Jolies surprises Khmères – Temples de Surin

Au fil de la province de Surin, les vestiges de temples Khmer ne se lassent pas de nous surprendre, qu’ils soient reconnus des circuits touristiques ou au contraires dissimulés, oubliés, puis intégrés dans le quotidien des populations locales.

 

Prasat Ban Phluang ou le temple désert

Après la découverte de l’incroyable –et difficile d’accès- Ta Muean Thom, l’arrivée à Prasat Ban Phluang nous parait presque trop facile. C’est d’ailleurs l’un des seuls vestiges Khmers que nous ayons visité dans l’Isan à se trouver en plein centre-ville. L’entrée est payante mais le garde a déserté sa billetterie, laissant juste derrière lui un vieux transistor hurler des chansons locales. La grille des prix affichée n’est pas très claire. Nous nous fixons un tarif d’entrée et déposons la somme sous la vieille radio.

Prasat Ban Phluang

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir entrer en voiture sur le site mais rien ne semble non plus l’interdire. Au loin, on voit deux ou trois pickups locaux au pied du Prang. Et il fait sacrement chaud. Et Petit-Deux s’est endormi dans son siège-auto. Nous nous accordons donc l’autorisation d’entrer. Quelques Thaïs ont installé une tente à proximité du vestige Khmer, peut être en prévision de Songkran. Ils sont très occupés à déjeuner et nous ignorent complètement. Le garde doit être de ceux-là. On leur sourit et chacun retourne à ses occupations.

 

Prasat Ban Phluang l’inachevé

La structure de Prasat Ban Phluang est très différente de celle des autels que nous avons visités jusqu’alors. Elle se compose d’un très large piédestal, planté d’un Prang en son centre. Le Prang est décoré avec beaucoup de raffinement, mais son érection semble s’arrêter brusquement, et à l’horizontale, comme s’il manquait une voute.

Prasat Ban Phluang - Prang inacheve

D’après certaines sources, les travaux de construction de bâtiment n’ont pas été achevés. Le socle semblerait ainsi trop large, en l’attente de deux Prangs latéraux qui auraient dû être rajoutés. La voute du Prang principal est sans doute manquante, mais a peut-être été bâtie en matériaux légers comme le bois, qui se seraient dégradés avec le temps. Certains commentaires prétendent qu’une partie des sculptures est inachevée, mais nous ne les avons pas repérées.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief

Le temple, construit à la fin du 11eme siècle, abritait un autel destiné au culte de Shiva. Comme il est d’usage, les bas-reliefs des linteaux évoquent principalement des scènes religieuses qui mettent en scène des Dieux Hindous. Cependant, lors de nos observations avec Petit-Un, c’est la finesse et la précision des représentations animalières qui nous ont particulièrement marqués. Pendant ce temps-là, de son porte-bébé, Petit-Deux émergeait à grand peine d’un sommeil profond.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief a motifs animaliers

 

 

Jolies surprises Khmères – Temples de Prasat Ban Prai

Nous reprenons la route de Surin, ou nous prévoyons de faire étape pour la nuit. En chemin, Papa-Tout-Terrain avise un panneau en Thaï, dont le pictogramme semble indiquer une autre construction ancienne. Il n’en n’est fait mention sur aucun guide. C’est le genre de plan un peu foireux où l’on a toutes les chances de se perdre et de revenir bredouille. On a fait la même, la veille, dans la province de Buriram, mais cela ne nous a évidemment pas servi de leçon… Nos vieux instincts d’explorateurs (en milieu tout sauf hostile) ont déjà repris le dessus. On se lance à l’aventure.

Coup de chance, la route est plutôt praticable. Au bout d’un moment, on tombe sur un temple, et plus encore, sur les vestiges d’un véritable édifice Khmer, le Prasat Ban Prai! Très curieux endroit que ce complexe religieux, dont nous ne connaîtrons le nom que grâce à un panneau de l’entrée. Le lieu semble introuvable, tant sur Internet que sur les guides de la région.

Par malchance, une cinquantaine de mètre avant l’entrée du temple, Petit-Deux a repéré un magasin qui vendait des glaces. Alors que l’on descend de la voiture, il entame des négociations musclées. « Je veux une glaaaaace! » « Ok, après le temple. » « Nooooon, tout de suiiiiiiiiite! ». On est au plus profond de la campagne. Les mémés du coin regardent avec un intérêt goguenard ce blondinet braillant. Elles n’ont pas dû en voir souvent. On arrive finalement à temporiser: d’abord une vitamine (toujours avec sur soi une vitamine C pour les moments de faiblesse), ensuite le temple, et après la glace.

La première zone que nous traversons est un temple bouddhiste contemporain, mais tombé à l’abandon. Reste un bâtiment à la toiture éventrée, parsemé de quelques statues de Bouddha que commencent à recouvrir la poussière et les crottes de pigeon. Mais comme à tout bouddha, vénération est due, restent de petits autels épars, récemment alimentés de cierges et d’encens.

Prasat Ban Prai - Bouddha dans une partie desaffectee du temple

« Alors le temple c’est fini, on peut avoir la glace? » « Non, c’est pas fini. »

 

Au cœur des cérémonies de Songkran

Un peu plus loin, un espace extérieur a été aménagé pour la prière. Difficile de dire si l’organisation est temporaire ou permanente, car à ce moment-là, le lieu est comble. Sur une estrade, une troupe de moines bouddhistes mène les prières.

Une foule de fidèles se presse pour les écouter, protégée du soleil par des tentures de toiles prévues à cet effet. Aux vues des chemises à fleurs, les célébrations sont clairement en lien avec Songkran. J’aime la façon ouverte et joyeuse dont les croyants bouddhistes célèbrent leur foi. Ici point de silence de mort. Certaines mémés des derniers rangs bavardent en surveillant d’un œil des enfants qui s’ébattent. Les fidèles vont et viennent, entre deux courses dans le marché tout proche. Tout le monde semble le bienvenu.

Prasat Ban Prai - celebration bouddhiste

« Maintenant c’est bon je peux avoir ma glace? » Tiens, je note que Petit-Un ne dit rien, ne demande rien et ne râle même pas. Attitude un peu opportuniste, mais après tout, il n’a pas tort. Il aura bien sa glace en temps voulu et Petit-Deux se charge d’être casse-pieds pour les deux.

Prasat Ban Prai - escalier de laterite

Pas directement concernés par les cérémonies bouddhistes, nous nous dirigeons enfin vers la partie la plus éloignée du site, qui comporte les vestiges Khmers. On y retrouve traditionnellement un grand socle en latérite, ainsi que trois Prangs de briques aux sobres linteaux de grès. Il n y a pas ou plus de décorations sculptées. Certainement Hindou à l’origine, le site de Prasat Ban Prai a visiblement doucement glissé vers le bouddhisme, comme en témoignent les offrandes présentes à l’entrée des autels, et la cohabitation avec les lieux de culte contemporains. C’est finalement l’histoire de très nombreux sites religieux de par le monde, mais quelle curieuse histoire, tout de même…

Prasat Ban Prai

 

Le quatre heure

Sur le chemin du retour, on tombe sur un petit vendeur de rue, au vélo-frigorifique rempli de crèmes glacées. Allez, on y est cette fois ci. Enfin presque parce que les enfants veulent une glace « rainbow » que le mec n’a pas. On a déjà mis longtemps à lui faire comprendre ce qu’on voulait et il n’a pas l’air spécialement content. Petit-Un trouve finalement une glace « papillon » à son gout. C’est fou les glaces qu’ils font maintenant!

De mon temps on avait des esquimaux à l’eau tout bêtes. Je me sens vieille du coup. Petit-Deux veut aussi une glace « papillon » maintenant mais le vendeur n’en n’a plus. Il n’a pas l’air très motivé à chercher alors Petit-Deux l’aide un peu à retourner sa glacière jusqu’à finalement trouver l’objet de ses convoitises. Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé très à propos pour prendre une photo urgente. J’avale ma honte, paye le vendeur et déguerpis en vitesse.

Retour à la voiture et là, on voit venir le moment folklo. Dans le véhicule des sièges-auto. Dans les sièges-auto des enfants encore propres. Et dans la main des enfants encore propre des glaces « papillon » qui ne demandent qu’à couler sur les mains, les enfants, les sièges-auto et la voiture. D’autant que la glace « papillon », c’est traitre, car la glace « papillon » comporte deux bâtons d’esquimau qui permettent de séparer les deux ailes du papillon en deux demi-esquimaux indépendants. Cela implique donc que l’enfant lèche les deux parties en parallèle, pour éviter la fonte intempestive de l’un des éléments –sachant qu’il fait 42 degrés dehors.

J’hérite donc de la surveillance de deux enfants et quatre morceaux de glace, tandis que Papa-Tout-Terrain, le veinard, reprend le volant … Il y a une compensation cependant: pour limiter les risques ou rattraper le coup, l’une de mes attributions en tant que « surveillante des glaces » consiste à lécher tout de qui coule!

Nous prenons paisiblement la route pour la ville de Surin, où nous découvrirons par hasard d’étonnantes festivités.

 


Prasat Ban Phluang en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ban Phluang14.610385, 103.424423
  • Ouvert de 7h00 à 18h00
  • Il semble qu’il faille acheter des tickets mais ce n’est pas très clair…

 

 

 

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Ta Muean Thom, temple et militaires – Surin

Nous avions à l’origine écarté l’idée de visiter Ta Muean Thom, temple situé dans une zone territoriale en conflit entre la Thaïlande et le Cambodge. Heureusement notre curiosité l’a emporté. Nous avons découvert un sanctuaire magnifique à l’atmosphère étonnante. Si l’on excepte les nombreux militaires postés là, nous étions alors « seuls » pour explorer ces lieux magiques.

 

Sur la route: deux anciens fours à céramique

Après Prasat Muan Tam et Phanom Rung, nous partons à la découverte des temples Khmers de la province de Surin. En route, nous faisons escale sur les tout petits sites de Tao Nai Chian et Tao Salai, deux anciens fours de potier, utilisés durant la période Khmer, entre le 9eme et le 12eme siècle. Il ne reste vraiment presque rien. Nous n’avons pas de compétences archéologiques particulières, et clairement, sans les panneaux explicatifs, nous n’aurions jamais su de quoi il s’agissait. On distingue juste quelques tessons de céramique à la surface du sol. Du coup on a fait un petit « chercher et trouve » visuel avec les enfants, histoire de les intéresser un peu. Eux étaient surtout contents de sautiller dans les marches du bâtiment. Ça se défend.

Le sud de la province de Surin est terriblement sec et désolé. L’on traverse peu de villages. Il est difficile de trouver des commerces de subsistance. Papa-Tout-Terrain avise une station-service qui a l’air presque désaffectée. Pour une somme très modique, nous approvisionnons largement en eau, en lait et en chips, au cas où. Le patron a l’air drôlement content qu’on lui achète tout ça. Il ne doit pas voir beaucoup de clients.

Un bétail maigre broute l’herbe jaune. Les bestiaux n’ont presqu’aucune ombre pour s’abriter. Certains se rabattent sur les piles de foin traditionnelles de la région, très similaires à celles que nous avions vues au Cambodge. Nous ne sommes d’ailleurs qu’à une dizaine de kilomètres de la frontière et l’influence cambodgienne est certaine, en particulier dans l’architecture des maisonnettes campagnardes. D’après le guide, 30% de la population de cette zone est même khmèrophone (le khmer est la langue officielle du Cambodge).

Piles de foin traditionnelles du Cambodge

 

Et puis c’est trop bête!

Finalement on est vraiment juste deux pas de Ta Muean Thom, cet ancien temple à la frontière d’avec le Cambodge. Je l’avais rayé du programme car la zone pouvait être le théâtre de conflits frontaliers. D’ailleurs, elle était peut-être même déconseillée par le Ministère des Affaires Etrangères, mais la carte du site Internet était peu lisible, pas vraiment à l’échelle, et sans repères géographiques, si bien que je n’ai pas vraiment réussi à le déterminer. Bref, tout a l’air calme et désert… et si on poussait un peu plus loin pour jeter un coup d’œil?… Au pire il serait toujours temps de revenir sur nos pas…

 

Le conflit frontalier autour de Ta Muean Thom

Peu de sources occidentales évoquent le conflit territorial de la zone de Ta Muean Thom, et il me semble qu’il y a peut-être confusion avec les rivalités liées au temple de Prasat Preah Vihear, une centaine de kilomètres plus à l’est. Le paragraphe qui suit est donc sujet à caution, mais je trouve l’épisode digne d’être rapporté.

Au début du 20eme siècle, les autorités coloniales françaises qui occupaient alors le Cambodge ont entrepris de tracer les frontières qui séparaient le pays d’avec la Thaïlande. Pour une raison inconnue, le trait a dévié de quelques kilomètres au niveau de ce temple, qui s’est soudain retrouvé au Cambodge, bien que tacitement considéré comme Thaï, par tous, et depuis toujours.

Il semble que durant cinquante ans, le Royaume de Thaïlande n’ait rien noté, malgré bonne réception du document officiel… jusque dans les années 1950, où le Cambodge a entrepris d’occuper militairement cette zone qui lui appartenait de droit. Conflit frontalier armé. Arbitrages internationaux. Confirmation par les Cours Internationales que le Cambodge est dans son bon droit. Puis occupation de la zone par les Khmer Rouges, à partir des années 1970, qui pillent le temple d’une partie de ses richesses. Normalisation des relations entre les deux pays dans les années 1990, puis réouverture du temple. Aujourd’hui, l’accès à l’édifice n’est possible que de la Thaïlande, car côte Cambodgien, la jungle a repris ses droits et la route n’est plus praticable. En 2011 pour la dernière fois, ont été tiré quelques coups de feu entre les deux partis.

 

Une zone visiblement peu fréquentée par les touristes

Les rares sources Internet que je trouve indiquent qu’un chemin de terre, principalement utilisé par les vaches, permet d’accéder à l’édifice. La zone est semble-t-il minée depuis l’occupation des Khmers Rouges. Pour éviter les migrations clandestines, il semble enfin que le temple ferme à 15 heures, tous les jours. Nous tentons l’affaire avec un brin d’appréhension, bien décidés à rebrousser chemin au moindre doute.

Vache dans la campagne du sud de Surin

Soucis suivant: impossible de localiser le temple sur le GPS ni la carte. Ni en Thaïlande ni au Cambodge. Je tente de Googler différentes orthographes, car les transcriptions du Thaï peuvent être fluctuantes. Ah!… il y a quatre graphies possibles: Ta Muean Thom, Ta Muen Thom, Ta Muan Thom, et Ta Moen Thom, sans compter le « H » de Thom qui saute parfois. Je trouve enfin les coordonnées GPS du sanctuaire, sur un excellent site très spécialisé.

La route est finalement plutôt bonne. Et finalement goudronnée. On arrive à un poste de l’armée, bloqué par une barrière peinte en rouge et blanc. Nous n’en menons pas très large. Un militaire Thaï nous accueille aimablement et nous tend un petit bout de papier plastifié qui fait office de laisser-passer pour le Cambodge. Il soulève la barrière en tirant sur une toute petite ficelle reliée à une toute petite poulie (à la main ça aurait marché aussi, je crois).

Poste Frontiere entre la Thailande et le Cambodge

La situation n’est pas courante, mais à l’arrière de la voiture, les enfants s’en fichent complètement. Ils chantent à tue-tête: « Je te tiens, tu me tiens, par la Mère Michel, le premier, de nous deux, qui rira, aura une tapette! » Ils ont récemment appris de nombreuses comptines françaises, dont ils font parfois une interprétation un peu personnelle…

 

Prasat Ta Meuan

Peu après le poste frontière, nous découvrons un premier bâtiment, le Prasat Ta Meuan (12-13eme siècles), qui faisait office de gite d’étape –Dharmasala– sur la route qui reliait Angkor à Phimai. L’édifice de pierre servait sans doute de lieu de culte aux pèlerins. Ces derniers n’y logeaient pas cependant, et trouvaient vraisemblablement refuge dans des bâtiments de bois attenants, prévus à cet effet. L’architecture est simple et la construction n’est pas décorée. Nous n’osons pas vraiment descendre de la voiture et regardons de loin.

Prasat Ta Meuan

 

Prasat Ta Meuan Toht

A quelques centaines de mètres de là s’élève le Prasat Ta Meuan Toht, de la même période. Il est gardé par un civil en tongs, qui fait la sieste couché au pied de sa mobylette. Il nous jette un regard las et nous fait signe d’entrer ou de faire ce qu’on veut. On comprend qu’il n’ait pas envie de bouger car il fait très chaud. De notre côte, cela nous donne plutôt confiance. Vu l’attitude du type, l’environnement ne doit pas être si dangereux que ça. Nous descendons de voiture. Les enfants râlent parce que leurs jambes sont fatiguées. Ils se précipitent finalement lorsqu’on mentionne qu’il y a « plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter ». Cela deviendra la formule magique du voyage, à chaque coup de mou!

Prasat Ta Meuan Toht

Le bâtiment était une chapelle qui jouait vraisemblablement un rôle d’autel-hôpital à des fins thaumaturges. Seules les parties les plus hautes du grand Prang ont conservé quelques-uns de leurs bas-reliefs d’origine. On retrouve les éléments classiques des temples Khmers, dans ce petit sanctuaire: bassin extérieur, enceinte circulaire, portail massif, entrée voutée, Prang abritant l’autel principal, linteaux de pierres claires et dures…

Prasat Ta Meuan Toht - face est

Pendant ce temps, les enfants ont trouvé une grosse graine d’arbre qui part au vent en tourbillonnant, à la façon d’un hélicoptère. Ils passeront le gros de la visite à rechercher d’autres graines du même type et à les faire voler le plus loin possible, en les lâchant du haut des marches millénaires. Après tout, si nous, adultes, nous réjouissons de découvrir la civilisation Khmer, les enfants ont toute légitimité à découvrir le monde et ses secrets.

 

Prasat Ta Muean Thom et les militaires

Nous reprenons la voiture en direction du temple principal, le Prasat Ta Muean Thom. Cette fois-ci l’entrée est barrée par une cahute de l’armée, et il y a des soldats partout. Un grand espace d’herbe nous semble être le parking mais nous ne savons pas si nous pouvons nous garer et comment, car nous sommes le seul véhicule. Un soldat nous fait signe de nous mettre n’importe où. Il garde nos passeports à l’entrée du temple.

Enceinte exterieure du sanctuaire de Ta Muean Thom

La zone à laquelle nous avons accès est très limitée par des barrières et des sortes de tissus de camouflage. Il semble que le reste du terrain n’ait pas encore été complétement déminé. J’explique aux garçons qu’il ne faut pas quitter le chemin principal, à cause des mines, qui sont des armes de guerre qui pourraient les blesser très fort. On n’est pas très « guerre » ou « armes » chez nous, et mon avertissement est visiblement très abstrait pour eux. Tant mieux, quelque part. Pour le moins, ils respecteront tout au long de la visite la règle de ne pas faire les fous. Il faut dire par ailleurs que nous serons toujours suivis de très près par un ou plusieurs soldats, ce qui ne donne pas très envie de faire l’andouille.

Temple de Ta Muean Thom

Le temple, construit au début du 11eme siècle, était un sanctuaire Hindou dédié à Shiva. Contrairement aux conventions architecturales du genre, il est tourné vers de sud, sans doute pour des raisons défensives, et à cause de la topographie du terrain. Si les plus belles sculptures ont malheureusement été pillées pendant l’occupation par les Khmers Rouges, l’édifice a cependant gardé toute sa superbe.

La richesse des scuptures de Ta Muean Thom

 

Une architecture d’une rare beauté

Beaucoup de ses bâtiments sont en grès et confèrent finesse et élégante aux lieux. Des bas-reliefs qui restent, on imagine la richesse avec laquelle le temple et ses autels devaient être décorés. Certaines parties de la galerie d’enceinte commencent à ployer sous l’effet des ans, mais de leur imposante stature n’émane qu’une dignité sacrée qui force au respect.

Galerie de circulation de Ta Muean Thom

Plus étonnant, le sanctuaire est bâti sur d’immenses dalles de pierre, qui rehaussent encore le caractère remarquable des lieux. En certains endroits, des rochers arrachés donnent à voir un ingénieux système de drainage de l’eau en souterrain, par un jeu de canalisations en pierre. C’est le seul vestige Khmer où il nous aura été donné de voir de telles installations.

Canalisations de Ta Muean Thom

 

Quelques instants de détente avec les soldats

Les militaires des lieux n’étaient pas franchement très occupés. La plupart était disséminée en petits groupes dans le temple, souvent assis par terre à discuter ou pique-niquer (on était à l’heure du repas). Un soldat plus curieux s’est approché de nous pour échanger quelques mots en anglais, savoir d’où nous venions… Puis piquer et enfiler la casquette de Petit-Deux. D’ordinaire plutôt sauvage, Petit Deux s’est très vite pris au jeu, a prêté ses lunettes de soleil, puis escaladé les bras du soldat visiblement ravi. Petit-Un a voulu participer à son tour, tentant de grimper sur le dos de ce nouveau compagnon de jeu. Il s’en est suivi une dizaine de minutes d’une gentille mêlée, de portés, de jeux d’avions, de roulés-boulés dans l’herbe, avec bien sûr de jolies photos souvenir

 

Un souvenir unique

Le temple de Ta Muean Thom est très beau, et sa visite a été d’autant plus spéciale pour nous de par son goût d’aventure, et aussi, parce que nous étions absolument les seuls touristes à découvrir ces lieux! Les militaires ont été charmants pour nous et nos enfants, d’autant qu’ils étaient visiblement peu occupés aux travaux de la guerre, à ce moment-là. A notre départ, nous avons même découvert un jardin que cultivaient les soldats, lors de leurs moments oisifs –qui devaient être nombreux, car le jardin était grand. Ces derniers n’avaient cependant rien de soldats d’opérette. Par les portes entrouvertes des baraquements proches, l’on pouvait voir de lourds armements, et certaines balustrades dissimulaient à coup sûr ce qui devait être des abris anti-aériens (dixit Papa-Tout-Terrain car moi je n’aurais rien reconnu du tout).

Ta Muean Thom

 

Nous reprenons la route pour de nouvelles découvertes du monde Khmer dans la province de Surin.

 


Prasat Ta Muean Thom en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ta Muean Thom: 14.349190, 103.266391
  • Ouvert de 8h00 à 15h00
  • Il n’y a pas de ticket à acheter pour le site mais des laissez-passer à obtenir de la part des militaires. Suivez leurs indications.
  • Il s’agit d’une zone militarisée et de tension entre la Thaïlande et le Cambodge. Naturellement, comportez-vous de façon exemplaire et respectez toujours les indications données par les soldats. N’essayez pas de vous approcher des zones balisées et ne prenez aucune photo des zones militaires.
  • La zone ayant été minée, ne sortez jamais des chemins tracés. Déplacez-vous en voiture entre les sites.
  • La région n’étant ni très touristique, ni très peuplée, vous ne trouverez pas nécessairement d’endroit où acheter de l’eau autour de Prasat Ta Muean Thom. Penser à en faire provision à l’avance.

 

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Prasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram

Immense sanctuaire Khmer à l’environnement grandiose, Phanom Rung nous a saisis par sa force massive. Par le sentiment de puissance qu’il inspire. J’en garde aussi le souvenir d’une excursion difficile et écrasée de chaleur, qui nous a poussés à la limite de nos forces. Il est bon de savoir qu’une seconde entrée du site permet un accès facilité, qui épargne les visiteurs plus fragiles.

 

Un tout petit peu de cette Histoire qui m’a passionnée

Phanom Rung, s’est construit progressivement entre le 10eme et le 13eme siècle. Il s’agit de l’un des temples majeurs qui se situe sur la Khmer Highway, souvent rencontrée sous le nom de Dharmasala Route. Cette voie sacrée traversait le Royaume Khmer. Elle reliait le mythique Angkor Wat (Cambodge) au complexe religieux de Phimai (Thaïlande). D’après les anciens textes, la voie était émaillée de plusieurs sanctuaires. Elle comptait dix-sept lieux d’étape, parfois nommés hospitals –les Dharmasala. Certains de ces dix-sept Dharmasala n’ont toujours pas pu être localisés.

On trouve peu d’informations à ce sujet, mais je recommande vivement ce magnifique article d’Asger Mollerup, qui comporte en particulier d’émouvantes photos de temples et de Dharmasala inexplorés, où la nature reprend peu à peu ses droits.

 

De Prasat Muean Tam a Phanom Rung

En partant de Prasat Muean Tam, notre guide indique un temple, un édifice, ou peut être un Dharmasala sur le chemin de Phanom Rung. La carte est peu précise… et les indications sur la route, en Thaï, évidemment. Au niveau d’un panneau dont l’inscription nous semble convaincante, nous obliquons sur une route de terre. Nous nous engageons au milieu des champs. Suivons un cours d’eau. Puis nous enfonçons dans un sentier ombragé. Pas de trace de temple. Nous croisons en revanche un troupeau de vaches et leur gardienne, qui nous considèrent avec méfiance. Pas très à l’aise face à ces bêtes cornues, nous nous tapissons dans la voiture tandis que les bovidés nous dépassent. Pour éviter d’autres mésaventures, nous rebroussons chemin et abandonnons finalement nos recherches.

Troupeau de vaches Thai

 

Premiers regards sur Phanom Rung

Le site de Phanom Rung est situé au sommet d’un ancien volcan. Pour accéder au sanctuaire, on grimpe un premier escalier monumental en latérite, puis on suit une immense allée de procession, avant d’entamer un second escalier encore plus grand. Là, seulement, on touche presque au but. Il ne reste qu’à franchir le pont aux Nagas, qui mène aux deux enceintes successives du temple.

Allee Processionnelle de Phanom Rung

Malgré les 41 degrés à l’ombre, le premier escalier passe plutôt bien. Les enfants sont pleins d’enthousiasme à l’idée de la glace qu’on a promise pour la fin de la visite. En revanche, lorsqu’il arrive au sommet et découvre l’allée vertigineuse qui se déroule à ses pieds, Petit-Deux a comme un coup au moral. Il invoque un problème de chaussure et de sable pour se faire porter. Avec ses baskets et ses chaussettes montant jusqu’au genou, l’argument n’est plus très crédible. Nous détournons son attention et sa fatigue en le faisant sauter de pavé en pavé. Il fait tout de même tellement chaud que nous nous arrêtons à mi-allée pour boire. Paf, la moitié de nos réserves d’eau y passe direct, malgré la retenue des parents.

 

L’époustouflante découverte

Phanom Rung - Pont aux Nagas et escaliers

On se recolle à notre allée et on arrive sur le premier pont aux Nagas. Les Nagas sont des serpents protecteurs, souvent représentés avec cinq ou sept têtes, et que l’on retrouve fréquemment dans l’art Khmer. Ils décorent généralement les balustrades et les entrées des temples, symbolisant le lien entre la terre et le ciel. Pour nous ça commence plutôt à être l’enfer. Petit-Un à son tour à chaud aux jambes.

Je retrouve deux vieux bonbons un peu collés au fond de ma poche, et pertinemment placés là en cas d’urgence. Il y a urgence. « Quiconque atteindra le haut de l’escalier –sans trop trop râler- aura un bonbon! » Petit-Un part en courant, à tel point qu’on craint pour son équilibre, tant sont éminentes les antiques marches. Petit-Deux se laisse un peu trainer mais il redémarre. C’est toujours ça. Car on a bêtement oublié le porte-garçon. On arrive en haut. Distribution de bonbons. On peut enfin s’extasier.

Phanom Rung - Entree est

 

L’enceinte sacrée

Pendant toute l’ascension, nous avions deviné la silhouette massive du sanctuaire, sans pouvoir vraiment présager de ce que nous allions découvrir. Et voilà Phanom Rung qui se dresse tout entier devant nous. On sent une force compacte qui émane de cet ensemble. Une force assez prenante pour imposer un silence concentré aux enfants, pressés de pénétrer ce lieu mystérieux. Nous dépassons les bassins qui entourent l’entrée du sanctuaire, franchissons un deuxième pont aux Nagas, traversons la première enceinte du temple, avant de parvenir dans la galerie intérieure.

Phanom Rung - Galerie de l'enceinte interieure

Le grand Prang finement décoré, qui abritait un autel dédié à Shiva, se dévoile peu à peu. Les bâtiments centraux du sanctuaire ont été magnifiquement restaurés dans les années 80 et 90. La tour principale est ornée de nombreux bas-reliefs qui illustrent des épisodes religieux ou représentent des rites traditionnels. L’autel est entouré de trois sanctuaires mineurs, d’une bibliothèque et d’un dernier bâtiment, non décoré, et dont on ignore la destination. Les bâtiments conservent la plupart de leurs colonnades tournées, typiques de l’art Khmer de cette période.

Phanom Rung - Autel de Shiva (Prang Principal)

L’on poursuit la traversée de l’enceinte pour ressortir par la porte ouest, qui propose une vision vertigineuse sur la vallée en contrebas. A perte de vue, la chaleur et la poussière recouvrent le paysage d’une sorte de brouillard irréel. Nous ne nous éternisons pas. Nos réserves d’eau se vident et pas question de prendre des risques pour les enfants, qui tiennent tout de même bien le coup depuis leur bonbon. A quelques pas, un petit garçon Thaï est malade; il n’a visiblement pas résisté à cette fournaise.

Phanom Rung - Entree Ouest

 

Point pratique – l’entrée par le raccourci

Nous découvrons au cours de la visite qu’une seconde entrée « par le haut » donne un accès direct au sanctuaire de Phanom Rung. Le parking débouche immédiatement sur la porte ouest du temple. Il permet d’éviter les volées d’escaliers et l’allée processionnelle. J’imagine que la découverte des lieux est moins magique, mais par temps de grand chaud, cette solution peut alléger la pression physique pour les plus jeunes. Pour atteindre ce parking, lorsqu’on arrive en voiture sur le site, il suffit de dépasser l’entrée principale de Phanom Rung et de continuer la route sur environ un kilomètre jusqu’à la « Gate 3« , à main gauche.

 

La Redescente

Nous retournons sur nos pas. Petit-Deux décide qu’il ne peut donner la main QUE à Maman, pour dévaler l’escalier. Du coup, Petit-Un décide que pareil. Avec Petit-Trois de presque cinq mois dans le bidon, Maman-Tout-Terrain voit déjà à peine ces pieds. Pratique. Papa-Tout-Terrain fait de son mieux pour prendre le relai, mais les enfants ont la tête dure. Petit-Un s’effondre les yeux pleins de larmes sur le coin d’un pavé. C’est la main gauche qu’il voulait donner à Maman. Nous finissons les volées de marches reliés les uns aux autres comme un serpent fou sans tête, qui un peu plus bas, qui à la traine. Nous atteignons enfin, sans casse, le plancher des vaches.

Pour ne pas ralentir la dynamique de la montée, nous avions laissé pour le retour la visite de la White Elephant House, située tout en bas de l’allée processionnelle. Le bâtiment est également souvent nommé Changing House. C’est là que la famille royale changeait ses vêtements, avant les processions et les rituels religieux. L’épuisement guettant, nous laissons tomber.

Pour l’anecdote, nous croisons à ce moment-là ce qui ressemble à un voyage scolaire de petits moines bouddhistes, tous d’orange vêtus. Il est amusant de noter que beaucoup des plus jeunes moinillons ont l’air fort débraillés. Attacher sa tunique traditionnelle ne doit pas si évident, au début!…

Voyage de moines bouddhistes a Phanom Rung

 

Le Kuti Rishi Nong Bua Lai

Juste en contrebas de Phanom Rung, dissimulé au bout d’une allée discrète, nous découvrons après quelques recherches le Kuti Rishi Nong Bua Lai. Il s’agit d’un petit bâtiment qui appartenait à la Dharmasala Route. Il faisait alors office de chapelle pour un hôpital, sans doute construit en bois. Bien que sans caractéristiques particulières, l’édifice nous plait, à sa façon de s’élever délicatement vers le ciel.

Kuti Rishi Nong Bua Lai

 

L’Hôtel de l’Amour

Je ne peux pas finir cette chronique sans un mot sur l’Hôtel de l’Amour, où nous avons dormi ce soir-là. Il est vrai que nous avons été particulièrement bien reçus (pour un tarif très raisonnable): délicieux petits gâteaux et boissons à la réception, chambre chaleureuse et confortable, piscine agréable, élégant bassin poissonneux avec jeux d’eau et de lumière, personnel attentif, petit déjeuner convivial (mais Bloody Mary absolument infect pour Papa-Tout-Terrain…).

L'Hotel de l'Amour

Au-delà de ces aspect tangibles, et pour une raison que je ne parviens à expliquer, l’hôtel est devenu une sorte d’établissement mythique pour les enfants. Il n’est pas un jour sans que les garçons ne l’évoquent. Pour sûr, tout l’entourage est bien au courant! Des grands parents à la nounou en passant par les enfants du voisin, chaque fois que Petit-Deux a été interrogé sur ce qu’il avait vu de beau pendant sa semaine de vacances, il a invariablement répondu, des étoiles dans les yeux: « J’ai été à l’Hôtel de l’Amour et j’ai pris l’ascenseur. »

 

Le lendemain, nous allions découvrir l’incroyable et très militarisé temple de Ta Muean Thom, au cœur d’un conflit territorial entre la Thaïlande et le Cambodge.

 

Edit: Nous sommes retournés à Phanom Rung un an plus tard et avons a nouveau eu le souffle coupé par la beauté et la majesté des lieux. On ne s’en lasse pas et on espère encore y retourner…

 


Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

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Prasat Muang Tam, majestueux temple Khmer – Buriram

La province de Buriram est la première étape de notre voyage en Isan. C’est la fin de la saison sèche, la période la plus chaude de l’année. Le paysage est désolé, brûlé par le soleil. Il est midi. Nous traversons quelques villages, presque déserts. Nous ne trouvons ni restaurant, ni boui-boui, ni superette, ni rien pour faire grignoter les enfants dont les estomacs grondent. Le GPS indique la proximité de Prasat Muang Tam, qui sera notre première visite, mais nous n’y croyons guère: de toute évidence, nous sommes au milieu de nulle part.

 

Une formidable découverte

A Papa-Tout-Terrain, je lance en ricanant « Tourne à gauche et nous y sommes »… c’est du moins ce que je lis sur la carte. Nous tournons à gauche et voyons se détacher dans le ciel d’acier la lourde et somptueuse silhouette d’un temple Khmer millénaire. Construit entre la fin du 10eme et le début du 11eme siècle, ce temple Hindou était dédié à Shiva. Il occupe une surface carrée, ceinte d’une haute muraille extérieure. L’entrée principale est tournée vers l’est. On franchit son lourd portail de pierre, et s’ouvre à nous une majestueuse enceinte intérieure, géométriquement découpée par quatre bassins en forme de « L ». Derrière ces réservoirs, une seconde enceinte entoure plusieurs Prangs -des sortes de tours qui servent d’autels- que l’on voit s’élever vers le ciel

Les Bassins de Prasat Muang Tam

L’enclave intérieure comprend une galerie circulaire, qui suit le périmètre de l’espace sacré. Je m’y engage. Malgré la chaleur écrasante, les lieux gardent quelque chose de mystique qui force au respect et au recueillement. J’entre à pas de loup. Quatre des cinq Prangs restent debout –ils ont en fait été restaurés. Les autels sont restés des lieux de prières et abritent cierges, encens et offrandes. Le temple est édifié sur un socle en pierre volcanique qui a durement subi l’érosion. Les corps des Prangs sont de brique, tandis que les éléments architecturaux clé (portes, montants, linteaux) sont taillés dans une pierre claire et visiblement très dure, qui a bien résisté au temps. Ils sont finement et richement sculptés.

Bas Relief sur un Linteau de Prasat Muang Tam

 

Premières explorations pour les enfants

Petit-Un est captivé par les lieux. Il entreprend une découverte en solo. On le voit se glisser dans les galeries, jeter des coups d’œil par les ouvertures des fenêtres, toujours décorées des colonnes ciselées d’origine. Je le perds de vue un instant, suis ses pas, pour le retrouver quelques secondes plus tard, rêvant devant un bassin ou flottent des fleurs de lotus. Il repart à la conquête d’antiques escaliers, suit du doigt le sillon gravé du pourtour d’une porte, puis croise mon regard et sourit, fier de son exploration et heureux de retrouver un visage connu.

Decouverte de Prasat Muang Tam

La visite est plus difficile pour Petit-Deux. Très sensible des pieds, il souffre beaucoup du sable qui entre dans ses sandales. A force de lamentations, il obtient le privilège d’une visite à dos d’homme -et de femme. Mais les rudes escaliers de pierres sont une invitation à l’escalade. Il ne résiste pas. Un peu de crapahute, mais c’est déjà trop pour ses orteils. On enlève les chaussures, on essuie, on époussette, on le reprend sur le dos… « Oh, la belle fenêtre! Maman, Maman, je peux descendre le regarder?… »

Les cinq Prangs de Prasat Muang Tam

Il va sans dire que Petit-Deux a visité tous les autres temples en baskets et chaussettes.

 

Quelques éléments fondateurs de l’architecture Khmer

Le plan du temple nous a intrigués, d’autant que nous avons revu nombre d’éléments analogues sur les sites qui ont suivi. J’ai trouvé peu d’informations, mais il semble que les temples Khmers sont disposés de façon à refléter la topographie de la demeure de dieux hindous: le Mont Meru. Les cinq Prangs centraux représenteraient ainsi les cinq montagnes du mont Meru, alors que les bassins symboliseraient les mers qui l’entourent.

Plan de Prasat Muang Tam (depliant du site)

 

Quelques kilomètres plus loin, nous poursuivons nos découvertes du monde Khmer dans le parc historique de Phanom Rung.

 


Prasat Muang Tam en pratique

  • Coordonnées GPS: 14.496419, 102.982469
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Phanom Rung pour 150 THB.
  • Compter 1h à 1h30 pour la visite.

 

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Balades, animaux et jungle à Khao Yai

Les Grands-Parents-Tout-Terrain sont en visite! C’est l’occasion de leur faire découvrir de chouettes coins de Thaïlande! Première nuit au sud de Khao Yai. J’ai opté pour l’Ingpai Resort, qui se trouve à quelques kilomètres de l’entrée sud du parc. C’est une zone sans touristes et sans hébergements, ou presque: tout le contraire de Khao Yai nord. L’hôtel est bon marché. Nous n’en n’attendons pas grand-chose. Guidée par le GPS, la voiture fend la jungle, sur une route minuscule et sans lumière.

Nous arrivons au pied de quelques maisons traditionnelles de bois. Deux femmes édentées et pas du tout anglophones surgissent de nulle part pour nous conduire à notre bungalow. De tous leurs chicots, elles sourient aux enfants qui, pas du tout impressionnés, échangent quelques mots en Thaï. La chambre est très agréable: propre, vaste, et lumineuse de bois blond. Un grand matelas deux personnes a été rajouté pour les enfants, et le chauffe-eau dispense une eau encore plus chaude qu’à la maison. C’est royal! Je ne suis juste pas très rassurée d’être au bout du monde, et demande à Papa-Tout-Terrain d’envoyer un texto à des proches, pour nous localiser: au moins demain, ils pourront retrouver nos os (oui, je suis grave confiante au fin fond de la nature…).

Ingpai Resort

Le lendemain aux aurores, opération Tetris pour Papa-Tout-Terrain. Quatre valises, deux sièges auto, un matelas, des sacs à dos, des sacs à mains, des sacs informes, sans compter les exigences et incompatibilités des passagers: Petit-Un veut « un grand-parent » à ses côtés, tandis que Petit-Deux ne s’assoit qu’à côté de Maman-Tout-Terrain, qui elle a mal au cœur à cause de sa grossesse.

 

Premier Contact avec la Faune de Khao Yai

On entre finalement à Khao Yai. C’est vraiment à deux pas de l’hôtel. Nous traverserons d’abord la zone sud, territoire des éléphants. A l’entrée du parc, on trouve des tas d’affiches sur la façon dont se comporter si l’on en croise un. En gros il faut laisser l’éléphant tranquille et ne pas le poursuivre pour le photographier. Tout de même, l’inverse ne me viendrait pas à l’idée! Ca me rappelle justement qu’avant le week-end, Papa-Tout-Terrain m’avait montré la vidéo d’un éléphant irascible du parc, en train d’attaquer la voiture de touristes sûrement relous. J’espère tout de même ne pas avoir à rencontrer d’éléphant en liberté.

Nous croisons un très beau singe. Un macaque. Les enfants râlent. Ils voudraient lui donner une banane. On explique qu’on est dans une zone protégée et qu’on ne doit pas nourrir les animaux sauvages. Les enfants râlent plus fort et ne se sentent pas concernés. Nous sommes en pleine séance éducative lorsqu’un cycliste nous hèle avec des signes de bras insistants.

On s’arrête. Il voit notre tête et prend la figure embêtée du mec qui ne parle pas anglais. Ça l’a refroidi d’un coup et il abandonne l’idée de communiquer. On s’apprête à repartir quand on voit devant nous un pick-up qui recule à toute vitesse, suivi d’un type qui court comme un dératé. Suivi d’un éléphant très placide. L’éléphant traverse la route en humant des touffes d’herbe de ci de là. Puis il s’enfonce dans la jungle tout en poursuivant ses activités d’éléphant. C’est la première fois que je voyais un éléphant en liberté et j’ai trouvé l’épisode très émouvant!

Elephant a Khao Yai

 

Balades dans la Jungle

On passe au visitor center pour récupérer une carte (médiocre d’ailleurs, j’aurais dû en imprimer une d’Internet), avant d’entamer notre première balade. Suivant les recommandations de mes collègues Thaï, nous sommes en pantalon-chaussettes-baskets, avec les jambes bien couvertes pour éviter les serpents, sangsues et autres joyeusetés que je n’ai pas bien comprises. En fait, les Thaïs, eux, sont en short et tongs. Les balades sont jolies et la jungle est bien entretenue. Je m’entends: on est au cœur de la forêt tropicale et on n’a pas du tout du tout envie de sortir du sentier tracé, mais le chemin est dégagé et bétonné sur un mètre de largeur si bien qu’on se sent en sécurité, et que l’on sait où l’on met les pieds.

Il n’empêche qu’il faut ouvrir grand les mirettes. Petit-Un nous a sauvés d’un serpent qui traversait paisiblement le sentier, mais qui nous avait échappé. Heureusement, très averti des risques des reptiles, il s’est arrêté net et a retenu Papa-Tout-Terrain qui ouvrait la marche. Quel sang-froid pour notre grand, qui n’a pas encore cinq ans! Il en a tout de même tremblé de frayeur pendant un petit moment. Moi aussi, d’ailleurs!

 

La Haew Narok Waterfall

Khao Yai propose une demi-douzaine de balades de longueurs différentes, dont la plupart mènent à des cascades. D’autres excursions sont possibles mais doivent se faire avec des guides expérimentés. Sur les quatre circuits testés –sur deux jours-, j’ai particulièrement aimé le chemin qui mène à la Haew Narok Waterfall, pas très long, facile et ludique pour les petits, avec de nombreux ponts. La dernière volée d’escaliers à pic est cependant assez glaçante. Mon vertige et moi-même avons dû prendre notre courage à deux mains et Petit-Deux en Buzzidil (notre porte-bébé du moment) pour aller jusqu’au belvédère final. Mon cavalier s’est même permis de pester sous prétexte que j’étais trop lente et que ça le fatiguait. Le début de la saison sèche (novembre) est sans doute le meilleur moment de l’année pour ces balades: il reste beaucoup d’eau dans les cascades, mais les chemins sont facilement praticables.

 

Petite digression. En route pour la Haew Narok Waterfall, nous avons vu un petit crocodile nager dans une rivière. En d’autres lieux, nous avons également vu des touristes barboter dans des cours d’eau, en dépit de panneaux qui l interdisait… à cause de la présence d’alligators, justement. Encore plus pour nous, étrangers, parce que nous ne connaissons pas bien cet environnement et sa faune, il m’est vraiment avis de respecter strictement les indications données dans le parc.

 

Les animaux de la tombée de la nuit…

Nous passons la seconde nuit au nord de Khao Yai. Comme le crépuscule est propice à l’observation des animaux sauvages, nous avons prévu de clôturer la journée par une dernière traversée sud-nord du parc. Suite à des soucis d’éléphants, plus personne ne peut entrer dans le parc après 18h, mais ceux qui y sont déjà peuvent s’y déplacer librement (et même y camper pour les très courageux). Nous ne nous attarderons tout de même pas trop, je ne tiens pas à dormir entre les pattes d’un pachyderme. Il est 17h15 et justement, la voiture qui nous précède s’arrête, en warning.

Ce coup-ci, on reconnait le signe de l’éléphant! Je suis bien contente de ne pas être la première voiture! Par chance, on est juste derrière, et on voit super bien. Cet éléphant a opté, ce soir-là, pour une balade sur le goudron. Nous le suivrons pendant un bon quart d’heure -avec une pensée pour les véhicules qui, de l’autre côté de la route, doivent faire l’opération à reculons. Tout ce temps-là, l’éléphant nous ignorera royalement. Et très vite les enfants aussi passeront à autre chose: un éléphant qu’on ne peut nourrir de bananes n’est décidément pas très intéressant! Nous croiserons encore deux éléphants, des daims, et peut-être un gaur (animal de type buffle à cornes courbées, et dont le territoire se situe au nord de Khao Yai).

 

Confort et Sérénité au Santosha Health Lifestyle Resort

Lors de précédentes excursions, nous avions déjà testé l’hébergement autour de Khao Yai, que nous avions trouvé coûteux et de qualité médiocre. Sur recommandation, nous logeons cette fois-ci au Santosha Health Lifestyle Resort, un peu plus loin de l’entrée du parc. C’est un peu cher, mais franchement confortable, et nous avons été délicieusement accueillis. Les chambres sont spacieuses et les lits immenses, le personnel est souriant, et le tout est meublé avec tant de goût que Papa-Tout-Terrain aurait bien acheté un banc pour rapporter chez nous. Summum de l’idéal pour nos enfants, “il y a même des poules dans le jardin!!!”

Santosha Resort

La piscine est très chouette, dans un beau paysage montagneux. Il paraitrait également que les cours de yoga –gratuits- de sept heures du matin sont top. Mais soyons réalistes, avec mes cernes de presque cinq ans d’âge, je n’ai vraiment pas la gueule de quelqu’un qui va se lever spécialement pour aller faire du yoga aux aurores! Mention spéciale enfin pour le pain maison du petit déjeuner, servi chaud. Le genre de pain tellement bon que j’en ai oublié les nausées de grossesse. Le genre de pain sur lequel toute la famille s’est jetée et un peu empiffrée de façon trop pas discrète. Bref, du pain qui déchire, parole de Français!

 


Le Parc de Khao Yai en Pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée nord: 14.507851, 101.378993
  • Coordonnées GPS de l’entrée sud: 14.222194, 101.405611
  • Prix adulte: 400 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Gardez votre ticket si vous voulez sortir puis rentrer à nouveau sur la même journée.
  • L’entrée dans le parc se fait entre 8h et 18h.
  • Il existe cinq trajets balisés pour la promenade. Ne tentez en aucun cas de sortir des sentiers sans un accompagnant local sérieux.
  • On peut dormir sur place dans des bungalows ou dans le camping. Si vous avez le temps, prévoyez la visite du parc sur deux jours pour bien en profiter.
  • En fonction des distances, pensez a bien vous équiper pour la balade: eau, répulsif moustique, chaussures fermées et pantalons, bâton de rando

 

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