Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

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4 réflexions sur « Splendeurs de Sukhothai »

  1. En France 10h58 un mercredi jour des enfants. Mon trio est calme et je m’accorde une pause café pour te lire.
    Et comme toujours la magie de tes mots et de tes photos opère… et je m’évade. Merci pour cette visite qui transpire la sérénité et le rêve! Je retient ta phrase : « En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs. » J’adore! et c’est vraiment ce que tu transmets à travers tes récits. Belle journée gros bisous

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...