du bord: qui un tee-shirt « Mickey », qui un sweat « Heavy Metal »… Sans ostentation mais dans la dignité.

Dès lundi, dans les hôpitaux, les administrations et les entreprises, les uniformes de travail se sont parés d’un ruban noir, discret signe de deuil. A l’heure de la médiatisation ordinaire, je m’amuse d’ailleurs de voir mes jeunes collègues s’échanger sur Facebook des DIY de nœuds funéraires…

DIY - Ruban de deuil pour le Roi de Thailande

Sources: Photo Facebook

Pendant la période du deuil, nombreux événements et manifestations seront annulés.

Le quotidien a néanmoins repris son cours. Le week-end dernier, nous avons parcouru les stands d’un marché chinois à Chachoengsao. Les échoppes avaient toutes rouvert –il faut bien vivre-, et le chaland était de retour –il faut bien manger. Mais tous étaient habillés en noir, en blanc, ou en noir et blanc. Et dans les discussions des commères prédominait toujours un ton feutré de tristesse.

Marche chinois de Chachoengsao apres la mort du Roi de Thailande

Je voulais clore mon billet sur cette photo d’un cycliste, se recueillant devant le portrait du défunt Roi Bhumibol Adulyadej. J’aime la façon dont y sont illustrés la complexité et les paradoxes de la société thaïe. Si ce jeune homme s’agenouille dans un geste traditionnel de respect, en arrière-plan on devine les buildings de la ville contemporaine. S’il porte le deuil, si son chagrin est palpable, la vie poursuit son cours, et ce moment de prières est intégré à l’un de ses déplacements a vélo. S’il s’incline devant le portrait du feu souverain, symbole des institutions d’une monarchie séculaire, il a tout de l’apparence d’un homme moderne, Thaï, mais aussi citoyen de la mondialisation. C’est là toute la richesse de la Thaïlande d’aujourd’hui.

Un cycliste se recueille devant le portrait du defunt Roi Bhumibol

Sources

 

Note

Il n’y a aucune prise de parti politique dans ce billet. Je ne prends d’ailleurs jamais parti concernant la politique intérieure d’un Etat qui n’est pas le mien. Aujourd’hui, je souhaite seulement partager avec vous un peu de la peine qui étreint nombre de nos amis thaïs. Nous partageons leur tristesse.

Tout commentaire à caractère politique sera supprimé.

 

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Oct 06

Poilades et tracas de la saison des pluies

Chez nous en Thaïlande c’est le pic de la saison humide. Pendant deux mois, elle nous offre presque quotidiennement de vraies belles pluies de compétition! Au premier orage, l’eau monte si vite qu’elle transforme en un clin d’œil les rues animées en rivières grondantes. La végétation vivace et luxuriante remplace les herbes jaunes et sèches du printemps. Et l’herbe croît si vite que les jardiniers ont bien du mal à tenir le rythme! Voici par exemple le champ face à ma fenêtre, deux semaines après le dernier passage du tracteur-tondeuse:

Vegetation pendant la saison des pluies - Thailande

Je commence par vous raconter ma vie. Allez, ca me fait plaisir!… Mais si vous cherchez des infos plus factuelles pour préparer un voyage en Thaïlande vous pouvez sauter à la fin de l’article. (Je ne le prendrai pas mal.)

 

« Que d’eau, que d’eau » comme disait le très inspiré président Mac Mahon

Dans la Thaïlande rurale, les anciens étaient malins: ils bâtissaient sur pilotis. Les habitations étaient ainsi protégées des nuisibles et des crues soudaines. En revanche, effet de mode ou effet de coût, les quartiers urbains et périurbains ont principalement été construits dans des styles occidentaux. Pire encore, de nombreuses zones industrielles et parfois résidentielles ont été développées sur des marécages. Du coup, tout de suite, ça inonde vite!

D’inondations, en coupures d’électricité, en routes bloquées, la saison des pluies désorganise le quotidien. C’est parfois irritant. Mais comme en France par temps de neige, il y a aussi un peu d’inattendu et d’excitation pas tout à fait désagréables. Ce sont des jours où tout le monde y va de sa photo sur Facebook et Instagram. Qui les pieds dans l eau, le portail dans l’eau, le scooter dans l’eau, la voiture dans l’eau…

Facebook public de Firzty Shawatida Kuptawatin

Bon, on arrive avec deux heures de retard au bureau. Et on sait qu’il nous faudra cinq heures pour rentrer le soir. Mais c’est l’occasion de discuter à celui qui aura la plus longue (de route) la plus profonde (de flaque) ou la plus mouillée (de maison).

Pour changer un peu, je vous fais un « top » de mes contrariétés et de mes petits plaisirs, par ces temps humides…

 

Top 1 – J’aime pas – Avoir des enfants exécrables

L’humidité oscille entre 80% et 90%. La température avoisine les 35 degrés. Il pleut chaque jour. Et certaines années, on ne voit pas le soleil de deux semaines entières. Nécessairement, les sorties des enfants sont limitées au strict minimum. Et, ca tape un peu sur les nerfs quand on a cinq ans et qu’on a envie de faire un foot avec les copains. Soyons clairs, ce n’est pas le moment ou les enfants sont les plus adorables!

 

Top 1 – J’aime – Courir dans les flaques

C’est presque inavouable mais un bel orage tropical me redonne toujours une âme d’enfant. Il m’est difficile de résister au plaisir de courir sous la pluie chaude et de sauter à pieds joints dans les trous d’eau!

J’ai encore succombé ce week-end, moitié par délice, moitié par nécessité car on était en retard… et vu le regard médusé des gardes qui m’observaient, j’imagine que ma satisfaction était plutôt visible.

Inondations - Saison des pluies en Thailande

 

Top 2 – J’aime pas – Sentir le moisi

Avec des niveaux d’humidité qui battent tous les records, impossible de faire sécher le linge! On laisse tomber les langes et les couches lavables de Miss-Trois, on reporte les lessives, on relave ce qui sent vraiment trop mauvais et parfois même, on est bien obligé de porter ce qui sent juste un peu le moisi…

 

Top 2 – J’aime – Faire de belles photos d’inondations

L’eau est montée de cinquante centimètres en une dizaine de minutes… Les policiers ont de l’eau jusqu’au genou, les piétons s’emballent dans des sacs poubelle, les pick-up s’arrêtent sous les ponts des autoroutes pour protéger leur marchandise, et on ne voit plus les roues des scooters… Photographier les inondations devient presque un sport national, en saison humide!

 

Top 3 – J’aime pas – Se doucher à l’eau froide

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » (vous aurez reconnu Baudelaire) pendant des jours et des jours, le chauffe-eau solaire est bien en peine de faire quoi que ce soit pour me rendre service. Inutile, il me contemple d’un air abruti, tandis que je me lave à l’eau froide.

Inondations - Saison des pluies en Thailande

Source

 

Top 3 – J’aime – Pêcher des poissons en pleine rue

L’usine de Papa-Tout-Terrain est contiguë à une grosse ferme piscicole… Une crue ayant fait déborder les bassins d’élevage, les poissons se sont fait la malle… pour se retrouver à nager en pleine rue! A l’heure de la débauche, les ouvriers n’avaient alors plus qu’à se pencher pour rapporter chez eux leur diner. Et je n’exagère pas: ce n’est pas un, mais plusieurs « pêcheurs » que Papa-Tout-Terrain a vu agir de la sorte!

Dans le même ordre d’idées, notre région compte de nombreux élevages de crocodiles. Crocodiles qui n’hésitent pas non plus à s’échapper, à la faveur d’inondations. Les journaux en tous cas relaient régulièrement de tels épisodes.

 

Top 4 – J’aime pas – Faire des cauchemars

Mes cauchemars sont le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs. D’une part, pendant les orages, l’eau peut monter très vite, et par surprise. D’autre part, les égouts et autres marais thaïlandais grouillent de varans, ces bestioles préhistoriques qui ressemblent à des lézards hauts sur pattes, mais qui peuvent faire jusqu’à trois mètre de long et tuer une vache.

Bref, je me vois seule, dans la voiture. Soudain, l’eau monte si vite, et sans alerte préalable, au point que je me vois quitter mon véhicule pour plonger dans des eaux noires peuplées des varans les plus gros et les plus dégoutants que j’aie eu à rencontrer. A chaque fois que je prends le volant, et durant toute la saison humide, j’en ai des sueurs froides!

Varan - Thailande

 

Top 4 – J’aime – Renforcer la foi en les divinités compétentes

C’est l’histoire de l’usine d’à cote de la mienne, qui est inondée chaque semaine, en cette saison. Arrêt des lignes, retards, problèmes de qualité… la direction est bien embêtée.

Heureusement, cette année, la parade a été trouvée: un autel à destination de Bouddha a été élève, a l’entrée des bâtiments. Il parait que cette protection leur permettra désormais d’échapper a toute crue intempestive. Je suis peut être trop rationnelle, mais personnellement, j’aurais plutôt investi sur des tranchées.

 

Top 5 – J’aime pas – Risquer de rencontrer des serpents nageurs

Le département des Ressources Humaines a diffusé des conseils de prudence à l’intention des employés de l’usine… j’apprends à cette occasion qu’il est recommandé de se promener en pantalon et chaussures de sécurité dans les zones inondées. En effet, les crues font sortir de leurs trous les serpents, qui n’hésitent alors pas à nager dans les eaux pluviales pour se sauver. (Saviez vous que les serpents nageaient?)

 

Top 5 – J’aime – Voir qu’on est tous à égalité devant une crue

Parfois, je ne suis pas très charitable, voire un peu mesquine. J’avoue tout: j’ai eu un fugace sentiment de satisfaction amusée l’autre jour, en voyant deux nénettes en costume Chanel, qui venaient de noyer le moteur de leur Porsche sous un mètre d’eau. Comme quoi, il y a une justice quand on n’a pas la moindre jugeote: si le 4×4 de devant s’est arrêté car l’eau était trop profonde, il y avait peu de chance que la Porsche se mette à nager!

(Oui, c’est mesquin, je vous l’avais dit.)

 

Top 6 – J’aime pas – Voguer en voiture

L’histoire est arrivée à Papa-Tout-Terrain lors de notre première saison humide en Thaïlande. Ce jour-là, la pluie avait arrêté le trafic. Chacun dans son véhicule attendait la décrue. L’eau arrivait au niveau du bas de caisse de notre berline.

Quand soudain, surgit de nulle part un camion énorme aux roues immenses. Ainsi équipé, le chauffeur peut, sans risque, fendre l’étendue liquide. D’un bon coup d’accélérateur, il traverse donc la zone quasi-lacustre, générant par là-même une énorme vague.

Pendant de longues secondes, Papa-Tout-Terrain a ainsi littéralement vogué sur l’eau, bien cramponné à son volant. J’imagine la sensation très rassurante!

Inondations - Saison des pluies en Thailande

 

Top 6 – J’aime – Apprendre à conduire dans l’eau

J’ai pas eu le choix, j’ai appris à conduire dans l’eau. La première fois j’ai (presque) fermé les yeux et appuyé le plus fort possible sur l’accélérateur. J’ai fort heureusement réussi à surmonter l’obstacle. Mais je me suis fait un peu gronder par Papa-Tout-Terrain, aussi. Il paraît que j’aurais pu noyer mon moteur. Je ne le savais pas, moi! Depuis, j’ai appris qu’il faut aller lentement, mais ne pas freiner et surtout ne pas s’arrêter. Pourquoi on ne nous enseigne pas ça, à l’auto-école?

 

Top 7 – J’aime pas – Voir tourner mes sauces

J’ai voulu faire des mini-gougères. Ne sont ressorties du four que de petites crottes plates et dures. La pâte à choux n’aime pas l’humidité. Et les meringues, ce n’est pas mieux! Impossibles à cuire, elles restent désespérément momolles et collent aux doigts. On ne peut même plus cuisiner ce qu’on veut!

 

Top 7 – J’aime – Faire des gerbes d’eau en roulant

A la faveur d’orages fulgurants, l’eau monte vite sur les chaussées. En pleine campagne, c’est l’occasion rêvée pour fendre les flaques en voiture et faire s’élever d’immenses gerbes d’eau sur les bas-côtés: « Pfffffffitttt!!!… » A l’arrière, on entend les applaudissements et les rires cristallins des enfants: « Papa, encore une flaque, encore une flaque! »

Inondations - Saison des pluies en Thailande

Source

 

Top 8 – J’aime pas – La saison de toutes les cochonneries

Merci l’humidité: la saison des pluies est celle où prolifèrent les moustiques, et où explosent les épidémies de dengue. C’est aussi le temps des grippes qui vont et viennent sans qu’on en voie jamais le bout. Difficile de maintenir un environnement sain avec une telle moiteur!

 

Top 8 – J’aime – Faire croire aux enfants qu’ils sont responsables du mauvais temps

Allez je le dénonce… Papa-Tout-Terrain a expliqué aux enfants que leurs mauvais comportements déclenchaient irrémédiablement de violents orages, avec d’importants risques de coupures d’électricité, leur bête noire. Qu’ils crient, frappent ou se mettent en colère, sitôt la tempête menace… Alors certes, mentir aux enfants, c’est mal. Mais pour ramener le calme en deux temps trois mouvements, il n’y a rien de plus efficace!

Amis voyageurs…

On ne va pas se mentir, la Thaïlande reste plus agréable en dehors de la saison des pluies. On m’a demandé plusieurs fois s’il était pour autant impensable d’y voyager à ces moments-là. Je ne serai pas formelle à ce sujet. Si l’on est conscient des limites intrinsèques à la saison humide, il peut aussi être agréable de voyager en saison basse, à condition d’adapter correctement son itinéraire et de prévoir, au besoin, des solutions alternatives.

 

Les avantages à voyager pendant la saison humide…

  • La saison des pluies est naturellement la saison basse, touristiquement parlant: les attractions et sites sont donc moins fréquentés, les prix sont plus intéressants, et les disponibilités plus importantes, au niveau du parc hôtelier.
  • Bien souvent, une partie de la journée sera tout de même ensoleillée, malgré la mousson. Malheureusement, ce n’est pas systématique non plus, et il arrive de passer de longs jours dans la grisaille.
  • Quoi qu’il en soit, même s’il fait gris, il fera bon. Venant de l’automne frissonnant des zones tempérées, vous ne pourrez être qu’agréablement surpris par les douces températures qui réchaufferont vos (vieux) os.

Vegetation pendant la saison des pluies - Thailande

 

Limites et risques inhérents à la saison des pluies:

  • S’il pleut à Bangkok, vous trouverez facilement une activité de repli dans un musée ou un centre commercial. Méfiez-vous en revanche des zones exclusivement balnéaires où une pluie violente interrompt généralement l’ensemble des distractions.
  • Pendant la saison humide, les moustiques se multiplient. Il est particulièrement important de s’en protéger convenablement pour éviter de graves maladies (dengue, dengue hémorragique, encéphalite japonaise en milieu rural et paludisme dans certaines zones frontalières)
  • Si vous venez pour la chaleur, vous êtes sûr d’en avoir. Si vous venez pour le soleil, personne ne peut en revanche vous garantir que vous rentrerez bronzé.
  • Dans certaines zones comme Koh Lanta, une partie du parc hôtelier ainsi que certaines attractions gardent porte close durant la saison des pluies. Les choix restreints d’activités risquent de rendre les jours pluvieux encore plus monotones.

 

Où aller et quelles zones éviter?

Lorsqu’on planifie son voyage, l’idéal est de vérifier le niveau des précipitations par zone géographique, en fonction des dates retenues pour son séjour.

Precipitations par zone geographique - Thailande

Source

  • Pour ne pas prendre de risques inutiles, évitez les treks en saison humide, en particulier dans la région de Chiang Mai, car la jungle y est alors beaucoup trop humide et dangereuse. Ne faites pas confiance à des agences qui vous proposeraient de telles excursions à cette époque de l’année.
  • Il est déconseillé de prendre le bateau durant la saison des pluies: la mer est imprévisible et devient facilement dangereuse (dixit mes collègues thaïs).
  • Dans certaines zones insulaires du sud ouest de la Thaïlande, la mer est trop troublée, durant la saison humide, pour permettre la plongée sous-marine.

 

Comment s’organiser?

  • Si vous voyagez pendant la saison des pluies, réservez-vous une importante souplesse par rapport au planning et au circuit d’origine. Rien ne vous empêchera ainsi de changer d’itinéraire à la dernière minute, si la météo vous l’impose!
  • Profitez des avantages de la basse saison en réservant les hôtels à la dernière minute. Vous serez assez libre de votre itinéraire et pourrez sûrement découvrir quelques perles! Méfiez vous tout de même des zones les plus touristiques et soyez prévoyant lors des jours fériés thaïs pendant lesquels les locaux partent volontiers.
  • Si vous voyagez avec des enfants, gardez flexible au maximum l’organisation de vos journées. Vous pourrez ainsi dédier les moments pluvieux aux siestes ou aux activités calmes.

 

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Sep 28

Le soir où j’ai mangé deux kilos de canard

Eté 2006. J’ai vingt-trois ans.

Après une longue année en France, je viens de retrouver la Chine que j’aime tant. Je vais y travailler tout l’été, dans une petite ville provinciale. Je me réjouis de cette occasion de découvrir la Chine des campagnes!

C’est la fin de mon premier jour de travail. Ce soir, pour fêter ça, je me fais un restau! Même toute seule! Je salive d’avance, en pensant aux spécialités locales que je vais retrouver.

Il est dix-neuf heures. Petit contretemps: je découvre que la ville a fini de diner. Les habitants d’ici se lèvent tôt et se couchent tôt. Les restaurants sont déjà fermés. La campagne est bien différente de Shanghai, qui ne dort jamais!

Coup de chance.

J’avise un établissement encore allumé. C’est un restaurant de fondue chinoise. L’on y fait cuire ses aliments à table, dans le bouillon d’une grande marmite. Il s’agit généralement de lieux de convivialité. Rares sont ceux qui y mangent seuls. Mais il est hors de question que je revoie mes plans. Ce soir c’est restau!

« Vous servez encore? » Le jeune serveur maigrichon a la mine sympathique. Il doit un peu s’ennuyer. Le restaurant est certes complètement vide, mais le décor est chaleureux. Je n’y serai pas mal.

Fondue chinoise / Hot pot / Huo guo

Point de menu en anglais, ni d’images: il n’y a pas d’étrangers dans le coin. Je fais appel à tous les caractères chinois dont je me souviens, et tente de les coordonner avec mes préférences culinaires. Je choisis un bouillon épicé. Puis du potimarron, du pak choï, des champignons, du tofu. Tiens du canard… Pourquoi pas! Oui, du canard. Et une sauce… Zut j’ai oublié le nom des sauces. Et elles ne m’évoquent rien à la lecture. Tant pis, je ferai sans.

Le serveur relit ma commande et insiste au niveau du canard: « si jin wu?!? »

Je ne comprends pas.

Je le fais répéter. Non, je ne l’ai toujours pas. Bon en même temps il a dit « canard » et du canard, c’est bien ce que je veux. Alors je fais comme beaucoup de monde dans ces cas-là: je sauve les apparences. Je prends mon air le plus convaincu et confirme que oui c’est parfait!

Le service est toujours très rapide en Chine. Une jeune fille arrive presque immédiatement avec une grande casserole de bouillon. Une minute plus tard, deux autres employés m’apportent les plats de légumes.

Aïe. Les serveurs ne rentrent pas en cuisine. Ils restent à côté de ma table à m’observer en faisant le pied de grue. Vu le désert de clientèle, ils ne doivent plus avoir beaucoup de travail. Et-en toute modestie- je suis très intéressante: ce n’est sûrement pas souvent qu’ils voient des étrangers. C’est un peu contrariant car j’aurais aimé profiter en paix de mes retrouvailles culinaires avec la Chine.

En même temps, c’est très culturel, justement. C’est la vraie Chine. Regarder avec insistance, fixer un inconnu à cause d’une particularité physique ou parce qu’il semble exotique n’a rien d’impoli, ici. C’est la norme. Peut-être est-ce la surveillance omniprésente du temps du communisme qui a autant décomplexé le regard sur l’autre…

Entre temps, deux préposées à l’épluchage des légumes ont migré depuis les cuisines, avec leur grande bassine. Elles se sont installées à une table proche, avec vue sur moi, mêlant ainsi l’utile à l’agréable, et les corvées à la satisfaction de leur curiosité.

Chacun me regarde avec intensité.

Enfin, arrivent le serveur du début et le canard. En réalité, ce n’est pas du canard, mais UN canard. Un canard coupé en morceaux dans un grand saladier. Tout se consomme en Chine. Je vois bien le cou de l’animal. Ah bah oui! Et la tête! (On m’avait dit un jour, que la manger donne de jolis cheveux.) Et les pattes palmées!

… Et une mémé m’apporte, dans un bol, le dernier élément manquant: le sang coagulé de la bête.

Si l’on calcule bien j’ai maintenant sept spectateurs. Sans compter le canard qui semble me narguer depuis son saladier. Tout d’un coup j’ai moins faim, mais quand faut y aller, faut y aller.

J’essaye de faire abstraction des regards qui me fixent, en me concentrant sur mon bol et mes baguettes. Je commence à faire cuire mon canard. Et je mange. Vite d’abord, vu l’ampleur de la tâche qui m’attend. Puis moins vite, par effet de la satiété. Je me fixe des objectifs: encore cinq bouchées et je pourrai boire une gorgée de bière…

Vous vous demandez sans doute pourquoi, comme n’importe qui, je n’ai pas laissé tomber mon canard et mes spectateurs, une fois rassasiée.

Eh bien je n’ai tout simplement pas osé.

J’ai pensé un temps offrir à mon assistance de partager ce canard, mais s’ils l’avaient mal pris?… J’aurais pu partir en laissant la moitié des mets non consommés, mais quelle image aurais-je donné des étrangers!… Planquer des bouts de canard dans mon sac? Irréaliste, tant j’avais d’observateurs. Et quel cliché étonnant des étrangers aurais-je alors été véhiculée! Un « doggy bag »? Je n’en n’avais jamais vus dans ce type de restaurants… Et ç’aurait été à moitié avouer mon erreur…

Bref il m’a semblé à ce moment-là que la meilleure solution était de me prétendre affamée et de manger ce qu’il y avait dans mon assiette d’un air guilleret. Et j’en suis venue à bout! De toute évidence, ça n’a pas été les instants de plus grande clairvoyance de mon existence.

Sur le chemin du retour, la panse lourde, j’ai cherché à reconstituer le déroulement de la soirée et comprendre ce qui avait bien pu clocher. D’habitude dans ces restaurants, les viandes sont servies en portions découpées à taille humaine…

… Et c’est là que j’ai eu une illumination post-mortem: « si jin wu! »… Ah oui! C’est ça! Ca voulait dire « quatre livres et demie! »… Je me suis soudain sentie allégée d’un grand poids.

L’histoire ne dit pas ce qu’ont pensé mes sept spectateurs. J’imagine qu’au coin du feu, ils racontent désormais à leurs petits enfants comment un soir, une étrangère a enfilé sous leurs yeux ébahis un canard entier. Ou serait-ce un sanglier?…

Potimarron farci - plat du nord de la Chine

 

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Sep 23

Choc des cultures et anecdotes futiles

J’avais commencé un billet intitulé « Le Mirage de la Différence Culturelle »…

En introduction, je revenais sur une anecdote professionnelle qui m’avait particulièrement irritée. Un jeune homme de mes équipes avait refusé d’accomplir une tâche simple, réalisable suivant des critères totalement objectifs, en prétextant la différence culturelle. Mais mille milliards de mille sabords, ouvrir un Excel et faire un bon sang de diable de calcul, c’est pas une question de différence culturelle! Il suffit de le faire au lieu de passer trois heures à m’expliquer pourquoi c’est pas possible! D’une, c’est possible et de deux, le temps de trouver des excuses pour ne pas le faire, ce calcul, il aurait déjà été fini!

En l’occurrence, en creusant un peu, il s’est avéré que le jeune homme n’avait pas compris l’exercice. Plutôt que de demander et de risquer de se sentir pris en défaut, il avait préféré se réfugier derrière la notion assez vague de différence culturelle, qui n’avait rien à voir avec le schmilblick.

Je poursuivais mon billet en constatant que, même si on ne peut pas la nier, il est rare que la différence culturelle constitue un réel obstacle à la communication dans des contextes multinationaux. On s’adapte et on fait avec.

En revanche, ces différences et autres anecdotes futiles sont souvent dégainées pour servir des desseins cachés:
  • Trouver une excuse (polie), par exemple, comme dans le cas évoqué plus haut
  • Emettre un reproche à peine déguisé, comme quand en Chine on me demandait pourquoi je n’avais pas mis de chaussettes à mon bébé, par 35 degrés à l’ombre: « Nous, en Chine, on met toujours des chaussettes aux bébés! »
  • Etonner ou choquer son auditeur, comme quand je vous raconte les insectes qu’on mange volontiers en Thaïlande
  • Ou juste profiter de l’occasion pour une bonne tranche de rire, comme le jour où j’ai dû manger deux kilos de canard, à moi toute seule, dans un restaurant en Chine (promis, je vous raconterai ça un jour)

Je cherchais une conclusion, quand j’ai réalisé que vraiment, ce genre de réflexions philosophiques n’était pas pour moi. En revanche, j’avais encore tout un tas d’anecdotes marrantes à placer quelque part, mais je ne savais pas tellement où.

Qu’auriez vous fait à ma place?

J’ai effacé mon billet qui était bof de toute façon. Et j’ai ouvert une nouvelle catégorie sur mon menu: Choc des cultures et autres anecdotes futiles. Tadam!

Dormeurs de rue, en Chine

… Et j’espère bien commencer à vous y raconter ma vie dès la semaine prochaine.

Finalement, la différence culturelle, c’est un peu mon fond de commerce… (Tonnerre de Brest, mais je l’avais, ma conclusion!…)

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Sep 21

Khao Chamao et les p´tites jambes – Rayong

C’est dans le parc naturel de Khao Chamao que nous poursuivons le premier week-end « découverte » de Miss-Trois, notre petite dernière de douze jours tout juste.

Apres une première journée aux accents historiques et militaires, nous avions opté pour une fin de week-end orientée « nature ». Nous dormirons dans un bungalow de bois sombre, près de l’entrée du parc de Khao Chamao. De nos fenêtres, nous y observerons pousser des salades. Nous y téterons en écoutant les petits oiseaux. Et entre deux parties de ballon, les garçons feront ami-ami avec un énorme matou flegmatique, avant d’entamer une collection d’escargots.

 

L’incident

C’est le petit matin. Papa-Tout-Terrain a bouclé les valises dans le calme et la sérénité. Nous sommes prêts à partir en balade.

Notre Bungalow pres de Khao Chamao

On entend soudain un long hurlement animal. C’est Petit-Un. Entre deux râles, il s’obstine à essayer d’assommer son frère. Les deux protagonistes sont immédiatement retenus par le collet, séparés, puis ficelés dans leurs sièges auto. Ils ne bougeront plus. Il est urgent de trouver de quoi dépenser leur énergie. Nous partons. En route, nous menons l’enquête. Il s’avère que Petit-Deux a mordu le dos de son aîné pour une histoire un peu confuse d’escargots.

« Il ne faut jamais mordre son frère quand on est en colère! » On lui demande de présenter ses excuses. Vives protestations. Il marmonne finalement qu’il est désolé. Petit-Un beugle toujours pour la forme, avant de se ressaisir: « Bon, la prochaine fois tu pourras me griffer! ». Echange de regards interloqués entre les parents. Petit-Deux, intéressé, enchaîne: « Tu préfères que je te griffe, la prochaine fois? ». « Oui, reprend l’ainé, mais il ne faut jamais griffer les animaux! »

(De toute évidence, la rationalité adulte n’a pas à s’immiscer dans la logique de nos enfants. Cela dit, si quelqu’un comprend, toute explication -même freudienne- est la bienvenue.)

L’entente est revenue. A nouveau copains comme cochons, les deux frères reprennent le cours de leurs activités normales dans la voiture. A savoir entonner en cœur « On écrit sur les murs » pour la deux-mille-trois-cent-quarante-quatrième fois.

 

Le parc naturel de Khao Chamao

A l’écart des zones fortement touristiques, Khao Chamao comporte la dernière forêt primaire de la région. La végétation tropicale y prospère et l’environnement garde l’authenticité des contrées lointaines et inexplorées.

Des panneaux à l’entrée du parc et sur les routes alentour incitent automobilistes et visiteurs à garder leurs distances avec les éléphants sauvages. Alors que nous en avions vu plusieurs a Khao Yai, nous n’en n’avons pas croisés, ici. En revanche, nous avons vu un beau cobra traverser la route. Il était tellement énorme qu’un scooter a dû s’arrêter pour lui céder le passage.

Il existe peu de documentation en anglais sur le parc, peu fréquenté des étrangers. Au fil du temps, nous y avons découvert deux jolies balades et une grotte. Nous optons pour le chemin qui longe la Klong Pla Kang Waterfall.

Khao Chamao

Longeant de belles cascades poissonneuses au cœur de la forêt tropicale, les sentiers ont tendance à suinter l’humidité une bonne partie de l’année. Il faut donc bien se méfier des moustiques, qui prolifèrent souvent pendant la saison des pluies. Par ailleurs, les chemins, très abrupts en certains endroits, deviennent régulièrement glissants et plus difficilement praticables pour les jeunes enfants. Mieux vaut en tout cas être équipé de bonnes chaussures!

Pour cette fois, nous avons décidé de n’aller que jusque là ou nous mèneraient nos pieds, sans chercher à atteindre les cascades les plus hautes. C’est plus raisonnable et bien moins stressant: nous ferons dans le sportif une autre fois!

 

Départ d’expédition

Nous partons bien équipés: eau, anti moustiques, écharpe de portage, et même des vitamines pour remonter le moral des troupes à courtes pattes, au besoin.

Papa-Tout-Terrain a également acheté à l’entrée du parc deux énormes sacs de nourriture pour poissons. Les enfants sont ravis: il y a enfin un objectif sensé à cette balade!

Il est dix heures. Nous sommes complètement seuls, à l’exception de quelques rangers qui nous regardent passer, un peu interloqués de compter tant d’enfants, et si petits.

Balade a Khao Chamao

Il faut dire que notre cortège attire l’œil. A peine installée dans l’écharpe, Miss-Trois a eu faim. Empourprée, elle est justement en train d’exprimer toute son ire alors que nous dépassons les baraquements de l’entrée du parc. Egalement rouge et luisante de sueur, je me débats avec un pan d’écharpe pour modifier les nœuds et lancer la tétée. Au même moment, Papa-Tout-Terrain boucle un sprint victorieux et récupère enfin la perche a selfie subtilisée par Petit-Deux, pendant que Petit-Un transpire a grosses gouttes en trainant son kilos de nourriture pour poissons qu’il veut porter tout seul.

 

Dans la forêt tropicale

Au niveau de la première cascade, les visiteurs sont priés de laisser bouteilles et nourriture à la garde des rangers, pour éviter de polluer cet environnement préservé. C’est souvent le cas dans les parcs naturels de Thaïlande, qui sont par conséquent très propres. Quel plaisir de retrouver une nature saine et vivante!

(Dans la pratique, avec nos enfants en bas âge, on nous accorde presque toujours la possibilité de conserver une bouteille d’eau –moyennant caution ou non. La caution se récupère en montrant, au retour, que la bouteille d’eau n’a pas été abandonnée dans la nature… et s’il n’y a pas de caution, il faut bien entendu être digne de la confiance qui nous est accordée en rapportant soigneusement ses déchets.)

Passage a gue a Khao Chamao

Nous atteignons un joli passage à gué. Le cours d’eau est à sec mais la traversée de ce joli pont rustique enthousiasme les enfants. La forêt est touffue. Son air humide embaume les essences tropicales. Les bruits mousseux du cours d’eau tout proche nous bercent agréablement. Chaque fois que nous le pouvons, nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à la cascade. Elle est limpide et très poissonneuse. Et les enfants n’attendent qu’une chose: pouvoir enfin nourrir les carpes! Nous avons le plus grand mal à canaliser leur impatience avec des excuses vaseuses: « Allons plus loin, les poissons sont plus gros et plus beaux, là-bas! »

 

Les petits poissons, dans l’eau…

Nous atteignons une petite cascade que nous connaissons bien pour nous y être déjà reposés. Dans notre souvenir, la difficulté du sentier augmentait ensuite. Nous nous arrêterons donc là pour aujourd’hui: place aux poissons!

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Il faut descendre un talus rocheux et escarpé pour atteindre les rives du cours d’eau. Par chance, les enfants sont déjà bien rodés à ce type d’exercice et très disciplinés. Ils écoutent attentivement les explications de Papa-Tout-Terrain, quant au passage à emprunter. Ils savent tâter du pied les gros cailloux et les rochers, pour vérifier qu’ils ne sont ni glissants, ni instables. Dans les passages dangereux, ils obéissent strictement à notre voix et savent s’accroupir ou s’assoir dans un endroit sécurisé en attendant l’adulte qui les guidera. Nous sommes fiers de nos garçons, habiles et raisonnables.

La distribution de nourriture aux poissons est follement amusante. Les grosses carpes se précipitent toutes en même temps. Les plus intrépides et les plus gourmandes finissent même par ne plus toucher l’eau, tant elles sont soulevées par la masse immergée des autres poissons de la cascade. Elles éclaboussent allégrement les enfants de leurs queues frétillantes. L’eau est fraîche. On ne compte plus les joyeuses exclamations: « Ahhh! J’ai reçu une goutte! Papa, Maman, regardez ma goutte! »

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Miss-Trois tête un peu avant d’être changée sur un gros caillou. Puis elle repart illico pour un bon somme, sur le cœur de sa Maman. Le bonheur tient à peu de choses, pour un tout petit bébé.

 

Les Thaïes amoureuses

De retour au parking, nous assistons au débarquement d’une vingtaine de jeunes mamies dynamiques et babillantes, qui s’extraient gaiement d’un mini bus. L’une d’elles avise Miss-Trois. Elle alerte le groupe. Tel un seul homme, toutes les dames se retournent et nous fixent. D’abord une, puis deux puis trois puis presque toutes lèvent le bras en notre direction, avec ce geste:

Coeur avec les doigts - Source: Pinterest

Ce n’est pas un signe satanique mais un symbole de cœur. Je m’en souviens très bien, une petite minette un peu fleur bleue du bureau me l’avait expliqué.

Plus hardie que les autres, une mamie à l’allure dynamique et au visage avenant s’approche de nous et demande l’âge de Miss-Trois dans un anglais timide, mais pas si hasardeux que ça. « Douze jours ». La dame retourne auprès de son groupe et diffuse l’information. Nous entendons fuser des « Oh » et des « Ah » stupéfiés. A la mode asiatique, quelques dames étouffent leurs rires étonnés en se cachant la bouche de la paume de leur main. D’autres mains se tendent avec des cœurs pleins les doigts. Puis nouveau conciliabule des curieuses.

La dame revient. « What is her name? » Miss-Trois à un nom inconnu aux bataillons thaïs et trop long pour être prononcé aisément. On répète. La dame bredouille un truc qui ne ressemble pas du tout et s’en retourne informer ses copines. On entend des cris d’allégresse. Encouragées par l’intrépidité de leur copine et par notre apparente inoffensivité, quatre ou cinq mamies supplémentaires viennent à nous. Elles admirent notre merveille. D’ailleurs, qui ne l’admirerait pas? J’apprécie leur délicatesse. Personne ne tente un geste pour toucher le bébé. On se sourit gentiment jusqu’à ce que Miss-Trois brise la sérénité des contemplations: il commence à faire faim!

 

Le lac Ban Khao Hin Dat

Quoi qu’il en soit, il est temps de rentrer. Nous aurons passé un beau week-end mais tenons à garder un rythme tout doux pour nos premières sorties à cinq.

Le Lac Ban Khao Hin Dat

Parce que nous sommes d’incorrigibles curieux, nous nous octroyons juste un dernier détour sur le lac Ban Khao Hin Dat, dont Papa-Tout-Terrain a découvert sur Internet d’extraordinaires photos de coucher de soleil. Egayé de pêcheurs du dimanche, parsemé d’ilots et ouvrant sur les magnifiques montagnes de Khao Chamao, le lac nous aura réservé une bien belle surprise. Il nous faudra à tout prix y revenir, un jour, à la nuit tombante!

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