Suivi de grossesse en Thaïlande

Enceinte

Après la naissance de nos deux grands en Chine, l’arrivée de Miss-Trois en Thaïlande a été une nouvelle aventure. Une aventure merveilleuse et parfois angoissante. Une équipée pleine de suspens et de rebondissements. Et surtout, à la clé, il y a eu la rencontre avec notre plus grand bonheur ex-æquo avec ses deux frères, dans sa catégorie!

Avec Papa-Tout-Terrain, quand nous serons très vieux (le soir à la chandelle), nous conterons ces histoires à nos petits-enfants, dans une grande cuisine qui sentira la soupe et le gâteau. (Vous ai-je dit que Papa-Tout-Terrain m’a promis qu’il se ferait alors pousser la moustache? Ca lui donne un petit air d’Omar Sharif –jeune- que j’adore!).

Je m’égare… Reprenons! En attendant les petits enfants et la moustache, j’avais envie de jeter quelques mots pour garder vivaces les souvenirs de ma grossesse thaïe et de l’arrivée de notre trésor. Ce billet est entamé depuis longtemps, mais trop d’émotions ont ralenti son élaboration. Faute d’arriver à le finir, je le reprends. Je ne sais pas vraiment où il ira. Je vais finalement laisser filer la plume par petites touches d’ici et de là, avec un peu de nous, un peu de Thaïlande, et bien sûr beaucoup d’amour.

 

Enceinte!

J’ai l’impression que c’était il y a des siècles. Un jour j’ai su que j’étais enceinte. Direction le 7-11, l’épicerie du coin, pour acheter un test de grossesse. Ca s’achète en pharmacie, aussi, mais il n’y a pas vraiment de pharmacie anglophone du côté de la maison. Et ce n’est pas le genre d’achat facile à mimer à un pharmacien mort de rire.

L’objet acquis, il faut l’employer. Correctement. Mais des tests de grossesse on n’en fait pas tous les jours. Je me souvenais vaguement qu’il y avait une histoire de bâtons roses, mais sans plus. Pas de chance, le mode d’emploi était en thaï! Petit passage sur Internet: « un bâton c’est non, deux bâtons c’est bon! » Et d’ailleurs, « les tests de grossesse doivent être conservés à l’ abri de la lumière et à une température inférieure à 25 degrés. » Bon, je vais tester au Pole Nord et je reviens, alors.

Il n’y a eu qu’un bâton. Je n’étais pas d’accord. Alors j’en ai racheté cinq autres. Ce coup ci j’en ai eu trois sur cinq de positif. C’était la moyenne. J’étais enceinte aux trois cinquième.

Tests de grossesse

(Le petit bâton rose de la photo est présentement en train d’essayer de se faire les dents sur le pied de ma chaise de bureau… Petit bâton a bien grandi!)

 

Une jolie croyance…

Dans un précédent billet, j’avais évoqué quelques coutumes qui accompagnent les grossesses, en Thaïlande et en Chine, où sont nés nos deux grands. Je réalise que j’ai omis une jolie habitude qu’ont les jeunes femmes thaïes, et que je trouve très touchante…

Amulette porte-bonheur pour les femmes enceintes en Thailande

Ici, beaucoup de futures Mamans accrochent sur leurs vêtements, à hauteur du ventre, une petite épingle à nourrice, souvent décorée de motifs naïfs. Elle fait office d’amulette et éloigne les mauvais esprits des bébés à naitre.

 

Première consultation

Il n’y a pas de cabinets médicaux en Thaïlande. Toutes les consultations ont lieu à l’hôpital. Les Thaïs peuvent consulter gratuitement dans les hôpitaux publics ou se tourner vers des établissements privés s’ils en ont les moyens. Mon contrat de travail thaï me donnait également accès au système de santé public, mais pour des questions de langue et de qualité des infrastructures, nous nous sommes orientés vers le privé, grâce à une bonne couverture de mon assurance.

En attendant notre tour, Papa-Tout-Terrain et moi-même restons songeurs devant la porte de l’ascenseur, qui distille des informations à destination des patients du service gynécologie obstétrique. Faute de comprendre les mots, nous nous amusons largement des pictogrammes et de leurs possibles interprétations!

Ascenseur de l'hopital

C’est à nous. Le gynéco demande: « Vous êtes enceinte? » « Oui. » « Vous êtes sûre vous avez fait un test? » « Oui. » « Bon parfait. Prenez ces vitamines et revenez le mois prochain. »

Nous nous sommes quittés en gentlemen, sans nous être seulement effleurés. Il n’y a pas de prise de sang pour confirmer la grossesse. Et pas d’examen physique non plus. Juste rien, en fait. Enfin si: ils m’ont donné un classeur de suivi de grossesse, écrit en Thaï.

 

Chez le médecin…

Si la médecine trop invasive m’est généralement désagréable, en Thaïlande, c’est tout le contraire. Les visites sont articulées autour d’échanges oraux. (Pas du bouche à bouche, hein, de la conversation!) En revanche, il y a très peu d’examens physiques de la part du médecin. Sur la bonne vingtaine de rendez-vous médicaux de toute la grossesse, je n’ai eu que deux contacts charnels avec des médecins qui ont mesuré ma hauteur utérine au mètre de couturière.

En plus d’être limités au maximum, les actes « physiques » sont souvent délégués à d’autres personnels soignants. Lors d’une visite standard, c’est ainsi une infirmière d’accueil qui vérifie le poids de la patiente (habillée) et prend sa tension. Ensuite, pendant la consultation, le médecin est assisté d’une aide-soignante responsable des tâches matérielles: installer la patiente sur la table d’examen, mettre le gel sur le ventre pour l’échographie, paramétrer l’appareil… Quand tout est prêt, l’assistante tend la sonde au médecin qui procède, sans effleurer le patient, et repart quand il a fini. Puis nettoyage du gel et tutti quanti par l’aide-soignante.

 

Ordonnances, médicaments, arrêts et autre certificats

Dans ce système de santé privé, le patient est globalement encouragé à consommer. A tous les coups, le médecin recommande une échographie. « C’est pour être sûr… et vous n’avez pas envie de voir votre bébé, d’ailleurs?… » … Au fait, vous prendrez bien une petite amniocentèse aussi?… C’est que vous n’êtes pas toute jeune alors il y a des risques… (J’avais trente-trois ans, une clarté nucale et un Fish test parfaits.)

En fin de consultation, on me prescrit systématiquement des vitamines et… « Vous prendrez bien autre chose? » « Vous en pensez quoi, Docteur? » « C’est vous qui décidez… » Ah? Bah non, alors.

Enceinte

En pendant, les médecins sont très tolérants vis-à-vis des demandes du client. Un jour, j’ai besoin d’un certificat d’aptitude à travailler pour ma mutuelle. J’introduis le sujet en douceur: « Docteur, vous pensez que je peux continuer à travailler? » « Oh ça, c’est vous qui voyez. » Alors j’y vais plus franco. Je vais bien et il me faut un mot pour l’assurance. La première mouture du certificat a été concise: « Mrs. Tout-Terrain can walk three weeks. » La version finale, un peu plus étoffée, a finalement été réalisée en binôme avec le praticien. (Je dictais et il écrivait).

C’est mon expérience. Mon propos est de montrer le décalage avec un suivi de grossesse tel qu’il aurait eu lieu en France, non de montrer du doigt médecins. A mon égard, ils ont toujours eu une attitude professionnelle et a l’écoute, dans la mesure de leurs capacités en anglais. Et surtout, ils ont fait de gros efforts pour s’adapter à la cliente étrangère que j’étais, dans un hôpital qui ne voit presque jamais passer d’Occidentaux. A ce titre, j’imagine aisément que leurs reflexes et leurs attitudes auraient été bien différents si j’avais été une patiente X.

 

Où l’on commence à parler césarienne…

Puisque la finalité d’être enceinte est bel et bien d’accoucher, la question épineuse de la césarienne est assez vite venue sur le tapis. Dans la mesure du possible, je souhaitais l’éviter. Dans la mesure du possible, le médecin trouvait ca pratique. De toute façon c’est la norme ici.

J’ai dit: « Je préférerais un accouchement par voie basse. »

Elle a répondu: « Oui, je comprends. »

J’ai enchainé: « Alors vous êtes d’accord pour un accouchement par voie basse? »

Elle a répondu: « Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas toujours possible. » (Elle était très polie.)

Je n’ai pas voulu lâcher l’affaire alors j’ai demandé: « Et pour moi, est-ce que ca sera possible, si tout est normal et tout va bien? J’ai déjà deux enfants nés par voie basse. »

Elle a dit: « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse si tout va bien. Mais parfois on croit que tout va bien mais tout ne va pas bien et on est obligé d’avoir une césarienne. Je ne peux rien vous dire de plus. »

En d’autres mots, j’étais un client captif et elle ferait ce qu’elle voudrait.

 

Par quelle pirouette improbable réussirai-je à éviter la césarienne? Je vous laisse sur ce suspens intenable et vous raconte bientôt la suite…

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17 réflexions sur « Suivi de grossesse en Thaïlande »

  1. J’adore ce récit, je te trouve (peut-être est-ce le recul et le fait d’avoir eu deux enfants précédemment) très calme, super zen. Et autant en Asie, les médecins évitent de nous toucher, autant en France, il y a des fois où ce n’est peut-être pas vraiment nécessaire… J’ai hâte de lire la suite !

    1. Ce doit être le recul car je n’ai pas un tempérament très calme. Heureusement que mon mari est là, souvent, pour m’empêcher de paniquer ou de me fâcher… car ce n’est pas très bien vu de se fâcher, ici 🙂

  2. Aaaaaaah, c’est bien de vous être lancée, j’attends la suite avec impatience (éviterez-vous la césarienne, quel suspense ;-)). Quand au test de glucose moi c’est bien simple : j’ai refusé, poliment mais fermement (il n’y a pas que les médecins asiatiques qui ont de la suite dans les idées 😉 ).

    1. Il y a egalement eu des cas autochtones de Zika en Thailande pendant ma grossesse, mais les medecins ne m’en n’ont pas parle. C’etait un peu stressant tout de meme et j’ai passe mon temps a courir apres les anti-moustiques.
      Pour toi, j’imagine que les risques latents et le suivi particulier devaient etre assez anxiogenes… D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y avait « de plus » comme suivi, par rapport a avant l’epidemie?

  3. J’adore les récits d’accouchement et de grossesse! T’étais toute mimi! ça fait plaisir de voir ta frimousse! J’avais lu sur un blog ami (Bibliblogueuse), qu’au Japon, les médecins ne touchaient pas trop les patients non plus. Ils étaient très distants physiquement. Une particularité des pays asiatiques sûrement!

    1. Merci 🙂 C’est vrai que je ne mets pas tres souvent ma tete!
      J’avais lu egalement le billet de Bibliblogueuse (http://bibliblog.net/medecin-japon/) qui m’avait bien plu (et bien fait rire!)
      Tu as tout a fait raison d’ailleurs, personne n’est tres tactile en Asie… Cela influe d’ailleurs sur nous car apres dix ans en Chine et en Thailande, il ne me vient plus a l’idee de seulement effleurer mon mari en public. (Je me rattrappe quand on rentre en France).

  4. Ah oui, en effet quelle différence avec le suivi « hyper tactile » de la France…. Je comprends ton angoisse de la césarienne…
    Ps : commentaire posté depuis le labo : test glucose ! Beurk !

    1. Merci 🙂 Ca fait six mois que j’essaie d’ecrire la suite et j’ai des brouillons qui trainent un peu partout… Je m’y mets serieusement parce que je me suis rendue compte que j’avais deja completement oublie certaines anecdotes couchees a la va-vite sur le papier…

      1. Ah je comprends c’était pareil pour moi. On oublie tellement vite et pourtant on vit tellement de choses dans ces moments là….et ça fait plaisir de voir ta frimousse.bon courage pour le rassemblement des souvenird

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...