International Day à l’école

Nous avons vécu quelques jours très patriotiques cette semaine: c’était International Day à l’école des garçons. La préparation de cette journée est assez chronophage. Elle est donc tout adaptée aux Mamans qui ne travaillent pas. (Pour ceux qui n’ont pas suivi, je n’ai pas retrouvé de travail depuis mon congé maternité et la fin de mon précédent contrat. Et ça me met drôlement en boule.)

Les choses ont commencé à remuer il y a un bon mois quand Petit-Un est rentré à la maison en chantant: « O Canada« . A peu près à la même période, Petit-Deux s’est piqué de me détailler quotidiennement les nationalités des enfants de sa classe et les drapeaux correspondants. On a vu que ça commençait à travailler…

Decoration traditionnelle Thai

Cette décoration du International Day est faite en légumes taillés. Il s’agit d’un art typique de Thaïlande. C’est magnifique… et surprenant quand on s’approche, parce que ca sent vraiment le légume!

 

Sous les drapeaux…

Très vite d’ailleurs, on a glissé dans la période « drapeaux ». Des drapeaux tricolores ont fleuri un peu partout dans la maison. Ainsi que des drapeaux du Japon. Pas par préférence nationale, je crois, mais parce que techniquement, le Japon est plus facile à dessiner que les Etats-Unis ou l’Australie.

« Maman, il est où le feutre blanc? » Bah ta feuille est blanche. C’est très bien comme ca. Pas besoin de colorier. « Nooooon! La maitresse a dit que le drapeau était bleu, blanc et rouge! » Petit-Un, plein de ressources, m’a apporté du blanc correcteur. J’ai maudit le destin d’avoir mis du blanc sur notre drapeau. La monarchie aussi. Mais j’ai tenu bon, et on n’a pas repeint en blanc les feuilles blanches.

Defile des Coreens en costume

Du coup on a eu un incident diplomatique et Petit-Deux a mis un terme à notre collaboration artistique internationale. Il est revenu une heure plus tard: « Il est où le bleu français? » Le quoi? Il a bien noté que dans les feutres, on avait du bleu clair et du bleu français. C’est celui qu’on utilise pour les drapeaux. Et ceux qui appellent ça du bleu foncé ne sont que des mauvaises langues.

« J’ai besoin d’un bâton pour mon drapeau. » Forte de mon expérience de l’année dernière où le défilé patriote s’était transformé en une bataille rangée à coup de hampes, j’ai fixé les bannières sur les frites de piscine. Ca s’est naturellement terminé en combat d’escrime devant la cafetière. J’ai un peu flippé. Le café est ma raison d’être en ces temps de disette de sommeil. Alors j’ai envoyé les combattants dans le jardin. Ca a immédiatement attiré les petites voisines japonaises et américaines qui se sont jetées dans la mêlée. Tout à fait dans l’esprit d’un International Day.

 

Se déguiser en Français…

Pendant ce temps, les Mamans travaillaient à l’habillement. Car par soucis ethnologique, International Day se célèbre en costumes traditionnels nationaux. Les enfants sont déguisés, mais aussi les parents s’ils le désirent. Je suis joueuse, alors j’en profite tant que les garçons n’ont pas honte de moi.

La plupart des asiatiques ont des habits de cérémonie magnifiques. (Vous pouvez jeter un coup d’œil aux habits traditionnels Thaïs dans le récit du mariage de P’Kung). Nous on a le béret et la baguette. Et le coq. Et l’air fier. Pas pratique pour un costume d’enfant. Petit-Deux a insisté: « Je veux un tee-shirt Français ». On va faire ce qu’on peut. Par chance, j’ai eu l’illumination de la marinière. On a accessoirisé le tout avec les bretelles bleu français du mariage de Tonton Eugène. Il manquait encore un truc. Des ceintures et des foulards rouges, à la façon des ferias. On aurait la couleur du drapeau!

Famille francaise

J’ai ratisse la région en vain. Ni ceinture, ni foulard rouge. Il faut dire que le rouge très marqué politiquement, ici. In extremis, j’ai repensé à notre drap de lit rouge, vestige de notre vie en Chine, où la couleur porte bonheur. J’en ai extrait des ceintures et des foulards pour la famille et nos voisins français. (Heureusement qu’on avait un lit King Size.) Restaient juste quelques petits kilomètres d’ourlets à faire à la main. J’ai horreur des ourlets. Pour accélérer, je me suis dit, on va cramer les fils qui dépassent avec un briquet. C’est là que j’ai réalisé que ca prend drôlement bien feu les draps de lit chinois! J’ai failli y laisser ma touffe. En désespoir de cause j’ai abandonné. Les ourlets, c’est surfait.

 

On a chanté la Marseillaise…

Apres le défilé aux drapeaux et en costumes nationaux, International Day se poursuit par un spectacle multiculturel, proposé par les (Mamans d’) élèves. Les Coréens ont fait une magnifique chorégraphie guerrière avec des drapeaux, qui retraçait l’indépendance de leur pays. Les Japonais ont fait une danse populaire très entraînante, sur une musique de guinguette. (Un pan inconnu et jamais exporté de la culture japonaise!) Les Thaïs ont dansé et chanté en l’honneur du Roi décédé en octobre dernier. De nombreux pays ont entonné leur hymne ou joué des musiques traditionnelles. Les Français ont interprété la Marseillaise. Ca ne semble rien, mais l’apprendre a été un vrai défi pour les garçons!

Mini acteurs coreens

Avant toute chose, Papa-Tout-Terrain –qui est très malin- avait bien motivé les enfants, en leur montrant l’introduction d’un match de rugby. C’est vrai que la Marseillaise reprise par des milliers de personnes dans le Stade de France, ça donne des frissons. On a ensuite passé deux week-ends à écouter et répéter l’hymne dans la voiture. A force, les enfants s’endormaient en le fredonnant. Ils l’ont chanté en balade, dans des grottes, dans des mangroves. Au supermarché, aussi. Là j’étais plutôt contente que personne ne nous comprenne. J’aime bien la Marseillaise mais hors contexte, ça fait très nationaliste, tout de même!

 

… et tout finit par des chansons…

Les garçons ont fini par connaître leur chanson sur le bout des doigts, sans toutefois en saisir la teneur exacte. On a bien expliqué que c’était un chant guerrier. Que beaucoup de pays s’étaient constitués par la guerre et le combat. Mais on est restés vagues. Et ils n’ont (heureusement) pas tout capté. On entend d’ailleurs de leur bouche quelques imprécisions sémantiques révélatrices, comme « l’étendard sanglant » qui devient un « étendard semblant »

Buffet international

Par soucis éducatif, je les ai malgré tout gratifiés d’une longue explication sur les citoyens (« Aux armes citoyens!« ), la citoyenneté, pour conclure en apothéose sur la citoyenneté du monde. Oui, j’ai tendance à m’enflammer, parfois. A la fin, pour vérifier le niveau de compréhension, j’ai demandé ce qu’ils en avaient retenu. « Mmm… » « Allez, faites un effort… C’est quoi un citoyen? » Petit-un s’est dévoué. Laconique, il m’a répondu: « C’est une sorte de tuyau. » Mouais. Y a encore du travail.

Pendant la représentation, les garçons étaient les plus petits chanteurs. Mais aussi les plus motivés. Ils ont séduit les spectateurs par leur ardeur et leur enthousiasme, et parce qu’ils sont si mignons, en toute objectivité, bien sûr! Ils ont été ravis de montrer leurs talents à leurs copains. Les adolescents du groupe un peu moins, je ne vois pas pourquoi…

 

Préparatifs culinaires

International Day se termine sur un immense buffet préparé par les Mamans. Le ventre est la clé de l’entente entre les peuples.

Quatre poupees

Cette année, j’étais partie sur des crêpes en bouchées. La crêpe a toujours beaucoup de succès. J’ai préparé la pâte pour une petite centaine de crêpes. Et juste pour le plaisir du défi, je me suis brulée quatre doigts à l’huile bouillante comme une cruche, pile poil avant de les faire sauter. Je suis d’une adresse remarquable. J’ai fini à l’hôpital, qui m’a traitée rapidement et relâchée avec quatre énormes poupées à la place de la main. Entre l’aspect pratique, l’esthétique et la douleur, je me suis drôlement amusée en cuisine, tout l’après-midi! Heureusement que je peux compter sur Papa-Tout-Terrain. Rentré tard et fatigué d’une longue journée de travail, il n’a pas hésité à mettre la main à la pate pour fourrer, rouler et couper avec moi jusqu’au milieu de la nuit.

 

A table!

Le lendemain, j’ai tenu le tronçon français du buffet avec d’autres Mamans et Miss-Trois qui était venue pour décorer. On était à côté de la Turquie, qui avait du super bon café et des pâtisseries à tomber! En face, les Philippines proposaient des gâteaux extraordinaires. La Chine, Taiwan et Hong Kong qui s’étaient regroupés pour l’occasion m’ont approvisionnée en délicieux raviolis vapeur. Puis les Mamans Thaïs ont apporté de la glace, du riz gluant à la mangue et des brochettes de porc. C’est l’avantage d’avoir un bébé mignon avec soi: ca attire le chaland!

Notre buffet francais

Je suis aussi passée au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, en Corée, au Vietnam, en Inde, en Australie, au Danemark, en Indonésie, et j’en oublie sûrement. J’ai goûté tout ce que j’ai pu dans le désordre. Ca a été un grand moment gustatif. J’ai à peine vu les enfants. Ils étaient avec leurs copains et ne me connaissaient visiblement plus. De toute façon, j’étais bien trop occupée à manger.

 

L’étrange cas de l’anniversaire interculturel

Dimanche, nous sommes invités à l’anniversaire du meilleur copain de Petit-Un, un mignon petit américano-canadien. J’ai incidemment croisé sa Maman à l’école tout à l’heure. Ca tombe bien: j’ai un doute sur l’heure et j’ai égaré l’invitation. (Mère en carton!). On expédie donc nos affaires courantes avant que la Maman ne conclue gentiment: « Pour cette invitation, nous n’avons rien innové, nous avons totalement copié sur vous le concept de fête d’anniversaire. »

Cette dame est très polie. (En plus elle avait fait un super anniversaire l’année dernière.) Et s’il est vrai que notre anniversaire avec les copains était très réussi aussi, je ne croyais pas pour autant avoir organisé une sauterie si révolutionnaire.

Alors, la Maman a enchainé: « C’était génial d’avoir invité les Papas!… Et le cadeau commun!… Et surtout, l’idée de ne pas servir de repas!… Nous nous sommes inspirés de tout!… » C’est là que j’ai compris pourquoi on s’obstinait à me servir des salades de pâtes, à chaque fête où je conduisais les enfants. Et pourquoi on était toujours invités à des horaires bizarres, comme onze heures ou midi et demi. Même que ca nous embêtait drôlement cette histoire. Pour pas avoir faim et tenir le coup jusqu’au bout, on se bourrait tous avant. Et on ne comprenait pas trop cet horaire batard. On en était arrivés à la conclusion qu’il devait y avoir une histoire de sieste, là-dessous, vu que les enfants sont petits. Bref, quand on ne connaît pas les codes, on ne peut pas savoir.

Decorations d'anniversaire

Toutes ces questions existentielles d’anniversaire viennent de l’entrelacs de cultures que nos enfants vivent au quotidien. Et je déchiffre plus ou moins. C’est selon. Ca m’a donne envie de vous raconter la fête « à la française » de Petit-Deux et nos errements métaphysiques pour plaire à des bambins de cinq nationalités différentes ainsi qu’à leurs parents accompagnateurs.

 

Le passif

Pour comprendre toute l’histoire, il faut revenir sur le Waterloo de l’anniversaire de Petit-Un, au printemps dernier. Au moment de lancer les invitations, Papa-Tout-Terrain et moi-même avions connu un très profond désaccord au sujet des cadeaux d’anniversaire. Pour ma part, j’étais très ennuyée des débauches de cadeaux auxquelles nous avions assisté.

Pour un anniversaire standard, des dizaines d’invités apportent des dizaines de paquets. D’une part, les convives sont toujours nombreux car l’école demande d’inviter toute la classe, pour éviter les rancœurs. (Je trouve ça très bien. Ca demande juste un peu de place.) Mais en parallèle, en matière de cadeaux, les parents –nous compris– tendent vite à la surenchère, pour ne pas faire « trop petit »…

Après le gâteau, le roi de la fête s’assied au centre de ses invités et passe près d’une heure à dépouiller les nombreux paquets. Au début sous les « Ah » et « Oh » extasiés de l’assemblée des copains. Puis dans une cohue de gamins qui veulent ouvrir ce qui est fermé et tester ce qui est ouvert. Puis dans une espèce de mêlée informe. La fin révèle généralement quelques frustrations. La dernière fois, Petit-Deux est revenu me voir au bord des larmes: « Il n’y en avait même pas un pour moi… »

Bref, c’est bien gentil tout ca, mais tant de cadeaux, c’est surtout des politesses entre adultes. Et, ca ne correspond pas aux valeurs que nous souhaitons transmettre à nos enfants: limiter l’hyperconsommation, recevoir et offrir avec le cœur, et toussa toussa… bref, des principes contrariants (pour eux) de parents gaucho-écolo-catho-anarcho-crypto-bobos (rayez les mentions inutiles).

 

La querelle des cadeaux

Je tends à être directe. Parfois abrupte. Quand il s’est agit d’organiser l’anniversaire de Petit-Un, l’année dernière, j’étais d’avis de préciser « Pas de cadeau! » sur les invitations. Papa-Tout-Terrain, tout dans la rondeur, craignait de froisser nos convives. On a parlementé pendant des jours et des nuits. On a âprement débattu. Finalement, à bout d’arguments et un peu énervé, l’un des deux adversaires dont je tairai le nom, a décidé que puisque c’est comme ça on ne ferait pas d’anniversaire avec les copains. Qu’on en ferait un l’année prochaine et voilà. (Vous m’aurez reconnue… C’est moi la susceptible de la bande.)

Sauf que notre nounou a trouvé ça trop dommage. Elle a convié les copains pour le goûter, un jour de semaine où nous travaillions. Nous avons préparé un beau gâteau. 13h30. Je suis au bureau, donc, au téléphone avec un client qui veut que je lui envoie des rétroviseurs par avion. Petit-Un m’appelle en sanglot: « Les copains ne sont pas venus!… » Au terme d’un vibrant échange, je comprends qu’il y a eu « misunderstanding ». (Le concept du misunderstanding, ici, consiste toujours à dire que j’ai tort. Et non je ne suis pas de mauvaise foi.) Bref, notre nounou m’explique qu’en fait c’était à moi d’inviter les copains pour la fête qu’elle organisait.

Gateau d'anniversaire - circuit de voitures

Je dis au client que je vais réfléchir pour les rétroviseurs, et me mets au listing de contact des parents d’élève pour expliquer aux Mamans que oui, c’est l’anniversaire de Petit-Un. Là tout de suite. Et que naturellement leur progéniture est invitée.

Petit-Un a eu une belle fête. Il était ravi. Il a reçu quelques petits cadeaux symboliques. C’était parfait. Et moi ça m’a valu une belle leçon: la prochaine fois, on s’organise!

 

L’invitation

Les Mamans anglo-saxonnes ont généralement des cartes d’invitation mignonnes, pré-écrites, et sur lesquelles on rajoute la date, l’heure et le prénom de l’enfant. D’abord mon écriture cursive est illisible pour le commun des mortels ici (ils écrivent en script), et en plus je ne sais pas où trouver des cartes comme ça. On a donc fait nos cartes « maison », ce qui m’a permis de préciser quelques petits trucs qui me tenaient à cœur.

Après âpres négociations, l’histoire de « pas de cadeaux » s’est transformée en un cadeau commun. Finalement, c’est chouette, un cadeau… et c’est bien suffisant! Vu les retours des autres parents, d’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls avec ce problème de cadeaux!

Decorations d'anniversaire

Et puis on a invité les parents, sur papier. Parce que pour moi, c’était pas clair. La première fois que Petit-Un a été convié à un anniversaire, on s’est dit yahou, super, à nous la liberté! Eh bien non pas du tout. C’était même une grosse arnaque puisqu’on a dû rester. C’est mon côté psychorigide mais j’aime le factuel et le contractuel. Du coup pas d’embrouille: on a invité les adultes par écrit. Et on a eu les Mamans, mais aussi plein de Papas. Ou alors, c’était le hasard, mais c’était sympa.

Et pour finir, sur les invitations, il y a toujours RSVP, alors on a mis RSVP. C’est très classe: c’est du français. La palme de l’élégance des réponses revient aux Mamans Japonaises. Je nourris une vive admiration pour les Mamans Japonaises. Elles sont toujours bien organisées et fort civiles. C’est un peu la femme du blond de Gad Elmaleh. Avec l’esprit pratique, en plus: elles m’ont même précisé dans leurs réponses les noms de toute leur famille, si bien que j’ai pu me préparer des aide-mémoire pour la fête!

 

Un anniversaire « fait-maison »

Sur ces entre-fêtes (oui je sais… j’ai pas résisté) vint le jour tant attendu…

Les trois familles japonaises sont arrivées exactement à l’heure. Tout le monde bien coiffé et sans avoir visiblement couru et transpiré en un sprint final. Les enfants avaient apporté de beaux dessins (figuratifs, hein, pas de l’art abstrait comme font les nôtres aux mêmes âges), pliés en origami (et ce n’est pas une exagération, l’origami, c’est la stricte vérité). Les autres familles sont arrivées normalement comme on l’aurait fait. Avec un peu de retard. Un enfant avec deux chaussettes pas assorties. Un autre avec un reste de la pizza du midi sur le tee-shirt, eu niveau de la manche. (Toujours pratique, pour s’essuyer la bouche.) Mais tout le monde est venu avec un grand sourire et beaucoup de bonne humeur. C’est l’essentiel.

Anniversaire - Peche a la ligne

Pour occuper nos petits invités, nous avions organisé des activités similaires aux anniversaires de notre enfance. Un bricolage. Une pêche au canard. Un chamboule-tout. Des ballons à sculpter. Nous avions opté pour du « fait-maison », avec un budget limité. Pas pour l’économie en tant que telle mais pour le principe, mes réflexions ayant été amorcées de longue date par la lecture de super billets de Miss Texas au Etats-Unis et Stéphanie en Arabie Saoudite.

 

Bricolages et activités

Papa-Tout-Terrain avait passé du temps à bricoler de magnifiques canne à pêche, pendant que j’avais bien galéré à faire des « canards » aptes supporter une pièce en chocolat. Sur quelques semaines, on avait bouffé des kilos de petit-pois pour avoir assez de boites de conserve pour le chamboule-tout. Et je m’étais même ouvert le pouce en les décorant avec Petit-Deux, qui avait été très impressionné parce que je n’avais pas pleuré. Nous avions enfin limité les « goodies bag » à de petits sacs de papier kraft pour rapporter le bricolage et les chocolats pêchés. On y a passé beaucoup de temps, mais on s’est vraiment amusés à tout préparer ensemble, avec la participation des enfants.

Anniversaire - Chamboule-tout

Cerise sur le pompon, le bonheur d’habiter sous des latitudes tropicales c’est qu’il pleut n’importe quand, et plus particulièrement pendant les fêtes d’anniversaires, au milieu de la saison sèche. Les activités prévues dans le jardin ont dû se rétracter sous notre auvent mais la fête a eu un succès fou. Il y avait dix-huit enfants et on a oublié de compter les parents. Papa-Tout-Terrain était en nage à force de remettre debout le chamboule-tout. Les bricolages ont tellement plu qu’ils ont fait le tour de l’école la semaine suivante. Et les enfants ont fini pied nus dans le jardin à courir sous la pluie. D’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, un enfant japonais qui court sans chaussures dans la boue arrive à rester présentable! (Les Japonais sont les Blonds de l’humanité.)

 

Le gâteau métro

Sur demande express de Petit-Deux, le gâteau était en forme de métro. (Oui, je mérite mon auréole, parce qu’un gâteau métro, c’est pas de la tarte!) J’ai fait les génoises la veille au soir. J’attendais la livraison de Tesco, à 18h, pour les œufs. 20h, toujours pas de Tesco. 21h, le mec nous appelle. Il s’est perdu mais il arrive dans cinq minutes. Branle-bas de combat. Je mets le four. Je prépare mes pâtes à gâteau sans les œufs. Et je commence à faire le pied de grue.

Il faut toujours se méfier de la notion de « cinq minutes » en Asie. C’est souvent un euphémisme poli pour dire que c’est pour plus tard mais qu’on ne sait pas du tout quand. Et à chaque fois je tombe dans le panneau. Bref, le mec est arrive à 22h40. A force d’avoir tourné en rond dans ma cuisine carrée, j’étais remontée à bloc. Je me suis précipitée en chemise de nuit, le cheveu bouffant (je frise avec l’humidité et l’énervement) dans son camion, je lui ai arraché les œufs et je suis rentrée en courant à la cuisine, laissant le type un peu incrédule avec le reste de ses sacs.

Papa-Tout-Terrain s’est chargé de ramasser à la petite cuillère les morceaux du mec hagard et la fin des courses. J’ai terminé mes génoises à une heure du matin. Miss-Trois a tété à deux heures et quatre heures, et Petit-Deux m’a définitivement réveillée à cinq heures. Dans les brumes de fatigue du lendemain, je ricanais encore bêtement en pensant à la frayeur que j’avais dû faire à ce pauvre livreur…

 

L’heure du goûter

Chacun ses tourments. Depuis que les invitations avaient été lancées, je m’inquiétais de la façon dont les petits Japonais appréhenderaient notre goûter, car en principe, on ne mange pas tellement avec les doigts au Japon. Pendant mes années universitaires, j’avais hébergé quelques jours une étudiante japonaise, qui m’avait ainsi fait part de son étonnement, à la sortie d’une boulangerie: « Vous portez le pain avec la main? » J’en suis encore traumatisée. (Peut-être qu’elle aussi?)

Anniversaire - Gateau Metro en construction

Bref, j’avais bien insisté pour disséminer un peu partout des couverts, des assiettes et autres instruments hygiéniques. Au moment où Papa-Tout-Terrain s’apprêtait à découper mon œuvre d’art ferroviaire, je lui courais encore après avec une spatule affolée: « Surtout pas avec les doigts, hein, pas les doigts! » (Là, Papa-Tout-Terrain, pourtant si mesuré et si flegmatique, a montré quelques signes d’impatience. C’est bizarre. Ce n’est pourtant pas son genre…)

Le gâteau a eu un franc succès. Autant que les grands saladiers de fruits, les sablés au fromage et les sablés sucrés. Je crois même avoir vu quelques petits Japonais manger avec les doigts… Quand je vous disais qu’ils sont formidables… ils se sont même adaptés aux usages français… par pure politesse, bien sûr!

 

Une nuit en Thailande

Morceaux choisis d’une nuit en Thailande…

Je n’ai pas le talent d’Amélie, mais j’ai eu une pensée émue pour elle en gribouillant mes vignettes.

Et, à toutes celles (et à tous ceux) qui se reconnaîtront: SOLIDARITE et COMPASSION!

… D’ailleurs, si le Papi-Bordeaux de Johanna est disponible, je veux bien le lui emprunter.

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

Nuit en Thailande

L’école à l’étranger


Youpiii c’est les vacances! (Enfin les vacances des enfants. Pour les grands pas du tout.)

A la rentrée prochaine, Petit-Un entre en Kindergarten, les « grands » de maternelles, et commencera l’apprentissage de la lecture. Petit-Deux retournera en Pre-K3, les « petits » de maternelle, car il n’aura pas quatre ans révolus en septembre, et l’école est assez intransigeante en la matière.

Realisation - Petit-Deux - Fraise

Quel bilan de cette deuxième année d’école à l’étranger? Nous avons vu nos enfants enrichir leur répertoire de chansons et comptines anglo-saxonnes, reconnaître et tracer les chiffres et les lettres, incroyablement améliorer leur anglais, assimiler les notions de respect, de concentration et de discipline en classe, prendre goût à la lecture, et s’ouvrir aux cultures d’origine de leurs petits copains. Ils ont grandi en petits garçons heureux et curieux, et malgré des périodes de doutes, nous ne regrettons pas d’avoir opté pour une première scolarisation dans un cursus américain.

 

Pourquoi une école américaine?

Soyons francs, le contexte et l’environnement ont partiellement décidé pour nous. Nous n’habitons pas à proximité d’une école française qui aurait été notre premier choix, ou du moins un choix de facilité. Quant à une école Thaï, impossible à envisager, puisque nous ne parlons pas thaï du tout.

Restaient les écoles anglaises et américaines. C’est l’environnement de l’école américaine qui nous a décidés, avec plus de zones de jeux, plus de verdure, et des classes de taille plus restreinte. En définitive, rien ne vaut une visite des lieux et une rencontre avec l’équipe pédagogique avant de prendre la décision finale. Ce choix, nous ne le regrettons pas. L’intégration a été facile et les enfants sont épanouis. C’est le principal.

Realisation - Petit-Un - ET

Nous avons été très heureusement surpris par une communication de qualité entre l’équipe enseignante et les parents. Bien que n’étant pas des parents très présents car nous travaillons tous les deux, nous avons toujours eu le sentiment d’être bien informés des temps forts de la vie à l’école et des milles petites anecdotes du quotidien. Bien entendu, nous recevons chaque semaine quelques spécimens d’exercices réalisés par les enfants ainsi que certains de leurs chefs-d’œuvre. Et en bonus, chaque maîtresse a créé un blog pour sa classe, qu’elle alimente toutes les semaines, avec le résumé écrit et les photos des activités récentes.

Malgré tout, et plus que nous ne l’avions anticipé, nous avons aussi été confrontés à l’altérité d’un système qui n’est pas le nôtre. Autres rythmes, autres activités, autres priorités scolaires… Même si le bilan final est très positif, même si les garçons se sentent à l’école comme chez eux, moi je m’y trouve souvent un peu en domaine étranger et je m’interroge parfois sur ma capacité à accompagner les enfants sur des terrains éducatifs qui me semblent parfois impénétrables.

 

L’ouverture culturelle et linguistique

Le formidable atout de l’école à l’étranger est qu’elle met les enfants en contact avec des personnes, des langues, des cultures et des savoirs variés, sans que cela ne représente d’effort particulier pour eux. Au gré d’événements ou d’anniversaires, ils découvrent les spécialités culinaires des pays de leurs copains, ils défilent habillés dans les habits traditionnels de chez eux, ils colorient des drapeaux de toutes origines.

Au fil de l’année, les enfants célèbrent naturellement les fêtes Thaïs et Américaines. Pour la fête bouddhiste de Loy Kratong, chaque enfant a modelé son « Kratong », petit bateau fait d’un tronçon de bananier, qui doit apporter bonheur et prospérité. Pour le Thanksgiving Day, ils sont rentrés à la maison avec des dindes en papier. A Songkran, nous avons équipé les enfants de tongs et de serviettes pour les fameuses batailles d’eau à des fins purificatrices… et je ne vous parlerai même pas d’Halloween et de son rituel défilé de fantômes…

Realisation - Petit-Un - Lanterne

La découverte des différences nationales leur est ainsi toute naturelle. En ce moment, on voit souvent passer à la maison une petite Australienne, un jeune Canadien, une adorable Japonaise, deux petits Anglais et des jumeaux Coréens avec des noms « en miroir » (triple galère pour moi: ils ont des noms qui se ressemblent plutôt, avec des sonorités qui ne m’évoquent rien de connu, et en plus ils ont comme un air de famille…). Tous conversent facilement en anglais, mais surtout sans l’appréhension que je ressens à chaque fois que j’interviens en langue étrangère. C’est le monde à l’envers, d’ailleurs, car moi je reste toujours hyper stressée de devoir parler anglais, même aux petits copains des enfants… qui ont seulement quatre ans! Eux pas du tout, bien sûr!

Des apprentissages complets et variés

Au niveau purement scolaire, je trouve que l’apprentissage est rapide, efficace, et ouvert. Dès la fin de la première année, les enfants reconnaissent toutes les lettres et les chiffres. On leur demande également de les copier, avec plus ou moins de succès. En deuxième année de maternelle, ils acquièrent les sons, écrivent certains mot et en recopient beaucoup d’autres, en majuscule et en minuscule. Maintenant dans la voiture, on peut jouer a « Citez un objet qui commence par la lettre M!« … Avec la spécificité que les garçons nous répondront indistinctement « maison » ou « motorbike ».

Realisation - Petit-Deux - Zebre

Niveau arts plastiques, on retrouve les classiques de la maternelle: dessins, collages, coloriages, peintures sur différents supports avec des accessoires variés, pâte à modeler… et les classiques de l’école américaine. Je ne vous raconte même pas combien j’étais surexcitée le jour où Petit-Un est revenu à la maison avec un volcan en papier… mais exactement le même volcan que ramènent chez eux tous les enfants des séries américaines!

Comme il est d’usage dans les petites classes, les enfants apprennent également beaucoup de chansons et de comptines. Je reconnais souvent des mélodies entendues dans des séries ou dans des films, mais me retrouve hélas très vite face à mon incompétence. Petit quizz du coup… Après « Jingle bells, jingle bells… » il y a quoi, en dehors d’un trou noir?… Rhooo, quels instants de solitude à la fête de l’école quand les parents étaient censés entonner le refrain en cœur, en support d’un jeu de chaises musicales! Bref, à la venue de chaque nouvelle mélodie, je n’ai plus qu’à potasser les paroles à l’aide de Youtube. Je le fais d’ailleurs très sérieusement, car ça n’a pas de prix de pouvoir chanter et danser en famille: « Have you ever seen a penguin come to tea?… »

 

L’apprentissage sans contraintes

Si le programme scolaire me parait plutôt touffu, la contrainte n’en fait pas partie. Tant mieux pour les enfants pour qui la scolarité est plus agréable. Pour moi, c’est une source de doutes et de questionnements constants.

Petit-Un n’aime pas écrire. Pas du tout. Sa maîtresse nous a expliqué qu’en plus d’une motricité fine pas terrible, notre ainé refuse d’abandonner ses jeux pour faire des exercices. Par dérogation, Petit-Un travaille donc un jouet sur la table. Et comme parfois il n’a vraiment pas envie, il fait juste des gribouillis, histoire qu’on lui lâche la grappe. (Je reconnais le fils de son père.)

Realisation - Petit-Un - Papillon

Bien qu’ayant confiance en la maitresse, je suis heurtée dans ma conception de l’apprentissage. Sans parler d’un enseignement à coups de fouet, il me semble qu’apprendre demande un minimum de discipline. Si l’on attend que l’enfant ait envie de faire ses lignes d’écriture… il est possible qu’on attende longtemps! Si l’on accepte que l’enfant ait un jeu sur la table… pas sûr qu’il se concentre sur son exercice…

Je m’en suis voulu de penser ça. Je me suis senti l’âme d’un tyran. J’ai essayé de penser autrement. Vraiment. De toutes mes forces. Et j’ai échoué. Alors, on a commencé à faire de l’écriture à la maison, suivant mon régime dictatorial. Petit-Un a écrit. Les premiers soirs il a râlé, mais maintenant nous aimons tous beaucoup notre rendez-vous d’étude quotidien.

Je ne souhaite critiquer aucune méthode. Juste souligner les différences, et mes difficultés à faire miennes des pratiques éloignées de mes expériences et de mes références. A l’inverse, les enfants sont finalement plus souples et semblent s’adapter assez facilement aux règles de l’adulte référent.

 

Barrières linguistiques et barrières culturelles

Au-delà des divergences de systèmes, avec l’école à l’étranger, j’ai découvert la difficulté d’être un parent de culture et de langue différentes. Malgré mon anglais correct, je m’inquiète à chaque communication avec les enseignants. Je passe dix minutes quand je dois rédiger un texto à la maîtresse, je vérifie la syntaxe de toutes mes phrases avant d’envoyer un mail, et je fais des insomnies avant les réunions parent-prof…

Sur le même thème, imaginez mon désarroi, le jour où la maîtresse nous a demandé d’habiller les enfants avec des vêtements à « pattern » (=motifs)! J’ai fait tous les dictionnaires d’Internet et Google Image pour vérifier l’acception la plus juste de « pattern ». Au matin dit, j’ai changé trois fois Petit-Un de tee-shirt avant de l’envoyer à l’école, ayant pris soin de rajouter une tenue de secours dans son sac, avec un autre « pattern »… on n’est jamais trop prudent!

Realisation - Petit-Deux - Bonhomme

De même, un autre jour, les enseignants ont demandé aux parents d’envoyer un « pasta dish » (plat de pâtes) à partager entre les enfants, lors d’un pique-nique de l’école. « Pasta dish », qu’est-ce que ça implique? Une salade de pâtes? Un gratin de lasagne? Un saladier de pâtes en sauce? Une quiche avec de la pâte autour, ça compte pas, si? Et si on met des pâtes dedans? Résultat: un long mail culinaire angoissé à la pauvre maîtresse qui m’a juste répondu d’envoyer un truc à manger, que ça serait très bien! Je ne sais pas si elle a vingt parents comme ça mais j’espère pour elle que non…

 

Le difficile accompagnement scolaire des enfants

Plus problématique est la question de l’accompagnement scolaire des enfants, qui risque en plus d’empirer avec le temps. L’année dernière, alors que Petit-Un était plutôt mutique en classe, faute de vocabulaire, la maîtresse nous avait demandé de lui faire régulièrement la lecture en anglais. « Fastoche! », je me suis dit. Sauf que quand on a récupéré les livres de la bibliothèque, j’ai découvert qu’il y avait des tas de mots que je ne connaissais pas, et qu’en plus je galérais à lire les phrases à voix haute, avec un accent correct, sans trébucher au milieu d’une proposition. Tout de même, notre obstination a payé: en deux ans, Petit-Un a bien amélioré son anglais, et moi (un peu) ma lecture.

Realisation - Petit-Deux - Cochon

Les obstacles sont aussi notables à l’écrit, dans nos exercices quotidiens avec Petit-Un. Pour les majuscules ça va à peu près. Sauf qu’à l’école, les enfants n’apprennent pas l’ordre logique suivant lequel tracer les bâtons, et que ces incohérences calligraphiques m’énervent.

(En me relisant je me dis que je suis une mère monstrueuse, névrosée et tyrannique).

Mais pour les chiffres et les minuscules c’est l’horreur. Les anglo-saxons n’utilisent pas du cursif comme nous mais une écriture en script que je suis incapable d’imiter. Et les garçons ne savent lire que ce type de lettres. Je me souviens de leurs yeux ronds et de leurs mines interloquées quand j’ai écrit « 2 » sur une feuille et que je leur ai demandé ce que c’était. Ayant compris qu’il s’agissait d’un chiffre, pleins de bonne volonté, ils ont essayé au pif avant de tomber sur la réponse au sixième essai. Bref, impossible pour moi de faire des exemples d’écriture pour les enfants ou seulement même d’être lue par eux. Du coup, cet été, un gentil jeune homme de l’école viendra entraîner les enfants aux minuscules!

 

Et la suite?…

Malgré mes petits soucis métaphysiques, les enfants adorent leur école, adorent leurs maitresses, adorent leurs copains, et adorent les activités qui remplissent leurs journées. Nous sommes ravis de notre choix d’école à l’étranger, et si c’était à refaire, nous le referions…

Realisation - Petit-Un - Meteo

Difficile en revanche de savoir ce qu’il en sera du futur. Nous sommes heureux de voir les garçons grandir dans un environnement international et s’épanouir dans le bilinguisme. Pourtant s’il faut choisir, nous souhaitons d’abord qu’ils deviennent d’excellents francophones (et francographes, si le mot existe). Ils sont Français et doivent impérativement maitriser leur langue parfaitement…

… Cela dit, une petite voix dans ma tête me rappelle souvent que cette scolarité anglophone, dans une école à l’étranger, sera une véritable richesse pour les adultes qu’ils vont devenir, que quand même ça serait bien bête… et du coup j’en fais des insomnies. Eh oui, on ne se refait pas!…

Et vous, vous en pensez quoi? Je prends tous les conseils avisés!

 

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