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Mar 28

Thaïlande – Pourquoi tant de césariennes?…

 

Quand on vit à l’étranger, le suivi de grossesse révèle naturellement son lot de surprises. Je l’évoquais dans mon précédent billet, certains aspects m’ont plutôt mise à l’aise, comme le recours limité des médecins aux examens physiques intrusifs. A l’opposé, j’ai détesté me sentir très vite acculée à la nécessité d’une césarienne… Pourquoi donc une césarienne alors qu’aucune condition médicale ne l’exige? Parce que c’est devenu l’habitude dans nombre d’établissements privés de Thaïlande. Bien sûr, pour les médecins et les hôpitaux, cela représente des avantages sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais bien souvent, les patientes elles-mêmes tendent à préférer cette solution…

 

Accouchements dans la douleur ou césariennes

Si j’ai refusé, à cor et à cris, le principe d’une césarienne de convenance, je dois reconnaitre aussi que pour de nombreuses Thaïes, cette modalité apparait clairement comme la moins mauvaise, pour mettre son enfant au monde. Il faut savoir que depuis une demi douzaine d’années, la péridurale n’est plus disponible que dans une poignée d’établissements du pays. Les établissements les plus chers, bien sûr. A cause d’une péridurale qui a mal tourné, d’un anesthésiste condamné pénalement par la justice, rares sont les médecins qui acceptent désormais de prendre le risque de ce type d’anesthésie.

Par ailleurs, dans les établissements où cela reste possible, la péridurale n’est souvent effectuée que dans des conditions extrêmement restrictives, les jours de semaines, aux heures ouvrables, et seulement un patient à la fois, pour que l’anesthésiste puisse s’y dédier pleinement. Imaginez que vous vous fassiez doubler par une autre maman à l’entrée de la maternité et zou, plus de péridurale! La loose!

Pour beaucoup, le choix se fait donc entre accoucher dans la douleur et accoucher par césarienne. L’une de mes collègues a d’ailleurs été très expressive en la matière, me racontant à grand renfort de détails et de gestes univoques l’épreuve de la naissance de sa fille, cinq ans auparavant (alors que je n’en demandais vraiment pas autant). Par crainte de nouvelles souffrances, cette jeune femme a finalement décidé de ne pas avoir d’autre enfant.

 

La brièveté du congé maternité

Pourtant, certaines se posent vraiment la question de l’accouchement par voie basse. Une de mes jeunes collègues, nullipare et enceinte de deux mois de plus que moi, avait ainsi demandé mon avis de multipare éclairée. Est-ce que tu penses que je pourrai supporter la douleur? On ne me refait pas. A mon sens, mieux vaut la douleur passagère d’un accouchement naturel -même sans péridurale- que les douleurs et complications postopératoires d’une césarienne. La collègue était convaincue.

Au jour du début de son congé maternité, cette jeune femme donnait naissance à une magnifique petite fille. A trente-huit semaines. Et par césarienne de convenance. Je m’en suis étonnée. « Tu comprends, le congé maternité est tellement court que je ne pouvais pas le gâcher. Je voulais profiter de ce temps pour prendre soin de mon bébé. » Six semaines après la naissance de sa fille, ma collègue était effectivement de retour au bureau. Elle aurait pu bénéficier de deux semaines de repos supplémentaire, mais le congé maternité est si mal indemnisé que tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’en profiter jusqu’au bout.

 

L’effet pervers du système de facturation des accouchements

Côté hôpital, le système de facturation par « package » est également de nature à dissuader les Mamans d’accoucher par voie basse. Le principe est de choisir à l’ avance les prestations pour lequel on optera à l’accouchement, afin de bénéficier de réductions substantielles sur le coût du service. En cas de changement de dernière minute, les dépenses additionnelles et non planifiées seront en revanche facturées à plein taux.

Sur une base de 100 pour un package « accouchement naturel », on me proposait un package césarienne à 154 et on estimait le coût d’une césarienne après échec d’un accouchement naturel à 191. Si l’on ne dispose pas d’une bonne assurance et si l’on n’est pas tres convaincu, au départ, de la réussite de son accouchement par voie basse, il me semble finalement assez naturel de se tourner directement vers une césarienne.

 

Le petit plus: choisir la date de naissance de son enfant…

Au-delà de ces considérations matérielles, la césarienne est également pratique, aux yeux de nombreux parents, pour choisir d’une date de naissance convenable pour l’enfant. Allez, petit-bébé-prévu-pour-septembre, tu naîtras bien en août, histoire de raccrocher l’année scolaire précédente, non? Et surtout, on va tout faire pour éviter que tu ne viennes au monde un « mauvais » jour, hein!

Une bonne partie des Thaïs étant d’origine chinoise, beaucoup d’us et coutumes d’ici sont empruntés au Pays du Milieu. En particulier son calendrier traditionnel. Il y a des jours fastes et des jours néfastes, et si l’on naît n’importe quand, on risque un destin tout pourri. Pour écarter toute forme de péril, les parents s’assurent donc de la venue de leur progéniture sous les meilleurs auspices. La césarienne est une solution toute trouvée pour éviter les foudres du destin. Y croit-on vraiment encore? Un peu, mais pas sûr. Le choix de la « bonne » date est tout de même une affaire de précaution, me semble-t-il. Sait-on jamais…

 

De césarienne en césariennes…

A force, la multiplication des césariennes se révèle avoir des effets pervers sur l’ensemble du système hospitalier. De toute évidence, parce qu’ils en pratiquent peu, les praticiens semblent de moins en moins à l’aise avec les accouchements par voie basse. Moins bien rompus aux petits aléas des naissances, ils s’orientent aujourd’hui vers les césariennes, à la moindre suspicion de complication: gros bébé, dépassement du terme, accouchement qui dure un peu trop longtemps…

 

L’exception française…

C’était bien là tout mon problème. Bien qu’ayant déjà accouché par voie basse de deux magnifiques petits garçons, j’étais hors norme. En consultation, l’on passe en revue mes antécédents. Deux bébés de près de quatre kilos (petit cri du médecin). Tous deux nés à 42 semaines (deuxième cri du médecin). Et je ne veux pas de déclenchement (attaque cardiaque de mon interlocuteur. Papa-Tout-Terrain regarde ses pieds. Ca fait trois fois que je lui fais le coup. Il a l’habitude.) Je ne suis pas du tout dans les standards en Asie.

Grossesse

Mais voyons Madame, ca n’est pas possible… On ne pourra pas laisser votre bébé trainer si longtemps… Par contre, si ca peut vous arranger, on peut vous faire une césarienne. Juste pour vous rendre service, bien sûr! Certes, globalement, je suis plutôt du genre arrangeant. La preuve, j’ai même mangé deux kilos de canard, un jour pour ne pas me faire remarquer. Mais bon, de là à accepter une césarienne sans broncher, il ne faut pas exagérer non plus…

Quoi qu’il en soit, je nourrissais déjà des doutes vis-à-vis de ce médecin, qui m’avait dit, quelques semaines plus tôt que « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse, mais on verra tout de même si c’est possible… » avec la tête de quelqu’un qui dit non. Quoique confiante en l’espèce humaine, je ne suis pas non plus un lapin de six semaines. Je savais bien que ce n’était pas en arrivant avec des contractions plein le ventre que je pourrais paisiblement deviser accouchement naturel avec ce type dans les starting-blocks pour césariser tout ce qui bouge.

 

Le miracle

Après de longs conciliabules avec Papa-Tout-Terrain, nous avons opté pour la fuite.

Nous avons cherché longtemps et discuté des options… Accoucher à l’étranger? Accoucher à la maison? Adjoindre une doula à l’équipe soignante?… De blogs en forums d’expats, nous avons finalement trouvé LA clinique de Thaïlande réputée pour son ouverture quant aux accouchements par voie basse, et, cerise sur le gâteau, dans des conditions physiologiques. Une seule rencontre avec le médecin nous a immédiatement conquis, Papa-Tout-Terrain et moi. C’était une dame d’une grande humanité, à l’écoute, rassurante, et transparente. Elle a dit « ok, sauf en cas de risque avéré pour la mère ou l’enfant », et il n’y avait aucun sous entendu. Nous lui avons immédiatement fait confiance, les yeux fermés!

Grossesse

 

 

 

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(12 commentaires)

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  1. Happy and Baby

    Quelle différence de culture…j’arriverais presque à comprendre ta collègue qui voulait passer plus de temps avec le bébé. Dire que je trouve le congé mat’ trop court en France 😉 Et au niveau post accouchement ça donne quoi ? ils encouragent l’allaitement, le peau à peau tout ça ou pas ?
    Bisous

    1. Maman-Tout-Terrain

      Apres l’accouchement aussi il y a pas mal de differences (j’ai un billet en preparation pour… un jour…). Les Mamans s’occupent proportionnellement peu de leurs bebes. Se sont souvent les grands-meres qui s’en occupent -hors tetees-, dans toutes les activites du quotidien. Les meres sont sensees se reposer des suites de couches, mais en realite je n’ai pas l’impression qu’elles aient trop le choix. En revanche, je trouve que l’allaitement est percu assez naturellement ici. Presque toutes mes collegues ont allaite. Beaucoup ont tire-allaite a leur reprise au travail. Et ca ne pose probleme a personne. J’allaite sans probleme partout (discretement) et je n’ai jamais eu qu’une seule reflexion negative… qui venait d’une Americaine! Des Thais en revanche j’ai souvent recu des retours positifs, et ca a ete l’occasion de croiser de jolies personnes 🙂

  2. Appellation Maman

    Tu as eu raison de ne pas être arrangeante! J’espère que tu as pu avoir l’accouchement par voie basse dont tu rêvais.
    Moi je n’ai pas eu le choix… ou peut-être que je suis trop arrangeante… mais pour mes puces j’y ai eu droit à cette fameuse césarienne.
    On m’avait dit que si elles se décidaient d’elles-mêmes, alors je pourrai accoucher par voie basse, même si une des deux était en siège. Mais passé les 39 SA, (le maximum accordé pour une grossesse gémellaire) il fallait aller les chercher… sachant que mon bébé n°1 avait lui aussi fait des prolongations, je me doutais bien qu’il y avait de fortes chances pour qu’il faille aller les chercher. Et ce n’est pas le meilleur souvenir de ma vie de maman! Gros bisous 🙂

    1. Maman-Tout-Terrain

      Oh je suis désolée si je fais remonter des souvenirs pas trop sympas… Je ne connais rien aux naissances gémellaires mais j’imagine bien que ça doit rendre les médecins nerveux.
      Je ne pense pas que tu sois trop arrangeante… c’est normal de faire confiance à ses médecins… dans mon cas, ma resistance était motivée par l’éloignement d’avec les traitements et les standards européens. Je ne voulais juste pas une césarienne de principe 🙂

  3. Johanna Lara

    Bravo pour ta… Pugnacité ? Il en a fallu de l’énergie pour mettre cette puce au monde dans les conditions que tu souhaitait ! Et donc l’histoire fini bien ?

    1. Maman-Tout-Terrain

      L’histoire finit bien. J’ai accouché par voie basse et surtout tout le monde va bien maintenant. (On a quand même été contents a posteriori d’avoir pris le top du top en terme d’hôpital).

  4. zenopia

    C’est fou… c’est dans ce type de témoignage qu’on se rend compte qu’on a un très bon système de soins de santé (dans mon cas, je parle de la Belgique… j’ai eu un très bon suivi de grossesse. Une grossesse pas très facile mais avec un gyné qui a fait tout ce qu’il a pu pour que ça se passe super bien… et un congé d’accouchement digne de ce nom… )
    Belle journée 🙂

    1. Maman-Tout-Terrain

      Tu as bien raison. C’est quand on regarde ce qui se passe ailleurs qu’on réalise la chance qu’on a, avec nos systèmes de santé et nos systèmes sociaux. Tout n’est pas parfait mais ça limite la casse, tout de même. J’espère que nous saurons préserver ces systèmes malgré la période politique à venir qui s’annonce houleuse pour l’Europe.

  5. Pamela

    Très intéressant. Ici ça va encore l’epidirale, et beaucoup de césariennes. Comme il n’y avait pas de complications, toutes les deux sont nées naturellemnaturellement! Mais la facture est plutôt salée. Enfin, ayant eux les 2 bout de chou raproche, je me retrouve avec une ernie assez douloureuse. À suivre…

    1. Maman-Tout-Terrain

      Ici aussi, les hopitaux prives sont tres couteux, ce qui donne malheureusement lieu a un systeme de sante a deux vitesses…
      J’espere que ta hernie se reglera vite… Ca peut etre horriblement douloureux ces petites choses la!

      1. Pamela

        Ce que je vien de decouvrir! Moi qui a gagné 25 et 30 livres pour miss 1 et 2 respectivement, et a gardegardé 15 lbs après chaque grossesse, donc nous sommes 30 les en surpoids! Plus le surpoids initial… bref tu as compris. Je me suis inscrite à la gym et j’ai commencé a travailler sur avec les exercices! Se qu’il fait que la hernie deviens de plus en plus douloureuse… il va falloir operer

      2. Maman-Tout-Terrain

        Oh, pas cool pour l’operation… Pour les kilos de grossesse, c’est helas un combat de long terme apres l’accouchement… C’est super en revanche que tu aies eu le courage de te remettre a la gym, malgre la fatigue de deux enfants en bas age! 🙂

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