Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

Vendredi Soir

Tous les parents du monde le savent, le vendredi soir est un moment tendu. Il y a la fatigue accumulée de la semaine, chez les petits et chez les grands. Et puis, c’est toujours le jour où on a un peu trop tardé à mettre en route le repas du soir. Le jour où Papa rentrera tard du travail, à cause du pic d’embouteillages hebdomadaire. Le jour où le bébé n’a pas assez fait la sieste, comme de par hasard…

Le vendredi soir, c’est aussi le soir où les enfants savent qu’ils vont pouvoir en profiter un peu plus. Le soir où « pas d’écran » se transforme en « dix minutes seulement ». Le soir où l’on cuisine plus souvent du pain frais, des pizzas et parfois un gâteau. Peut-être proposera-t-on même des noix de cajou en apéro, pour traîner avant de passer à table. Ou alors, peut-être les petits pourront-ils manger devant « Le Livre de la Jungle » à la télé, pour laisser (enfin) les grands discuter tranquillement. En bref, comme le résume assez bien Petit-Un d’une expression qu’il adore, le vendredi c’est souvent « la fête du slip »!

Nous voilà donc vendredi soir …

Vendredi soir

Evidemment, il s’agissait d’un appel super important, avec une souris super importante. Et qui ne pouvait pas souffrir le moindre délai. Mais qu’est-ce qu’elles ont, les souris super importantes, à toujours appeler le vendredi soir à 18h53? Je suis sûre qu’elles n’ont pas d’enfants, elles!

Naturellement, j’ai commencé par sérieusement gourmander les garçons. Il s’est avéré qu’en toute bonne foi, ils n’avaient pas compris que si MON téléphone sonnait sur LEUR temps de jeu, c’est à MOI que revenait la priorité. C’est vrai que c’est tordu, comme logique.

Toutes choses mises au point, il fallait malheureusement vraiment que je la rappelle, cette souris super importante. Heureusement, dans ces cas-là, on fait jouer la solidarité familiale…

Vendredi soir

Oui, je le confesse, j’ai fait pleurer Miss-Trois pour justifier mes appels manqués. Et, du même coup, écourter le coup de fil qui s’est ensuivi. (On était vendredi soir, je vous le rappelle.)

Papa-Tout-Terrain a mis un petit moment à comprendre mon dessin. Jamais il n’a fait pleurer un enfant pour abréger une situation inconfortable. Du coup, est-ce que je dois culpabiliser? Ou est-ce qu’à vous aussi, ça vous est déjà arrivé?

 

La course de buffles d’eau (Chonburi, Thaïlande)

D’après l’affiche, c’était le plus gros événement mondial de ce type: une course de buffles d’eau. On avait rigolé, vu qu’il ne devait pas y avoir des masses de courses de buffle d’eau dans le monde. Mais quand j’ai vu des buffles et encore des buffles, et des buffles à perte de vue, j’ai arrêté de ricaner bêtement. C’était un spectacle à couper le souffle. Grandiose. Unique. Une petite porte sur les traditions et les récréations de la Thaïlande rurale.

 

Un événement attendu

Ca faisait plus d’un an qu’on attendait ces courses de buffles. Hélas l’année dernière, la Thaïlande avait perdu son Roi, quelques jours avant l’événement. Et paf tout avait été annulé. Du coup on a dû attendre l’édition suivante.

Buffles d'eau - Chonburi _1

Au jour dit, nous sommes arrivés tôt. (Surtout parce que les enfants s’étaient levés aux aurores.) Et là, il n’y avait rien. Enfin si, il y avait une fête foraine à l’arrêt, mais pas la queue d’un buffle. Pourtant, dans la grosse ville de Chonburi, il y avait des affiches partout pour annoncer l’événement. On a ratissé les rues attenantes. Sans succès. Mais on a trouvé une affiche en anglais. (Une affiche en anglais c’était un peu comme un buffle a cinq pattes.) Si la foire avait bien commencé, la course n’aurait en fait lieu que quatre jours plus tard. Nouveau rendez-vous fut donc pris. Mais sans Papa-Tout-Terrain qui a le mauvais goût de travailler en semaine.

 

Foire populaire aux attractions oubliées

En fait, on est tout de même revenus le soir, rapport à la fête foraine que les enfants avaient bien repérée. Ils étaient ravis, d’ailleurs, il y avait des auto-tamponneuses. Ils en ont fait cinq tours. Elle avait un petit gout d’antan, cette foire, avec des attractions que j’imaginais appartenir au passé.

Regardez plutôt cet homme à moto, dans une espèce de tonneau géant, qui roule sur les murs à une hauteur vertigineuse! La structure métallique tremble à chacun de ses passages. Ca sent l’essence et ça fait un bruit du tonnerre. Petit-Un et Petit-Deux jubilent et trépignent de joie. Je m’agrippe à Miss-Trois. Ca m’apaise. Enfin façon de parler. Le mec conduit sans les mains, maintenant, et mon cœur s’arrête de battre. Tout est fini. Il est redescendu sans dégât et reprend paisiblement son Tom Yum. Petit-Un me dit que c’était dangereux, quand même. Il ne faut pas faire ça. J’en rajoute une couche: je suis sûre que la Maman de ce monsieur doit avoir très peur. Et, faire peur à sa Maman, c’est très mal.

Attraction moto a la foire de Chonburi

Dans le stand d’à côté, des dames sont installées en équilibre sur des planches de bois. Pour quelques sous, les curieux se bousculent et tentent de les envoyer à l’eau. D’une balle, les plus habiles déclenchent facilement le mécanisme. Le siège se dérobe. En un cri, l’élégante plonge dans un baquet saumâtre.

 

Tournoi de boxe thaïlandaise

Un peu plus loin, un ring et une compétition de boxe thaïlandaise. Le combat démarre avec une sorte de prière rituelle des combattants, sur fond de musique traditionnelle. Les spectateurs se lèvent. Premier round. Les coups pleuvent immédiatement, intenses. Petits et grands se pressent tout autour du ring, encouragent, commentent et s’enthousiasment. Le combat est violent, bien sûr. Le petit est particulièrement hargneux. Et le grand à l’air un peu mou est déjà pas mal groggy.

Boxe Thailandaise - Chonburi

Entre les rounds, un homme en costume agite ses doigts en direction de la foule. C’est un broker qui prend les paris. Ce sont sans doute les derniers combats de Muay-thaï avant un mois, car tout octobre sera deuil national pour la Thaïlande. (Le Roi est mort il y a un an. Sa crémation est organisée pour dans quelques semaines.) Par décret, les paris ont été interdits pour tout le mois. Or, pas de Muay-thaï sans paris.

Il est déjà l’heure de partir. Les enfants ont repéré une sorte de grand huit qu’ils veulent à tout prix essayer. Comprenez, il y a Spiderman, juché tout en haut! Ce ne sera pas pour cette fois ci: il faut avoir au moins sept ans. Sur le chemin du retour, Petit-Deux vérifie: « Et à huit ans, on a le droit aussi? Et à neuf ans? Et à dix ans? (…) Et à cent ans? »

 

Des buffles à perte de vue

Nous voilà enfin au jour de la course de buffles. Par chance, on est mercredi, et les enfants finissent l’école à midi. J’emmènerai donc les garçons, laissant Miss-Trois aux bons soins de la nounou. J’essaie une dernière fois de convaincre Papa-Tout-Terrain de venir mais il préfère travailler.

La place principale de Chonburi est couverte de stalles, de foin, et d’excréments. Et de plus de buffles que je n’en n’ai jamais vus de ma vie. Curieusement, il y a très peu de barrières. En revanche, presque chaque animal a son propre pâtre.

Buffles d'eau - Chonburi _2

On ressent une forme de complicité tacite et calme entre les hommes et leurs buffles. Une simple cordelette retient les naseaux du bovin. Il n’est pas rare de voir le maître entourer de ses bras le museau de la bête, comme en une accolade entre amis. Ceux qui n’ont rien à faire arrosent et rafraîchissent leur animal à grands seaux d’eau. Ils lustrent leurs robes ou ébouriffent les poils de leurs têtes.

Malgré l’agitation ambiante, les buffles restent impavides. Des enfants jouent tout autour et les escaladent parfois. Les animaux sont très peu restreints. Je ne retrouve pas chez eux les signes de nervosité des vaches françaises, qui tapent du sabot sur le sol ou remuent vivement la tête.

Buffles d'eau - Chonburi _3

Certaines bêtes sont particulièrement énormes. Elles ont dû concourir pour leur beauté, leur prestance ou la qualité de leur musculature.

On a loupé les festivités du matin et le défilé. Les charrettes décorées de fleurs aux mille couleurs sont déjà rechargées sur de gros camions, prêtes à rentrer au bercail. Restent quelques buffles richement parés. Sur leurs houssures, des blasons à la gloire du Roi défunt.

Buffles d'eau - Chonburi _5

 

La longue préparation d’une course de buffles d’eau

Guidés par la clameur, nous trouvons rapidement le champ de course. A peine sommes nous installés sur les gradins qu’un piétinement de sabots nous dépasse a tout allure. Le galop enragé de ces bêtes puissantes est à couper le souffle.

Course de buffles d'eau - Chonburi _1

(A cette seconde précise, Petit-Deux décide qu’il a vu assez de buffles et qu’il veut rentrer à la maison. En plus de m’enivrer de ces images grandioses, j’ai donc passé le reste de l’après-midi à lui demander de se tenir tranquille, d’attendre, d’arrêter de me rebattre les oreilles de ses jérémiades, de se taire, de s’assoir et qu’on en finisse. Bref, j’ai des enfants pas toujours coopératifs, comme tout un chacun. Et ce n’est pas le souvenir que je veux garder de cette course de buffles d’eau.)

La course suivante se prépare. On mène les buffles sur la ligne de départ. Ca prend du temps d’aligner cinq buffles. Il y en a toujours un qui a l’air trop en avant ou trop en arrière. Il faut le faire se remettre correctement. Et visiblement, ces bêtes ne savant pas reculer: ils refont le tour à chaque fois.

Course de buffles d'eau - Chonburi _2

Au bout de trois plombes, les cavaliers s’installent sur les croupes. Certains sont tous jeunes. Presque des enfants. D’autres au contraire sont plus âgés et grisonnants. Les cinq concurrents sont prêts au départ. Mais entre les clameurs de la foule, l’excitation de son maître, la badine, et les curieux qui se pressent, les bovins sont nerveux. Un buffle est parti tout seul. Le cavalier a sauté à terre et l’homme à la longe tente de le remettre dans les rangs.

Une barrière s’est déchaussée du sol. Quelques volontaires viennent piétiner la terre pour la replanter solidement. On a remis le buffle à sa place. Mais un autre s’est cabré.

 

La course de buffles d’eau

L’attente est longue entre les courses. Souvent une dizaine de minutes, car la logistique des buffles est lourde.

C’est parti: chacun s’élance! Les cavaliers sont installés très à l’arrière, sur leur monture. Ils ne la dirigent pas vraiment, d’ailleurs. Ils n’ont qu’une cordelette pour s’accrocher, mais rien pour piloter. Un buffle traverse la piste de droite à gauche, tandis que les autres semblent plus directement converger vers la ligne d’arrivée. Les cavaliers s’accrochent mais ça secoue ferme. Les chutes sont fréquentes.

Les concurrents franchissent la ligne d’arrivée au milieu des hourras de la foule. Les badauds sont jusque sur la piste. En face, les cavaliers n’ont rien pour arrêter leur monture. Ils se contentent de sauter à pleine vitesse, laissant filer leur bête.

Course de buffles d'eau - Chonburi _3

Le buffle s’apaise très vite. Il voit ses copains buffles un peu plus loin et s’arrête tout seul. Des quidams les récupèrent ensuite ici ou là. Qu’elle est curieuse de désorganisation, cette arrivée. Il y a des tas de gens dans tous les sens, qui observent, prennent des photos, jugent, récupèrent les buffles, vendent de la nourriture. Un buffle de mauvais poil pourrait faire un carnage en chargeant. Ces animaux sont vraiment paisibles.

 

Petite fenêtre sur la Thaïlande des campagnes…

Et puis nous sommes rentrés à la maison. Un peu trop tôt à mon goût. J’aurais pu rester jusqu’au soir à me perdre dans le regard des bovins et les bruits de sabots. En route vers la voiture, nous tombons sur une compétition de montée de bambou. C’est très traditionnel également. Mais je n’aurais jamais cru que c’était si difficile. Ca a l’air de glisser comme pas possible. Pour essayer d’adhérer un peu, les concurrents jettent du sable sur le piquet, à mesure qu’ils montent et qu’ils glissent. Ceux de la photo sont montés à deux mètres à tout casser, et semblaient vraiment au bout de leur vie. Si l’on en croit les petits drapeaux plantés sur le mat, cependant, d’autres ont dû aller bien plus haut.

Escalade de bambou - foire de Chonburi

Je suis rentrée enthousiasmée. J’ai passé la soirée à en causer à qui voulait l’entendre. Et Petit-Deux aussi, paradoxalement. Nous avons été très étonnés, en revanche, de réaliser qu’aucun Thaï de nos amis ou de nos connaissances n’a jamais assisté à l’événement. Nous soupçonnons que l’activité ait une réputation trop fruste…

Aucun? Pas tout à fait, d’ailleurs. Une petite collègue de l’équipe de Papa-Tout-Terrain aurait, pour sa part, participé à des courses de buffles, dans son jeune temps! Cette jeune femme est originaire d’Issan, cette région rurale que nous aimons particulièrement. Là-bas, a-t-elle expliqué, il n’est pas rare que les jeunes gens se distraient de ce type d’épreuves, avec leurs buffles, entre villages ou entre amis.

Buffles d'eau - Chonburi _4

L’accroc

C’est la saison humide.

Il pleut tout le temps. (Je l’ai déjà évoqué l’année dernière. Je ne recommence pas: je ne vais pas me plaindre tous les ans.)

Bref, impossible de faire sécher la lessive. Tout sent le renfermé. Je n’ai plus un habit propre. Enfin si, il me reste un short avec un accroc au niveau de la fesse droite, stigmate d’un clou mal enfoncé dans notre parquet capricieux. Celui-là, il m’a déjà coûté trois fonds de culotte!

Petit-Deux n’est guère mieux loti. En plus de la saison des pluies, il n’arrête pas de grandir. C’est très contrariant pour sa garde robe: elle refuse de le suivre.

accroc

J’ai raclé les fonds de tiroir de son ainé, et je lui ai finalement trouvé un truc. J’ai dû déployer des trésors d’éloquence, parce que porter des fringues de son frère c’est nul et ça pue. Pire, il y avait un trou à la fesse droite. Vives protestations. Petit-Deux est tatillon. Il déteste porter des vêtements abîmés. Idée de génie, je lui montre mon propre accroc. Direct, ça change la donne! On est copains de trous! On se fait des clins d’œil, on se les regarde et on se les compare. Quelle complicité!

Là-dessus arrive Madame Ito, ma voisine japonaise parfaite.

(Je vous en ai parlé ici, et j’ai également évoqué Monsieur Ito là). En plus d’être vraiment très gentille, Madame Ito est toujours bien habillée et bien coiffée. C’est naturel chez elle. Quand elle marche, on dirait qu’elle flotte dans l’air. Quand elle parle on dirait qu’elle chante. Elle ne transpire pas à grosses gouttes quand il fait chaud. Et ne halète pas comme un phoque par temps de canicule, quand elle court après ses enfants. D’ailleurs, même ses enfants sont parfaits, policés, organisés, bien habillés et bien coiffés. Sans tâches de sauce tomate ou de Nutella. Sans miettes de gâteau dans les cheveux.

Les garçons et moi aimons beaucoup la famille Ito. Nous nous réjouissions depuis plusieurs jours de l’activité « pâte à sel », justement prévue pour l’après-midi. En prévision, depuis le matin, j’avais rangé, poli, briqué la maison. J’étais plutôt contente du résultat. Jusqu’à ce que je réalise qu’on avait une semaine de boîtes de pot de yaourts vides, en évidence sur l’étagère, rapport à un projet de science en cours. Qu’il faisait cinquante degrés parce que j’avais oublié de remettre la clim après avoir découpé des confettis de papier vitrail. Papier vitrail dont il restait d’ailleurs des petits bouts dans le coin à côté de l’armoire. J’avais mal regardé. Les coins, c’est traître.

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De toute façon, c’était trop tard.

La famille Ito était là. J’ai discrètement récupéré les ciseaux avec lesquels Miss-Trois était en train de jouer. Quand il n’y a pas de témoins, je la laisse faire: ça l’occupe bien et elle ne se coupe pas trop. Mais du coup, ça l’a frustrée. Elle est partie déterrer un goûter vieux de quelques jours dans les plis du canapé. Crotte. J’avais mal regardé. Le canapé, c’est traître. D’un air dégagé, j’ai fait disparaître le pain mâchonné. Je suis une maîtresse de maison en carton. Et pourtant je m’étais appliquée.

On est passés à notre activité bricolage. Mon point fort. J’avais bien anticipé. Géré les proportions, les coloris et les mélanges. La pâte à sel, je maîtrise drôlement bien! Madame Ito a eu l’air très positivement impressionnée! Tout rentrait dans l’ordre. Du coup, profitant d’un instant de relâche, Petit-Deux, qui aime vraiment beaucoup Madame Ito, s’est mis à tailler la bavette…

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