«

»

Avr 03

En attendant la naissance d’une petite puce qui ne venait pas…

La grossesse de notre petite puce a été heureuse et sereine, mais ponctuée d’incertitudes, quant aux conditions dans lesquelles elle viendrait au monde. Le risque d’une césarienne de convenance (pour le personnel soignant), m’a en particulier longuement angoissée. Après de nombreux doutes, nous avons par chance rencontré un médecin extraordinaire, en qui nous avons pu placer toute notre confiance. A ce moment-là, nous avons su que nos souhaits pour la naissance de Miss Trois seraient respectés, à moins d’un risque médical avéré.

En attendant la naissance de petite puce

 

Sur la route de l’hôpital

Ce changement de situation de dernière minute comportait néanmoins quelques complications. Notamment celle de se trouver désormais à une heure et demie de route dans l’hôpital. Hors embouteillages, bien sûr. Car nous comptions très fort sur Miss-Trois pour ne pas se manifester aux heures de pointes, là où l’entrée dans Bangkok peut facilement rajouter deux heures au trajet.

Pas complètement inconscients non plus, nous avions fait la liste des établissements hospitaliers situés sur la route, comme options de secours en cas d’urgence. Par ailleurs, je me rassurais en pensant aux presque quarante-huit heures de contractions dont j’avais souffert pour les deux ainés. Il y avait peu de chances pour que notre petite troisième ne nous prenne complètement par surprise.

Notre confiance a cela dit connu des haut et quelques bas, en particulier lorsque nous avons noté -cerise sur le gâteau- que l’accouchement devait tomber en pleine saison des pluies. Les orages d’ici, ce n’est pas de la gnognotte! Trente centimètres d’eau peuvent nous tomber sur la tête en dix minutes et bloquer les routes pendant des heures. Pour ça, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de prier Toutatis.

En attendant la naissance de petite puce

 

Contractions et conversations

Avouons le aussi, l’idée de faire avancer les contractions dans la voiture ne me rebutait pas fondamentalement. Car pour la naissance de nos ainés, le travail à l’hôpital m’avait semblé interminable, en raison d’une très forte présence des équipes médicales. Ce n’est pas vraiment de leur faute: la société asiatique est très portée sur le service. Déjà quand on veut faire une course toute bête dans un magasin, on a tout de suite trois vendeuses pour nous tenir la jambe. Dans les hôpitaux de standing, il est donc également bienséant d’être accompagné par tout un tas de personnel.

Lorsque j’ai accouché des deux « grands » à Shanghai, il y avait toujours deux ou trois infirmières dans la chambre en train de vouloir se rendre utile. « Vous voulez un massage Madame? » « Vous êtes sure que vous voulez rester debout pour les contractions, Madame? C’est la première fois que je vois quelqu’un debout pendant les contractions » « Vous voulez un verre d’eau Madame » « Je vous baisse la lumière, vous serez mieux. » « Oh non, en fait, je vais la remonter, la lumière, c’était pas mal avant, d’accord, Madame? » C’était très gentil de leur part, et culturellement normal. Plus encore, dans l’hôpital « cinq étoiles » l’inverse aurait été inacceptable.

Sauf que parler popote entre deux contractions (ou pire, pendant une contraction) ca ne me convient pas du tout.

Craignant de me retrouver à nouveau dans ce cas de figure, je comptais sur mon heure et demie de voiture pour déjà faire passer un peu de temps. Puis pour l’hôpital, nous avions prévu une bonne réserve de vidéos à visionner, histoire que personne n’essaie de me taper la conversation. Depuis le début de la grossesse, je voulais accoucher en regardant Top Gear. Ne me demandez pas pourquoi. C’était juste une certitude.

 

Petit tour à l’immigration

Nous étions prêts. Chaque soir, Papa-Tout-Terrain faisait le plein de la voiture en rentrant du travail, pour parer à toute éventualité. (Cet homme est presque trop parfait pour être honnête… je lui cherche toujours un vice caché…) Ne manquait donc plus que le petit trésor. Facétieuse comme ses deux grands frères, Miss Trois avait cependant décidé de ne pas se presser.

C’est exactement à ce moment là que comme un grand, mon visa de travail a décidé de me faire un coup de Trafalgar. Comme ça, tout seul. Et sans bien sûr que mon entreprise n’y soit pour quoi que ce soit… Il a décidé de ne plus être valide! Oui oui, j’étais illégale, au bord de l’expulsion, et enceinte jusqu’aux yeux. Dans ma tête, je n’ai pas béni ma responsable des ressources humaines. (Elle avait oublié de renouveler un papier pour moi, d’où l’incident.) Mais je me suis seulement énervée dans ma tête. Parce que d’expérience, si on veut régler les problèmes vite en Thaïlande, il ne faut surtout pas se fâcher.

J’ai finalement dû traîner ma bedaine et ma RH dans les bureaux de l’immigration, pour quelques signatures. L’attente semblait longue. Du coup, ma collègue, qui en plus d’être tête en l’air ne brille pas par sa patience, a attiré l’attention d’un responsable: « Regardez, elle est en train d’accoucher! Il faut la faire passer tout de suite. » J’ai eu priorité en tout. Priorité au guichet, mais aussi dans les conversations. J’ai attisé tous les regards et les commentaires. Tout le monde a bien rigolé. Et un peu flippé aussi. Moi j’ai bien joué mon rôle. J’avais une tête très contractée. Mais pas à cause des contractions, juste parce que je n’aime pas me faire remarquer. J’ai fini par avoir mon papier. Et bien sûr, je n’ai pas accouché.

 

En attendant la naissance

Désormais en congé maternité, j’ai alors subi avec plus ou moins de bonne humeur le défilé quotidien et la loquacité de tous les curieux du quartier, venus se renseigner sur l’évolution de mon état. « When do they cut you? » s’est un jour enquis Khun Nee en traçant du haut en bas de son ventre la marque du coup de scalpel. Certes, je comprenais son impatience. Rien qu’à mon air rougeaud, essoufflé et furibond, ca pouvait se voir, que je voulais accoucher, non? Mais personne ne me couperait quoi que ce soit avant le terme. Et que chacun s’occupe de son utérus après tout…

Malgré les appels désespérés de ma nounou à limiter les interrogatoires, les visites ont même doublé, lorsque le quartier a su que je ne voulais pas de césarienne. Mon futur accouchement par voie basse et moi-même sommes alors devenus des célébrités. Certaines nounous venaient spécialement nous voir pour confirmer la rumeur et partager leurs expériences. En visite de courtoisie, Khun Aoy m’a raconté ses contractions avec tant de détails qu’elle a fini à demi-couchée sur mon plan de travail. Pour sûr, j’étais en condition!

D’ailleurs, autant m’est-il désagréable d’évoquer mes viscères en public, autant les considérations d’ordre physique et anatomique semblent-elles être vécues de façon très normale, ici. C’est le cas des grossesses mais aussi des petits maux du quotidien. Il n’est ainsi pas rare au bureau que telle ou tel me tienne informée en temps réel de ses coliques ou de ses règles. (Par contre, je reste encore traumatisée du jour où une RH a fait le tour des bureaux pour faire des statistiques sur le nombre de diarrhées, conséquences d’un déjeuner trop épicé… De bureau en bureau, elle demandait à la cantonade « Do you have diarrhea today? », comme elle aurait proposé une tasse de café.)

 

Angoisses de fin de terme

Bref, au bout de quelques semaines, j’ai tout su des appareils reproducteurs de mes visiteuses régulières. Ayant épuisé le stock d’anecdotes gynécologiques les concernant, certaines des nounous ont même commencé à m’informer de l’état de l’utérus de leurs patronnes… Croyez-moi sur parole, je suis aujourd’hui une base de données parfaitement à jour de tout l’obstétrique de la région!

Petit à petit, une vraie nervosité a gagné le voisinage. Avait-on jamais vu un terme aussi long? On a sondé les annales. On m’a présenté Khun Chaiyat, dont la belle-fille aurait donné le jour à un magnifique petit garçon, au terme d’une grossesse de quinze mois. Malgré toute ma sympathie pour cette pauvre femme, la rigueur scientifique m’impose de mettre en doute sa mésaventure… A-t-on voulu poliment me rassurer? Certainement. Sur le moment, je n’ai pas réussi à étouffer une forme d’angoisse sourde… Etait-il possible que sous ces latitudes, l’on n’accouche jamais?…

Ayant dépassé le terme des quarante semaines, j’en suis venue à éviter les sorties, pour fuir la curiosité et l’inquisition. Reconnaissance éternelle à notre nounou, qui m’a efficacement secondée en filtrant les entrées. Et à Papa-Tout-Terrain, ce saint homme, qui m’a dissimulé les coups de fil des impatients, tout en supportant stoïquement mes humeurs en dent de scie.

Echappant à la garde de sa nounou, une petite voisine de quatre ans est néanmoins parvenue un jour à forcer le barrage de l’entrée ma chambre. Pour vérifier de ses propres yeux que Miss-Trois est encore dans mon ventre. Regard émerveillé. « Your tummy is huge! » J’ai pris ça comme un compliment. Me voyant ouverte au dialogue, elle en a du coup profité pour me questionner sur la façon dont le bébé allait sortir. Je n’ai pas voulu me brouiller avec les voisins. J’ai poliment éludé la question.

Partagez l'article... Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterEmail this to someone

(20 commentaires)

Passer au formulaire de commentaire

  1. Pamela

    génial ton article! À mon baby shore de miss 1, une jeune femme hispanique de 3 enfants déjà me recommande laccouchment naturel sans médicaments pour la douleur. Elle me dit pour me conforter « à accoucher, tu sens que tu vas mourrir, mais tu ne leurre pas! » Je suppose que c’était ça façon à elle de m’encourager. Elle m’a vraiment fait peur, et j’ai choisi lepidurale. Je ne le regrette pas. Chapeau pour avoir supporté les douleurs!

    En parlant de HR, et ce qui se dit pas: il y a eu un emails destiné aux garçons, leur demandant de viser juste lorsqu’ils vidaient leurs vessie!

    1. Maman-Tout-Terrain

      J’ai toujours accouche dans des hopitaux qui me donnaient la possibilite d’une peridurale, cela dit. C’est un vrai confort de savoir qu’on peut faire cesser la douleur si elle devient insupportable. Mais la peridurale de la naissance de Petit-Un avait eu sur moi de droles d’effets pas tres agreables. Du coup pas de peridurale pour Petit-Deux… et pour Miss-Trois je n’ai pas eu le temps de me poser la question 😉
      Ils sont marrants, aussi, les RH aux Etats-Unis, dis donc! Peut-etre, apres tout, que ce sont les Francais qui sont outrageusement prudes 😉

  2. Johanna Lara

    Ton article est top ! Je crois que je suis incapable d’autant de patience et de lâcher prise ! La suite, la suite…

    1. Maman-Tout-Terrain

      Heureusement que j’écris avec du recul parce qu’en vrai, sur le moment, j’ai parfois cruellement manqué de patience… Avec le temps on relativise et on s’amuse de ces petits tracas rigolos 😀

  3. maman délire

    « la française qui voulait accoucher par voie basse après 40 semaines  » lol !!!! tu es une célébrité dis donc !

    1. Maman-Tout-Terrain

      … aujourd’hui en revanche j’ai perdu tout intérêt. Ce sont mes enfants qui m’ont volé la vedette 😉 (En même temps ça se comprend bien car en toute objectivité ils sont si mignons!)

  4. Picou

    Très sympa à lire ton article, c’est tellement dépaysant et très intéressant de voir comment ça se passe à l’étranger…c’est rocambolesque, en plus! Hâte de découvrir la suite!

    1. Maman-Tout-Terrain

      Merci 🙂 L’étranger est une expérience formidable, avec ses découvertes et sa confrontation permanente à l’altérité. Je ne m’en lasse pas!

  5. Tara B.

    Ouh la la, ces dernières semaines quand on se rapproche ou dépasse le terme sont terribles. Mention spéciale à tous ces proches qui vous harcèlent pour vous demander si ça n’y est pas encore (comme si vous alliez garder la nouvelle pour vous hein… c’est vrai qu’on devient farceur à l’approche du terme, c’est bien connu), et à vous d’avoir supporté l’attention bien intentionnée mais somme toute assez pesante de toutes ces nounous du voisinage…
    On attend la suite de votre récit avec impatience !

    1. Maman-Tout-Terrain

      Ah nous connaissons les mêmes personnes! Le pire, je trouve, c’est ceux qui se considèrent comme proches alors qu’ils ne le sont pas du tout, comme de vagues collègues du travail qui se permettent de venir aux nouvelles, juste parce qu’ils ont trouvé mon numéro sur le « directory » de l’usine…
      Promis, la suite arrive 🙂

  6. Sophie Ogresse

    Mais qu’il est super ton récit de cette attente interminable. Un vrai roman à suspense avec des personnages hauts en couleurs. J’imaginais les expressions de ton visage sous les questions de l’inquisition ça m’a bien fait rire ! La suite la suite !

    1. Maman-Tout-Terrain

      Merci 😉 Oh quelle cruche j’ai été de vouloir faire de mon récit un feuilleton à suspens sans l’avoir écrit jusqu’au bout. Maintenant je me sens toute désolée de vous faire attendre…

  7. Mam'Weena

    J’adore, le franc parler intestinale de la Thaïlande
    Bon, ensuite, faut dire que tu as tous fait pour attiser leurs curiosité. Et dépasser les 40SA, je compatis, dès 37SA je devient invivable … pour l’instant, j’ai eu la chance d’accoucher les deux fois entre 39 & 40, de crevettes, les sages-femmes hallucinent à chaque fois. D’ailleurs, je vais éviter les pays d’Asie puisque tu sembles dire qu’ils sont plutôt abonner aux gros bébés ( ce qui est surprenant avec leur gabarit)
    J’ai hâte de connaître le dénouement et si miss 3 a daigné éviter les heures de pointes

    1. Maman-Tout-Terrain

      Oh merci! C’est finalement Miss-Trois qui est venue le plus « tôt », de nos trois enfants, a 41 semaines et 5 jours. Et par bonheur, elle a évité les heures de pointe!

  8. ellea40ans-Stephanie

    C’est beau de voir cette solidarité du voisinage voir au delà. J’ai hâte d’en savoir plus sur l’accueil de Miss Trois par la communauté 😉

    1. Maman-Tout-Terrain

      🙂 Elle a effectivement été très bien accueillie, et également très accueillie tout court! Promis je te raconterai tout ça!

  9. bibliblogueuse

    Très chouette article ! Je ne pensais pas que les Thaïs étaient si à l’aise avec le fait de parler des accouchements ou de tout ce qui se situe de l’estomac au bas-ventre. Je te trouve très courageuse d’avoir affronté toute cette pression avec autant de détermination. Bravo ! J’attends la suite avec impatience… 😉

    1. Maman-Tout-Terrain

      Merci 🙂 Je trouve qu’en Thailande, les gens ont un rapport assez simple et naturel à leur corps, qu’ils évoquent de façon directe et plutôt descriptive. J’avais eu le même sentiment en Chine. J’imagine qu’en cela, le Japon doit être bien différent?…

      1. bibliblogueuse

        Disons que c’est surtout sur le plan des sentiments qu’ils sont pudiques, je trouve. Je n’ai pas souvent l’occasion de parler du corps avec les Japonais que je côtoie, mais si dans la littérature ils ont l’air assez à l’aise avec ça, dans la vraie vie, j’ai moins cette impression puisque même le médecin ne te touche pas et ne voit pas le corps de son patient ou le moins possible… Peut-être le fait d’être des insulaires rend-il les Japonais différents des autres asiatiques ?… 😉

      2. Maman-Tout-Terrain

        Les Japonais me semblent effectivement « uniques » en Asie. Mais là je suis en train de prier pour qu’ils ne soient pas trop pudiques non plus… Mon fils est rentré tout content tout a l’heure en m’expliquant qu’il avait montré son slip à la petite voisine. Pourvu que je croise pas sa mère demain…

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...