Thaïlande – Pourquoi tant de césariennes?…

 

Quand on vit à l’étranger, le suivi de grossesse révèle naturellement son lot de surprises. Je l’évoquais dans mon précédent billet, certains aspects m’ont plutôt mise à l’aise, comme le recours limité des médecins aux examens physiques intrusifs. A l’opposé, j’ai détesté me sentir très vite acculée à la nécessité d’une césarienne… Pourquoi donc une césarienne alors qu’aucune condition médicale ne l’exige? Parce que c’est devenu l’habitude dans nombre d’établissements privés de Thaïlande. Bien sûr, pour les médecins et les hôpitaux, cela représente des avantages sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais bien souvent, les patientes elles-mêmes tendent à préférer cette solution…

 

Accouchements dans la douleur ou césariennes

Si j’ai refusé, à cor et à cris, le principe d’une césarienne de convenance, je dois reconnaitre aussi que pour de nombreuses Thaïes, cette modalité apparait clairement comme la moins mauvaise, pour mettre son enfant au monde. Il faut savoir que depuis une demi douzaine d’années, la péridurale n’est plus disponible que dans une poignée d’établissements du pays. Les établissements les plus chers, bien sûr. A cause d’une péridurale qui a mal tourné, d’un anesthésiste condamné pénalement par la justice, rares sont les médecins qui acceptent désormais de prendre le risque de ce type d’anesthésie.

Par ailleurs, dans les établissements où cela reste possible, la péridurale n’est souvent effectuée que dans des conditions extrêmement restrictives, les jours de semaines, aux heures ouvrables, et seulement un patient à la fois, pour que l’anesthésiste puisse s’y dédier pleinement. Imaginez que vous vous fassiez doubler par une autre maman à l’entrée de la maternité et zou, plus de péridurale! La loose!

Pour beaucoup, le choix se fait donc entre accoucher dans la douleur et accoucher par césarienne. L’une de mes collègues a d’ailleurs été très expressive en la matière, me racontant à grand renfort de détails et de gestes univoques l’épreuve de la naissance de sa fille, cinq ans auparavant (alors que je n’en demandais vraiment pas autant). Par crainte de nouvelles souffrances, cette jeune femme a finalement décidé de ne pas avoir d’autre enfant.

 

La brièveté du congé maternité

Pourtant, certaines se posent vraiment la question de l’accouchement par voie basse. Une de mes jeunes collègues, nullipare et enceinte de deux mois de plus que moi, avait ainsi demandé mon avis de multipare éclairée. Est-ce que tu penses que je pourrai supporter la douleur? On ne me refait pas. A mon sens, mieux vaut la douleur passagère d’un accouchement naturel -même sans péridurale- que les douleurs et complications postopératoires d’une césarienne. La collègue était convaincue.

Au jour du début de son congé maternité, cette jeune femme donnait naissance à une magnifique petite fille. A trente-huit semaines. Et par césarienne de convenance. Je m’en suis étonnée. « Tu comprends, le congé maternité est tellement court que je ne pouvais pas le gâcher. Je voulais profiter de ce temps pour prendre soin de mon bébé. » Six semaines après la naissance de sa fille, ma collègue était effectivement de retour au bureau. Elle aurait pu bénéficier de deux semaines de repos supplémentaire, mais le congé maternité est si mal indemnisé que tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’en profiter jusqu’au bout.

 

L’effet pervers du système de facturation des accouchements

Côté hôpital, le système de facturation par « package » est également de nature à dissuader les Mamans d’accoucher par voie basse. Le principe est de choisir à l’ avance les prestations pour lequel on optera à l’accouchement, afin de bénéficier de réductions substantielles sur le coût du service. En cas de changement de dernière minute, les dépenses additionnelles et non planifiées seront en revanche facturées à plein taux.

Sur une base de 100 pour un package « accouchement naturel », on me proposait un package césarienne à 154 et on estimait le coût d’une césarienne après échec d’un accouchement naturel à 191. Si l’on ne dispose pas d’une bonne assurance et si l’on n’est pas tres convaincu, au départ, de la réussite de son accouchement par voie basse, il me semble finalement assez naturel de se tourner directement vers une césarienne.

 

Le petit plus: choisir la date de naissance de son enfant…

Au-delà de ces considérations matérielles, la césarienne est également pratique, aux yeux de nombreux parents, pour choisir d’une date de naissance convenable pour l’enfant. Allez, petit-bébé-prévu-pour-septembre, tu naîtras bien en août, histoire de raccrocher l’année scolaire précédente, non? Et surtout, on va tout faire pour éviter que tu ne viennes au monde un « mauvais » jour, hein!

Une bonne partie des Thaïs étant d’origine chinoise, beaucoup d’us et coutumes d’ici sont empruntés au Pays du Milieu. En particulier son calendrier traditionnel. Il y a des jours fastes et des jours néfastes, et si l’on naît n’importe quand, on risque un destin tout pourri. Pour écarter toute forme de péril, les parents s’assurent donc de la venue de leur progéniture sous les meilleurs auspices. La césarienne est une solution toute trouvée pour éviter les foudres du destin. Y croit-on vraiment encore? Un peu, mais pas sûr. Le choix de la « bonne » date est tout de même une affaire de précaution, me semble-t-il. Sait-on jamais…

 

De césarienne en césariennes…

A force, la multiplication des césariennes se révèle avoir des effets pervers sur l’ensemble du système hospitalier. De toute évidence, parce qu’ils en pratiquent peu, les praticiens semblent de moins en moins à l’aise avec les accouchements par voie basse. Moins bien rompus aux petits aléas des naissances, ils s’orientent aujourd’hui vers les césariennes, à la moindre suspicion de complication: gros bébé, dépassement du terme, accouchement qui dure un peu trop longtemps…

 

L’exception française…

C’était bien là tout mon problème. Bien qu’ayant déjà accouché par voie basse de deux magnifiques petits garçons, j’étais hors norme. En consultation, l’on passe en revue mes antécédents. Deux bébés de près de quatre kilos (petit cri du médecin). Tous deux nés à 42 semaines (deuxième cri du médecin). Et je ne veux pas de déclenchement (attaque cardiaque de mon interlocuteur. Papa-Tout-Terrain regarde ses pieds. Ca fait trois fois que je lui fais le coup. Il a l’habitude.) Je ne suis pas du tout dans les standards en Asie.

Grossesse

Mais voyons Madame, ca n’est pas possible… On ne pourra pas laisser votre bébé trainer si longtemps… Par contre, si ca peut vous arranger, on peut vous faire une césarienne. Juste pour vous rendre service, bien sûr! Certes, globalement, je suis plutôt du genre arrangeant. La preuve, j’ai même mangé deux kilos de canard, un jour pour ne pas me faire remarquer. Mais bon, de là à accepter une césarienne sans broncher, il ne faut pas exagérer non plus…

Quoi qu’il en soit, je nourrissais déjà des doutes vis-à-vis de ce médecin, qui m’avait dit, quelques semaines plus tôt que « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse, mais on verra tout de même si c’est possible… » avec la tête de quelqu’un qui dit non. Quoique confiante en l’espèce humaine, je ne suis pas non plus un lapin de six semaines. Je savais bien que ce n’était pas en arrivant avec des contractions plein le ventre que je pourrais paisiblement deviser accouchement naturel avec ce type dans les starting-blocks pour césariser tout ce qui bouge.

 

Le miracle

Après de longs conciliabules avec Papa-Tout-Terrain, nous avons opté pour la fuite.

Nous avons cherché longtemps et discuté des options… Accoucher à l’étranger? Accoucher à la maison? Adjoindre une doula à l’équipe soignante?… De blogs en forums d’expats, nous avons finalement trouvé LA clinique de Thaïlande réputée pour son ouverture quant aux accouchements par voie basse, et, cerise sur le gâteau, dans des conditions physiologiques. Une seule rencontre avec le médecin nous a immédiatement conquis, Papa-Tout-Terrain et moi. C’était une dame d’une grande humanité, à l’écoute, rassurante, et transparente. Elle a dit « ok, sauf en cas de risque avéré pour la mère ou l’enfant », et il n’y avait aucun sous entendu. Nous lui avons immédiatement fait confiance, les yeux fermés!

Grossesse

 

 

 

Mangroves de Klaeng

Nous avons reçu une étrange visite vendredi. Recroquevillé sous l’étagère à chaussures, nous avons trouvé un bébé rapace. (En fait, un adolescent, je dirais.) Il avait l’air en forme. Et aussi, il avait l’air d’avoir envie de dormir. Conciliabule avec la nounou: on l’y laisse ou pas? Il y a beaucoup de chiens errants dans le coin. On opte finalement pour un hébergement temporaire en carton à trous.

Renseignements pris sur Google, un rapace ne mange pas de graines et ne boit pas d’eau. Il se nourrit de rongeurs et l’eau contenue dans la viande lui suffit. Ca allait être pratique de lui attraper des souris! Je mets toujours un point d’honneur à être une bonne hôtesse mais là, je n’ai pas grand-chose à offrir à notre surprenant visiteur. Toujours d’après Google, ses parents le récupéreraient sans doute le soir même, si on le relâchait dans un arbre proche, et sans l’avoir trop tripoté. Comme je ne sais pas grimper aux arbres, à la nuit tombée, nous avons mis le carton ouvert sur une table.

 

L’heureux dénouement

Cette nuit là, j’ai fort mal dormi. Et si des chiens attrapaient notre protégé? Ou pire, et si notre chouette avait décidé de rester vivre chez nous? D’autant que nous avions prévu de partir en week-end le lendemain… Que ferions-nous alors de notre nouveau compagnon?

J’avais commencé à tâter un peu le terrain. « Mon chéri, juste comme ça et sans aucune relation avec des personnes ou des événements ayant réellement existé, est-ce qu’on pourrait techniquement mettre dans la voiture un carton avec un oiseau, demain? Juste pour savoir si c’est possible, hein? Pas très gros le carton. Mais un peu quand même… » « Et tu crois que tu saurais nous attraper des souris… Je suis sûre d’en avoir entendu dans le système de clim… Tu crois que tu pourrais les attraper? »

Papa-Tout-Terrain avait froncé les sourcils. Il n’a pas bien dormi non plus cette nuit là, mais je ne l’ai su que plus tard. Oui, parce qu’au lieu de dormir, il a longuement réfléchi aux modalités techniques pour arrimer un carton à oiseau dans un siège auto. (Pas vraiment pour l’oiseau, plutôt pour mes beaux yeux.) J’ai un époux en or! (Même s’il refuse toujours qu’on achète un cheval pour mettre dans le jardin. Mais c’est une autre histoire.)

Bebe rapace

Le lendemain matin, le carton était vide. Fébrile, j’ai scruté les environs. Pas de tas de plumes, pas d’oiseau mort. J’ai déclaré l’animal sauvé. Il avait retrouvé ses parents. Maintenant, il viendra nous voir le soir par la fenêtre pour nous faire des coucous émus avec sa petite aile, pour nous souhaiter bonne nuit.

Nous partons donc en week-end le cœur léger. Nous allons découvrir la mangrove de la réserve naturelle de Klaeng, juste à côté du bateau de guerre que nous avions visité il y a quelques mois, lors de notre première sortie en famille élargie, avec Miss-Trois.

 

Les mangroves pour les nuls

Non seulement les mangroves, on les aime bien, mais en plus il y en a plein la région, eu égard aux conditions géographiques et climatiques sur lesquelles nous allons revenir. Je me permets donc une petite digression, une bonne fois pour toutes, histoire que vous sachiez de quoi je parle.

La mangrove est un écosystème particulier des zones tropicales, qui se situe à la frontière entre la terre et la mer, généralement dans l’estuaire de fleuves ou de rivières. S’y développent des forêts d’arbres –souvent des palétuviers– les pieds dans une eau mi-douce, mi-salée. Comme Saint Thomas, j’ai voulu vérifier et goûter l’eau, malgré la tête sceptique de Papa-Tout-Terrain… et je peux donc confirmer personnellement qu’elle n’est assez salée pour être de l’eau de mer, mais trop salée pour être de l’eau douce. Elle est sûrement parfaite, en revanche, pour faire cuire des pâtes!

Mangroves de Klaeng

Dans les mangroves, avec la marée qui n’arrête pas de monter et de redescendre, les sols sont boueux et peu stables. Les arbres ont donc développé de longues racines afin de s’amarrer profondément dans la vase. Mais dans la vase, ça respire mal. Alors les racines des palétuviers se développent également au-dessus des sols pour s’aérer et s’oxygéner par les pieds, à marée basse. (Je ne suis pas biologiste mais vous saisissez le concept…)

 

Une mangrove particulièrement bien préservée

Nous aimons beaucoup les promenades dans les mangroves de Thaïlande. D’abord parce que c’est un terrain qui se prête plutôt aux enfants. En raison de la vase au sol, l’on parcourt toujours les mangroves sur des pontons de bois surélevées. Il n’y a donc qu’un chemin. Un chemin à plat, en plus. Pas moyen d’égarer sa progéniture, même si celle-ci a des velléités d’indépendance. Par ailleurs, le chemin surélevé nous préserve de la faune locale, et en particulier des serpents, très friands de ces zones ombragées et qui pullulent de crabes. Dernier atout non négligeable, la hauteur des passerelles tend à impressionner nos garçons. Du coup, ça les dissuade de trop faire les idiots. (Juste un peu, quoi, il faut rester humain…)

Mangroves de Klaeng

Les mangroves de la réserve naturelle de Klaeng sont les plus belles que nous ayons vues pour l’instant en Thaïlande. Il faut dire que le travail de restauration et de préservation de cet environnement unique a été entamé il y a plus de vingt ans. Sur les photos d’archive, on voit qu’il ne restait presque plus aucune végétation au début des années 1990. Depuis 1993, les arbres ont été progressivement replantés, puis se sont étoffés avec le temps. C’est cependant un travail sans fin et les travaux de protection du littoral demandent des investissements permanents.

Petit à petit, la faune est venue repeupler l’écosystème. Nous avons vu des poissons, de nombreux crabes, ainsi que beaucoup d’espèces d’oiseaux magnifiques, aux couleurs vives et aux croassements étonnants. Et tout ça malgré le cancanement insistant de Petit-Un, qui mettait un point d’honneur à répondre à ses « copains ».

 

Eveil aux problématiques de la préservation de l’environnement

Ces balades dans des sites où sont accomplis tant de travaux de réhabilitation et de préservation sont toujours l’occasion de discussions intéressantes avec les enfants quant à l’écologie et la protection de l’environnement. On leur explique l’importance du patrimoine écologique, pourquoi il faut respecter et protéger la nature, pourquoi il ne faut pas jeter des ordures dans la mer, pourquoi nous tendons à réduire notre consommation de plastique…

Ce jour-là, Petit-Deux est vivement intéressé par le sujet et pose de nombreuses questions. Il montre une bouteille jetée dans la mangrove (car la conscience environnementale est encore plutôt faible en Thaïlande): « Regarde, ce n’est pas bien, quelqu’un a jeté une bouteille. » Un peu plus loin, il poursuit: « Ohhhh! C’est très mal! Cet arbre a jeté ses feuilles dans la mer!… » On discute alors des déchets végétaux, de ce qui est naturellement dans la nature et de ce qui est rapporté par l’homme. Petit-Deux reste songeur longtemps avant de conclure: « alors, je crois qu’il ne faut pas jeter des escaliers dans la nature, n’est-ce pas? »

 

Un paysage aux multiples facettes

La balade couvre trois kilomètres et se divise en trois environnements végétaux distincts. En partant du bateau HTMS Prasae, l’on commence par longer la mer, sur une zone très humide à la végétation luxuriante. Les palétuviers y sont magnifiques et plein d’oiseaux.

Mangroves de Klaeng

Vient ensuite une zone plus à sec, qui permet d’observer les racines enchevêtrées des arbres, ainsi que le fourmillement des crabes aux reflets bleu brillant.

Mangroves de Klaeng - racines

On termine la balade en surplombant une mangrove basse et verdoyante, qui n’était pas sans m’évoquer les labyrinthes végétaux d’Alice au Pays des Merveilles.

Mangroves de Klaeng

La promenade se termine à trois kilomètres du lieu de départ, mais on peut éviter de retourner sur ses pas en prenant des motos taxi qui nous ramèneront au point de départ.

 

Balade en bateau

Avant de quitter les lieux cependant, des pécheurs du coin nous apostrophent et nous proposent de nous louer leur bateau. On peine à se comprendre. Une dame s’approche gentiment pour nous aider: « Take boat! Go Thailand! » C’est très gentil. Mais ça ne nous aide pas. Nous montons tout de même. Nous verrons bien. Les enfants sont ravis.

Nous traversons l’épaisse mangrove jusqu’à l’estuaire et la mer. La côte verte et touffue est magnifique. Nous traversons des zones d’élevages conchylicoles familiaux. Un peu plus loin, nous observons des ouvriers en train de construire une barrière brise-vagues en bambou pour consolider le littoral. Curieusement, alors que nous nous croyions presque en pleine mer, nous sommes surpris de voir ces hommes travailler avec de l’eau jusqu’à la taille, seulement.

Mangroves de Klaeng - promenade en bateau

Après deux minutes de contemplation, les enfants ont repéré des sifflets sur leur gilet de sauvetage. Las d’être immobiles et muets, ils se racontent tour à tour des histoires de troubadours et d’arbitre de foot, pour mieux tester leurs instruments. La balade aura été magnifique. Nous regretterons juste de n’avoir pas pu observer plus d’oiseaux et d’animaux… rapport à nos musiciens d’enfants.

A nos yeux, la mangrove de Klaeng est l’une des plus belles qu’il nous ait été donné de parcourir. Un endroit à ne vraiment pas manquer si vous passez dans la région!

 

 

La mangrove de Klaeng en pratique

  • Coordonnées GPS en démarrant du HTMS Prasae: 12.6984538, 101.7057602
  • Coordonnées GPS en démarrant de l’estuaire: 12.706864, 101.716333
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture.
  • Le tour en bateau part du côté « estuaire » du sentier de la mangrove. Il dure une petite trentaine de minutes et coûte 100 THB par adulte.
  • Pour éviter de faire l’aller-retour à pieds dans la mangrove, on peut revenir en moto-taxi, pour 50 THB par adulte. Le trajet dure environ 10 minutes. On trouve facilement des moto-taxis en l’attente de clients, dans un sens comme dans l’autre.
  • Ne manquez par cet endroit: il est magnifique! Nous vous recommandons de le visiter en février ou en mars. Il ne fera pas trop chaud, et surtout, c’est la période des migrations, durant laquelle l’on peut voir le plus grand nombre d’oiseaux.

 

 

Suivi de grossesse en Thaïlande

Après la naissance de nos deux grands en Chine, l’arrivée de Miss-Trois en Thaïlande a été une nouvelle aventure. Une aventure merveilleuse et parfois angoissante. Une équipée pleine de suspens et de rebondissements. Et surtout, à la clé, il y a eu la rencontre avec notre plus grand bonheur ex-æquo avec ses deux frères, dans sa catégorie!

Avec Papa-Tout-Terrain, quand nous serons très vieux (le soir à la chandelle), nous conterons ces histoires à nos petits-enfants, dans une grande cuisine qui sentira la soupe et le gâteau. (Vous ai-je dit que Papa-Tout-Terrain m’a promis qu’il se ferait alors pousser la moustache? Ca lui donne un petit air d’Omar Sharif –jeune- que j’adore!).

Je m’égare… Reprenons! En attendant les petits enfants et la moustache, j’avais envie de jeter quelques mots pour garder vivaces les souvenirs de ma grossesse thaïe et de l’arrivée de notre trésor. Ce billet est entamé depuis longtemps, mais trop d’émotions ont ralenti son élaboration. Faute d’arriver à le finir, je le reprends. Je ne sais pas vraiment où il ira. Je vais finalement laisser filer la plume par petites touches d’ici et de là, avec un peu de nous, un peu de Thaïlande, et bien sûr beaucoup d’amour.

 

Enceinte!

J’ai l’impression que c’était il y a des siècles. Un jour j’ai su que j’étais enceinte. Direction le 7-11, l’épicerie du coin, pour acheter un test de grossesse. Ca s’achète en pharmacie, aussi, mais il n’y a pas vraiment de pharmacie anglophone du côté de la maison. Et ce n’est pas le genre d’achat facile à mimer à un pharmacien mort de rire.

L’objet acquis, il faut l’employer. Correctement. Mais des tests de grossesse on n’en fait pas tous les jours. Je me souvenais vaguement qu’il y avait une histoire de bâtons roses, mais sans plus. Pas de chance, le mode d’emploi était en thaï! Petit passage sur Internet: « un bâton c’est non, deux bâtons c’est bon! » Et d’ailleurs, « les tests de grossesse doivent être conservés à l’ abri de la lumière et à une température inférieure à 25 degrés. » Bon, je vais tester au Pole Nord et je reviens, alors.

Il n’y a eu qu’un bâton. Je n’étais pas d’accord. Alors j’en ai racheté cinq autres. Ce coup ci j’en ai eu trois sur cinq de positif. C’était la moyenne. J’étais enceinte aux trois cinquième.

Tests de grossesse

(Le petit bâton rose de la photo est présentement en train d’essayer de se faire les dents sur le pied de ma chaise de bureau… Petit bâton a bien grandi!)

 

Une jolie croyance…

Dans un précédent billet, j’avais évoqué quelques coutumes qui accompagnent les grossesses, en Thaïlande et en Chine, où sont nés nos deux grands. Je réalise que j’ai omis une jolie habitude qu’ont les jeunes femmes thaïes, et que je trouve très touchante…

Amulette porte-bonheur pour les femmes enceintes en Thailande

Ici, beaucoup de futures Mamans accrochent sur leurs vêtements, à hauteur du ventre, une petite épingle à nourrice, souvent décorée de motifs naïfs. Elle fait office d’amulette et éloigne les mauvais esprits des bébés à naitre.

 

Première consultation

Il n’y a pas de cabinets médicaux en Thaïlande. Toutes les consultations ont lieu à l’hôpital. Les Thaïs peuvent consulter gratuitement dans les hôpitaux publics ou se tourner vers des établissements privés s’ils en ont les moyens. Mon contrat de travail thaï me donnait également accès au système de santé public, mais pour des questions de langue et de qualité des infrastructures, nous nous sommes orientés vers le privé, grâce à une bonne couverture de mon assurance.

En attendant notre tour, Papa-Tout-Terrain et moi-même restons songeurs devant la porte de l’ascenseur, qui distille des informations à destination des patients du service gynécologie obstétrique. Faute de comprendre les mots, nous nous amusons largement des pictogrammes et de leurs possibles interprétations!

Ascenseur de l'hopital

C’est à nous. Le gynéco demande: « Vous êtes enceinte? » « Oui. » « Vous êtes sûre vous avez fait un test? » « Oui. » « Bon parfait. Prenez ces vitamines et revenez le mois prochain. »

Nous nous sommes quittés en gentlemen, sans nous être seulement effleurés. Il n’y a pas de prise de sang pour confirmer la grossesse. Et pas d’examen physique non plus. Juste rien, en fait. Enfin si: ils m’ont donné un classeur de suivi de grossesse, écrit en Thaï.

 

Chez le médecin…

Si la médecine trop invasive m’est généralement désagréable, en Thaïlande, c’est tout le contraire. Les visites sont articulées autour d’échanges oraux. (Pas du bouche à bouche, hein, de la conversation!) En revanche, il y a très peu d’examens physiques de la part du médecin. Sur la bonne vingtaine de rendez-vous médicaux de toute la grossesse, je n’ai eu que deux contacts charnels avec des médecins qui ont mesuré ma hauteur utérine au mètre de couturière.

En plus d’être limités au maximum, les actes « physiques » sont souvent délégués à d’autres personnels soignants. Lors d’une visite standard, c’est ainsi une infirmière d’accueil qui vérifie le poids de la patiente (habillée) et prend sa tension. Ensuite, pendant la consultation, le médecin est assisté d’une aide-soignante responsable des tâches matérielles: installer la patiente sur la table d’examen, mettre le gel sur le ventre pour l’échographie, paramétrer l’appareil… Quand tout est prêt, l’assistante tend la sonde au médecin qui procède, sans effleurer le patient, et repart quand il a fini. Puis nettoyage du gel et tutti quanti par l’aide-soignante.

 

Ordonnances, médicaments, arrêts et autre certificats

Dans ce système de santé privé, le patient est globalement encouragé à consommer. A tous les coups, le médecin recommande une échographie. « C’est pour être sûr… et vous n’avez pas envie de voir votre bébé, d’ailleurs?… » … Au fait, vous prendrez bien une petite amniocentèse aussi?… C’est que vous n’êtes pas toute jeune alors il y a des risques… (J’avais trente-trois ans, une clarté nucale et un Fish test parfaits.)

En fin de consultation, on me prescrit systématiquement des vitamines et… « Vous prendrez bien autre chose? » « Vous en pensez quoi, Docteur? » « C’est vous qui décidez… » Ah? Bah non, alors.

Enceinte

En pendant, les médecins sont très tolérants vis-à-vis des demandes du client. Un jour, j’ai besoin d’un certificat d’aptitude à travailler pour ma mutuelle. J’introduis le sujet en douceur: « Docteur, vous pensez que je peux continuer à travailler? » « Oh ça, c’est vous qui voyez. » Alors j’y vais plus franco. Je vais bien et il me faut un mot pour l’assurance. La première mouture du certificat a été concise: « Mrs. Tout-Terrain can walk three weeks. » La version finale, un peu plus étoffée, a finalement été réalisée en binôme avec le praticien. (Je dictais et il écrivait).

C’est mon expérience. Mon propos est de montrer le décalage avec un suivi de grossesse tel qu’il aurait eu lieu en France, non de montrer du doigt médecins. A mon égard, ils ont toujours eu une attitude professionnelle et a l’écoute, dans la mesure de leurs capacités en anglais. Et surtout, ils ont fait de gros efforts pour s’adapter à la cliente étrangère que j’étais, dans un hôpital qui ne voit presque jamais passer d’Occidentaux. A ce titre, j’imagine aisément que leurs reflexes et leurs attitudes auraient été bien différents si j’avais été une patiente X.

 

Où l’on commence à parler césarienne…

Puisque la finalité d’être enceinte est bel et bien d’accoucher, la question épineuse de la césarienne est assez vite venue sur le tapis. Dans la mesure du possible, je souhaitais l’éviter. Dans la mesure du possible, le médecin trouvait ca pratique. De toute façon c’est la norme ici.

J’ai dit: « Je préférerais un accouchement par voie basse. »

Elle a répondu: « Oui, je comprends. »

J’ai enchainé: « Alors vous êtes d’accord pour un accouchement par voie basse? »

Elle a répondu: « Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas toujours possible. » (Elle était très polie.)

Je n’ai pas voulu lâcher l’affaire alors j’ai demandé: « Et pour moi, est-ce que ca sera possible, si tout est normal et tout va bien? J’ai déjà deux enfants nés par voie basse. »

Elle a dit: « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse si tout va bien. Mais parfois on croit que tout va bien mais tout ne va pas bien et on est obligé d’avoir une césarienne. Je ne peux rien vous dire de plus. »

En d’autres mots, j’étais un client captif et elle ferait ce qu’elle voudrait.

 

Par quelle pirouette improbable réussirai-je à éviter la césarienne? Je vous laisse sur ce suspens intenable et vous raconte bientôt la suite…

La tournée des temples

Pour les élections législatives de 1993, ma mère avait été en charge de contrôler des bureaux de vote. (En France, bien sur.) Elle avait pris sous le bras toute la famille et nous avions navigué de villes en villages. Nous débarquions sur la place principale. D’un côté, il y avait la mairie pour ma mère, tandis qu’avec mon père et les frangins, nous allions divaguer dans l’église. J’avais trouvé cette épopée très amusante!

Du coup, alors que nous manquons d’imagination pour notre sortie dominicale, c’est tout naturellement qu’une variante à cette flânerie s’impose: nous allons faire la tournée des temples! Les temples, en soi, réservent souvent de bonnes surprises. Mais ce sera également l’occasion de découvrir des coins perdus de la campagne thaïlandaise auxquels nous ne penserions pas forcement.

On tente le coup sur Google Map. On tape « wat » (qui veut donc dire « temple » en thaï). Miracle et bingo! La carte se constelle de petits points rouges. Il y a des temples partout! En voiture!

Au terme de la journée, nous aurons découvert seize temples et pris trois-cent-une photos. Je ne peux pas vous imposer ça. Du coup, c’est déchirant mais j’ai choisi une photo par temple, pour vous brosser à l’impressionniste un tableau de notre journée, de ses anecdotes et de nos ressentis.

 

1 – Bouddhas de Wat Wang Thong Charoentham

Wat Wang Thong Charoenthom - Temple de Thaïlande

Un petit chien prend le frais au pied d’un bouddha. Les animaux ne dérangent pas dans les temples. Ils y côtoient paisiblement les humains en prière, et sont souvent nourris par les passants et les moines. De toute façon, c’est l’une des bases de la religion: un bouddhiste ne ferait pas de mal à une mouche.

 

2 – Moine pèlerin de Wat Ton Krarok

Wat Ton Krarok - Bouddha pelerin - Temple de Thaïlande

On retrouve cette figure de moine pèlerin à l’entrée de presque tous les édifices religieux. Il fait référence aux pèlerinages bouddhistes et à la tradition d’accueil des voyageurs de passage, dans les temples et les monastères.

Des collègues m’ont expliqué que lorsqu’ils se déplacent en Thaïlande, ils ne s’arrêtent pas à l’hôtel le soir, mais dorment dans des temples, sur des nattes qu’ils apportent. Ils m’ont encouragée à faire de même mais avec trois enfants bruyants et nos têtes d’étrangers, je crois que nous en étonnerions plus d’un!

 

3 – Chedi de Wat Tham Pathum

Wat Tham Pathun - Temple de Thaïlande

En arrivant au Wat Tham Pathum, Miss-Trois hurle sa fatigue dans l’habitacle pendant que Petit-Un chante à tue-tête une berceuse de Mozart. (Personne ne sait aussi bien apaiser Miss-Trois que son frère ainé.) On n’a encore vu que deux temples et ça commence mal. Nous hésitons à rentrer à la maison.

Pour se donner une idée, nous parcourons d’abord les lieux en voiture. C’est grand, et un peu communiste dans l’architecture, à l’image du Chedi principal. Nous cherchons en vain une grotte, censée faire la réputation des lieux. Nous nous engouffrons sur un chemin de terre et y croisons un vénérable pick-up à l’arrêt. A l’arrière, une très vieille dame en train de tricoter en regardant sa série préférée sur un Ipad dernier cri. Elle nous considère avec beaucoup d’étonnement. Peut-être détonnons-nous encore plus qu’elle? Au bout du chemin, nous tombons par hasard sur les cellules des moines, blotties dans une épaisse forêt de bambous. C’est beau, vert sombre et calme. Nous manquons d’enliser la voiture et repartons sur la pointe des pieds. Pardon aux moines d’être venus faire du bruit dans leur retraite… le fléchage était en thaï…

 

4 – Bouddha en construction du Wat Khao Mai Kaeo

Wat Khao Mai Kaeo - Temple de Thaïlande

Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons beaucoup de charme au Wat Khao Mai Kaeo, dont la façade est agrémentée d’un joli bassin couvert de lotus en fleur. De ces lieux, j’ai malgré tout choisi de retenir cette grande figure de bouddha en construction. C’est amusant et émouvant de voir l’envers du décor, la statue tout juste bétonnée mais pas encore sacrée, le matériel derrière la foi… Et il est marrant, aussi, cet ouvrier, à bétonner tout seul l’oreille de Bouddha, pendant que son copain joue à Angry Bird!

5 – Le gong du Wat Khao Tabaek

Wat Khao Tabaek - Temple de Thaïlande

Le démarrage ayant été poussif, il est presque l’heure du déjeuner… Fidèles à nos habitudes, on se dit qu’un tout petit dernier temple avant le repas ne saurait faire de mal… Presque une heure de marche plus tard, nous atteignons enfin le Wat Khaoo Tabaek, blotti au sommet d’une colline, au milieu des bambous verdoyants et de lianes crochues. Il surplombe une vallée industrielle, paradoxalement belle. Les enfants ont grimpé de façon méritoire. Leur fatigue est pourtant bien vite oubliée quand ils ont l’autorisation de frapper trois coups sur le gong qui porte chance.

6 – Wat Noen Tong… et la gare…

Wat Noen Tong - Temple de Thaïlande

Pas de discrimination avons-nous décidé. Nous faisons donc le détour par le Wat Noen Tong, d’apparence très banale. Étonnamment, il semble avoir anciennement abrité une gare, comme en témoigne une grande photo à l’entrée. Voici qui n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle. Petit-Deux, presque aussi friand de trains que de métros et d’ascenseurs veut absolument trouver une locomotive. Nous cherchons partout. En vain. Nous nous résolvons à partir quand on entend un gémissement suraigu du fond de la voiture. « C’est vraiment pas juste. Vous ne m’avez pas laissé assez de temps pour trouver les rails. Je suis sûr qu’ils étaient quelque part, et qu’il y avait plein de trains partout, aussi! »

7 – Le Bouddha géant du Wat Hupbon Wanaram

Wat Hupbon Wanaram - Temple de Thaïlande

Un peu plus loin, sur une petite route de village, un énorme Bouddha assis nous interpelle. Ces débauches de gigantisme au milieu de la campagne ne cessent de nous étonner. Sur un fond de musique pop, un moine nonchalant essaye d’attirer les fidèles et donateurs. Mais tout est désert, à l’exception de quelques jeunes qui font pétarader leurs mobylettes sous l’œil placide d’un chien errant.

8 – Le grand ménage de Wat Khao Hin Lat

Wat Khao Hin Lat

Nous assistons à une scène amusante dans ce temple presque désert. Dans le calme paisible, surgit soudain, en trombe, un pick-up rempli de commères locales et loquaces, de leurs seaux et de leurs balais. Sans s’arrêter de rire et de papoter, comme un seul homme, elles descendent du véhicule pour s’engouffrer dans les cellules des moines, et y faire le ménage! Voir arriver un tel équipage doit être drôlement effrayant pour un saint homme!

 

9 – L’ancien et le nouveau temple de Wat Rat Rueansak

Wat Rat Rueansak

Les temples sont riches en Thaïlande. Les donations des fidèles leur permettent de sans cesse construire et reconstruire. Le petit temple de gauche est l’ancien. Sa forme et ses motifs sont clairement désuets, même s’il n’a sans doute pas vingt ans. On lui a adjoint un nouvel édifice, à droite, toujours en construction. D’un blanc étincelant, très découpé et décoré d’éléments brillants, il reflète l’opulence de ses donateurs, dont les noms sont détaillés sur des panneaux officiels, avec en regard, les montants des offrandes.

 

10 – La double colonnade Wat Duean Phen

Wat Duean Phen

Nous avons roulé dix minutes sur un chemin de terre ocre pour parvenir au Wat Duean Phen. Pas étonnant du coup qu’il soit désert et fermé. Il nous apparait néanmoins unique de par son style hellénistique à double colonnade.

Les enfants commencent à râler. Ca fait beaucoup de temples, quand même! Pour faire diversion, nous organisons le jeu du cri des animaux.

  • Qu’est ce qu’il fait le chat? « Miaou!« 
  • Qu’est-ce qu’elle fait la vache? « Moo! » (Bon, on a une vache américaine dans la voiture.)
  • Qu’est ce qu’il fait le gecko? « Whiiiii! » (On s’adapte avec les animaux locaux… Ca doit être la nounou qui a enseigne ç Moi j’entends rarement les geckos crier mais bon.)
  • Qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » Quoi, qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » On ne sait pas trop d’où venait ce chien, mais il avait du manger un truc pas net, quand même!

 

11 – Wat Kuntheethan, sa locomotive et son hélicoptère

Wat Kuntheethan

Le Wat Kuntheethan a remis tout le monde de bonne humeur! « Papa, Maman, regardez, il y a même un hélicoptère! » Nous n’avons trouvé aucune raison rationnelle à la présence de ces figures colorées au milieu de la cour du temple. Il est vraisemblable qu’elles ne soient là que pour le plaisir des yeux. Les lieux de rassemblement en Thaïlande sont truffés d’une statuaire variée et joyeusement incohérente, pour la simple excitation de l’Instragrammeur (et surtout de l’Instagrammeuse). Mes collègues en raffolent, d’ailleurs et ne cessent d’en polluer mes réseaux sociaux!

12 – Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

J’ai peut-être l’esprit tordu, mais cette photo m’évoque la maison du film Psychose d’Hitchcock. Je la trouve effrayante au possible, sur fond de ciel orageux. Quoi qu’il en soit, il règne un climat étrange en ces lieux, car ce temple n’en n’est pas vraiment un. Il n’est pas terminé et vraisemblablement pas consacré. Des herbes folles poussent sur le toit. Pas de Bouddha ni de décoration à l’intérieur: les salles sont envahies de poussière et d’herbes folles. C’est un temple fantôme.

 

13 – Grand nettoyage au Wat Bueng Bunyaritthayaram

Wat Bueng Bunyaritthayaram

On avance dans la journée. Il commence à faire moins chaud et les moines sortent pour les menus travaux d’entretien de leur temple. Au Wat Bueng Bunyaritthayaram, un moine accompagné de deux jeunes novices nettoie la façade au tuyau d’arrosage.

 

14 – Grandiose Wat Charoentham

Wat Charoentham

Au Wat Choroentham, c’est aussi l’heure où les moines sortent balayer. Quel étonnant contraste entre l’existence simple des religieux et la richesse des lieux. Les bâtiments, principalement bouddhistes mais teintés d’hindouisme, sont majestueux et presque arrogants. Il est temps de rentrer malgré tout. Petit-Deux traîne la patte et refuse d’avancer. Petit-Un fait des singeries et compte en chinois sur des mouvements de Kung Fu. L’orage gronde et le ciel lâche de grosses gouttes.

 

15 – Wat Chong Mafueng et son arbre en fleur

Wat Chong Mafueng

Un tout petit joli temple sur la route du retour. On ne va pas l’ignorer. (Pas de discrimination!) J’aime le contraste entre son arbre fleuri de rose et les caveaux funéraires qui en bordent l’enceinte.

 

16 – Le der des der… Maha Chedi Moei si Burapha

Maha Chedi Moei si Burapha

Incorrigibles c’est le mot. On a encore vu un temple fléché. On a dit non, ca sera pour la prochaine fois, tout le monde est fatigué. (un silence.) « Rhooo… Mais t’as vu, il est énorme ce chedi, non? » « Et puis sa forme n’est pas courante… Tu crois que le détour est grand? » « Boh, on essaye de se rapprocher en voiture juste pour voir? » « Oui, attends, je donne un Ipad aux enfants ca nous gagnera dix minutes… » « Ca n’a pas l’air si grand finalement, on peut toujours jeter un tout petit coup d’œil… » « Oui, parce qu’on n’est pas sûrs de le retrouver la prochaine fois… » « Et ca serait dommage de le louper en étant passé si près… »

… bref, on a vu un dernier temple.

 

 

La mauvaise surprise

Ca défile à la maison en ce moment. Et tout ça c’est à cause de Miss-Trois. Miss-Trois est un bébé surprenant de vivacité pour son jeune âge. A tout juste six mois, elle marche à quatre pattes, s’assoit, et se met debout.

*Applaudissements*

Notre nounou est ravie. Le prestige de notre jeune merveille rejaillit sur elle. Du coup elle invite un peu tout le monde, de Thaïlande et de Navarre, à venir assister au prodige. Pour les personnes trop éloignées ou empêchées, elle organise même des événements vidéo. (Ce n’est pas une image ou une exagération, c’est la stricte vérité.)

Bref, à chaque fois que je veux mettre une sandalette dans mon jardin, je me retrouve nez à nez avec un technicien de maintenance ébahi ou un jardinier stupéfait (c’est plutôt des jardinières d’ailleurs) devant l’agilité de notre puce. En dehors des horaires d’apparition publique, la porte de la maison reste entrouverte, pour permettre à l’air et aux regards indiscrets de mieux s’infiltrer.

Tout cela a tendance à me taper sur les nerfs, car je suis plutôt timide, ascendant sauvage.

Cela n’a pas échappé à mes visiteurs. Du coup, pour m’appâter, et par gentillesse aussi, ils viennent rarement les mains vides. L’un apporte des mangues ou des papayes de son jardin, un autre vient avec des épinards, des desserts populaires ou des effilochés d’ananas séché. C’est excellent! Et très bon aussi pour mes bourrelets de grossesse, mais passons.

La mauvaise surprise…

Ce matin, l’adorable ancienne nounou de la petite voisine d’avant m’a apporté deux entremets locaux. Je connaissais le premier de longue date: je cuisinais déjà ce tapioca vert au lait de coco alors que j’étais étudiante et que j’habitais au-dessus d’une épicerie asiatique. (J’étais prédestinée.)

opioca et lait de coco

J’ai eu plus de difficultés à identifier le contenu de la seconde barquette en revanche. Vu la ressemblance des emballages, il était certain qu’il s’agissait d’un dessert. J’ai goûté le riz jaune. C’était du riz gluant. Cuit dans du lait de coco sucré. Ce n’était pas mauvais, mais ils avaient rajouté du curry pour faire jaune, et ce n’était pas indispensable non plus.

2- Dessert thai au riz gluant et...

J’ai ensuite rajouté la poudre marron du dessus pour goûter l’ensemble et en évaluer l’harmonie. (Oui, je fais mes classes chez Etchebest en ce moment.) Eh bien ça a été une très mauvaise surprise! Et pourtant je suis loin d’être une timorée du goût…

Qui sera capable de deviner l’élément principal de cet extraordinaire condiment?

Je rends réponse lundi prochain… et j’envoie un tube de pate de fruit au durian au premier qui aura vu juste d’ici là!

 

… La bonne réponse était: du sucre adjoint d’une poudre de poisson salé et séché… et ça n’était vraiment pas une réussite!

 

Grottes sacrées du nord de Rayong

Pour motiver les enfants, on leur a dit qu’on allait visiter les grottes de La Chasse à l’Ours. On ne les a pas motivés du tout, en fait. On leur a fait super peur et ils voulaient rentrer à la maison. Il a fallu tout reprendre depuis le début. On a bien expliqué qu’il n’y avait pas d’ours en Thaïlande. (Internet m’a par la suite révélé le contraire, mais j’ai menti en toute bonne foi.) Que les ours vivaient aux Etats-Unis et au Canada. Mais que la Thaïlande avait de très belles grottes et qu’il serait dommage de louper ça!

1 - Nord de la Province de Rayong

Résultat des courses, les enfants veulent maintenant visiter les Etats-Unis et le Canada.

 

Grottes sacrées de Thailande

Nous sommes au nord est de la province de Chonburi, une région peu courue des touristes. Nous ne croiserons d’ailleurs absolument personne sur ces sites, en dehors d’une poignée de moines résidents, d’une meute de singes et de quelques hirondelles.

2 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

La Thaïlande compte plus de cinq milles grottes répertoriées, mais on estime qu’il en existe au moins le triple. Les grottes sont considérées comme des lieux sacrés par les bouddhistes. Des temples sont fréquemment érigés aux alentours, et il n’est pas rare de trouver autels et offrandes dans les cavités du rocher, pour apaiser les esprits des lieux.

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Comme il est d’usage de le faire avec certains arbres sacrés et vénérables, des stalactites ont été entourées de guirlandes, de tissus colorés et couvertes à la feuille d’or par les pèlerins qui s’y recueillent. Le bouddhisme thaïlandais porte souvent en lui des accents d’animisme et de paganisme archaïques que je trouve très touchants.

3 - Stalactite sacree de la grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain profite de l’occasion pour organiser une petite leçon sur les stalacTites et les stalagMites. Celles qui Tombent et celles qui Montent. Petit-Un est captivé. Le cours magistral est suivi d’une interrogation orale: « Alors, qu’est-ce que ca fait une stalagMite? »… « Euh… Ca fait des cailloux! » Ca n’est pas si faux.

4 - Stalactite ou stalagmite...

Nous sommes au cœur de la jungle tropicale. La végétation luxuriante ne parvient pas à atténuer la touffeur des lieux. Des ombres noires volettent de-ci de-là, et profitent de la fraîcheur relative des cavités. Nous les prenons d’abord pour des chauves-souris, avant d’identifier des hirondelles. Sans doute sont-elles de passage, car nous sommes en pleine saison des migrations.

5 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain avise une énorme stalactite qui s’est détachée de la paroi. Il l’escalade avec les deux garçons.

6 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Le rocher est gigantesque et a dû faire un bruit du tonnerre au moment de sa chute. Il y avait peut-être des dinosaures dans le coin, ce jour là. (Oui, il y a eu des dinosaures en Thaïlande. Et même des très gros.) On se sent tout petit, en perspective.

7 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

De l’autre cote de la route, le temple de Khao Hat Yot respire le calme et la sérénité, tapi contre une montagne qui semble presque menaçante. Les lieux sont déserts, à l’exception de quelques moines en train de déjeuner. On a vraiment l’impression d’être en dehors du monde, en ces lieux. La sensation est très étonnante.

8 - Wat Khao Ha Yot

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

  • Coordonnées GPS: 13.161505, 101.597503
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • La grotte est très facile d’accès. Il y a un parking en contrebas. Il suffit de franchir un petit pont puis de grimper une trentaine de marches pour accéder aux premiers autels dans la roche. Munissez-vous de bonnes chaussures car le sol peut être glissant.

 

En deuxième étape, Papa-Tout-Terrain a repéré de belles grottes dans la montagne Cha-Ang. C’est affreusement mal indiqué en anglais comme en thaï. On les trouve en divers endroits sur les cartes, surtout là où elles ne sont pas. Bref, nous tournons beaucoup en rond, avant de tomber sur un joli monastère, dont les cellules des moines sont charmantes, bien que très modestes.

9 - Cellules des moines bouddhistes

Les moines aussi sont charmants. Ils expliquent des tas de trucs à Papa-Tout-Terrain qui ne comprend rien, sauf qu’on n’est pas au bon endroit.

Pendant ce temps là, j’ai droit à mon heure de gloire devant une famille locale ébahie. Miss-Trois sur la hanche, les fesses en l’air, la tête en bas, je me bats pour réparer le désastre qu’a fait Petit-Deux en mangeant un onigini (un sushi triangulaire) dans la voiture. Alors que je reprends avec dignité ma place de copilote, sous les éclats de rires joyeux, Papa-Tout-Terrain me suggère de demander notre route à ces autochtones hilares. « Je crois qu’ils t’aiment bien… » « Ca va pas la tête! »

Guidés par le hasard, nous reprenons vers le nord, tombons sur un autre temple, en traversons l’enceinte et arrivons au pied d’un escalier immense qui conduit à un autel dans le rocher. Nous tentons notre chance et découvrons deux vastes grottes cachées dans les plis de la paroi. C’est justement ce qu’on cherchait!

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

Nous pénétrons dans les deux cathédrales communicantes. Hélas, les moines ont un peu bétonné et électrifié ce magnifique cadre, pour donner socles et éclairages à leurs statues de Bouddha. Ils ont même installé un gros ventilateur rouillé en plein milieu, pour des raisons pratiques évidentes.

10 - La grottes de Wat Khao Cha-Ang

Bref, en plus d’une mauvaise luminosité, j’ai toutes les peines du monde à faire une photo correcte des lieux, qui sont néanmoins très jolis. Là où le regard arrive à faire abstraction de quelques éléments moches, j’ai l’impression de les voir énormes et clignotants au milieu de mes photos.

Un peu plus loin, les enfants découvrent des cloches sacrées sur lesquelles ils s’empressent de frapper les trois coups qui doivent leur porter chance.

11 - Cloches sacrees dans la grottes de Wat Khao Cha-Ang

(Ce n’est pas forcément évident sur la photo, mais Petit-Deux tape bien sur une cloche et non sur son frère.)

12 - Singes autour de la grottes de Wat Khao Cha-Ang

De retour à la voiture, nous y repérons un singe en train de bronzer tranquillement sur le capot. Ou de faire la sieste. En regardant plus attentivement, nous lui trouvons vite des tas de copains. Comme en de nombreux temples, une horde de singes peuple le Wat Khao Cha-Ang. Considérés comme des animaux sacrés, ils y sont nourris par les fidèles et les moines.

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

  • Coordonnées GPS: 13.199996, 101.581785
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • On accède a la grotte par un escalier a pic que l’on découvre après avoir traverse l’ensemble du complexe du temple. Il y a cinq minutes d’ascension pour arriver aux grottes.

 

 

 

Le paisible temple de Wat Phrong Akat

C’est la saison des récoltes à Chachoengsao. Les champs sont jaunes et secs. Les petits paysans font sécher leur riz sur de grandes bâches, le long des routes. Les oiseaux migrateurs qui remontent justement vers le nord en ce moment s’en donnent à cœur joie.

Wat Phrong Akat

Au détour de nos flâneries, nous tombons sur une extraordinaire coupole dorée, digne d’un souverain. Le Wat Phrong Akat est un immense monastère bouddhiste, construit sur des terres données par les agriculteurs du coin, dont la plaquette du temple indique qu’ils sont très pieux. (Difficile de dire l’inverse en même temps.) En plus d’être pieuse, la région est objectivement très opulente, aux vues de la densité et de la richesse de ses bâtiments religieux. (J’ai déjà évoqué le Wat Saman Rattanaram, et je vous parlerai bientôt du Wat Pak Nam, doré de bas en haut, ainsi que du Wat Pho Bang Kla et de ses chauves-souris.)

Wat Phrong Akat

L’entrée du temple est gardée par les traditionnels Yaksha, des esprits bienveillants mais surtout très très grands et toujours magnifiquement décorés. Ils surveillent les portes des temples en empêchant les démons de s’introduire. A l’intérieur du monastère, la vie est paisible. Durant notre visite le moine de la photo a longuement joue aux cartes avec une adorable petite fille qui riait aux éclats.

Des Yaksha gardent l'entree du temple

Egalement a l’entrée, huit grosses boules sacrées (des sima), taillées dans du rocher. Il s’agit des pierres fondatrices du temple, qui sont la plupart du temps situées aux points cardinaux du bâtiment. En réalité, il y a neuf boules en tout, mais la dernière est enterrée sous le bôt, le bâtiment le plus saint du complexe monastique.

Sima - Pierres angulaires sacrees du monastere

Les fidèles se recueillent successivement devant chacune des grosses boules, prient, puis y apposent une petite feuille d’or.

Tout, dans le Wat Phrong Akat, respire la sérénité. Plusieurs chiens errants profitent de la fraîcheur du marbre pour se reposer. C’est une évidence: aucun bouddhiste ne les en chasserait. Au contraire, ils sont certainement nourris régulièrement par les moines et les pèlerins.

Paisible Monastere de Wat Phrong Akat

Un peu plus loin, l’on se recueille devant les effigies d’abbés et de moines majeurs, que l’on recouvre également de feuille d’or. Les opérations sont tres ritualisées, mais nous ne sommes capables de toutes les interpréter. Par exemple, je ne sais pas ce qui détermine un croyant à aller prier auprès de tel bouddha ou de tel moine, alors que le choix des représentations est extrêmement vaste.

Abbes de Wat Phrong Akat

Petit-Un a souhaité, à ce moment-là, faire une offrande à un bouddha. Un moine est intervenu et l’a gentiment redirigé vers une autre urne. Nous n’avons pas compris pourquoi. Il m’a semblé que la nouvelle « destination » de nos pièces était le pot commun des moines, celui avec lequel ils achètent des biens terrestres. Nous ne saurons pas si le religieux était totalement désintéressé, mais nous lui laisserons le bénéfice du doute.

Des enfants jouent au foot devant le Bot

A l’étage du Wat Phrong Akat de petits garçons du coin se sont rassemblés pour jouer au foot avec une bouteille de plastique. Sous le regard imperturbable des Yaksha. Cette partie du temple n’est pas encore terminée. Il reste du carrelage à poser. Dans une partie du bôt, les Bouddhas sont même encore sous plastique. Toujours d’après la plaquette, le bouddha principal viendrait d’Inde. (Mais je ne suis pas sûre d’avoir photographié le bon.)

Interieur du Bot

Au pied du monastère, nous nous arrêtons pour nourrir des vaches, moyennant offrande. Nous les pensons sacrées, mais sans certitude. Il y a même un veau, déjà grandet. Savez-vous que nombreux sont les bouddhistes de Thaïlande à refuser de manger du bœuf, pour raisons religieuses? C’est là que l’on réalise toute la proximité d’avec l’Hindouisme…

Vaches surement sacrees de Wat Phrong Akat

L’Hindouisme est d’ailleurs bien présent sur les lieux, en la personne de Ganesh, que l’on devine, énorme et rose, derrière les trois « Tout-Terrain » qui nourrissent des poissons, sûrement sacrés eux aussi. Par bonheur, et un peu grâce à l’arbre, personne n’a terminé dans l’eau cette fois-ci. (Notre dernière rencontre avec des poissons a été très aquatique pour certains. Il faudra que je vous raconte ça…)

Poissons surement sacres de Wat Phrong Akat

A droite de Ganesh, sa toute petite monture, le rat, prête l’oreille aux suppliques des fidèles, et passe le message. Car on ne s’adresse jamais directement au dieu: on l’invoque seulement via son rat. Si besoin, des moines bouddhistes sont également présents pour diffuser les prières.

Ganesh

Au pied de Ganesh, des rangées de tous petits mignons rats tiennent lieu d’offrandes.

Rats de Ganesh

Nous terminons la visite par l’achat de glaces à la noix de coco pour toute la famille. Mes kilos superflus et moi-même vous recommandons chaudement ces glaces à la noix de coco « maison ». Elles ne coûtent rien (25 centimes d’euros), sont 100% naturelles, et ont un gout à se pâmer. La vendeuse était ravie de faire affaire avec nous et de montrer à ses voisins de stand qu’elle « avait des étrangers ».

De mon côté, pour montrer mon appréciation, j’ai voulu lui dire que ses glaces étaient délicieuses. Hélas mon vocabulaire s’est fait la malle, à cet instant précis. « C’est délicieux, c’est délicieux… » Impossible de remettre la main dessus! Mon cerveau ne me hurlait « faire un bisou » en thaï, mais rien d’autre. J’ai bloqué. La vendeuse a fixé mon visage crispé d’un air inquiet. Dépitée et frustrée, j’ai finalement pris la fuite en marmottant « very good » avec la tête la plus souriante que j’ai pu.

Campagne de Chachoengsao

Pour le plaisir, une dernière photo de la magnifique campagne de la province de Chachoengsao.

 

 

Wat Phrong Akat – Informations pratiques:

  • Coordonnées GPS: 13.796273, 101.056300
  • Ouvert de 10h a 18h
  • Entrée libre
  • Pensez à retirer vos chaussures en entrant dans les lieux sacres. (Du coup, visiter un temple en tongs est toujours beaucoup plus pratique que si on porte des bottines boutonnées jusqu’à mi-cuisses.)

 

Le câlin

Cette anecdote rigolote de l’International Day m’est revenue pendant le week-end. Il y avait beaucoup de parents à l’école ce jour-là. Du coup, et plus encore que d’habitude, les cultures se sont entrechoquées gaiement, dans la confusion et la bonne humeur. En l’espèce, la culture française s’est même particulièrement fait remarquer, à travers mon humble personne.

C’était l’heure du buffet international. J’étais très en retard à cause de Miss-Trois. Une sombre histoire d’odeur suspecte et de changement de couche à la dernière minute. Pour couronner le tout, j’avais dû abandonner ma voiture à huit cent mètres de l’école, tant le parking était pris d’assaut par les visiteurs. J’avais ensuite trimballé comme j’avais pu, sous un soleil le plomb, mes deux énormes plateaux de crêpes, Miss-Trois en porte-bébé, l’appareil photo, le nécessaire de change, la nourriture pour princesse et tout le reste.

Je suis arrivée à la cafétéria à demi-suffoquée, rouge comme une betterave, soufflant comme une baudruche à l’agonie, en nage. J’ai rassemblé ma dignité et filé m’installer au tronçon français du buffet. Par chance, il restait une place libre sous la clim’.

 

Le calin

En vrai, nous étions moins presentable à notre arrivée sur place

 

A peine avais-je séché un peu qu’on surgi trois Mamans Américaines. Nos enfants sont dans la même classe et nous nous voyons souvent. Réservée de nature, je leur dis généralement bonjour de loin. Trop tard nous étions déjà nez à nez! Alors elles m’ont huggée.

Le hug est le salut à l’américaine. C’est très simple à réaliser: l’opération consiste bêtement à se serrer dans les bras l’un de l’autre. Comme un câlin, quoi. Mais c’est un sport que je pratique très rarement.

Du coup je me suis loupée sur la première. Je lui ai balancé par distraction une sorte de bisou entre le cou et l’oreille. Rho zut! J’avais oublié. Pas de bisous pour les Américains. Je me suis vite ressaisie et ai câliné consciencieusement les deux autres, du mieux que je le pouvais.

A la réflexion, elles ont dû me trouver affectueuse. Très affectueuse. A posteriori, j’ai même eu un peu honte en les voyant hugger les suivantes. Une observation poussée m’a clairement révélé qu’un hug dans les règles de l’art n’a rien d’un câlin. On pourrait plutôt décrire ça comme une sorte d’accolade symbolique. Bref, ces pauvres Mamans ont du être un tantinet surprises par mes cajoleries dégoulinantes. Elles sont restées fort urbaines, cela dit, et n’ont rien laissé paraître. (A la réflexion, c’est peut être pire, non?)

Le point positif dans tout ça, c’est que personne ne devrait se risquer à nouveau à vouloir me faire des câlins.

 

International Day à l’école

Nous avons vécu quelques jours très patriotiques cette semaine: c’était International Day à l’école des garçons. La préparation de cette journée est assez chronophage. Elle est donc tout adaptée aux Mamans qui ne travaillent pas. (Pour ceux qui n’ont pas suivi, je n’ai pas retrouvé de travail depuis mon congé maternité et la fin de mon précédent contrat. Et ça me met drôlement en boule.)

Les choses ont commencé à remuer il y a un bon mois quand Petit-Un est rentré à la maison en chantant: « O Canada« . A peu près à la même période, Petit-Deux s’est piqué de me détailler quotidiennement les nationalités des enfants de sa classe et les drapeaux correspondants. On a vu que ça commençait à travailler…

Decoration traditionnelle Thai

Cette décoration du International Day est faite en légumes taillés. Il s’agit d’un art typique de Thaïlande. C’est magnifique… et surprenant quand on s’approche, parce que ca sent vraiment le légume!

 

Sous les drapeaux…

Très vite d’ailleurs, on a glissé dans la période « drapeaux ». Des drapeaux tricolores ont fleuri un peu partout dans la maison. Ainsi que des drapeaux du Japon. Pas par préférence nationale, je crois, mais parce que techniquement, le Japon est plus facile à dessiner que les Etats-Unis ou l’Australie.

« Maman, il est où le feutre blanc? » Bah ta feuille est blanche. C’est très bien comme ca. Pas besoin de colorier. « Nooooon! La maitresse a dit que le drapeau était bleu, blanc et rouge! » Petit-Un, plein de ressources, m’a apporté du blanc correcteur. J’ai maudit le destin d’avoir mis du blanc sur notre drapeau. La monarchie aussi. Mais j’ai tenu bon, et on n’a pas repeint en blanc les feuilles blanches.

Defile des Coreens en costume

Du coup on a eu un incident diplomatique et Petit-Deux a mis un terme à notre collaboration artistique internationale. Il est revenu une heure plus tard: « Il est où le bleu français? » Le quoi? Il a bien noté que dans les feutres, on avait du bleu clair et du bleu français. C’est celui qu’on utilise pour les drapeaux. Et ceux qui appellent ça du bleu foncé ne sont que des mauvaises langues.

« J’ai besoin d’un bâton pour mon drapeau. » Forte de mon expérience de l’année dernière où le défilé patriote s’était transformé en une bataille rangée à coup de hampes, j’ai fixé les bannières sur les frites de piscine. Ca s’est naturellement terminé en combat d’escrime devant la cafetière. J’ai un peu flippé. Le café est ma raison d’être en ces temps de disette de sommeil. Alors j’ai envoyé les combattants dans le jardin. Ca a immédiatement attiré les petites voisines japonaises et américaines qui se sont jetées dans la mêlée. Tout à fait dans l’esprit d’un International Day.

 

Se déguiser en Français…

Pendant ce temps, les Mamans travaillaient à l’habillement. Car par soucis ethnologique, International Day se célèbre en costumes traditionnels nationaux. Les enfants sont déguisés, mais aussi les parents s’ils le désirent. Je suis joueuse, alors j’en profite tant que les garçons n’ont pas honte de moi.

La plupart des asiatiques ont des habits de cérémonie magnifiques. (Vous pouvez jeter un coup d’œil aux habits traditionnels Thaïs dans le récit du mariage de P’Kung). Nous on a le béret et la baguette. Et le coq. Et l’air fier. Pas pratique pour un costume d’enfant. Petit-Deux a insisté: « Je veux un tee-shirt Français ». On va faire ce qu’on peut. Par chance, j’ai eu l’illumination de la marinière. On a accessoirisé le tout avec les bretelles bleu français du mariage de Tonton Eugène. Il manquait encore un truc. Des ceintures et des foulards rouges, à la façon des ferias. On aurait la couleur du drapeau!

Famille francaise

J’ai ratisse la région en vain. Ni ceinture, ni foulard rouge. Il faut dire que le rouge très marqué politiquement, ici. In extremis, j’ai repensé à notre drap de lit rouge, vestige de notre vie en Chine, où la couleur porte bonheur. J’en ai extrait des ceintures et des foulards pour la famille et nos voisins français. (Heureusement qu’on avait un lit King Size.) Restaient juste quelques petits kilomètres d’ourlets à faire à la main. J’ai horreur des ourlets. Pour accélérer, je me suis dit, on va cramer les fils qui dépassent avec un briquet. C’est là que j’ai réalisé que ca prend drôlement bien feu les draps de lit chinois! J’ai failli y laisser ma touffe. En désespoir de cause j’ai abandonné. Les ourlets, c’est surfait.

 

On a chanté la Marseillaise…

Apres le défilé aux drapeaux et en costumes nationaux, International Day se poursuit par un spectacle multiculturel, proposé par les (Mamans d’) élèves. Les Coréens ont fait une magnifique chorégraphie guerrière avec des drapeaux, qui retraçait l’indépendance de leur pays. Les Japonais ont fait une danse populaire très entraînante, sur une musique de guinguette. (Un pan inconnu et jamais exporté de la culture japonaise!) Les Thaïs ont dansé et chanté en l’honneur du Roi décédé en octobre dernier. De nombreux pays ont entonné leur hymne ou joué des musiques traditionnelles. Les Français ont interprété la Marseillaise. Ca ne semble rien, mais l’apprendre a été un vrai défi pour les garçons!

Mini acteurs coreens

Avant toute chose, Papa-Tout-Terrain –qui est très malin- avait bien motivé les enfants, en leur montrant l’introduction d’un match de rugby. C’est vrai que la Marseillaise reprise par des milliers de personnes dans le Stade de France, ça donne des frissons. On a ensuite passé deux week-ends à écouter et répéter l’hymne dans la voiture. A force, les enfants s’endormaient en le fredonnant. Ils l’ont chanté en balade, dans des grottes, dans des mangroves. Au supermarché, aussi. Là j’étais plutôt contente que personne ne nous comprenne. J’aime bien la Marseillaise mais hors contexte, ça fait très nationaliste, tout de même!

 

… et tout finit par des chansons…

Les garçons ont fini par connaître leur chanson sur le bout des doigts, sans toutefois en saisir la teneur exacte. On a bien expliqué que c’était un chant guerrier. Que beaucoup de pays s’étaient constitués par la guerre et le combat. Mais on est restés vagues. Et ils n’ont (heureusement) pas tout capté. On entend d’ailleurs de leur bouche quelques imprécisions sémantiques révélatrices, comme « l’étendard sanglant » qui devient un « étendard semblant »

Buffet international

Par soucis éducatif, je les ai malgré tout gratifiés d’une longue explication sur les citoyens (« Aux armes citoyens!« ), la citoyenneté, pour conclure en apothéose sur la citoyenneté du monde. Oui, j’ai tendance à m’enflammer, parfois. A la fin, pour vérifier le niveau de compréhension, j’ai demandé ce qu’ils en avaient retenu. « Mmm… » « Allez, faites un effort… C’est quoi un citoyen? » Petit-un s’est dévoué. Laconique, il m’a répondu: « C’est une sorte de tuyau. » Mouais. Y a encore du travail.

Pendant la représentation, les garçons étaient les plus petits chanteurs. Mais aussi les plus motivés. Ils ont séduit les spectateurs par leur ardeur et leur enthousiasme, et parce qu’ils sont si mignons, en toute objectivité, bien sûr! Ils ont été ravis de montrer leurs talents à leurs copains. Les adolescents du groupe un peu moins, je ne vois pas pourquoi…

 

Préparatifs culinaires

International Day se termine sur un immense buffet préparé par les Mamans. Le ventre est la clé de l’entente entre les peuples.

Quatre poupees

Cette année, j’étais partie sur des crêpes en bouchées. La crêpe a toujours beaucoup de succès. J’ai préparé la pâte pour une petite centaine de crêpes. Et juste pour le plaisir du défi, je me suis brulée quatre doigts à l’huile bouillante comme une cruche, pile poil avant de les faire sauter. Je suis d’une adresse remarquable. J’ai fini à l’hôpital, qui m’a traitée rapidement et relâchée avec quatre énormes poupées à la place de la main. Entre l’aspect pratique, l’esthétique et la douleur, je me suis drôlement amusée en cuisine, tout l’après-midi! Heureusement que je peux compter sur Papa-Tout-Terrain. Rentré tard et fatigué d’une longue journée de travail, il n’a pas hésité à mettre la main à la pate pour fourrer, rouler et couper avec moi jusqu’au milieu de la nuit.

 

A table!

Le lendemain, j’ai tenu le tronçon français du buffet avec d’autres Mamans et Miss-Trois qui était venue pour décorer. On était à côté de la Turquie, qui avait du super bon café et des pâtisseries à tomber! En face, les Philippines proposaient des gâteaux extraordinaires. La Chine, Taiwan et Hong Kong qui s’étaient regroupés pour l’occasion m’ont approvisionnée en délicieux raviolis vapeur. Puis les Mamans Thaïs ont apporté de la glace, du riz gluant à la mangue et des brochettes de porc. C’est l’avantage d’avoir un bébé mignon avec soi: ca attire le chaland!

Notre buffet francais

Je suis aussi passée au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, en Corée, au Vietnam, en Inde, en Australie, au Danemark, en Indonésie, et j’en oublie sûrement. J’ai goûté tout ce que j’ai pu dans le désordre. Ca a été un grand moment gustatif. J’ai à peine vu les enfants. Ils étaient avec leurs copains et ne me connaissaient visiblement plus. De toute façon, j’étais bien trop occupée à manger.