Jolies surprises Khmères – Temples de Surin

Au fil de la province de Surin, les vestiges de temples Khmer ne se lassent pas de nous surprendre, qu’ils soient reconnus des circuits touristiques ou au contraires dissimulés, oubliés, puis intégrés dans le quotidien des populations locales.

 

Prasat Ban Phluang ou le temple désert

Après la découverte de l’incroyable –et difficile d’accès- Ta Muean Thom, l’arrivée à Prasat Ban Phluang nous parait presque trop facile. C’est d’ailleurs l’un des seuls vestiges Khmers que nous ayons visité dans l’Isan à se trouver en plein centre-ville. L’entrée est payante mais le garde a déserté sa billetterie, laissant juste derrière lui un vieux transistor hurler des chansons locales. La grille des prix affichée n’est pas très claire. Nous nous fixons un tarif d’entrée et déposons la somme sous la vieille radio.

Prasat Ban Phluang

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir entrer en voiture sur le site mais rien ne semble non plus l’interdire. Au loin, on voit deux ou trois pickups locaux au pied du Prang. Et il fait sacrement chaud. Et Petit-Deux s’est endormi dans son siège-auto. Nous nous accordons donc l’autorisation d’entrer. Quelques Thaïs ont installé une tente à proximité du vestige Khmer, peut être en prévision de Songkran. Ils sont très occupés à déjeuner et nous ignorent complètement. Le garde doit être de ceux-là. On leur sourit et chacun retourne à ses occupations.

 

Prasat Ban Phluang l’inachevé

La structure de Prasat Ban Phluang est très différente de celle des autels que nous avons visités jusqu’alors. Elle se compose d’un très large piédestal, planté d’un Prang en son centre. Le Prang est décoré avec beaucoup de raffinement, mais son érection semble s’arrêter brusquement, et à l’horizontale, comme s’il manquait une voute.

Prasat Ban Phluang - Prang inacheve

D’après certaines sources, les travaux de construction de bâtiment n’ont pas été achevés. Le socle semblerait ainsi trop large, en l’attente de deux Prangs latéraux qui auraient dû être rajoutés. La voute du Prang principal est sans doute manquante, mais a peut-être été bâtie en matériaux légers comme le bois, qui se seraient dégradés avec le temps. Certains commentaires prétendent qu’une partie des sculptures est inachevée, mais nous ne les avons pas repérées.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief

Le temple, construit à la fin du 11eme siècle, abritait un autel destiné au culte de Shiva. Comme il est d’usage, les bas-reliefs des linteaux évoquent principalement des scènes religieuses qui mettent en scène des Dieux Hindous. Cependant, lors de nos observations avec Petit-Un, c’est la finesse et la précision des représentations animalières qui nous ont particulièrement marqués. Pendant ce temps-là, de son porte-bébé, Petit-Deux émergeait à grand peine d’un sommeil profond.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief a motifs animaliers

 

 

Jolies surprises Khmères – Temples de Prasat Ban Prai

Nous reprenons la route de Surin, ou nous prévoyons de faire étape pour la nuit. En chemin, Papa-Tout-Terrain avise un panneau en Thaï, dont le pictogramme semble indiquer une autre construction ancienne. Il n’en n’est fait mention sur aucun guide. C’est le genre de plan un peu foireux où l’on a toutes les chances de se perdre et de revenir bredouille. On a fait la même, la veille, dans la province de Buriram, mais cela ne nous a évidemment pas servi de leçon… Nos vieux instincts d’explorateurs (en milieu tout sauf hostile) ont déjà repris le dessus. On se lance à l’aventure.

Coup de chance, la route est plutôt praticable. Au bout d’un moment, on tombe sur un temple, et plus encore, sur les vestiges d’un véritable édifice Khmer, le Prasat Ban Prai! Très curieux endroit que ce complexe religieux, dont nous ne connaîtrons le nom que grâce à un panneau de l’entrée. Le lieu semble introuvable, tant sur Internet que sur les guides de la région.

Par malchance, une cinquantaine de mètre avant l’entrée du temple, Petit-Deux a repéré un magasin qui vendait des glaces. Alors que l’on descend de la voiture, il entame des négociations musclées. « Je veux une glaaaaace! » « Ok, après le temple. » « Nooooon, tout de suiiiiiiiiite! ». On est au plus profond de la campagne. Les mémés du coin regardent avec un intérêt goguenard ce blondinet braillant. Elles n’ont pas dû en voir souvent. On arrive finalement à temporiser: d’abord une vitamine (toujours avec sur soi une vitamine C pour les moments de faiblesse), ensuite le temple, et après la glace.

La première zone que nous traversons est un temple bouddhiste contemporain, mais tombé à l’abandon. Reste un bâtiment à la toiture éventrée, parsemé de quelques statues de Bouddha que commencent à recouvrir la poussière et les crottes de pigeon. Mais comme à tout bouddha, vénération est due, restent de petits autels épars, récemment alimentés de cierges et d’encens.

Prasat Ban Prai - Bouddha dans une partie desaffectee du temple

« Alors le temple c’est fini, on peut avoir la glace? » « Non, c’est pas fini. »

 

Au cœur des cérémonies de Songkran

Un peu plus loin, un espace extérieur a été aménagé pour la prière. Difficile de dire si l’organisation est temporaire ou permanente, car à ce moment-là, le lieu est comble. Sur une estrade, une troupe de moines bouddhistes mène les prières.

Une foule de fidèles se presse pour les écouter, protégée du soleil par des tentures de toiles prévues à cet effet. Aux vues des chemises à fleurs, les célébrations sont clairement en lien avec Songkran. J’aime la façon ouverte et joyeuse dont les croyants bouddhistes célèbrent leur foi. Ici point de silence de mort. Certaines mémés des derniers rangs bavardent en surveillant d’un œil des enfants qui s’ébattent. Les fidèles vont et viennent, entre deux courses dans le marché tout proche. Tout le monde semble le bienvenu.

Prasat Ban Prai - celebration bouddhiste

« Maintenant c’est bon je peux avoir ma glace? » Tiens, je note que Petit-Un ne dit rien, ne demande rien et ne râle même pas. Attitude un peu opportuniste, mais après tout, il n’a pas tort. Il aura bien sa glace en temps voulu et Petit-Deux se charge d’être casse-pieds pour les deux.

Prasat Ban Prai - escalier de laterite

Pas directement concernés par les cérémonies bouddhistes, nous nous dirigeons enfin vers la partie la plus éloignée du site, qui comporte les vestiges Khmers. On y retrouve traditionnellement un grand socle en latérite, ainsi que trois Prangs de briques aux sobres linteaux de grès. Il n y a pas ou plus de décorations sculptées. Certainement Hindou à l’origine, le site de Prasat Ban Prai a visiblement doucement glissé vers le bouddhisme, comme en témoignent les offrandes présentes à l’entrée des autels, et la cohabitation avec les lieux de culte contemporains. C’est finalement l’histoire de très nombreux sites religieux de par le monde, mais quelle curieuse histoire, tout de même…

Prasat Ban Prai

 

Le quatre heure

Sur le chemin du retour, on tombe sur un petit vendeur de rue, au vélo-frigorifique rempli de crèmes glacées. Allez, on y est cette fois ci. Enfin presque parce que les enfants veulent une glace « rainbow » que le mec n’a pas. On a déjà mis longtemps à lui faire comprendre ce qu’on voulait et il n’a pas l’air spécialement content. Petit-Un trouve finalement une glace « papillon » à son gout. C’est fou les glaces qu’ils font maintenant!

De mon temps on avait des esquimaux à l’eau tout bêtes. Je me sens vieille du coup. Petit-Deux veut aussi une glace « papillon » maintenant mais le vendeur n’en n’a plus. Il n’a pas l’air très motivé à chercher alors Petit-Deux l’aide un peu à retourner sa glacière jusqu’à finalement trouver l’objet de ses convoitises. Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé très à propos pour prendre une photo urgente. J’avale ma honte, paye le vendeur et déguerpis en vitesse.

Retour à la voiture et là, on voit venir le moment folklo. Dans le véhicule des sièges-auto. Dans les sièges-auto des enfants encore propres. Et dans la main des enfants encore propre des glaces « papillon » qui ne demandent qu’à couler sur les mains, les enfants, les sièges-auto et la voiture. D’autant que la glace « papillon », c’est traitre, car la glace « papillon » comporte deux bâtons d’esquimau qui permettent de séparer les deux ailes du papillon en deux demi-esquimaux indépendants. Cela implique donc que l’enfant lèche les deux parties en parallèle, pour éviter la fonte intempestive de l’un des éléments –sachant qu’il fait 42 degrés dehors.

J’hérite donc de la surveillance de deux enfants et quatre morceaux de glace, tandis que Papa-Tout-Terrain, le veinard, reprend le volant … Il y a une compensation cependant: pour limiter les risques ou rattraper le coup, l’une de mes attributions en tant que « surveillante des glaces » consiste à lécher tout de qui coule!

Nous prenons paisiblement la route pour la ville de Surin, où nous découvrirons par hasard d’étonnantes festivités.

 


Prasat Ban Phluang en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ban Phluang14.610385, 103.424423
  • Ouvert de 7h00 à 18h00
  • Il semble qu’il faille acheter des tickets mais ce n’est pas très clair…

 

 

 

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