Au revoir Thaïlande… Bonjour la Chine!

On a mis nos quotidiens dans les cartons. Puis les cartons dans le camion. Les déménageurs sont partis, ne nous laissant que des murs vides.

On a dit au revoir aux collègues, à l’école, aux amis. Essuyé quelques larmes en pensant aux beaux moments partagés.

On a rendu les clefs des voitures, les clés de la maison. Plus rien de matériel ne nous retenait en Thaïlande.

J’ai repensé aux jolis petits riens de notre vie d’ici. Ceux que je ne remarquais plus toujours mais qui me manqueraient. Aux fleurs de frangipanier tombées de l’arbre que me rapportait parfois Petit-Deux en rentrant de l’école. J’en étais tout émue à chaque fois. J’aimais l’odeur de ces belles fleurs blanches, que je portais à mon chignon pour le reste de la journée.

Au revoir Thailande - Fleur de frangipanier

J’ai jeté un dernier regard à notre arbre à mayongs. Ces petits fruits acides et âcres de la taille d’une cerise, et dont les enfants raffolaient. J’aimais beaucoup notre arbre, même si les mayongs ne m’ont jamais tellement plu. Trop acides à mon gout. Mais j’adorais voir les petits les grappiller en attendant le bus pour l’école. Souvent ils en mangeaient trop, et ca leur donnait la diarrhée.

Au revoir Thailande - Arbre a mayongs

Puis j’ai jubilé en pensant aux rats qui squattaient notre cuisine, grignotant nos réserves. Aux chauves-souris de notre grenier qui sentaient si mauvais. Puis aux centaines de geckos qui laissaient des crottes partout. Et aux serpents que nous craignions tellement. Ils ne nous manqueraient pas. Je leur ai mentalement dis au revoir avec soulagement.

Au revoir Thailande - Gecko

On n’avait plus que des porte-clefs vides dans les poches et nos treize valises. J’étais morte de trouille. Et si on faisait une bêtise? J’ai eu un peu envie de tout arrêter, de revenir en arrière, en terrain connu. Mais ça n’était plus vraiment le moment.

Nos valises

Quinze heures plus tard, 2,800 kilomètre plus au nord, et par quarante degrés de moins, nous voilà arrivés à la porte de notre nouveau chez-nous, Nanjing.

Deux de nos valises n’ont pas tenu le choc. Nous avons trois heures de retard. Notre poussette a failli finir ses jours dans une gentille famille chinoise un peu tête en l’air. Mais nous y sommes, avec le principal: nous cinq, en bonne santé, pleins d’espoir et de confiance. Avec le superflus aussi: Croque-Carotte, Où est Charlie?, Labyrinthe, Batawaf, un Rubicub, Gorilla, Pirat’Attak, Jungle Speed, l’Ile des Zertes, Petit Ours Brun, La Petite Poule qui voulait voir la Mer, et j’en passe…

Il est plus de minuit quand nous parvenons enfin à mettre les enfants au lit.

Dans une vague d’optimisme, nous avions fixé rendez-vous à l’école, pour le lendemain, à neuf heures.

Bonjour la Chine - Notre premiere vue de Nanjing

Aux premiers rayons du soleil, nous découvrons un Nanjing sous la neige. Mais l’heure tourne. Pas le temps de lambiner. Nous entraînons les enfants à peine éveillés et leurs cinq couches de pulls pour une énergique séance d’essayage d’uniformes.

170208 - La cravate

Au détour des conversations avec les personnels de l’école, nous découvrons que la Chine a beaucoup changé en cinq ans. Les téléphones portables et leurs applications polyvalentes tiennent désormais un rôle primordial dans la gestion des affaires courantes. On nous demande de scanner le QR Code d’un WeChat Account, qui nous tiendra au courant des événements de l’école… « Et pensez bien à vérifier chaque matin le niveau de pollution sur AirQuality China… » Oh, d’ailleurs, j’allais oublier, vendredi prochain, tout le monde doit venir en costume traditionnel chinois… Le plus simple est de les acheter en quelques clics sur TaoBao. Au fait, vous réglez vos uniformes avec WeChat Wallet ou AliPay?

Pris dans ce tourbillon de modernité, nous ajoutons une bonne demi-douzaine d’applications incontournables sur nos téléphones, qu’il nous faudra bientôt apprendre à maîtriser… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Bonjour la Chine - 170208 - Didi che

Loin de cette révolution technologique, dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, les enfants s’initient aux menus plaisir de l’hiver …

170208 - La buee

Quoi qu’il en soit, c’est décidé, avec ou sans applications, nous allons bien nous amuser, en Chine!

Si Satchanalai, Le Royaume de Sukhothai pour nous seuls

Notre traversée de Sukhothai a été brève. Un peu trop à notre goût. Nous aurons malgré tout eu le plaisir de nous imprégner à nouveau de l’atmosphère et des fastes passés de cette capitale, qui rayonna jadis sur toute la région. Quoi qu’il en soit, nous tenons également à revoir Si Satchanalai, deuxième ville du Royaume de Sukhothai, et qui conserve les vestiges de plusieurs sanctuaires bouddhistes dignes d’intérêt. Les sites y sont moins courus, les édifices moins refaits. Ils ont à nos yeux quelque chose d’encore plus magique.

 

Le parc historique de Si Satchanalai

Nous y sommes déjà venus, il y a trois ans. Mais curieusement, nous ne remettons pas du tout les lieux que nous découvrons. Tout est comme neuf. Tout, sauf un petit magasin que nous reconnaissons. Nous y avions acheté un beau vase en poterie, traditionnel de la région, pour mon grand-père, et un autre pour nous.

Nous prenons quelques forces en pique-niquant à proximité d’une petite ruine, avant de démarrer les hostilités. (Pique-niquer dans les ruines, c’est de famille!) Il s’agissait peut-être d’une enceinte sacrée, jadis. Alors, bien sûr, nous resterons à l’extérieur pour nous restaurer, profitant juste de la quiétude des pierres sombres et de la beauté des rayons de soleil qui jouent avec les feuilles. Quel environnement magnifique!

Pique-nique pres d'une ruine de Si Satchanalai

L’entrée de la zone archéologique ne nous rappelle rien non plus. Apres tout, nous ne sommes peut-être jamais venus? Qu’à cela ne tienne, la découverte n’en sera que meilleure!

Le parc historique couvre l’intérieur des murailles de la ville ancienne de Si Satchanalai, qui date de la seconde moitié du XIIIème siècle. Les vestiges s’étendent sur une surface assez vaste. Il est d’usage de les visiter à vélo, ou à bord d’une sorte de vénérable bus-train. Toujours pas de vélo pour nous, alors nous demandons au bus-train de nous conduire directement à l’extrémité opposée du parc.

Notre bus-train

De là, nous prévoyons de faire le retour à pied. Visage éberlué du chauffeur. Mais vous allez revenir comment? Ben en marchant. Il n’y a pas plus de deux kilomètres, tout de même… Regard d’incompréhension mêle de pitié pour les enfants. Il consent finalement à nous abandonner en contrebas du Wat Khao Phanom Phloeng. Non sans jeter quelques regards en arrière, pour s’assurer que nous n’avons pas changé d’avis…

 

Le Bouddha solitaire du Wat Khao Phanom Phloeng

Sur le visage des garçons, on lit également la consternation. Ils ont bien compris qu’il n’y aurait pas à tortiller: on allait marcher!

Wat Khao Phanom Phloeng trône en haut de l’une des deux collines jumelles, à l’extrémité de la zone historique. Le parc n’est déjà globalement pas très fréquenté, mais cet endroit est complètement désert. La grande volée d’escalier pour accéder aux ruines doit décourager la plupart des curieux. Tant pis pour eux. Nous, nous sommes déjà tout excités à la vue du Chedi qui se dessine au sommet. Alors on fait la course dans les escaliers. J’arrive bonne dernière, mais avec l’excuse que je dois trainer dix bons kilos de Miss-Trois sur mon dos, en plus de ma carcasse.

Nos efforts sont bientôt récompensés. Nous découvrons un ravissant sanctuaire du XIIIeme siècle, relativement bien préservé. Une salle de prière aux colonnades élancées, au milieu desquelles trône un énorme Bouddha. Et un Chedi en forme de cloche. Les lumières y sont particulièrement belles, dans la moiteur de la végétation tropicale. L’ombre touffue confère une émouvante douceur à ce Bouddha solitaire, qui veille sur la colline.

Wat Khao Phanom Phloeng

Au loin, on entend des bruits saccadés. Discordants et criards, bestiaux et mécaniques. Qu’est-ce que cela peut bien être? Papa-Tout-Terrain évoque l’idée d’une moissonneuse batteuse. (Ou d’une course de moissonneuses batteuse?) Nous sommes en pleine saison de récolte du riz, et on en voit effectivement plein les champs.

 

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous continuons en direction du Wat Khao Suwankhiri, sur la seconde des collines jumelles. Il faut redescendre, puis remonter. Ca râle un peu dans les rangs. Nous nous arrêtons régulièrement pour boire car il fait vraiment chaud. Et moite. Même les arbres ont l’air torturés. Et ca sent un peu le fauve. Le bruit des moissonneuses batteuses s’est intensifié. Etrange environnement perdu, arrivé tout droit d’un coin de l’Histoire. Si je ne savais pas où nous sommes, je serais presque un peu effrayée…

Oh regarde, c’est mignon… On voit un nid dans l’arbre! Ahhh! (Ca c’est moi, qui fait des Ahhh tout attendris, dès que je vois un bébé animal… Du coup mon état d’esprit change radicalement.) Et la Maman est en train de donner à manger aux oisillons!… Les oisillons sont de belles bêtes d’ailleurs: des grues presque adolescentes. On les montre aux enfants. Tiens, l’arbre voisin abrite également un nid, remarque Petit-Un. Non pas un, en réalité, mais deux, mais trois, mais mille. La forêt est le quartier général de millions de grues blanches! Et ce sont elles, les responsables de ce tapage que nous ne parvenions pas à identifier! Et de l’odeur fétide!

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous apprendrons a posteriori que ce coin est justement fort connu pour sa population aviaire par les Thaïs… ces derniers, d’ailleurs, ne se déplaçant sur le site qu’équipés de parapluies, par mesure de protection contre les fientes!

 

La richesse des décors de Wat Khao Suwankhiri

Nous atteignons enfin le Wat Khao Suwankhiri. Curieusement, les oiseaux se désintéressent des parties historiques. Nous sommes à nouveau seuls. Face à une énorme stupa. Et une plus petite pagode, en enfilade. Notre attention est attirée par quelques objets architecturaux remarquablement préservés. Des balustrades élancées. Des portes. Mais surtout des bornes ayant conservé leurs stucs d’origine, aux motifs travaillés et élégants. C’est si rare, sur des édifices datant de la période de Sukhothai! A la finesse de ces éléments secondaires, l’on peut s’imaginer ce que pouvait être la richesse du sanctuaire!

Enceinte de Wat Khao Suwankhiri

Encore plus émouvant, nous découvrons, de part et d’autre d’une encoignure de grès, les restes de deux traditionnels Yakshas, qui gardent les portes des temples. Leurs revêtements de stuc craquèlent et laissent apparaître leurs entrailles de latérite. Ils demeurent seuls aujourd’hui, témoins d’un passé grandiose qui sombre peu à peu dans l’oubli. Mais qu’ils ont dû être beaux, dans leur temps! Quelle finesse et quelle élégance, dans les courbures de leur taille et les décors de leurs parures!

Yaksha de Wat Khao Suwankhiri

Nous nous apprêtons à redescendre quand déboule en courant un étranger en cycliste et tee-shirt moulant. Drôle d’endroit pour un jogging! « Y a quelque chose, ici? » lance-t-il dans un anglais teinté d’un fort accent méditerranéen. Nous sommes au cœur d’un sanctuaire magnifique. Je ne suis pas sûre de bien saisir sa question. Je fais un geste vague de la main. Moue déçue. « Ah… ben y a vraiment rien, alors! C’était pas la peine de venir jusque là! » Et il tourne les talons et repart comme il était venu. Nous restons plantés là, médusés. Mais comme nous sommes très polis, nous attendons qu’il disparaisse pour éclater de rire. On pense qu’il a été déçu de ne pas trouver de statue de Bouddha. C’est dommage qu’il n’ait pas regardé le reste…

Porte et Yakshas de Wat Khao Suwankhiri

 

L’imposant Wat Chang Lom

Le retour est plus laborieux. Il n’y a qu’un seul chemin, et l’on doit redescendre à nouveau pour remonter sur la première colline, avant de rejoindre le reste des vestiges. Les enfants fatiguent. Petit-Deux insiste: « On va tous se donner la main! Ca m’encouragera! » Sauf que les ruines datent d’une époque où les gens n’étaient pas bien gros, et ne marchaient sûrement pas à cinq de front. Alors ce n’est pas commode.

Petit-Un se prend les pieds dans une racine mal placée et s’entaille la main. Au milieu des crottes d’oiseaux. Les enfants jetteraient bien l’éponge mais les grands pas du tout! Il reste trois magnifiques sanctuaires à traverser. Les « Trois Gros » que viennent habituellement voir les touristes de passage. Et de toute façon, comme on a renvoyé le bus-train, il faut bien revenir au point de départ…

Arrivee sur Wat Chang Lom

Nous nous rapprochons de la masse sombre du Wat Chang Lom. Il s’agit d’un imposant Chedi du XIVème siècle, soutenu au niveau du socle par des dizaines de caryatides d’éléphants. (De façon peu originale, « Chang » signifie « éléphant » en thaï… « Chang » est d’ailleurs également le nom d’une marque de bière, bien connue localement, et qui arbore deux éléphants sur l’étiquette.)

 

Toujours se méfier de potentiels francophones…

Papa-Tout-Terrain et les deux garçons caracolent en tête. Miss-Trois s’est endormie sur mon dos et je goûte au plaisir de découvrir le sanctuaire désert, en silence.

J’entends soudain s’approcher derrière moi un groupe de touristes. « Oh! » Je reconnais l’intonation française. « Ca alors!« … Malgre moi, je tends l’oreille. « Je n’aurais jamais cru que la route était aussi proche! » Sur ces sages parole, et sans s’être plus approchés du Wat Chang Lom, ils s’en retournent vers leur bus-train. Mon premier instinct a été de les condamner. A la réflexion, je dois leur concéder que tout le monde dit un jour ou l’autre des trucs bêtes, surtout lorsqu’on se croit seul à parler français… Toujours se méfier de potentiels francophones

 

Le temple bouddhiste, un espace de vie…

Je me concentre à nouveau sur le Wat Chang Lom. L’aspect massif et monumental du sanctuaire est renforcé par les majestueux animaux de sa base. Je note avec amusement que les éléphants sont bâtis de brique, et creux à l’intérieur. Ces caryatides n’ont donc clairement qu’un rôle décoratif.

Wat Chang Lom

Arrivée au pied du Chedi, j’escalade les grands escaliers de latérite pour atteindre la partie la plus sacrée de l’édifice: une promenade circulaire longeant une succession de niches qui abritent des figures de Bouddha assis. Toutes similaires. Toutes semblent d’ailleurs également sacrées, au vues des bâtons d’encens qui y brûlent et des offrandes disposées devant les divinités.

La promenade circulaire du Wat Chang Lom est clairement également devenue un lieu de repos et de flânerie. Un moine orangé et sa famille se sont installés à l’ombre du Chedi et papotent gaiement. Très légèrement, d’ailleurs puisque le religieux est tranquillement en train de fumer sa clope… Ce ne doit pas vraiment être autorisé dans la vie monastique, vu qu’il la dissimule vivement sur mon passage.

Moine a Wat Chang Lom

Dans nos religions monothéistes occidentales modernes, il me semble qu’il existe une dichotomie très nette entre zones religieuses et zones de vie. Je ne me vois pas faire la causette dans une église ou un monastère. Chez les bouddhistes en revanche, en dehors de zones très sacrées uniquement dédiées à la prière, les temples sont souvent le cadre d’activités quotidiennes légères ou joyeuses. Peut-être à tort, j’imagine comme tel, les périmètres de nos églises, au Moyen-Age.

 

Quand les enfants fatiguent…

Les enfants, clairement, ont atteint leurs limites. Les garçons ont refusé d’escalader le Wat Chang Lom. Ils jouent avec de petits cailloux, au pied du Chedi. Nous traversons rapidement les Wat Chedi Chet Thaew et Wat Nang Phraya, qui nous ramènent à la voiture. Beaucoup de murs ont disparu. Il est difficile de juger de l’architecture et du plan de ces temples. On distingue néanmoins du grand Chedi, un gopura, ainsi que de nombreux autels périphériques abritant des figures sacrées. L’atmosphère est paisible et agréable, dans une herbe verte et fraîche.

Wat Chedi Chet Thaew

J’ai malgré tout peu de temps pour en profiter à loisir. Petit-Deux a embourbé ses sandales dans un coin de pelouse marécageux, souvenir d’inondations récentes. Lui qui déteste avoir les pieds sales… J’éponge à la feuille d’arbre et à l’herbe. C’est sec mais toujours sale. Gros sanglots. Soupir. Je dégaine mes lingettes et remets les souliers à neuf. C’est mieux mais cela n’interrompt pas les gémissements de l’intéressé. « Et mes pieds, tu as vu mes pieds?… » Re-soupir. Nouvelle lingette. Je fais les pieds, en prenant grand soin de passer entre chaque orteil. (Je la mérite, mon auréole!) C’est bon! Cette fois-ci, ça ira, même si le pauvre semble vraiment fatigué. Il est vrai que nos balades s’enchaînent à un rythme très soutenu.

Le souvenir de l’on garde d’un lieu ou l’autre est toujours très lié aux circonstances dans lesquelles on l’a traversé. La seconde partie du parc historique de Si Satchanalai m’a naturellement moins touchée, moins émue. Je crois qu’il nous faudra y retourner, un jour, pour que je puisse mieux en profiter…

 

Découverte d’un mur extraordinaire…

Nous touchons enfin presque au but. Je vois déjà le grand portail de pierre qui nous mènera au parking. J’encourage Petit-Deux de la voix. Il bande ses forces pour la dernière ligne droite. Un peu à l’écart, Papa-Tout-Terrain avise un pan de mur protégé par un toit en plastique. Je n’ai plus le courage. D’ailleurs, a-t-on idée de faire des toits aussi moches?… Papa-Tout-Terrain fait le crochet. J’entends sa voix excitée m’appeler. « Faut vraiment que tu viennes voir ca! » Devant l’urgence, je laisse tomber Petit-Deux-Aux-Pieds-Sales et fonce le rejoindre.

Découverte d'un mur extraordinaire a Si Satchanalai

Le mur est décoré de stucs magnifiques. Dans le même style que ceux que nous avions observés sur les bornes du Wat Khao Suwankhiri, mais qui cette fois couvrent un pan de mur entier! Les volutes florales ont des motifs foisonnant incroyables. Et, en certains endroits, subsistent même des touches de peinture, vives et colorées, témoins du faste et des richesses passées de ces lieux de culte vieux de cinq cent ans. De l’architecture de Sukhothai, nous n’avions jusqu’alors vu que des murs nus et dépouillés. C’est une formidable surprise et une belle découverte, qui égaient nos représentations mentales de l’époque d’une toute nouvelle dimension, plein de magnificence et d’éclat! Je ne regrette pas le détour!

 

Les ruines perdues: objet favori de nos explorations!

Retour à la voiture. Chacun a faim et soif. Bataille autour de Bertha pour savoir qui pourra boire en premier. « Oh, pouf, le bouchon est tombé! » s’exclame Petit-Un. « Pouf » répète Miss-Trois ravie. Il a roulé sous la voiture… « Ah, t’as réussi à le récupérer? Bravo! » Miss-Trois bat des mains. Ce bébé sous-titre l’ensemble de nos conversations en onomatopées et dans sa propre langue des signes. Je trouve ça adorable, en toute objectivité, bien sur!

Les enfants sont si épuisés qu’ils ne tardent pas à s’endormir, tels un seul homme. Avec Papa-Tout-Terrain, nous profitons de ces rares instants de calme pour tourner un peu autour de Si Satchanalai. Révélation! Nous reconnaissons enfin les lieux! Mais bon sang oui! C’est bien des temples que nous avions découverts, trois ans auparavant. Il s’avère que la zone, d’une grande richesse archéologique ne comporte pas un, mais trois parcs historiques. En deux passages dans la région, nous les avons tous visités, et nous garderons de très bons souvenirs de chacun d’entre eux.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Plus encore, la zone fourmille de vestiges variés, perdus dans de petits coins de campagne, où la nature reprend peu à peu ses droits. Nous nous souvenons bien de l’endroit maintenant! C’est notre péché mignon et les enfants dorment, alors nous tournons encore près de deux heures dans les sentiers et les chemins, à la recherches de ruines perdues, jusqu’aux derniers rayons du soleil.

Nos explorations de ces ruines dissimulées aux regards de tous, tapies depuis des siècles au creux d’une nature touffue et immobile, resteront parmi les plus beaux souvenirs de nos voyages à la découverte de la Thaïlande historique.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

Beautés confidentielles de Kamphaeng Phet

Il y a trois ans, Kamphaeng Phet nous avait éblouis de ses vestiges médiévaux restés relativement confidentiels, quoique grandioses et majestueux. C’est donc avec enthousiasme que nous avions à nouveau programmé cette destination dans le cadre de notre week-end « Remonter le temps en Thaïlande« .

Le destin a voulu que cette visite tombe le jour de la cérémonie de crémation du feu Roi Bhumibol. Ce jour là, la Thaïlande entière se rassemblerait dans les centaines lieux officiels destinés au recueillement populaire, pour suivre les solennités sur écran géant, prier, et rendre un dernier hommage à Rama IX.

Nous n’aurions pas notre place dans ces rassemblements. Aussi avons-nous décidé de poursuivre nos visées touristiques, avec tout le respect possible pour le deuil de nos amis et nos collègues thaïs. Nous étions habillés en noir. (En sombre pour les enfants qui n’ont pas d’habits noirs.) Discrets et aussi silencieux que possible. (C’est-à-dire objectivement pas tellement silencieux, avec trois enfants en bas âge, même s’ils ont fait de leur mieux.) Et surtout, nous nous sommes tenus à l’écart des cérémoniaux. Il nous a semblé qu’une curiosité trop forte, de la part d’étrangers, aurait été malvenue.

Tout était fermé ce jour là. Même les 7-Eleven, ces petites épiceries de dépannage, ouvertes tous les jours et toutes les nuits de toute l’année. Une marque forte d’attachement à l’héritage du Roi Bhumibol. En cinq ans, nous n’avions jamais vu l’une de ces boutiques fermées!

Le gros des sites touristiques, en revanche, était resté ouvert. C’est une bonne illustration du pragmatisme asiatique, je trouve. Un pays qui vit du tourisme fait en sorte de préserver ses visiteurs des aléas de la vie nationale. C’est respectueux et efficace. Pas comme la Tour Eiffel qui ferme a chaque grève, quoi.

 

Le Parc historique du nord de Kamphaeng Phet

Les vestiges de Kamphaeng Phet sont répartis en deux parcs historiques. L’un se situe au centre-ville. Il consiste en deux temples royaux, qui avoisinaient un palais aujourd’hui disparu. Un kilomètre et demi plus au nord, l’autre parc historique comprend une trentaine de temples tapis dans une vaste forêt. Nous commencerons par celui-ci, dont nous avions donc moins bien pu profiter, trois ans plus tôt.

A l’entrée, un vieux garde nous reçoit avec le sourire. Il est vraiment très prévenant. Peu d’étrangers doivent passer par là, et surtout pas avec tout plein d’enfants (mignons). Il ne parle pas anglais mais nous donne un bon tas de prospectus sur le site –en thaï- pour nous être agréable. Il nous indique le Visitor Center.

Parc Historique de Kamphaeng Phet

Nous hésitons à entrer. A l’intérieur, tous est noir. Devant les gestes encourageants du garde, nous poussons tout de même la porte. Dedans, c’est un véritable congélateur. Deux jeunes gens –congelés donc- sont en train d’y regarder la cérémonie de crémation du Roi, assis par terre, sous un tas de couvertures. Pas plus anglophones mais tout aussi complaisants que notre premier interlocuteur, ils nous redonnent à nouveau un grand tas des mêmes prospectus.

Nous ne voulons pas les déranger. Nous leur faisons signe de retourner à leur télé et parcourons rapidement le petit musée. Trop rapidement hélas, car une vidéo préenregistrée diffuse des sons quelque peu inquiétants. Petit-Deux est mort de trouille et nous supplie de quitter les lieux au plus vite. On lit tout de même quelques intéressants encarts historiques pour replacer le site dans son contexte. Et surtout, on observe avec les enfants un modèle réduit du parc historique. Une bonne entrée en matière pour discuter ensemble des temples et de leur situation.

 

Retrouvailles avec Wat Avas Yai

Le parc est immense. Nous y visiterons sept temples, soient à peine un quart de ceux répertoriés sur la plaquette… Nous ne sommes pas des visiteurs qui visons à la productivité cela dit: ce nombre nous suffira amplement pour bien profiter des lieux avec les enfants. Dans le parc, il faut se déplacer en voiture car les distances sont grandes. Nous ne mettrons pied à terre que pour découvrir les vestiges.

Nous partons sans méthode. Essayant de jeter un coup d’œil aux édifices majeurs tels qu’indiqués sur le guide. Et nous arrêtant au gré de nos goûts, de nos intuitions, de la lumière ou des ombres, plus jolies ici ou là-bas, en fonction du moment.

Il suffit de traverser l’allée pour commencer à baigner dans les richesses siamoises. Wat Avas Yai n’est pas l’édifice le plus grand, ni le mieux conservé, ni le plus remarquable. Mais nous le parcourons avec l’allégresse de ceux qui retrouvent un vieil ami. Nous nous sentons bien et à notre place. C’est bien pour tous ces gros copains de pierre que nous étions venus!

Les garçons, de leur côté, ne tardent pas à découvrir de belles graines rouges et brillantes, qu’ils s’empressent de ramasser pour faire collection. C’est vrai qu’elles sont très belles, ces graines, d’ailleurs! Et pas facile à attraper dans les petits trous de latérite. Cela donne lieu à des stratégies intéressantes pour repérer le bon arbre, et le sol propice au ramassage… Bref, chacun se passionne bientôt pour ses propres activités tandis que Miss-Trois passe gaiement d’un groupe à l’autre, sans vraiment comprendre le sens de l’allégresse ambiante, mais bien décidée néanmoins à y prendre pleinement part.

Kamphaeng Phet - Wat Avas Yai

 

L’élégance sombre de Wat Sing

Un peu plus loin, c’est en silence que nous parcourons le ténébreux sanctuaire de Wat Sing. De sa pierre sombre et de ses lignes pures, il se dégage une grande sérénité, propice au recueillement. J’admire la beauté dépouillée de son bouddha principal. Le stuc d’origine a disparu. De la statue sacrée ne subsiste qu’une silhouette en briques de latérite. Une silhouette d’une élégance incomparable.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Un groupe de moines orangés visite le site en même temps. Leur pèlerinage a bien entendu des visées beaucoup plus religieuses que le nôtre. Ils prient beaucoup et photographient tout autant. Ironie de la société de consommation, ces vieux messieurs sensés vivre dans le dénuement sont équipés des mêmes téléphones portables dernier cri que les nôtres.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Du hall de cérémonie de Wat Sing, il reste quelques colonnades, ainsi qu’un Chedi qui aurait abrité des figures de bouddha, en direction des quatre points cardinaux. Nous découvrons qu’à un siècle de là, ce Chedi était encore recouvert de stucs et de peintures, et que les Bouddhas n’avaient pas encore disparu. Il semble donc que même dans une période très moderne, ces temples vieux de cinq cent ans se soient détériorés rapidement. C’est assez triste pour le patrimoine de la Thaïlande. Qu’en restera-t-il pour nos petits-enfants?

 

Wat Phra Si Iriyabot et son bouddha debout

De l’autre côté de l’allée, on distingue un bouddha, immense, dressé vers le ciel. Je me souviens très bien de cette image qui, il y a trois ans, m’avait coupé le souffle, alors que je l’entrapercevais pour la première fois. C’est le bouddha debout du Wat Phra Si Iriyabot, l’un des édifices les plus grandioses du parc.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Si Iriyabot

Du sanctuaire, il reste les bases d’une immense salle de prière (vihara) orientée à l’ouest, en direction d’un Chedi monumental. De ses vestiges, plutôt. Ce sont eux qui abritent cet incroyable –et unique- bouddha debout. Il y a six siècles, le Chedi encore intact comportait quatre niches énormes, et quatre statues de la divinité, debout, assis, couché, et marchant. Au fond des autres écrins vides, on devine encore le contour de leurs silhouettes, dans les nuances de la pierre et à l’usure de la brique. Images émouvantes des cultes anciens qui s’estompent au fil des jours.

 

La majesté massive de Wat Chang Rob

D’un grand coup de voiture, nous nous dirigeons vers le Wat Chang Rob, tout en ouvrant grand les mirettes pour profiter de toutes les ruines sur la route. Il fait chaud. Moins chaud que la dernière fois, où nous étions venus au moment de Songkran, la période la plus chaude de l’année. Mais très chaud quand même. Bertha passe de mains en mains. (Bertha c’est ma grande gourde vert kaki, acquise depuis que j’ai décidé de réduire nos déchets plastiques. En plus d’être énorme et aux couleurs militaires, elle a vaguement une forme d’obus. D’où le nom que nous lui avons choisi.) Nous veillons à ce que les enfants ne se déshydratent pas.

Wat Chang Rob est érigé sur le même modèle que Wat Phra Si Iriyabot. Un vihara et un immense Chedi, côté ouest. La partie supérieure de l’édifice a été détruite. Mais la base qui subsiste est incroyablement décorée de caryatides en forme d’éléphants, qui émergent de la pierre à mi-corps.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

En certains endroits, sur les grosses pierres de latérites, les stucs sont admirablement conservés. Ils contrastent, par leur finesse, avec l’aspect massif du corps du sanctuaire.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

 

Petits temples confidentiels, perdus dans la verdure

Poursuivant nos flâneries dans le parc historique, nos roues nous mènent à l’entrée de temples mineurs, sans doute rarement visités. Il n’y a d’ailleurs que de vagues chemins de terre pour s’y rendre. Nous hésitons à les emprunter, de peur d’y enliser la voiture.

Nous cherchons des indices du regard. A travers un épais feuillage, nous devinons la sculpture épurée d’un bouddha, à la silhouette sereine et empreinte de dignité. Avec Papa-Tout-Terrain, nous avons tous les deux les yeux qui brillent. Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Bien sûr! Nous ne pouvons manquer d’y aller voir! Nous sommes excités comme dans une fête foraine. « Bon, elle va se débrouiller, Titine hein?… Au pire on poussera… » Titine c’est la voiture. (Il semble que nous baptisions volontiers les objets de notre quotidien.) Et Titine s’est est sortie comme un chef!

Kamphaeng Phet - Wat Tao Mor

Nous nous ruons hors de la voiture. Les enfants traînent un peu des pieds. Ils fatiguent. Cri étouffé de Petit-Un: « Oh, il y a encore plus de graines, ici! » Alors que nous allions leur proposer de rester dans le véhicule, les enfants s’égaient en poussant des cris joyeux. Nous les verrons à peine pendant les longs instants qui suivront, et ce sera effectivement leur meilleure récolte du périple!

Kamphaeng Phet - Wat Mha Phi

Wat Tao Mor, Wat Mha Phi, Wat Mondop… Autant de modestes sanctuaires plongés dans la verdure. De petites niches abritant de minuscules silhouettes sacrées. Quelques troncs de bouddhas dans une latérite sombre et rongée par les ans. Les restes de deux bouddhas assis. Le chant des oiseaux. L’odeur et le bruit des feuilles. Notre bonheur pourrait se résumer à un peu de tout cela.

Cela fait déjà trois heures que nous flânons. Les enfants sont encore alertes et joyeux, mais nous savons que nous devons limiter le temps de nos visites.

 

Cérémonies de crémation royale

Nous décidons de terminer notre journée par une traversée plus rapide du second parc historique de Kamphaeng Phet, celui qui se situe au centre-ville. Alors que nous quittons le parc, le garde de l’entrée hésite une seconde et nous fait de grands gestes pour nous arrêter. Il court de direction de la voiture… et nous donne un tas de prospectus du site.

Dans le centre de Kamphaeng Phet, beaucoup de familles thaïes vont et viennent, pour assister aux cérémonies de la crémation royale. Chacun est habillé de noir. Des robes jusqu’aux chevilles, des pantalons et des chemises à manche longues. Tout le monde est sur son trente-et-un, surtout les personnes plus âgées. Beaucoup semblent même sortir de chez le coiffeur, avec des chignons compliqués. A deux pas de là, nous entendons les sons d’un grand rassemblement mémoriel. Partout, les rues sont décorées d’œillets jaunes, à la couleur du feu Roi.

Chiffre du Roi Bhumibol en oeillets jaunes

De ce que nous aurons vu par intermittence à la télévision, les solennités ne ressemblent en rien à un enterrement à l’occidentale. Commencées très tôt le matin, elles dureront jusque tard dans la nuit. En une alternance de prières psalmodiées, de musiques, d’hommages de la part de délégations religieuses, militaires, nationales, régionales, royales, étudiantes… Puis à nouveau des musiques, des danses, des prières.

Avec nos esprits français, je crois que Papa-Tout-Terrain et moi attendions « qu’il se passe quelque chose ». Style la crémation, en tant que telle. Ou un discours. Dans une perspective plus asiatique, il nous a semblé, avec un peu de recul, que ce dernier hommage au Roi Bhumibol était un processus complet, bien plus qu’une cérémonie avec un début et une fin. Nos amis et collègues thaïs, d’ailleurs, se sont rendus aux rassemblements à des heures variées, restant un moment puis repartant, à l’heure où d’autres arrivaient.

 

Les richesses du Wat Phra Kaeo

Le second parc historique est tout aussi désert. Nous retrouvons avec grand plaisir les richesses du sublime Wat Phra Kaeo. Mais il commence à pleuvoir. Et Miss-Trois râle en cherchant le sommeil dans la poussette. Et les garçons montrent de premiers signes de faiblesse. C’est bien normal. Il va nous falloir faire vite… nous nous limiterons à un petit tour de piste, juste pour le plaisir.

Du Wat Phra Kaeo, je garderai surtout deux images extraordinaires. Des éléphants caryatides, à la base d’une stupa plutôt modeste. Si ces statues sont bien moins richement travaillées qu’à Wat Chang Rop, elles sont exactement à hauteur d’homme. La proximité de ces pachydermes vieux de cinq siècles est très émouvante. Ils me semblent presque vivants, avec leur profil massif et leur regard si doux.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

Un peu plus loin, deux bouddhas assis et un bouddha couché se sont, eux aussi, comme arrêtés dans le temps. Ils respirent la droiture et la sérénité.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

En arrière-fond, le Wat Phra That, à l’architecture massive. Nous ne lui feront qu’un petit coucou de la route, en partant, cette fois-ci… Car la pluie a fini par nous surprendre. Nous rejoignons tous la voiture en un galop effréné, désorganisé et joyeux! Le week-end commence vraiment bien!

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

 


Les parcs historiques de Kamphaeng Phet en pratique:

  • Coordonnées GPS du parc historique au nord de la ville: 16.506814, 99.519722 Il s’agit de l’entrée qui donne sur le Visitor Center. Faites le détour, car des informations intéressante y sont proposées, en guise d’introduction au site. (Il existe également une entrée sud.)
  • Coordonnées GPS du parc historique du centre-ville: 16.489851, 99.516196
  • L’entrée de chaque site est de 100 THB par personne. Un ticket groupé à 150 THB permet de visiter les deux sites.
  • Ouverts de 6h à 18h, tous les jours.

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!

 

 

Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

La course de buffles d’eau (Chonburi, Thaïlande)

D’après l’affiche, c’était le plus gros événement mondial de ce type: une course de buffles d’eau. On avait rigolé, vu qu’il ne devait pas y avoir des masses de courses de buffle d’eau dans le monde. Mais quand j’ai vu des buffles et encore des buffles, et des buffles à perte de vue, j’ai arrêté de ricaner bêtement. C’était un spectacle à couper le souffle. Grandiose. Unique. Une petite porte sur les traditions et les récréations de la Thaïlande rurale.

 

Un événement attendu

Ca faisait plus d’un an qu’on attendait ces courses de buffles. Hélas l’année dernière, la Thaïlande avait perdu son Roi, quelques jours avant l’événement. Et paf tout avait été annulé. Du coup on a dû attendre l’édition suivante.

Buffles d'eau - Chonburi _1

Au jour dit, nous sommes arrivés tôt. (Surtout parce que les enfants s’étaient levés aux aurores.) Et là, il n’y avait rien. Enfin si, il y avait une fête foraine à l’arrêt, mais pas la queue d’un buffle. Pourtant, dans la grosse ville de Chonburi, il y avait des affiches partout pour annoncer l’événement. On a ratissé les rues attenantes. Sans succès. Mais on a trouvé une affiche en anglais. (Une affiche en anglais c’était un peu comme un buffle a cinq pattes.) Si la foire avait bien commencé, la course n’aurait en fait lieu que quatre jours plus tard. Nouveau rendez-vous fut donc pris. Mais sans Papa-Tout-Terrain qui a le mauvais goût de travailler en semaine.

 

Foire populaire aux attractions oubliées

En fait, on est tout de même revenus le soir, rapport à la fête foraine que les enfants avaient bien repérée. Ils étaient ravis, d’ailleurs, il y avait des auto-tamponneuses. Ils en ont fait cinq tours. Elle avait un petit gout d’antan, cette foire, avec des attractions que j’imaginais appartenir au passé.

Regardez plutôt cet homme à moto, dans une espèce de tonneau géant, qui roule sur les murs à une hauteur vertigineuse! La structure métallique tremble à chacun de ses passages. Ca sent l’essence et ça fait un bruit du tonnerre. Petit-Un et Petit-Deux jubilent et trépignent de joie. Je m’agrippe à Miss-Trois. Ca m’apaise. Enfin façon de parler. Le mec conduit sans les mains, maintenant, et mon cœur s’arrête de battre. Tout est fini. Il est redescendu sans dégât et reprend paisiblement son Tom Yum. Petit-Un me dit que c’était dangereux, quand même. Il ne faut pas faire ça. J’en rajoute une couche: je suis sûre que la Maman de ce monsieur doit avoir très peur. Et, faire peur à sa Maman, c’est très mal.

Attraction moto a la foire de Chonburi

Dans le stand d’à côté, des dames sont installées en équilibre sur des planches de bois. Pour quelques sous, les curieux se bousculent et tentent de les envoyer à l’eau. D’une balle, les plus habiles déclenchent facilement le mécanisme. Le siège se dérobe. En un cri, l’élégante plonge dans un baquet saumâtre.

 

Tournoi de boxe thaïlandaise

Un peu plus loin, un ring et une compétition de boxe thaïlandaise. Le combat démarre avec une sorte de prière rituelle des combattants, sur fond de musique traditionnelle. Les spectateurs se lèvent. Premier round. Les coups pleuvent immédiatement, intenses. Petits et grands se pressent tout autour du ring, encouragent, commentent et s’enthousiasment. Le combat est violent, bien sûr. Le petit est particulièrement hargneux. Et le grand à l’air un peu mou est déjà pas mal groggy.

Boxe Thailandaise - Chonburi

Entre les rounds, un homme en costume agite ses doigts en direction de la foule. C’est un broker qui prend les paris. Ce sont sans doute les derniers combats de Muay-thaï avant un mois, car tout octobre sera deuil national pour la Thaïlande. (Le Roi est mort il y a un an. Sa crémation est organisée pour dans quelques semaines.) Par décret, les paris ont été interdits pour tout le mois. Or, pas de Muay-thaï sans paris.

Il est déjà l’heure de partir. Les enfants ont repéré une sorte de grand huit qu’ils veulent à tout prix essayer. Comprenez, il y a Spiderman, juché tout en haut! Ce ne sera pas pour cette fois ci: il faut avoir au moins sept ans. Sur le chemin du retour, Petit-Deux vérifie: « Et à huit ans, on a le droit aussi? Et à neuf ans? Et à dix ans? (…) Et à cent ans? »

 

Des buffles à perte de vue

Nous voilà enfin au jour de la course de buffles. Par chance, on est mercredi, et les enfants finissent l’école à midi. J’emmènerai donc les garçons, laissant Miss-Trois aux bons soins de la nounou. J’essaie une dernière fois de convaincre Papa-Tout-Terrain de venir mais il préfère travailler.

La place principale de Chonburi est couverte de stalles, de foin, et d’excréments. Et de plus de buffles que je n’en n’ai jamais vus de ma vie. Curieusement, il y a très peu de barrières. En revanche, presque chaque animal a son propre pâtre.

Buffles d'eau - Chonburi _2

On ressent une forme de complicité tacite et calme entre les hommes et leurs buffles. Une simple cordelette retient les naseaux du bovin. Il n’est pas rare de voir le maître entourer de ses bras le museau de la bête, comme en une accolade entre amis. Ceux qui n’ont rien à faire arrosent et rafraîchissent leur animal à grands seaux d’eau. Ils lustrent leurs robes ou ébouriffent les poils de leurs têtes.

Malgré l’agitation ambiante, les buffles restent impavides. Des enfants jouent tout autour et les escaladent parfois. Les animaux sont très peu restreints. Je ne retrouve pas chez eux les signes de nervosité des vaches françaises, qui tapent du sabot sur le sol ou remuent vivement la tête.

Buffles d'eau - Chonburi _3

Certaines bêtes sont particulièrement énormes. Elles ont dû concourir pour leur beauté, leur prestance ou la qualité de leur musculature.

On a loupé les festivités du matin et le défilé. Les charrettes décorées de fleurs aux mille couleurs sont déjà rechargées sur de gros camions, prêtes à rentrer au bercail. Restent quelques buffles richement parés. Sur leurs houssures, des blasons à la gloire du Roi défunt.

Buffles d'eau - Chonburi _5

 

La longue préparation d’une course de buffles d’eau

Guidés par la clameur, nous trouvons rapidement le champ de course. A peine sommes nous installés sur les gradins qu’un piétinement de sabots nous dépasse a tout allure. Le galop enragé de ces bêtes puissantes est à couper le souffle.

Course de buffles d'eau - Chonburi _1

(A cette seconde précise, Petit-Deux décide qu’il a vu assez de buffles et qu’il veut rentrer à la maison. En plus de m’enivrer de ces images grandioses, j’ai donc passé le reste de l’après-midi à lui demander de se tenir tranquille, d’attendre, d’arrêter de me rebattre les oreilles de ses jérémiades, de se taire, de s’assoir et qu’on en finisse. Bref, j’ai des enfants pas toujours coopératifs, comme tout un chacun. Et ce n’est pas le souvenir que je veux garder de cette course de buffles d’eau.)

La course suivante se prépare. On mène les buffles sur la ligne de départ. Ca prend du temps d’aligner cinq buffles. Il y en a toujours un qui a l’air trop en avant ou trop en arrière. Il faut le faire se remettre correctement. Et visiblement, ces bêtes ne savant pas reculer: ils refont le tour à chaque fois.

Course de buffles d'eau - Chonburi _2

Au bout de trois plombes, les cavaliers s’installent sur les croupes. Certains sont tous jeunes. Presque des enfants. D’autres au contraire sont plus âgés et grisonnants. Les cinq concurrents sont prêts au départ. Mais entre les clameurs de la foule, l’excitation de son maître, la badine, et les curieux qui se pressent, les bovins sont nerveux. Un buffle est parti tout seul. Le cavalier a sauté à terre et l’homme à la longe tente de le remettre dans les rangs.

Une barrière s’est déchaussée du sol. Quelques volontaires viennent piétiner la terre pour la replanter solidement. On a remis le buffle à sa place. Mais un autre s’est cabré.

 

La course de buffles d’eau

L’attente est longue entre les courses. Souvent une dizaine de minutes, car la logistique des buffles est lourde.

C’est parti: chacun s’élance! Les cavaliers sont installés très à l’arrière, sur leur monture. Ils ne la dirigent pas vraiment, d’ailleurs. Ils n’ont qu’une cordelette pour s’accrocher, mais rien pour piloter. Un buffle traverse la piste de droite à gauche, tandis que les autres semblent plus directement converger vers la ligne d’arrivée. Les cavaliers s’accrochent mais ça secoue ferme. Les chutes sont fréquentes.

Les concurrents franchissent la ligne d’arrivée au milieu des hourras de la foule. Les badauds sont jusque sur la piste. En face, les cavaliers n’ont rien pour arrêter leur monture. Ils se contentent de sauter à pleine vitesse, laissant filer leur bête.

Course de buffles d'eau - Chonburi _3

Le buffle s’apaise très vite. Il voit ses copains buffles un peu plus loin et s’arrête tout seul. Des quidams les récupèrent ensuite ici ou là. Qu’elle est curieuse de désorganisation, cette arrivée. Il y a des tas de gens dans tous les sens, qui observent, prennent des photos, jugent, récupèrent les buffles, vendent de la nourriture. Un buffle de mauvais poil pourrait faire un carnage en chargeant. Ces animaux sont vraiment paisibles.

 

Petite fenêtre sur la Thaïlande des campagnes…

Et puis nous sommes rentrés à la maison. Un peu trop tôt à mon goût. J’aurais pu rester jusqu’au soir à me perdre dans le regard des bovins et les bruits de sabots. En route vers la voiture, nous tombons sur une compétition de montée de bambou. C’est très traditionnel également. Mais je n’aurais jamais cru que c’était si difficile. Ca a l’air de glisser comme pas possible. Pour essayer d’adhérer un peu, les concurrents jettent du sable sur le piquet, à mesure qu’ils montent et qu’ils glissent. Ceux de la photo sont montés à deux mètres à tout casser, et semblaient vraiment au bout de leur vie. Si l’on en croit les petits drapeaux plantés sur le mat, cependant, d’autres ont dû aller bien plus haut.

Escalade de bambou - foire de Chonburi

Je suis rentrée enthousiasmée. J’ai passé la soirée à en causer à qui voulait l’entendre. Et Petit-Deux aussi, paradoxalement. Nous avons été très étonnés, en revanche, de réaliser qu’aucun Thaï de nos amis ou de nos connaissances n’a jamais assisté à l’événement. Nous soupçonnons que l’activité ait une réputation trop fruste…

Aucun? Pas tout à fait, d’ailleurs. Une petite collègue de l’équipe de Papa-Tout-Terrain aurait, pour sa part, participé à des courses de buffles, dans son jeune temps! Cette jeune femme est originaire d’Issan, cette région rurale que nous aimons particulièrement. Là-bas, a-t-elle expliqué, il n’est pas rare que les jeunes gens se distraient de ce type d’épreuves, avec leurs buffles, entre villages ou entre amis.

Buffles d'eau - Chonburi _4

Le temple du fond de la grotte – Tham Khao Prathun Bureau of Monks

Nous avons entendu parler d’un drôle de temple, aux confins de la province de Rayong. Ce temple du fond de la grotte, on ne l’atteint que par bateau. Plus encore, ce temple, on ne le découvre qu’au terme de la traversée d’une grotte marine.

Tôt levés, nous renouons vite avec les habitudes de nos week-ends: direction les sombres montagnes du nord de Rayong. Leurs formes abruptes témoignent d’un passé géologique torturé. Inhospitalières, touffues, infranchissables et souvent vierges, encore, de toute présence humaine. Certes, cette région ne ressemble pas à la Thaïlande des cartes postales. Elle est si belle, pourtant, que l’on y revient toujours.

 

Une balade dominicale pour les familles

La route sillonne entre les plantations d’hévéas, comme il y en a plein la région. Parce que les inondations et le climat tropical ne sont pas les amis du cantonnier, quelques plaques de goudron subsistent entre les nids de poule.

On arrive. Nous attendions un lieu intimiste et coupé du monde. Mais déception: c’est plein de voitures. Un garde nous fait nous garer dans un parking sillonné de tranchées boueuses. Nous sommes entourés de pick-up locaux et de voitures antiques. Les gens du coin sont venus en famille élargie, pour passer ensemble du bon temps, peut-être la journée. Ce sera l’occasion aussi de prêter ses respects aux divinités des lieux.

En Asie, on a la fibre commerciale. Un petit marché s’est improvisé entre le parking et le temple. L’odeur des douceurs locales nous chatouille les narines. Bien vaillants ceux qui résistent!

1 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Un premier sanctuaire est niché dans un repli de la paroi anthracite. Quelques pas plus loin, un attroupement. C’est le départ des bateaux, pour le temple du fond de la grotte. Je devrais dire des baquets, plutôt. C’est dans ces drôles de bassines que le pèlerin sera poussé et dirigé par des moussaillons immergés jusqu’à l’épaule. Les visiteurs se pressent dans un désordre organisé, que nous peinons à décrypter.

2 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Tout le monde est très occupé. Un vieux monsieur qui crie régulièrement dans un haut-parleur nous fait signe de retourner en arrière. Il nous faut des tickets. Pas d’anglophone, pas de panneaux. Nous tournons un peu. Une vieille dévote nous délivre finalement les précieux sésames. Il n’y a pas de prix. L’on verse son obole dans une urne destinée au temple.

Dans la confusion, Petit-Deux a décrété qu’il ne voulait plus prendre le bateau. Il n’aime pas les grottes, d’ailleurs. Les bateaux non plus. Et il a mal au genou.

 

L’aventure du bateau

On retrouve l’homme au haut-parleur. Ses invectives sont des numéros. On a le « 59 », il s’agit de prêter l’oreille! Je laisse Papa-Tout-Terrain se dépatouiller avec Petit-Deux. D’abord, il est bien plus persuasif que moi, et en plus il ne sait pas compter en thaï. C’est ça le travail d’équipe!…

4 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Une dame me tape sur l’épaule. Elle aussi a un bébé à la main. On compare. Mon modèle de un an, est plus grand que le sien, qui n’a que huit mois. On se flatte mutuellement. Puis elle a l’idée de faire faire « Hi five! » aux bambins. C’est facile comme tout, bien sûr. Les bébés voient tout de suite ce qu’on attend d’eux et sont enthousiastes. Ils ont la main molle et le regard fuyant. Petit simulacre: « Oh, c’est trop mignon »… Crotte, on en est déjà au numéro « 56 ». Re-crotte, une autre dame attend derrière avec un autre bébé à comparer. On échange quelques gouzis-gouzis gentils. Ca va être à nous… Fausse alerte, ils ont perdu le numéro « 52 ». Ca y est! Cette fois-ci, c’est à nous!

Il n’y a pas une seconde à perdre, tel un seul homme, la famille Tout-Terrain se rue sur l’embarcation. Le capitaine du baquet en reste interloqué. Ca tangue un peu. Le monsieur du haut-parleur dit des trucs. Mais on ne comprend rien. On découvre alors que la deuxième dame au bébé parle anglais. Elle nous explique alors gentiment la marche à suivre: baisser la tête et ne pas toucher la roche. Elle nous montre aussi un type en chaussettes et en habits de cycliste. C’est son mari. Il prévoit de rejoindre à pied le temple du fond de la grotte. Pendant qu’on papote, ca mitraille sévère, tout autour. Ce n’est pas tous les jours que l’on doit voir une famille d’étrangers par ici.

Le temple du fond de la grotte: voyage au centre de la terre

Le bateau s’enfonce maintenant dans les profondeurs de la terre. La faille dans laquelle nous nous engageons n’est ni large ni haute. Elle résonne du bruit des bateleurs et des rires de leurs passagers. Dans une atmosphère bon-enfant, un peu mystique, mais somme toute enjouée. J’ai envie de jouer à Pince-mi et Pince-moi, dans ma tête. C’est exactement le bateau que je m’étais toujours imaginé!

5 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

La traversée n’est pas très longue. Bien vite, nous débouchons de l’autre côté, dans un temple complètement entouré de rochers à pic. Ce n’est plus une grotte en tant que telle mais une cachette inviolable, une sorte de gouffre au cœur de la montagne. Loin, très haut derrière les rochers, on distingue quelques pans de ciel bleu.

L’atmosphère est étouffante d’humidité.

3 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Les familles s’égaient en direction des différents autels. Prêtent leurs respects à Bouddha et à quelques divinités animistes. Beaucoup se sont habillés pour l’occasion. Certains portent encore les couleurs du deuil, en l’honneur du feu roi Bhumibol. D’autres ont choisi de « s’assortir » avec leurs amis ou leurs proches. On se photographie, on se selfie. En prières ou en offrandes. Ou avec Miss-Trois et ses boucles dorées, qui sont l’objet de toutes les curiosités.

Dans les renforts des parois, de nombreuses cavités naturelles ont été converties en chapelles. Certaines sont très profondes, et magnifiques de dentelles géologiques. Toutes suintent l’humidité. Le sol est recouvert d’une glaise visqueuse et luisante. (Nous compterons quelques chutes dans nos rangs.) Les roches dégouttent. C’est beau. C’est impressionnant. Ca a quelque chose de magique.

6 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

 

Le petit marché de Tham Khao Prathun

Sur le chemin du retour, nous cédons finalement aux odeurs alléchantes qui s’échappent du petit marché. Saucisses thaïes, salade de papaye, petit pains à la vapeur, brochettes de porc caramélisées, riz gluant et fruits frais nous composeront un excellent déjeuner aux saveurs locales.

7 - La vieille dame aux dents rouges de noix de betel

Une Mamie aux dents rouges de noix de bétel s’est entichée de Miss-Trois. Elle la promène d’éventaire en éventaire, la présentant à ses copines vendeuses. Auprès de l’une de ses connaissances, elle négocie un esquimau artisanal. Je retiens son geste: Miss-Trois n’est encore qu’un bébé, tout de même…

 

Flâneries dans un autre « temple-grotte »

Nous reprenons la route en direction d’un sanctuaire voisin, repéré par Papa-Tout-Terrain. Le Wat Tham Wattana Mongkon est lui aussi dissimulé dans une cuvette au milieu d’un pic de roche sombre. On y accède via une arche monumentale dans la paroi.

8 - Wat Tham Wattana Mongkon

Le relief et les couleurs y sont à couper le souffle. Non loin, de petits ponts en dos d’âne enjambent un joli cours d’eau. Quelques singes juchés sur la falaise nous observent d’en haut. Malheureusement, tout est désert. Pas de fidèles, pas de prières. C’est beau, mais il nous semble que les lieux manquent un peu de ce petit supplément d’âme…

La balade au temple du fond de la grotte a laissé de grandes traces de boues sur nos chaussures. Sur le chemin du retour, Petit-Deux s’active pour nettoyer les siennes: il déteste avoir les pieds sales. Petit-Un astique plus mollement, surtout parce qu’on lui a demandé de le faire. On l’entend soudain s’exclamer. Dans un rugissement de fierté, il montre à son frère: « Regarde! J’ai des chaussures en 32 ans! » Admiration non feinte. Sourire complice des parents.

 

 

Le Tham Khao Prathun Bureau of Monks en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.123835, 101.597555
  • L’entrée est libre. On fait une offrande de son choix au moment où l’on demande le ticket pour prendre le bateau de la grotte marine
  • Le temple est d’accès libre, il n’y a donc pas d’horaires. Malgré tout, gardez en mémoire que les activités en Thaïlande ne commencent souvent pas très tôt, et ne finissent généralement pas très tard. Il me semble raisonnable de penser qu’entre 10h30 et 16h, on trouvera des personnes pour conduire les bateaux.
  • Compter 1h30 à 2h pour la visite, en comprenant le temps d’attente pour le bateau. L’attente en soi est un moment d’observation très vivant et intéressant.

 

Le Wat Tham Wattana Mongkon en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.095763, 101.607254
  • L’accès au temple est libre.
  • Comptez entre vingt et trente minutes pour vous imprégner des lieux et de leur atmosphère.