Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Parc National de Pha Taem

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.
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26 réflexions sur « Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité »

  1. Je crois que comme toi cette Ranger m’aurait pourri une partie de la promenade et c’est bien dommage car le site à l’air vraiment magnifique ! Non mais comment peut on dire que vous cherchiez à resquiller ? Ça se voit qu’elle a moins de 3 ans quand même … Heureusement qu’il y avait cette famille 🙂

    1. C’etait effectivement de la mauvaise foi pure… Miss-Trois tenait tout juste assise a ce moment la… comment la prendre pour un enfant de trois ans?!… Helas, c’est le genre d’aventures qui arrive parfois sur les sites qui brassent pas mal de touristes… Mais comme tu le soulignes, ce n’est finalement pas cela qu’il faut retenir de cette visite 🙂

  2. Ah je pense que comme toi, j’aurai ruminé ma hargne tout le long du chemin… heureusement que la gentille famille sauve la visite !
    Ça a l’air très joli comme site ceci dit, nonobstant les rangers véreuses… 😉

    1. Ahahah! Oui, exactement! Si l’on exclut la Ranger, ce site est extraordinaire, a la fois historiquement et geologiquement parlant! J’espere d’ailleurs trouver un peu de temps bientot pour evoquer cette region autour du Mekong, qui est tout aussi magnifique 🙂

  3. Je suis comme toi, capable de ruminer des semaines et des semaines pour finalement ne jamais passer à l’acte… Et puis l’essentiel était la découverte et la conclusion… La nature humaine n’est pas toujours mauvaise

    Virginie

  4. Magnifique parc, il aurait effectivement été dommage de rater ça. Et je comprends aussi parfaitement votre colère : je partage votre étrange capacité à ruminer une injustice flagrante pendant des heures, voire des jours. Je suis en cette matière rancunière au point que moi j’aurai certainement écrit une lettre de plainte à qui de droit contre cette odieuse ranger… Payer plus pour participer à l’entretien du patrimoine d’un pays moins favoriser oui, me faire tondre comme un mouton et mal parler en gardant le sourire non.

    1. Ah, je vois que vous comprenez tout a fait mes sentiments 🙂
      Je crois surtout, en definitive, que je suis plus flemmarde que vous! Les billets a scanner et la photo du panneau (les preuves du crime) ont longuement traine sur mon bureau… Jusqu’a ce que Miss-Trois ne les machouille. A ce moment ils n’etaient plus tres presentables et j’etais moins en colere, alors j’ai passe l’eponge et tout jete a la poubelle 😀

  5. Oh je comprends que tu aies été (sois encore ?) en colère ! C’est terriblement injuste de se faire prendre pour un brigand quand on est honnête ! Heureusement que les peintures rupestres étaient belles et que tu es ensuite tombée sur des gens adorables !

  6. Groumph, je comprends ton ressentiment vis à vis de la Ranger, quelle peaux de vache …
    Et ton anecdotes sur les cartes pas à l’échelle, me rappelle une des premières balades dans les cirques reunionais : mon père avait bien pris en compte les km, mais pas le dénivelé … ma mère a fini la promenade en tirant mon petit frère de 5 ans à grand renfort de « t’es un fortiche mon lapin » ( ce à quoi mon frère a répondu « oui maman, mais elle m’enquiquine ta balade » )
    En tout cas, bénis soit ce pick-up et l’amabilité thaïlandaise.

    1. Oh oui! Le denivele c’est super traitre! C’est toujours difficile a evaluer et ca impacte tellement sur le ressenti des distances et de la fatigue! Ton petit frere a ete bien courageux de finir la balade… et par un mot d’esprit, en plus 😀
      Effectivement, nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur ces gens adorables… Mais globalement (hors regions tres touristiques), les gens sont vraiment gentils en Thailande, et encore plus quand on se promene avec des petits 🙂

    1. Ohlala! Tout le temps ou je redigeais ce billet j’avais la pression en me disant que tu me lirais peut-etre! Et zut, je n’ai pas reussi a eviter l’ecueil de mon ignorance. En plus, meme si ca sonnait plutot bien (non?) l’expression a un petit quelque chose d’antithetique… Bref, j’espere que tu me pardonnes 🙂
      Tu as de la chance en tout cas, d’etre capable de relativiser sur les gens mal lunes… Pour ma part, je n’arrive jamais a relativiser! Du coup c’est souvent Papa-Tout-Terrain qui est en charge des « public relations ». Ca vaut mieux pour tout le monde!

  7. La chaleur doit être difficile à gérer avec les enfants pour vos visites… Quand je vois les miens qui tirent tout de suite la langue quand il faut marcher au soleil ! Sinon, ça vient de moi ou c’est E.T. qui est représenté sur les peintures rupestres ?

    1. Les enfants sont plutot habitues a la chaleur, en realite. Et ils n’ont presque connu que ca. En revanche, des qu’il fait un tout petit peu froid ils croient tout le temps mourir sur place (et crient tres fort). Les retours en France a Noel sont folklo 😉
      Marche sous le soleil nous pose surtout probleme a nous adultes, pour les risques lies a la deshydratation, au soleil… mais les enfants le feraient plutot facilement. Comme quoi on s’adapte a son environnement 🙂
      Oui, sinon, c’est vrai que les figures humanoides ont drolement des tetes de E.T. On s’etait fait la reflexion aussi 😀

  8. C’est un joli récit que tu nous livres là! Heureusement que tout finit bien pour vous! Quant à cette morue de Ranger, elle n’a pas su faire partie de la belle histoire, tant pis pour elle! Sinon, je ne sais pas si tu as vu, mais je t’ai nominée dans un billet (si tu as le temps et l’envie, rien est obligatoire, of course 🙂

    1. Ahahah, une morue de Ranger, c’est tout a fait ca 🙂 Rien que de te lire l’ecrire, et je me sens deja mieux 😀
      Merci mille fois pour ta nomination 🙂 Je suis en train de retourner dans ma tete la facon dont je pourrai te repondre… 🙂 Promis je m’en occupe vite <3

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