Prasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram

Immense sanctuaire Khmer à l’environnement grandiose, Phanom Rung nous a saisis par sa force massive. Par le sentiment de puissance qu’il inspire. J’en garde aussi le souvenir d’une excursion difficile et écrasée de chaleur, qui nous a poussés à la limite de nos forces. Il est bon de savoir qu’une seconde entrée du site permet un accès facilité, qui épargne les visiteurs plus fragiles.

 

Un tout petit peu de cette Histoire qui m’a passionnée

Phanom Rung, s’est construit progressivement entre le 10eme et le 13eme siècle. Il s’agit de l’un des temples majeurs qui se situe sur la Khmer Highway, souvent rencontrée sous le nom de Dharmasala Route. Cette voie sacrée traversait le Royaume Khmer. Elle reliait le mythique Angkor Wat (Cambodge) au complexe religieux de Phimai (Thaïlande). D’après les anciens textes, la voie était émaillée de plusieurs sanctuaires. Elle comptait dix-sept lieux d’étape, parfois nommés hospitals –les Dharmasala. Certains de ces dix-sept Dharmasala n’ont toujours pas pu être localisés.

On trouve peu d’informations à ce sujet, mais je recommande vivement ce magnifique article d’Asger Mollerup, qui comporte en particulier d’émouvantes photos de temples et de Dharmasala inexplorés, où la nature reprend peu à peu ses droits.

 

De Prasat Muean Tam a Phanom Rung

En partant de Prasat Muean Tam, notre guide indique un temple, un édifice, ou peut être un Dharmasala sur le chemin de Phanom Rung. La carte est peu précise… et les indications sur la route, en Thaï, évidemment. Au niveau d’un panneau dont l’inscription nous semble convaincante, nous obliquons sur une route de terre. Nous nous engageons au milieu des champs. Suivons un cours d’eau. Puis nous enfonçons dans un sentier ombragé. Pas de trace de temple. Nous croisons en revanche un troupeau de vaches et leur gardienne, qui nous considèrent avec méfiance. Pas très à l’aise face à ces bêtes cornues, nous nous tapissons dans la voiture tandis que les bovidés nous dépassent. Pour éviter d’autres mésaventures, nous rebroussons chemin et abandonnons finalement nos recherches.

Troupeau de vaches Thai

 

Premiers regards sur Phanom Rung

Le site de Phanom Rung est situé au sommet d’un ancien volcan. Pour accéder au sanctuaire, on grimpe un premier escalier monumental en latérite, puis on suit une immense allée de procession, avant d’entamer un second escalier encore plus grand. Là, seulement, on touche presque au but. Il ne reste qu’à franchir le pont aux Nagas, qui mène aux deux enceintes successives du temple.

Allee Processionnelle de Phanom Rung

Malgré les 41 degrés à l’ombre, le premier escalier passe plutôt bien. Les enfants sont pleins d’enthousiasme à l’idée de la glace qu’on a promise pour la fin de la visite. En revanche, lorsqu’il arrive au sommet et découvre l’allée vertigineuse qui se déroule à ses pieds, Petit-Deux a comme un coup au moral. Il invoque un problème de chaussure et de sable pour se faire porter. Avec ses baskets et ses chaussettes montant jusqu’au genou, l’argument n’est plus très crédible. Nous détournons son attention et sa fatigue en le faisant sauter de pavé en pavé. Il fait tout de même tellement chaud que nous nous arrêtons à mi-allée pour boire. Paf, la moitié de nos réserves d’eau y passe direct, malgré la retenue des parents.

 

L’époustouflante découverte

Phanom Rung - Pont aux Nagas et escaliers

On se recolle à notre allée et on arrive sur le premier pont aux Nagas. Les Nagas sont des serpents protecteurs, souvent représentés avec cinq ou sept têtes, et que l’on retrouve fréquemment dans l’art Khmer. Ils décorent généralement les balustrades et les entrées des temples, symbolisant le lien entre la terre et le ciel. Pour nous ça commence plutôt à être l’enfer. Petit-Un à son tour à chaud aux jambes.

Je retrouve deux vieux bonbons un peu collés au fond de ma poche, et pertinemment placés là en cas d’urgence. Il y a urgence. « Quiconque atteindra le haut de l’escalier –sans trop trop râler- aura un bonbon! » Petit-Un part en courant, à tel point qu’on craint pour son équilibre, tant sont éminentes les antiques marches. Petit-Deux se laisse un peu trainer mais il redémarre. C’est toujours ça. Car on a bêtement oublié le porte-garçon. On arrive en haut. Distribution de bonbons. On peut enfin s’extasier.

Phanom Rung - Entree est

 

L’enceinte sacrée

Pendant toute l’ascension, nous avions deviné la silhouette massive du sanctuaire, sans pouvoir vraiment présager de ce que nous allions découvrir. Et voilà Phanom Rung qui se dresse tout entier devant nous. On sent une force compacte qui émane de cet ensemble. Une force assez prenante pour imposer un silence concentré aux enfants, pressés de pénétrer ce lieu mystérieux. Nous dépassons les bassins qui entourent l’entrée du sanctuaire, franchissons un deuxième pont aux Nagas, traversons la première enceinte du temple, avant de parvenir dans la galerie intérieure.

Phanom Rung - Galerie de l'enceinte interieure

Le grand Prang finement décoré, qui abritait un autel dédié à Shiva, se dévoile peu à peu. Les bâtiments centraux du sanctuaire ont été magnifiquement restaurés dans les années 80 et 90. La tour principale est ornée de nombreux bas-reliefs qui illustrent des épisodes religieux ou représentent des rites traditionnels. L’autel est entouré de trois sanctuaires mineurs, d’une bibliothèque et d’un dernier bâtiment, non décoré, et dont on ignore la destination. Les bâtiments conservent la plupart de leurs colonnades tournées, typiques de l’art Khmer de cette période.

Phanom Rung - Autel de Shiva (Prang Principal)

L’on poursuit la traversée de l’enceinte pour ressortir par la porte ouest, qui propose une vision vertigineuse sur la vallée en contrebas. A perte de vue, la chaleur et la poussière recouvrent le paysage d’une sorte de brouillard irréel. Nous ne nous éternisons pas. Nos réserves d’eau se vident et pas question de prendre des risques pour les enfants, qui tiennent tout de même bien le coup depuis leur bonbon. A quelques pas, un petit garçon Thaï est malade; il n’a visiblement pas résisté à cette fournaise.

Phanom Rung - Entree Ouest

 

Point pratique – l’entrée par le raccourci

Nous découvrons au cours de la visite qu’une seconde entrée « par le haut » donne un accès direct au sanctuaire de Phanom Rung. Le parking débouche immédiatement sur la porte ouest du temple. Il permet d’éviter les volées d’escaliers et l’allée processionnelle. J’imagine que la découverte des lieux est moins magique, mais par temps de grand chaud, cette solution peut alléger la pression physique pour les plus jeunes. Pour atteindre ce parking, lorsqu’on arrive en voiture sur le site, il suffit de dépasser l’entrée principale de Phanom Rung et de continuer la route sur environ un kilomètre jusqu’à la « Gate 3« , à main gauche.

 

La Redescente

Nous retournons sur nos pas. Petit-Deux décide qu’il ne peut donner la main QUE à Maman, pour dévaler l’escalier. Du coup, Petit-Un décide que pareil. Avec Petit-Trois de presque cinq mois dans le bidon, Maman-Tout-Terrain voit déjà à peine ces pieds. Pratique. Papa-Tout-Terrain fait de son mieux pour prendre le relai, mais les enfants ont la tête dure. Petit-Un s’effondre les yeux pleins de larmes sur le coin d’un pavé. C’est la main gauche qu’il voulait donner à Maman. Nous finissons les volées de marches reliés les uns aux autres comme un serpent fou sans tête, qui un peu plus bas, qui à la traine. Nous atteignons enfin, sans casse, le plancher des vaches.

Pour ne pas ralentir la dynamique de la montée, nous avions laissé pour le retour la visite de la White Elephant House, située tout en bas de l’allée processionnelle. Le bâtiment est également souvent nommé Changing House. C’est là que la famille royale changeait ses vêtements, avant les processions et les rituels religieux. L’épuisement guettant, nous laissons tomber.

Pour l’anecdote, nous croisons à ce moment-là ce qui ressemble à un voyage scolaire de petits moines bouddhistes, tous d’orange vêtus. Il est amusant de noter que beaucoup des plus jeunes moinillons ont l’air fort débraillés. Attacher sa tunique traditionnelle ne doit pas si évident, au début!…

Voyage de moines bouddhistes a Phanom Rung

 

Le Kuti Rishi Nong Bua Lai

Juste en contrebas de Phanom Rung, dissimulé au bout d’une allée discrète, nous découvrons après quelques recherches le Kuti Rishi Nong Bua Lai. Il s’agit d’un petit bâtiment qui appartenait à la Dharmasala Route. Il faisait alors office de chapelle pour un hôpital, sans doute construit en bois. Bien que sans caractéristiques particulières, l’édifice nous plait, à sa façon de s’élever délicatement vers le ciel.

Kuti Rishi Nong Bua Lai

 

L’Hôtel de l’Amour

Je ne peux pas finir cette chronique sans un mot sur l’Hôtel de l’Amour, où nous avons dormi ce soir-là. Il est vrai que nous avons été particulièrement bien reçus (pour un tarif très raisonnable): délicieux petits gâteaux et boissons à la réception, chambre chaleureuse et confortable, piscine agréable, élégant bassin poissonneux avec jeux d’eau et de lumière, personnel attentif, petit déjeuner convivial (mais Bloody Mary absolument infect pour Papa-Tout-Terrain…).

L'Hotel de l'Amour

Au-delà de ces aspect tangibles, et pour une raison que je ne parviens à expliquer, l’hôtel est devenu une sorte d’établissement mythique pour les enfants. Il n’est pas un jour sans que les garçons ne l’évoquent. Pour sûr, tout l’entourage est bien au courant! Des grands parents à la nounou en passant par les enfants du voisin, chaque fois que Petit-Deux a été interrogé sur ce qu’il avait vu de beau pendant sa semaine de vacances, il a invariablement répondu, des étoiles dans les yeux: « J’ai été à l’Hôtel de l’Amour et j’ai pris l’ascenseur. »

 

Le lendemain, nous allions découvrir l’incroyable et très militarisé temple de Ta Muean Thom, au cœur d’un conflit territorial entre la Thaïlande et le Cambodge.

 

Edit: Nous sommes retournés à Phanom Rung un an plus tard et avons a nouveau eu le souffle coupé par la beauté et la majesté des lieux. On ne s’en lasse pas et on espère encore y retourner…

 


Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

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2 réflexions sur « Prasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram »

  1. Merci de nous faire partager ces merveilleuses photos, grâce à toi, j’ai l’impression de voyager un peu 🙂 est-ce que tes enfants apprennent la langue locale à l’école? Je t’embrasse.

    1. Oh merci! Ca me touche beaucoup!
      Les enfants apprennent un peu de thai avec la nounou et a l’ecole, mais pas beaucoup. Dans leur ecole (americaine), 90% des eleves ne sont a l’origine pas anglophones. Dans les petites classes, les enseignants insistent donc surtout sur l’acquisition du vocabulaire et de la grammaire en anglais, sans lesquels les contenus des cours perdent beaucoup de leur richesse. A partir du CE2, je crois, il y a de plus nombreux cours de thai.
      Une belle journee a toi!

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