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Avr 22

Songkran surprise dans la calme Surin

Après la découverte des vestiges Khmers de la province de Surin, nous faisons étape dans le chef-lieu régional, également nommé Surin. Le lieu a été choisi plutôt par la force des choses, car les hôtels de la région sont plutôt rares. Surin est une ville provinciale de 40,000 habitants. Un village pour l’Asie. Bourgade paisible, et trop paisible même… mais nous ne le savons pas encore, le lendemain s’y tiendra une grandiose et surprenante cérémonie, organisée a l’occasion des fêtes de Songkran.

 

Balade au marché de Surin

Nous profitons de notre étape du soir à Surin pour une petite balade en centre-ville. En fin d’après-midi, il ne reste guère que le marché qui soit animé. Chacun s’affaire aux dernières courses du jour avant le dîner. Beaucoup d’ailleurs achètent des plats déjà prêts: pâtes sautées ou riz, cuits à la commande, currys et plats en sauce fraîchement mijotés du jour. L’on trouve aussi de beaux étalages de poissons, ainsi que des boucheries qui proposent, sur des tables de bois –pas réfrigérées, bien sûr- des viandes variées et surtout de grosses têtes de cochon qui intriguent beaucoup Petit-Deux.

Marche de Surin

Les visites des marchés sont souvent des moments éprouvants pour les enfants. Dans ces lieux, il est courant que des commerçants ou des clients désœuvrés les interpellent, tentent de caresser leurs cheveux clairs, voire de les prendre dans les bras. A sa demande, je prends généralement Petit-Deux en porte-bébé ventral, capuche relevée sur la tête, pour éviter les principaux importuns. Il n’est pourtant pas rare qu’il s’exclame, furieux: « Maman, il y a une dame qui m’a touché!« … De mon cote, j’essaie d’établir une distance physique maximale entre les enfants et les curieux, de préserver notre espace de sécurité par des regards intimidants, mais je fais aussi mon possible pour rester polie et compréhensive face à ces gentils indiscrets qui ne doivent pas voir de blondinets tous les jours…

Marche de Surin

Petit deux avise un bel étal de pommes de Java. Il en réclame. On en achète un demi-kilo. La vendeuse et son stand deviennent l’immédiat centre d’attention de tous les badauds des environs. Très flattée, elle offre un fruit à Petit-Deux, ravi.

Marche de Surin

Petit-Un n’aime pas les fruits mais voudrait un pistolet à eau. A l’approche de Songkran, les étals en débordent. C’était un achat prévu et promis de longue date, car nous comptons bien cette année participer aux batailles d’eau endiablées qui s’organisent lors du nouvel an Khmer. C’est armés de jouets énormes et colorés, que les enfants rejoindront ce soir-là l’hôtel, avec une seule idée en tête: les tester dans leur bain du soir.

 

La grandiose célébration de Songkran à Surin

Le lendemain au petit matin, nous nous apprêtons à quitter Surin sans regret. Nous n’y avons rien découvert qui mérite le détour. Lorsque nous rendons les clés de l’hôtel, l’employée semble déçue d’apprendre que nous quittons la ville. En même temps, qu’y faire?… D’un geste vague, elle nous désigne un poste de télévision qui hurle en boucle, derrière son comptoir, et diffuse les images d’une sorte de défilé en costumes locaux. Nous reconnaissons un monument de Surin – »le » monument de Surin, en fait- et interrogeons la jeune femme sur le teneur de l’événement. Cela dépasse malheureusement de beaucoup ses compétences en anglais. Nous nous résignons mutuellement à ne pas nous comprendre.

Nous filons vers le nord. Une musique aux accents du pays se fait entendre, de plus en plus sonore. Alors qu’un policier nous indique une déviation, apparait soudaine sous nos yeux la cérémonie de la télé de l’hôtel du matin. Ce qui nous avait semblé une chorégraphie mettant en scène quelques vedettes locales, sur petit écran, est en réalité un immense parterre de danseurs, opérant à perte de vue. Impossible de louper ça!

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

Nous nous garons à la « locale », en double file et sans frein à main, et rejoignons les quelques badauds qui assistent au spectacle. Ceux-ci sont en fait fort peu nombreux. Nous émettons deux hypothèses. Soit, la majorité de la ville est du spectacle si bien qu’il ne reste pas grand monde pour regarder, soit le spectacle diffusé à la télé n’est en fait pas vraiment ouvert au public et nos têtes d’étranger nous ont-elles donné un passe-droit involontaire auprès des policiers qui encadrent l’événement.

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

A perte de vue, une mer de danseurs. Tous vêtus de costumes traditionnels assortis, ils ébauchent des pas classiques sur une musique Thaï. D’après mes estimations, ils ne doivent pas être loin de 5,000 –huit danseurs par rangée, une rangée presque tous les mètres, sur une rue de 650 mètres, d’après les calculs de Google Map. Comme toujours, c’est surtout leurs mouvements de mains, de doigts et de tête que je trouve surprenants de finesse et d’une extraordinaire souplesse. Mes collègues m’ont expliqué –démonstration de doigts à l’appui- que tous apprennent ces mouvements dès les premières années d’école, lors de cours spécifiques. Fait rare dans ce type de manifestations, la foule des danseurs semble même comporter une petite proportion d’hommes.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

On sent qu’il ne s’agit pas de professionnels car la motivation est inégale d’une personne à l’autre: certains prennent leur tâche très au sérieux, d’autre ébauchent plutôt les mouvements, avec des têtes à se demander ce qu’ils font là. En même temps je les plains sincèrement. De toute évidence ils ont commencé en même temps que la télé, soit depuis une bonne demi-heure au moins. Ils sont pieds nus sur ce goudron brûlant, tandis que le soleil de la matinée cogne sur leurs têtes, par une température de près de 40 degrés. Nous-mêmes ne nous éterniserons pas pour éviter un coup de chaleur. Nous assistons à quelques évacuations par les pompiers et ce n’est guère surprenant.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

Je prends Petit-Deux sur les épaules, pour qu’il puisse aussi profiter du spectacle. J’insiste: « Regarde, c’est extraordinaire, non? » Et Petit-Deux de me répondre de la façon la plus naturelle qui soit: « Oh oui, il y a même une voiture rouge! » Un pickup des pompiers était effectivement garé en marge du spectacle. Comme quoi, nous ne pouvons pas tous avoir les mêmes sources d’émerveillement…

 

Nous quittons Surin pour nous diriger vers le Prasat Sikhoraphum puis la province de Sisaket, où une rencontre inattendue nous attend. En route, nous dépassons le musée de Surin, malheureusement fermé à l’occasion du nouvel an Khmer. Nous le regrettons car il semblait riche de trésors antiques.

 

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