Star en Chine – Gloire et désillusion

Jeu de dames chinoises

Les Occidentaux sont souvent objets de curiosité en Asie. Dans les zones peu développées au tourisme, nous sommes régulièrement hélés, observés sous toutes les coutures, commentés pour nos particularités physiques, et bien sur largement photographiés. La tendance s’accentue d’ailleurs à mesure que la famille s’agrandit.

Mais même sans enfants. Combien de fois Papa-Tout-Terrain ne s’est-t-il pas fait arrêter par un curieux, avide de contempler les poils de ses bras… Un chauffeur de taxi lui a même un jour demandé la permission de le caresser! Et chacun de s’esbaudir du moelleux de sa pilosité blonde et fournie. Il faut dire que par ici, on est plutôt glabre de nature…

 

La Chine et le regard

La Chine étant longtemps restée fermée à l’international, l’observation d’un étranger était encore un événement exceptionnel pour bon nombre de Chinois, alors que j’étudiais à Shanghai au début des années 2000. D’autant qu’en Chine, on regarde sans pudeur. On regarde parce qu’on veut voir. Et on détaille l’objet de son intérêt aussi longtemps que nécessaire. Etant moi-même souvent « l’objet », je m’en suis vue fort mal à l’aise dans les premiers temps. Je trouvais souvent l’œil un peu trop intrusif. On me jaugeait de la tête aux pieds, en insistant sur les zones dignes d’intérêt. Bref, c’était un chouia déstabilisant.

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Et puis je me suis habituée. Finalement, c’est normal, et chacun fait de même. On regarde et on commente. L’on est regardé et l’on est commenté. L’usage est plutôt d’être très descriptif dans ses observations. A quelqu’un de gros, l’on dira facilement « Tu es gros. », mais c’est plus une constatation qu’un jugement de valeur. Dans la rue, j’ai très souvent entends souvent: « Une étrangère! ». C’est vrai. Je suis étrangère. On m’a souvent dit, également: « Tu es frisée ». C’est exact. Rien à ajouter!

Parfois, certains regardent un peu trop fort, tout de même. C’est ainsi qu’un jour, un jeune homme à vélo m’a dévisagée tellement longuement qu’il en est entré dans un mur. (Je ne vous raconte pas combien il m’a été difficile de réprimer mon fou rire, pour ne pas le vexer.) La curiosité comporte ses risques…

 

Mon heure de gloire

A cette époque, j’aimais vagabonder le dimanche, dans le parc Lu Xun, tout proche de mon université. Je me plaisais à observer les flâneurs dans leurs traditionnelles occupations dominicales. L’un calligraphiait des poèmes à même le sol. Un autre promenait la cage de ses oiseaux. D’autres encore jouaient aux dames chinoises, dansaient des tangos étonnants ou chantaient des airs d’opéra traditionnel. Naturellement, j’observais autant que j’étais observée. Et je photographiais autant que j’étais photographiée.

danses-a-zhongshan-park

Car c’est lors de mes premiers jours en Chine que je découvris, à ma grande surprise, que mon physique –très banal au demeurant- était source d’un grand intérêt. Régulièrement, de jeunes gens rougissants de timidité, me demandaient de poser avec eux, le temps d’une photo. (N’ayant souvent pas l’équipement nécessaire, les générations plus âgées se contentaient d’écarquiller les yeux pour ne rien louper de mon passage.) Je me sentais un peu illégitime dans cette célébrité nouvelle, qui ne tenait qu’à mes yeux ronds et à mes cheveux bouclés, mais j’essayais d’accueillir mes admirateurs avec gentillesse et moult sourires. D’abord c’était la moindre des choses parce qu’ils étaient toujours très gentils. Et puis ces sympathiques rencontrent constituaient toujours une occasion rêvée pour pratiquer un peu de mon mandarin bancal.

 

Aux côtés de vraies stars…

Mais je n’avais encore rien vu. Un dimanche, j’invitai Lucius et Johannes, deux de mes amis allemands, à partager l’une de mes promenades. Nous n’étions pas plus tôt entrés dans le parc Lu Xun qu’une horde de jeunes Chinoises enamourées nous talonnait, nous hélait, nous mitraillait. Nous fûmes plus que jamais interrompus dans notre promenade pour des photos et poses en tous genres, mais cette fois-ci, on me demandait presque toujours de m’écarter du cadre. Il faut dire que Johannes et Lucius étaient de grands blonds aux yeux bleus – autant de denrées exceptionnelles pour la Chine.

calligraphie-chinoise-sur-le-sol

Je remarquai d’ailleurs que Lucius avait plus de succès, et de loin. Sous le sceau de la confidence et avec une tête très amoureuse, une amie chinoise m’expliqua un jour que c’était à cause de la coupe de cheveux de mon ami: il ressemblait à Leonardo Di Caprio. Bien que perplexe quant à la ressemblance, j’imagine bien que l’argument était de taille.

 

Désillusion

Le décor est planté. J’en viens aux faits, ou plutôt à un grand moment de solitude… C’était encore dans le parc Lu Xun, d’ailleurs. Alors que je me promenais à la faveur d’une belle après-midi printanière, j’avisai un groupe d’une bonne douzaine d’étudiants chinois, dans une séance photo improvisée. Leurs poses mi-comiques, mi-romantiques m’amusaient. Je m’arrêtai pour les observer un instant.

Naturellement, ces derniers s’aperçurent vite de ma présence. L’un d’eux, plus téméraire, me fit signe de m’approcher. Et tout le groupe de me héler à la suite, pour me faire me hâter. Diantre qu’ils étaient enthousiastes! J’étais proche de l’apogée de mon succès! Paisiblement, je m’installai au centre au groupe, affichant mon sourire le plus ravageur.

Regards étonnés. Puis un peu gênés. Flottement. Murmures et jeux de coude dans le groupe pour désigner un porte-parole: « You not here. You take picture. » (« On n’a pas besoin de vous sur la photo. Vous, vous prenez la photo »).

 

Vous aussi, on vous a déjà regardé avec particulièrement d’intensité, à l’étranger? Avez-vous des anecdotes marrantes à partager?

 

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16 pensées sur “Star en Chine – Gloire et désillusion”

  1. La Chine en couple mixte ce n’est pas mal du tout non plus ! De mon coté je m’en lassais quand même vite surtout quand les gens se mettent en travers de ton chemin pour t’obliger à prendre la photo…
    Ta chute est juste méga drôle 🙂

    1. Oh oui, j’imagine bien que vous avez du être photographies sous tous les angles en Chine… Je comprends bien que ca vous ait ennuyé, d’ailleurs, car on ne s’y attend pas quand on va juste en Chine pour le tourisme…
      Pour ma part, après de longues années dans le pays, le sentiment était un peu different. On accepte nécessairement les habitudes de son environnement. (Ou alors on part). Mais on ne peut pas faire changer les usages d’un million et demi de personnes en tout cas 😉

  2. comme je te comprends car j’ai vécu ça aussi lorsque je suis allée en Chine et aussi dans ce sublime parc dont tu parles, et comme j’avais les cheveux longs, ondulés et vers le blond vénitien en reflet, on ne cessait pas de me toucher les cheveux et de me prendre ouvertement ou en biais en photo. je me souviens lors d’une visite on s’est pris en photo avec un groupe chacun son tour….la 1ere fois ça m’a fait tout drôle quand même, j’étais presque un extra terrestre!

  3. C’est marrant ton article, on a un copain qui travaille à Taiwan il nous a raconté la même chose, quand il débarque dans les usines les gens sont parfois tout effarés et paniqués de le voir arriver, ils se demandent ce qu’il fait là 🙂

  4. oh lala.. terrible moment de solitude 😉 C’est fou qu’avec tous les médias et Internet,que les occidentaux sont encore source d’une telle curiosité. Merci pour cette nouvelle jolie anecdote! belle journée bisous

  5. Ah oui, star en Chine c’est sympa. Au début. 5 mn, et puis parfois quand on est de moins bonne humeur ça énerve aussi. Un peu. C’est rien, c’est les ragnagnas, ça passe.
    Le seul truc qui m’agace vraiment avec cette manière de dévisager les gens comme s’ils étaient au zoo, c’est quand ils mitraillent nos enfants et que nos enfants en ont ras-le-bol, le disent, le montrent et que les chinois n’en ont strictement RIEN à faire. On ne va quand même pas s’arrêter de prendre des photos juste parce que le petit singe laowai donne des signes incompréhensible d’agitation non ? Incorrigibles…

  6. Excellent ! J’ai bien rigolé en imaginant ton grand moment de solitude 😉 J’ai beaucoup voyagé en Asie et dans chaque pays je me suis faite systématiquement remarquée pour ma couleur de peau. J’ai la peau mate et quand je suis bronzée, ma peau est couleur « pêche » comme celles des asiatiques. Au Vietnam, les gens me couraient après pour me montrer leurs peaux, puis la mienne, et me dire « Same, same! » On m’a aussi beaucoup dit que je faisais jeune, alors que pas du tout pour un référentiel européen… et moi je trouvais qu’ils faisaient bien plus jeunes que moi !

  7. beau moment de solitude !! dans un autre style, ca me rappelle la fois ou du haut de mes 20 ans je me baladais en jupe dans paris, et en passant devant un café avec une terrasse bondée, je n’ai pas vu que je marchais au dessus d’une grille de métro… à part ça c’est fou cette façon de dévisager les gens comme ça ! je crois que j’aurais du mal à me sentir à l’aise .. mais comme tu dis, il suffit de savoir que ça n’est pas déplacé.. en France des qu’on te regarde tu prends la personne pour une psychopate !!!

  8. Les quelques jours en chine, à la fin de notre voyage de noce : blonde ondulée aux yeux bleus, c’est sure que je ne passais pas inaperçue … Par contre, les gens prenaient surtout des photos à la dérobé.

  9. En voyage en Chine avec des copains, nous étions un groupe de 8 français, nous nous sommes fait héler sans arrêt. Mais ce qui nous énervait c’est qu’on nous interpellait chaque fois â grands « helloooo », comme si on nous prenait pour des américains ^_^
    Je reconnais donc bien tout ce que tu décris 😉
    Ce fut un vrai grand choc culturel pour moi

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