Gourmandise de grossesse: le durian

Paniers de durian

Connaissez-vous le durian, ce fruit à la peau hérissée de piquants? Il sent mauvais? Ouvrez le plutôt pour découvrir, multipliée par mille, son odeur infecte au-delà de l’imaginable!… Vous discernerez alors une chair douceâtre, molle et nauséabonde, dont raffolent les asiatiques… Les présentations sont faites: vous connaissez maintenant ma meilleure gourmandise de grossesse!

Si vous ne connaissez pas mais que d’aventure l’on vous en offre, fuyez à toute jambes! Car concrètement, le durian empeste tellement qu’il est interdit dans de nombreux lieux publics, dans la plupart des hôtels, et même dans l’usine de Papa-Tout-Terrain, sous peine de grosses amendes. Pire, de l’avis du néophyte, c’est à peine si la fétidité du bouquet du durian égale son goût pestilentiel!

Paniers de durian

Bienvenue à tous, donc, dans cette nouvelle aventure parfumée!

 

Une odeur fétide

J’ai découvert le durian en arrivant à Shanghai. Dans tous les marchés et les supermarchés régnait une odeur infecte que j’ai longtemps associée à des problématiques de conservation de la nourriture. Au bout de deux ou trois ans, peut-être, j’ai appris que ce fumet était uniquement le fait des durians, exposés au rayon des fruits.

Le durian est lourd et piquant

Visuellement, il ne m’était d’ailleurs jamais venu à l’idée de faire l’acquisition de l’une de ces grosses bestioles. Hérissée de milliers de piques, je n’avais pas la moindre idée de comment la prendre en main, encore moins de comment l’ouvrir. Enorme et pesante, j’imaginais qu’il me faudrait plusieurs semaines –ou une famille très très nombreuse- pour en venir à bout.

 

Première tentative

C’est à l’occasion de la venue de mon Papa en Chine, pour la naissance de Petit-Deux, que nous nous sommes fixés le défi de goûter du durian. Vous noterez que je ne suis pas la seule aventurière dans la famille!

En grande pompe, nous avons donc choisi l’objet de notre crime. Jaune et puant à souhait, sur les recommandations du vendeur. C’est sur le balcon que nous avons procédé, religieusement, à notre toute première dégustation. Et ça ne nous a pas plu. Du tout. J’en ai détesté le goût, épouvantablement écœurant. On a foncé se brosser les dents. Et on s’est débarrassé du reste dans une poubelle de la rue, rapport à l’odeur putride qu’il dégageait.

Nombreux sont ceux qui partagent mon dégoût. Voyez plutôt les réflexions qu’évoque le durian aux critiques culinaires australiens:

Quelques citations relatives au durian

Source: Durian: love it or hate it, is this the world’s most divisive fruit? – The Guardian

 

De la deuxième tentative au début d’une passion

Deux ou trois ans plus tard, en Thaïlande, sur une plage, un vendeur de rue nous propose du durian. Je n’aime pas m’avouer vaincue et d’habitude j’aime tout, sauf la viande reconstituée (Faut pas abuser!). Je retente. Ce n’est pas un amour passionnel, mais ça se mange. Ce n’est pas bon, c’est correct.

A posteriori, ce n’était pas un « bon » durian, d’ailleurs: pas assez mûr, pas assez mou, et pas assez puant. Mais il m’a remis sur les rails de la gourmandise! J’en garderai un souvenir ému!

Durian ouvert

Le durian et moi-même, ainsi réconciliés, cohabitions en assez bon termes, sans passion mais sans dégoût, jusqu’à ce que je sois enceinte de Petit-Trois. Sujette à des nausées perpétuelles et récurrentes, j’ai soudain eu une irrépressible envie de durian, en guise de remède. Eh bien j’ai trouvé ça bon. Très bon. Excellent! Et j’en ai revoulu!

Au début, Petit-Deux m’a reniflé d’un air soupçonneux et m’a même envoyé une fois me laver les dents. Apres avoir reculé plusieurs fois devant l’odeur fétide du durian, il s’est finalement lancé à son tour, a goûté et a adoré! J’ai depuis peu le plaisir de partager ce péché mignon avec lui! Nous nous organisons désormais de mini festins à quatre mains, chacun entamant une extrémité du fruit, jusqu’à nous rejoindre vers les zones centrales les plus crémeuses!

 

Ma nouvelle passion: un châtiment pour toute une famille!

Papa-Tout-Terrain, en revanche, ne partage pas notre passion. Loin de là. Mais comme décidément il n’a aucun défaut, lui qui courait me chercher des fraises quand j’attendais Petit-Un et Petit-Deux me rapporte désormais du durian, à chaque fois qu’il en a l’occasion! Il est tellement attentionné qu’il a même questionné ses collègues pour savoir où se procurer les meilleurs fruits… et que ses collègues me font maintenant parvenir ces régals aux arômes les plus délicats.

Degustation de durian

Le dévouement de Papa-Tout-Terrain ne s’arrête pas là. Parce qu’après il y a l’odeur. Ma nounou m’avait expliqué que son époux l’envoyait manger ses durians dehors… Et bien Papa-Tout-Terrain, au contraire, m’invite à sa table et m’encourage à me régaler à ses côtés, pour plus de confort et de convivialité!

Je ne me suis pas contentée d’empuantir cuisine, d’ailleurs, puisque j’ai aussi pourri l’atmosphère du frigo, malgré mes précautions: boîte, re-boîte et sur-boîte. Papa-Tout-Terrain s’est contenté de sourire gentiment: « Ne t’inquiète pas, ils se conserveront mieux comme ça! »… Pendant ce temps, j’évite juste de croiser le regard de notre nounou quand j’ouvre le frigo… parce que si elle ne dit rien, je crois bien qu’elle n’en pense pas moins!

 

Mythes et légendes autour du durian

Qu’on aime ou pas, je trouve amusant de voir combien le durian nourrit les fantasmes des populations asiatiques. On trouve à son sujet une vaste littérature d’interdits, de mises en gardes et de recommandations.

Premier lieu commun: le durian tueur. Les faits sont contestés, mais il semble que quelques amateurs obèses, cardiaques, diabétique et souffrant d’hypertension serait morts d’infarctus, après d’ingestion de plusieurs kilos de durian. On va considérer que ceux-ci avaient possiblement pris des risques mal maîtrisés. Cependant, sur Internet, des conseils fleurissent pour échapper au pire: ne pas manger de durian en même temps que de l’alcool, de la bière ou du coca, éviter son association avec du lait ou des aubergines (!)…

Autre conseil récurrent: dans la tradition asiatique, le durian est une nourriture dite « chaude ». Mangée en grande quantité, elle déséquilibre les flux corporels. On recommande alors de consommer le durian en alternance avec le mangoustan, un autre fruit considéré quant à lui comme une nourriture « froide ».

Preparation du durian

Enfin, un mythe persistant circule, selon lequel le durian aurait des effets aphrodisiaques notoires. Des chercheurs Indiens l’auraient même démontré en nourrissant des souris de durian pendant deux semaines. D’autres chercheurs clament à l’effet psychologique. A titre personnel, je n’ai pas constaté d’effet particulier, ni dans un sens, ni dans l’autre. Pour les plus sensés cependant, ceci n’est que légende urbaine. Rien n’aurait été prouvé scientifiquement.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’à la pleine saison, les amateurs dégustent le durian en quantités bien déraisonnables, comme en témoigne par exemple la folie des « durian eating contests« , organisés un peu partout en Asie. Il est finalement fort à parier que les conséquences sur la santé des gourmands soient à la mesure de leurs abus… Pour notre part, nous saurons raison garder et nous contenterons de dégustation en gourmets!

 

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11 réflexions sur « Gourmandise de grossesse: le durian »

    1. Ahahah! Je me suis beaucoup amusée à la lecture de ton billet sur le durian! Mon mari aussi! Il compatit très sincèrement avec toi (, lui)!… Ca a aussi été l’occasion pour lui de découvrir ton blog, qui lui a beaucoup plu! Tes billets sont légers, amusants, instructifs, et nous rappelle beaucoup de souvenirs!
      Par ailleurs tout n’est pas perdu! Apres sept ans en Chine j’étais moi aussi bien incapable d’avaler un durian… Il m’aura tout de même fallu dix ans en Asie!
      Rhaaa, tu me fais envie à me parler tofu. J’avais un gros faible pour le mapo tofu, mais ici il n’y en a pas 🙁

  1. Je suis fascinée. Je n’ai vraiment pas d’autre mot.
    Je pense que j’ai « découvert » le durian par l’intermédiaire de la BD « L’effet Durian » (ce serait logique vu le titre) mais je ne me souviens pas très bien. Toujours est-il que, pour moi, occidentale assez frileuse sur les découvertes gustatives, me parler d’un fruit qui pue tellement fort suffit pour que je dise « non merci, jamais » 😀
    Non seulement tu y as goûté mais plusieurs fois en plus ! Franchement, chapeau !
    … et dire que je râle quand mon mari a un fromage trop puant au frigo 😀

    1. Merci de me faire découvrir la BD « L’effet Durian », dont je n’avais jamais entendu parler! Ça a l’air super intéressant et intrigant! Je la commanderai pour mon prochain retour en France!
      … quant au fromage puant de ton mari… rassure-toi, ça peut sentir aussi mauvais qu’un bon durian…
      Me vient d’ailleurs une théorie un peu folle… comme il n’y a pas de fromage en Asie, le Créateur n’aurait-il pas inventé le durian, histoire de rétablir l’équilibre entre les peuples? 😉

  2. après une virée au supermarché j’ai partagé le taxi avec une autre personne. Pendant tout le trajet j’ai essayé de ne respirer qu’avec la bouche tant l’odeur était insoutenable. Je me suis imaginée qu’il y avait un rat en décomposition, qu’une personne avait vomi sa vie dans le coffre. Bref une horreur. Quand j’ai enfin osé poser la question et que j’ai su que tout ça venait de ce fruit ! Mais je n’ai pas encore osé y gouter… Après avoir lu ton article j’essayerai… Bonne journée

    1. Hahaha! Je suis morte écroulée de rire depuis que j’ai lu ton commentaire il y a bien un quart d’heure! Ton anecdote résume bien la chose en tout cas! C’est tout à fait ca! 😀 😀 😀

    1. Si tu as l’occasion d’y retourner, j’espère que tu pourras les gouter un jour! Ne serait-ce que pour dire que tu l’as fait 😉 Dis-moi si tu viens en Thaïlande en tout cas, on commence à connaitre de bons coins pour des fruits odorants et moelleux à souhait!

    1. Hummmmm… je te réponds, mais ne me lis pas si tu as l’intention de gouter… parfois mieux vaut rester dans l’ignorance 😉
      1. Je pense que tu dois pouvoir en trouver dans les quartiers chinois de Paris
      (Tu es sure de vouloir continuer?)

      2. L’odeur est assez proche je trouve de celle de la nourriture en décomposition. Ou du vomi. C’est très prégnant et l’odeur évoque quelque chose de très très sale.
      3. Le gout est sucré et douceâtre (et écœurant pour les néophytes). Il y a ensuite un arrière-gout qui s’approche de la levure avec quelques pointes acidulées excellentes. Et un deuxième arrière-gout qui a le gout de l’odeur que j’ai décrite auparavant, qui n’est pas agréable quand on n’a pas l’habitude. La consistance des fruits murs (les meilleurs) est très crémeuse, comme une crème pâtissière, mais avec quelques fibres.
      Il parait que plus on en mange, plus on aime. Ca me semble vrai. Mon fils commence à être sérieusement addict d’ailleurs. Hier soir il s’est battu dur pour bien avoir la moitié des derniers morceaux de fruits qui nous restaient 🙂

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...