Khao Chamao et les p´tites jambes – Rayong

On a nourri les poissons de Khao Chamao

C’est dans le parc naturel de Khao Chamao que nous poursuivons le premier week-end « découverte » de Miss-Trois, notre petite dernière de douze jours tout juste.

Apres une première journée aux accents historiques et militaires, nous avions opté pour une fin de week-end orientée « nature ». Nous dormirons dans un bungalow de bois sombre, près de l’entrée du parc de Khao Chamao. De nos fenêtres, nous y observerons pousser des salades. Nous y téterons en écoutant les petits oiseaux. Et entre deux parties de ballon, les garçons feront ami-ami avec un énorme matou flegmatique, avant d’entamer une collection d’escargots.

 

L’incident

C’est le petit matin. Papa-Tout-Terrain a bouclé les valises dans le calme et la sérénité. Nous sommes prêts à partir en balade.

Notre Bungalow pres de Khao Chamao

On entend soudain un long hurlement animal. C’est Petit-Un. Entre deux râles, il s’obstine à essayer d’assommer son frère. Les deux protagonistes sont immédiatement retenus par le collet, séparés, puis ficelés dans leurs sièges auto. Ils ne bougeront plus. Il est urgent de trouver de quoi dépenser leur énergie. Nous partons. En route, nous menons l’enquête. Il s’avère que Petit-Deux a mordu le dos de son aîné pour une histoire un peu confuse d’escargots.

« Il ne faut jamais mordre son frère quand on est en colère! » On lui demande de présenter ses excuses. Vives protestations. Il marmonne finalement qu’il est désolé. Petit-Un beugle toujours pour la forme, avant de se ressaisir: « Bon, la prochaine fois tu pourras me griffer! ». Echange de regards interloqués entre les parents. Petit-Deux, intéressé, enchaîne: « Tu préfères que je te griffe, la prochaine fois? ». « Oui, reprend l’ainé, mais il ne faut jamais griffer les animaux! »

(De toute évidence, la rationalité adulte n’a pas à s’immiscer dans la logique de nos enfants. Cela dit, si quelqu’un comprend, toute explication -même freudienne- est la bienvenue.)

L’entente est revenue. A nouveau copains comme cochons, les deux frères reprennent le cours de leurs activités normales dans la voiture. A savoir entonner en cœur « On écrit sur les murs » pour la deux-mille-trois-cent-quarante-quatrième fois.

 

Le parc naturel de Khao Chamao

A l’écart des zones fortement touristiques, Khao Chamao comporte la dernière forêt primaire de la région. La végétation tropicale y prospère et l’environnement garde l’authenticité des contrées lointaines et inexplorées.

Des panneaux à l’entrée du parc et sur les routes alentour incitent automobilistes et visiteurs à garder leurs distances avec les éléphants sauvages. Alors que nous en avions vu plusieurs a Khao Yai, nous n’en n’avons pas croisés, ici. En revanche, nous avons vu un beau cobra traverser la route. Il était tellement énorme qu’un scooter a dû s’arrêter pour lui céder le passage.

Il existe peu de documentation en anglais sur le parc, peu fréquenté des étrangers. Au fil du temps, nous y avons découvert deux jolies balades et une grotte. Nous optons pour le chemin qui longe la Klong Pla Kang Waterfall.

Khao Chamao

Longeant de belles cascades poissonneuses au cœur de la forêt tropicale, les sentiers ont tendance à suinter l’humidité une bonne partie de l’année. Il faut donc bien se méfier des moustiques, qui prolifèrent souvent pendant la saison des pluies. Par ailleurs, les chemins, très abrupts en certains endroits, deviennent régulièrement glissants et plus difficilement praticables pour les jeunes enfants. Mieux vaut en tout cas être équipé de bonnes chaussures!

Pour cette fois, nous avons décidé de n’aller que jusque là ou nous mèneraient nos pieds, sans chercher à atteindre les cascades les plus hautes. C’est plus raisonnable et bien moins stressant: nous ferons dans le sportif une autre fois!

 

Départ d’expédition

Nous partons bien équipés: eau, anti moustiques, écharpe de portage, et même des vitamines pour remonter le moral des troupes à courtes pattes, au besoin.

Papa-Tout-Terrain a également acheté à l’entrée du parc deux énormes sacs de nourriture pour poissons. Les enfants sont ravis: il y a enfin un objectif sensé à cette balade!

Il est dix heures. Nous sommes complètement seuls, à l’exception de quelques rangers qui nous regardent passer, un peu interloqués de compter tant d’enfants, et si petits.

Balade a Khao Chamao

Il faut dire que notre cortège attire l’œil. A peine installée dans l’écharpe, Miss-Trois a eu faim. Empourprée, elle est justement en train d’exprimer toute son ire alors que nous dépassons les baraquements de l’entrée du parc. Egalement rouge et luisante de sueur, je me débats avec un pan d’écharpe pour modifier les nœuds et lancer la tétée. Au même moment, Papa-Tout-Terrain boucle un sprint victorieux et récupère enfin la perche a selfie subtilisée par Petit-Deux, pendant que Petit-Un transpire a grosses gouttes en trainant son kilos de nourriture pour poissons qu’il veut porter tout seul.

 

Dans la forêt tropicale

Au niveau de la première cascade, les visiteurs sont priés de laisser bouteilles et nourriture à la garde des rangers, pour éviter de polluer cet environnement préservé. C’est souvent le cas dans les parcs naturels de Thaïlande, qui sont par conséquent très propres. Quel plaisir de retrouver une nature saine et vivante!

(Dans la pratique, avec nos enfants en bas âge, on nous accorde presque toujours la possibilité de conserver une bouteille d’eau –moyennant caution ou non. La caution se récupère en montrant, au retour, que la bouteille d’eau n’a pas été abandonnée dans la nature… et s’il n’y a pas de caution, il faut bien entendu être digne de la confiance qui nous est accordée en rapportant soigneusement ses déchets.)

Passage a gue a Khao Chamao

Nous atteignons un joli passage à gué. Le cours d’eau est à sec mais la traversée de ce joli pont rustique enthousiasme les enfants. La forêt est touffue. Son air humide embaume les essences tropicales. Les bruits mousseux du cours d’eau tout proche nous bercent agréablement. Chaque fois que nous le pouvons, nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à la cascade. Elle est limpide et très poissonneuse. Et les enfants n’attendent qu’une chose: pouvoir enfin nourrir les carpes! Nous avons le plus grand mal à canaliser leur impatience avec des excuses vaseuses: « Allons plus loin, les poissons sont plus gros et plus beaux, là-bas! »

 

Les petits poissons, dans l’eau…

Nous atteignons une petite cascade que nous connaissons bien pour nous y être déjà reposés. Dans notre souvenir, la difficulté du sentier augmentait ensuite. Nous nous arrêterons donc là pour aujourd’hui: place aux poissons!

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Il faut descendre un talus rocheux et escarpé pour atteindre les rives du cours d’eau. Par chance, les enfants sont déjà bien rodés à ce type d’exercice et très disciplinés. Ils écoutent attentivement les explications de Papa-Tout-Terrain, quant au passage à emprunter. Ils savent tâter du pied les gros cailloux et les rochers, pour vérifier qu’ils ne sont ni glissants, ni instables. Dans les passages dangereux, ils obéissent strictement à notre voix et savent s’accroupir ou s’assoir dans un endroit sécurisé en attendant l’adulte qui les guidera. Nous sommes fiers de nos garçons, habiles et raisonnables.

La distribution de nourriture aux poissons est follement amusante. Les grosses carpes se précipitent toutes en même temps. Les plus intrépides et les plus gourmandes finissent même par ne plus toucher l’eau, tant elles sont soulevées par la masse immergée des autres poissons de la cascade. Elles éclaboussent allégrement les enfants de leurs queues frétillantes. L’eau est fraîche. On ne compte plus les joyeuses exclamations: « Ahhh! J’ai reçu une goutte! Papa, Maman, regardez ma goutte! »

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Miss-Trois tête un peu avant d’être changée sur un gros caillou. Puis elle repart illico pour un bon somme, sur le cœur de sa Maman. Le bonheur tient à peu de choses, pour un tout petit bébé.

 

Les Thaïes amoureuses

De retour au parking, nous assistons au débarquement d’une vingtaine de jeunes mamies dynamiques et babillantes, qui s’extraient gaiement d’un mini bus. L’une d’elles avise Miss-Trois. Elle alerte le groupe. Tel un seul homme, toutes les dames se retournent et nous fixent. D’abord une, puis deux puis trois puis presque toutes lèvent le bras en notre direction, avec ce geste:

Coeur avec les doigts - Source: Pinterest

Ce n’est pas un signe satanique mais un symbole de cœur. Je m’en souviens très bien, une petite minette un peu fleur bleue du bureau me l’avait expliqué.

Plus hardie que les autres, une mamie à l’allure dynamique et au visage avenant s’approche de nous et demande l’âge de Miss-Trois dans un anglais timide, mais pas si hasardeux que ça. « Douze jours ». La dame retourne auprès de son groupe et diffuse l’information. Nous entendons fuser des « Oh » et des « Ah » stupéfiés. A la mode asiatique, quelques dames étouffent leurs rires étonnés en se cachant la bouche de la paume de leur main. D’autres mains se tendent avec des cœurs pleins les doigts. Puis nouveau conciliabule des curieuses.

La dame revient. « What is her name? » Miss-Trois à un nom inconnu aux bataillons thaïs et trop long pour être prononcé aisément. On répète. La dame bredouille un truc qui ne ressemble pas du tout et s’en retourne informer ses copines. On entend des cris d’allégresse. Encouragées par l’intrépidité de leur copine et par notre apparente inoffensivité, quatre ou cinq mamies supplémentaires viennent à nous. Elles admirent notre merveille. D’ailleurs, qui ne l’admirerait pas? J’apprécie leur délicatesse. Personne ne tente un geste pour toucher le bébé. On se sourit gentiment jusqu’à ce que Miss-Trois brise la sérénité des contemplations: il commence à faire faim!

 

Le lac Ban Khao Hin Dat

Quoi qu’il en soit, il est temps de rentrer. Nous aurons passé un beau week-end mais tenons à garder un rythme tout doux pour nos premières sorties à cinq.

Le Lac Ban Khao Hin Dat

Parce que nous sommes d’incorrigibles curieux, nous nous octroyons juste un dernier détour sur le lac Ban Khao Hin Dat, dont Papa-Tout-Terrain a découvert sur Internet d’extraordinaires photos de coucher de soleil. Egayé de pêcheurs du dimanche, parsemé d’ilots et ouvrant sur les magnifiques montagnes de Khao Chamao, le lac nous aura réservé une bien belle surprise. Il nous faudra à tout prix y revenir, un jour, à la nuit tombante!

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4 réflexions sur « Khao Chamao et les p´tites jambes – Rayong »

    1. Des moments comme ceux des Mamies font toute la valeur de notre vie à l’étranger 🙂 … C’est vrai qu’on rencontre souvent des gens si chouettes!
      (Pour l’épuisement ca va toujours, mais il y a aussi un super Papa qui fait largement plus que sa part du travail ❤)

  1. C’est une très bonne chose cette histoire de consigne, Pour responsabiliser les gens il faut souvent passer par le porte monnaie. Je vois que Miss-Trois bat Britney.Qui peut se venter à 12 jours d’avoir un bus de mamies groupies ??? Grâce à toi je vais écrire sur les murs toute la journée ! Bonne journée

    1. L’idée de consigne est d’autant plus utile que l’utilisation des poubelles n’est pas encore passé dans les mentalités, pour tous, en Asie (et qu’il y a partout des gens dont le petit boulot est de ramasser pour les autres) 🙂
      Miss-Trois a hérité du charme de son Papa, voila pourquoi elle plait tant aux Mamies 🙂
      … Quant a écrire sur les murs, je suis bien désolée… je sais combien c’est entêtant, en plus!

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...