Fête des lanternes et soupe de boules

J’ai failli louper ma première fête des lanternes en Chine sans même le savoir. Ce soir-là, je travaillais de nuit dans un entrepôt de la banlieue éloignée de Shanghai. A la pause de trois heures du matin, l’un des « vieux » qui travaillait là-bas depuis toujours m’a demandé l’autorisation de sortir. Je la lui ai accordée sans discuter. Les équipes ne savaient jamais trop quoi faire du repos légal du milieu de la nuit. Comment tuer une heure alors que le reste du monde était endormi? Et si l’on sommeillait, c’était au risque de traîner une langueur informe jusqu’au petit matin.

A peine dix minutes plus tard, Xiao Xiaoyuan est revenu, un bol de soupe fumant entre les mains. « C’est pour vous. » Le bouillon était clair, et émaillé de fils d’œufs. Au fond tremblotaient une dizaine de sphères blanchâtres, de la taille des calots avec lesquels je jouais aux billes, enfant. Le vieux Xiao n’était pas très bavard. Même en lui tirant les vers du nez, je n’ai obtenu qu’un complément d’information parcellaire: il avait réveillé sa femme pour me préparer cette soupe. La soupe devait être importante, donc. Puis il s’est esquivé aussi vite que possible. Il n’était jamais très à l’aise avec moi…

Bientôt, la porte s’est rouverte en un fracas jovial. « Ah, je vois que vous avez eu de la soupe de boules! ». Effectivement. Culinairement parlant, la langue chinoise est souvent très descriptive. Ce plat ne dérogeait pas à la règle. Le nouveau venu était Petit Chen, l’un de mes chefs d’équipe. Une chance! Avec lui j’étais sûre d’avoir toutes les explications!

 

La fête des lanternes…

Petit Chen m’a conduite dehors pour me montrer une palette abîmée. Et la lune. « Vous voyez, c’est la pleine lune, ce soir. C’est la première pleine lune du premier mois de l’année du rat. (On était en 2008). Ce soir, en Chine, c’est la fête des lanternes. »

1 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

En chinois, la fête des lanternes s’appelle 元宵节 (yuán xiāo jié), ce qui signifie textuellement, « la fête de la première nuit ». Sa date se calcule en fonction du calendrier lunaire traditionnel. Elle tombe quinze jours après le Nouvel An Chinois. C’est une fête qui célèbre l’unité de la famille, symbolisée par le cercle parfait de la lune, et que l’on retrouve aussi dans la forme des lanternes sphériques que l’on allume ce jour-là.

 

… et son incomparable soupe de boules…

Et surtout, c’est le soir où l’on partage la soupe de boules, 汤圆 (tāngyuán). (Ma gourmandise m’emportera.) Notez une fois encore la rotondité du mets, symbole de réunion et d’harmonie familiale. Les boules sont de petites sphères de farine de riz, fourrées d’une pâte sucrée, souvent à base de pavot ou de cacahuète. Depuis quelques années, les rayons des supermarchés ont aussi vu fleurir des boules à la confiture de fraise ou à la bouillie d’ananas artificiel. Mais ce n’est ni bon, ni vraiment traditionnel. Le marketing moderne fait des dégâts partout…

De l’extérieur, les boules sont mi-fermes, mi-élastiques. Quand on les prend en bouche, ça n’a pas tellement de goût. On reste dans l’expectative. Puis on croque et c’est l’explosion. Un cœur tout fondant, goûteux, crémeux, et croustillant d’éclats de sucre cristallisé. Un régal!

2 - Fete des lanternes et soupe de boules

Dans un esprit de sacrifice certain, je m’en suis déjà préparée une hier soir pour la photographie. C’est délicieux et addictif. Une chance finalement que la fête des lanternes tombe aujourd’hui, car ce soir, on remet le couvert!

Réunions et sorties familiales pour la fête des lanternes

Après le repas, beaucoup de familles se retrouveront dans des espaces publiques ou des temples, pour profiter de grandes expositions de lanternes illuminées. Chaque grande ville a plus ou moins la sienne, aux vues des informations relayées dans la presse chinoise. Il y a quelques semaines, nous avions pu admirer de jour les lanternes du temple de Confucius, à Nanjing. C’était tres joli, monumental et plein de lanternes. A la tombée du jour, tout s’illumine. J’imagine que l’ensemble doit être incomparablement plus beau de nuit.

3 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

J’ai posé la question à plusieurs personnes. Ce soir, c’est donc bien au temple de Confucius qu’il faut être. Tout Nanjing y sera! (Et Nanjing compte huit millions d’habitants.) Or, Papa-Tout-Terrain travaille ce soir. Alors c’est décidé! On ne me refera pas le coup de Loy Krathong! Ce soir, je mets les enfants au lit et je vais me gaver de soupe de boules, toute seule, bien au chaud dans mon fauteuil!

Une belle fête des lanternes à vous, mes amis!

 

Souvenir de Saint Valentin en Chine

L’homme chinois n’est pas très à l’aise aux jeux de la séduction.

Parfois il y travaille. Pour des résultats plus ou moins réussis. Il y a bien longtemps, et par deux fois, deux de mes connaissances, en Chine, ont entrepris de me déclarer leur flamme. Angle d’approche imparable, les deux –en deux occasions distinctes, naturellement- m’ont demandé de les épouser. Comme ça, pouf. De but en blanc. J’ai tout fait pour ne pas les froisser. Il y avait un bel effort. Mais c’était non malgré tout. D’autant que nous ne nous connaissions à peine.

Je ne leur jette pas la pierre. Leur culture, leur histoire et leur société ont été érigées depuis des millénaires sur les mariages de raison. Très souvent des mariages arrangés. Même combat pour l’institution communiste et ses unions administratives, fondées sur la stabilité matérielle.

Etudiante à Shanghai, les mémés de mon quartier avaient un temps entrepris de me marier. Elles m’ont proposé de rencontrer des jeunes gens biens sous tous rapports. Qui avait une voiture. Qui un appartement. Quoi qu’il en soit, c’était un Shanghaien qu’il me fallait. « Si vous prenez un Shanghaien, il vous fera les courses, le ménage et la cuisine. Et il ne dépensera pas un sou de son salaire sans vous demander la permission. » Pas très romantique mais somme toute pratique!

Sur ces bases, il est assez évident que priorité n’est pas exactement donnée à la bagatelle. C’est moins vrai toutefois, pour les jeunes générations, élevées aux soaps coréens dégoulinants d’amour éperdus et d’inclinaisons aussi futiles que passagères.

Et à l’opposé, le Français…

Si le Chinois n’est guère enclin au marivaudage, dans l’imaginaire collectif, le Gaulois est tout le contraire. Prévenant, élégant, plein d’attentions délicates, séduisant, amoureux naturel… Par conséquence directe, mes voisines de Shanghai m’ont toujours envié mon Papa-Tout-Terrain de mari. « Ca se voit tout de suite qu’il est romantiiiiique! », se pâmaient-elles.

« Romantique ». C’est un mot mandarin que j’ai appris lors de mon premier jour de cours à Shanghai. Accolé à « Français », naturellement. Je ne savais pas commander un verre d’eau dans un restaurant, mais je savais dire: « Le Français est romantique. » La prof a dû se dire que je n’avais même pas besoin d’eau fraîche pour vivre et que l’amour me suffirait…

De longue date, le cinéma, les marques de luxe et la littérature ont bien entendu contribué à modeler cette illusion exquise. En plus de petits détails, de ci, de là, qui affermissent les certitudes… « Vous avez vu comme elle est belle, la femme de Sarkozy?… (Nous sommes aux environs de 2010.) Ce n’est pas un dirigeant chinois qui pourrait avoir une épouse aussi belle… Ca, c’est parce que les Français sont si romantiiiiiques… »

Souvenir de Saint Valentin en Chine

Nous voilà donc au 14 février 2013. Soir de la Saint Valentin en Chine. Il est 20h30.

Tout juste rentré du travail, mon délicieux époux sonne à la porte, un gigantesque bouquet de roses rouges dans les bras. Il est beau, Papa-Tout-Terrain. Les yeux de braise. La démarche altière. Il m’embrasse fougueusement et s’engouffre dans l’appartement.

J’ai passe la journée à lui mitonner un repas aux chandelles. Manque de chance, j’ai également quarante de fièvre. Mon amoureux fera le dressage, le service et la dégustation, alors que je me laisse mollement glisser vers le sommeil, la tête sur ses genoux. Ce n’est pas la Saint-Valentin parfaite, mais une Saint-Valentin idéale. Nous sommes ensemble, main dans la main. Et c’est tout ce qui compte. (Si tu me lis, chéri, je t’aime.)

Par notre nounou, j’ai appris le lendemain qu’un drame s’était joué, pendant ce temps-là, de l’autre côté de notre palier.

14 fevrier 2013. 20h32. Porte d’en face. Le mari sonne, les bras ballants. « Et il est où, ton bouquet? » De bouquet il n’y avait point. Mais la Shanghaienne est irascible. (C’est leur réputation partout en Chine.) Point de bouquet? Tu ne rentreras pas!… Tu as vu la taille du bouquet de notre Français de voisin? Un plus petit et tu dormiras dehors, ce soir! Et elle lui a claqué la porte au nez.

Le Chinois n’est pas romantique, mais la Shanghaienne n’a pas dit son dernier mot…

(Ceci est une histoire vraie. Il y a juste un truc bidonné dans mon billet… Qui saura le découvrir?…)

Au revoir Thaïlande… Bonjour la Chine!

On a mis nos quotidiens dans les cartons. Puis les cartons dans le camion. Les déménageurs sont partis, ne nous laissant que des murs vides.

On a dit au revoir aux collègues, à l’école, aux amis. Essuyé quelques larmes en pensant aux beaux moments partagés.

On a rendu les clefs des voitures, les clés de la maison. Plus rien de matériel ne nous retenait en Thaïlande.

J’ai repensé aux jolis petits riens de notre vie d’ici. Ceux que je ne remarquais plus toujours mais qui me manqueraient. Aux fleurs de frangipanier tombées de l’arbre que me rapportait parfois Petit-Deux en rentrant de l’école. J’en étais tout émue à chaque fois. J’aimais l’odeur de ces belles fleurs blanches, que je portais à mon chignon pour le reste de la journée.

Au revoir Thailande - Fleur de frangipanier

J’ai jeté un dernier regard à notre arbre à mayongs. Ces petits fruits acides et âcres de la taille d’une cerise, et dont les enfants raffolaient. J’aimais beaucoup notre arbre, même si les mayongs ne m’ont jamais tellement plu. Trop acides à mon gout. Mais j’adorais voir les petits les grappiller en attendant le bus pour l’école. Souvent ils en mangeaient trop, et ca leur donnait la diarrhée.

Au revoir Thailande - Arbre a mayongs

Puis j’ai jubilé en pensant aux rats qui squattaient notre cuisine, grignotant nos réserves. Aux chauves-souris de notre grenier qui sentaient si mauvais. Puis aux centaines de geckos qui laissaient des crottes partout. Et aux serpents que nous craignions tellement. Ils ne nous manqueraient pas. Je leur ai mentalement dis au revoir avec soulagement.

Au revoir Thailande - Gecko

On n’avait plus que des porte-clefs vides dans les poches et nos treize valises. J’étais morte de trouille. Et si on faisait une bêtise? J’ai eu un peu envie de tout arrêter, de revenir en arrière, en terrain connu. Mais ça n’était plus vraiment le moment.

Nos valises

Quinze heures plus tard, 2,800 kilomètre plus au nord, et par quarante degrés de moins, nous voilà arrivés à la porte de notre nouveau chez-nous, Nanjing.

Deux de nos valises n’ont pas tenu le choc. Nous avons trois heures de retard. Notre poussette a failli finir ses jours dans une gentille famille chinoise un peu tête en l’air. Mais nous y sommes, avec le principal: nous cinq, en bonne santé, pleins d’espoir et de confiance. Avec le superflus aussi: Croque-Carotte, Où est Charlie?, Labyrinthe, Batawaf, un Rubicub, Gorilla, Pirat’Attak, Jungle Speed, l’Ile des Zertes, Petit Ours Brun, La Petite Poule qui voulait voir la Mer, et j’en passe…

Il est plus de minuit quand nous parvenons enfin à mettre les enfants au lit.

Dans une vague d’optimisme, nous avions fixé rendez-vous à l’école, pour le lendemain, à neuf heures.

Bonjour la Chine - Notre premiere vue de Nanjing

Aux premiers rayons du soleil, nous découvrons un Nanjing sous la neige. Mais l’heure tourne. Pas le temps de lambiner. Nous entraînons les enfants à peine éveillés et leurs cinq couches de pulls pour une énergique séance d’essayage d’uniformes.

170208 - La cravate

Au détour des conversations avec les personnels de l’école, nous découvrons que la Chine a beaucoup changé en cinq ans. Les téléphones portables et leurs applications polyvalentes tiennent désormais un rôle primordial dans la gestion des affaires courantes. On nous demande de scanner le QR Code d’un WeChat Account, qui nous tiendra au courant des événements de l’école… « Et pensez bien à vérifier chaque matin le niveau de pollution sur AirQuality China… » Oh, d’ailleurs, j’allais oublier, vendredi prochain, tout le monde doit venir en costume traditionnel chinois… Le plus simple est de les acheter en quelques clics sur TaoBao. Au fait, vous réglez vos uniformes avec WeChat Wallet ou AliPay?

Pris dans ce tourbillon de modernité, nous ajoutons une bonne demi-douzaine d’applications incontournables sur nos téléphones, qu’il nous faudra bientôt apprendre à maîtriser… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Bonjour la Chine - 170208 - Didi che

Loin de cette révolution technologique, dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, les enfants s’initient aux menus plaisir de l’hiver …

170208 - La buee

Quoi qu’il en soit, c’est décidé, avec ou sans applications, nous allons bien nous amuser, en Chine!

Ces merveilleuses vacances de Noël…

Les merveilleuses vacances de Noël ont toujours pour nous la saveur particulière des retrouvailles en famille, avec ceux qui nous manquent tout le reste de l’année. Ceux qu’on aimerait serrer plus souvent dans nos bras. Alors, on fait de ces congés fugaces des moments intenses de bonheur, que l’on chérira jusqu’à l’été suivant.

… Petit résumé en image de ces moments forts, en famille et en France…

D’abord, comme à chaque fois, on a commencé par les recommandations d’usage aux enfants:

Kakashke - merveilleuses vacances de Noël

… et ça a plutôt bien marché!

L'enfant mignon - merveilleuses vacances de Noël

Sur ces bonnes bases, nous avons partagé de délicieux moments en famille… On a fait de la cuisine, parlé de la naissance de Jésus et d’écologie…

Le pain d'epices - merveilleuses vacances de Noël

(Bon, certains concepts restent à approfondir et à réviser…)

On a regardé tous ensemble les photos de notre mariage…

Photos de mariage - merveilleuses vacances de Noël

… et on a surtout profité des mille petits riens qui rendent inoubliable la douceur de ces moments en famille…

Petits riens en famille - merveilleuses vacances de Noël

Comme toutes les familles qui vivent à l’étranger, rentrer en France c’est aussi avoir la faiblesse de se laisser aller à un shopping nostalgique et parfois un peu compulsif. Les réminiscences des odeurs, des couleurs, des marques de notre jeunesse sont souvent irrésistibles… Heureusement que pas mal de commerçants nous ont bien aidés à rester raisonnables…

6 - Les petits commerces - merveilleuses vacances de Noël

Dans les supermarchés, c’est pire encore. Alors qu’en Thaïlande nous ne pouvons jamais comprendre les messages attrayant des emballages, en France, nous apprécions enfin à leur vraie valeur les efforts des services marketing. De rayon en rayon, je passe de longs moments à m’extasier devant les produits révolutionnaires de l’ère postindustrielle…

6 - Les serviettes hygieniques - merveilleuses vacances de Noël

Comme toujours, pendant les vacances, on a aussi eu de petits tracas…

7 - La barbe a papa - merveilleuses vacances de Noël

… Cette fois ci, malheureusement, nous avons eu, aussi, un plus gros souci.

8a- La brulure - merveilleuses vacances de Noël

et ce n’est pas tout…

8b - La morsure - merveilleuses vacances de Noël

Miss-Trois a été bien dorlotée, a sagement gardé un gros pansement pendant près de trois semaines, et va très bien maintenant! Merci du fond du cœur a tous ceux qui l’ont si bien soignée!

Les petits ennuis ont continué sur le chemin de la maison, d’abord à la douane…

9 - Le passeport - merveilleuses vacances de Noël

Puis encore…

10 - Bertha - merveilleuses vacances de Noël

(Pour ceux qui n’ont pas suivi, Bertha est la gourde familiale. L’histoire est ici.)

Et puis encore, quelque part au dessus du Kazakhstan…

11 - Le pansement - merveilleuses vacances de Noël

Arrivés à Bangkok, on s’est finalement rendu compte que le passeport de Papa-Tout-Terrain ne tenait plus qu’à un fil. Par miracle, il a réussi à rentrer sur le territoire thaï.

Toutes les démarches administrative pour notre installation en Chine ont en revanche dû être suspendues, en l’attente d’un passeport neuf. Ca ne nous arrange pas tellement, dans une période pleine d’incertitudes. Du coup, à deux semaines de la date théorique du déménagement, nous ne savons pas du tout si nous pourrons partir dans les temps. Ou pas.

Heureusement, ces dernières semaines, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer non plus. Nous avons trié, rangé et classé le jour… et tenu la jambe à Miss-Trois la nuit. Il lui aura fallu douze jours pour se remettre du décalage horaire… Un record!

12 - Le decalage horaire - merveilleuses vacances de Noël

Quant aux garçons, ils sont revenus gâtés comme tout et ravis, mais avec une question existentielle…

13 - Les jouets par milliers - merveilleuses vacances de Noël

Merci à tous ceux avec qui nous avons passé de merveilleuses vacances de Noël!

8 décembre

Depuis qu’on déménage en Chine, je n’ai plus le temps de rien. Et malheureusement, surtout pas de temps pour écrire.

Mais ce soir c’est le 8 décembre…

Et comme tous les ans, un 8 décembre illuminé chez nous, bien sûr. Petit à petit, les enfants commencent à prendre part à nos traditions, en apprenant à les décrypter…

Le 8 decembre

Puisque je vous tiens, j’en ai une petite dernière, pour la route. L’histoire date du week-end dernier, quand nous avons fait la crèche…

La creche

Nous vous souhaitons une belle période de l’Avent!

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Vendredi Soir

Tous les parents du monde le savent, le vendredi soir est un moment tendu. Il y a la fatigue accumulée de la semaine, chez les petits et chez les grands. Et puis, c’est toujours le jour où on a un peu trop tardé à mettre en route le repas du soir. Le jour où Papa rentrera tard du travail, à cause du pic d’embouteillages hebdomadaire. Le jour où le bébé n’a pas assez fait la sieste, comme de par hasard…

Le vendredi soir, c’est aussi le soir où les enfants savent qu’ils vont pouvoir en profiter un peu plus. Le soir où « pas d’écran » se transforme en « dix minutes seulement ». Le soir où l’on cuisine plus souvent du pain frais, des pizzas et parfois un gâteau. Peut-être proposera-t-on même des noix de cajou en apéro, pour traîner avant de passer à table. Ou alors, peut-être les petits pourront-ils manger devant « Le Livre de la Jungle » à la télé, pour laisser (enfin) les grands discuter tranquillement. En bref, comme le résume assez bien Petit-Un d’une expression qu’il adore, le vendredi c’est souvent « la fête du slip »!

Nous voilà donc vendredi soir …

Vendredi soir

Evidemment, il s’agissait d’un appel super important, avec une souris super importante. Et qui ne pouvait pas souffrir le moindre délai. Mais qu’est-ce qu’elles ont, les souris super importantes, à toujours appeler le vendredi soir à 18h53? Je suis sûre qu’elles n’ont pas d’enfants, elles!

Naturellement, j’ai commencé par sérieusement gourmander les garçons. Il s’est avéré qu’en toute bonne foi, ils n’avaient pas compris que si MON téléphone sonnait sur LEUR temps de jeu, c’est à MOI que revenait la priorité. C’est vrai que c’est tordu, comme logique.

Toutes choses mises au point, il fallait malheureusement vraiment que je la rappelle, cette souris super importante. Heureusement, dans ces cas-là, on fait jouer la solidarité familiale…

Vendredi soir

Oui, je le confesse, j’ai fait pleurer Miss-Trois pour justifier mes appels manqués. Et, du même coup, écourter le coup de fil qui s’est ensuivi. (On était vendredi soir, je vous le rappelle.)

Papa-Tout-Terrain a mis un petit moment à comprendre mon dessin. Jamais il n’a fait pleurer un enfant pour abréger une situation inconfortable. Du coup, est-ce que je dois culpabiliser? Ou est-ce qu’à vous aussi, ça vous est déjà arrivé?

 

L’accroc

C’est la saison humide.

Il pleut tout le temps. (Je l’ai déjà évoqué l’année dernière. Je ne recommence pas: je ne vais pas me plaindre tous les ans.)

Bref, impossible de faire sécher la lessive. Tout sent le renfermé. Je n’ai plus un habit propre. Enfin si, il me reste un short avec un accroc au niveau de la fesse droite, stigmate d’un clou mal enfoncé dans notre parquet capricieux. Celui-là, il m’a déjà coûté trois fonds de culotte!

Petit-Deux n’est guère mieux loti. En plus de la saison des pluies, il n’arrête pas de grandir. C’est très contrariant pour sa garde robe: elle refuse de le suivre.

accroc

J’ai raclé les fonds de tiroir de son ainé, et je lui ai finalement trouvé un truc. J’ai dû déployer des trésors d’éloquence, parce que porter des fringues de son frère c’est nul et ça pue. Pire, il y avait un trou à la fesse droite. Vives protestations. Petit-Deux est tatillon. Il déteste porter des vêtements abîmés. Idée de génie, je lui montre mon propre accroc. Direct, ça change la donne! On est copains de trous! On se fait des clins d’œil, on se les regarde et on se les compare. Quelle complicité!

Là-dessus arrive Madame Ito, ma voisine japonaise parfaite.

(Je vous en ai parlé ici, et j’ai également évoqué Monsieur Ito là). En plus d’être vraiment très gentille, Madame Ito est toujours bien habillée et bien coiffée. C’est naturel chez elle. Quand elle marche, on dirait qu’elle flotte dans l’air. Quand elle parle on dirait qu’elle chante. Elle ne transpire pas à grosses gouttes quand il fait chaud. Et ne halète pas comme un phoque par temps de canicule, quand elle court après ses enfants. D’ailleurs, même ses enfants sont parfaits, policés, organisés, bien habillés et bien coiffés. Sans tâches de sauce tomate ou de Nutella. Sans miettes de gâteau dans les cheveux.

Les garçons et moi aimons beaucoup la famille Ito. Nous nous réjouissions depuis plusieurs jours de l’activité « pâte à sel », justement prévue pour l’après-midi. En prévision, depuis le matin, j’avais rangé, poli, briqué la maison. J’étais plutôt contente du résultat. Jusqu’à ce que je réalise qu’on avait une semaine de boîtes de pot de yaourts vides, en évidence sur l’étagère, rapport à un projet de science en cours. Qu’il faisait cinquante degrés parce que j’avais oublié de remettre la clim après avoir découpé des confettis de papier vitrail. Papier vitrail dont il restait d’ailleurs des petits bouts dans le coin à côté de l’armoire. J’avais mal regardé. Les coins, c’est traître.

accroc

De toute façon, c’était trop tard.

La famille Ito était là. J’ai discrètement récupéré les ciseaux avec lesquels Miss-Trois était en train de jouer. Quand il n’y a pas de témoins, je la laisse faire: ça l’occupe bien et elle ne se coupe pas trop. Mais du coup, ça l’a frustrée. Elle est partie déterrer un goûter vieux de quelques jours dans les plis du canapé. Crotte. J’avais mal regardé. Le canapé, c’est traître. D’un air dégagé, j’ai fait disparaître le pain mâchonné. Je suis une maîtresse de maison en carton. Et pourtant je m’étais appliquée.

On est passés à notre activité bricolage. Mon point fort. J’avais bien anticipé. Géré les proportions, les coloris et les mélanges. La pâte à sel, je maîtrise drôlement bien! Madame Ito a eu l’air très positivement impressionnée! Tout rentrait dans l’ordre. Du coup, profitant d’un instant de relâche, Petit-Deux, qui aime vraiment beaucoup Madame Ito, s’est mis à tailler la bavette…

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