Le Roi est mort

Le Roi de Thaïlande est mort jeudi dernier. Je l’ai appris par notre nounou. Elle est venue me voir dans l’après-midi, les yeux rougis: « Today, Thailand is very sad. » Je savais ce que cela voulait dire.

 

Un souverain engagé et aimé

La disparition du Roi Bhumibol Adulyadej -Rama IX, de la Dynastie Chakri- n’était pas vraiment inattendue. Hospitalisé presqu’en continu depuis bientôt deux ans, le souverain avait vu son état de santé se détériorer soudainement depuis quelques jours.

Ce n’était pas une surprise mais l’événement n’en n’a pas moins été très douloureux pour les Thaïs, qui se sentent aujourd’hui orphelins. Le Roi Bhumibol avait avec son peuple la relation d’un père avec ses enfants. Engagé pour son pays, il avait fait édifier nombre d’hôpitaux, d’écoles, d’orphelinats et d’institutions pour soutenir les plus vulnérables. Visionnaire et fin connaisseur de l’Occident, il avait été le moteur du développement industriel de son pays et avait pleinement participé à son intégration dans l’économie mondiale. Actif dans la vie politique, il avait permis à la nation de conserver une certaine cohésion malgré des tensions répétées entre les oppositions.

Le règne de Rama IX a duré soixante-dix ans. Imaginez plutôt: aucun de mes amis de Thaïlande, aucun de mes collègues n’a jamais connu d’autre roi! La mort du Roi marque la fin d’une ère.

Le Roi Bhumibol et De Gaulle

Le Roi Bhumibol et de Gaulle (Sources)

Ma nounou a souhaité évoquer avec moi ses premiers souvenirs du Roi. « Quand j’étais petite, il n’y avait pas la télé. Je n’avais jamais vu le Roi. Mais il y avait des photos. On priait, on chantait pour lui, et l’on s’inclinait devant ses portraits. »

 

Un Roi présent dans le quotidien de ses sujets

Jusqu’à jeudi, le souverain était partout, dans le quotidien de ses sujets. Tous les matins, à huit heures, la télévision diffusait un hymne à sa gloire. Au même moment, dans les jardins publics, le même air retentissait. Tous les passants cessaient alors leurs activités, par respect pour leur monarque. Toujours à la même heure, l’on pouvait également entendre ce chant dans les haut-parleurs des usines. Chacun se levait alors, par respect. Aux dernières notes, certains de mes collègues s’inclinaient en direction du portrait du Roi Bhumibol Adulyadej, que l’on retrouvait toujours dans les lieux publics, dans les administrations et dans les entreprises.

La monnaie est aussi frappee au profil du Roi

Le Roi était représenté partout, y compris sur la monnaie.

La vie publique était ainsi émaillée de moments de célébration du souverain. Joli symbole, la fête des pères avait été fixée à la date de l’anniversaire de la naissance du Roi Bhumibol. Ce jour là, chacun s’habillait en jaune, en l’honneur du souverain, dont c’était la couleur distinctive. Cette couleur, on la retrouvait également sur le drapeau personnel du Roi, qui flottait partout dans le pays, très souvent aux côtés du drapeau national.

Drapeau personnel du Roi Rama IX

Drapeau Personnel du Roi Rama IX (Sources)

Mais au-delà des cérémoniaux officiels, c’est un véritable attachement des Thaïs à leur Roi, que l’on pouvait ressentir.

« Mon Roi n’a jamais eu qu’une épouse et n’a aimé qu’une seule femme. Il est un modèle pour les familles ici, et grâce à lui, beaucoup de femme sont bien plus heureuses, aujourd’hui. Avant lui, il était normal que les hommes aient des maîtresses. Les femmes étaient souvent malheureuses et mal traitées. », m’a également confié ma nounou. Le Roi Bhumibol Adulyadej sera regretté.

My King - Photo Facebook

Sources: Photo Facebook

Le Roi est mort – La tristesse d’un peuple

Il y a quelques semaines, avec l’aggravation du bulletin de santé royale, on a commencé à lire une préoccupation grandissante, dans les réseaux sociaux. Des messages de soutien, de rétablissement, des invocations, des marques de dévotion ont ainsi peu à peu fleuri dans les différents medias…

Messages pour le retablissement du Roi

Messages pour le rétablissement du Roi (Sources)

Des rassemblements ont été organises autour de l’hôpital où séjournait le Roi. Devant la façade, des fidèles y ont psalmodié les prières traditionnelles bouddhistes. Ils étaient habillés en rose. Sur Facebook et Twitter également, la couleur rose est devenue prédominante. Le rose, parce qu’il y a quelques années, un astrologue royal avait établi que cette couleur était bénéfique à la sante du monarque. Dans les entreprises, les Ressources Humaines ont à leur tour fait passer le mot: « Habillez-vous en rose, pour le rétablissement du Roi. »

Fideles priant pour le retablissement du Roi

Sources: Photo Facebook

Le Roi est mort. Je l’ai appris par ma nounou. Elle est venue à moi les yeux rougis. Puis elle m’a expliqué qu’elle avait renvoyé chez elle la nounou voisine: « Vous comprenez, elle pleurait trop et je ne voulais pas qu’elle effraie les enfants. » Il s’agissait d’une annonce officieuse, car la nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre. Le Roi est mort à 15h45. A 17h, tout le pays était au courant. L’annonce officielle, enfin, n’est arrivée que deux heures plus tard.

Deces du Roi de Thailande - Image Facebook

Sources: Photo Facebook

 

Deuil et tristesse dans les médias et les réseaux sociaux

En l’espace de quelques heures, tous les profils Facebook de mes amis thaïs sont passés en noir et blanc, les deux couleurs du deuil. En mémoire de leur souverain, beaucoup ont publié de belles images symboliques. Plusieurs d’entre elles, qui m’ont particulièrement touchée, illustrent ce billet. Malheureusement, elles tournaient tellement et si vite que je n’ai pas réussi à en trouver toutes les sources (si quelqu’un peut m’aider, je rajouterai les liens).

Deces du Roi de Thailande - Image Facebook

Sources: Photo Facebook

Sur Facebook toujours, ont réapparu de nombreuses photos d’archives. Celles principalement choisies étaient des images du Roi avec son épouse, avec ses enfants ou aux côtés de ses chiens, mais aussi des photos de déplacements officiels auprès d’écoliers, de paysans, ou encore de malades. Ce sont surtout les images d’un homme bienveillant, que l’on lit en filigrane. Et aussi l’affection, l’attachement et la vraie tristesse d’un peuple qui pleure son Roi.

Deces du Roi de Thailande - Retrospective du Bangkok Post

Sources

Le lendemain de la mort du souverain régnait une atmosphère de gueule de bois sur le pays. Une atmosphère pesante, triste. Des visages plus fermés qu’à l’habitude. Beaucoup étaient au bord des larmes à la simple évocation de la fin du Roi Bhumibol Adulyadej. Par un curieux mécanisme de la psychologie de groupe, l’atmosphère est également devenue plus propice à la parole, au partage de la peine et des souvenirs. Plusieurs nounous du quartier se seront ainsi confiées à moi ce jour-ci.

Siam Commercial Bank - Deces du Roi de Thailande - Capture d'ecran

Site web de la Siam Commercial Bank

Les écoles sont restées fermées, de même que certaines administrations. La police, les hôpitaux, mais aussi une partie des commerces et des usines ont continué à fonctionner. Les sites web se sont parés des couleurs du deuil, et arborent désormais de larges bannières de condoléances.

Bangkok Post - Deces du Roi de Thailande - Capture d'ecran

Site web du Bangkok Post

 

Deuil national et traditions funèbres

L’après-midi, la dépouille du Roi a été transférée au Palais. Dans les bureaux de Papa-Tout-Terrain, chacun a suivi l’événement, de son Smartphone ou sa tablette. La cérémonie était sobre et digne. Dans les médias étrangers, on a bien vu quelques photos de personnes en pleurs, hurlant, déchirant leurs habits et menaçant de se faire hara-kiri… Mais cela n’a rien à voir avec la grande dignité des Thaïs, telle que nous avons pu la voir ici.

Transfert du corps du Roi de Thailande

Sources

Le soir, notre nounou s’est rendue au temple pour prendre part à un hommage au souverain. Par respect pour le défunt, elle a également entamé un jeûne végétarien pour un mois, tout comme elle l’avait fait à l’occasion du décès de ses parents. Telle est la tradition chez nombre de bouddhistes. Aussi sera-t-il plus difficile de s’approvisionner en viande, dans les semaines à venir.

Rassemblement en hommage au Roi de Thailande

Sources

Le deuil national officiel durera un an. Vers la fin du mois, le corps du Roi sera exposé à Bangkok pour que ses sujets puissent venir lui rendre un dernier hommage. Des millions de personnes sont attendues, venant de tout le pays.

Les lieux publics se parent des couleurs du deuil national

Dans les entreprises, les administrations, les institutions, ont été installés des autels funèbres, en hommage au Roi. Des cahiers de condoléance sont à disposition de chacun. Du fait d’un niveau d’éducation inégal dans la population, une liste de phrases d’exemple est affichée, que l’on peut librement recopier.

Autel en hommage au roi defunt dans une entreprise - Photo Facebook

Sources: Photo Facebook

 

Du deuil au quotidien…

La population a revêtu les couleurs du deuil: le noir et le blanc. Il y a aujourd’hui pénurie de tee-shirts noirs dans le pays. Alors chacun a fait avec les moyens du bord: qui un tee-shirt « Mickey », qui un sweat « Heavy Metal »… Sans ostentation mais dans la dignité.

Dès lundi, dans les hôpitaux, les administrations et les entreprises, les uniformes de travail se sont parés d’un ruban noir, discret signe de deuil. A l’heure de la médiatisation ordinaire, je m’amuse d’ailleurs de voir mes jeunes collègues s’échanger sur Facebook des DIY de nœuds funéraires…

DIY - Ruban de deuil pour le Roi de Thailande

Sources: Photo Facebook

Pendant la période du deuil, nombreux événements et manifestations seront annulés.

Le quotidien a néanmoins repris son cours. Le week-end dernier, nous avons parcouru les stands d’un marché chinois à Chachoengsao. Les échoppes avaient toutes rouvert –il faut bien vivre-, et le chaland était de retour –il faut bien manger. Mais tous étaient habillés en noir, en blanc, ou en noir et blanc. Et dans les discussions des commères prédominait toujours un ton feutré de tristesse.

Marche chinois de Chachoengsao apres la mort du Roi de Thailande

Je voulais clore mon billet sur cette photo d’un cycliste, se recueillant devant le portrait du défunt Roi Bhumibol Adulyadej. J’aime la façon dont y sont illustrés la complexité et les paradoxes de la société thaïe. Si ce jeune homme s’agenouille dans un geste traditionnel de respect, en arrière-plan on devine les buildings de la ville contemporaine. S’il porte le deuil, si son chagrin est palpable, la vie poursuit son cours, et ce moment de prières est intégré à l’un de ses déplacements a vélo. S’il s’incline devant le portrait du feu souverain, symbole des institutions d’une monarchie séculaire, il a tout de l’apparence d’un homme moderne, Thaï, mais aussi citoyen de la mondialisation. C’est là toute la richesse de la Thaïlande d’aujourd’hui.

Un cycliste se recueille devant le portrait du defunt Roi Bhumibol

Sources

 

Note

Il n’y a aucune prise de parti politique dans ce billet. Je ne prends d’ailleurs jamais parti concernant la politique intérieure d’un Etat qui n’est pas le mien. Aujourd’hui, je souhaite seulement partager avec vous un peu de la peine qui étreint nombre de nos amis thaïs. Nous partageons leur tristesse.

Tout commentaire à caractère politique sera supprimé.

 

Poilades et tracas de la saison des pluies

Chez nous en Thaïlande c’est le pic de la saison humide. Pendant deux mois, elle nous offre presque quotidiennement de vraies belles pluies de compétition! Au premier orage, l’eau monte si vite qu’elle transforme en un clin d’œil les rues animées en rivières grondantes. La végétation vivace et luxuriante remplace les herbes jaunes et sèches du printemps. Et l’herbe croît si vite que les jardiniers ont bien du mal à tenir le rythme! Voici par exemple le champ face à ma fenêtre, deux semaines après le dernier passage du tracteur-tondeuse:

Vegetation pendant la saison des pluies - Thailande

Je commence par vous raconter ma vie. Allez, ca me fait plaisir!… Mais si vous cherchez des infos plus factuelles pour préparer un voyage en Thaïlande vous pouvez sauter à la fin de l’article. (Je ne le prendrai pas mal.)

 

« Que d’eau, que d’eau » comme disait le très inspiré président Mac Mahon

Dans la Thaïlande rurale, les anciens étaient malins: ils bâtissaient sur pilotis. Les habitations étaient ainsi protégées des nuisibles et des crues soudaines. En revanche, effet de mode ou effet de coût, les quartiers urbains et périurbains ont principalement été construits dans des styles occidentaux. Pire encore, de nombreuses zones industrielles et parfois résidentielles ont été développées sur des marécages. Du coup, tout de suite, ça inonde vite!

D’inondations, en coupures d’électricité, en routes bloquées, la saison des pluies désorganise le quotidien. C’est parfois irritant. Mais comme en France par temps de neige, il y a aussi un peu d’inattendu et d’excitation pas tout à fait désagréables. Ce sont des jours où tout le monde y va de sa photo sur Facebook et Instagram. Qui les pieds dans l eau, le portail dans l’eau, le scooter dans l’eau, la voiture dans l’eau…

Facebook public de Firzty Shawatida Kuptawatin

Bon, on arrive avec deux heures de retard au bureau. Et on sait qu’il nous faudra cinq heures pour rentrer le soir. Mais c’est l’occasion de discuter à celui qui aura la plus longue (de route) la plus profonde (de flaque) ou la plus mouillée (de maison).

Pour changer un peu, je vous fais un « top » de mes contrariétés et de mes petits plaisirs, par ces temps humides…

 

Top 1 – J’aime pas – Avoir des enfants exécrables

L’humidité oscille entre 80% et 90%. La température avoisine les 35 degrés. Il pleut chaque jour. Et certaines années, on ne voit pas le soleil de deux semaines entières. Nécessairement, les sorties des enfants sont limitées au strict minimum. Et, ca tape un peu sur les nerfs quand on a cinq ans et qu’on a envie de faire un foot avec les copains. Soyons clairs, ce n’est pas le moment ou les enfants sont les plus adorables!

 

Top 1 – J’aime – Courir dans les flaques

C’est presque inavouable mais un bel orage tropical me redonne toujours une âme d’enfant. Il m’est difficile de résister au plaisir de courir sous la pluie chaude et de sauter à pieds joints dans les trous d’eau!

J’ai encore succombé ce week-end, moitié par délice, moitié par nécessité car on était en retard… et vu le regard médusé des gardes qui m’observaient, j’imagine que ma satisfaction était plutôt visible.

Inondations - Saison des pluies en Thailande

 

Top 2 – J’aime pas – Sentir le moisi

Avec des niveaux d’humidité qui battent tous les records, impossible de faire sécher le linge! On laisse tomber les langes et les couches lavables de Miss-Trois, on reporte les lessives, on relave ce qui sent vraiment trop mauvais et parfois même, on est bien obligé de porter ce qui sent juste un peu le moisi…

 

Top 2 – J’aime – Faire de belles photos d’inondations

L’eau est montée de cinquante centimètres en une dizaine de minutes… Les policiers ont de l’eau jusqu’au genou, les piétons s’emballent dans des sacs poubelle, les pick-up s’arrêtent sous les ponts des autoroutes pour protéger leur marchandise, et on ne voit plus les roues des scooters… Photographier les inondations devient presque un sport national, en saison humide!

 

Top 3 – J’aime pas – Se doucher à l’eau froide

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » (vous aurez reconnu Baudelaire) pendant des jours et des jours, le chauffe-eau solaire est bien en peine de faire quoi que ce soit pour me rendre service. Inutile, il me contemple d’un air abruti, tandis que je me lave à l’eau froide.

Inondations - Saison des pluies en Thailande

Source

 

Top 3 – J’aime – Pêcher des poissons en pleine rue

L’usine de Papa-Tout-Terrain est contiguë à une grosse ferme piscicole… Une crue ayant fait déborder les bassins d’élevage, les poissons se sont fait la malle… pour se retrouver à nager en pleine rue! A l’heure de la débauche, les ouvriers n’avaient alors plus qu’à se pencher pour rapporter chez eux leur diner. Et je n’exagère pas: ce n’est pas un, mais plusieurs « pêcheurs » que Papa-Tout-Terrain a vu agir de la sorte!

Dans le même ordre d’idées, notre région compte de nombreux élevages de crocodiles. Crocodiles qui n’hésitent pas non plus à s’échapper, à la faveur d’inondations. Les journaux en tous cas relaient régulièrement de tels épisodes.

 

Top 4 – J’aime pas – Faire des cauchemars

Mes cauchemars sont le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs. D’une part, pendant les orages, l’eau peut monter très vite, et par surprise. D’autre part, les égouts et autres marais thaïlandais grouillent de varans, ces bestioles préhistoriques qui ressemblent à des lézards hauts sur pattes, mais qui peuvent faire jusqu’à trois mètre de long et tuer une vache.

Bref, je me vois seule, dans la voiture. Soudain, l’eau monte si vite, et sans alerte préalable, au point que je me vois quitter mon véhicule pour plonger dans des eaux noires peuplées des varans les plus gros et les plus dégoutants que j’aie eu à rencontrer. A chaque fois que je prends le volant, et durant toute la saison humide, j’en ai des sueurs froides!

Varan - Thailande

 

Top 4 – J’aime – Renforcer la foi en les divinités compétentes

C’est l’histoire de l’usine d’à cote de la mienne, qui est inondée chaque semaine, en cette saison. Arrêt des lignes, retards, problèmes de qualité… la direction est bien embêtée.

Heureusement, cette année, la parade a été trouvée: un autel à destination de Bouddha a été élève, a l’entrée des bâtiments. Il parait que cette protection leur permettra désormais d’échapper a toute crue intempestive. Je suis peut être trop rationnelle, mais personnellement, j’aurais plutôt investi sur des tranchées.

 

Top 5 – J’aime pas – Risquer de rencontrer des serpents nageurs

Le département des Ressources Humaines a diffusé des conseils de prudence à l’intention des employés de l’usine… j’apprends à cette occasion qu’il est recommandé de se promener en pantalon et chaussures de sécurité dans les zones inondées. En effet, les crues font sortir de leurs trous les serpents, qui n’hésitent alors pas à nager dans les eaux pluviales pour se sauver. (Saviez vous que les serpents nageaient?)

 

Top 5 – J’aime – Voir qu’on est tous à égalité devant une crue

Parfois, je ne suis pas très charitable, voire un peu mesquine. J’avoue tout: j’ai eu un fugace sentiment de satisfaction amusée l’autre jour, en voyant deux nénettes en costume Chanel, qui venaient de noyer le moteur de leur Porsche sous un mètre d’eau. Comme quoi, il y a une justice quand on n’a pas la moindre jugeote: si le 4×4 de devant s’est arrêté car l’eau était trop profonde, il y avait peu de chance que la Porsche se mette à nager!

(Oui, c’est mesquin, je vous l’avais dit.)

 

Top 6 – J’aime pas – Voguer en voiture

L’histoire est arrivée à Papa-Tout-Terrain lors de notre première saison humide en Thaïlande. Ce jour-là, la pluie avait arrêté le trafic. Chacun dans son véhicule attendait la décrue. L’eau arrivait au niveau du bas de caisse de notre berline.

Quand soudain, surgit de nulle part un camion énorme aux roues immenses. Ainsi équipé, le chauffeur peut, sans risque, fendre l’étendue liquide. D’un bon coup d’accélérateur, il traverse donc la zone quasi-lacustre, générant par là-même une énorme vague.

Pendant de longues secondes, Papa-Tout-Terrain a ainsi littéralement vogué sur l’eau, bien cramponné à son volant. J’imagine la sensation très rassurante!

Inondations - Saison des pluies en Thailande

 

Top 6 – J’aime – Apprendre à conduire dans l’eau

J’ai pas eu le choix, j’ai appris à conduire dans l’eau. La première fois j’ai (presque) fermé les yeux et appuyé le plus fort possible sur l’accélérateur. J’ai fort heureusement réussi à surmonter l’obstacle. Mais je me suis fait un peu gronder par Papa-Tout-Terrain, aussi. Il paraît que j’aurais pu noyer mon moteur. Je ne le savais pas, moi! Depuis, j’ai appris qu’il faut aller lentement, mais ne pas freiner et surtout ne pas s’arrêter. Pourquoi on ne nous enseigne pas ça, à l’auto-école?

 

Top 7 – J’aime pas – Voir tourner mes sauces

J’ai voulu faire des mini-gougères. Ne sont ressorties du four que de petites crottes plates et dures. La pâte à choux n’aime pas l’humidité. Et les meringues, ce n’est pas mieux! Impossibles à cuire, elles restent désespérément momolles et collent aux doigts. On ne peut même plus cuisiner ce qu’on veut!

 

Top 7 – J’aime – Faire des gerbes d’eau en roulant

A la faveur d’orages fulgurants, l’eau monte vite sur les chaussées. En pleine campagne, c’est l’occasion rêvée pour fendre les flaques en voiture et faire s’élever d’immenses gerbes d’eau sur les bas-côtés: « Pfffffffitttt!!!… » A l’arrière, on entend les applaudissements et les rires cristallins des enfants: « Papa, encore une flaque, encore une flaque! »

Inondations - Saison des pluies en Thailande

Source

 

Top 8 – J’aime pas – La saison de toutes les cochonneries

Merci l’humidité: la saison des pluies est celle où prolifèrent les moustiques, et où explosent les épidémies de dengue. C’est aussi le temps des grippes qui vont et viennent sans qu’on en voie jamais le bout. Difficile de maintenir un environnement sain avec une telle moiteur!

 

Top 8 – J’aime – Faire croire aux enfants qu’ils sont responsables du mauvais temps

Allez je le dénonce… Papa-Tout-Terrain a expliqué aux enfants que leurs mauvais comportements déclenchaient irrémédiablement de violents orages, avec d’importants risques de coupures d’électricité, leur bête noire. Qu’ils crient, frappent ou se mettent en colère, sitôt la tempête menace… Alors certes, mentir aux enfants, c’est mal. Mais pour ramener le calme en deux temps trois mouvements, il n’y a rien de plus efficace!

Amis voyageurs…

On ne va pas se mentir, la Thaïlande reste plus agréable en dehors de la saison des pluies. On m’a demandé plusieurs fois s’il était pour autant impensable d’y voyager à ces moments-là. Je ne serai pas formelle à ce sujet. Si l’on est conscient des limites intrinsèques à la saison humide, il peut aussi être agréable de voyager en saison basse, à condition d’adapter correctement son itinéraire et de prévoir, au besoin, des solutions alternatives.

 

Les avantages à voyager pendant la saison humide…

  • La saison des pluies est naturellement la saison basse, touristiquement parlant: les attractions et sites sont donc moins fréquentés, les prix sont plus intéressants, et les disponibilités plus importantes, au niveau du parc hôtelier.
  • Bien souvent, une partie de la journée sera tout de même ensoleillée, malgré la mousson. Malheureusement, ce n’est pas systématique non plus, et il arrive de passer de longs jours dans la grisaille.
  • Quoi qu’il en soit, même s’il fait gris, il fera bon. Venant de l’automne frissonnant des zones tempérées, vous ne pourrez être qu’agréablement surpris par les douces températures qui réchaufferont vos (vieux) os.

Vegetation pendant la saison des pluies - Thailande

 

Limites et risques inhérents à la saison des pluies:

  • S’il pleut à Bangkok, vous trouverez facilement une activité de repli dans un musée ou un centre commercial. Méfiez-vous en revanche des zones exclusivement balnéaires où une pluie violente interrompt généralement l’ensemble des distractions.
  • Pendant la saison humide, les moustiques se multiplient. Il est particulièrement important de s’en protéger convenablement pour éviter de graves maladies (dengue, dengue hémorragique, encéphalite japonaise en milieu rural et paludisme dans certaines zones frontalières)
  • Si vous venez pour la chaleur, vous êtes sûr d’en avoir. Si vous venez pour le soleil, personne ne peut en revanche vous garantir que vous rentrerez bronzé.
  • Dans certaines zones comme Koh Lanta, une partie du parc hôtelier ainsi que certaines attractions gardent porte close durant la saison des pluies. Les choix restreints d’activités risquent de rendre les jours pluvieux encore plus monotones.

 

Où aller et quelles zones éviter?

Lorsqu’on planifie son voyage, l’idéal est de vérifier le niveau des précipitations par zone géographique, en fonction des dates retenues pour son séjour.

Precipitations par zone geographique - Thailande

Source

  • Pour ne pas prendre de risques inutiles, évitez les treks en saison humide, en particulier dans la région de Chiang Mai, car la jungle y est alors beaucoup trop humide et dangereuse. Ne faites pas confiance à des agences qui vous proposeraient de telles excursions à cette époque de l’année.
  • Il est déconseillé de prendre le bateau durant la saison des pluies: la mer est imprévisible et devient facilement dangereuse (dixit mes collègues thaïs).
  • Dans certaines zones insulaires du sud ouest de la Thaïlande, la mer est trop troublée, durant la saison humide, pour permettre la plongée sous-marine.

 

Comment s’organiser?

  • Si vous voyagez pendant la saison des pluies, réservez-vous une importante souplesse par rapport au planning et au circuit d’origine. Rien ne vous empêchera ainsi de changer d’itinéraire à la dernière minute, si la météo vous l’impose!
  • Profitez des avantages de la basse saison en réservant les hôtels à la dernière minute. Vous serez assez libre de votre itinéraire et pourrez sûrement découvrir quelques perles! Méfiez vous tout de même des zones les plus touristiques et soyez prévoyant lors des jours fériés thaïs pendant lesquels les locaux partent volontiers.
  • Si vous voyagez avec des enfants, gardez flexible au maximum l’organisation de vos journées. Vous pourrez ainsi dédier les moments pluvieux aux siestes ou aux activités calmes.