Un deuxième anniversaire en Chine

Miss-Trois a eu deux ans. On avait fêté plein d’anniversaires depuis l’année dernière, mais jamais le sien. Du coup, maintenant que ça tombait sur elle, elle n’y croyait plus. Au moment des souhaits rituels du lever, elle nous a fixés d’un air décontenancé. A hésité puis montré son père du doigt: « Non! Papa, anniversaire! ». Même le coup des cadeaux ne l’a pas fait fléchir. Elle a un peu douté avant d’affirmer finalement: « Non! Tchoupi, cadeaux! »

Miss-Trois a cependant consenti à m’accompagner pour acheter le gâteau à la pâtisserie. Elle l’avait repéré depuis mai dernier. Malgré les deux mois et demi écoulés, elle l’a reconnu tout de suite et choisi immédiatement, sans un cillement d’hésitation. J’ai bien essayé de proposer d’autre modèles, mais il n’y a pas eu à discuter, c’était l’élu.

Cette petite personne a déjà des idées bien arrêtées.

Plus tard dans la journée, je lui ai demandé ce qu’elle voulait manger pour son repas d’anniversaire. « Des pâtes! » et sans ambigüité. Moi qui suis plutôt du genre à faire « un velouté de grue sauvage marinée au ginseng avec son déchiqueté de légumes bios du jardin céleste », j’étais un peu déçue. (L’ingrate!) Mais vu que je l’avais laissée choisir, j’ai dû me montrer beau joueur.

Et puis ça tombait plutôt bien, rapport à la coutume chinoise. Au jour de son anniversaire, il faut manger des nouilles longues, qui évoquent la longévité. C’est super important en particulier pour les gens déjà âgés, mais en s’y prenant tôt, ça ne fait pas de mal. Coup de bol, j’avais des tagliatelles. Je me cantonne d’habitude aux bêtes macaronis et aux coquillettes, mais Petit-Un avait drôlement insiste, l’autre jour, en les voyant. Parce que c’était des pâtes comme chez Mamie et Papi et que les pâtes chez Mamie et Papi sont bien meilleures. (L’ingrat, bis repetita!)

Pour la longevite

Et puis pour bien faire les choses en matière de longévité, on a rajoute quelques pêches sur la table. Deux précautions valent mieux qu’une. Les pêches sont l’attribut symbolique de Shou Xing, divinité taoïste de la longévité. Vous voyez peut-être qui c’est. Il est toujours représenté sous la forme d’un antique vieillard à l’aspect plutôt rigolard, au front extraordinairement bombé, et à la barbe blanche qui lui tombe jusqu’aux pieds. La pêche qu’il tient invariablement à la main est devenue à elle seule un symbole de longévité. Hors saison, l’on se procurera des mantou –les petits pains traditionnels à la vapeur- déguisés en pêche. L’accessoire est indispensable, plus encore pour ceux qui ont déjà atteint un âge vénérable.

Pour la longevite

La jeune héroïne a été bien fêtée et bien gâtée.

Elle a aimé son gâteau et adoré ses cadeaux. Elle aborde avec confiance et jovialité cette nouvelle année, à un tout petit détail près…

T'as quel age...

Promenade dans le parc du temple de Wuxiang (Lishui)

Dans les vergers de Lishui

Avoir survécu à une longue semaine post décalage horaire et se déclarer vaincu le samedi, c’est tricher. On a donc rassemblé les fragments épars de notre courage pour se définir une destination dominicale. Et le sort tomba sur Lishui (溧水).

Lishui, c’est un district du sud-est de Nanjing, riche de vergers et de champs luxuriants. Fin juin, nous en avions rapporté de pleins paniers de pêches goûteuses, sitôt transformées en une confiture absolument divine. Quand le temps est clément, l’on peut même cueillir soi-même ses fruits, pour le plus grand plaisir de Petit-Un.

Pas très au fait des fruits de saison pour nous région, nous apprenons sur le tas que nous sommes en plein dans les poires, le raisin et le kiwi. C’est l’occasion de découvrir l’arbre à kiwi, une espèce de plante grimpante, qui semble se plaire dans les hauteurs des portiques. Et puisque c’est ainsi allons-y! Nous nous essayerons à ces confitures inédites pendant le week-end, au grand ravissement de Petit-Deux, qui, les yeux pleins d’étoiles, nous avouera ne jamais avoir vu autant de sucre de sa vie.

Vergers de Lishui - plantations de kiwis

Le bol d’air est le bienvenu.

Revigorant presque, malgre les températures encore fort estivales. (Soient 35 degrés et 70% d’humidité dans notre région… cela ne nous change guère de la Thaïlande.) Emoustillés par ces retrouvailles avec la nature, nous poursuivons notre promenade en une errance sans but, au milieu des plantations de thé régulières et vallonnée, et des rizières aux verts tendres. De ci de là dans les plantations, des files de petits vieux cassés en deux, à planter, désherber ou récolter. Ils travaillent aux champs à la journée pour 150 yuans (20 euros), arrondissant ainsi leurs maigres retraites.

Rizieres dans le district de Lishui

Nos roues nous conduisent finalement à l’étang du ciel (天池), bordé d’un sentier propret et verdoyant. Petit-Deux et Miss-Trois maugréent d’être réveillé et pire encore, d’être forcés à marcher. Je compatis poliment avec leur fatigue, tout en me félicitant intérieurement de les épuiser. Peut-être pourrons-nous enfin passer une meilleure nuit?

Le parc de Wuxiang

Les protestions sont bien vite oubliées à mesure que l’on découvre des petits ponts, des passages à gué, de petits chûtes d’eau et de grosses pierres à escalader. Miss-Trois semble avoir hérité du même ascendant « chamois » que ses deux frères. Elle aime les sentiers escarpés et nous étonne par sa hardiesse et sa détermination. Une famille locale, croisée au hasard, nous en fait compliment. Il est vrai que les petits enfants chinois du même âge sont souvent bien plus couvés, et ne se verraient jamais permettre de telles galipettes.

Vieux temple de Wuxiang -1

Mais ce n’est pas tout. La dame continue de fixer la jeune tigresse d’un air interrogateur. « C’est vous qui la frisez? » Les boucles de Miss-Trois sont une source régulière de perplexité. Je ris intérieurement à l’idée des heures qu’il me faudrait pour maîtriser et permanenter notre sauvageonne.

Le vieux temple de Wuxiang

Nous atteignons enfin notre destination finale, aux allures de bout du monde. Niché dans les feuillages, le vieux temple de Wuxiang (无想老寺) se laisse peu à peu découvrir. Il s’agit d’un édifice massif, du jaune safran cher aux bouddhistes, et qui n’a de « vieux » que le nom. Il semble en revanche construit à l’emplacement d’un antique édifice, dont on aperçoit, ça et là, des colonnades et des chapiteaux épars.

Cinq ou six volées d’escaliers plus tard, nous en atteignons le sommet. Par-dessus les feuilles, la forêt, et l’ensemble de la réserve naturelle. Nous atteignons aussi l’extrême limite de notre énergie.

Vieux temple de Wuxiang -2

En ce point culminant, un sanctuaire dédié a Bouddha, sur lequel veille un moine à l’allure vénérable. Il nous prend pour des Russes, comme souvent. Nous rétablissons la vérité. « Ah, la France. La France a de nombreux hommes célèbres. C’est important, pour un pays, les hommes célèbres… » Puis il replonge dans ses rêveries. Je profite de cet instant de flottement pour prendre les enfants sous le bras et partir au loin. Ces démons avaient entrepris de réclamer à cor et à cris des colifichets religieux et comptaient m’avoir à l’usure sonore. Il était grand temps de fuir avant de mourir de honte sur place.

C’était une chouette balade. Une balade simple et rafraîchissante. Une balade de famille épuisée, mais ravie de retrouver sa Chine, ses week-ends et leurs petites rencontres inattendues.

La fête des fantômes

Nous sommes rentrés presqu’à la nuit tombée. Sur le bord de la route, une personne âgée brûlait du papier monnaie dans un cercle de craie dessiné à même le sol. C’est une cérémonie à l’intention des morts. Curieusement, nous avons vu ce rituel répété encore et encore, le long de la route. Ce n’était pas une coïncidence.

Renseignements pris, nous étions au jour des fantômes (Gui Jie – 鬼节), dont nous ignorions jusqu’alors l’existence. Nous connaissions déjà le « jour où l’on balaie les tombes » (Qingming Jie – 清明节), début avril. A cette occasion, l’on doit impérativement retourner dans sa région d’origine, pour honorer ses ancêtres. A l’inverse, le jour des fantômes, au quinzième jour du septième mois lunaire (soit fin août), balaie plus large. La tradition populaire veut qu’à cette date, les disparus reviennent sur terre. Pas besoin de retourner sur la terre de ses ancêtres, en revanche. Il s’agira seulement de faire brûler du papier monnaie pour tout fantôme, connu ou inconnu, qui pourrait passer dans le coin.

Bruler du papier monnaie

 

 

La balade vers le vieux temple du parc de Wuxiang (无想寺景区) en pratique
  • Coordonnées GPS de la balade, au départ de l’étang du ciel: 31.601259, 119.033497
  • Notre balade était facile. La boucle fait environ 1.5 kilomètres, avec un assez fort dénivelé. Nous avons fait l’aller-retour en 1h30 environ, en comptant la découverte du temple.
  • L’entrée dans le parc de Wuxiang est libre. On y trouve plusieurs chemins de randonnée pour se balader.