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Mai 03

Les richesses du musée archéologique de Ban Chiang

Apres la traversée de la province de Kalasin, animée par les festivités aquatiques de Songkran, nous trouvons en Ban Chiang un gros bourg endormi. Depuis les découvertes archéologiques majeures du milieu des années 1960, la ville est devenue célèbre pour ses céramiques, vieilles de plus de 4000 ans. De grosses reproduction de vases ornent le rond-point de l’entrée de la ville et partout fleurissent des panneaux avec des pictogrammes de céramiques. C’est visiblement la seule attraction du coin.

 

Un site archéologique récent

Bonne surprise, le musée archéologique de Ban Chiang a été nouvellement refait. Entouré de jardins agréables, les bâtiments sont modernes et accueillants.

Les jardins du musee archeologique de Ban Chiang

Les garçons n’ont pas l’air de vouloir être très patients. Nous commençons rapidement la visite. La première partie de l’exposition retrace l’historique de l’invention des sites archéologiques. Depuis toujours, les paysans de la région avaient l’habitude de tomber sur des tessons de poterie dans leurs champs, qui les embêtaient plutôt dans leurs cultures. Un étudiant britannique en anthropologie passait justement par là il y a une soixantaine d’années, quand par accident, il s’étala de tout son long dans un chemin, et tomba nez à nez avec un morceau de poterie, élégamment décoré. Convaincu d’une découverte majeure, il contacta universitaires et des spécialistes. D’études en recherches, il fut démontré que les plus anciens sites de la région dataient de 2500 ans avant Jésus Christ, et constituaient l’une des plus importantes zones d’habitats préhistoriques d’Asie. Ban Chiang est aujourd’hui inscrite au patrimoine de l’UNESCO.

De nombreux affichages sont également consacrés aux différents patronages de la famille royale sur le site. Visites du roi, questions posées par la reine, photos d’autres membres de la famille… Ces aspects qui peuvent sembler un peu anecdotique pour des étrangers sont bien sûr très importants pour les visiteurs locaux, qui passent beaucoup de temps à consulter les panneaux.

 

Une surprenante civilisation préhistorique

Plusieurs salles replacent ensuite les vestiges et les découvertes dans leur contexte. L’on observe les salles de conservation des tessons, la façon dont sont restaurés les vases brisés, et surtout, l’on trouve de très intéressantes reconstitutions de sites funéraires de cette civilisation pré-bouddhiste –qui ne brûlait donc pas ses morts mais les enterrait. Cette civilisation néolithique semble encore mal connue et beaucoup d’observations restent sans explications. Il semble par exemple que les squelettes des périodes les plus primitives aient été enterrés en position fléchie, puis dans les périodes plus récentes, en position allongée. Curieusement, l’orientation spatiale des corps diffère d’un site à l’autre.

Squelette du musee archeologique de Ban Chiang

Cela fait de longues –très longues- minutes que Petit-Deux me tire sur le bras à me l’allonger. Il vient de se rappeler qu’il a vu un ascenseur au début du musée, mais qu’il aurait souhaité mieux l’observer. Il faut y retourner tout de suite. Dans cinq minutes? « Nooooooooooooon! » Il crie fort la bête, donc il a gain de cause, pour le bien-être auditif de nos co-visiteurs.

On refait tout le musée en sens inverse, on explique au mec qui contrôle les billets à l’entrée que « vous n’inquiétez pas on revient on va juste voir l’ascenseur ». Dieu soit loué il ne parle que Thaï donc il ne saura pas le fond de l’histoire. En fait ce n’est pas un ascenseur mais un monte-charge. Petit-Deux est content pareil. On étudie le fonctionnement des câbles, on regarde les deux boutons, dont le bouton rouge sur lequel il ne faut pas appuyer. On fait des photos (oui oui). Petit-Deux vérifie les photos: on voit mal les boutons. Il faut les reprendre (oui oui). Je commence à bouillir de poireauter depuis dix minutes devant le monte-charge d’un musée qui m’intéresse tant. Je convaincs Petit-Deux de repartir sans crier, lui laisse le téléphone, les photos, lui explique comment zoomer pour mieux voir les boutons, et le largue à son Papa qui, lui, n’a pas encore épuise son capital de patience.

Je retourne à mes squelettes.

Ceramiques de Ban Chiang

Sur les sites plus anciens, les corps étaient recouverts de céramiques brisées, puis dans les périodes plus récentes, entourés de vases entiers. Ainsi, plus de 90% des poteries retrouvées étaient en morceaux. Les très jeunes enfants étaient quant à eux enterrés dans des urnes funéraires. L’on a fréquemment retrouvé de menus objets personnels de métal, souvent des bijoux, autour des squelettes. En dehors des sites funéraires, peu de traces subsistent de cette civilisation, dont les constructions devaient être de bois. Ces foyers de peuplement disparaissent vers l’an 900 de notre ère, pour des raisons que l’on n’explique pas. Un temps peuplée par des Khmer venus du Cambodge, la zone reste ensuite inhabitée du 14eme au 18eme siècle.

 

Le travail de l’argile et le travail des métaux

Un peu plus loin, des mannequins de cire reconstituent ce que devait être le quotidien des habitants de ces zones de peuplement. Nous apprenons que les motifs géométriques des poteries étaient peints après cuisson. Les motifs géométriques rouges étaient tracés au pinceau.

Peinture sur les vases du musee archeologique de Ban Chiang

Enterrés avec certains corps d’enfants, ont également été retrouves d’étonnants objets, qui ressemblent à des rouleaux encreurs gravés, et qui étaient utilisés pour l’impression répétée de motifs logiques. Ils semblent que ces « tampons » n’aient pas pu être employés à la décoration de céramiques. Ils auraient soit servi de sceaux, soit été utilisés à l’impression de décorations sur des tissus.

Cette civilisation travaillait également le fer, puis le bronze, principalement pour façonner des bijoux. Petit-Un s’est beaucoup plu à observer les différents types d’ornements et à les nommer. A l’explication des principes de la fonte et du travail des métaux, il reste interdit. Il ne dit rien mais peine visiblement à saisir le concept, malgré une mise en scène très vivante de statues de cire. Ce qui nous semble si évident, à nous, adultes, n’est pas forcément facile à admettre…

Ceramiques et objets metalliques retrouves autour de Ban Chiang

J’ai apprécié ces reconstitutions intelligentes, avec des commentaires brefs mais pertinents, qui permettent une visite adaptée aux enfants et aux adultes. « Ooooooh, s’exclame Petit-Un, celui-là, il devait avoir très mal aux dents! » Il manque en effet pas mal d’incisives au squelette que nous observons. Je suis satisfaite: mes régulières mises en garde concernant la santé bucco-dentaire semble commencer à porter leurs fruits!

 

Un musée à ne pas manquer!

La dernière partie du musée présente enfin une très large collection des céramiques et autres objets d’arts retrouvés dans la région. Certains vases sont formidables d’arabesques entremêlées. J’aurais aimé y rester plus longtemps. Mais Petit-Un a visiblement atteint les limites de sa concentration. Un peu désœuvré, il s’est lancé dans l’analyse du fonctionnement des ventilateurs du musée, qu’il étudie de façon empirique en s’essayant à tous les boutons, malgré nos fréquents rappels à l’ordre. Quant à Petit-Deux, il a, lui, atteint les limites de la batterie de mon téléphone et de la tolérance de son Papa. Nous repartons aussi discrètement que possible.

Ceramiques de Ban Chiang

Nous avions hésité un temps à supprimer l’étape du musée archéologique de Ban Chiang, très au nord de notre périple. Si les cessions « musées » avec les enfants ne sont pas les plus faciles, celle-ci valait tout de même vraiment le coup, et nous n’avons pas regretté les kilomètres additionnels! Nous avons apprécié les riches collections, les explications claires, et les reconstitutions historiques parlantes dans des locaux vastes, bien agencés et bien éclairés. C’était une belle visite!

En repartant, nous faisons quelques emplettes de reproductions de vases dans les commerces environnants. Il s’agit certes d’une production de masse, mais locale, et fidèle aux couleurs et aux motifs que nous avions appréciés sur les originaux! Toujours gâtés par les locaux, les enfants repartiront même avec deux mini-vases en cadeau!

Et vous, comment gérez-vous vos enfants dans les musées? Histoire de me rassurer, avez-vous aussi des expériences d’enfants un poil bougeons? Et vous obstinez-vous à organiser de telles visites?

 

Procession de Songkran

Alors que nous nous apprêtons à reprendre la route, la voie est soudain coupée par un véhicule monumental, tout de feuillages recouvert, et au sommet duquel trône une espèce de nâga. L’étrange équipage est dirigé par quatre hommes à pieds, et progresse avec beaucoup de circonspection. Notre GPS nous indique de le suivre. Notre curiosité nous pousse également dans ce sens.

Char d une procession religieuse a Ban Chiang

Un peu plus loin, le char rejoint finalement une petite foule qui l’attend, pour un défilé, sans doute religieux, et sans doute lié aux cérémonies de Songkran. Les acteurs de la festivité sont élégamment habillés de tenues locales assorties, et beaucoup de dames sortent visiblement de chez le coiffeur. Elles se balancent doucement d’un pied sur l’autre au rythme des musiques contemporaines diffusées par le char. Elles sont aussi heureuses de nous montrer leurs costumes et d’observer les garçons que nous sommes ravis d’avoir découvert cette procession de fin d’après-midi. Echanges de bons sourires. Quelques photos… et c’est reparti pour Udon Thani.

Procession religieuse a Ban Chiang

Comme dans une grande partie de l’Isan, la province d’Udon Thani reste assez rurale, en dehors de sa ville principale. En route, nous croisons un troupeau de vache, et le GPS nous fait prendre plusieurs fois des routes qui ne sont pas encore goudronnée. Grand sera donc le contraste a l’entrée de la capitale provinciale…

Udon Thani rurale

 

Un Songkran urbain

Udon Thani est connu pour son Songkran festif. Nous sommes dans le coin et y avons prévu une soirée pour changer d’ambiance… et nous changeons effectivement d’ambiance! A l’entrée de la ville, nous nous retrouvons dans un embouteillage énorme, derrière un pickup de « ladyboys ». Visiblement déjà alcoolisés, ils se comparent les seins. D’abord habillés, puis avec les tee-shirts mouillés, puis en soulevant les tee-shirts. Nous sommes plutôt contents de ne pas avoir d’ados dans la voiture, et rassurés de voir les enfants bien occupés à nourrir leur chat sur l’Ipad, sans un regard pour ce qui se trame à l’extérieur.

Nous nous garons dans un grand centre commercial qui propose concert et animations pour les fêtes du Nouvel An Khmer. Il n’est pas 18h, mais la sono est déjà à fond. Deux animateurs visent le public avec des lances à eau. Je trouve ça assez rigolo et essaie d’y entraîner des enfants qui protestent: ils ne veulent pas être mouillés. Petit-Deux trouve la musique trop forte et nous repartons rapidement. Sans conviction, nous dinons d’un barbecue coréen industriel similaire à tous les barbecues coréens industriels des centres commerciaux et reprenons la route. La foule qui assiste au concert de Songkran est désormais cachée sous la mousse. Nous ferons ca quand les enfants auront grandi. Puis à nouveau une heure et demie d’embouteillages pour sortir de la ville, dont les rues sont maintenant envahies d’une foule éméchée et fort mouillée.

Clairement, ces fêtes n’ont pas grand intérêt pour nous, avec les enfants. Tant pis. En revanche, il est étonnant de noter les forts contrastes entre la Thaïlande des villes et la Thaïlande de la campagne. Plus singulier encore, l’hôte britannique chez qui nous logerons cette nuit-là nous racontera Udon Thani, à son arrivée en Thaïlande, vingt-huit ans plus tôt… A cette époque, aucune voie de la capitale n’était encore goudronnée, et l’eau montait tellement dans les rues, à la saison des pluies, que les enfants traversaient à la nage!

Udon Thani rurale

 

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