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Juin 21

L’école à l’étranger


Youpiii c’est les vacances! (Enfin les vacances des enfants. Pour les grands pas du tout.)

A la rentrée prochaine, Petit-Un entre en Kindergarten, les « grands » de maternelles, et commencera l’apprentissage de la lecture. Petit-Deux retournera en Pre-K3, les « petits » de maternelle, car il n’aura pas quatre ans révolus en septembre, et l’école est assez intransigeante en la matière.

Realisation - Petit-Deux - Fraise

Quel bilan de cette deuxième année d’école à l’étranger? Nous avons vu nos enfants enrichir leur répertoire de chansons et comptines anglo-saxonnes, reconnaître et tracer les chiffres et les lettres, incroyablement améliorer leur anglais, assimiler les notions de respect, de concentration et de discipline en classe, prendre goût à la lecture, et s’ouvrir aux cultures d’origine de leurs petits copains. Ils ont grandi en petits garçons heureux et curieux, et malgré des périodes de doutes, nous ne regrettons pas d’avoir opté pour une première scolarisation dans un cursus américain.

 

Pourquoi une école américaine?

Soyons francs, le contexte et l’environnement ont partiellement décidé pour nous. Nous n’habitons pas à proximité d’une école française qui aurait été notre premier choix, ou du moins un choix de facilité. Quant à une école Thaï, impossible à envisager, puisque nous ne parlons pas thaï du tout.

Restaient les écoles anglaises et américaines. C’est l’environnement de l’école américaine qui nous a décidés, avec plus de zones de jeux, plus de verdure, et des classes de taille plus restreinte. En définitive, rien ne vaut une visite des lieux et une rencontre avec l’équipe pédagogique avant de prendre la décision finale. Ce choix, nous ne le regrettons pas. L’intégration a été facile et les enfants sont épanouis. C’est le principal.

Realisation - Petit-Un - ET

Nous avons été très heureusement surpris par une communication de qualité entre l’équipe enseignante et les parents. Bien que n’étant pas des parents très présents car nous travaillons tous les deux, nous avons toujours eu le sentiment d’être bien informés des temps forts de la vie à l’école et des milles petites anecdotes du quotidien. Bien entendu, nous recevons chaque semaine quelques spécimens d’exercices réalisés par les enfants ainsi que certains de leurs chefs-d’œuvre. Et en bonus, chaque maîtresse a créé un blog pour sa classe, qu’elle alimente toutes les semaines, avec le résumé écrit et les photos des activités récentes.

Malgré tout, et plus que nous ne l’avions anticipé, nous avons aussi été confrontés à l’altérité d’un système qui n’est pas le nôtre. Autres rythmes, autres activités, autres priorités scolaires… Même si le bilan final est très positif, même si les garçons se sentent à l’école comme chez eux, moi je m’y trouve souvent un peu en domaine étranger et je m’interroge parfois sur ma capacité à accompagner les enfants sur des terrains éducatifs qui me semblent parfois impénétrables.

 

L’ouverture culturelle et linguistique

Le formidable atout de l’école à l’étranger est qu’elle met les enfants en contact avec des personnes, des langues, des cultures et des savoirs variés, sans que cela ne représente d’effort particulier pour eux. Au gré d’événements ou d’anniversaires, ils découvrent les spécialités culinaires des pays de leurs copains, ils défilent habillés dans les habits traditionnels de chez eux, ils colorient des drapeaux de toutes origines.

Au fil de l’année, les enfants célèbrent naturellement les fêtes Thaïs et Américaines. Pour la fête bouddhiste de Loy Kratong, chaque enfant a modelé son « Kratong », petit bateau fait d’un tronçon de bananier, qui doit apporter bonheur et prospérité. Pour le Thanksgiving Day, ils sont rentrés à la maison avec des dindes en papier. A Songkran, nous avons équipé les enfants de tongs et de serviettes pour les fameuses batailles d’eau à des fins purificatrices… et je ne vous parlerai même pas d’Halloween et de son rituel défilé de fantômes…

Realisation - Petit-Un - Lanterne

La découverte des différences nationales leur est ainsi toute naturelle. En ce moment, on voit souvent passer à la maison une petite Australienne, un jeune Canadien, une adorable Japonaise, deux petits Anglais et des jumeaux Coréens avec des noms « en miroir » (triple galère pour moi: ils ont des noms qui se ressemblent plutôt, avec des sonorités qui ne m’évoquent rien de connu, et en plus ils ont comme un air de famille…). Tous conversent facilement en anglais, mais surtout sans l’appréhension que je ressens à chaque fois que j’interviens en langue étrangère. C’est le monde à l’envers, d’ailleurs, car moi je reste toujours hyper stressée de devoir parler anglais, même aux petits copains des enfants… qui ont seulement quatre ans! Eux pas du tout, bien sûr!

Des apprentissages complets et variés

Au niveau purement scolaire, je trouve que l’apprentissage est rapide, efficace, et ouvert. Dès la fin de la première année, les enfants reconnaissent toutes les lettres et les chiffres. On leur demande également de les copier, avec plus ou moins de succès. En deuxième année de maternelle, ils acquièrent les sons, écrivent certains mot et en recopient beaucoup d’autres, en majuscule et en minuscule. Maintenant dans la voiture, on peut jouer a « Citez un objet qui commence par la lettre M!« … Avec la spécificité que les garçons nous répondront indistinctement « maison » ou « motorbike ».

Realisation - Petit-Deux - Zebre

Niveau arts plastiques, on retrouve les classiques de la maternelle: dessins, collages, coloriages, peintures sur différents supports avec des accessoires variés, pâte à modeler… et les classiques de l’école américaine. Je ne vous raconte même pas combien j’étais surexcitée le jour où Petit-Un est revenu à la maison avec un volcan en papier… mais exactement le même volcan que ramènent chez eux tous les enfants des séries américaines!

Comme il est d’usage dans les petites classes, les enfants apprennent également beaucoup de chansons et de comptines. Je reconnais souvent des mélodies entendues dans des séries ou dans des films, mais me retrouve hélas très vite face à mon incompétence. Petit quizz du coup… Après « Jingle bells, jingle bells… » il y a quoi, en dehors d’un trou noir?… Rhooo, quels instants de solitude à la fête de l’école quand les parents étaient censés entonner le refrain en cœur, en support d’un jeu de chaises musicales! Bref, à la venue de chaque nouvelle mélodie, je n’ai plus qu’à potasser les paroles à l’aide de Youtube. Je le fais d’ailleurs très sérieusement, car ça n’a pas de prix de pouvoir chanter et danser en famille: « Have you ever seen a penguin come to tea?… »

 

L’apprentissage sans contraintes

Si le programme scolaire me parait plutôt touffu, la contrainte n’en fait pas partie. Tant mieux pour les enfants pour qui la scolarité est plus agréable. Pour moi, c’est une source de doutes et de questionnements constants.

Petit-Un n’aime pas écrire. Pas du tout. Sa maîtresse nous a expliqué qu’en plus d’une motricité fine pas terrible, notre ainé refuse d’abandonner ses jeux pour faire des exercices. Par dérogation, Petit-Un travaille donc un jouet sur la table. Et comme parfois il n’a vraiment pas envie, il fait juste des gribouillis, histoire qu’on lui lâche la grappe. (Je reconnais le fils de son père.)

Realisation - Petit-Un - Papillon

Bien qu’ayant confiance en la maitresse, je suis heurtée dans ma conception de l’apprentissage. Sans parler d’un enseignement à coups de fouet, il me semble qu’apprendre demande un minimum de discipline. Si l’on attend que l’enfant ait envie de faire ses lignes d’écriture… il est possible qu’on attende longtemps! Si l’on accepte que l’enfant ait un jeu sur la table… pas sûr qu’il se concentre sur son exercice…

Je m’en suis voulu de penser ça. Je me suis senti l’âme d’un tyran. J’ai essayé de penser autrement. Vraiment. De toutes mes forces. Et j’ai échoué. Alors, on a commencé à faire de l’écriture à la maison, suivant mon régime dictatorial. Petit-Un a écrit. Les premiers soirs il a râlé, mais maintenant nous aimons tous beaucoup notre rendez-vous d’étude quotidien.

Je ne souhaite critiquer aucune méthode. Juste souligner les différences, et mes difficultés à faire miennes des pratiques éloignées de mes expériences et de mes références. A l’inverse, les enfants sont finalement plus souples et semblent s’adapter assez facilement aux règles de l’adulte référent.

 

Barrières linguistiques et barrières culturelles

Au-delà des divergences de systèmes, avec l’école à l’étranger, j’ai découvert la difficulté d’être un parent de culture et de langue différentes. Malgré mon anglais correct, je m’inquiète à chaque communication avec les enseignants. Je passe dix minutes quand je dois rédiger un texto à la maîtresse, je vérifie la syntaxe de toutes mes phrases avant d’envoyer un mail, et je fais des insomnies avant les réunions parent-prof…

Sur le même thème, imaginez mon désarroi, le jour où la maîtresse nous a demandé d’habiller les enfants avec des vêtements à « pattern » (=motifs)! J’ai fait tous les dictionnaires d’Internet et Google Image pour vérifier l’acception la plus juste de « pattern ». Au matin dit, j’ai changé trois fois Petit-Un de tee-shirt avant de l’envoyer à l’école, ayant pris soin de rajouter une tenue de secours dans son sac, avec un autre « pattern »… on n’est jamais trop prudent!

Realisation - Petit-Deux - Bonhomme

De même, un autre jour, les enseignants ont demandé aux parents d’envoyer un « pasta dish » (plat de pâtes) à partager entre les enfants, lors d’un pique-nique de l’école. « Pasta dish », qu’est-ce que ça implique? Une salade de pâtes? Un gratin de lasagne? Un saladier de pâtes en sauce? Une quiche avec de la pâte autour, ça compte pas, si? Et si on met des pâtes dedans? Résultat: un long mail culinaire angoissé à la pauvre maîtresse qui m’a juste répondu d’envoyer un truc à manger, que ça serait très bien! Je ne sais pas si elle a vingt parents comme ça mais j’espère pour elle que non…

 

Le difficile accompagnement scolaire des enfants

Plus problématique est la question de l’accompagnement scolaire des enfants, qui risque en plus d’empirer avec le temps. L’année dernière, alors que Petit-Un était plutôt mutique en classe, faute de vocabulaire, la maîtresse nous avait demandé de lui faire régulièrement la lecture en anglais. « Fastoche! », je me suis dit. Sauf que quand on a récupéré les livres de la bibliothèque, j’ai découvert qu’il y avait des tas de mots que je ne connaissais pas, et qu’en plus je galérais à lire les phrases à voix haute, avec un accent correct, sans trébucher au milieu d’une proposition. Tout de même, notre obstination a payé: en deux ans, Petit-Un a bien amélioré son anglais, et moi (un peu) ma lecture.

Realisation - Petit-Deux - Cochon

Les obstacles sont aussi notables à l’écrit, dans nos exercices quotidiens avec Petit-Un. Pour les majuscules ça va à peu près. Sauf qu’à l’école, les enfants n’apprennent pas l’ordre logique suivant lequel tracer les bâtons, et que ces incohérences calligraphiques m’énervent.

(En me relisant je me dis que je suis une mère monstrueuse, névrosée et tyrannique).

Mais pour les chiffres et les minuscules c’est l’horreur. Les anglo-saxons n’utilisent pas du cursif comme nous mais une écriture en script que je suis incapable d’imiter. Et les garçons ne savent lire que ce type de lettres. Je me souviens de leurs yeux ronds et de leurs mines interloquées quand j’ai écrit « 2 » sur une feuille et que je leur ai demandé ce que c’était. Ayant compris qu’il s’agissait d’un chiffre, pleins de bonne volonté, ils ont essayé au pif avant de tomber sur la réponse au sixième essai. Bref, impossible pour moi de faire des exemples d’écriture pour les enfants ou seulement même d’être lue par eux. Du coup, cet été, un gentil jeune homme de l’école viendra entraîner les enfants aux minuscules!

 

Et la suite?…

Malgré mes petits soucis métaphysiques, les enfants adorent leur école, adorent leurs maitresses, adorent leurs copains, et adorent les activités qui remplissent leurs journées. Nous sommes ravis de notre choix d’école à l’étranger, et si c’était à refaire, nous le referions…

Realisation - Petit-Un - Meteo

Difficile en revanche de savoir ce qu’il en sera du futur. Nous sommes heureux de voir les garçons grandir dans un environnement international et s’épanouir dans le bilinguisme. Pourtant s’il faut choisir, nous souhaitons d’abord qu’ils deviennent d’excellents francophones (et francographes, si le mot existe). Ils sont Français et doivent impérativement maitriser leur langue parfaitement…

… Cela dit, une petite voix dans ma tête me rappelle souvent que cette scolarité anglophone, dans une école à l’étranger, sera une véritable richesse pour les adultes qu’ils vont devenir, que quand même ça serait bien bête… et du coup j’en fais des insomnies. Eh oui, on ne se refait pas!…

Et vous, vous en pensez quoi? Je prends tous les conseils avisés!

 

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(10 commentaires)

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  1. Charlotte MumInLearning

    Intéressant ton retour sur l’école américaine ! Comme je te comprends que tu dis que tu passes 1/2h à rédiger un SMS en anglais ou à écrire un mail ! 😀 Je suis exactement pareille !
    Pas évident, les différences au niveau de la discipline et de l’écriture… On n’en est pas encore là ici mais c’est vrai que je n’y ai jamais réfléchi encore…

    1. Maman-Tout-Terrain

      Hihi, c’est marrant que toi aussi tu mettes tant de temps à écrire des textos 😉 Je te voyais comme une Maman hyper sereine, en fait 🙂
      Tu n’y es pas encore, mais finalement, ça nous tombe vite dessus! Le truc bizarre est qu’à aucun moment nous n’avions anticipé ce type de difficultés! Ça avait l’air tellement naturel d’envoyer ses enfants à l’école…
      Heureusement, eux s’y sentent très bien, à l’école: même si ce n’est que la deuxième semaine de vacances, Petit-Deux a déjà commencé à tenir une liste des choses à raconter et des trucs à montrer à sa maitresse, l’année prochaine 😉

      1. Charlotte

        Moi sereine ?! 😀
        Je suis une grande stressée de la vie ! Au grand damn de mon mari, je stresse pour tout !

      2. Maman-Tout-Terrain

        Ca alors! Ben bienvenue au club, du coup! Il n’empeche que tes articles refletent la douceur et la quietude, je trouve, et me plaisent d’autant 🙂

  2. mariel

    Chez nous le problème du choix ne se posait pas: pas d’ecole francaise, donc ecole neozelandaise 🙂
    Je comprends tes difficultés de parents, nous avons eu a peu pres les memes 😀
    On est ravi de l’enseignement qu’elles recoivent ici, par contre, elles ont 10 et 8 ans et on se rend bien compte qu’il sera difficile de les faire changer de systeme.

    1. Maman-Tout-Terrain

      Ça me rassure finalement de voir que nous avons tous des problématiques similaires… et vous avez l’air d’être super bien, en tout cas, en NZ! Au final, on a vraiment de la chance d’avoir des enfants dans de chouettes écoles, avec une ouverture extraordinaire… Si seulement on pouvait s’empêcher de stresser pour l’avenir 😉

  3. Bianca @ La Grande Déroute

    Bonjour! Je crois que c’est la première fois que je commente (mais pas la première fois que je viens fouiner). Très intéressant à lire cette expérience de l’école américaine en Asie 🙂

    1. Maman-Tout-Terrain

      Pareil, je te lis depuis un petit moment… Ca fait tout bizarre de se dire qu’on se connait un peu sans jamais s’être parlé 😉

  4. ellea40ans - Stephanie

    Coucou, Nous avons mis nos filles à notre arrivée à l’école Anglaise. Elles étaient petites et c’était l’école la plus proche pour moi. Mon fils qui était plus grand a continué dans le système Français. 5 ans plus tard : les filles sont toujours à l’école Anglaise et elles y sont bien. Il y a 3 ans, mon fils nous a demandé d’y rentrer, il avait l’impression de ne pas avancer à l’école Francaise. Cela a été un gros challenge pour lui mais on ne le regrette pas. Le cned évidement est une bonne solution pour travailler le Français, et il y a du boulot !
    Profitez bien de vos vacances. Bisous

    1. Maman-Tout-Terrain

      Oh je ne savais pas que vous étiez en Arabie Saoudite depuis si longtemps!
      J’imagine le challenge du changement d’école pour ton fils… mais au final ça a l’air d’être une belle réussite!
      Pas trop dur, sinon, de gérer le CNED avec trois enfants?…

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...