La nounou, la France et nous

« Les Brésiliens passent leur vie à se promener en petite culotte. » Voici ce que m’expliquait notre nounou, quelques semaines après notre arrivée en Thaïlande. A priori, elle avait été employée par une famille venue du Brésil, il y a longtemps. Je me suis immédiatement fait une note à moi-même: ne surtout jamais se promener en petite culotte dans la maison sous peine de devenir une nue célèbre…

Curieusement, l’anecdote est souvent revenue plusieurs fois à mes oreilles, depuis. Via des sources variées. Pas plus tard que lundi, devant le toboggan, Khun Chai m’expliquait que son ancienne patronne brésilienne ne portait jamais de pantalon à la maison. Ni de jupe, hein! Il en suffit de si peu, pour créer une légende urbaine. (Et je me demande d’ailleurs qui est ce loup blanc ayant vraiment travaillé chez des naturistes latins…)

Cet événement m’a plongée dans une profonde rêverie. En transposant à notre famille, quelle idée notre nounou pouvait-elle bien se faire de la France? Au-delà du discours policé qu’elle tient face à moi, je sais bien qu’elle vit tous les jours dans notre intimité. Je revois son visage étonné devant les tartines de Nutella du petit déjeuner ou ma persistance à vouloir tout recycler. Et tous ces petits riens un peu farfelus, qui viennent craqueler notre image plutôt lisse, de prime abord. Au gré de nos péripéties sans conséquence, voici ce que pourrait être un portrait de la France, dans l’esprit de notre nounou…

La France en Thailande

 

La nounou, la France et le sucré

Ca commence dès le matin, à l’heure où les garçons sont attablés devant leurs tartines de Nutella. Ou un bol de Chocapic. « Oh la la!, s’exclame-t-elle, French people eat very sweet! »

En Thaïlande, le petit déjeuner est généralement salé: une soupe, un porridge, ou n’importe quel plat de résistance. Bref, c’est un repas comme les autres. Mais les Thaïs brouillent les pistes. Il y a malgré tout du sucre un peu partout. Pour adoucir les goûts et rendre la nourriture plus savoureuse. Il y a du sucre dans la soupe de nouille, le Pad Thaï, le curry massaman, les viandes grillées, dans de nombreuses sauces, dans le café, la salade de papaye, les sandwiches et même dans les légumes sautés! Récemment, une collègue de mon mari disait d’un plat de pâtes qu’il avait « un gout étranger », parce qu’il n’était que salé. Et ca ne lui plaisait pas.

« Oh oui, mais tout ca, ca ne compte pas », m’a expliqué notre nounou.

Et elle a poursuivi: « Vous, par contre, les Français, vous mangez vraiment très sucré. » Cette constatation de sa part a profondément modifié sa façon de nourrir mes enfants. Ils rentrent de l’école? Elle leur propose une glace. Un diner à improviser pour eux? Ce sera des tartines de miel. Quant à Miss-Trois, elle a failli déjeuner hier d’un (excellent) gâteau maison, aux fruits de la passion. Et c’est tout.

Hauts cris de ma part. « Mais ce n’est pas un repas! » Il leur faut des légumes. Et du riz. De la viande, même, si vous voulez. Puis un yaourt. Puis un petit peu de gâteau, seulement, à la fin. En Thaïlande, il n’y a généralement que le plat principal. Le concept de services successif ne l’a pas convaincue. Elle a haussé les épaules: « But you, French people, eat very sweet… »

French people eat sweet - Halloween

 

La nounou, la France et les pâtes

Cette discussion, nous l’avons eue mille fois déjà et nous l’aurons mille fois encore.

Et l’on ne peut pas trop lui en vouloir, à notre nounou, parce qu’entre les cultures, elle y perd un peu ses repères et sa notion du bon goût. Je lui demande de faire cuire des pates? Cinquante minutes plus tard, elles bouillent encore dans l’eau saumâtre. Dégoutée, je retire de la casserole un tas informe, tremblotant et blop-blopant. « Vous avez oublié les pâtes? » « Ben non. Elles sont dures, vos pâtes. Alors il faut qu’elles cuisent longtemps. Longtemps-longtemps. Vous croyez vraiment qu’elles sont déjà cuites? » Pauvre monsieur Barilla! Il doit encore s’en retourner dans sa tombe…

Depuis, c’est moi qui fait cuire les pâtes. Mais c’est elle qui fait cuire le riz. (Elle a beaucoup rigolé en me voyant faire, les premières fois). Chacun ses spécialités!

… Pour les pâtes, de toute façon, ce n’est pas grave, parce que Khun Nee frappait à la porte: « Je vous ai apporté des cupcakes pour le dîner des enfants: je sais que les Français ne mangent que des trucs sucrés… »

 

Ces Français qui affament leurs enfants…

Autre pays, autre problématique. En Chine, ce n’est pas moins de sept repas que Petit-Un devait ingérer quotidiennement en l’espace de douze heures. Un petit déjeuner. Deux collations du matin. Un déjeuner. Deux collations de l’après-midi. Et un dîner. Je trouvais ca trop. « Mais un enfant, il faut que ça mange! Et puis, s’il n’est pas gros, les autres nounous vont dire que je m’occupe mal de lui… »

Autres problématiques car à l’époque de la fermeture de la Chine communiste, notre nounou avait eu faim. Elle avait craint, souvent, aussi, de ne pas pouvoir assez nourrir sa fille. Un parent avec un enfant bien portant, alors, était un bon parent. Pour ma part, j’ai plusieurs fois été réprimandée dans la rue par quelque Mamie désœuvrée: « Mais il est trop maigre, votre petit garçon! »

L’enfant, il fallait le nourrir à tout prix. Las de rester dans sa chaise haute, Petit-Un avait droit de jouer de courir et de sauter, tandis que sa nounou le poursuivait, une cuillère à la main, garante de la bonne nutrition.

Mille fois nous en avons discuté. Une collation, pas deux. C’est bien assez. Il n’a pas faim. Ca se voit… J’ai inventé des recommandations du corps médical. Des exhortations de ma belle-mère (pardon Mamie, c’était pour la bonne cause). En vain.

A l’issue de nos congés en France, Petit-Un rentrait toujours amaigri. « Mais vous ne lui avez pas donné assez à manger! Regardez, il est devenu tout creux et tout mou! Vraiment, je ne comprends pas pourquoi les parents français affament ainsi leurs enfants… »

 

La nounou, la France et l’environnement

Revenons en Thailande. Sensibles à notre impact sur l’environnement, nous essayons de trier et recycler au quotidien. Dans le quartier, une vieille dame fouille régulièrement les poubelles pour récupérer les plastiques, les cartons et les métaux, avant de les revendre au poids, à des usines spécialisées. Nous avons souhaité pré-trier pour elle, en amont. Stupéfaction de notre nounou: cette dame le fait très bien toute seule. Pourquoi vous voudriez faire ça? La vieille dame aussi est étonnée. Je pense qu’elle craint qu’il n’y ait anguille sous roche. Elle fait son possible pour éviter de me croiser…

Des médicaments périmés? « Ah non… ici les hôpitaux ne les reprennent pas. Mais donnez-les à Khun Mac. Il trouvera bien à les revendre… » Depuis, j’ai un tas de médicaments planqué dans ma penderie. Je ne sais pas quoi en faire… Les piles? « Bah non… ca n’existe pas, les containers spéciaux. » Alors je stocke aussi…

Le reste d’huile de friture? « Un trou au fond du jardin, et ce sera parfait… »

Ou l'on cherche des vers de terre pour la peche...

« Comment ça? Vous voulez laver votre maison avec du vinaigre blanc? Mais vous ne voulez plus vous en servir pour manger, alors? »

« Et on ne peut même pas utiliser des pesticides avec un gros « X » rouge sur la boite, dans la maison, pour se débarrasser des fourmis?… Mais alors, on ne peut rien faire pour lutter contre toutes les bestioles?… »

Bref, on ne se comprend pas sur tout… Mais notre réputation est établie désormais. Une famille d’originaux compliqués. Ils ne font pas confiance aux produits modernes, mais tiennent beaucoup à leurs ordures et ne s’en détachent pas comme ca. Après tout, c’est un peu incompréhensible, mais ce doit être un truc de Français…

 

La nounou, la France et le français

Au-delà de nos habitudes, notre nounou a également appris le français par bribes. « Saucisse » est arrivé en premier. Suivi de « ascenseur », bien sûr, la faute à Petit-Deux. Ca le fait beaucoup rire, d’ailleurs, de le répéter ensuite, avec l’accent thaï. « Gnocchis », le plat préféré de Petit-Un. « Croque-Carotte », car c’est une question de priorités. Et « slip », car en dialecte du nord est de Thaïlande, « slip » se dit « slip », alors ca nous fait un mot commun.

La France vue de Thailande

Petit-Deux a bien compris le parti qu’il pouvait tirer des incompatibilités linguistiques. Avec la nounou, il joue au jeu des sept familles. « Mais seulement en français, parce que c’est un jeu français! » « Mais voyons, proteste sa gardienne, tu sais bien que je ne parle pas français. » « Ca n’est pas grave. Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider. Pour commencer, montrez-moi vos cartes. Hum, c’est bien. Maintenant répétez: Dans la famille française je voudrais le fils! » Curieusement, Petit-Deux finit toujours par gagner…

Et pour finir, le sacro-saint « ça va? » (prononce chavah). Il est passé dans notre langue vernaculaire au quotidien, que ce soit au milieu de l’anglais ou du thai. C’est toujours du plus bel effet auprès de nos visiteurs français!

 

Piquer un lama…

J’en viens à mes pires hontes linguistiques. Il est des jours où l’on est fatigué. Où l’on dit des bêtises. Et où ces bêtises passent à la postérité. Hélas.

Vous souvenez vous de ce lama, kidnappé il y a quelques années par un groupe de sales jeunes, puis promené dans le tram de Bordeaux? A l’issue d’une journée épuisante, Papa-Tout-Terrain et moi-même, très amusés par cette non-information, avions transformé l’anecdote en une comptine toute personnelle: « Piquer un lama, piquer un lama, piquer un lama c’est non non non! »

L’air entraînant, le rythme et les répétitions ont tout de suite séduit notre nounou. Elle a tout retenu. Aujourd’hui encore, pour écarter Miss-Trois d’un objet interdit, je l’entends souvent chantonner: « Piquer un lama, piquer un lama, piquer un lama c’est non non non! » Et pourtant, ce n’est pas faute de lui avoir expliqué l’inavouable… Bref, en présence de francophones, je prends généralement un air absent… Ca? Du français?… Non…Les Francais, ce peuple incomprehensible...

 

Du scatologique…

Une autre expression, guère plus glorieuse, a été très largement relayée en Chine, grâce aux efforts Petit-Un… Petit-Deux venait de naitre. Je profitais alors de mon congé maternité pour accompagner la nounou dans sa sortie biquotidienne à la salle de jeu du quartier. Chacun s’y retrouvait et papotait gaiement, en jetant un coup d’œil sur les tout-petits qui gambadaient au milieu des jeux.

Soudain, Petit-Un rejoint le groupe des adultes d’un pas pressé: « caca mou! » Je rougis, regarde mes pieds et me prépare à une sortie discrète et efficace. J’entrevois un frémissement pressé dans les rangs des nounous qui s’exclament alors, toutes en cœur: « Caca mou! Caca mou! Caca mou! » La bourrique avait briefé toute la résidence.

Je rougis d’avance, rien qu’à penser qu’une de ces dames puisse un jour travailler pour une famille française, et vouloir faire montre de ses connaissances linguistiques…

 

… et du romantique!

« Je t’aime! » s’est exclamé un jour notre nounou chinoise, en français, au moment où je fermais la porte pour partir au travail. Crotte! Qu’est ce que c’est que cette histoire?… Je suis déjà à la bourre, en plus… Je rouvre la porte. « Qu’est ce que vous venez de me dire? » Avec un sourire un peu gêné et timide, elle me répète: « Je t’aime… »

(La dame en question a cinquante-cinq ans, un mari et une fille de mon âge.)

Je fronce les sourcils. Je lui demande en chinois si elle sait ce qu’elle est en train de me dire. Cette fois-ci, son regard est plein de fierté. Oui, bien sûr, elle le sait. Elle m’a dit au revoir en français. Elle a bien écouté et c’est exactement ce que je dis à Petit-Un, tous les matins, avant de partir au travail.

 

Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

Premiers jours de notre nouveau-né en Thaïlande

Les Thaïs adorent les bébés. Nous le savions. Nous n’imaginions pas néanmoins le déferlement de gloire qui attendait Miss-Trois à la sortie de la maternité. Et les usages étranges dont nous allions être les témoins privilégiés. Les premières semaines de notre princesse auront ainsi été marquées par le bonheur d’accueillir un cinquième membre parmi nous, mais aussi par les singulières découvertes du pouponnage à la mode thaïe.

Premiere balade d'un nouveau-né en Thaïlande

Il y a quelques temps, alors que je vous racontais ici la naissance mouvementée de notre Miss-Trois, j’ai réalisé combien sa petite enfance aussi était unique, surprenante et pleine de richesse. Au cœur de deux cultures divergentes, parfois antagonistes, parfois complémentaires. Je reprends finalement le fil pour partager avec vous quelques touches d’étonnements, de moments tendres et chaleureux, et quelques bonnes pratiques, aussi, venues de l’autre bout du monde…

 

Jour +1: Retour à la maison…

Au lendemain de la naissance de Miss-Trois, j’avais piaffé toute la journée, en attendant de sortir de l’hôpital. Mais pour raisons d’hémorragie post-partum, les médecins n’avaient finalement accepté de me délivrer qu’en soirée. A la façon orientale, on ne m’avait pas dit non le matin. « Encore une heure ou deux sûrement. » Deux heures plus tard itou. Et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit. D’une nature directe, je trouve toujours ces euphémismes très énervants, bien qu’ils soient une façon normale de communiquer en Asie. Bref, je trépignais. Mais couchée dans mon lit, vu que j’avais promis à Papa-Tout-Terrain de me tenir tranquille.

 

… sous les acclamations de la foule en délire…

Il était plus de neuf heures du soir lorsque nous atteignîmes enfin la maison. Notre nounou, son mari, sa fille ainsi que plusieurs autres nounous du quartier nous attendaient en une haie d’honneur. C’est dire l’excitation qui entourait l’accueil de la nouvelle venue! Le mari de la nounou nous a ouvert les portes de la voiture puis de la maison, a porté nos bagages. … avant de se faire brusquement refouler à l’extérieur par son épouse.

Premiers jours d'un nouveau-ne en Thailande

En une seconde vague, le reste de l’assistance s’est arrêté de respirer et s’est précipité pour la voir, avant que le berceau ne s’engouffre dans la maison. Au bout de quelques secondes, notre nounou a renvoyé tout le monde, manu militari. Ca suffit maintenant, il faut que le bébé se repose! Il a d’ailleurs fallu qu’on récupère les grands frères que l’on voulait jeter avec l’eau du bain. Etre aux côtés du bébé n’était a priori pas leur place non plus.

Notre nounou est restée un petit moment avant qu’on ne lui propose gentiment de rentrer chez elle. Plusieurs fois. Avec un peu d’insistance à la fin. C’est vrai qu’en Thaïlande, une jeune Maman ne reste jamais seule avec son nouveau-né. Sa mère ou sa belle-mère lui tient toujours la jambe. Enfin surtout celle du bébé. Mais, personnellement, l’aide de Papa-Tout-Terrain et l’agréable compagnie des deux grands me suffiraient vraiment. C’est très gentil. Vraiment. Merci beaucoup. A demain! Merci. Merci! Au revoir… Bonne soirée… Oui, oui, demain à l’heure normale… Merci encore…

Ouf enfin seuls!

 

Jour+2: Points de suture pour Petit-Deux

Le lendemain devait être paisible, avec Papa-Tout-Terrain à la maison pour le dernier jour de son congé paternité. Je lui avais même promis de me reposer régulièrement au lit pendant quelques temps, histoire de récupérer tranquillement sans prendre de risques indus. Nous ne quittions pas notre merveille des yeux.

Notre nounou, arrivée aux aurores, semblait en revanche dépitée. Alors qu’elle entendait passer sa journée à pouponner, nous gardions le bébé pour nous.

La maison avait presque déjà retrouve sa quiétude ordinaire lorsque Petit-Deux décida soudain de tester notre résistance au stress. Pan! A l’improviste, il prend sur lui de se fendre le crane sur un trampoline, comme ça, sans prévenir.

Il y a du sang un peu partout. On prend un torchon pour faire compression. On laisse le bébé à la nounou, et on jette le blessé dans la voiture. Zut, qu’est-ce qu’il va téter le bébé? On retourne chercher Miss-Trois. Vu les larmes au bord des yeux de Petit-Un, on l’embarque aussi. On part finalement en catastrophe, mais en famille.

Les points de suture

Il y aura eu plus de peur que de mal heureusement. L’affaire se conclura avec trois points de suture et une belle ordonnance pour des soins quotidiens à l’hôpital, sur les dix jours suivants. Cette aventure marquera, en sus, la fin officielle de mon alitement post-partum, à l’issue de trois heures de tranquillité.

 

Jour+3: Première sortie de notre nouveau-né en Thaïlande

Au troisième jour, Miss-Tout-Terrain effectuait sa première vraie sortie officielle, sous le feu des projecteurs. La résidence entière avait été conviée à l’événement.

Dès l’aube, Papa-Tout-Terrain ayant rejoint son travail, notre nounou me demandait la permission d’emprunter Miss-Trois. Euh… J’étais restée sur la Chine, où il est très mal vu de se balader en extérieur avec un bébé si petit. Vous êtes sûre? On peut vraiment laisser sortir nouveau-né en Thaïlande? A priori oui. Il faisait beau et chaud, mais pas trop de soleil. Et nous habitions la campagne. Il s’agissait d’après ses dires de conditions optimales.

A mon feu vert, notre nounou a alors dégainé son téléphone et appelé les trois quarts du monde. « Venez tous vite! C’est bon! J’ai le bébé! » (Bon, je traduis l’idée, puisque je ne parle pas thaï. Mais l’esprit est vraiment là!)

Notre nounou en adoration

Elle a ensuite choisi la tenue. Une robe rose fuchsia. Un bandeau rose clair avec une fleur. Et une sorte de fuseau rose aussi, mais d’un rose pas pareil. Les trois pièces provenant d’ensembles différents. Je n’aime pas tellement le rose et je déteste les tenues trop « filles » sur les petits bébés. Mais de toute évidence, nous ne partageons pas les mêmes goûts. Bon, tant pis, je n’y serais pas…

A la porte je la retiens. « Mais, vous ne lui avez pas mis de chaussettes! » La nounou éclate de rire: « Il fait trente-cinq degrés! Ca serait bien cruel de lui mettre des chaussettes! »… Oh, encore des relents de Chine… On m’a tellement reproché de sortir mes bébés pieds nus, même par canicule, que j’avais pris l’habitude de leur enfiler des chaussettes par tous les temps. La paix sociale n’a pas de prix. Il allait me falloir m’habituer aux nouveaux codes de la Thaïlande…

 

Désaccords culturels… Qui s’occupe de bébé?

Malgré tout, les sorties et l’organisation de l’emploi du temps de Miss-Trois devinrent assez rapidement une pierre d’achoppement. Notre nounou s’attendait semble-t-il a pouvoir faire une quasi libre utilisation du bébé. J’étais pour ma part heureuse et désireuse de garder ma fille près de moi, de la regarder sourire en dormant de son sommeil de nouveau-né, de sentir ses petits cheveux et de caresser à tout bout champ ses minuscules orteils.

Je refusai plusieurs sorties mondaines. La plupart du temps pour l’excellente raison que Miss-Punk était en train de dormir. Notre nounou me fit part de son désarroi: « Vous comprenez, Khun X, la nounou du voisin blondinet veut que je lui amène Miss-Trois. Et Khun Y qui fait le ménage chez Madame Truc doit passer ici, pour voir le bébé. Sans compter que dois envoyer des photos à Khun Z, la vendeuse de légumes, et donner des nouvelles aux jardiniers qui se demandent quand vous êtes rentrés. »

Je crois qu’elle n’a jamais compris mes refus. Quelques mois plus tard, elle m’a expliqué qu’à la naissance de ses propres enfants, elle n’avait pas eu le loisir de s’en occuper. Sa belle-mère était venue s’installer chez elle pour prendre les bébés en charge. Elle les habillait, les lavait, les changeait, les promenait et dormait avec eux. Elle ne les emmenait à leur mère que pour les faire téter. « Ce n’est pas à la mère de s’occuper de ses enfants… » m’avait-elle soufflé, avec un poil de reproche. La mère devrait se reposer, plutôt. Le noyau familial et les usages sociaux sont bien différents pour un nouveau-né en Thaïlande. Je comprends sa déception mais nous ne sommes pas Thaïs et avons choisi de faire à notre façon, malgré tout.

Les freres en adoration

 

Une histoire à suivre…

Nous n’en n’étions encore qu’au début de nos découvertes, de nos étonnements et de nos oppositions. Le chemin serait certes pavé d’incompréhensions et d’obstacles, mais quelle richesse, finalement, de voir grandir son nouveau-né en Thaïlande, entre deux cultures.

Je reviens très vite vous en dire un peu plus sur les soins de bébé, au quotidien…

 

Dimanche, nous irons voter « pour »…

Il y a seize ans, quand j’ai commencé à étudier le mandarin, je demandais à tous les Chinois qui passaient leur opinion de la vie dans un pays non démocratique. (J’étais bien naïve.) Je les trouvais plutôt réservés sur les questions politiques. Tout en nuances.

Je me souviens d’un jeune homme à qui il semblait préférable que les Chinois ne votent pas. Parce qu’ils manquaient de culture politique. Et que, pour sûr, si on leur laissait le choix, ils éliraient pour Président un chanteur.

Et puis cette femme qui m’avait fait remarquer que les Français ne pouvaient pas s’empêcher d’avoir un avis sur tout. Alors que la Chine ne jugeait pas la démocratie française, elle.

 

Mais en réalité, en Chine, on ne parle jamais vraiment de politique.

Il y a treize ans, quand je suis partie vivre à Shanghai, j’entendais parfois la respiration d’un fonctionnaire qui écoutait mes conversations, quand j’appelais ma famille. Les colis que je recevais par la Poste étaient fouillés avant livraison. Et les autorités confisquaient fréquemment des objets au passage.

Il y a douze ans, pour la mort de Zhao Ziyang –qui avait soutenu les manifestants au moment de Tian An Men- la diffusion de TV5, la télévision française, a été suspendue pendant plusieurs semaines. Et la plupart des sites web étrangers que je consultais fréquemment a été bloqués.

Il y a cinq ans, dans une librairie de Shanghai, alors je feuilletais un Lonely Planet en anglais sur la Chine, je suis tombée sur des pages et des paragraphes entiers caviardés. Recouverts, effacés au feutre noir par la censure.

 

Puis nous étions en Thaïlande, en mai 2014, lors du dernier coup d’Etat militaire.

Les opposants des deux bords ont été envoyés en prison et la junte militaire a pris le pouvoir.

L’instabilité politique s’est traduite par une baisse de l’activité économique que l’on ressent encore un peu aujourd’hui. Les foyers les plus modestes ont été les plus atteints.

Depuis le coup d’Etat, tous les vendredi soirs, le général Prayut Chan-o-cha apparaît à la télévision, pour présenter à la population un compte-rendu de la situation du pays et des réformes mises en place par son gouvernement provisoire.

De nouvelles élections devraient être organisées début 2018. Il est difficile de prévoir l’avenir. Le prochain gouvernement démocratique pourra-t-il se maintenir? Depuis 1932, la Thaïlande a traversé dix-neuf coups d’Etat.

Le Roi de Thaïlande est mort le 13 octobre dernier. La veille, alors qu’il était au plus mal, nous avons appelé nos familles pour leur dire que nous n’aurions peut-être plus d’accès à Internet, pour une durée inconnue. Les entreprises étrangères avaient prévu des plans d’évacuation pour leurs expatriés. Par bonheur, le pays n’a pas traversé la crise politique que l’on craignait.

 

La Chine s’ouvre. La Thaïlande se stabilise. Ce sont deux pays qui avancent courageusement. Tout n’est pas idéal. Mais ils progressent. Avec une énergie extraordinaire, leurs populations aspirent à aller vers le mieux. Et elles avancent.

 

Et nous? Nous, dimanche, nous irons voter.

Et nous n’irons pas voter contre.

Nous irons voter pour.

Pour construire une France meilleure. Pour bâtir ce qui sera la patrie de nos enfants. Le choix final n’est pas exactement celui qui nous aurait convenu. Qu’importe, il est ce qu’il est. Mais on n’a pas le luxe de se mettre en sommeil pendant un quinquennat. On ne peut pas hypothéquer notre avenir pendant les cinq prochaines années. On doit juste mettre toutes les chances de notre côté.

Parce qu’en Chine, en Thaïlande et ailleurs, ils ne vont pas nous attendre, pendant les cinq ans où on va bouder. C’est aujourd’hui qu’on éduque les générations d’actifs de demain. C’est aujourd’hui qu’on décide des stratégies industrielles de l’avenir. Et c’est surtout dès aujourd’hui qu’il faut mettre toute notre énergie pour aller mieux. Reconstruire une société optimiste. Et se battre pour.

Pour tout cela, pour nos enfants, dimanche, nous irons voter pour.

 

Dimanche, nous irons voter pour

 

Nota: Comment voter par procuration quand on ne connaît personne dans son quartier? Je trouve que l’information est trop peu relayée par les medias et c’est dommage. Si vous êtes empêchés lors d’un des tours des prochaines élections, cet article est pour vous! Foncez et votez!

 

Tous les commentaires déplacés seront supprimés.

 

 

Le riz gluant au lait de coco – recette thaï

Bonne année! C’est toujours les vacances de Songkran, le Nouvel An Khmer, en Thaïlande!

Pour fêter ça, on va se mettre en cuisine! Je vous propose la recette du riz gluant au lait de coco, qui se déguste généralement avec de la mangue! Il s’agit d’une recette très populaire en Thaïlande, et qui répond au doux nom de khao niao mamuang. Ca a l’air poétique comme ça, mais khao niao veut dire « riz gluant » et mamuang veut dire « mangue ». L’appellation est donc très prosaïque. Quant à la dégustation, c’est une vraie tuerie!

 

Ingrédients pour quatre gourmands

(Il faudra vous y prendre une bonne demi-journée à l’avance, à cause du temps de trempage du riz gluant.)

  • 300 grammes de riz gluant
  • Un demi-litre de lait de coco
  • 150 grammes de sucre de palme
  • Des mangues

 

Trouver les ingrédients principaux…

La base de la recette c’est le riz gluant. Vous pourrez en trouver dans les épiceries asiatiques sous le nom de riz gluant ou « glutinous rice ». Ce riz se cuit un peu différemment du riz normal, et je trouve que son goût est plus fin. C’est un féculent qui se consomme surtout dans le nord-est de la Thaïlande, dans l’Issan, mais également au Laos attenant.

Vous trouverez le lait de coco dans n’importe quel hypermarché. Ne le confondez pas avec l’eau de coco. L’eau de coco est translucide: c’est le liquide qui s’échappe quand on ouvre la noix de coco. C’est très bon mais pas assez gras. Le lait de coco, lui, est blanc. Il est préparé à partir de la pulpe de la noix de coco râpée.

Le sucre de palme, pour finir, est fabriqué à partir des fleurs du palmier à sucre. On l’achète sous forme de petits palets ou parfois d’un gros pain. En Thaïlande, il est vendu sur le bord de la route, dans les zones de palmeraies. Mais sinon, vous en trouverez dans les épiceries asiatiques. Faute de sucre de palme, on peut mettre du sucre roux ou même du sucre blanc. Les deux premiers sont plus parfumés. Mais le sucre blanc permet de présenter à table un riz plus clair, que je trouve esthétique, aussi.

Sucre de palme pour le khao niao mamuang

Au moment de servir votre dessert, si vous avez des mangues, c’est l’occasion ou jamais d’en faire bon usage! Mais sans mangues, j’accompagne le dessert d’autres fruits, comme des lichies en boite pour faire exotique, ou des poires bien parfumées, tout simplement. D’ailleurs, faute de mangues, il m’arrive de servir le dessert sans fruit et ça ne déranger personne à la maison!

 

Lavage et trempage du riz

On commence par laver le riz. On le met dans un grand saladier, on le recouvre d’eau et on touille. Lors des premiers lavages, l’eau va se troubler, car le riz se débarrasse de son amidon et de ses résidus. Ensuite, l’eau reste bien claire.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

On passe ensuite à la phase de trempage. C’est très important, car sinon le riz ne cuit pas comme il faut. J’en ai fait l’expérience à mes dépends à Noël, alors qu’on m’avait commandé un riz gluant pour vingt-cinq personne et que j’ai voulu faire la maligne et gagner du temps. (Le résultat était vraiment loupé loupé!) En général, je fais tremper une douzaine d’heures.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

La nounou qui s’est étonnée que je prenne mon riz en photo a ajouté quelques commentaires, du coup. Pour trois cents grammes de riz, elle estime que deux à trois heures de trempage peuvent suffire. Avant de passer à la cuisson, il faut juste vérifier sur un grain de riz qu’il est devenu friable, entre deux doigts. (Mais il faut appuyer drôlement fort, tout de même, je trouve. Même après douze heures de trempage.) En revanche, si l’on peut faire tremper plus longuement, le résultat n’en sera que meilleur!

 

La cuisson du riz

Traditionnellement, le riz gluant se cuit dans une sorte de grand « chapeau » de bambou tressé, que l’on place sur une marmite à la forme particulière, et dans laquelle on fait bouillir de l’eau. Le chapeau confère au riz un petit arrière-goût végétal intéressant. Mais si vous ne possédez rien de tel, vous pouvez utiliser un chinois ou un égouttoir métallique, perché sur une casserole d’eau bouillante. On recouvre le tout d’un couvercle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Ma nounou, qui passait encore par là, m’a fait remarquer que j’ai choisi une casserole beaucoup trop grosse pour mon chapeau. « Vous savez qu’il existe des casseroles beaucoup plus petites? » Effectivement, je les ai vues dans le magasin. Bref, elle me confirme que ça marchera pareil, mais qu’on va galérer à trouver une place dans les placards pour la ranger. Elle n’a pas tort.

Avant de lancer la cuisson, on mouille le chapeau à l’eau, pour éviter qu’il ne brûle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Toutes les dix minutes –ou quand on pense- on secoue le riz. On prend le chapeau en main, et d’un geste de poignet vif et élégant, on essaie de faire se rassembler le riz gluant vers le centre. Très vite va se former une grosse boule qui reste solidaire, et il suffira ensuite de faire tourner la boule. L’objectif est que le riz soit cuit partout pareil. Puis on rebouche avec le couvercle avant de revenir secouer à nouveau un peu plus tard. Le riz est cuit quand il n’est plus croustillant au milieu. Le temps de cuisson oscille entre quinze et quarante-cinq minutes, en fonction de la fraîcheur du riz (le riz tout juste récolté cuit super vite) et de combien de temps vous l’avez laissé tremper (plus il aura trempé longtemps, plus la cuisson en sera rapide).

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

 

Alternatives à la cuisson du riz « dans le chapeau »

Il existe des alternatives qui demandent moins d’équipement et moins de temps. Quand je suis pressée, la cuisson à la cocotte minute –après trempage- fonctionne aussi très bien et va plus vite. Une quinzaine de minutes environ. Mais comme les trous du panier sont assez éloignés les uns des autres, je trouve que la couche inférieure du riz a tendance à se détremper un peu.

Une dernière solution est la cuisson micro-ondes. Après une heure de trempage, on recouvre le riz d’eau et on laisse un petit centimètre en plus, au dessus du riz. On met à cuire cinq minutes au four à micro-ondes. On mélange. Puis on remet en cuisson par tranches de trente seconde, jusqu’à obtention d’un riz satisfaisant. Cette technique est très pratique si l’on veut manger du riz gluant au lait de coco. En revanche, je trouve le résultat trop humide pour être consommé en accompagnement d’un plat salé.

 

La sauce au lait de coco

On met le sucre et le lait de coco dans une casserole à feu doux. L’idéal est de ne pas laisser bouillir le mélange. Le sucre se dissout dans le lait de coco et c’est prêt.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Les Thaïs ont l’habitude de saler la préparation. Style beaucoup. Avec une pleine cuillère de sel, quoi. On sent vraiment le goût salé. Mais dans la famille, on préfère sans le sel, et d’ailleurs, tout le monde est d’accord pour dire que mon riz gluant au lait de coco est bien meilleur encore que la recette originale… Alors à vous de voir, hein, je ne veux pas du tout vous influencer…

On verse ensuite la moitié de la sauce encore chaude sur le riz et on mélange. On poêle un peu le riz avec sa sauce au lait de coco histoire que le liquide soit bien absorbé, et c’est prêt!

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Notre nounou vient de repasser. Elle a dit que c’était très bien que ça sentait bon! (Elle est pourtant plutôt avare en compliments.)

En Thaïlande, le riz gluant peut être servi chaud ou à température ambiante. A la maison, Papa-Tout-Terrain le préfère bien froid. Moi je le trouve toujours bon.

Au moment du service, on proposera une grosse quenelle de riz gluant sucré à côté d’une mangue découpée. Le reste de la sauce au lait de coco est laissé à disposition, pour un assaisonnement au goût.

De toute évidence, je ne suis pas une blogueuse culinaire. En reprenant mes photos a posteriori, je réalise combien la présentation finale est moche moche moche! C’est une catastrophe! Bon, je n’ai que ça alors je vous le mets quand même. Et je vous rajoute aussi une photo de riz gluant du commerce qui est un poil mieux. Mille pardons! Et bon appétit quand même…

Khao niao mamuang du commerce

 

Le riz gluant autrement…

Puisque vous savez maintenant tout de la cuisson du riz gluant, et que vous en aurez bientôt sous la main, je vous recommande de l’essayer également en plat salé. Ca se cuit pareil. Et on peut le manger à la place du riz normal, avec tout. La façon la plus populaire de le déguster, c’est de l’accompagner de poulet grillé au barbecue.

Traditionnellement, le riz gluant se mangera avec les doigts. On forme tout simplement une boulette de la taille d’une bouchée, à laquelle on adjoint un peu de poulet –ou un autre aliment- pour parfumer. C’est le grand délice de nos enfants, et ils en mangent des quantités impressionnantes!

 

 

Songkran, le Nouvel An Khmer à l’école

C’est les vacances! Nous fêtons le Nouvel An Khmer aujourd’hui. En Thaïlande, cette fête s’appelle Songkran.

Depuis plusieurs semaines, le pays est en ébullition. On baigne dans une ambiance sympathique et fiévreuse d’avant les grandes fêtes. La même que les semaines qui précédent le Nouvel An chinois, en Chine. Ou bien sûr, la période de l’Avent en Occident. Collectivement, chacun s’agite. On prépare ses vacances. On réserve ses billets pour les congés. Les supermarchés sont pleins et les chariots débordent de victuailles alléchantes. Les gens ont l’air plus pressé et plus content qu’à l’habitude. Le matin, la nounou a très envie de papoter. Elle me raconte sa belle-mère en vacances, sa famille, ses grands enfants…

(Je ne reprendrai pas ici toute les explications des festivités de Songkran. Vous pouvez les retrouver dans mon billet de l’année dernière sur le Nouvel An Thaï, et également lire les jolies batailles d’eau auxquelles nous avons assisté dans la province de Kalasin, après la visite du musée des dinosaures.)

Songkran a Kalasin

 

La grande transhumance

Coup de tonnerre cependant la semaine dernière. La législation a changé. Il est désormais interdit de charger plus de personnes dans les voitures qu’il n’y a de ceintures de sécurité. La police a immédiatement mis la loi en application et réellement sanctionné les contrevenants. Dans beaucoup de familles, c’était une catastrophe. C’est justement pour Songkran que l’on a besoin de déplacer tout le monde. Pour les raisons fiscales, les pick-ups coûtent beaucoup moins cher que les voitures de tourisme. Cette solution a donc été privilégiée de longue date par les Thaïs. On rajoute facilement quelques personnes dans l’habitacle… sans compter ceux qui seront transportés dans la benne du véhicule, pour les convois exceptionnels.

Departs pour Songkran

Source: Bangkok Post

Bref, c’était le branle-bas de combat. Notre nounou a passé des heures au téléphone avec ses copines pour trouver des solutions alternatives. Les autorités du pays ont bien suggéré de prendre des bus, mais la plupart des billets étaient déjà réservés et bien sûr, les prix se sont envolés. La décision du gouvernement peut sembler surprenante à la veille des plus importants congés du pays. Elle avait néanmoins pour objectif de limiter la mortalité routière, qui explose toujours sur cette période.

La population a cependant tant grondé que, deux jours plus tard, l’application de la mesure a été suspendue et reportée à après les fêtes. Même si les questions de sécurité routière subsistent, c’est plus humain ainsi. Car c’est naturellement les personnes les plus modestes qui auraient été le plus durement impactées par cette nouvelle loi.

 

Le Nouvel An Khmer et le deuil national

Cette année sera également particulière, en raison du deuil national qui affecte la Thaïlande depuis la disparition du Roi Bhumibol, en octobre dernier. Pour 2017, les manifestations trop bruyantes et trop voyantes doivent être annulées. Les autorités ont demandé à la population de se concentrer sur les rites plus traditionnels, comme les offrandes aux temples ou l’aspersion à l’eau. L’on verse d’abord de l’eau sur des figures bouddhistes, qui assureront la bonne fortune. Puis l’on asperge ses parents, ses proches, ses amis, pour les laver du mauvais sort. J’imagine qu’une plus grande retenue qu’à l’habitude sera de rigueur, mais l’on voit tout de même des pistolets à eau (enfin plutôt des bazookas à eau) en vente partout dans les commerces.

Cette année, même l’école a choisi l’annuler les activités festives du Nouvel An Khmer. C’est pourtant un moment que les élèves attendent avec impatience, pour pouvoir arroser leurs professeurs. Un an après, Petit-Un n’en est d’ailleurs toujours pas revenu. Il me raconte souvent, un peu penaud, mais avec une satisfaction non dissimulée: « Tu te rends compte. J’ai jeté de l’eau sur Miss Ann! »

Cette année, les réjouissances sont remplacées par une « Songkran Assembly », avec hymne national et hommages au feu Roi. C’est normal, eu égard au contexte. Pour ne pas priver les plus jeunes, les professeurs de maternelle ont malgré tout eu l’idée d’organiser un « Color Run » et des jeux d’eau, suivi d’un buffet convivial avec les parents.

 

Le Color Run

Jusqu’à ce jour, je n’avais aucune idée de ce qu’était un « Color Run », mais je vois que même Paris en organise, alors vous êtes sûrement mieux renseignés que moi. Le concept est de faire courir les participants et de les recouvrir de poudres colorées au fil du parcours.

L’idée est très bien vue. Le « Color Run » est une activité indépendante de Songkran, et l’événement a été organisé un peu avant la date de la fête pour éviter toute confusion. Mais en même temps, les poudres de couleur jouent un rôle central dans le Nouvel An Khmer. Elles symbolisent le renouveau et la joie des festivités. Et elles peuvent également être pulvérisées sur les parents et les proches, en guise de bonne fortune.

Les Mamans volontaires avaient été conviées à se joindre au groupe, pour aider à lancer les couleurs sur les enfants. J’en étais. Les maîtresses avaient préparé et mixé des kilos de poudres colorées, balisé le parcours, et globalement très bien organisé l’événement.

J’étais en charge du stand « purple ». Violet, quoi. Je devais le tenir avec une nounou du voisinage que je connais bien, car elle vient souvent à la maison. C’est une dame joviale et un peu excentrique qui ne me croise jamais sans me dire que j’ai de gros seins. Tout de suite j’adore et ça me met à l’aise. Ca n’a d’ailleurs pas manqué. Elle m’a dit bonjour et que j’avais de gros seins. Sur ces bonnes bases on a commencé à lancer la poudre. J’étais très détendue.

 

Bonne année et beaucoup de bonheur!

Très vite des dizaines d’enfants sont arrivés ventre à terre. Il fallait bien viser. Assez bas pour qu’ils n’inhalent pas de poussières, et assez haut pour colorer leur tee-shirt. Petit-Un et Petit-Deux étaient très contents de me voir. Ils se sont bien défendus à la course. Car bien qu’il n’y ait pas eu de chronomètre, j’ai été surprise par l’esprit de compétition des enfants, qui tenaient un classement précis des ordres d’arrivée.

Apres le Color Run

Entre les enfants, ma co-lanceuse et moi-même avons essayé de papoter, sans grand succès, faute de langue commune. Du coup j’ai fait mine de l’empoudrer, histoire de tâter le terrain. Ca lui a beaucoup plu et elle m’a répondu d’un grand nuage violet. Elle m’a souhaité une bonne année et beaucoup de bonheur. Et m’a demandé si je voulais bien faire de même. Et puis on s’est encore jeté de la poudre, pour plus de sûreté niveau bonheur et un peu pour le plaisir, aussi.

Apres le Color Run

La course a tellement amusé les enfants qu’ils ont refait la boucle trois fois. Des grands de collège, venus les encourager, on également couru. Ca file drôlement vite, à cet âge là, et c’est très difficile de les avoir! Il y en a même un qui a sauté un buisson (le lâche), pour parvenir à m’échapper! A ce moment là, j’ai d’ailleurs appris à mes dépens qu’il ne fallait surtout pas jeter de poudre en courant, dans le dos de quelqu’un qui court… tout m’est revenu directement dans les yeux! (J’aurais pu réfléchir avant, aussi.)

 

Des festivités très réussies!

Quand la maîtresse a frappé dans ses mains pour réunir le groupe, j’étais en sueur. Et aussi rouge et colorée que les élèves. Ca a beaucoup amusé les Mamans japonaises, qui au terme de la même activité n’avaient pas un cheveu qui dépassait, et pas un grain de poudre sur les habits. Je ne sais même pas comment elles ont fait. Les Mamans japonaises sont vraiment extraordinaires.

Petit-Un et les jeux d'eau

Des activités de jeux d’eau ont suivi. On pouvait faire des bulles, délivrer des dinosaures emprisonnés dans des glaçons, jouer avec des éponges, de la mousse et des bassins d’eau colorée. Les enfants étaient fous de joie. Petit-Deux m’a fait promettre d’organiser à nouveau ces activités à la maison.

Petit-Deux apres les jeux d'eau

A ce moment là, une petite dame thaïe que je ne connaissais pas s’est approchée timidement de moi. Je pense que c’était une femme de ménage de l’école. Elle m’a jeté de la poudre dessus, m’a souhaité du bonheur pour la nouvelle année, puis j’ai fait de même. Ca avait l’air de lui tenir à cœur et elle a semblé ravie. Je n’imaginais pas du tout que ce lancer de poudres colorées pouvait avoir une signification si forte pour les Thaïs.

La journée s’est conclue par un buffet sympathique, préparé par les parents, avec des spécialités de leurs pays d’origine. J’en étais rendue aux kimbap, des sortes de makis coréens, quand Petit-Un me tire par la manche d’un air mysterieux: « Maman, Maman, je crois que j’ai trouvé un squelette dans mon poulet! » Il y avait bien un os, effectivement.

 

Nous vous souhaitons à tous de très joyeuses fêtes de Songkran!

 

 

Une naissance mouvementée en Thaïlande

Deux jours avant la naissance de Miss-Trois, je suis entrée dans la phase terminale de la grossesse, celle où l’on sait avec une certitude absolue que jamais l’on n’accouchera. Que l’on restera enceinte pour toujours. Que de toute façon ce bébé ne veut pas naître. Et vivra jusqu’à son adolescence dans mon utérus. Au moins. Bref, que dans quinze ans j’en serais encore au même point: enceinte.

 

Aux grands maux les grands remèdes

J’étais alors terriblement angoissée. Et angoissante. J’infligeais à Papa-Tout-Terrain des ascenseurs émotionnels permanents. « Je suis sûre que j’ai perdu les eaux… » « Bah non en fait laisse tomber, c’est Petit-Deux qui m’a bavé son jus d’orange dessus. » « Je crois qu’elle ne n’aime pas et c’est pour ca qu’elle veut pas naître. » « Tu crois qu’elle bouge comme il faut? On peut la réveiller pour être sûrs qu’elle bouge comme il faut? »

C’est dans ces moments, d’ailleurs, que cinq ans plus tôt, Petit-Un-qui-ne-voulait-pas-naître-non-plus avait hérité d’un surnom toujours en usage parmi nous: « sac à main ». A environ cinq heures du matin et en pleine crise d’angoisse insomniaque, j’avais maugréé qu’il n’arriverait jamais ce « sale gamin ». Tiré brusquement de son sommeil, Papa-Tout-Terrain m’avait mollement regardée: « Sac a main? »… L’appellation subsiste aujourd’hui, pour qualifier les petits coquins du quotidien.

Quand j’en arrive à ces extrémités, il est temps de passer aux grands moyens. A Shanghai je montais mes trente-six étages. Faute de verticalité, ici, j’ai fait des tours de quartier. Ventre à terre. Mon exaltation était à son comble. Dissimulée derrière un immense chapeau et d’énormes lunettes de soleil, j’ai sillonné les allées de la résidence avec toute la vitesse que me conféraient mes jambes boudinées. Aux vues de la taille de mon ventre, je pense avoir été reconnue, mais les voisines ont eu la gentillesse de ne pas me héler en ces moments pénibles.

Quelques mètres en retrait me suivait un étrange cortège. Inquiet que je ne me trouve mal sous la chaleur écrasante du mois d’août, Papa-Tout-Terrain –qui mérite bien son auréole- avait entrepris de me suivre en voiture, m’approvisionnant en eau, en encouragements et en mots tendres. Tout en gardant un œil attentif sur nos deux aînés qui siestaient à l’arrière. (Cet homme est une perle.)

 

 

Dernieres balades avant la naissance - Copy

Faux départ…

J’ai parcouru pas mal de kilomètres. Transpiré pas mal de litres. Et aussi fait pas mal d’heures d’escaliers à la maison, surtout au milieu de la nuit… et les contractions sont finalement venues. Toutes les cinq minutes. Plusieurs heures. Elles faisaient mal juste comme il faut. Parfait! Nous avons appelé la nounou pour garder les grands, vérifié qu’il y avait bien Top Gear sur l’ordinateur, et tranquillement pris le chemin de Bangkok.

C’était le milieu de la soirée. La circulation était plutôt fluide. Nous sommes passés tout juste derrière un orage énorme, qui avait laissé de belles flaques qui faisaient « pchhhff, pchhhff » sur le bord de l’autoroute. La situation était sous contrôle. Nous avons mis la radio, compté les contractions, et roulé tranquillement, sans nous presser. Nous étions heureux. Au terme de près de deux heures de route, nous avons atteint l’hôpital.

Et là, plus de contractions. Pas même une seule. « Vous êtes sûre que c’était des contractions? » Ben oui, c’est mon troisième, quand même. Je vous jure que c’est pas une blague. Monitoring et tout le tintouin. C’est le calme plat. La sage-femme vient me voir très embêtée. « Je suis très désolée, mais vous n’êtes pas en train d’accoucher, Madame. Rien d’ailleurs ne laisse supposer que vous pourriez accoucher à court terme. Mais si vous voulez vous pouvez peut être revenir un autre jour. »

Je triomphais! Je le savais. C’était sûr! Je vous le disais bien. Je n’accoucherais jamais. Et dans dix ans je serais toujours comme ça!

Du coup on est rentrés chez nous. Toujours pas de contractions. On a dit désolé à la nounou. La naissance, c’est pas pour aujourd’hui. Et puis on s’est couchés. Il était deux heures du matin.

 

Nouveau départ

Deux heures cinq. Dans mon ventre, la puce bouge dans tous les sens. Je me relève d’un bond. « En fait il va falloir y aller, finalement. » « Mmmmm » répond Papa-Tout-Terrain qui possède l’extraordinaire faculté de s’endormir en deux secondes. « J’ai perdu les eaux. » Tout de suite, ça l’a bien réveillé.

On est repartis à bride abattue, sous le regard dubitatif de la nounou qui avait l’air de se demander si cette fois serait la bonne. Le trajet n’a duré qu’une heure vingt-neuf. Papa-Tout-Terrain a foncé. Je m’en souviens très bien car j’ai gardé les yeux rivés sur l’horloge, tout du long. Ca commençait à devenir douloureux et j’avais drôlement hâte d’arriver.

Le vigile de l’entrée de l’hôpital s’était un peu assoupi. Pour accélérer, Papa-Tout-Terrain me charge sur un fauteuil roulant et, vif comme le vent, me pousse vers la maternité, pendant que le vigile réveillé en sursaut nous court derrière avec de grands gestes de bras. La sage femme nous accueille avec étonnement. « Mais, vous n’êtes pas en train d’accoucher… » Maintenant si. Je me jette sur un lit. Trois blouses vertes s’approchent de moi pour m’examiner.

« Ca pousse », je dis. Les blouses vertes se mettent à voleter partout dans la pièce. Rien n’est prêt. « Ca pousse vraiment. » Les blouses reviennent à toute allure. Là je me rappelle qu’on a oublié de mettre Top Gear. (J’ai un sens exceptionnel des priorités dans les situations d’urgence.) Trop tard. Quelques minutes après, Miss-Trois est dans mes bras. Elle est née très en forme, et heureusement très rapidement, car elle avait trois tours et demi de cordon autour du cou. Enfin, je la serre fort dans mes bras. Je serre fort la main de Papa-Tout-Terrain. Nous sommes cinq à présent.

 

Tracas

Par malchance, mon utérus a décidé de faire le malin quelques minutes plus tard et de faire une hémorragie. Nouveau papillonnement des blouses vertes. On me prend mon bébé. Papa-Tout-Terrain est tout blanc. Il me dit de ne pas fermer les yeux.

Je pense très fort à Petit-Deux, à qui j’ai promis de rentrer au plus vite. Il a besoin de moi pour dormir.

On est têtus dans la famille. On ne va pas se laisser faire par une petite hémorragie. Petit-Deux est si obstiné qu’il a réussi à réparer un ascenseur en panne par la seule force de la volonté. Petit-Un est drôlement entêté lui aussi. Il y a quelques mois, il a arrêté d’utiliser sa sucette sacrée tout d’un coup, le jour où il a décidé de l’offrir en cadeau au bébé à venir.

Et avec Papa-Tout-Terrain, à nous deux, on est sacrément coriaces! Combien de fois a-t-on gravi main dans la main, nos trente-six étages pour accoucher? Et la poussière qu’on a bouffée ensemble, à moto, sur les routes du Cambodge? Et ces nuits d’insomnies à veiller les enfants ou à refaire le monde, qu’on voudrait juste un tout petit peu meilleur?… On est têtus chez nous. Alors je garde les yeux bien ouverts, et me perds dans le regard de mon amoureux.

 

Le bon choix

Mon médecin a été exactement comme nous l’attendions: formidable et très humaine. Elle a réagi très vite, m’a colmatée nickel puis transfusée.

Papa-Tout-Terrain a enfin semblé un peu rassuré. Il a fait des allers-retours vers la pouponnière pour câliner Miss-Trois et la prendre en photo pour moi. J’ai réalisé que je ne l’ai pas encore vue. Je l’avais serrée si fort contre moi que je ne l’avais pas regardée. Elle était belle. Elle ressemblait à ma sœur. (Coucou sœurette!)

L’équipe de puériculture a été parfaite. Les dames ont réchauffé, habillé, emmailloté et bercé notre princesse. Je voulais l’allaiter. Elles l’ont fait attendre sans biberon. Et aucun soin ne lui a été dispensé, tant que nous étions empêchés d’être auprès d’elle. Elles l’ont juste câlinée. Visiblement très bien, d’ailleurs. Car j’ai été étonnée de la sérénité de Miss-Trois, quand j’ai enfin pu la revoir, après plusieurs heures qui m’ont semblées des siècles.

Alors certes, on a fait des kilomètres pour la naissance de notre puce, mais avec du recul, on ne regrette rien, parce qu’on avait une confiance absolue dans les médecins et les équipes soignantes qui nous ont assistés. Et qu’ils ont été extraordinaires avec nous.

 

Séjour « bien être » à l’hôpital cinq étoiles

Papa-Tout-Terrain et moi, on est tout de suite tombés follement amoureux de Miss-Trois. Elle avait de grands yeux de velours, qui regardaient le monde avec curiosité. C’était les miens. De son Papa, elle avait hérite d’une douceur infinie. Et de mignons cheveux en porc-épic, qui lui ont valu le surnom de Princesse-Punk. (Coucou et merci à l’auteure de l’appellation!)

Le séjour à l’hôpital a été une succession de jolis instants magiques. Nous avons passé des heures à nous émerveiller devant notre puce. Nous avons regardé quelques films en entier sans être interrompus. Ca fait cinq ans que ça ne nous était pas arrivé, et ça ne reviendra sans doute pas avant cinq ans.

Nous avons été gâtés et choyés, par un personnel aux petits soins qui n’arrêtait pas de nous apporter de la tisane de gingembre. J’étais aux anges car j’adore! J’ai appris par la suite que c’était pour aider l’utérus à reprendre sa taille normale. Mais je ne sais pas pourquoi ils en servaient aussi à Papa-Tout-Terrain, qui n’a pas d’utérus, lui.

Cerise sur le gâteau, durant nos deux jours en pension cinq étoiles, nous n’avons pas changé une seule couche! Car cela fait partie du service. Il suffit de biper pour qu’une puéricultrice apparaisse par magie et change le bébé pour nous! Pour notre aîné, en Chine, nous avions mis un point d’honneur à nous débrouiller tous seuls. Vous comprenez, la magie du méconium et tout et tout… Avec Miss-Trois, en revanche, on connaissait la chanson: une couche de moins c’est une couche de moins. C’est toujours une couche de gagnée! Du coup, on a laissé tomber les pipis pour se concentrer sur les câlins. Et ce n’était pas désagréable!

 

Retour parmi les nôtres

Au lendemain de l’accouchement, vers la fin de la journée, nous avons finalement obtenu l’autorisation de rentrer chez nous. Nous avions promis aux garçons que nous serions aussi brefs de possible, et, si agréable qu’ait été le séjour à l’hôpital, c’est en famille que nous avions besoin de nous retrouver.

 

 

Si vous avez loupé les articles précédents de la série, vous pouvez les retrouver ici:

En attendant la naissance d’une petite puce qui ne venait pas…

La grossesse de notre petite puce a été heureuse et sereine, mais ponctuée d’incertitudes, quant aux conditions dans lesquelles elle viendrait au monde. Le risque d’une césarienne de convenance (pour le personnel soignant), m’a en particulier longuement angoissée. Après de nombreux doutes, nous avons par chance rencontré un médecin extraordinaire, en qui nous avons pu placer toute notre confiance. A ce moment-là, nous avons su que nos souhaits pour la naissance de Miss Trois seraient respectés, à moins d’un risque médical avéré.

En attendant la naissance de petite puce

 

Sur la route de l’hôpital

Ce changement de situation de dernière minute comportait néanmoins quelques complications. Notamment celle de se trouver désormais à une heure et demie de route dans l’hôpital. Hors embouteillages, bien sûr. Car nous comptions très fort sur Miss-Trois pour ne pas se manifester aux heures de pointes, là où l’entrée dans Bangkok peut facilement rajouter deux heures au trajet.

Pas complètement inconscients non plus, nous avions fait la liste des établissements hospitaliers situés sur la route, comme options de secours en cas d’urgence. Par ailleurs, je me rassurais en pensant aux presque quarante-huit heures de contractions dont j’avais souffert pour les deux ainés. Il y avait peu de chances pour que notre petite troisième ne nous prenne complètement par surprise.

Notre confiance a cela dit connu des haut et quelques bas, en particulier lorsque nous avons noté -cerise sur le gâteau- que l’accouchement devait tomber en pleine saison des pluies. Les orages d’ici, ce n’est pas de la gnognotte! Trente centimètres d’eau peuvent nous tomber sur la tête en dix minutes et bloquer les routes pendant des heures. Pour ça, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de prier Toutatis.

En attendant la naissance de petite puce

 

Contractions et conversations

Avouons le aussi, l’idée de faire avancer les contractions dans la voiture ne me rebutait pas fondamentalement. Car pour la naissance de nos ainés, le travail à l’hôpital m’avait semblé interminable, en raison d’une très forte présence des équipes médicales. Ce n’est pas vraiment de leur faute: la société asiatique est très portée sur le service. Déjà quand on veut faire une course toute bête dans un magasin, on a tout de suite trois vendeuses pour nous tenir la jambe. Dans les hôpitaux de standing, il est donc également bienséant d’être accompagné par tout un tas de personnel.

Lorsque j’ai accouché des deux « grands » à Shanghai, il y avait toujours deux ou trois infirmières dans la chambre en train de vouloir se rendre utile. « Vous voulez un massage Madame? » « Vous êtes sure que vous voulez rester debout pour les contractions, Madame? C’est la première fois que je vois quelqu’un debout pendant les contractions » « Vous voulez un verre d’eau Madame » « Je vous baisse la lumière, vous serez mieux. » « Oh non, en fait, je vais la remonter, la lumière, c’était pas mal avant, d’accord, Madame? » C’était très gentil de leur part, et culturellement normal. Plus encore, dans l’hôpital « cinq étoiles » l’inverse aurait été inacceptable.

Sauf que parler popote entre deux contractions (ou pire, pendant une contraction) ca ne me convient pas du tout.

Craignant de me retrouver à nouveau dans ce cas de figure, je comptais sur mon heure et demie de voiture pour déjà faire passer un peu de temps. Puis pour l’hôpital, nous avions prévu une bonne réserve de vidéos à visionner, histoire que personne n’essaie de me taper la conversation. Depuis le début de la grossesse, je voulais accoucher en regardant Top Gear. Ne me demandez pas pourquoi. C’était juste une certitude.

 

Petit tour à l’immigration

Nous étions prêts. Chaque soir, Papa-Tout-Terrain faisait le plein de la voiture en rentrant du travail, pour parer à toute éventualité. (Cet homme est presque trop parfait pour être honnête… je lui cherche toujours un vice caché…) Ne manquait donc plus que le petit trésor. Facétieuse comme ses deux grands frères, Miss Trois avait cependant décidé de ne pas se presser.

C’est exactement à ce moment là que comme un grand, mon visa de travail a décidé de me faire un coup de Trafalgar. Comme ça, tout seul. Et sans bien sûr que mon entreprise n’y soit pour quoi que ce soit… Il a décidé de ne plus être valide! Oui oui, j’étais illégale, au bord de l’expulsion, et enceinte jusqu’aux yeux. Dans ma tête, je n’ai pas béni ma responsable des ressources humaines. (Elle avait oublié de renouveler un papier pour moi, d’où l’incident.) Mais je me suis seulement énervée dans ma tête. Parce que d’expérience, si on veut régler les problèmes vite en Thaïlande, il ne faut surtout pas se fâcher.

J’ai finalement dû traîner ma bedaine et ma RH dans les bureaux de l’immigration, pour quelques signatures. L’attente semblait longue. Du coup, ma collègue, qui en plus d’être tête en l’air ne brille pas par sa patience, a attiré l’attention d’un responsable: « Regardez, elle est en train d’accoucher! Il faut la faire passer tout de suite. » J’ai eu priorité en tout. Priorité au guichet, mais aussi dans les conversations. J’ai attisé tous les regards et les commentaires. Tout le monde a bien rigolé. Et un peu flippé aussi. Moi j’ai bien joué mon rôle. J’avais une tête très contractée. Mais pas à cause des contractions, juste parce que je n’aime pas me faire remarquer. J’ai fini par avoir mon papier. Et bien sûr, je n’ai pas accouché.

 

En attendant la naissance

Désormais en congé maternité, j’ai alors subi avec plus ou moins de bonne humeur le défilé quotidien et la loquacité de tous les curieux du quartier, venus se renseigner sur l’évolution de mon état. « When do they cut you? » s’est un jour enquis Khun Nee en traçant du haut en bas de son ventre la marque du coup de scalpel. Certes, je comprenais son impatience. Rien qu’à mon air rougeaud, essoufflé et furibond, ca pouvait se voir, que je voulais accoucher, non? Mais personne ne me couperait quoi que ce soit avant le terme. Et que chacun s’occupe de son utérus après tout…

Malgré les appels désespérés de ma nounou à limiter les interrogatoires, les visites ont même doublé, lorsque le quartier a su que je ne voulais pas de césarienne. Mon futur accouchement par voie basse et moi-même sommes alors devenus des célébrités. Certaines nounous venaient spécialement nous voir pour confirmer la rumeur et partager leurs expériences. En visite de courtoisie, Khun Aoy m’a raconté ses contractions avec tant de détails qu’elle a fini à demi-couchée sur mon plan de travail. Pour sûr, j’étais en condition!

D’ailleurs, autant m’est-il désagréable d’évoquer mes viscères en public, autant les considérations d’ordre physique et anatomique semblent-elles être vécues de façon très normale, ici. C’est le cas des grossesses mais aussi des petits maux du quotidien. Il n’est ainsi pas rare au bureau que telle ou tel me tienne informée en temps réel de ses coliques ou de ses règles. (Par contre, je reste encore traumatisée du jour où une RH a fait le tour des bureaux pour faire des statistiques sur le nombre de diarrhées, conséquences d’un déjeuner trop épicé… De bureau en bureau, elle demandait à la cantonade « Do you have diarrhea today? », comme elle aurait proposé une tasse de café.)

 

Angoisses de fin de terme

Bref, au bout de quelques semaines, j’ai tout su des appareils reproducteurs de mes visiteuses régulières. Ayant épuisé le stock d’anecdotes gynécologiques les concernant, certaines des nounous ont même commencé à m’informer de l’état de l’utérus de leurs patronnes… Croyez-moi sur parole, je suis aujourd’hui une base de données parfaitement à jour de tout l’obstétrique de la région!

Petit à petit, une vraie nervosité a gagné le voisinage. Avait-on jamais vu un terme aussi long? On a sondé les annales. On m’a présenté Khun Chaiyat, dont la belle-fille aurait donné le jour à un magnifique petit garçon, au terme d’une grossesse de quinze mois. Malgré toute ma sympathie pour cette pauvre femme, la rigueur scientifique m’impose de mettre en doute sa mésaventure… A-t-on voulu poliment me rassurer? Certainement. Sur le moment, je n’ai pas réussi à étouffer une forme d’angoisse sourde… Etait-il possible que sous ces latitudes, l’on n’accouche jamais?…

Ayant dépassé le terme des quarante semaines, j’en suis venue à éviter les sorties, pour fuir la curiosité et l’inquisition. Reconnaissance éternelle à notre nounou, qui m’a efficacement secondée en filtrant les entrées. Et à Papa-Tout-Terrain, ce saint homme, qui m’a dissimulé les coups de fil des impatients, tout en supportant stoïquement mes humeurs en dent de scie.

Echappant à la garde de sa nounou, une petite voisine de quatre ans est néanmoins parvenue un jour à forcer le barrage de l’entrée ma chambre. Pour vérifier de ses propres yeux que Miss-Trois est encore dans mon ventre. Regard émerveillé. « Your tummy is huge! » J’ai pris ça comme un compliment. Me voyant ouverte au dialogue, elle en a du coup profité pour me questionner sur la façon dont le bébé allait sortir. Je n’ai pas voulu me brouiller avec les voisins. J’ai poliment éludé la question.

Thaïlande – Pourquoi tant de césariennes?…

 

Quand on vit à l’étranger, le suivi de grossesse révèle naturellement son lot de surprises. Je l’évoquais dans mon précédent billet, certains aspects m’ont plutôt mise à l’aise, comme le recours limité des médecins aux examens physiques intrusifs. A l’opposé, j’ai détesté me sentir très vite acculée à la nécessité d’une césarienne… Pourquoi donc une césarienne alors qu’aucune condition médicale ne l’exige? Parce que c’est devenu l’habitude dans nombre d’établissements privés de Thaïlande. Bien sûr, pour les médecins et les hôpitaux, cela représente des avantages sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais bien souvent, les patientes elles-mêmes tendent à préférer cette solution…

 

Accouchements dans la douleur ou césariennes

Si j’ai refusé, à cor et à cris, le principe d’une césarienne de convenance, je dois reconnaitre aussi que pour de nombreuses Thaïes, cette modalité apparait clairement comme la moins mauvaise, pour mettre son enfant au monde. Il faut savoir que depuis une demi douzaine d’années, la péridurale n’est plus disponible que dans une poignée d’établissements du pays. Les établissements les plus chers, bien sûr. A cause d’une péridurale qui a mal tourné, d’un anesthésiste condamné pénalement par la justice, rares sont les médecins qui acceptent désormais de prendre le risque de ce type d’anesthésie.

Par ailleurs, dans les établissements où cela reste possible, la péridurale n’est souvent effectuée que dans des conditions extrêmement restrictives, les jours de semaines, aux heures ouvrables, et seulement un patient à la fois, pour que l’anesthésiste puisse s’y dédier pleinement. Imaginez que vous vous fassiez doubler par une autre maman à l’entrée de la maternité et zou, plus de péridurale! La loose!

Pour beaucoup, le choix se fait donc entre accoucher dans la douleur et accoucher par césarienne. L’une de mes collègues a d’ailleurs été très expressive en la matière, me racontant à grand renfort de détails et de gestes univoques l’épreuve de la naissance de sa fille, cinq ans auparavant (alors que je n’en demandais vraiment pas autant). Par crainte de nouvelles souffrances, cette jeune femme a finalement décidé de ne pas avoir d’autre enfant.

 

La brièveté du congé maternité

Pourtant, certaines se posent vraiment la question de l’accouchement par voie basse. Une de mes jeunes collègues, nullipare et enceinte de deux mois de plus que moi, avait ainsi demandé mon avis de multipare éclairée. Est-ce que tu penses que je pourrai supporter la douleur? On ne me refait pas. A mon sens, mieux vaut la douleur passagère d’un accouchement naturel -même sans péridurale- que les douleurs et complications postopératoires d’une césarienne. La collègue était convaincue.

Au jour du début de son congé maternité, cette jeune femme donnait naissance à une magnifique petite fille. A trente-huit semaines. Et par césarienne de convenance. Je m’en suis étonnée. « Tu comprends, le congé maternité est tellement court que je ne pouvais pas le gâcher. Je voulais profiter de ce temps pour prendre soin de mon bébé. » Six semaines après la naissance de sa fille, ma collègue était effectivement de retour au bureau. Elle aurait pu bénéficier de deux semaines de repos supplémentaire, mais le congé maternité est si mal indemnisé que tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’en profiter jusqu’au bout.

 

L’effet pervers du système de facturation des accouchements

Côté hôpital, le système de facturation par « package » est également de nature à dissuader les Mamans d’accoucher par voie basse. Le principe est de choisir à l’ avance les prestations pour lequel on optera à l’accouchement, afin de bénéficier de réductions substantielles sur le coût du service. En cas de changement de dernière minute, les dépenses additionnelles et non planifiées seront en revanche facturées à plein taux.

Sur une base de 100 pour un package « accouchement naturel », on me proposait un package césarienne à 154 et on estimait le coût d’une césarienne après échec d’un accouchement naturel à 191. Si l’on ne dispose pas d’une bonne assurance et si l’on n’est pas tres convaincu, au départ, de la réussite de son accouchement par voie basse, il me semble finalement assez naturel de se tourner directement vers une césarienne.

 

Le petit plus: choisir la date de naissance de son enfant…

Au-delà de ces considérations matérielles, la césarienne est également pratique, aux yeux de nombreux parents, pour choisir d’une date de naissance convenable pour l’enfant. Allez, petit-bébé-prévu-pour-septembre, tu naîtras bien en août, histoire de raccrocher l’année scolaire précédente, non? Et surtout, on va tout faire pour éviter que tu ne viennes au monde un « mauvais » jour, hein!

Une bonne partie des Thaïs étant d’origine chinoise, beaucoup d’us et coutumes d’ici sont empruntés au Pays du Milieu. En particulier son calendrier traditionnel. Il y a des jours fastes et des jours néfastes, et si l’on naît n’importe quand, on risque un destin tout pourri. Pour écarter toute forme de péril, les parents s’assurent donc de la venue de leur progéniture sous les meilleurs auspices. La césarienne est une solution toute trouvée pour éviter les foudres du destin. Y croit-on vraiment encore? Un peu, mais pas sûr. Le choix de la « bonne » date est tout de même une affaire de précaution, me semble-t-il. Sait-on jamais…

 

De césarienne en césariennes…

A force, la multiplication des césariennes se révèle avoir des effets pervers sur l’ensemble du système hospitalier. De toute évidence, parce qu’ils en pratiquent peu, les praticiens semblent de moins en moins à l’aise avec les accouchements par voie basse. Moins bien rompus aux petits aléas des naissances, ils s’orientent aujourd’hui vers les césariennes, à la moindre suspicion de complication: gros bébé, dépassement du terme, accouchement qui dure un peu trop longtemps…

 

L’exception française…

C’était bien là tout mon problème. Bien qu’ayant déjà accouché par voie basse de deux magnifiques petits garçons, j’étais hors norme. En consultation, l’on passe en revue mes antécédents. Deux bébés de près de quatre kilos (petit cri du médecin). Tous deux nés à 42 semaines (deuxième cri du médecin). Et je ne veux pas de déclenchement (attaque cardiaque de mon interlocuteur. Papa-Tout-Terrain regarde ses pieds. Ca fait trois fois que je lui fais le coup. Il a l’habitude.) Je ne suis pas du tout dans les standards en Asie.

Grossesse

Mais voyons Madame, ca n’est pas possible… On ne pourra pas laisser votre bébé trainer si longtemps… Par contre, si ca peut vous arranger, on peut vous faire une césarienne. Juste pour vous rendre service, bien sûr! Certes, globalement, je suis plutôt du genre arrangeant. La preuve, j’ai même mangé deux kilos de canard, un jour pour ne pas me faire remarquer. Mais bon, de là à accepter une césarienne sans broncher, il ne faut pas exagérer non plus…

Quoi qu’il en soit, je nourrissais déjà des doutes vis-à-vis de ce médecin, qui m’avait dit, quelques semaines plus tôt que « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse, mais on verra tout de même si c’est possible… » avec la tête de quelqu’un qui dit non. Quoique confiante en l’espèce humaine, je ne suis pas non plus un lapin de six semaines. Je savais bien que ce n’était pas en arrivant avec des contractions plein le ventre que je pourrais paisiblement deviser accouchement naturel avec ce type dans les starting-blocks pour césariser tout ce qui bouge.

 

Le miracle

Après de longs conciliabules avec Papa-Tout-Terrain, nous avons opté pour la fuite.

Nous avons cherché longtemps et discuté des options… Accoucher à l’étranger? Accoucher à la maison? Adjoindre une doula à l’équipe soignante?… De blogs en forums d’expats, nous avons finalement trouvé LA clinique de Thaïlande réputée pour son ouverture quant aux accouchements par voie basse, et, cerise sur le gâteau, dans des conditions physiologiques. Une seule rencontre avec le médecin nous a immédiatement conquis, Papa-Tout-Terrain et moi. C’était une dame d’une grande humanité, à l’écoute, rassurante, et transparente. Elle a dit « ok, sauf en cas de risque avéré pour la mère ou l’enfant », et il n’y avait aucun sous entendu. Nous lui avons immédiatement fait confiance, les yeux fermés!

Grossesse