Un deuxième anniversaire en Chine

Miss-Trois a eu deux ans. On avait fêté plein d’anniversaires depuis l’année dernière, mais jamais le sien. Du coup, maintenant que ça tombait sur elle, elle n’y croyait plus. Au moment des souhaits rituels du lever, elle nous a fixés d’un air décontenancé. A hésité puis montré son père du doigt: « Non! Papa, anniversaire! ». Même le coup des cadeaux ne l’a pas fait fléchir. Elle a un peu douté avant d’affirmer finalement: « Non! Tchoupi, cadeaux! »

Miss-Trois a cependant consenti à m’accompagner pour acheter le gâteau à la pâtisserie. Elle l’avait repéré depuis mai dernier. Malgré les deux mois et demi écoulés, elle l’a reconnu tout de suite et choisi immédiatement, sans un cillement d’hésitation. J’ai bien essayé de proposer d’autre modèles, mais il n’y a pas eu à discuter, c’était l’élu.

Cette petite personne a déjà des idées bien arrêtées.

Plus tard dans la journée, je lui ai demandé ce qu’elle voulait manger pour son repas d’anniversaire. « Des pâtes! » et sans ambigüité. Moi qui suis plutôt du genre à faire « un velouté de grue sauvage marinée au ginseng avec son déchiqueté de légumes bios du jardin céleste », j’étais un peu déçue. (L’ingrate!) Mais vu que je l’avais laissée choisir, j’ai dû me montrer beau joueur.

Et puis ça tombait plutôt bien, rapport à la coutume chinoise. Au jour de son anniversaire, il faut manger des nouilles longues, qui évoquent la longévité. C’est super important en particulier pour les gens déjà âgés, mais en s’y prenant tôt, ça ne fait pas de mal. Coup de bol, j’avais des tagliatelles. Je me cantonne d’habitude aux bêtes macaronis et aux coquillettes, mais Petit-Un avait drôlement insiste, l’autre jour, en les voyant. Parce que c’était des pâtes comme chez Mamie et Papi et que les pâtes chez Mamie et Papi sont bien meilleures. (L’ingrat, bis repetita!)

Pour la longevite

Et puis pour bien faire les choses en matière de longévité, on a rajoute quelques pêches sur la table. Deux précautions valent mieux qu’une. Les pêches sont l’attribut symbolique de Shou Xing, divinité taoïste de la longévité. Vous voyez peut-être qui c’est. Il est toujours représenté sous la forme d’un antique vieillard à l’aspect plutôt rigolard, au front extraordinairement bombé, et à la barbe blanche qui lui tombe jusqu’aux pieds. La pêche qu’il tient invariablement à la main est devenue à elle seule un symbole de longévité. Hors saison, l’on se procurera des mantou –les petits pains traditionnels à la vapeur- déguisés en pêche. L’accessoire est indispensable, plus encore pour ceux qui ont déjà atteint un âge vénérable.

Pour la longevite

La jeune héroïne a été bien fêtée et bien gâtée.

Elle a aimé son gâteau et adoré ses cadeaux. Elle aborde avec confiance et jovialité cette nouvelle année, à un tout petit détail près…

T'as quel age...

On a fait la rentrée des classes

On a fait la rentrée des classes. Pile poil le lendemain de notre retour des vacances en France. Avec l’euphorie du décalage horaire, les enfants n’ont pas tout à fait réalisé que cela signifiait le recommencement des jours studieux. Ils débordaient d’enthousiasme. La preuve, tout le monde était sur le pied de guerre dès une heure du matin. La journée allait être longue…

Enfin, aux premières lueurs de l’aube, Petit-Deux s’est jeté sur son nouvel uniforme, celui des classes primaires, avec sa Sainte Cravate.

Puis un peu plus tard…

On a rectifié les détails, mais je vous jure, Grand Dieux, qu’il était beau, notre petit homme!

Et si Petit-Deux portait cette année la cravate à élastique des « moyen-grands », Petit-Un, lui, avait été promu « presque-très-grand’ et écopé d’un véritable nœud, désormais. Alors, comme la moitié des Mamans de la classe, la veille de la rentrée, autour de 23h, je me suis plongée dans l’apprentissage du nouage cravatesque sur YouTube. J’en suis ressortie avec une formation express à l’usage de ma progéniture, qui, quoi qu’un peu désinvolte, s’est avérée fort efficace.

Vu le nombre de Mamans ayant similairement récupéré des mômes avec des cravates sur la tête, il semblerait qu’il s’agisse là d’une forme de mode rituelle chez ces mini aspirants à l’adolescence.

 

J’en reviens à ma rentrée.

Au matin dit, donc, sur la route de l’école, j’ai découvert un petit nez qui coulait. Pas de mouchoir, bien sûr. Mes bonnes habitudes s’étant certainement égarées quelque part dans la volupté des grandes vacances. J’ai prestement essuyé le fautif du revers de mon tee-shirt. Les rentrées sous le signe du décalage horaire tolèrent bien l’à-peu-près.

Pas plus de deux minutes plus tard, il s’est mis à pleuvoir. « Comme une vache qui pisse », a fait promptement remarquer Petit-Deux. (Dois-je me féliciter de la façon dont les enfants retiennent mes idiomes français?…) Les restes de la giboulée se distinguent d’ailleurs nettement sur notre photo officielle de rentrée. Avec des mèches humides et des chemises bicolores, selon qu’on regarde l’endroit sec ou l’endroit mouillé. Et c’est encore un peu dégoulinante que j’ai eu le plaisir de saluer les nouveaux enseignants des enfants. Le secret consiste à garder un visage composé et digne, entre les cernes et les gouttes.

Les enfants ont retrouvé leurs copains et leurs fabuleuses parties de « hide-and-seek tag« , une espèce d’hybride entre le cache-cache et le loup. Pour la première fois, Petit-Un a hérité d’un professeur homme. Il l’a donc logiquement appelé « maîtresse » toute la semaine. Question d’habitude.

Mais la plus ravie de tous, c’est sans conteste Miss-Trois, qui a recouvré avec ma personne la disponibilité d’une esclave dévouée, prête à lui lire Tchoupi à presque n’importe quel moment de la journée (ou de la nuit). (Se reporter au chapitre relatif au décalage horaire.)

Et c’est reparti pour un tour.

Une nouvelle année à les voir grandir et progresser. A les tracasser avec les devoirs, à douter de notre choix du bilinguisme. Compter pour le plaisir, répéter, conjuguer, se questionner, apprendre. Lire ensemble tout ce qui nous tombe sous la main, surtout. Ecrire un peu et dessiner parfois. C’est reparti pour un tour avec nos semaines au rythme épuisant et ces week-ends de découvertes, qui sont toute notre raison d’être ici.

Vive l’école et bonne rentrée à tous!

J’ai testé pour vous… la vie à l’hôtel avec trois enfants

Les enfants et moi, on est devenus potes avec toutes les femmes de ménage. (Et même le mec de la maintenance depuis qu’ils ont détraqué les rideaux et le miroir.) Les femmes de ménage connaissent nos âges et nos habitudes. Elles me regardent d’un œil étonné faire nos lessives et mitonner nos petits plats. Elles me demandent parfois comment je fais, avec trois enfants, pour ne pas en oublier un ici ou là. Dans le pays de l’enfant unique –bien que la politique ait été récemment assouplie- les familles nombreuses intriguent toujours.

 

La vie à l’hôtel avec trois enfants, un quotidien en dehors des normes…

Ca fait plus d’un mois qu’on vit à l’hôtel. Il nous reste encore au moins deux semaines à tirer. Au début c’était rigolo, c’était une nouvelle aventure. Après c’est devenu le quotidien, juste, en un peu plus compliqué. La journée il y a l’école, le boulot, les courses et les lessives. Le soir, les devoirs, les bains, l’histoire et au dodo.

Alors bien sûr, on fait un peu tâche, ici. Dans cet hôtel d’une banlieue industrielle de Nanjing, ils sont plus habitués aux ingénieurs en business trip qu’aux familles à enfants multiples. On l’a tout de suite vu le soir où on est arrivés à minuit passé, avec nos treize valises et notre progéniture. Miss-Trois gémissait de fatigue. Le manager nous a accueillis et installés. Il était très avenant. « Et maintenant, si vous voulez bien vous rassembler et sourire, on va faire une petite photo. J’aime beaucoup faire des photos avec les clients qui viennent pour de longs séjours… » Il a bien dû voir que moi je ne souriais pas tellement, parce que finalement il nous a dit d’aller coucher nos enfants. Une sage suggestion.

Mais, quand même, une demi-heure plus tard, alors qu’on venait tout juste d’endormir tout le monde, il est revenu frapper à la porte pour nous offrir un plateau de fruits. « C’est pour vous souhaiter la bienvenue! » Clairement, ce mec n’a pas d’enfants.

 

Où l’on apprend à s’organiser dans des conditions temporaires

En toute objectivité, l’hôtel est très confortable et tout le monde est très gentil avec nous. Mais c’est un hôtel. Pas la maison, quoi. J’ai retrouvé une cuisine de la taille de quand j’étais étudiante. Sauf que maintenant je fais à manger pour cinq. Et en respectant le dogme du « cinq fruits et légumes »… soient vingt-cinq fruits et légumes par jour! Yavait même pas de poubelle dans la kitchenette au début. Même que les femmes de ménage ont un peu paniqué quand elles ont vu mon tas d’épluchures. Alors elles m’ont upgradée illico et donné un sac poubelle en bonus!

J’ai cinq bols, deux saladiers, cinq paires de baguettes, une louche et quelques cuillères pour faire tourner la baraque. Et la dame de la réception a fait une drôle de tête quand je lui ai demandé une casserole, comme indiqué sur le dépliant. Par sagesse, je me cantonne aux plats bouillis, et aux légumes pas trop odorants, vu que je suis la seule cliente à faire sa popote. Parfois en rigolant, j’imagine l’odeur que ça ferait l’étage si je nous cuisinais un bon gros chou-fleur ou un poisson frit! Du coup, les jioazi, les raviolis chinois sont devenus des alliés de choix. Je les achète congelés et les mets à l’honneur sur notre table au moins un soir sur deux!

 

Les succès mitigés de mes premières expéditions « repas »…

Pour pimenter le quotidien, je rapporte parfois des plats de l’extérieur. Mon premier essai a été désastreux. Au sortir de l’école, j’ai traîné trois enfants affamés et fatigués, à la recherche de notre pitance. Je suis arrivée à l’heure du coup de feu. Des clients qui se pressaient pour commander. Plus une table de libre. J’ai dû jouer des coudes pour obtenir quelques bouillons aux nouilles et des pains vapeur à emporter. Au milieu des lamentations de Miss-Trois qui ne souffre ni l’attente, ni les foules. J’ai hérité de deux soupes brûlantes dans des récipients qui ne fermaient pas, dans des sacs plastiques tout mous. La serveuse a fait semblant de ne pas me comprendre quand je lui ai dit que c’était un problème. Trois fois. J’ai eu envie de pleurer alors je suis partie. Quand les garçons m’ont bousculée pour entrer dans la chambre, j’ai renversé la soupe.

Restaurant - Nanjing

Cela dit, les enfants ont adoré le repas. Ils se sont resservis plus qu’à l’habitude. Et il n’en n’est plus assez resté pour Papa-Tout-Terrain, qui a dû finir de se caler avec des pistaches, cadeau de son entreprise pour le Nouvel An Chinois. Une aubaine!

 

Du bon choix horaire…

Forte de cette expérience ratée, j’ai décidé d’organiser les repas dans la journée, à l’heure où les garçons sont en cours. Surfant sur une logistique allégée, me voici à trois heures de l’après-midi devant un restaurant proche de l’école. (Les élèves sont relâchés à trois heures quarante.) « Mais ma petite dame, on ne cuisine pas, à c’heure! Y a pas un client qui veut manger au milieu de l’après-midi! Du coup on n’a pas de cuisinier! » Même réponse dans tous les boui-bouis voisins. Ce soir-là, on a encore mangé des jiaozi.

Restaurant - Nanjing_2

Je n’ai point rendu les armes pour autant. Au troisième jour, j’ai décidé, du coup, de m’approvisionner pendant le créneau de midi. Midi, ça ne tombe pas très bien, c’est l’heure de la sieste de Miss-Trois. Mais c’est aussi l’heure où le reste du monde mange. Je ne pouvais pas me tromper! Il n’y a pas grand-chose d’intéressant du côté de l’hôtel, alors d’un coup de métro, j’ai relié un petit quartier voisin bien plus pittoresque.

 

Le restaurant tant attendu…

Bon, en fait, j’avais pas très bien évalué les distances sur la carte. Il restait encore un bon kilomètre à parcourir à pied. Au milieu d’une immense route d’aspect communiste, déserte de piétons. Le paysage n’était pas très intéressant, alors Miss-Trois a profité du ballottement de mes pas pour piquer un roupillon. Faut dire qu’en plus, elle n’avait pas très bien dormi la nuit précédente. A deux heures et demie du matin, elle s’était rendu compte que son pyjama avait des poches et ça l’avait mise en joie. Elle m’avait parlé de ses poches pendant plus de deux heures. Même qu’elle voulait des pièces pour mettre dans ses poches. Mais moi je ne voulais que dormir.

Bref, au petit matin, les poches, c’est moi qui les avais sous les yeux. Dans la fatigue et l’emballement, du coup, j’avais comme une cruche oublié d’emporter une poussette ou un porte-bébé. Alors Miss-Trois s’était juste mollement endormie en transverse, et moi je n’avais plus qu’à la porter comme un sac de pomme de terre sur mon avenue sans fin. Elle était drôlement lourde, tout de même.

Metro de Nanjing

Notre curieux équipage a finalement atteint un petit restaurant de spécialités de l’ouest de la Chine, à l’heure du déjeuner des usines alentours. Dire que nous ne sommes pas passées inaperçues au milieu de ces ouvriers mastiquant vite et fumant serait un euphémisme. J’étais ravie tout de même. Enfin de vrais plats chinois pour le repas du soir! J’ai commandé généreusement. Des légumes sautés, du tofu épicé, du riz parfumé, et un énorme ragout de poulet traditionnel. Ca nous ferait plusieurs jours. Et puis bon, chargée comme ça, je rentrerais en taxi…

 

Le pays où l’on n’attrape des taxis qu’avec un téléphone…

Sauf qu’à la sortie il n’y avait pas de taxi. Avec mes kilos de poulet et Miss-Trois sur la hanche, j’ai eu beau héler à tout va, personne ne s’est arrêté. Toujours cette histoire d’appli absolument nécessaire pour appeler les chauffeurs. A toute vitesse, j’ai élaboré une stratégie d’urgence en avisant un abribus un peu plus loin sur l’avenue déserte. Coup de bol, l’un des itinéraires reliait bien mon hôtel!

Festin a Emporter - hôtel avec trois enfants

Moi, ma fille et ma volaille, on se retrouve donc a attendre le bus. Longtemps quand même. Arrive un vieux monsieur. Comme il n’y a pas beaucoup de distractions alentour, on en profite pour faire connaissance. Il est retraité. Il s’embêtait alors il est passé dans une bibliothèque pas loin. (Ou peut-il diable y avoir une bibliothèque au milieu de ce nulle part?) Il rentre chez lui dans un quartier que je ne connais pas, mais de toute évidence dans la même direction que moi. Oh! Un bus! Il s’approche, portes grandes ouvertes. Je reprends mon poulet, fouille mes poches pour trouver de l’argent… Pouf, le chauffeur a déjà redémarré, nous laissant en plan, le vieux monsieur et moi. Je le regarde d’un air hébété. « On a mis trop de temps à monter. » Il n’a même pas l’air fâché. Bon.

Puisqu’on est partis pour passer encore un peu de temps ensemble, je lui raconte aussi ma vie. Après de longs instants surgit un autre véhicule à l’horizon. Dans les starting-blocks comme au départ d’un cent mètre, je cours en direction du bus dès qu’il entre dans le champ de l’abribus.

 

Dans le bus…

Mon premier objectif atteint, une nouvelle épreuve m’attend à l’intérieur. Je ne sais pas comment payer. Il y a dix ans à Shanghai, on montait par l’arrière et on donnait l’argent à une petite vieille dame assise à côté de la fenêtre. Maintenant et ici, on monte devant et on met les pièces dans une boite rouillée à proximité du chauffeur. Ou on paye avec l’appli de son portable. La Chine est pleine de paradoxes.

Les passagers commencent à râler. Je fais visiblement perdre du temps. Le vieux monsieur avec moi s’interpose. « Laissez-la s’assoir, elle a un bébé! » Je murmure des remerciements en les bénissant intérieurement. Le chauffeur du bus conduit son bolide. Ca se couche sévère dans les tournants! Une vieille voisine flatte Miss-Trois qui se réfugie direct dans mon giron. J’explique qu’elle est timide et qu’elle se réveille tout juste. « Oh!!! Elle parle chinois! Vous venez du Xinjiang? »

Le Xinjiang est la province musulmane de l’extrême ouest de la Chine. Dans cette région, certaines personnes n’ont pas les yeux bridés et parlent mandarin avec un accent marqué, souvent sans prononcer les tons. Comme moi. (C’est pas pour les copier, c’est que je ne sais pas faire autrement.) Du coup quand on me voit, on me catégorise direct comme « étrangère », puis quand on m’entend, on me re-catégorise parfois comme chinoise du Xinjiang. D’abord, c’est plutôt flatteur, et puis ca en dit long sur la diversité des accents et des dialectes de Chine.

Metro de Nanjing

« Pas du tout, reprend le vieux monsieur, elle est Française et même qu’elle a trois enfants! » Le silence se fait autour de lui, alors qu’il raconte avec force détails, réels et parfois inventés, tout ce qu’il sait de moi.

 

Tout est bien qui finit bien…

Un peu préoccupée, je scrute le paysage par la fenêtre, de peur de manquer l’arrêt de mon hôtel. J’ai d’ailleurs toutes les raisons de m’inquiéter: le bus ne ralentit même pas à proximité des emplacements balisés et poursuit sa course chaotique à une vitesse folle. (Ce n’est peut-être pas si rapide que ça en réalité, mais vu l’état des suspensions du véhicule, le ressenti est démultiplié.) Si je ne saute pas en marche au bon endroit, je vais me retrouver au fond de la campagne chinoise avec mon poulet et Miss-Trois, je serai bien incapable de jamais revenir, et dans plusieurs années, on ne retrouvera que nos os.

« C’est là! », je m’écrie très fort en voyant se découper la silhouette de mon building. Et ça marche! « C’est là! », reprennent en chœur tous les petits vieux du bus qui écoutaient mon histoire. « C’est là! C’est là! Arrêtez-vous! », enjoignent-ils le chauffard, en une joyeuse cacophonie. « Attendez bien qu’elles soient descendues pour redémarrer! » « Il y a un bébé, alors doucement! »

Je me confonds en remerciements. Tous ces vieux messieurs et vieilles dames adorables m’ont vraiment rendu un grand service. Alors que je pose enfin pied à terre, telle Shiva portant un enfant, un repas de huit plats, un sac à dos et un ragout poulet, la petite voix flutée de Miss-Trois se fend le brouhaha: « Xiexie« ! (Ca veut dire merci en chinois, s’il est besoin de traduire.) L’enthousiasme ambiant est à son paroxysme. Ravie de son effet, elle salue de la main son petit monde avec une bienveillance digne d’un monarque, alors que le bus s’efface sur l’horizon.

 

Rester résolument optimiste…

… Et puis bon, tous comptes faits, heureusement qu’on ne la vit pas si mal, la vie à l’hôtel, parce que j’ai failli avoir une attaque quand j’ai visité le chantier de notre appartement, qui doit nous être livré dans deux semaines… Pour l’anecdote, et d’après l’agent immobilier, les travaux de décoration auraient prétendument commencé il y a près d’un mois et demi…

Travaux

Quand j’étais une toute petite fille, tu me montrais comment cueillir les haricots et mettre des tuteurs aux plants de tomates. Tu me disais aussi, mi canaille, mi poète, qu’il faut toujours parler aux plantes vertes lorsque qu’on les arrose. Ca je ne le fais pas, tout de même. Je crois bien que parfois tu dis des bêtises, et peut-être des mensonges.

Au moment de passer à table, nous tonitruions ton nom dans toute la maison. Dans le jardin aussi. Tu avais toujours quelque chose à faire à l’heure de manger. Je trouvais que c’était la marque d’un esprit rebelle. Et que c’était du plus bel effet.

Tu m’as fait apprendre des poèmes, et tu as lu avec moi de belles histoires. Tu m’as emmenée à la Tour Eiffel. Et à Irkoutsk, aussi. Un jour j’irai là-bas pour de vrai et j’y goûterai pour nous deux. Ensemble nous avons rêvé. Vibré du panache des héros. Tremblé face aux tourments des âmes. Tu m’as appris la délicatesse des langues, la justesse et le poids des mots. Verba volant, scripta manent. Depuis, j’ai toujours préféré l’écrit.

En filigrane, inlassablement, tu instillais en moi la persévérance dans l’effort, l’exigence, la fierté du travail achevé, la rigueur intellectuelle.

Sources

Tu as eu la bienveillance de me prendre telle quelle, d’accepter mes goûts et mes plaisirs sans rien à y trouver à redire. De t’y intéresser véritablement. Avec une belle ouverture d’esprit. De l’abnégation même, quand tu t’es enquillé La Cité de la Peur et quelques Tarantino. Je crois pouvoir affirmer que ce n’était, malgré tout, pas vraiment ta tasse de thé.

Avec générosité, tu m’as encouragée à partir au loin, à poursuivre mes amours asiatiques. Tu as été curieux de la Chine, que je t’ai racontée par petites touches. De la Thaïlande, dont je te transmettais des fragments, de-ci, de-là, sans méthode.

Tu étais un homme bon et un bel esprit. Mes oreilles résonnent encore de ta grosse voix, celle qui refait le monde avec Papa-Tout-Terrain. Et à travers les yeux des garçons qui te considèrent avec une attention admirative mêlée d’un sentiment confus de respect, je me revois, enfant. Pour eux, tu n’as jamais manqué d’un gouzigouzi coquin, un peu effrayant, mais malgré tout si tendre…

J’ai retrouvé, en marque page de l’un de mes livres, un papier de ta main. Il date de quand je suis devenue Maman pour la première fois.

Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère, d’un sourire.

Ton mot doux est passé de livre en livre, depuis pas mal d’années. Il me réchauffe quand je te frôle du regard. M’évoque cette affection qui nous lie, ta bienveillance pour ceux qui me sont chers.

De mon blog, tu étais un lecteur assidu. D’un soutien sans faille, une fois encore. Toi le fureteur, le voyageur, le curieux, j’ai aimé t’entraîner à notre suite, dans nos menues explorations. A la découverte de cultures qui nous sont chères. Reviens, parfois, prendre de nos nouvelles, depuis les étoiles. Ici, tu es chez toi.

Car nous poursuivons l’aventure. Avec toi dans un coin de nos cœurs. Heureux de t’avoir connu. Fiers d’avoir grandi à tes côtés. Riches de souvenirs partagés. Des souvenirs extraordinaires. Nous nous les remémorerons souvent, un bon verre à la main, un sourire dans la poitrine.

Ce soir, au fond de mon cœur, je brûlerai pour toi un peu de papier monnaie.

Bon voyage!

 

Ces merveilleuses vacances de Noël…

Les merveilleuses vacances de Noël ont toujours pour nous la saveur particulière des retrouvailles en famille, avec ceux qui nous manquent tout le reste de l’année. Ceux qu’on aimerait serrer plus souvent dans nos bras. Alors, on fait de ces congés fugaces des moments intenses de bonheur, que l’on chérira jusqu’à l’été suivant.

… Petit résumé en image de ces moments forts, en famille et en France…

D’abord, comme à chaque fois, on a commencé par les recommandations d’usage aux enfants:

Kakashke - merveilleuses vacances de Noël

… et ça a plutôt bien marché!

L'enfant mignon - merveilleuses vacances de Noël

Sur ces bonnes bases, nous avons partagé de délicieux moments en famille… On a fait de la cuisine, parlé de la naissance de Jésus et d’écologie…

Le pain d'epices - merveilleuses vacances de Noël

(Bon, certains concepts restent à approfondir et à réviser…)

On a regardé tous ensemble les photos de notre mariage…

Photos de mariage - merveilleuses vacances de Noël

… et on a surtout profité des mille petits riens qui rendent inoubliable la douceur de ces moments en famille…

Petits riens en famille - merveilleuses vacances de Noël

Comme toutes les familles qui vivent à l’étranger, rentrer en France c’est aussi avoir la faiblesse de se laisser aller à un shopping nostalgique et parfois un peu compulsif. Les réminiscences des odeurs, des couleurs, des marques de notre jeunesse sont souvent irrésistibles… Heureusement que pas mal de commerçants nous ont bien aidés à rester raisonnables…

6 - Les petits commerces - merveilleuses vacances de Noël

Dans les supermarchés, c’est pire encore. Alors qu’en Thaïlande nous ne pouvons jamais comprendre les messages attrayant des emballages, en France, nous apprécions enfin à leur vraie valeur les efforts des services marketing. De rayon en rayon, je passe de longs moments à m’extasier devant les produits révolutionnaires de l’ère postindustrielle…

6 - Les serviettes hygieniques - merveilleuses vacances de Noël

Comme toujours, pendant les vacances, on a aussi eu de petits tracas…

7 - La barbe a papa - merveilleuses vacances de Noël

… Cette fois ci, malheureusement, nous avons eu, aussi, un plus gros souci.

8a- La brulure - merveilleuses vacances de Noël

et ce n’est pas tout…

8b - La morsure - merveilleuses vacances de Noël

Miss-Trois a été bien dorlotée, a sagement gardé un gros pansement pendant près de trois semaines, et va très bien maintenant! Merci du fond du cœur a tous ceux qui l’ont si bien soignée!

Les petits ennuis ont continué sur le chemin de la maison, d’abord à la douane…

9 - Le passeport - merveilleuses vacances de Noël

Puis encore…

10 - Bertha - merveilleuses vacances de Noël

(Pour ceux qui n’ont pas suivi, Bertha est la gourde familiale. L’histoire est ici.)

Et puis encore, quelque part au dessus du Kazakhstan…

11 - Le pansement - merveilleuses vacances de Noël

Arrivés à Bangkok, on s’est finalement rendu compte que le passeport de Papa-Tout-Terrain ne tenait plus qu’à un fil. Par miracle, il a réussi à rentrer sur le territoire thaï.

Toutes les démarches administrative pour notre installation en Chine ont en revanche dû être suspendues, en l’attente d’un passeport neuf. Ca ne nous arrange pas tellement, dans une période pleine d’incertitudes. Du coup, à deux semaines de la date théorique du déménagement, nous ne savons pas du tout si nous pourrons partir dans les temps. Ou pas.

Heureusement, ces dernières semaines, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer non plus. Nous avons trié, rangé et classé le jour… et tenu la jambe à Miss-Trois la nuit. Il lui aura fallu douze jours pour se remettre du décalage horaire… Un record!

12 - Le decalage horaire - merveilleuses vacances de Noël

Quant aux garçons, ils sont revenus gâtés comme tout et ravis, mais avec une question existentielle…

13 - Les jouets par milliers - merveilleuses vacances de Noël

Merci à tous ceux avec qui nous avons passé de merveilleuses vacances de Noël!

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

La nounou, la France et nous

« Les Brésiliens passent leur vie à se promener en petite culotte. » Voici ce que m’expliquait notre nounou, quelques semaines après notre arrivée en Thaïlande. A priori, elle avait été employée par une famille venue du Brésil, il y a longtemps. Je me suis immédiatement fait une note à moi-même: ne surtout jamais se promener en petite culotte dans la maison sous peine de devenir une nue célèbre…

Curieusement, l’anecdote est souvent revenue plusieurs fois à mes oreilles, depuis. Via des sources variées. Pas plus tard que lundi, devant le toboggan, Khun Chai m’expliquait que son ancienne patronne brésilienne ne portait jamais de pantalon à la maison. Ni de jupe, hein! Il en suffit de si peu, pour créer une légende urbaine. (Et je me demande d’ailleurs qui est ce loup blanc ayant vraiment travaillé chez des naturistes latins…)

Cet événement m’a plongée dans une profonde rêverie. En transposant à notre famille, quelle idée notre nounou pouvait-elle bien se faire de la France? Au-delà du discours policé qu’elle tient face à moi, je sais bien qu’elle vit tous les jours dans notre intimité. Je revois son visage étonné devant les tartines de Nutella du petit déjeuner ou ma persistance à vouloir tout recycler. Et tous ces petits riens un peu farfelus, qui viennent craqueler notre image plutôt lisse, de prime abord. Au gré de nos péripéties sans conséquence, voici ce que pourrait être un portrait de la France, dans l’esprit de notre nounou…

La France en Thailande

 

La nounou, la France et le sucré

Ca commence dès le matin, à l’heure où les garçons sont attablés devant leurs tartines de Nutella. Ou un bol de Chocapic. « Oh la la!, s’exclame-t-elle, French people eat very sweet! »

En Thaïlande, le petit déjeuner est généralement salé: une soupe, un porridge, ou n’importe quel plat de résistance. Bref, c’est un repas comme les autres. Mais les Thaïs brouillent les pistes. Il y a malgré tout du sucre un peu partout. Pour adoucir les goûts et rendre la nourriture plus savoureuse. Il y a du sucre dans la soupe de nouille, le Pad Thaï, le curry massaman, les viandes grillées, dans de nombreuses sauces, dans le café, la salade de papaye, les sandwiches et même dans les légumes sautés! Récemment, une collègue de mon mari disait d’un plat de pâtes qu’il avait « un gout étranger », parce qu’il n’était que salé. Et ca ne lui plaisait pas.

« Oh oui, mais tout ca, ca ne compte pas », m’a expliqué notre nounou.

Et elle a poursuivi: « Vous, par contre, les Français, vous mangez vraiment très sucré. » Cette constatation de sa part a profondément modifié sa façon de nourrir mes enfants. Ils rentrent de l’école? Elle leur propose une glace. Un diner à improviser pour eux? Ce sera des tartines de miel. Quant à Miss-Trois, elle a failli déjeuner hier d’un (excellent) gâteau maison, aux fruits de la passion. Et c’est tout.

Hauts cris de ma part. « Mais ce n’est pas un repas! » Il leur faut des légumes. Et du riz. De la viande, même, si vous voulez. Puis un yaourt. Puis un petit peu de gâteau, seulement, à la fin. En Thaïlande, il n’y a généralement que le plat principal. Le concept de services successif ne l’a pas convaincue. Elle a haussé les épaules: « But you, French people, eat very sweet… »

French people eat sweet - Halloween

 

La nounou, la France et les pâtes

Cette discussion, nous l’avons eue mille fois déjà et nous l’aurons mille fois encore.

Et l’on ne peut pas trop lui en vouloir, à notre nounou, parce qu’entre les cultures, elle y perd un peu ses repères et sa notion du bon goût. Je lui demande de faire cuire des pates? Cinquante minutes plus tard, elles bouillent encore dans l’eau saumâtre. Dégoutée, je retire de la casserole un tas informe, tremblotant et blop-blopant. « Vous avez oublié les pâtes? » « Ben non. Elles sont dures, vos pâtes. Alors il faut qu’elles cuisent longtemps. Longtemps-longtemps. Vous croyez vraiment qu’elles sont déjà cuites? » Pauvre monsieur Barilla! Il doit encore s’en retourner dans sa tombe…

Depuis, c’est moi qui fait cuire les pâtes. Mais c’est elle qui fait cuire le riz. (Elle a beaucoup rigolé en me voyant faire, les premières fois). Chacun ses spécialités!

… Pour les pâtes, de toute façon, ce n’est pas grave, parce que Khun Nee frappait à la porte: « Je vous ai apporté des cupcakes pour le dîner des enfants: je sais que les Français ne mangent que des trucs sucrés… »

 

Ces Français qui affament leurs enfants…

Autre pays, autre problématique. En Chine, ce n’est pas moins de sept repas que Petit-Un devait ingérer quotidiennement en l’espace de douze heures. Un petit déjeuner. Deux collations du matin. Un déjeuner. Deux collations de l’après-midi. Et un dîner. Je trouvais ca trop. « Mais un enfant, il faut que ça mange! Et puis, s’il n’est pas gros, les autres nounous vont dire que je m’occupe mal de lui… »

Autres problématiques car à l’époque de la fermeture de la Chine communiste, notre nounou avait eu faim. Elle avait craint, souvent, aussi, de ne pas pouvoir assez nourrir sa fille. Un parent avec un enfant bien portant, alors, était un bon parent. Pour ma part, j’ai plusieurs fois été réprimandée dans la rue par quelque Mamie désœuvrée: « Mais il est trop maigre, votre petit garçon! »

L’enfant, il fallait le nourrir à tout prix. Las de rester dans sa chaise haute, Petit-Un avait droit de jouer de courir et de sauter, tandis que sa nounou le poursuivait, une cuillère à la main, garante de la bonne nutrition.

Mille fois nous en avons discuté. Une collation, pas deux. C’est bien assez. Il n’a pas faim. Ca se voit… J’ai inventé des recommandations du corps médical. Des exhortations de ma belle-mère (pardon Mamie, c’était pour la bonne cause). En vain.

A l’issue de nos congés en France, Petit-Un rentrait toujours amaigri. « Mais vous ne lui avez pas donné assez à manger! Regardez, il est devenu tout creux et tout mou! Vraiment, je ne comprends pas pourquoi les parents français affament ainsi leurs enfants… »

 

La nounou, la France et l’environnement

Revenons en Thailande. Sensibles à notre impact sur l’environnement, nous essayons de trier et recycler au quotidien. Dans le quartier, une vieille dame fouille régulièrement les poubelles pour récupérer les plastiques, les cartons et les métaux, avant de les revendre au poids, à des usines spécialisées. Nous avons souhaité pré-trier pour elle, en amont. Stupéfaction de notre nounou: cette dame le fait très bien toute seule. Pourquoi vous voudriez faire ça? La vieille dame aussi est étonnée. Je pense qu’elle craint qu’il n’y ait anguille sous roche. Elle fait son possible pour éviter de me croiser…

Des médicaments périmés? « Ah non… ici les hôpitaux ne les reprennent pas. Mais donnez-les à Khun Mac. Il trouvera bien à les revendre… » Depuis, j’ai un tas de médicaments planqué dans ma penderie. Je ne sais pas quoi en faire… Les piles? « Bah non… ca n’existe pas, les containers spéciaux. » Alors je stocke aussi…

Le reste d’huile de friture? « Un trou au fond du jardin, et ce sera parfait… »

Ou l'on cherche des vers de terre pour la peche...

« Comment ça? Vous voulez laver votre maison avec du vinaigre blanc? Mais vous ne voulez plus vous en servir pour manger, alors? »

« Et on ne peut même pas utiliser des pesticides avec un gros « X » rouge sur la boite, dans la maison, pour se débarrasser des fourmis?… Mais alors, on ne peut rien faire pour lutter contre toutes les bestioles?… »

Bref, on ne se comprend pas sur tout… Mais notre réputation est établie désormais. Une famille d’originaux compliqués. Ils ne font pas confiance aux produits modernes, mais tiennent beaucoup à leurs ordures et ne s’en détachent pas comme ca. Après tout, c’est un peu incompréhensible, mais ce doit être un truc de Français…

 

La nounou, la France et le français

Au-delà de nos habitudes, notre nounou a également appris le français par bribes. « Saucisse » est arrivé en premier. Suivi de « ascenseur », bien sûr, la faute à Petit-Deux. Ca le fait beaucoup rire, d’ailleurs, de le répéter ensuite, avec l’accent thaï. « Gnocchis », le plat préféré de Petit-Un. « Croque-Carotte », car c’est une question de priorités. Et « slip », car en dialecte du nord est de Thaïlande, « slip » se dit « slip », alors ca nous fait un mot commun.

La France vue de Thailande

Petit-Deux a bien compris le parti qu’il pouvait tirer des incompatibilités linguistiques. Avec la nounou, il joue au jeu des sept familles. « Mais seulement en français, parce que c’est un jeu français! » « Mais voyons, proteste sa gardienne, tu sais bien que je ne parle pas français. » « Ca n’est pas grave. Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider. Pour commencer, montrez-moi vos cartes. Hum, c’est bien. Maintenant répétez: Dans la famille française je voudrais le fils! » Curieusement, Petit-Deux finit toujours par gagner…

Et pour finir, le sacro-saint « ça va? » (prononce chavah). Il est passé dans notre langue vernaculaire au quotidien, que ce soit au milieu de l’anglais ou du thai. C’est toujours du plus bel effet auprès de nos visiteurs français!

 

Piquer un lama…

J’en viens à mes pires hontes linguistiques. Il est des jours où l’on est fatigué. Où l’on dit des bêtises. Et où ces bêtises passent à la postérité. Hélas.

Vous souvenez vous de ce lama, kidnappé il y a quelques années par un groupe de sales jeunes, puis promené dans le tram de Bordeaux? A l’issue d’une journée épuisante, Papa-Tout-Terrain et moi-même, très amusés par cette non-information, avions transformé l’anecdote en une comptine toute personnelle: « Piquer un lama, piquer un lama, piquer un lama c’est non non non! »

L’air entraînant, le rythme et les répétitions ont tout de suite séduit notre nounou. Elle a tout retenu. Aujourd’hui encore, pour écarter Miss-Trois d’un objet interdit, je l’entends souvent chantonner: « Piquer un lama, piquer un lama, piquer un lama c’est non non non! » Et pourtant, ce n’est pas faute de lui avoir expliqué l’inavouable… Bref, en présence de francophones, je prends généralement un air absent… Ca? Du français?… Non…Les Francais, ce peuple incomprehensible...

 

Du scatologique…

Une autre expression, guère plus glorieuse, a été très largement relayée en Chine, grâce aux efforts Petit-Un… Petit-Deux venait de naitre. Je profitais alors de mon congé maternité pour accompagner la nounou dans sa sortie biquotidienne à la salle de jeu du quartier. Chacun s’y retrouvait et papotait gaiement, en jetant un coup d’œil sur les tout-petits qui gambadaient au milieu des jeux.

Soudain, Petit-Un rejoint le groupe des adultes d’un pas pressé: « caca mou! » Je rougis, regarde mes pieds et me prépare à une sortie discrète et efficace. J’entrevois un frémissement pressé dans les rangs des nounous qui s’exclament alors, toutes en cœur: « Caca mou! Caca mou! Caca mou! » La bourrique avait briefé toute la résidence.

Je rougis d’avance, rien qu’à penser qu’une de ces dames puisse un jour travailler pour une famille française, et vouloir faire montre de ses connaissances linguistiques…

 

… et du romantique!

« Je t’aime! » s’est exclamé un jour notre nounou chinoise, en français, au moment où je fermais la porte pour partir au travail. Crotte! Qu’est ce que c’est que cette histoire?… Je suis déjà à la bourre, en plus… Je rouvre la porte. « Qu’est ce que vous venez de me dire? » Avec un sourire un peu gêné et timide, elle me répète: « Je t’aime… »

(La dame en question a cinquante-cinq ans, un mari et une fille de mon âge.)

Je fronce les sourcils. Je lui demande en chinois si elle sait ce qu’elle est en train de me dire. Cette fois-ci, son regard est plein de fierté. Oui, bien sûr, elle le sait. Elle m’a dit au revoir en français. Elle a bien écouté et c’est exactement ce que je dis à Petit-Un, tous les matins, avant de partir au travail.

 

Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

Dimanche, nous irons voter « pour »…

Il y a seize ans, quand j’ai commencé à étudier le mandarin, je demandais à tous les Chinois qui passaient leur opinion de la vie dans un pays non démocratique. (J’étais bien naïve.) Je les trouvais plutôt réservés sur les questions politiques. Tout en nuances.

Je me souviens d’un jeune homme à qui il semblait préférable que les Chinois ne votent pas. Parce qu’ils manquaient de culture politique. Et que, pour sûr, si on leur laissait le choix, ils éliraient pour Président un chanteur.

Et puis cette femme qui m’avait fait remarquer que les Français ne pouvaient pas s’empêcher d’avoir un avis sur tout. Alors que la Chine ne jugeait pas la démocratie française, elle.

 

Mais en réalité, en Chine, on ne parle jamais vraiment de politique.

Il y a treize ans, quand je suis partie vivre à Shanghai, j’entendais parfois la respiration d’un fonctionnaire qui écoutait mes conversations, quand j’appelais ma famille. Les colis que je recevais par la Poste étaient fouillés avant livraison. Et les autorités confisquaient fréquemment des objets au passage.

Il y a douze ans, pour la mort de Zhao Ziyang –qui avait soutenu les manifestants au moment de Tian An Men- la diffusion de TV5, la télévision française, a été suspendue pendant plusieurs semaines. Et la plupart des sites web étrangers que je consultais fréquemment a été bloqués.

Il y a cinq ans, dans une librairie de Shanghai, alors je feuilletais un Lonely Planet en anglais sur la Chine, je suis tombée sur des pages et des paragraphes entiers caviardés. Recouverts, effacés au feutre noir par la censure.

 

Puis nous étions en Thaïlande, en mai 2014, lors du dernier coup d’Etat militaire.

Les opposants des deux bords ont été envoyés en prison et la junte militaire a pris le pouvoir.

L’instabilité politique s’est traduite par une baisse de l’activité économique que l’on ressent encore un peu aujourd’hui. Les foyers les plus modestes ont été les plus atteints.

Depuis le coup d’Etat, tous les vendredi soirs, le général Prayut Chan-o-cha apparaît à la télévision, pour présenter à la population un compte-rendu de la situation du pays et des réformes mises en place par son gouvernement provisoire.

De nouvelles élections devraient être organisées début 2018. Il est difficile de prévoir l’avenir. Le prochain gouvernement démocratique pourra-t-il se maintenir? Depuis 1932, la Thaïlande a traversé dix-neuf coups d’Etat.

Le Roi de Thaïlande est mort le 13 octobre dernier. La veille, alors qu’il était au plus mal, nous avons appelé nos familles pour leur dire que nous n’aurions peut-être plus d’accès à Internet, pour une durée inconnue. Les entreprises étrangères avaient prévu des plans d’évacuation pour leurs expatriés. Par bonheur, le pays n’a pas traversé la crise politique que l’on craignait.

 

La Chine s’ouvre. La Thaïlande se stabilise. Ce sont deux pays qui avancent courageusement. Tout n’est pas idéal. Mais ils progressent. Avec une énergie extraordinaire, leurs populations aspirent à aller vers le mieux. Et elles avancent.

 

Et nous? Nous, dimanche, nous irons voter.

Et nous n’irons pas voter contre.

Nous irons voter pour.

Pour construire une France meilleure. Pour bâtir ce qui sera la patrie de nos enfants. Le choix final n’est pas exactement celui qui nous aurait convenu. Qu’importe, il est ce qu’il est. Mais on n’a pas le luxe de se mettre en sommeil pendant un quinquennat. On ne peut pas hypothéquer notre avenir pendant les cinq prochaines années. On doit juste mettre toutes les chances de notre côté.

Parce qu’en Chine, en Thaïlande et ailleurs, ils ne vont pas nous attendre, pendant les cinq ans où on va bouder. C’est aujourd’hui qu’on éduque les générations d’actifs de demain. C’est aujourd’hui qu’on décide des stratégies industrielles de l’avenir. Et c’est surtout dès aujourd’hui qu’il faut mettre toute notre énergie pour aller mieux. Reconstruire une société optimiste. Et se battre pour.

Pour tout cela, pour nos enfants, dimanche, nous irons voter pour.

 

Dimanche, nous irons voter pour

 

Nota: Comment voter par procuration quand on ne connaît personne dans son quartier? Je trouve que l’information est trop peu relayée par les medias et c’est dommage. Si vous êtes empêchés lors d’un des tours des prochaines élections, cet article est pour vous! Foncez et votez!

 

Tous les commentaires déplacés seront supprimés.

 

 

Famille et Saucisson – Vacances en France

Malgré une longue disparition des radars de l’Internet, nous sommes bien rentrés de notre triathlon de Noël, après avoir brillé dans les épreuves « charcuteries », « fromages » et « desserts ». Non, nous n’avons pas été happés par le trou d’un Gruyère. Nous ne sommes pas non plus restés collés au fond d’un pot de Cancoillotte. Ni tombés en pâmoison lors d’une confrontation avec un Maroilles bien fait. Il nous a juste fallu cinq semaines pour récupérer et moi, parvenir à sortir un billet.

Comme tout le monde à Noël, on a profité de la famille et mangé de la dinde aux marrons. Et, comme c’est trop rare, on les a savourés à fond. (On n’a pas mangé la famille, c’est une image, bien entendu.) On est rentrés, plein d’étoiles dans les yeux, drôlement fatigués aussi, et avec pas mal de kilos en plus –dans les bagages, mais pas seulement…

Saucisson et pate - Vacances en France

 

C’était plutôt mal parti…

Pourtant, l’épopée de nos vacances en France n’avait pas très bien commencé. Nous avions dû anticiper notre départ in extremis, pour une sombre histoire d’ambassade et de papiers à faire à Paris, pour Miss-Trois. Parce que c’est complètement logique pour un bébé né à Bangkok de devoir demander son visa thaï à Paris. Il paraîtrait même qu’au regard des puristes, notre fille était illégale en Thaïlande depuis sa naissance, puisqu’elle n’avait franchi aucune frontière administrative avant de s’y établir. J’étais folle d’enthousiasme avant même de démarrer.

Nous sommes donc arrivés à Paris. Un jour de froid polaire, avec option pic de pollution, circulation alternée, accident de RER et grève des VTC. A la sortie de l’avion, on avait six heures pour relier l’ambassade de Thaïlande. Dans la théorie, c’était large.

On s’est présentés à l’agence de loc’ pour récupérer la voiture. Notre carte bancaire s’est mise en grève. (Ca doit être l’air de la France.) (Solidarité aux VTC.) Notre banquier n’a jamais répondu au téléphone. (A bas les banques. A bas la finance.) On a mis trois heures à réunir la rançon pour récupérer la caisse. Manque de pot elle était trop petite. Plus le temps de changer. On a pris la voiture et laissé les bagages (à la consigne, quand même). Notre GPS s’est perdu. On s’est guidés en suivant la Tour Eiffel. On a démoulé les enfants qui ont lancé des glapissements psychotiques quand ils ont compris qu’ils allaient devoir marcher dans le froid, pour de vrai. (En marche!)

 

Au fond du trou

C’est ainsi que notre vaillant équipage a triomphalement franchi l’entrée de l’ambassade de Thaïlande en France. Nous avons été chaleureusement reçus par un choc thermique. Curieusement, il faisait plus de trente degrés dans le bâtiment. Peut être pour rappeler la Thaïlande? C’est la patronne des lieux, une morue revêche, qui nous a accueillis. Elle nous a toisés de haut en bas et de droite a gauche (on était nombreux et en rang d’oignons) avant de nous assener gratuitement: « Quand on a un bébé, on le laisse à la maison! » Elle nous a finalement fait nos papiers, visiblement à contrecœur.

(En même temps, on n’avait pas besoin qu’elle nous tamponne le visa dans l’allégresse et les chants grégoriens. Cette dame a d’ailleurs bien fait de ne pas trop puiser dans ses réserves d’amabilité. Vu qu’elle n’en n’avait visiblement pas beaucoup, autant éviter de les disséminer bêtement.)

Premier jour en France - Vacances en France

Après, tout s’est amélioré! D’abord, on a trouvé une superette avec de la charcuterie et des fromages, et même une boulangerie avec du pain. (« Il en faut peu, pour être heureux, lalalalalalalala…« ). Nous avons fait ripaille. Comble du bonheur, aucune fourmi, aucun cafard n’est venu piétiner notre festin. J’étais joie et allégresse!

Le Premier Repas - Vacances en France

Et si nous avons traversé les petites tracasseries ordinaires du décalage horaire…

Premiere nuit en France - Vacances en France

 

Retour aux sources

… les vacances en France, ont vraiment débuté quelques centaines de kilomètres plus tard, quand nous avons enfin retrouvé les murs qui ont bercé mes jeunes années. Nous avons serré contre nous ceux qui nous sont si chers. Qu’il est doux de pouvoir, ensemble, sacrifier aux traditions vieilles de plusieurs générations! De goûter à nouveau aux saveurs de mon enfance. Sortir dans le jardin chercher le Père-Noel. L’attente, tous les sens en éveil. Le tressaillement ancestral en entendant sonner la cloche. Le même enthousiasme impatient quand les adultes nous appellent: « Le Père-Noel est passé! Je crois que j’ai vu un bout d’habit rouge dans la cheminée! »

Les poutres de la chambre ont toujours les chevilles épaisses que je contemplais, enfant, avant de sombrer dans le sommeil. La nuit y a les mêmes bruits d’oiseaux, de rongeurs, les mêmes grincements de vieille grange. Il n’a pas bougé, le coin de pavé centenaire où ma sœur s’était ouvert le front. La grande table où on l’avait recousue n’a même pas changé de place, d’ailleurs.

Charpente - Vacances en France

La maison a grandi avec nous. Au coin du feu, nous nous pelotonnions jadis en d’interminables jeux et de franches rigolades. L’on s’y enflamme aujourd’hui pour la politique et la littérature. La politique nous divise. La littérature nous réunit. A quelques pas de là, nos enfants ont repris nos amusements de jadis. Notre insouciance aussi. Jeux de cartes, de billes, de dames, Scrabble et Monopoly. Je la connais si bien cette ambiance de tripot. On soupire lorsqu’il faut aller diner, on planque un jeu des sept familles sous la table pour faire durer le plaisir avec les cousins… les adultes ne le soupçonneront pas…

Notre caverne d’Ali Baba devient petit à petit l’écrin de beaux souvenirs pour nos enfants. C’est chouette!

Coutumes de France - Vacances en France

Puis nos vacances ont obliqué sur les traces de Papa-Tout-Terrain, petit.

Autres Coutumes de France - Vacances en France

 

Chez Papa-Tout-Terrain

C’est follement amusant de découvrir avec lui les lieux qui ont bercé ses délices et ses joies, enfant. A peine arrivés, il faut sortir ses caisses de Legos, tellement garnies et profondes qu’on n’en voit jamais le bout. Petit-Un est si enthousiaste dans ses travaux de construction Legoesques que nous ne l’en verrons à peine émerger de tout le séjour.

Papa-Tout-Terrain a ressorti son jeu de roulette, aussi, qui captive les enfants. Son tee-shirt dédicacé par les copains d’école, et qui suscite le débat quant à la pertinence d’écrire sur ses habits. Sa photo avec le président Chirac, où il a l’air si minot (Papa-Tout-Terrain… et Chirac aussi à la réflexion). Et puis bien sûr, l’endroit  mythique où mon tendre et cher a marqué un stop artistique, en glissé-arrêté-mais-surtout-glissé, le jour de son permis… qu’il a loupé, d’ailleurs… semble-t-il a cause d’un escroc d’examinateur, malsain et sournois.

Plus encore, j’aime la compagnie de ceux qui lui sont chers. Ceux qui l’ont patiemment entouré, éduqué, aimé et aidé à grandir. Ceux grâce à qui Papa-Tout-Terrain est devenu un homme probe, courageux et aimant. Ceux grâce à qui Papa-Tout-Terrain est devenu mon amoureux. (Mon chéri, les compliments, c’est une avance pour la Saint Valentin, d’acc?)

Et les gâteries sans fin des grands-parents. La bûche à la crème au café, pour douze personnes, s’il vous plaît, achetée religieusement à l’intention de Petit-Un, et de Petit-Un uniquement, puisqu’il est le seul à l’aimer… « Mais il adore tellement ça ce petit… » Et les « crêpe-parties ». Deux fois en six jours. Pour s’assurer que les enfants s’habituent à la gastronomie française. Et la hotte du Père-Noel, si pleine que les coutures ont cédé cette année. (Fallait bien s’y attendre, à force…) Et Princesse-Punk, si petite et déjà couverte de fanfreluches, « parce qu’elle n’a que des frères, la pauvre… »

 

Découvertes et souvenirs…

Les vacances en France, c’est le dépaysement des plus petits, quand les plus grands retrouvent le goût de leurs madeleines d’antan. Certes, nos enfants nous ont parfois pris pour de dangereux illuminés, comme lorsqu’on exultait en revoyant une boîte postale jaune de notre jeunesse ou qu’on s’étouffait de joie devant une poubelle « à la française », avec des planches tout autour… Et je ne vous raconte même pas les « pfffffff » blasés, le jour où on a arrêté toute la troupe pour prendre en photo un banc public. Mais malgré leurs mines blasées, ces petits n’ont heureusement pas encore perdu tout de leurs capacités à s’extasier… Ils ont tant et tant aimé les tunnels qu’on s’est tapé des dizaines de bornes à les faire et les refaire dans les deux sens, rien que pour le plaisir!

Decouvertes de France - Vacances en France