Le Boeing 747 de Korat

Le Boeing 747 de Korat


Petit-Un est passionné d’aviation. Plus tard, il veut conduire des avions. Ou en construire. Ou en avoir. Bref, le projet n’est pas encore très net, mais les contours sont là!

Le jour, il bâtit des parkings en Kapla pour sa collection d’A380 et de Boeing 777. Pendant les siestes de son frère, lui qui n’aime pas tellement l’écriture remplit des pages entières du mot « avion » (à égalité avec « frites »). Il joue presque quotidiennement à l’aéroport avec Petit-Deux. En bon puriste, il ne transige jamais sur les règles: il faut enregistrer les bagages avant de passer la sécurité! Et le soir, il se perd souvent en rêveries dans L’Imagerie des Avions, et demande régulièrement à relire les amusantes aventures de Violette Mirgue: « Tu comprends, il y a un A380! Ça me fait du plaisir, un A380! »

Aussi, le jour où je suis tombée sur un billet intitulé « Un Boeing 747 dans les Rizières« , sur un chouette blog qui parle de coins inédits de Thaïlande, j’ai tout de suite su que c’était pour nous! Quelques mois plus tard, c’est finalement notre virée a Korat, pour le mariage de ma collègue P’Kung, qui nous a fourni l’occasion de ce petit détour.

 

Le Boeing 747 de Korat en Pratique

  • Coordonnées GPS: 14°52’32.9″N 102°02’34.2″E
  • Prix et ouverture: Pour l’instant, le terrain n’est pas clos et l’entrée est libre.
  • Durée de l’activité: un gros quart d’heure ou une petite demie heure pour un bon coup d’œil en se dégourdissant les jambes
  • Note pour ceux qui préparent un voyage en Thaïlande: Korat et Nakhon Ratchasima sont deux noms différents de la même ville. « Korat » est plutôt utilisé à l’oral, alors que vous trouverez presque toujours « Nakhon Ratchasima » indiqué sur les cartes et documents officiels.

 

Dans un coin paumé…

En faisant mes repérages pour la balade, j’avais eu grand-peine à situer les lieux. Peut-être qu’en lisant le thaï j’aurais eu plus de chance, mais pas le temps d’apprendre le thaï pour trouver un avion. D’un article en anglais, j’avais tout de même réussi à conclure que l’avion se situait dans un rayon de quatre kilomètres, en partant de la Suranaree University of Technology, elle-même localisée au sud-ouest de Korat. L’aire d’un cercle étant égale au produit du nombre pi par la longueur du rayon du cercle au carré, ça nous laissait 50,24 kilomètres carrés à explorer. Le tout entouré de champs de manioc et de rizières. En désespoir de cause, je me suis dit que ça devrait être assez plat pour voir un avion de loin.

Sur la route, nous ne dévoilons rien aux garçons, pour le plaisir de les surprendre… et aussi, parce qu’on n’est pas si sûrs que ça de le trouver, notre Boeing! Grand bien nous en a pris. En arrivant à proximité des lieux… rien! Si des champs. Qui ne sont même pas des rizières –et pour le manioc, on ne sait pas trop à quoi ça ressemble. On tourne un peu. Pas d’indications. Très peu de bâtiments. Nous sommes stoppés par une barrière de sécurité défendue par des gardes. Ils nous font signe que l’accès nous est interdit.

« On pourrait leur demander, pour ce que tu sais… », je dis. (On parle en code rapport à la surprise pour les enfants.) « Bonne idée », s’enthousiasme Papa-Tout-Terrain. « Oui, mais moi je peux pas y aller, j’ai peur et je suis timide et je suis fatiguée et je suis enceinte et j’ai faim aussi… alors tu veux bien leur demander?… S’il te plaît? »

 

… Un avion paumé!

Papa-Tout-Terrain soupire, embarque le téléphone avec la photo de l’avion, et s’en va accomplir son devoir de chef de famille. Derrière le pare-brise, je vois le garde étouffer un rire jovial et appeler son copain. L’autre garde rigole aussi, et avec un troisième, ils font de grands gestes pour indiquer une direction imprécise. Ensuite ils escortent Papa-Tout-Terrain à la voiture pour le plaisir de jeter un coup d’œil à la petite famille assemblée. Ils tentent même une photographie des enfants, à la volée.

Le Boeing 747 de Korat

« C’est par là… »La direction n’est effectivement pas très claire, une traduction du thaï aurait été utile, mais c’est mieux que rien. « Les garçons, aidez-nous et ouvrez grand les yeux: on cherche quelque chose! » De façon étonnante, les enfants se prêtent volontiers au jeu… sans nous demander ce que l’on cherche.

« J’ai besoin de faire pipi! » s’écrit soudain Petit-Un, sans avertissement préalable. Au moins c’est le bon moment: on est en pleine campagne. C’est l’occasion de découvrir qu’il a omis le slip en s’habillant. Il s’explique. « Ben non, ça sert à rien, ça ne se voit pas! » Décidément, ce garçon a beaucoup hérité de son père, et en particulier de son esprit rationnel, direct et pragmatique. (Mais Papa-Tout-Terrain porte des sous-vêtements, hein.)

On repart dans notre quête, en commençant à se dire qu’on ne trouvera jamais, quand tout à coup, une lourde silhouette métallique se dessine sur le ciel. Un avion! Petit-Un est au comble du bonheur! Il veut descendre tout de suite, s’avancer, mieux voir… Des étoiles brillent dans ses yeux. On se gare en vitesse.

 

La découverte

L’avion trône, seul, au milieu d’un terrain nu et pelé. Petit-Un est subjugué. Il ne quitte pas l’avion des yeux et traîne son père par le bras, pour s’approcher plus vite. Petit-Deux, malgré de longues négociations, refuse de mettre un pied dehors. Et ce garçon a la tête dure.

Le Boeing 747 de Korat

Çà et là, des familles locales ont abandonné leurs véhicules au milieu de tas de pneus dont on ne comprend pas vraiment l’objet. Tous se pressent pour admirer de plus près le géant des airs. On s’extasie, on rit, on se prend en photo… Il règne une atmosphère de fête de village sur le terrain vague.

Quelques jeunes gens plus hardis ont approché leur pick-up de l’avion. C’est l’un de ces véhicules comme les aiment les Thaïs, « tuné » au possible et transformé en enceinte géante, qui crache une musique de boîte de nuit. Des haut-parleurs colossaux ont été installés dans le coffre. Ils sont éclairés par des néons stroboscopiques aux couleurs bariolées, qui suivent les rythmes de la musique de sauvage. Souvent, des jeunes filles peu vêtues et aux cuisses effilées dansent sur les capots de ces pickups, sans que cela n’affecte en rien l’ambiance familiale et bon enfant de la réunion. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. On se contentera de la musique.

Le Boeing 747 de Korat

Quelques pas plus loin, un groupe de Mamans entame les préparatifs d’un pique-nique géant, pour un nuage pépiant d’enfants qui les accompagnent. Une natte de bambou est déjà étalée sur le sol. Poulet et riz gluant trônent en bonne place, aux côtés de quelques salades de papaye et de douceurs. Des verres de whisky, d’eau gazeuse et de glaçons sont déjà prêts pour les hommes. C’est la boisson alcoolisée populaire, par excellence. Et ce n’est pas terrible. Les femmes généralement ne boivent pas en public.

 

Une étape plaisante pour qui passe par là

Profitant d’un instant de silence dans brouhaha, l’alarme de notre voiture choisit justement de se mettre à hurler. C’est Petit-Deux, qui vient de décider qu’il devait absolument se dégourdir les jambes « tout de suite », sans même désarmer la sécurité du véhicule. Petit-Trois, mon ventre et moi-même partons en courant en direction du véhicule, sous le regard médusé des mères de famille qui pique-niquent. Elles lancent quelques plaisanteries que je ne comprends pas. Je ne leur en veux pas, je ferais la même chose à leur place!

Nous poursuivons nos découvertes. Au pied du Boeing, un concessionnaire a installé deux énormes motos rutilantes. Quelle formidable exposition! Les badauds se pressent pour être photographiés sur ces monstres de vitesse. Avec un sublime arrière-plan aéronautique, c’est une belle publicité pour le vendeur malin!

Le Boeing 747 de Korat

Un peu plus loin, les enfants restent ébahis, en découvrant les immenses roues de l’avion. C’est la première fois qu’il nous est donné de nous en approcher d’autant! Tout le monde est ravi. Petit-Un râle juste un peu parce qu’il n’y a pas de passerelle, pour atteindre la porte du Boeing… Nous ne pourrons pas pénétrer à bord de l’appareil.

La visite est brève, somme toute, mais mérite le détour, si l’on est dans la région. Grands et petits y ont trouvé leur plaisir. Les enfants se sont réjoui d’avoir vu un avion en vrai, de si près, et ont adoré pouvoir en toucher du doigt la carlingue. Quant à nous, les parents, nous avons été une fois de plus séduits par cette ambiance festive, familiale, populaire, simple et décontractée, de la Thaïlande qu’on aime.

 

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6 réflexions sur « Le Boeing 747 de Korat »

  1. Ah, le boeing 747, toute mon enfance, c’est l’avion qui faisait la liaison Réunion-Métropole.
    Je suis triste qu’air france ai cessé de les faire voler (et le prix du dernier vol était exorbitant).
    Maintenant, comme ton fils, je reporte mon amour des aviosn mythique sur l’A380 que j’espère bien prendre un jour (oui, oui, le jour où je vais à New York, je cale l’horaire en fonction de l’avion)

    1. C’est fou comme les avions peuvent devenir une passion! L’A380 est effectivement très chouette… et rassure toi, tu n’es pas la seule à en rêver! Dès que l’A380 a commencé à voler, mon mari a choisi les billets et les compagnies pour avoir « L »‘avion. Et ça fait des années que ça dure! J’ai du coup comme une petite idée de la façon dont Petit-Un a attrapé le virus 😉

    1. Excellente question 😉 A priori, cet avion a été cédé par une compagnie aérienne à un homme d’affaire thaïlandais, qui doit s’en servir comme base pour monter un parc d’attraction et dynamiser la région. L’attraction est donc sans doute temporaire, mais nous n’en savons pas beaucoup plus, car nous n’avons pas accès aux infos en thaï.

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...