Eléphants, singes et temples – de Surin à Kalasin

Trois jours de visite des temples Khmer du sud de l’Isan nous ont permis de découvrir de très riches sanctuaires, des temples plus confidentiels et ont été l’occasion de surprenantes rencontres, à l’écart des circuits touristiques. Mais les enfants commencent à exprimer un trop-plein de vestiges. Aussi ne peuvent-ils retenir leur joie et leur excitation lorsque nous leur annonçons l’activité du matin: la visite de l’Elephant Study Center de Surin.

 

L’Elephant Study Center

Le village et la campagne qui bordent l’Elephant Study Center ont ceci d’étonnant qu’au détour des cours ou des allées, on y rencontre souvent à l’improviste des pachydermes –domestiques et attachés, bien sûr-, les cornacs habitant le voisinage avec leurs bêtes. Beaucoup d’énormes crottes d’éléphant, aussi, sur les routes alentours. On est dans l’ambiance!

Surin Elephant Study Center

La foule se presse à l’entrée du parc. Ce sont principalement des Thaïs du voisinage, ainsi que des Laotiens venus en voyage organisé. La foule est joyeuse, colorée et bruyante… ce n’est pas une foule des villes.

J’avais planifié cette activité avec d’autant plus d’enthousiasme que l’Elephant Study Center est intégré au « Surin Project », qui vise à améliorer les conditions de vie des éléphants en captivité, tout en diffusant de bonnes pratiques auprès de mahouts (=cornacs): ne pas battre les éléphants, leur éviter des charges trop lourdes, cultiver localement les végétaux destinés à leurs bêtes… Le projet est joli sur le site web, mais dans les faits, nous n’avons noté aucune différence entre ce centre et les autres attractions d’éléphants visitées ailleurs en Thaïlande.

Surin Elephant Study Center

Classiquement, on trouve les mêmes activités qu’ailleurs: distribution de friandises aux éléphants, balades à dos d’éléphant, spectacles d’éléphants, et commerce de souvenirs autour des éléphants. Il y a également un musée qui ne mérite pas vraiment son nom, avec ses trois panneaux d’affichages en Thaï uniquement, et une esplanade de jeux d’enfants qui nous a bien aidé à dépenser la belle énergie des nôtres.

Surin Elephant Study Center

Plus étonnant, le lieu rassemble quelques bêtes vraiment énormes. Nous n’avions jamais vu d’éléphants d’Asie aussi gros! Petit-Un a adoré sa balade « en hauteur », aux côtés de son Papa. Petit-Deux a préféré rester avec moi, mais il l’a pas mal regretté lorsqu’il a compris que, enceinte, il n’y aurait pas de promenade pour moi. Parce que si vous n’avez jamais pris d’éléphant, il faut bien savoir que ça bouge sacrément sur ces bestioles, même à un train de sénateur… je n’ose d’ailleurs pas songer à ceux qui combattaient sur des animaux au galop!

Surin Elephant Study Center

Le spectacle en revanche est assez médiocre. On nous y présente ce que font les éléphants partout en Thaïlande: jouer au foot, peindre des arbres sur des tee-shirts, se dresser sur leurs pattes arrière en barrissant et lancer des fléchettes sur des ballons. Le chapiteau où se déroule le spectacle est très chaud et mal ventilé. Mais surtout, la représentation manque assurément de rythme. Un éléphant fait un tout petit truc. Il est applaudi. Il s’approche du public pour être récompensé avec des morceaux de canne à sucre. Il s’en va. L’éléphant d’après se met en place pendant que tout le monde poireaute dix minutes. Et ça recommence. Cela n’a en rien affecté le plaisir des enfants, plus heureux de tendre des friandises aux éléphants que de regarder leurs numéros. D’ennui et de chaleur, nous sommes cependant partis avant la fin.

Surin Elephant Study Center

 

Les singes du sanctuaire de Ku Phra Kona

Nous prenons la route de la province de Roi-Et, où nous comptons visiter le temple moderne de Pa Non Sawan -que nous n’atteindrons malheureusement jamais.

En chemin, nous croisons l’indication d’un autre sanctuaire, visiblement ancien: le temple de Ku Phra Kona. Nous nous arrêtons à tout hasard. Le grand parc que nous traversons pour atteindre l’édifice religieux est habité par des singes. Ce n’est pas très surprenant, car en Thaïlande, les singes élisent couramment domicile dans les temples. Animaux sacrés chez les Hindous et les Bouddhistes, ils sont soignés et nourris par les fidèles du coin. Dans les lieux devenus attraction touristiques, les singes se nourrissent exclusivement de nourritures fournies par les humains ou volées. Ils sont facilement agressifs. Dans les endroits plus reculés comme Ku Phra Kona, ils semblent être restés principalement sauvages. Ils approchent peu des hommes, vivent dans les arbres, et semblent toujours habitués à se nourrir de par eux-mêmes, dans la nature –ou du moins partiellement.

Les singes de Ku Phra Kona

Sur un vélo, surgit de nulle part une vendeuse de bananes. Equipés de fruits murs, nous entamons la distribution.

Les enfants traînent un peu les pieds quand il s’agit de passer au temple. Mais comme « il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter », ils nous suivent finalement de bonne grâce. La partie Khmer du site date du 11eme siècle. Elle se compose de trois Prangs de brique. Le Prang central a été « restauré », enfin, plutôt « refait ». Il est intégralement plâtré et de nouvelles cavités ont été créées dans la voute pour y héberger des statuettes bouddhistes. Les décorations relèvent elles aussi du bouddhisme, et clairement, la tour a aussi complètement changé de visage que de religion.

Le sanctuaire de Ku Phra Kona

Les deux Prangs contigus sont toujours de brique. Ils ne sont pas en très bon état et s’affaissent un peu, mais présentent encore plus d’intérêt: eux ont carrément été investis d’une statuaire et d’un décor bouddhiste, sans transformation préalable. Les niches sont décorées d’étoffes safran. L’on s’en approche désormais pieds nus. Y foisonnent les statues des principales divinités bouddhistes, les vases à encens et autres contenants destinés aux offrandes traditionnelles.

Parties anciennes du temple Khmer de Ku Phra Kona

Subsistent également quelques linteaux aux bas-reliefs assez fins ainsi que de petites inscriptions en alphabet Khmer, mais dont les dalles ont été un peu écartées des endroits de culte: elles ne constituent plus l’objet principal de ces lieux. Si les vestiges antiques ont progressivement été transformés par la religion dominante, on sent que les gens du coin y restent sincèrement attachés: près de nous, un moine du monastère voisin présentait ainsi sculptures et linteaux à un visiteur Thaï, et, quoi que nous ne puissions les comprendre, leurs regards, posés sur ces témoignages du passé, faisaient montre d’une réelle bienveillance.

Linteau sculpte de Ku Phra Kona

 

Brève escale à Roi-Et

Un peu plus au nord, nous traversons Roi-Et. Petit-Un avise un beau jardin public, équipé de pédalos. « S’il te plait Maman-chérie, je veux faire du bateau-flamingo! » En fait, c’est un pédalo en forme de cygne, mais on se comprend. Et Petit-Deux de renchérir qu’il voudrait le flamingo bleu, parce qu’il est teeeeellement beau! On a pas mal roulé récemment et les moments principaux de détente, pour les enfants, ont surtout consisté à crapahuter dans les temples Khmers et à jouer au freezbee dans les chambres d’hôtel –mais on n’a rien cassé!

Pedalo dans le parc de Roi-Et

Bref c’est ainsi que sur un regard complice échangé avec Papa-Tout-Terrain, nous renonçons, avec quelques regrets, mais de bon cœur, au temple de Pa Non Sawan… pour aller pédaler dans l’eau.

On enchaine avec une séance jeux d’enfants. Petit-Un devient tout de suite copain avec deux grandes filles d’au moins huit ans qui lui tiennent la main sans le lâcher, et le conduisent de toboggans en échelles de cordes. Il a l’air heureux comme un roi!

Leitmotiv du voyage, Petit-Deux a un souci de sable qui entre dans les chaussures. Il développe une technique forte intelligente qui consiste à hurler à mon intention chaque fois qu’il arrive au bas d’un toboggan, pour se faire transporter à bras, jusqu’au pied de l’escalier suivant. Curieusement, ça ne marche pas du tout du tout avec Papa-Tout-Terrain.

Il fait chaud

Nous concluons l’étape avec une bonne glace. En fait deux glaces pour Petit-Un, parce que Papa-Tout-Terrain a laissé tomber la première par terre. En partant de l’ère de jeu, toutes les nouvelles copines font de grands signes à l’ intention de notre ainé: « Au revoir Petit-Un! », crie l’enfant la plus âgée, en l’appelant par son prénom.

 

Soirée autour de Kalasin

Nous repartons pour l’étape du soir: Kalasin. Dans la voiture, les enfants chantent en cœur: « Promenons-nous, dans les bras, pendant que le loup y est pas… » Dois y voir une quelconque ironie, de la part de Petit-Deux, qui a bien plus usé mes bras que ses chaussures aujourd’hui?

Un peu avant Kalasin, nous nous arrêtons brièvement sur le site de Muan Fa Daet Song Yang. Il s’agit d’une ancienne cite préhistorique, qui se serait surtout développée entre les 10eme et 8eme siècles avant JC. En plus d’un petit musée alors fermé, il ne reste aujourd’hui que quelques monticules anciens, ainsi qu’une « borne religieuse« , et qui servait alors à identifier les zones sacrées. Peut-être y aurait-il eu plus à voir, mais nous ne cherchons pas très longtemps et ne trouvons rien qui nous convainque.

Muang Fa Daet Song Yang

Quoi qu’il ne soit nous ne souhaitons pas traîner, car nous prévoyons de passer la soirée sur le barrage de Lam Pao, au nord de Kalasin. Nous arriverons malheureusement trop tard: tout ferme dès la tombée de la nuit. En revanche, les derniers plaisanciers qui quittent les lieux ont l’air de s’être bien amusés: grande plage de sable, nombreux baraquements de nourritures variées, petites échoppes qui proposent bouées et jeux d’eau… il y a tout pour y passer une belle après-midi, ou milieu d’une foule locale, familiale et gaie! Nous concernant, ce sera pour une prochaine fois, peut être…

Barrage de Lam Pao a Kalasin

Une jolie occasion perdue mais nous ne nous démontons pas pour autant. A notre grand étonnement, nous repérons un restaurant de kebab, chaudement recommandé sur le web par quelques curieux de passage. Et si on y allait?… Mon estomac m’a quelque peu reproché la salade de papaye et le Laab Ped du midi, plutôt épicés pour un circuit digestif occidental, même habitué. Le changement lui fera du bien! Le GPS nous mène au fin fond de la banlieue sud de Kalasin, où nous commençons à désespérer. C’est un endroit où l’on ne s’attend plus à trouver à manger, et encore moins de la nourriture étrangère. Contre toute attente, le Kebab Garden est pourtant bien là et se révèle une excellente découverte, quoi que pas locale du tout. Le patron est jordanien, et très sympathique. Il nous cuisine, tout frais, de délicieux kebabs, du homos, des fallafels ainsi quelques autres plats non moins délicieux mais dont j’ai perdu le nom. Surprise du chef, il nous rajoute même quelques spécialités de son pays! Quel délicieux repas!

Le Kebab Garden a Kalasin

Ce soir-là, nous dormirons dans le confortable Dino Studio, qui nous prépare déjà à l’ambiance des activités du lendemain: la visite du musée des dinosaures de Kalasin!

 

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