Le port de Rayong – tradition et pollution

Le port de Rayong


Direct, à la lecture ce titre, je vous sens déjà trop motiv’ pour venir visiter le port de Rayong. C’est ça, hein? Allez, tous à bord et que personne ne traîne les pieds!… On va voir la mer, un temple chinois, des bateaux de pêche aux milles couleurs, et on finira par un bon gueuleton! Certes, la zone est polluée, et nous reviendrons là-dessus tout à l’heure. Mais surtout, c’est un petit coin sympa qu’on aime pour les dimanches calmes en famille.

Le port de Rayong

 

Le port de Rayong en Bref

  • Coordonnées GPS: 12°39’25.6″N 101°16’27.7″E
  • Restaurant Laem Charoen: entre 1000 et 1500 THB pour quatre personnes, en fonction des plats commandés
  • Idées de promenade: Le vieux port de pêche, la jetée, le temple chinois, la plage… Si l’on est motorisé, suivre le front de mer vers l’est sur une dizaine de kilomètres: c’est une zone de plages et de restaurants informels, où les habitants de Rayong se plaisent à passer leurs week-ends, entre baignades et pique-niques.

 

Le port de Rayong - Carte

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Ne pas démarrer trop vite le dimanche…

Il est 6h28 et la douce voix de Petit-Deux nous réveille: « C’est bon, on peut avoir des meringues maintenant?« . Bon sang, mais c’est vrai! Il y a urgence! Hier soir on avait dit « Seulement une pour le dessert… et vous pourrez une avoir une autre pour le petit déjeuner, demain. » Saletés de meringues qui nous rattrapent. Je fais semblant de dormir et de n’avoir rien entendu. Papa-Tout-Terrain émet un grognement. En mari parfait, il s’extirpe des draps avec une grâce toute matinale et me propose de dormir encore. Reçu 5 sur 5! Merciii! Je me retourne pendant que Petit-Deux court en hurlant, en direction de la chambre de son frère: « Ils ont dit ouiiiii! »

Un peu plus tard, je retrouve mes trois hommes en train de construire des avions de Lego, sur la table de la cuisine. Petit-Un a le museau couvert de miettes de meringue. « Vas te regarder dans une glace pour te débarbouiller un peu! » Tout guilleret, il fonce en direction du congélateur! Ben oui, on a bien dit une glace, non?… Ce n’est pas comme si on était gourmands, chez nous, hein…

Tout juste propre, il entraîne déjà son frère: « Allez Petit-Deux, on va s’habiller! » Quel bonheur d’avoir des enfants qui s’habillent seuls… malgré quelques fautes de goût, à l’occasion, qu’il nous faut alors supporter la journée entière… Papa-Tout-Terrain et moi-même sombrons dans une rêverie ensommeillée, le nez dans nos tasses à café. On entend résonner une voix claire à l’étage: « Petit-Deux, tu as oublié ton slip! »

Trop vite, les garçons redescendent: « Qu’est-ce qu’on fait maintenant? » Il faut se rendre à l’évidence: nous boirons notre café tranquilles quand ils seront adolescents. Par désœuvrement sans doute, Petit-Deux balance gratuitement sa trottinette dans les jambes de son frère. Ça urge! Allez, en voiture, on part à Rayong!

 

Sur la jetée

Rayong est la capitale de la province du même nom. C’est une ville qui s’est développée très rapidement depuis la fin des années 80, en particulier autour de ses activités portuaires et de ses industries pétrochimiques. Mais c’est comme si son vieux centre était resté à l’écart de l’agitation économique. Avec ses maisons traditionnelles de bois, ses rues trop étroites et ses marchands ambulants, il conserve le charme désuet de la bourgade d’il y a un demi-siècle. Loin des barges modernes et des monstrueux porte-containers, le vieux port aussi a gardé ses bateaux de bois coloré, ses pêcheurs laborieux et ses frétillantes fritures argentées. Nous aimons ce monde oublié du temps.

La jetee - Rayong

Nous rejoignons le front de mer. Direction la jetée qui s’enfonce vers les flots. Les enfants sautent de rocher en rocher et se plaisent à observer les activités des pêcheurs du dimanche. Eux ne sont pas des professionnels. Ils ont venus en mobylette ou en pick-up, avec leurs gaules, quelques amis, et parfois des enfants. Ils devisent gaiement en attendant d’attraper leur diner. Curieusement il n’y a pas de femmes. La Thaïlande est plutôt paritaire, pourtant. J’imagine que l’activité ne doit pas passionner les épouses. Ce sont peut-être elles, d’ailleurs, sur la plage, qui devisent gaiement sur des nattes de pique-nique?

La jetee - Rayong

Nous observons deux techniques de pêche bien distinctes. D’une part, celle bien connue de la canne à pêche. Mais aussi une méthode inédite, où le pêcheur entre dans l’eau jusqu’au cou, pour se rapprocher de ses prises. Ce dernier est alors équipé d’un simple fil, ou parfois d’un filet. Il est le plus souvent seul, se déplaçant lentement et dans un parfait silence. Autant que faire se peut, nous demandons aux garçons de respecter la quiétude des lieux.

 

Industries et pollution

Du bout de la jetée, on voit la zone industrielle de Map Ta Phut, qui regroupe d’énormes usines pétrochimiques et plastiques, à une douzaine de kilomètres de là. C’est elle qui a fait la prospérité de la région, ces trente dernières années. Malheureusement, sur la même période, elle a également été responsable de graves accidents environnementaux, ainsi que d’une pollution extrême de l’air, de l’eau et des sols. Il semble qu’elle soit à l’origine de nombreuses maladies et d’un taux de cancer particulièrement élevé sur la région.

De Map Ta Phut au port de Rayong

La question de Map Ta Phut est cependant complexe. Cette zone a joué un rôle clé dans le développement économique et technique du pays vers la fin des années 80. De par la nature de ses industries, elle a impliqué une forte concentration des activités et a nécessité de gros apports de capitaux, tant de la part du gouvernement que d’entreprises locales et étrangères. Aujourd’hui, il est évident que faire machine arrière sera long et coûteux.

Map Ta Phut vu du port de Rayong

Depuis 2009, le gouvernement est devenu réellement exigent, quant à l’implantation de nouvelles activités. Il a refusé 85% des nouveaux projets industriels, et demande désormais des analyses d’impact de plus en plus poussées, sur l’environnementaux et la santé. En parallèle, des projets de décontamination et de dépollution commencent à voir le jour, mais la route sera longue. Pendant ce temps, la population continue d’être empoisonnée à petit feu. C’est hélas le lot de bien des pays émergents.

 

Le temple chinois

Nous revenons sur nos pas en direction du vieux port. En chemin, sur une esplanade écrasée de soleil, quelques fidèles se sont rassemblés pour brûler de l’encens dans le petit temple chinois du quartier. Les temples chinois ne ressemblent en rien aux temples que l’on peut voir en Chine. On les appelle seulement ainsi parce qu’ils constituent le réceptacle d’un bouddhisme arrivé de Chine au moment des grandes migrations de la fin du 19eme siècle.

Temple Chinois du port de Rayong

Aujourd’hui, en Thaïlande, presque tout le monde revendique d’ailleurs quelques ancêtres chinois. Il y a même des blagues à ce sujet. Un jour que je m’étonnais d’un fort absentéisme dans mes équipes, je me suis vue expliquer que les jours de fêtes traditionnelles chinoises, tous ceux qui désiraient se reposer un peu dégainaient un ancêtre chinois, pour justifier leur journée… « Sauf Untel: lui, il a trop picolé hier soir! », a rajouté malicieusement l’un de mes chefs d’équipe.

Temple Chinois du port de Rayong

Bref, les temples chinois sont généralement très colorés, fort découpés, et sculptés de volutes improbables. Abrités de toits convexes, plantés de figures protectrices, leur architecture typique et colorée ne manque jamais d’attirer le regard. A l’intérieur, les bouddhas classiques y côtoient des représentations de Guanyin et des rois sacrés, personnages traditionnels des cultes chinois. Ce sont des lieux de recueillement ouverts aux fidèles et aux infidèles, et à l’ambiance si chaleureuse que les enfants nous demandent parfois d’y aller brûler quelques bâtons d’encens. Ce n’est pas tellement notre religion, mais la découverte de la spiritualité, la reconnaissance et le respect des croyances d’autrui méritent bien ces petits écarts œcuméniques.

 

Le vieux port de Rayong

Nous terminons notre boucle dominicale par un passage sur le port. Il est bordé de grands hangars ouverts, qui s’adossent lourdement aux maisonnettes des pêcheurs. Les habitations sont basses et construites en bois sombres. Elles servent surtout aux moments de repos. Les hangars abritent non seulement les activités de la pêche, mais aussi les menues occupations quotidienne de la famille: on y mange, les enfants y jouent, et un mini hamac a même été installé pour la sieste du petit dernier. Au fond, les femmes vident les poissons, démêlent et réparent les filets, tandis que les hommes préparent les bateaux pour leur prochaine sortie.

Le port de Rayong

Ils sont beaux, d’ailleurs, ces bateaux aux couleurs vives, à la forme distinctive, et sur lesquels s’empilent filets et bidons de plastique. Les enfants agitent les bras lorsqu’ils les voient traverser le port en direction du large. Les marins partent certainement pour plusieurs jours, si l’on en croit le linge qui sèche aux hublots. Leur vie ne doit pas être facile, malgré les jolies photos que nous tirons de leur quotidien, aux accents un peu désuets.

Le port de Rayong

Nous nous installons face au port, à la terrasse d’un restaurant local que nous apprécions. De manière très prosaïque, nous avons d’abord aimé l’endroit pour son toboggan, parce que ça n’a pas de prix de manger en paix… et nous nous y sommes tant régalés que nous y retournons très souvent! Currys de crustacés aux asperges sauvages, pattes de crabes à la vapeur, crevettes sautées à l’ail, coquillages grillés aux fines herbes, poissons frits ou bouillis… que de plaisirs pour les yeux et pour les papilles!

Festin Thai

 

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4 réflexions sur « Le port de Rayong – tradition et pollution »

  1. Très joli coin 🙂 J’ai aimé le coup d’aller au congélateur pour « se regarder dans une glace » haha ! Le temple est très joli aussi ! ça doit être paisible là où vous vivez 🙂

    1. Nous vivons dans une zone à la fois très touristique et très industrielle… donc moyennement paisible… Mais notre grand plaisir, c’est que l’on trouve très facilement à s’éloigner des endroits très courus, et qu’on l’on découvre alors des magnifiques petits coins restes très « véritables »!

  2. Quelle richesse de vivre là-bas ! Incroyable de choisir une telle excursion au petit dej ! Je vais retenir le coup des ancêtres chinois pour voir si marche pour ne pas venir au boulot et je te tiens au courant !

    1. Chuuut, surtout ne le dis à personne si ça marche pour les ancêtres chinois… c’est vraiment une très très bonne planque… Ici, ils parviennent même à célébrer de nombreuses fêtes dont je n’avais jamais entendu parler quand je vivais en Chine! 😉

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