Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

Comment traumatiser son coiffeur…

Je ne taris jamais d’éloges quant à la gentillesse des Thaïs vis-à-vis de nos enfants. En voila un exemple tout mignon, vécu le week-end dernier… ou comment traumatiser son coiffeur avec ses marmailloux…

Passage chez le coiffeur. On nous attribue un jeune homme inconnu, pour couper les cheveux des enfants. Il est nouveau. Tout jeune, très design, mais un peu impressionné par nos charmantes têtes blondes. Je soupçonne que ce ne soit un bizutage de la part de ses collègues, qui l’observent en papotant tranquillement et viennent faire des selfies avec Miss-Trois.

Bref, notre moussaillon-coiffeur a un peu galéré, mais a fait preuve d’une gentillesse extrême à l’égard de nos sauvageons…

… D’autant que Petit-Un ne lui a pas facilité la tâche…

Comment traumatiser son coiffeur

 

 

Où l’on cause de la petite graine …

Avec les vacances scolaires, les enfants restent beaucoup entre eux. Tant et si bien que la tension monte parfois un peu vite. Les noms d’oiseaux pourraient fuser, mais Maman est là qui veille au grain. Et qui, ô malheur, comprend même les grossièretés en anglais! Jamais à court de créativité lorsqu’il s’agit d’irriter leur prochain, les garçons ont, du coup, développé un nouveau concept, celui de la petite graine …

La petite graine, c’est le bébé. Celui qui est trop petit pour prétendre aux activités intéressantes ou à l’autonomie.

Mais où s’arrêtera l’escalade sémantique?…

La petite graine

 

 

Mes voisins de Chine

Je suis entrée dans mon appartement chinois un jour glacé de janvier. J’ai traversé mon nouveau quartier en tirant une valise qui pesait un dragon mort. Et deux ou trois sacs. Cet événement palpitant a alimenté quelques minutes la gouaille des matrones du quartier. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de si lourd dans les valises d’un étranger? Elles m’ont ensuite sitôt oubliée.

J’ai monté les quatre étages de mes escaliers de bois qui craquaient.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

J’ai posé à terre mon monceau de paquets. Et me suis enfin attaquée aux serrures compliquées de ma double porte. Tout le monde a deux portes. Une porte normale. Généralement mal ajustée et pas isolante. Et une porte à barreaux métalliques. Celle-ci devait me protéger des voleurs, très redoutés en Chine, rapport aux messages alarmants des medias. Cela dit, le métal, léger et de mauvaise qualité, ne pourrait sans doute pas résister à une petite cuillère…

 

Première introduction

J’ai d’abord traîné la valise à l’intérieur. Et suis ressortie pour… Tiens, il y a quelqu’un chez moi! Deux, même. Deux personnes très âgées, qui apparaissent en ombres chinoises et en chaussettes, dans mon entrée. Ils m’observent avec intérêt. La dame a poussé l’un de mes sacs à l’intérieur.

Je leur dit bonjour en mandarin. Ils restent de marbre. Ils continuent à me dévisager. J’esquisse un sourire un peu crispé. Et sors chercher mes derniers sacs. La vieille dame se rapproche d’un cabas mal fermé, dont elle soulève une languette. Du bout des doigts, l’air de rien. Elle observe attentivement l’intérieur, se déplaçant tout autour pour essayer d’en voir plus sans trop toucher. Le vieux monsieur, lui, est passionné par l’architecture intérieure de mon appartement. Il fait pivoter les portes, observe les moulures et tape sur les murs. Ca sonne creux.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

A force de persistance, je finis par comprendre qu’ils sont mes voisins de palier. Tant bien que mal, ils apprennent à leur tour que je suis française et que je m’appelle Bailan.

 

Mon prénom chinois

En Chine, je m’appelle Bailan. Mon nom a été choisi par une amie sichuanaise, en France, avant mon départ. Bai veut dire blanc, et Lan veut dire orchidée. J’ai été baptisée ainsi parce que les caractères chinois sont faciles à écrire. (Mon amie Fangfang est très avisée!) Et pour la consonance d’avec mon nom de baptême.

Bailan

C’était cool et exotique d’avoir un nom chinois. Mais je ne pensais pas vraiment en faire usage. Après tout, en France, mes copains chinois avaient tous gardé leurs noms d’origine.

Installation à l’université. Démarches pour l’obtention d’un visa longue durée. « Votre nom? » La dame de l’immigration a le teint jaune d’un vieux journal, la voix monocorde et le visage las. Je donne mon nom français. « Votre nom chinois… » Euh… Sans réponse, elle transcrit alors phonétiquement mon patronyme français en caractères. « Recopiez ça ici… » Pfff, il y a sept idéogrammes, tous plus compliqués les uns que les autres. Je ruine son premier formulaire. Madame, je peux encore changer de nom, en fait?

Bailan avait ressurgi, et ne devait plus me quitter. J’ai changé de nom du jour au lendemain. Dans l’administration, à l’université, sur le contrat de mon logement, à la banque, auprès de mes copains, et plus tard au travail… C’est une expérience curieuse et déstabilisante que de devenir quelqu’un d’autre, en l’espace de quelques jours.

Petite fille a Xitang

Ce prénom fait aujourd’hui vraiment partie de moi. Il est tombé en désuétude depuis notre installation en Thaïlande. Mais je l’entends toujours avec un serrement de cœur. Il est la partie chinoise de moi-même.

 

Les petites habitudes de mes voisins de Chine

Je reprends. Dans tout ça, mes voisins sont encore au milieu de mon appartement. Sans intention de regagner leurs pénates. La dame, plus expressive, m’a même invitée d’un geste à démarrer mon déballage.

Bon. J’ai laissé la porte ouverte. De toute façon il fait aussi froid dehors que dedans. Et entamé quelques menus travaux. Déplacé la fontaine à eau. (On ne boit pas au robinet en Chine). Puis bougé la table, aussi. Pas le canapé parce qu’il y avait le mari dessus. La dame a filé dans la cuisine. Regardé dans mes placards. Ils étaient vides, naturellement.

Je passe un coup dans la salle de bain. Un froufroutement léger. Puis un claquement de porte. Je sors la tête: ils sont partis. Ils devaient en avoir assez et sont partis. Sans dire au revoir. Car la politesse chinoise ne s’encombre pas de ces contingences.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

Plus gênant, ils s’intéressaient à mes poubelles. Ils n’étaient pas les seuls: d’autres curieux du quartier également. Quand je descendais mon petit sac, ils m’apostrophaient. Vidaient ma poubelle sous mes yeux. Puis l’observaient. Récupéraient parfois des matériaux qui seraient revendus ou recyclés. Enfin, remettaient le tout dans le sac et me le rendaient. Mais ça, je n’aimais pas. J’ai fini par descendre mes ordures la nuit. Ou les cacher dans mon sac de cours, et les jeter sur le chemin de l’université.

Un jour seulement ils sont revenus, pour montrer mon appartement à leur fille.

Toutes les nuits, je les entendais ronfler.

 

Mes voisins de Chine et l’électricité

Mais un soir, mes voisins m’ont vraiment sauvé la mise.

Mes parents et ma sœur étaient en visite. L’hiver était glacial. Nous avions démarré deux clims, histoire de nous réchauffer un peu avant de dormir. Il n’a pas fallu une minute avant le blackout. Le système électrique de mon appartement n’avait pas supporté l’utilisation parallèle de deux appareils de chauffage.

Mon père et moi sortons en pyjama sur le palier, pour jeter un coup d’œil aux fusibles. J’avais déjà remarqué que même sans clim, mon compteur tournait à toute vitesse, par rapport à celui des voisins. A coup sûr ils ne se chauffaient pas et n’avais pas d’ordinateur. A posteriori, je crois qu’ils ne devaient pas non plus être équipés de la télé. Ni d’un frigo. Seules leur restait la lumière et la radio.

Nous admirons mon archaïque tableau électrique. Qui semble tout droit venu de l’antiquité. Il est équipé de fusibles à l’ancienne: de petits compartiments de porcelaine, sur lesquels sont tendus des fils de plomb, qui fondent en cas de surintensité électrique. (Merci Papa pour l’explication magistrale!) Bref, il nous faut un nouveau fil.Vieux fusiblesSource

 

Où le naturel revient au galop…

Attirés par le tintamarre, les voisins montrent le bout de leur nez. Oh! Encore plus d’étrangers! Alors là, ça vaut carrément le coup! Mort de rire, le monsieur constate que nous n’avons plus l’électricité.

Il disparaît chez lui alors que sa femme sort. Elle est toute ronde dans son pyjama molletonné. Elle aperçoit ma mère, s’approche d’elle et la pointe du doigt. Je fais les présentations sommaires. « Elle a quel âge? » Aiguillée par la curiosité, la vieille dame a su trouver quelques mots de mandarin. Je date ma mère. Puis mon père. Satisfaite, la vénérable voisine fait un petit tour du propriétaire avant de repartir sans un mot.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le sauvetage héroïque de mon chauffe-eau

Au lendemain, il faisait très froid dans l’appartement. Une petite douche pour se revigorer? Avec sa fenêtre qui ne ferme pas, on se sent ragaillardi dès l’entrée! Cela m’a bien valu de sauter quelques toilettes matinales, par baisse aiguë de motivation…

Par ailleurs, mon chauffe-eau était capricieux. Parfois il m’ébouillantait dès les premières secondes. Les mauvais jours, je devais attendre de longues minutes avant qu’il ne consente à accomplir son office. Ou pas. Chaque semaine, il devenait plus lunatique. Je vivais ma douche matinale comme un châtiment.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

C’est une époque où l’on utilisait encore les dictionnaires papier. C’était lent. J’avais donc préparé le vocabulaire technique. Et pré-écrit une longue tirade explicative. Ca sonne. Puis ça décroche. Je me lance d’un seul trait. Sans reprendre ma respiration. Ouf, j’ai tout expliqué! Une voix résonne au bout de la ligne. « Mais vous êtes qui? » « Et vous voulez quoi? » Crotte il n’a rien compris!

Je recommence, je reformule, mais je manque de mots. J’ai chaud et je transpire. Je termine la conversation en tee-shirt. Le visage empourpré. Il a compris! Je dois donc ouvrir la machine du diable, en extraire la batterie défectueuse et la faire remplacer. Il me remboursera.

Je cours les échoppes sombres. On me renvoie d’ici et de là. La batterie est d’un modèle coréen rare et ancestral. Enorme. Un vieux commerçant diligent et bidouilleur me prend finalement sous son aile. Il appelle deux ou trois amis. Me trouve la précieuse. Je l’installe en retenant mon souffle. Victoire: j’ai rétabli l’eau chaude!

 

Le casse-tête du linge humide

Plus de linge propre? J’avais la chance d’être équipée d’une machine à laver, confort dont jouissaient bien peu de mes voisins. Elle fonctionnait à l’eau froide. Ca ne lavait pas si bien. Surtout les jours où l’eau était très jaune. Mais ça lavait quand même. On pouvait l’ouvrir en plein fonctionnement, à n’importe quel moment, puis regarder les habits et la mousse tourner.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Menues hontes de voisinage

Les habits tenaient par des pinces à linge spéciales, à l’accroche bombée. Mais dont le mécanisme n’était pas toujours suffisamment rigide. Je tiens la perche à bout de bras. Mais un coup de vent emporte alors un tee-shirt, qui se prend dans le chambranle. Il se détache. Je rentre la perche. Je descends mes quatre étages à toute allure avant qu’un voisin ne remarque la chute. Si j’arrive trop tard, deux ou trois commères sont déjà attroupées et commentent l’objet. Je dois alors fendre la foule et récupérer mon bien, la queue entre les jambes, sous les rires joyeux des badauds.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le debut d’une longue histoire

Je suis rentrée en France six mois plus tard.

De cette année, j’ai gardé le plaisir et le goût de vivre ailleurs. De m’arrêter et de regarder. Sourire aux badauds. Observer le petit vendeur du bas de l’immeuble, qui dépèce et vend ses serpents pour faire de la soupe. Parfois chercher des heures comment faire un double de clé ou acheter un tournevis. Rapporter mes bouteilles de bière à la mémé du bas qui en tirera un demi yuan. S’arrêter ensuite auprès des vendeurs de rue et essayer les spécialités inconnues. Mêmes nauséabondes.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

De cette année, j’ai aussi gardé le goût de la découverte et de l’inattendu. Le plaisir de s’ouvrir à l’autre. Même si ça prend du temps. Pour moi du moins.

De cette année j’ai gardé un profond amour de la Chine. J’y suis retournée et j’en suis repartie plusieurs fois: les hasards de la vie. Trois ans plus tard, j’y ai rencontré Papa-Tout-Terrain. Il atterrissait alors tout juste à Shanghai. A notre premier rendez-vous, je l’ai invité dans un boui-boui d’un quartier populaire. Manger avec les doigts des écrevisses épicées. On les décortiquait à la main, les bras chaussés d’immenses gants en sacs plastiques. Il n’y avait pas un étranger à la ronde. Il m’a crue folle, ce jour-là. Mais j’ai quand même fini par l’épouser.

 

 

 

Note: J’ai malheureusement perdu l’ensemble de mes photos de Shanghai, de cette époque. La majorité des illustrations de ce billet sont donc des photos de Xitang, une jolie ville d’eau, proche de Shanghai.

 

 

Invitation chez notre voisin japonais

 

Quelques temps forts de l’invitation chez notre voisin japonais, le week-end dernier….

Recevoir la famille Tout-Terrain a mis à rude épreuve le savoir-vivre de notre adorable ami… mais le challenge a été relevé avec beaucoup de succès!

… Le Japonais est le blond de l’humanité…

Je l’écrivais déjà il y a quelques temps… mais ça se confirme!

 

invitation chez notre voisin japonais

 

Mes débuts en Chine

Je voulais vous parler de mes premiers voisins de Shanghai. Un couple de petits vieux tout ratatinés, adorablement souriants, curieux comme de petites fouines affectueuses, et authentiques comme on n’en verra bientôt plus à Shanghai. Mais pour comprendre mes voisins, il vous faut d’abord connaître mes débuts en Chine, mon quartier chinois, mon appartement, comment j’y ai atterri, et combien j’y ai souffert du froid et de la proximité « à la communiste ». Voici, en vrac, de beaux souvenirs et quelques anecdotes honteuses de ma découverte de la Chine. Mes voisins, eux, suivrons au prochain numéro.

Cette histoire a commencé en août 2004, quand je suis arrivée à Shanghai pour y étudier. Dans le taxi qui m’a ramenée de l’aéroport, j’ai entamé la conversation en mandarin avec le chauffeur, un escroc fort avenant. Il ne m’a fallu que quelques phrases pour découvrir que j’étais tout bonnement incompréhensible pour un Chinois normal.

Et j’ai payé ma course trois fois le prix normal.

 

Premières galères de mes débuts en Chine

Les premiers mois, j’ai vécu dans une résidence universitaire pour étrangers. C’est là que m’avaient aiguillée les organisateurs de mon échange. Ce que j’ignorais alors, c’est que je ne serais pas mélangée aux étudiants chinois. A l’origine, cette ségrégation prenait certainement ses racines dans des risques de déviance politique. La Chine s’ouvrait déjà beaucoup en 2004, et là n’était plus vraiment la question. J’ai toujours pu fréquenter tous les Chinois que je voulais, et conversé librement avec eux. En revanche, les chambres pour étrangers étaient simples ou doubles, quand les étudiants chinois vivaient à dix ou douze. Et ils n’avaient pas le chauffage.

Lilong - Shanghai - 2012

Mon absence de chinois et moi-même avons d’abord connu des temps difficiles. Les premières semaines, je n’ai pas réussi à trouver la cantine de l’université. Ni à la demander. J’ai découvert en revanche, un marché tout proche, qui me permettait de m’approvisionner en carottes. Que je mangeais crues. J’ai un jour tenté une sortie au restaurant. Faute de pouvoir déchiffrer la carte, j’ai montré à la serveuse une ligne au hasard. Elle m’a posé des tas de questions incompréhensibles. J’ai opiné du bonnet, d’un air décidé. Alors elle m’a servi un Coca. Et c’est tout. J’ai conclu, de retour chez moi, en un somptueux dessert de carottes crues.

Quelques mois plus tard, ayant travaillé le chinois d’arrache-pied, j’avais beaucoup progressé. La proximité avec les autres étrangers était très sympathique, mais je commençais à regretter de ne pas fréquenter de « vrais » Shanghaïens au quotidien. J’ai alors décidé de m’installer seule, dans un petit quartier modeste à côté de mon université.

 

L’accord du Parti Communiste

Il a d’abord fallu que j’obtienne l’autorisation de la branche locale du Parti Communiste. On ne s’installe pas n’ importe où sans l’aval du Parti. A l’endroit qu’on m’avait indiqué pour le rendez-vous, je suis tombée sur une grosse matrone rubiconde qui prenait un air important.

Comme il faisait très froid, elle m’a servi un verre de thé. Elle a sorti un de ces immense thermos qu’on voit partout en Chine traditionnelle. On y conserve l’eau, bouillie le matin, pour tous les besoins de la journée. Elle a versé l’eau dans un verre tout mou, tellement le plastique était fin. Puis déposé une pincée de feuilles de thé sur le tout. J’étais une invitée de marque: aux gens ordinaires, on n’offre que de l’eau chaude.

Ca ne m’arrangeait pas tellement cela dit, car la consommation de ce genre de boisson n’est pas aisée. Point de sachet ou de passoire: on faut composer avec les feuilles. Qui se jettent dans la bouche dès la première gorgée. Les Chinois les crachent par terre. Moi pas. Je n’arrive pas à me débarrasser de mes habitudes d’étrangère. J’essaie seulement de repousser les intruses avec la langue. Ou en soufflant du nez. (Habilement à cause du verre mollasson.) Au pire, j’avale discrètement. Tout en poursuivant ma conversation d’un air dégagé.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Après une première impression plutôt autoritaire, la dame s’est finalement montrée gentille à mon égard. Et surtout très curieuse de qui je pouvais être. Pas pour moi personnellement, mais pour l’Occident que je représentais. Elle m’a en particulier posé cette question savoureuse pour qui a déjà parcouru le monde: « Alors, vous parlez l’étranger? »

Au terme de l’entretien, magnanime, la représentante du Comite de Quartier m’accordait l’autorisation de m’installer sur ses terres.

 

Les lilong, quartiers traditionnels de Shanghai

J’allais donc habiter dans un lilong, un quartier traditionnel de Shanghai organisé à la sauce communiste. Concrètement, un lilong est un gros pâté de maisons entouré de grilles, avec de vieux gardes décoratifs aux entrées. A l’intérieur, des allées rectilignes et toutes semblables. Bordées de bâtiments robustes, carrés et gris. Tous identiques. Sur la face nord des bâtiments, des escaliers mènent aux appartements. Toutes les fenêtres donnent sur le sud. Elles sont équipées d’un grand cadre métallique horizontal, sur lequel on couche de longues perches de bambou pour faire sécher son linge.

L’organisation urbaine communiste visait à l’origine à limiter les mobilités géographiques. Chaque quartier était équipé de l’ensemble des services nécessaires au quotidien. On y trouvait tout: l’épicerie, le cordonnier, la cantine, le dispensaire, l’école… Pas besoin d’aller plus loin. Et puis, hors de son quartier, on perdait ses droits à la gratuite scolaire et médicale.

Les gens qui vivent dans les lilong y habitent généralement depuis longtemps. Ils n’ont pas acheté leur logement: il leur a été distribue par l’Etat. Au jour où la propriété privée a été reconnue, l’appartement qu’ils occupaient est devenu le leur. A Shanghai, où le prix de l’immobilier a flambé, des tas de gens sont ainsi devenus riches sans lever le petit doigt. Aujourd’hui, beaucoup de lilong ont vieilli. Ce sont surtout des personnes âgées qui les habitent. Certains appartements vides servent d’adresse pour domicilier un enfant dans une « bonne » zone scolaire.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Nombreux lilong sont désormais en passe d’être détruits. C’est triste pour l’esprit de quartier. Mais compréhensible pour des questions de confort et de sécurité. Le jour où le quartier sera racheté pour être « réhabilité », ce sera le jackpot pour les habitants. En l’attente, beaucoup de Chinois conservent leur appartement. Même s’il est vide et hors d’état d’être utilisé.

 

A la recherche d’un cocon douillet

Un agent immobilier m’a fait visiter des dizaines d’appartements. Il était ravi de promener une étrangère et me présentait toujours à des tas de gens. J’étais au moins aussi ravie que lui. C’était pour moi une chance inespérée de visiter les intérieurs de « vrais » Chinois. Et l’occasion de papoter dans mon mandarin approximatif. Je lui racontais ma vie qu’il racontait ensuite à qui voulait l’entendre. En shanghaïen, souvent, parce que la vieille génération ne parlait pas toujours mandarin.

Une question revenait souvent. Est ce que j’étais mariée? (Non.) Comprenez un peu: il ne fallait pas que je devienne trop vieille. J’avais l’air bien en âge. D’ailleurs, si j’étais intéressée, il y avait plusieurs beaux partis à me présenter: de jeunes hommes qui possédaient une voiture! (Seuls 1 à 2% des Shanghaïens possédait alors une voiture.) C’était un signe évident de richesse, et donc, un facteur d’attractivité majeur auprès des fiancées potentielles. L’argument de vente n’a pas suffi à me convaincre: je suis très fleur bleue. J’ai décliné poliment.

J’avais de grandes espérances, quant à mon futur appartement. Mais j’ai vite revu mes prétentions à la baisse, une fois confrontée à la réalité de quelques visites. Il me faudrait d’abord me résigner à avoir froid. Les montants des fenêtres n’étaient jamais découpés droit, et laissaient passer plusieurs millimètres d’un froid cinglant et sifflant, entre les interstices d’avec les murs. Les portes ne fermaient pas jusqu’au plancher, non plus. A quoi bon, dans ces conditions? Et souvent, la cuisine, avec brûleurs au gaz, était ouverte sur l’extérieur, par crainte des accidents. Pourquoi se gêner…

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Le froid

Il est normal à Shanghai d’avoir froid l’hiver. Dans les années soixante, les communistes n’avaient pas assez de charbon pour chauffer tout le pays. Ils ont alors découpé la Chine en deux. Le nord serait chauffé. (Ce n’est que justice pour les habitants de Harbin qui subissent des températures de trente degrés en dessous de zéro.) Mais point de chauffage pour le sud. Par malchance, Shanghai s’est retrouvée tout au nord du sud. Pourtant, il y fait plutôt froid l’hiver. Et humide, aussi. Bref, un climat idéal!…

 

Les Shanghaïens sont habitués à ces conditions glaciales. Ils vivent six mois de l’année en doudoune molletonnée et en bonnet, dans leur appartement. J’ai parfois été invitée à manger chez des locaux: on passe à table en manteau, en bonnet et avec des mitaines. (Les gants, ce n’est vraiment pas pratique pour manœuvrer les baguettes!)

 

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu les plus grandes difficultés à m’habituer au froid chez moi. Certains jours ont été franchement rudes. Je garde en particulier un traumatisme vivace de la fois où j’ai retrouvé un bol d’eau qui avait congelé… dans l’évier de ma cuisine.

Par bonheur, j’avais tout de même un appartement « climatisé », ce qui n’était pas systématique dans mon quartier. En utilisant la climatisation en mode inversé, je pouvais chauffer la chambre à une quinzaine de degrés. C’était suffisant pour survivre. Et aussi pour faire littéralement suffoquer une amie chinoise en visite. Par politesse, j’avais poussé un peu la clim. Mais par politesse, elle avait refusé. Par politesse toujours, j’avais laissé le chaud. Je l’avais vue alors tourner au rouge pivoine, puis se dévêtir couche après couche d’une superposition incroyable d’habits molletonnés, avant de me supplier d’éteindre le chauffage. Ce n’était pas de la politesse, donc. Elle avait vraiment très chaud.

 

Cuisine et salle de bain: le grand luxe!

J’ai trouvé mon appartement en quelques jours, grâce à la patience et au zèle de mon agent immobilier. Sans surprise, j’y étais mal chauffée. Mais mon ange gardien avait néanmoins fait des merveilles en me dénichant un endroit équipé de la fine fleur du confort moderne: une cuisine et une salle de bains.

Au cours des premières visites, j’avais en effet découvert avec stupéfaction que de nombreux appartement ne possédaient pas de cuisine. Dans ces cas-là, le couloir d’accès était équipé de deux ou trois brûleurs à gaz, partagés avec les voisins directs, et sur lequel chacun cuisinait à tour de rôle. L’évier était soit dans la maison, soit également sur le palier. Malgré mon esprit aventurier, je n’ai pas franchi le pas. La notion de ce qui est privé était trop importante à mes yeux. Recadrage avec l’agent. Tant que vous y êtes, ça serait super sympa aussi d’avoir une salle de bain, d’ailleurs…

Je ne l’avais jamais réalisé avant… Mais à la réflexion… Ca alors, c’est vrai que je n’avais pas vu de salle de bain chez la plupart de mes amis shanghaïens! En y regardant mieux, lors des invitations chez mes copains chinois, les produits pour se laver étaient la plupart du temps rangés en rang d’oignon le long de l’évier. Et en sortant des toilettes, on m’orientait vers le point d’eau de la cuisine, pour me laver les mains. D’ailleurs, après avoir fait le tour des lieux (les appartements de la Chine communiste sont vraiment tout petits), il ne restait de toute évidence aucune porte cachée, qui aurait pu dissimuler une salle d’eau.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Prête à emménager

Bref, l’appartement dégoté par mon agent m’a sur le moment semblé un petit miracle. J’avais une chambre, un salon, et une pièce centrale de vie, dans laquelle avaient été découpées à la serpe une petite cuisine et une minuscule salle de bains. Les cloisons étaient mal finies et un peu bancales, mais le confort moderne était là!

Mon appartement devait compter trente ou trente-cinq mètres carrés. Soit cinquante-cinq mètres carrés sur le contrat, car en Chine, on compte aussi la surface des murs, le palier, et le paillasson des voisins. « Mais c’est un logement pour au moins quatre personnes! », me feront remarquer des voisins. « Vous devez vous y sentir seule… » Dans cette Chine si densément peuplée, la promiscuité est en effet la norme.

A l’heure de mon installation, je crois que j’étais attendue dans le voisinage comme une riche étrangère un peu excentrique… Je pense ne pas les avoir déçus. Moi en tout cas, je n’ai pas été déçue…

 

(La suite est ici…)

 

 

Quelques kilos en trop…

Il me reste bien quelques kilos en trop, vestiges de ma dernière grossesse…

… et malheur…

… il m’a bien semblé que les enfants les avaient également remarqués…

 

Quelques kilos en trop...

 

Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

Ce qui nous revient de l’école…

C’est certain: grâce à l’école le niveau d’anglais des garçons a beaucoup progressé cette année…

                                 …pour le meilleur et pour le pire…

 

La controverse du barbecue thaï en famille

Papa-Tout-Terrain est intrépide. Mais moins que moi. Si vous lui demandez son avis, il vous dira certainement que je suis une insensée téméraire, adepte des équipées les plus extravagantes avec les enfants. De la naît la controverse. Il m’accuse d’inconscience. Mais pas du tout. C’est lui qui est pusillanime. Jugez plutôt sur pièce, avec l’affaire du barbecue thaï

Nous sommes sortis, affamés, du parc de Khao Phra Wihan. La région est particulièrement reculée. Par bonheur –béni soit Google Map- je déniche un petit restaurant de derrière les fagots, visiblement réputé pour ses barbecues. Papa-Tout-Terrain fait une drôle de tête. Je crois qu’il préférerait manger un riz frit tout bête. Cette entreprise innovante lui semble fort périlleuse.

Barbecue thai des voisins

Il n’a pas forcement tort. Mais j’ai envie de nouveauté! Nous arrivons sur les lieux. C’est très sympathique, en plus! Et rural. Une grosse botte de foin bloque ma porte de voiture. Je me contorsionne pour sortir et délivrer Miss-Trois via le coffre. A moins qu’il ne s’agisse d’un acte manqué de la part de Papa-Tout-Terrain, qui aurait aussi pu garer la voiture ailleurs…

 

L’installation

Nous mangerons dans des cabanons individuels, alignés autour du corps principal de l’établissement. C’est très pimpant! Et un peu chaud, aussi, sous les toits de tôle ondulée. Papa-Tout-Terrain ne dit rien mais n’en pense pas moins. Ca se voit à sa tête. Et vu que c’est mon idée tordue, il me laisse me débrouiller seule avec la serveuse qui ne parle pas un mot d’anglais. Zut, en plus je ne vois pas de menu! Mais que diable allions-nous donc faire dans cette galère?…

Je commande de l’eau, prends un air tres digne, Miss-Trois sous le bras, et pars faire le tour des cahutes environnantes, histoire de voir ce que mangent les autres. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais, même s’il s’agit clairement d’un barbecue. Comment est-ce que je vais bien pouvoir commander?… Les voisins ne parlent pas anglais. Alors je mime avec adresse (et toujours Miss-trois à la main) la fille-qui-a-besoin-de-prendre-une-photo-de-leur-table-pour-pouvoir-commander. Je leur fais sûrement un peu peur parce que personne n’ose refuser. Je reviens avec un bon choix de tables couvertes de victuailles. Cela devrait m’inspirer dans la commande.

Barbecue thai des voisins

Quand je retourne à notre cabanon, quelqu’un a disposé sur la table un seau rempli de charbons ardents. La température a grimpé en flèche. On approche sûrement des quarante-cinq degrés. Celsius, bien entendu. Les enfants sont fascinés par les braises. Et Papa-Tout-Terrain a l’air fou de joie.

Miss-Trois semble trouver l’environnement à son goût. Elle se détend. Puis devient tout rouge. Le fumet délicat qui s’échappe alors de sa couche me confirme que c’est un code putois cynique. Mais que diable allions nous bien faire dans cette galère?

 

La commande

La serveuse arrive. Papa-Tout-Terrain prend la tête la plus absente possible. Ca marche, puisque la dame s’adresse à moi du coup. Elle me dit un truc en thaï. Je lui dis un truc en français et lui montre les photos des voisins. Elle me fait signe de la suivre. Chouette, je crois bien que je vais aller choisir en cuisine! Je jette un coup d’œil à Papa-Tout-Terrain qui regarde ses pieds. Je soupire, m’empare du bébé malodorant d’un air dégagé, et emboîte le pas de la jeune femme.

(Si tu me lis mon chéri, je t’aime. Je t’aime tel que tu es et avec tous tes défauts.)

Barbecue thai des voisins

Je me retrouve devant un frigo monumental, juste sous le nez du patron. Il y a des tas de viandes, de poissons et de crustacées. On m’équipe d’une pince et d’un bol et tout s’éclaire: je n’ai plus qu’à choisir ce qu’on va faire griller! Les pinces glissent et le bébé se contorsionne pour attraper des bouts de nourriture au vol. Ma performance est digne d’un sioux acrobate. Le patron me considère d’un œil amusé. Il me rajoute même un gros bout de graisse. Hum, c’est sympa. Ca ne m’inspire pas tellement, mais je le laisse faire poliment.

Je reviens triomphante avec mon bol de viandes. A son regard noir surplombé de petits nuages orageux, je sens tout de suite Papa-Tout-Terrain très chaud. Au sens propre il l’est en tout cas. Il a pris une belle teinte rubiconde à la faveur des braises. Les garçons aussi. « Allez, à table! », je dis d’un air enjoué. « Mon chéri, tu veux bien m’aider à faire cuire la viande? »

Barbecue thai des voisins

 

L’erreur technique

Je n’ai pas le temps de musarder. J’attrape Miss-Trois, la plaque au sol et entreprends de circonscrire l’infection tandis que Petit-Deux lui immobilise les membres supérieurs. Heureusement que notre princesse est un bébé tout-terrain et de bonne composition. Rompue à ces gymnastiques cocasses, elle ne s’offusque en rien de l’environnement insolite.

Sur ces entre-fesses arrive la serveuse, qui a découvert Google translate. Elle me tend son téléphone. Une lingette à un stade avancé d’utilisation dans une main, un bébé pas encore propre dans l’autre, je lui fais signe que ce n’est pas vraiment le moment. Elle fait dire un truc à son téléphone que je ne comprends pas. Je me penche pour lire: Pan*. Hum. Je souris. Elle a l’air un peu paniquée. Elle me montre Papa-Tout-Terrain qui est en train de faire brûler sa viande. Je souris encore. Sourire ca marche à tous les coups.

Elle s’enfuit et revient avec un monsieur et un nouveau barbecue. Elle nous donne une plaque toute propre et plante le bout de graisse au sommet. Ah! Ca n’était donc vraiment pas normal que la viande brûle! Après cet ajustement technique, ca marche drôlement mieux… et c’est même très bon!

Notre barbecue thai

Bien vite, Miss-Trois a retrouvé l’apparence et l’odeur d’un joli bouton de rose. Petit-Un est ravi d’aider aux grillades. Petit-Deux adore la cahute. Et même Papa-Tout-Terrain avouera que la viande n’est pas mal du tout! C’était délicieux et on a bien rigolé! Alors reconnaissez-le, elle était très bien, mon idée, non?

 

*Sur le moment, j’étais bien loin de considérations sémantiques, mais a posteriori, je pense qu’il s’agissait de pan pour poêle en anglais, vu que la nôtre était justement en train de carboniser…