Les sentiers de la gloire – souvenirs de Chine

C’était l’époque où je venais d’arriver en Chine. J’avais juste vingt-et-un ans.

Devant toute la classe, la prof d’expression orale, le kouyu, m’avait demandé de rester lui parler, à la fin du cours. Je ne comprenais pas grand-chose à l’école. Presque rien, pour être exacte. Je ne comprenais tellement rien, d’ailleurs, que j’avais dit oui sans comprendre, au cinquième coup. Les copains m’avaient réexpliqué discrètement, par derrière.

Pendant toute l’heure de cours, je n’en n’avais pas mené large…

J’étais la plus nulle de la classe. A ma décharge, j’étais également celle qui avait le moins d’heures de chinois au compteur. La seule non asiatique du groupe, aussi. Et sans conteste, celle qui bossait le plus. Mais j’étais la plus nulle quand même.

J’essayais d’écouter tout le temps, mais il y avait tellement de mots nouveaux que mon esprit finissait toujours pas s’égarer. Je me retrouvais à rêvasser, le regard planté sur les biceps de Shandy, un Indonésien type Boys Band avec une mèche sur l’œil, de gros muscles et des tas de tatouages.

Ce jour-là encore, la prof de kouyu m’avait fait me lever devant toute la classe pour m’exercer au quatrième ton. Je n’y arrivais pas. Sur aucun mot. Une ou deux fois, elle s’était enflammée. « C’est bon, tu l’as! Re-dis le pour voir… » Mais déjà je n’y arrivais plus. C’était juste le fruit du hasard ou de son imagination bienveillante. D’ailleurs, je n’entendais même pas la différence. Ce maudit quatrième ton…

J’ai attendu sagement que tous les élèves aient quitté la classe. J’avais très peur de me faire disputer. Mon cas était irrécupérable. Surtout avec le quatrième ton. Alors je préférais être seule face à la prof. Pourvu que j’arrive à la comprendre, au moins… sauver les meubles, quoi…

La prof n’était pas beaucoup plus âgée que moi.

Nous nous sommes retrouvées seule à seule, et paradoxalement, c’est elle qui avait l’air drôlement impressionnée. Elle s’est mise à me parler très vite, en chuchotant presque, et je n’ai rien compris du tout. J’ai fait un pauvre sourire, et je lui ai dit que désolée, mon chinois était vraiment très mauvais.

Elle a soupiré. Ca allait prendre du temps. Elle m’a dit que j’étais très jolie. Ah, ça y est, c’est bon, j’avais capté un truc. Je suivais… Et après, elle est a nouveau repartie à tout allure et je n’ai plus rien compris.

Une bonne demi-heure plus tard, je sortais finalement de la salle de classe, les jambes un peu tremblantes. Que diable allais-je donc faire dans cette galère? D’après les bribes confuses que j’avais réussi à attraper, ma prof avait des amis qui faisaient du cinéma. Il fallait que j’aille tourner dans leur film. Là, toute de suite. Je serrais entre mes doigts une petite boule de papier avec l’adresse. Je devais trouver un taxi pour m’y conduire. On m’attendait.

Les sentiers de la gloire

J’ai pris mon taxi. Au terme d’une heure de course, la voiture m’a laissée au pied d’un vieil immeuble, de style communiste, noirci par la pollution et par les ans. Il n’y avait aucun panneau, rien. Ca ne ressemblait pas à des studios de cinéma. Vous êtes sûr que c’est ici? Le chauffeur de taxi a chaussé des lunettes de myope, regardé à nouveau mon papier, de près puis de loin. L’a comparé avec le nom de la rue et le numéro du bâtiment. C’était bien là. Il m’a indiqué comment trouver mon chemin à l’intérieur. Tout était sur ce papier que je ne savais pas lire.

Je me suis engouffrée sur les sentiers de la gloire …

L’on m’a introduite dans un appartement exigu, effectivement transformé en minuscule studio de cinéma. La première salle était une loge. Deux filles chinoises étaient en train de s’y maquiller très généreusement. Elles étaient rudement jolies. Enfin pour la tête, je ne sais plus. Mais elles avaient des jambes longues, longues. Des lignes parfaites. Et pas trop de courbes. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient. Je me suis sentie petite et grosse. Mais qu’est ce que je faisais là?

Une assistante est venue à moi, un bloc note sous le bras. « Mais vous êtes qui? » Oh, Dieu soit loué… elle parlait anglais! « Qui vous envoie? » « Euh… ma prof de kouyu… » « Et elle s’appelle comment? »… Je réfléchis, je réfléchis… Impossible de m’en souvenir!… « Bon, c’est pas grave, vous êtes là, c’est le principal. On regarde d’abord ces deux filles. Après c’est à vous. Habillez-vous et maquillez-vous. » Puis elle a disparu.

Les sentiers de la gloire

Le costume que je devais enfiler consistait en une petite culotte blanche miniature, un bandeau assorti, pour cacher la poitrine, et une paire de baskets immaculées. La petite culotte était vraiment petite: j’ai pris le parti de la mettre par-dessus la mienne. Elle y était au moins. Pour le bandeau, en revanche, il y avait un souci. Je dépassais par-dessus et par-dessous. Il fallait être réaliste. La physique a ses limites. Quant aux baskets en 36 chinois, je ne pouvais pas y mettre le pied en entier.

J’ai attendu que la dame revienne.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas habillée? » « Euh si, mais je crois que je n’ai pas la bonne taille de seins… » « Vous ne pouvez pas essayer, quand même? » Si elle y tenait. Je lui ai explosé la couture, puis rendu avec de plates excuses. « Vous voulez que je fasse pareil pour les chaussures? » « Non, non, ça va aller… Bon, gardez votre soutien gorge et restez pieds nus, alors… »

« Vous ne vous êtes pas maquillée? » « Maquillée? Ah oui, pardieu oui, bien sûr, maquillée… Ben non, tenez, je pense que ca va aller comme ça… » Comme si je me trimballais au cours de kouyu avec du maquillage… Bref…

Elle m’a envoyée, un peu désabusée, dans la deuxième salle, qui était toute noire, avec des ronds au sol et de grosses cameras partout. Je ne savais toujours pas pourquoi on allait m’auditionner. Je n’avais pas pensé à demander non plus, d’ailleurs. A moins que ce ne soit un vrai film? Directement?

On m’a braqué de gros spots plein les yeux.

Bon, maintenant, présentez-vous. « En quelle langue? » « Mmm, c’est vous qui choisissez… » En même temps, ils ne parlaient pas français et moi pas chinois. C’était bien la peine de poser la question. De toute façon, je ne suis jamais très loquace au premier abord, et c’était bien pire il y a quinze ans. « Bonjour! Je m’appelle Bailan. Je suis française. » « C’est tout? » « Ben oui. Vous voulez savoir autre chose?… » « Mmm, ça va aller comme ça … »

« Alors maintenant, vous allez faire semblant de vous mettre de la crème sur le visage…

… et montrez bien au spectateur combien cette crème est agréable!… » J’appelle mentalement l’image depuis ma salle de bains. Je ne suis pas très cosmétique, alors pour aller plus vite, j’ai l’habitude d’étaler la crème sur toute la surface des mains, avant de me l’écraser sur la face en faisant « pfrrrrr » avec les joues. Ca ne ressemble pas trop à ce qu’on voit dans les pubs. J’en rigole toute seule, dans ma tête. Je me concentre. C’est pour ma prof de kouyu, tout de même. D’autant qu’elle ne m’a même pas disputée, finalement. Je fais de mon mieux. Je ne me sens pas convaincante du tout du tout. Au moins, grâce aux projecteurs, je ne vois pas la tête de ceux qui m’observent. Ca vaut mieux comme ça…

Les sentiers de la gloire

« Maintenant vous allez faire comme si vous vous mettiez de la crème sur les bras et les jambes. C’est une crème légère et douce… et après vous faites un tour sur vous-même. » Je me crème illico, et fais mon petit tour, au milieu du rond dessiné à mes pieds. J’entends un cri derrière les spots. « Non! Ca n’est pas ça du tout! Recommencez! » Euh… Bon. Je me re-crème. Et je recommence mon tour à l’extérieur du cercle cette fois-ci.

Nouvelle exclamation.

Une jeune femme n’y tient plus, sort de derrière les fils et vient me montrer. Elle se met de la crème et tourne en rond. Waw! On dirait qu’elle est dans une vraie pub! Ca a l’air si plaisant! Et même si ça n’a aucun sens de tourner en rond après, ça a juste l’air naturel! Bon, ben maintenant je sais que c’est possible. Dernière prise pour moi. Petit simulacre de plaisir cosmétique. Je dois ressembler à un canard qui s’épile…. D’abord je déteste me mettre de la crème: c’est collant, la crème. Et puis, vous savez, c’était surtout pour ma prof de kouyu, hein…

Curieusement, ils ne m’ont jamais rappelée…

 

Note: En 2005, les Occidentaux étaient souvent recherchés pour leur physique, en Chine. Ce bout d’essai n’était pas une blague. Par la suite, plusieurs de mes amis ont régulièrement figuré dans des pubs, des séries et des films. Une de mes connaissances est même devenue mannequin et a participé à pas mal de défilés, durant l’année universitaire. Moi, je suis retournée apprendre mes caractères. C’était plus sage, et plus en adéquation avec mes aspirations. Je n’ai hélas jamais réussi à prononcer mon quatrième ton.

 

Les sentiers de la gloire

Souvenir de la vraie émeute dont nous avons été a l’origine, lors de notre séance photo de mariage, à Shanghai

 

Mes voisins de Chine

Je suis entrée dans mon appartement chinois un jour glacé de janvier. J’ai traversé mon nouveau quartier en tirant une valise qui pesait un dragon mort. Et deux ou trois sacs. Cet événement palpitant a alimenté quelques minutes la gouaille des matrones du quartier. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de si lourd dans les valises d’un étranger? Elles m’ont ensuite sitôt oubliée.

J’ai monté les quatre étages de mes escaliers de bois qui craquaient.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

J’ai posé à terre mon monceau de paquets. Et me suis enfin attaquée aux serrures compliquées de ma double porte. Tout le monde a deux portes. Une porte normale. Généralement mal ajustée et pas isolante. Et une porte à barreaux métalliques. Celle-ci devait me protéger des voleurs, très redoutés en Chine, rapport aux messages alarmants des medias. Cela dit, le métal, léger et de mauvaise qualité, ne pourrait sans doute pas résister à une petite cuillère…

 

Première introduction

J’ai d’abord traîné la valise à l’intérieur. Et suis ressortie pour… Tiens, il y a quelqu’un chez moi! Deux, même. Deux personnes très âgées, qui apparaissent en ombres chinoises et en chaussettes, dans mon entrée. Ils m’observent avec intérêt. La dame a poussé l’un de mes sacs à l’intérieur.

Je leur dit bonjour en mandarin. Ils restent de marbre. Ils continuent à me dévisager. J’esquisse un sourire un peu crispé. Et sors chercher mes derniers sacs. La vieille dame se rapproche d’un cabas mal fermé, dont elle soulève une languette. Du bout des doigts, l’air de rien. Elle observe attentivement l’intérieur, se déplaçant tout autour pour essayer d’en voir plus sans trop toucher. Le vieux monsieur, lui, est passionné par l’architecture intérieure de mon appartement. Il fait pivoter les portes, observe les moulures et tape sur les murs. Ca sonne creux.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

A force de persistance, je finis par comprendre qu’ils sont mes voisins de palier. Tant bien que mal, ils apprennent à leur tour que je suis française et que je m’appelle Bailan.

 

Mon prénom chinois

En Chine, je m’appelle Bailan. Mon nom a été choisi par une amie sichuanaise, en France, avant mon départ. Bai veut dire blanc, et Lan veut dire orchidée. J’ai été baptisée ainsi parce que les caractères chinois sont faciles à écrire. (Mon amie Fangfang est très avisée!) Et pour la consonance d’avec mon nom de baptême.

Bailan

C’était cool et exotique d’avoir un nom chinois. Mais je ne pensais pas vraiment en faire usage. Après tout, en France, mes copains chinois avaient tous gardé leurs noms d’origine.

Installation à l’université. Démarches pour l’obtention d’un visa longue durée. « Votre nom? » La dame de l’immigration a le teint jaune d’un vieux journal, la voix monocorde et le visage las. Je donne mon nom français. « Votre nom chinois… » Euh… Sans réponse, elle transcrit alors phonétiquement mon patronyme français en caractères. « Recopiez ça ici… » Pfff, il y a sept idéogrammes, tous plus compliqués les uns que les autres. Je ruine son premier formulaire. Madame, je peux encore changer de nom, en fait?

Bailan avait ressurgi, et ne devait plus me quitter. J’ai changé de nom du jour au lendemain. Dans l’administration, à l’université, sur le contrat de mon logement, à la banque, auprès de mes copains, et plus tard au travail… C’est une expérience curieuse et déstabilisante que de devenir quelqu’un d’autre, en l’espace de quelques jours.

Petite fille a Xitang

Ce prénom fait aujourd’hui vraiment partie de moi. Il est tombé en désuétude depuis notre installation en Thaïlande. Mais je l’entends toujours avec un serrement de cœur. Il est la partie chinoise de moi-même.

 

Les petites habitudes de mes voisins de Chine

Je reprends. Dans tout ça, mes voisins sont encore au milieu de mon appartement. Sans intention de regagner leurs pénates. La dame, plus expressive, m’a même invitée d’un geste à démarrer mon déballage.

Bon. J’ai laissé la porte ouverte. De toute façon il fait aussi froid dehors que dedans. Et entamé quelques menus travaux. Déplacé la fontaine à eau. (On ne boit pas au robinet en Chine). Puis bougé la table, aussi. Pas le canapé parce qu’il y avait le mari dessus. La dame a filé dans la cuisine. Regardé dans mes placards. Ils étaient vides, naturellement.

Je passe un coup dans la salle de bain. Un froufroutement léger. Puis un claquement de porte. Je sors la tête: ils sont partis. Ils devaient en avoir assez et sont partis. Sans dire au revoir. Car la politesse chinoise ne s’encombre pas de ces contingences.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

Plus gênant, ils s’intéressaient à mes poubelles. Ils n’étaient pas les seuls: d’autres curieux du quartier également. Quand je descendais mon petit sac, ils m’apostrophaient. Vidaient ma poubelle sous mes yeux. Puis l’observaient. Récupéraient parfois des matériaux qui seraient revendus ou recyclés. Enfin, remettaient le tout dans le sac et me le rendaient. Mais ça, je n’aimais pas. J’ai fini par descendre mes ordures la nuit. Ou les cacher dans mon sac de cours, et les jeter sur le chemin de l’université.

Un jour seulement ils sont revenus, pour montrer mon appartement à leur fille.

Toutes les nuits, je les entendais ronfler.

 

Mes voisins de Chine et l’électricité

Mais un soir, mes voisins m’ont vraiment sauvé la mise.

Mes parents et ma sœur étaient en visite. L’hiver était glacial. Nous avions démarré deux clims, histoire de nous réchauffer un peu avant de dormir. Il n’a pas fallu une minute avant le blackout. Le système électrique de mon appartement n’avait pas supporté l’utilisation parallèle de deux appareils de chauffage.

Mon père et moi sortons en pyjama sur le palier, pour jeter un coup d’œil aux fusibles. J’avais déjà remarqué que même sans clim, mon compteur tournait à toute vitesse, par rapport à celui des voisins. A coup sûr ils ne se chauffaient pas et n’avais pas d’ordinateur. A posteriori, je crois qu’ils ne devaient pas non plus être équipés de la télé. Ni d’un frigo. Seules leur restait la lumière et la radio.

Nous admirons mon archaïque tableau électrique. Qui semble tout droit venu de l’antiquité. Il est équipé de fusibles à l’ancienne: de petits compartiments de porcelaine, sur lesquels sont tendus des fils de plomb, qui fondent en cas de surintensité électrique. (Merci Papa pour l’explication magistrale!) Bref, il nous faut un nouveau fil.Vieux fusiblesSource

 

Où le naturel revient au galop…

Attirés par le tintamarre, les voisins montrent le bout de leur nez. Oh! Encore plus d’étrangers! Alors là, ça vaut carrément le coup! Mort de rire, le monsieur constate que nous n’avons plus l’électricité.

Il disparaît chez lui alors que sa femme sort. Elle est toute ronde dans son pyjama molletonné. Elle aperçoit ma mère, s’approche d’elle et la pointe du doigt. Je fais les présentations sommaires. « Elle a quel âge? » Aiguillée par la curiosité, la vieille dame a su trouver quelques mots de mandarin. Je date ma mère. Puis mon père. Satisfaite, la vénérable voisine fait un petit tour du propriétaire avant de repartir sans un mot.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le sauvetage héroïque de mon chauffe-eau

Au lendemain, il faisait très froid dans l’appartement. Une petite douche pour se revigorer? Avec sa fenêtre qui ne ferme pas, on se sent ragaillardi dès l’entrée! Cela m’a bien valu de sauter quelques toilettes matinales, par baisse aiguë de motivation…

Par ailleurs, mon chauffe-eau était capricieux. Parfois il m’ébouillantait dès les premières secondes. Les mauvais jours, je devais attendre de longues minutes avant qu’il ne consente à accomplir son office. Ou pas. Chaque semaine, il devenait plus lunatique. Je vivais ma douche matinale comme un châtiment.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

C’est une époque où l’on utilisait encore les dictionnaires papier. C’était lent. J’avais donc préparé le vocabulaire technique. Et pré-écrit une longue tirade explicative. Ca sonne. Puis ça décroche. Je me lance d’un seul trait. Sans reprendre ma respiration. Ouf, j’ai tout expliqué! Une voix résonne au bout de la ligne. « Mais vous êtes qui? » « Et vous voulez quoi? » Crotte il n’a rien compris!

Je recommence, je reformule, mais je manque de mots. J’ai chaud et je transpire. Je termine la conversation en tee-shirt. Le visage empourpré. Il a compris! Je dois donc ouvrir la machine du diable, en extraire la batterie défectueuse et la faire remplacer. Il me remboursera.

Je cours les échoppes sombres. On me renvoie d’ici et de là. La batterie est d’un modèle coréen rare et ancestral. Enorme. Un vieux commerçant diligent et bidouilleur me prend finalement sous son aile. Il appelle deux ou trois amis. Me trouve la précieuse. Je l’installe en retenant mon souffle. Victoire: j’ai rétabli l’eau chaude!

 

Le casse-tête du linge humide

Plus de linge propre? J’avais la chance d’être équipée d’une machine à laver, confort dont jouissaient bien peu de mes voisins. Elle fonctionnait à l’eau froide. Ca ne lavait pas si bien. Surtout les jours où l’eau était très jaune. Mais ça lavait quand même. On pouvait l’ouvrir en plein fonctionnement, à n’importe quel moment, puis regarder les habits et la mousse tourner.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Menues hontes de voisinage

Les habits tenaient par des pinces à linge spéciales, à l’accroche bombée. Mais dont le mécanisme n’était pas toujours suffisamment rigide. Je tiens la perche à bout de bras. Mais un coup de vent emporte alors un tee-shirt, qui se prend dans le chambranle. Il se détache. Je rentre la perche. Je descends mes quatre étages à toute allure avant qu’un voisin ne remarque la chute. Si j’arrive trop tard, deux ou trois commères sont déjà attroupées et commentent l’objet. Je dois alors fendre la foule et récupérer mon bien, la queue entre les jambes, sous les rires joyeux des badauds.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le debut d’une longue histoire

Je suis rentrée en France six mois plus tard.

De cette année, j’ai gardé le plaisir et le goût de vivre ailleurs. De m’arrêter et de regarder. Sourire aux badauds. Observer le petit vendeur du bas de l’immeuble, qui dépèce et vend ses serpents pour faire de la soupe. Parfois chercher des heures comment faire un double de clé ou acheter un tournevis. Rapporter mes bouteilles de bière à la mémé du bas qui en tirera un demi yuan. S’arrêter ensuite auprès des vendeurs de rue et essayer les spécialités inconnues. Mêmes nauséabondes.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

De cette année, j’ai aussi gardé le goût de la découverte et de l’inattendu. Le plaisir de s’ouvrir à l’autre. Même si ça prend du temps. Pour moi du moins.

De cette année j’ai gardé un profond amour de la Chine. J’y suis retournée et j’en suis repartie plusieurs fois: les hasards de la vie. Trois ans plus tard, j’y ai rencontré Papa-Tout-Terrain. Il atterrissait alors tout juste à Shanghai. A notre premier rendez-vous, je l’ai invité dans un boui-boui d’un quartier populaire. Manger avec les doigts des écrevisses épicées. On les décortiquait à la main, les bras chaussés d’immenses gants en sacs plastiques. Il n’y avait pas un étranger à la ronde. Il m’a crue folle, ce jour-là. Mais j’ai quand même fini par l’épouser.

 

 

 

Note: J’ai malheureusement perdu l’ensemble de mes photos de Shanghai, de cette époque. La majorité des illustrations de ce billet sont donc des photos de Xitang, une jolie ville d’eau, proche de Shanghai.

 

 

Mes débuts en Chine

Je voulais vous parler de mes premiers voisins de Shanghai. Un couple de petits vieux tout ratatinés, adorablement souriants, curieux comme de petites fouines affectueuses, et authentiques comme on n’en verra bientôt plus à Shanghai. Mais pour comprendre mes voisins, il vous faut d’abord connaître mes débuts en Chine, mon quartier chinois, mon appartement, comment j’y ai atterri, et combien j’y ai souffert du froid et de la proximité « à la communiste ». Voici, en vrac, de beaux souvenirs et quelques anecdotes honteuses de ma découverte de la Chine. Mes voisins, eux, suivrons au prochain numéro.

Cette histoire a commencé en août 2004, quand je suis arrivée à Shanghai pour y étudier. Dans le taxi qui m’a ramenée de l’aéroport, j’ai entamé la conversation en mandarin avec le chauffeur, un escroc fort avenant. Il ne m’a fallu que quelques phrases pour découvrir que j’étais tout bonnement incompréhensible pour un Chinois normal.

Et j’ai payé ma course trois fois le prix normal.

 

Premières galères de mes débuts en Chine

Les premiers mois, j’ai vécu dans une résidence universitaire pour étrangers. C’est là que m’avaient aiguillée les organisateurs de mon échange. Ce que j’ignorais alors, c’est que je ne serais pas mélangée aux étudiants chinois. A l’origine, cette ségrégation prenait certainement ses racines dans des risques de déviance politique. La Chine s’ouvrait déjà beaucoup en 2004, et là n’était plus vraiment la question. J’ai toujours pu fréquenter tous les Chinois que je voulais, et conversé librement avec eux. En revanche, les chambres pour étrangers étaient simples ou doubles, quand les étudiants chinois vivaient à dix ou douze. Et ils n’avaient pas le chauffage.

Lilong - Shanghai - 2012

Mon absence de chinois et moi-même avons d’abord connu des temps difficiles. Les premières semaines, je n’ai pas réussi à trouver la cantine de l’université. Ni à la demander. J’ai découvert en revanche, un marché tout proche, qui me permettait de m’approvisionner en carottes. Que je mangeais crues. J’ai un jour tenté une sortie au restaurant. Faute de pouvoir déchiffrer la carte, j’ai montré à la serveuse une ligne au hasard. Elle m’a posé des tas de questions incompréhensibles. J’ai opiné du bonnet, d’un air décidé. Alors elle m’a servi un Coca. Et c’est tout. J’ai conclu, de retour chez moi, en un somptueux dessert de carottes crues.

Quelques mois plus tard, ayant travaillé le chinois d’arrache-pied, j’avais beaucoup progressé. La proximité avec les autres étrangers était très sympathique, mais je commençais à regretter de ne pas fréquenter de « vrais » Shanghaïens au quotidien. J’ai alors décidé de m’installer seule, dans un petit quartier modeste à côté de mon université.

 

L’accord du Parti Communiste

Il a d’abord fallu que j’obtienne l’autorisation de la branche locale du Parti Communiste. On ne s’installe pas n’ importe où sans l’aval du Parti. A l’endroit qu’on m’avait indiqué pour le rendez-vous, je suis tombée sur une grosse matrone rubiconde qui prenait un air important.

Comme il faisait très froid, elle m’a servi un verre de thé. Elle a sorti un de ces immense thermos qu’on voit partout en Chine traditionnelle. On y conserve l’eau, bouillie le matin, pour tous les besoins de la journée. Elle a versé l’eau dans un verre tout mou, tellement le plastique était fin. Puis déposé une pincée de feuilles de thé sur le tout. J’étais une invitée de marque: aux gens ordinaires, on n’offre que de l’eau chaude.

Ca ne m’arrangeait pas tellement cela dit, car la consommation de ce genre de boisson n’est pas aisée. Point de sachet ou de passoire: on faut composer avec les feuilles. Qui se jettent dans la bouche dès la première gorgée. Les Chinois les crachent par terre. Moi pas. Je n’arrive pas à me débarrasser de mes habitudes d’étrangère. J’essaie seulement de repousser les intruses avec la langue. Ou en soufflant du nez. (Habilement à cause du verre mollasson.) Au pire, j’avale discrètement. Tout en poursuivant ma conversation d’un air dégagé.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Après une première impression plutôt autoritaire, la dame s’est finalement montrée gentille à mon égard. Et surtout très curieuse de qui je pouvais être. Pas pour moi personnellement, mais pour l’Occident que je représentais. Elle m’a en particulier posé cette question savoureuse pour qui a déjà parcouru le monde: « Alors, vous parlez l’étranger? »

Au terme de l’entretien, magnanime, la représentante du Comite de Quartier m’accordait l’autorisation de m’installer sur ses terres.

 

Les lilong, quartiers traditionnels de Shanghai

J’allais donc habiter dans un lilong, un quartier traditionnel de Shanghai organisé à la sauce communiste. Concrètement, un lilong est un gros pâté de maisons entouré de grilles, avec de vieux gardes décoratifs aux entrées. A l’intérieur, des allées rectilignes et toutes semblables. Bordées de bâtiments robustes, carrés et gris. Tous identiques. Sur la face nord des bâtiments, des escaliers mènent aux appartements. Toutes les fenêtres donnent sur le sud. Elles sont équipées d’un grand cadre métallique horizontal, sur lequel on couche de longues perches de bambou pour faire sécher son linge.

L’organisation urbaine communiste visait à l’origine à limiter les mobilités géographiques. Chaque quartier était équipé de l’ensemble des services nécessaires au quotidien. On y trouvait tout: l’épicerie, le cordonnier, la cantine, le dispensaire, l’école… Pas besoin d’aller plus loin. Et puis, hors de son quartier, on perdait ses droits à la gratuite scolaire et médicale.

Les gens qui vivent dans les lilong y habitent généralement depuis longtemps. Ils n’ont pas acheté leur logement: il leur a été distribue par l’Etat. Au jour où la propriété privée a été reconnue, l’appartement qu’ils occupaient est devenu le leur. A Shanghai, où le prix de l’immobilier a flambé, des tas de gens sont ainsi devenus riches sans lever le petit doigt. Aujourd’hui, beaucoup de lilong ont vieilli. Ce sont surtout des personnes âgées qui les habitent. Certains appartements vides servent d’adresse pour domicilier un enfant dans une « bonne » zone scolaire.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Nombreux lilong sont désormais en passe d’être détruits. C’est triste pour l’esprit de quartier. Mais compréhensible pour des questions de confort et de sécurité. Le jour où le quartier sera racheté pour être « réhabilité », ce sera le jackpot pour les habitants. En l’attente, beaucoup de Chinois conservent leur appartement. Même s’il est vide et hors d’état d’être utilisé.

 

A la recherche d’un cocon douillet

Un agent immobilier m’a fait visiter des dizaines d’appartements. Il était ravi de promener une étrangère et me présentait toujours à des tas de gens. J’étais au moins aussi ravie que lui. C’était pour moi une chance inespérée de visiter les intérieurs de « vrais » Chinois. Et l’occasion de papoter dans mon mandarin approximatif. Je lui racontais ma vie qu’il racontait ensuite à qui voulait l’entendre. En shanghaïen, souvent, parce que la vieille génération ne parlait pas toujours mandarin.

Une question revenait souvent. Est ce que j’étais mariée? (Non.) Comprenez un peu: il ne fallait pas que je devienne trop vieille. J’avais l’air bien en âge. D’ailleurs, si j’étais intéressée, il y avait plusieurs beaux partis à me présenter: de jeunes hommes qui possédaient une voiture! (Seuls 1 à 2% des Shanghaïens possédait alors une voiture.) C’était un signe évident de richesse, et donc, un facteur d’attractivité majeur auprès des fiancées potentielles. L’argument de vente n’a pas suffi à me convaincre: je suis très fleur bleue. J’ai décliné poliment.

J’avais de grandes espérances, quant à mon futur appartement. Mais j’ai vite revu mes prétentions à la baisse, une fois confrontée à la réalité de quelques visites. Il me faudrait d’abord me résigner à avoir froid. Les montants des fenêtres n’étaient jamais découpés droit, et laissaient passer plusieurs millimètres d’un froid cinglant et sifflant, entre les interstices d’avec les murs. Les portes ne fermaient pas jusqu’au plancher, non plus. A quoi bon, dans ces conditions? Et souvent, la cuisine, avec brûleurs au gaz, était ouverte sur l’extérieur, par crainte des accidents. Pourquoi se gêner…

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Le froid

Il est normal à Shanghai d’avoir froid l’hiver. Dans les années soixante, les communistes n’avaient pas assez de charbon pour chauffer tout le pays. Ils ont alors découpé la Chine en deux. Le nord serait chauffé. (Ce n’est que justice pour les habitants de Harbin qui subissent des températures de trente degrés en dessous de zéro.) Mais point de chauffage pour le sud. Par malchance, Shanghai s’est retrouvée tout au nord du sud. Pourtant, il y fait plutôt froid l’hiver. Et humide, aussi. Bref, un climat idéal!…

 

Les Shanghaïens sont habitués à ces conditions glaciales. Ils vivent six mois de l’année en doudoune molletonnée et en bonnet, dans leur appartement. J’ai parfois été invitée à manger chez des locaux: on passe à table en manteau, en bonnet et avec des mitaines. (Les gants, ce n’est vraiment pas pratique pour manœuvrer les baguettes!)

 

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu les plus grandes difficultés à m’habituer au froid chez moi. Certains jours ont été franchement rudes. Je garde en particulier un traumatisme vivace de la fois où j’ai retrouvé un bol d’eau qui avait congelé… dans l’évier de ma cuisine.

Par bonheur, j’avais tout de même un appartement « climatisé », ce qui n’était pas systématique dans mon quartier. En utilisant la climatisation en mode inversé, je pouvais chauffer la chambre à une quinzaine de degrés. C’était suffisant pour survivre. Et aussi pour faire littéralement suffoquer une amie chinoise en visite. Par politesse, j’avais poussé un peu la clim. Mais par politesse, elle avait refusé. Par politesse toujours, j’avais laissé le chaud. Je l’avais vue alors tourner au rouge pivoine, puis se dévêtir couche après couche d’une superposition incroyable d’habits molletonnés, avant de me supplier d’éteindre le chauffage. Ce n’était pas de la politesse, donc. Elle avait vraiment très chaud.

 

Cuisine et salle de bain: le grand luxe!

J’ai trouvé mon appartement en quelques jours, grâce à la patience et au zèle de mon agent immobilier. Sans surprise, j’y étais mal chauffée. Mais mon ange gardien avait néanmoins fait des merveilles en me dénichant un endroit équipé de la fine fleur du confort moderne: une cuisine et une salle de bains.

Au cours des premières visites, j’avais en effet découvert avec stupéfaction que de nombreux appartement ne possédaient pas de cuisine. Dans ces cas-là, le couloir d’accès était équipé de deux ou trois brûleurs à gaz, partagés avec les voisins directs, et sur lequel chacun cuisinait à tour de rôle. L’évier était soit dans la maison, soit également sur le palier. Malgré mon esprit aventurier, je n’ai pas franchi le pas. La notion de ce qui est privé était trop importante à mes yeux. Recadrage avec l’agent. Tant que vous y êtes, ça serait super sympa aussi d’avoir une salle de bain, d’ailleurs…

Je ne l’avais jamais réalisé avant… Mais à la réflexion… Ca alors, c’est vrai que je n’avais pas vu de salle de bain chez la plupart de mes amis shanghaïens! En y regardant mieux, lors des invitations chez mes copains chinois, les produits pour se laver étaient la plupart du temps rangés en rang d’oignon le long de l’évier. Et en sortant des toilettes, on m’orientait vers le point d’eau de la cuisine, pour me laver les mains. D’ailleurs, après avoir fait le tour des lieux (les appartements de la Chine communiste sont vraiment tout petits), il ne restait de toute évidence aucune porte cachée, qui aurait pu dissimuler une salle d’eau.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Prête à emménager

Bref, l’appartement dégoté par mon agent m’a sur le moment semblé un petit miracle. J’avais une chambre, un salon, et une pièce centrale de vie, dans laquelle avaient été découpées à la serpe une petite cuisine et une minuscule salle de bains. Les cloisons étaient mal finies et un peu bancales, mais le confort moderne était là!

Mon appartement devait compter trente ou trente-cinq mètres carrés. Soit cinquante-cinq mètres carrés sur le contrat, car en Chine, on compte aussi la surface des murs, le palier, et le paillasson des voisins. « Mais c’est un logement pour au moins quatre personnes! », me feront remarquer des voisins. « Vous devez vous y sentir seule… » Dans cette Chine si densément peuplée, la promiscuité est en effet la norme.

A l’heure de mon installation, je crois que j’étais attendue dans le voisinage comme une riche étrangère un peu excentrique… Je pense ne pas les avoir déçus. Moi en tout cas, je n’ai pas été déçue…

 

(La suite est ici…)

 

 

Liebsters Awards!!!

La semaine dernière, Maman Délire m’a nommée aux Liebsters Awards. Merci d’avoir pensé à moi! Ca m’a beaucoup touchée. J’étais d’ailleurs tellement contente que j’ai tout de suite téléphoné à Papa-Tout-Terrain pour tout lui raconter, sans penser qu’il était dans une réunion très importante avec un gros client Chilien et que son client était un peu moins enthousiaste que moi, a priori.

Je réexplique le principe des Liebsters Awards pour tante Georgette qui ne lit pas le blog de Maman Délire (et elle a bien tort. D’ailleurs si toi non plus tu ne le lis pas, je t’encourage à y faire un tour, en commençant par exemple par ce billet que j’ai découvert récemment par hasard et qui m’a autant amusée qu’affolée par anticipation)

Le principe est de faire connaitre des blogs qu’on aime en créant une « chaine d’estime » entre blogueurs. Il faut:

  • Écrire 11 choses sur soi
  • Répondre aux 11 questions de la personne qui t’a nominée
  • Nommer à ton tour 11 nouveaux blogs et leur poser 11 questions
  • Mettre des liens vers leur blog & les informer de leur nomination
  • Informer la personne qui t’a nominée que la tâche est accomplie

 

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11 choses sur moi…

  1. J’ai failli ne jamais rencontrer Papa-Tout-Terrain. Je travaillais de nuit à ce moment là et j’avais organisé depuis deux semaines mon remplacement pour la soirée par un chef d’équipe. Au moment où j’arrive sur les lieux de la fête, je reçois un coup de fil de mon chef d’équipe: « Eh, vous pourriez revenir à l’entrepôt tout de suite s’il vous plait? » « QUOI??? » « Ben oui, j’avais oublié, c’est l’anniversaire d’un pote ce soir et je voulais y aller… » Bref, j’ai dit non puisque j’avais l’homme de ma vie à rencontrer ce jour-là.
  2. J’ai le permis de conduire français, le permis chinois et le permis thaï. J’aimerais apprendre à conduire des poids-lourds et des chariots à mats rétractables mais je n’ai jamais pris le temps.
  3. Je suis terrorisée par les enfants (sauf les miens, hein). Quand on me confie un enfant, j’ai terriblement peur de ne pas le rendre dans un état correct, de lui apprendre des gros mots, de déclencher chez lui des réactions inconnues… Du coup, en vertu du principe de précaution, je garde autant de distance que possible avec les petits bouts que je vois, mais avant tout pour leur bien.
  4. Je sais dire « la queue de l’écureuil » en dialecte autrichien. C’est très utile à replacer en société.
  5. J’ai appris le latin et le grec ancien, et je caressais dans ma jeunesse l’espoir de devenir prof de lettres classiques. L’idée d’avoir des élèves m’a fait reculer et je pense que j’ai bien fait (voir point numéro trois).
  6. Je me suis fait confisquer mon appareil photo à Tbilissi après avoir pris en photo l’ambassade américaine en Géorgie. J’étais jeune et tête en l’air et j’ignorais alors qu’il est strictement interdit de photographier les ambassades.
  7. J’ai appris le chinois après avoir rencontré par hasard trois hongkongais tres sympas en Angleterre, mais qui parlaient trop mal anglais pour qu’on arrive à communiquer. Bon,à ce moment-là j’avais un peu sous-estimé la difficulté d’apprendre le chinois. Et en plus j’ai appris le mandarin alors que mes amis parlaient cantonais. Mais il n’y avait pas cantonnais à la fac…
  8. Je mange absolument de tout, y compris les mets les plus exotiques, et j’adore découvrir de nouveaux plats. Il n’y a que deux choses que je déteste depuis l’enfance: le bifteck haché et le poisson pané.

(Bon, je m’arrête à huit. C’est très bien, huit).

 

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Maintenant je réponds aux 11 questions de Maman Délire

  1. Quel est ton plus ancien souvenir d’enfance? Le jour où notre premier four à micro-ondes est arrive à la maison. Il ne marchait pas et mes parents se sont entêtés toute la journée à essayer de faire chauffer des verres d’eau dedans. Et ce ne chauffait pas. J’avais trois ans. A la réflexion, il est follement excitant, mon premier souvenir, non?
  2. Quel métier exerces-tu dans ta vie rêvée? J’adore mon métier actuel et je n’ai pas envie d’en changer. D’ailleurs, si le Dieu du travail voulait bien m’envoyer un nouveau contrat je ne dis pas non. Sinon, j’aurais aimé être producteur de film ou directeur d’aéroport. J’aime bien les fonctions d’organisation et de gestion de flux touffus.
  3. Raclette ou tartiflette? Rhaaa! Les deux mon capitaine! Ca fait un an qu’on n’est pas rentrés en Europe, et je suis en manque de fromage. En manque grave. Raclette, tartiflette, aligot, fondue, nous prenons tout! Avis à nos hôtes des vacances de Noel…
  4. Ton Disney préféré? (mais si t’as forcément un Disney préféré !!) J’ai plein de Disney préférés, mais en ce moment, j’ai surtout plaisir à regarder ceux que kiffent mes garçons, à savoir Le Livre de la Jungle et Merlin l’Enchanteur.
  5. Tu es parachuté sur une île déserte, tu as droit à 3 objets… Petit hommage à ma grand-mère adorée: je prendrai du saucisson et du chocolat. (Vous noterez que c’était une femme de goût!) En troisième élément, je prendrai toute ma famille. (Il me faudra donc beaucoup de saucisson et de chocolat, s’il vous plait).
  6. Quel est le sport que tu détestes le plus? Le tennis. Ca m’ennuie à un tel point que je n’ai toujours pas compris les règles. Il parait cependant que c’est enfantin. Par soucis d’honnêteté, on va donc dire que je n’ai pas cherche à comprendre les règles et que j’ai débranché mon cerveau à chaque fois qu’on a voulu m’expliquer. Je sais juste qu’il faut garder la balle à l’intérieur des traits.
  7. T’as prévu quoi pour le 31? Le 31 nous serons dans l’avion. Du coup pas de fête pour nous. A la place on va faire la police pendant douze heures pour garder les enfants tranquilles. Ca fait partie des petits sacrifices de la vie à l’étranger.
  8. Tu es plutôt réincarnation, paradis, le néant…? (oui elle envoie du lourd celle là !) Je suis néant à donf. A tout hasard… En cas de réincarnation, s’il vous plait, je veux être réincarnée en durian. Ca me fera bien rigoler si je suis mangée par des néophytes. Et puis pour le paradis, on va éviter, si possible. Je préfère l’enfer. Au moins il y a de l’action là-bas!
  9. Ton apéro favori? Avant de connaitre Papa-Tout-Terrain, le Pastis. Maintenant le Ricard. Il parait que par chez lui, c’est trop la honte de servir un Pastis, c’est manquer de respect à ses invites!
  10. Ton péché mignon? Il y en a tellement en fait… Tout le plaisir est de varier. Mais là tout de suite, j’aurais très envie d’une charlotte au chocolat.

 

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… Puis je nomine onze blogs pour les Liebsters Awards…

Ahlàlà, c’est très difficile, car il y a beaucoup de blogs que j’aime! Maman-Délire a très bon goût, d’ailleurs, puisqu’elle a déjà nominé plusieurs blogs qui me plaisent énormément! Alors j’appelle…

  1. Appellation Maman
  2. Belle Mam’
  3. Bibliblog
  4. Caribbeanstyle
  5. Charlotte aux Petits Pois
  6. Le Grand Bond au Milieu
  7. Miss Lune
  8. Nos racines sur 4 continents
  9. Ogresse de Compagnie
  10. Rose comme Trois Pommes
  11. Themetis

 

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… Et mes onze questions seront…

  1. A quelle époque aurais-tu aimé vivre?
  2. Quel est l’endroit au monde qui t’a le plus marqué?
  3. Quels sont tes projets pour 2017?
  4. Quel est ton pire défaut?
  5. Qu’as-tu demande au Père-Noel?
  6. Quels sont les prénoms que tu aimais, mais que tu n’as pas choisis pour tes enfants?
  7. Qu’est ce qui te rend heureuse?
  8. Si tu écrivais un roman, quel en serait le titre?
  9. Quelle est ta recette fétiche? Veux-tu bien la partager avec moi?
  10. Quels sont tes rêves?
  11. Quel a été ton plus grand moment de solitude?

 

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Star en Chine – Gloire et désillusion

Les Occidentaux sont souvent objets de curiosité en Asie. Dans les zones peu développées au tourisme, nous sommes régulièrement hélés, observés sous toutes les coutures, commentés pour nos particularités physiques, et bien sur largement photographiés. La tendance s’accentue d’ailleurs à mesure que la famille s’agrandit.

Mais même sans enfants. Combien de fois Papa-Tout-Terrain ne s’est-t-il pas fait arrêter par un curieux, avide de contempler les poils de ses bras… Un chauffeur de taxi lui a même un jour demandé la permission de le caresser! Et chacun de s’esbaudir du moelleux de sa pilosité blonde et fournie. Il faut dire que par ici, on est plutôt glabre de nature…

 

La Chine et le regard

La Chine étant longtemps restée fermée à l’international, l’observation d’un étranger était encore un événement exceptionnel pour bon nombre de Chinois, alors que j’étudiais à Shanghai au début des années 2000. D’autant qu’en Chine, on regarde sans pudeur. On regarde parce qu’on veut voir. Et on détaille l’objet de son intérêt aussi longtemps que nécessaire. Etant moi-même souvent « l’objet », je m’en suis vue fort mal à l’aise dans les premiers temps. Je trouvais souvent l’œil un peu trop intrusif. On me jaugeait de la tête aux pieds, en insistant sur les zones dignes d’intérêt. Bref, c’était un chouia déstabilisant.

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Et puis je me suis habituée. Finalement, c’est normal, et chacun fait de même. On regarde et on commente. L’on est regardé et l’on est commenté. L’usage est plutôt d’être très descriptif dans ses observations. A quelqu’un de gros, l’on dira facilement « Tu es gros. », mais c’est plus une constatation qu’un jugement de valeur. Dans la rue, j’ai très souvent entends souvent: « Une étrangère! ». C’est vrai. Je suis étrangère. On m’a souvent dit, également: « Tu es frisée ». C’est exact. Rien à ajouter!

Parfois, certains regardent un peu trop fort, tout de même. C’est ainsi qu’un jour, un jeune homme à vélo m’a dévisagée tellement longuement qu’il en est entré dans un mur. (Je ne vous raconte pas combien il m’a été difficile de réprimer mon fou rire, pour ne pas le vexer.) La curiosité comporte ses risques…

 

Mon heure de gloire

A cette époque, j’aimais vagabonder le dimanche, dans le parc Lu Xun, tout proche de mon université. Je me plaisais à observer les flâneurs dans leurs traditionnelles occupations dominicales. L’un calligraphiait des poèmes à même le sol. Un autre promenait la cage de ses oiseaux. D’autres encore jouaient aux dames chinoises, dansaient des tangos étonnants ou chantaient des airs d’opéra traditionnel. Naturellement, j’observais autant que j’étais observée. Et je photographiais autant que j’étais photographiée.

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Car c’est lors de mes premiers jours en Chine que je découvris, à ma grande surprise, que mon physique –très banal au demeurant- était source d’un grand intérêt. Régulièrement, de jeunes gens rougissants de timidité, me demandaient de poser avec eux, le temps d’une photo. (N’ayant souvent pas l’équipement nécessaire, les générations plus âgées se contentaient d’écarquiller les yeux pour ne rien louper de mon passage.) Je me sentais un peu illégitime dans cette célébrité nouvelle, qui ne tenait qu’à mes yeux ronds et à mes cheveux bouclés, mais j’essayais d’accueillir mes admirateurs avec gentillesse et moult sourires. D’abord c’était la moindre des choses parce qu’ils étaient toujours très gentils. Et puis ces sympathiques rencontrent constituaient toujours une occasion rêvée pour pratiquer un peu de mon mandarin bancal.

 

Aux côtés de vraies stars…

Mais je n’avais encore rien vu. Un dimanche, j’invitai Lucius et Johannes, deux de mes amis allemands, à partager l’une de mes promenades. Nous n’étions pas plus tôt entrés dans le parc Lu Xun qu’une horde de jeunes Chinoises enamourées nous talonnait, nous hélait, nous mitraillait. Nous fûmes plus que jamais interrompus dans notre promenade pour des photos et poses en tous genres, mais cette fois-ci, on me demandait presque toujours de m’écarter du cadre. Il faut dire que Johannes et Lucius étaient de grands blonds aux yeux bleus – autant de denrées exceptionnelles pour la Chine.

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Je remarquai d’ailleurs que Lucius avait plus de succès, et de loin. Sous le sceau de la confidence et avec une tête très amoureuse, une amie chinoise m’expliqua un jour que c’était à cause de la coupe de cheveux de mon ami: il ressemblait à Leonardo Di Caprio. Bien que perplexe quant à la ressemblance, j’imagine bien que l’argument était de taille.

 

Désillusion

Le décor est planté. J’en viens aux faits, ou plutôt à un grand moment de solitude… C’était encore dans le parc Lu Xun, d’ailleurs. Alors que je me promenais à la faveur d’une belle après-midi printanière, j’avisai un groupe d’une bonne douzaine d’étudiants chinois, dans une séance photo improvisée. Leurs poses mi-comiques, mi-romantiques m’amusaient. Je m’arrêtai pour les observer un instant.

Naturellement, ces derniers s’aperçurent vite de ma présence. L’un d’eux, plus téméraire, me fit signe de m’approcher. Et tout le groupe de me héler à la suite, pour me faire me hâter. Diantre qu’ils étaient enthousiastes! J’étais proche de l’apogée de mon succès! Paisiblement, je m’installai au centre au groupe, affichant mon sourire le plus ravageur.

Regards étonnés. Puis un peu gênés. Flottement. Murmures et jeux de coude dans le groupe pour désigner un porte-parole: « You not here. You take picture. » (« On n’a pas besoin de vous sur la photo. Vous, vous prenez la photo »).

 

Vous aussi, on vous a déjà regardé avec particulièrement d’intensité, à l’étranger? Avez-vous des anecdotes marrantes à partager?

 

Le soir où j’ai mangé deux kilos de canard

Eté 2006. J’ai vingt-trois ans.

Après une longue année en France, je viens de retrouver la Chine que j’aime tant. Je vais y travailler tout l’été, dans une petite ville provinciale. Je me réjouis de cette occasion de découvrir la Chine des campagnes!

C’est la fin de mon premier jour de travail. Ce soir, pour fêter ça, je me fais un restau! Même toute seule! Je salive d’avance, en pensant aux spécialités locales que je vais retrouver.

Il est dix-neuf heures. Petit contretemps: je découvre que la ville a fini de diner. Les habitants d’ici se lèvent tôt et se couchent tôt. Les restaurants sont déjà fermés. La campagne est bien différente de Shanghai, qui ne dort jamais!

Coup de chance.

J’avise un établissement encore allumé. C’est un restaurant de fondue chinoise. L’on y fait cuire ses aliments à table, dans le bouillon d’une grande marmite. Il s’agit généralement de lieux de convivialité. Rares sont ceux qui y mangent seuls. Mais il est hors de question que je revoie mes plans. Ce soir c’est restau!

« Vous servez encore? » Le jeune serveur maigrichon a la mine sympathique. Il doit un peu s’ennuyer. Le restaurant est certes complètement vide, mais le décor est chaleureux. Je n’y serai pas mal.

Fondue chinoise / Hot pot / Huo guo

Point de menu en anglais, ni d’images: il n’y a pas d’étrangers dans le coin. Je fais appel à tous les caractères chinois dont je me souviens, et tente de les coordonner avec mes préférences culinaires. Je choisis un bouillon épicé. Puis du potimarron, du pak choï, des champignons, du tofu. Tiens du canard… Pourquoi pas! Oui, du canard. Et une sauce… Zut j’ai oublié le nom des sauces. Et elles ne m’évoquent rien à la lecture. Tant pis, je ferai sans.

Le serveur relit ma commande et insiste au niveau du canard: « si jin wu?!? »

Je ne comprends pas.

Je le fais répéter. Non, je ne l’ai toujours pas. Bon en même temps il a dit « canard » et du canard, c’est bien ce que je veux. Alors je fais comme beaucoup de monde dans ces cas-là: je sauve les apparences. Je prends mon air le plus convaincu et confirme que oui c’est parfait!

Le service est toujours très rapide en Chine. Une jeune fille arrive presque immédiatement avec une grande casserole de bouillon. Une minute plus tard, deux autres employés m’apportent les plats de légumes.

Aïe. Les serveurs ne rentrent pas en cuisine. Ils restent à côté de ma table à m’observer en faisant le pied de grue. Vu le désert de clientèle, ils ne doivent plus avoir beaucoup de travail. Et-en toute modestie- je suis très intéressante: ce n’est sûrement pas souvent qu’ils voient des étrangers. C’est un peu contrariant car j’aurais aimé profiter en paix de mes retrouvailles culinaires avec la Chine.

En même temps, c’est très culturel, justement. C’est la vraie Chine. Regarder avec insistance, fixer un inconnu à cause d’une particularité physique ou parce qu’il semble exotique n’a rien d’impoli, ici. C’est la norme. Peut-être est-ce la surveillance omniprésente du temps du communisme qui a autant décomplexé le regard sur l’autre…

Entre temps, deux préposées à l’épluchage des légumes ont migré depuis les cuisines, avec leur grande bassine. Elles se sont installées à une table proche, avec vue sur moi, mêlant ainsi l’utile à l’agréable, et les corvées à la satisfaction de leur curiosité.

Chacun me regarde avec intensité.

Enfin, arrivent le serveur du début et le canard. En réalité, ce n’est pas du canard, mais UN canard. Un canard coupé en morceaux dans un grand saladier. Tout se consomme en Chine. Je vois bien le cou de l’animal. Ah bah oui! Et la tête! (On m’avait dit un jour, que la manger donne de jolis cheveux.) Et les pattes palmées!

… Et une mémé m’apporte, dans un bol, le dernier élément manquant: le sang coagulé de la bête.

Si l’on calcule bien j’ai maintenant sept spectateurs. Sans compter le canard qui semble me narguer depuis son saladier. Tout d’un coup j’ai moins faim, mais quand faut y aller, faut y aller.

J’essaye de faire abstraction des regards qui me fixent, en me concentrant sur mon bol et mes baguettes. Je commence à faire cuire mon canard. Et je mange. Vite d’abord, vu l’ampleur de la tâche qui m’attend. Puis moins vite, par effet de la satiété. Je me fixe des objectifs: encore cinq bouchées et je pourrai boire une gorgée de bière…

Vous vous demandez sans doute pourquoi, comme n’importe qui, je n’ai pas laissé tomber mon canard et mes spectateurs, une fois rassasiée.

Eh bien je n’ai tout simplement pas osé.

J’ai pensé un temps offrir à mon assistance de partager ce canard, mais s’ils l’avaient mal pris?… J’aurais pu partir en laissant la moitié des mets non consommés, mais quelle image aurais-je donné des étrangers!… Planquer des bouts de canard dans mon sac? Irréaliste, tant j’avais d’observateurs. Et quel cliché étonnant des étrangers aurais-je alors été véhiculée! Un « doggy bag »? Je n’en n’avais jamais vus dans ce type de restaurants… Et ç’aurait été à moitié avouer mon erreur…

Bref il m’a semblé à ce moment-là que la meilleure solution était de me prétendre affamée et de manger ce qu’il y avait dans mon assiette d’un air guilleret. Et j’en suis venue à bout! De toute évidence, ça n’a pas été les instants de plus grande clairvoyance de mon existence.

Sur le chemin du retour, la panse lourde, j’ai cherché à reconstituer le déroulement de la soirée et comprendre ce qui avait bien pu clocher. D’habitude dans ces restaurants, les viandes sont servies en portions découpées à taille humaine…

… Et c’est là que j’ai eu une illumination post-mortem: « si jin wu! »… Ah oui! C’est ça! Ca voulait dire « quatre livres et demie! »… Je me suis soudain sentie allégée d’un grand poids.

L’histoire ne dit pas ce qu’ont pensé mes sept spectateurs. J’imagine qu’au coin du feu, ils racontent désormais à leurs petits enfants comment un soir, une étrangère a enfilé sous leurs yeux ébahis un canard entier. Ou serait-ce un sanglier?…

Potimarron farci - plat du nord de la Chine

 

Choc des cultures et anecdotes futiles

J’avais commencé un billet intitulé « Le Mirage de la Différence Culturelle »…

En introduction, je revenais sur une anecdote professionnelle qui m’avait particulièrement irritée. Un jeune homme de mes équipes avait refusé d’accomplir une tâche simple, réalisable suivant des critères totalement objectifs, en prétextant la différence culturelle. Mais mille milliards de mille sabords, ouvrir un Excel et faire un bon sang de diable de calcul, c’est pas une question de différence culturelle! Il suffit de le faire au lieu de passer trois heures à m’expliquer pourquoi c’est pas possible! D’une, c’est possible et de deux, le temps de trouver des excuses pour ne pas le faire, ce calcul, il aurait déjà été fini!

En l’occurrence, en creusant un peu, il s’est avéré que le jeune homme n’avait pas compris l’exercice. Plutôt que de demander et de risquer de se sentir pris en défaut, il avait préféré se réfugier derrière la notion assez vague de différence culturelle, qui n’avait rien à voir avec le schmilblick.

Je poursuivais mon billet en constatant que, même si on ne peut pas la nier, il est rare que la différence culturelle constitue un réel obstacle à la communication dans des contextes multinationaux. On s’adapte et on fait avec.

En revanche, ces différences et autres anecdotes futiles sont souvent dégainées pour servir des desseins cachés:

Je cherchais une conclusion, quand j’ai réalisé que vraiment, ce genre de réflexions philosophiques n’était pas pour moi. En revanche, j’avais encore tout un tas d’anecdotes marrantes à placer quelque part, mais je ne savais pas tellement où.

Qu’auriez vous fait à ma place?

J’ai effacé mon billet qui était bof de toute façon. Et j’ai ouvert une nouvelle catégorie sur mon menu: Choc des cultures et autres anecdotes futiles. Tadam!

Dormeurs de rue, en Chine

… Et j’espère bien commencer à vous y raconter ma vie dès la semaine prochaine.

Finalement, la différence culturelle, c’est un peu mon fond de commerce… (Tonnerre de Brest, mais je l’avais, ma conclusion!…)