Où l’on cause de la petite graine …

Avec les vacances scolaires, les enfants restent beaucoup entre eux. Tant et si bien que la tension monte parfois un peu vite. Les noms d’oiseaux pourraient fuser, mais Maman est là qui veille au grain. Et qui, ô malheur, comprend même les grossièretés en anglais! Jamais à court de créativité lorsqu’il s’agit d’irriter leur prochain, les garçons ont, du coup, développé un nouveau concept, celui de la petite graine …

La petite graine, c’est le bébé. Celui qui est trop petit pour prétendre aux activités intéressantes ou à l’autonomie.

Mais où s’arrêtera l’escalade sémantique?…

La petite graine

 

 

Mes voisins de Chine

Je suis entrée dans mon appartement chinois un jour glacé de janvier. J’ai traversé mon nouveau quartier en tirant une valise qui pesait un dragon mort. Et deux ou trois sacs. Cet événement palpitant a alimenté quelques minutes la gouaille des matrones du quartier. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de si lourd dans les valises d’un étranger? Elles m’ont ensuite sitôt oubliée.

J’ai monté les quatre étages de mes escaliers de bois qui craquaient.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

J’ai posé à terre mon monceau de paquets. Et me suis enfin attaquée aux serrures compliquées de ma double porte. Tout le monde a deux portes. Une porte normale. Généralement mal ajustée et pas isolante. Et une porte à barreaux métalliques. Celle-ci devait me protéger des voleurs, très redoutés en Chine, rapport aux messages alarmants des medias. Cela dit, le métal, léger et de mauvaise qualité, ne pourrait sans doute pas résister à une petite cuillère…

 

Première introduction

J’ai d’abord traîné la valise à l’intérieur. Et suis ressortie pour… Tiens, il y a quelqu’un chez moi! Deux, même. Deux personnes très âgées, qui apparaissent en ombres chinoises et en chaussettes, dans mon entrée. Ils m’observent avec intérêt. La dame a poussé l’un de mes sacs à l’intérieur.

Je leur dit bonjour en mandarin. Ils restent de marbre. Ils continuent à me dévisager. J’esquisse un sourire un peu crispé. Et sors chercher mes derniers sacs. La vieille dame se rapproche d’un cabas mal fermé, dont elle soulève une languette. Du bout des doigts, l’air de rien. Elle observe attentivement l’intérieur, se déplaçant tout autour pour essayer d’en voir plus sans trop toucher. Le vieux monsieur, lui, est passionné par l’architecture intérieure de mon appartement. Il fait pivoter les portes, observe les moulures et tape sur les murs. Ca sonne creux.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

A force de persistance, je finis par comprendre qu’ils sont mes voisins de palier. Tant bien que mal, ils apprennent à leur tour que je suis française et que je m’appelle Bailan.

 

Mon prénom chinois

En Chine, je m’appelle Bailan. Mon nom a été choisi par une amie sichuanaise, en France, avant mon départ. Bai veut dire blanc, et Lan veut dire orchidée. J’ai été baptisée ainsi parce que les caractères chinois sont faciles à écrire. (Mon amie Fangfang est très avisée!) Et pour la consonance d’avec mon nom de baptême.

Bailan

C’était cool et exotique d’avoir un nom chinois. Mais je ne pensais pas vraiment en faire usage. Après tout, en France, mes copains chinois avaient tous gardé leurs noms d’origine.

Installation à l’université. Démarches pour l’obtention d’un visa longue durée. « Votre nom? » La dame de l’immigration a le teint jaune d’un vieux journal, la voix monocorde et le visage las. Je donne mon nom français. « Votre nom chinois… » Euh… Sans réponse, elle transcrit alors phonétiquement mon patronyme français en caractères. « Recopiez ça ici… » Pfff, il y a sept idéogrammes, tous plus compliqués les uns que les autres. Je ruine son premier formulaire. Madame, je peux encore changer de nom, en fait?

Bailan avait ressurgi, et ne devait plus me quitter. J’ai changé de nom du jour au lendemain. Dans l’administration, à l’université, sur le contrat de mon logement, à la banque, auprès de mes copains, et plus tard au travail… C’est une expérience curieuse et déstabilisante que de devenir quelqu’un d’autre, en l’espace de quelques jours.

Petite fille a Xitang

Ce prénom fait aujourd’hui vraiment partie de moi. Il est tombé en désuétude depuis notre installation en Thaïlande. Mais je l’entends toujours avec un serrement de cœur. Il est la partie chinoise de moi-même.

 

Les petites habitudes de mes voisins de Chine

Je reprends. Dans tout ça, mes voisins sont encore au milieu de mon appartement. Sans intention de regagner leurs pénates. La dame, plus expressive, m’a même invitée d’un geste à démarrer mon déballage.

Bon. J’ai laissé la porte ouverte. De toute façon il fait aussi froid dehors que dedans. Et entamé quelques menus travaux. Déplacé la fontaine à eau. (On ne boit pas au robinet en Chine). Puis bougé la table, aussi. Pas le canapé parce qu’il y avait le mari dessus. La dame a filé dans la cuisine. Regardé dans mes placards. Ils étaient vides, naturellement.

Je passe un coup dans la salle de bain. Un froufroutement léger. Puis un claquement de porte. Je sors la tête: ils sont partis. Ils devaient en avoir assez et sont partis. Sans dire au revoir. Car la politesse chinoise ne s’encombre pas de ces contingences.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

Plus gênant, ils s’intéressaient à mes poubelles. Ils n’étaient pas les seuls: d’autres curieux du quartier également. Quand je descendais mon petit sac, ils m’apostrophaient. Vidaient ma poubelle sous mes yeux. Puis l’observaient. Récupéraient parfois des matériaux qui seraient revendus ou recyclés. Enfin, remettaient le tout dans le sac et me le rendaient. Mais ça, je n’aimais pas. J’ai fini par descendre mes ordures la nuit. Ou les cacher dans mon sac de cours, et les jeter sur le chemin de l’université.

Un jour seulement ils sont revenus, pour montrer mon appartement à leur fille.

Toutes les nuits, je les entendais ronfler.

 

Mes voisins de Chine et l’électricité

Mais un soir, mes voisins m’ont vraiment sauvé la mise.

Mes parents et ma sœur étaient en visite. L’hiver était glacial. Nous avions démarré deux clims, histoire de nous réchauffer un peu avant de dormir. Il n’a pas fallu une minute avant le blackout. Le système électrique de mon appartement n’avait pas supporté l’utilisation parallèle de deux appareils de chauffage.

Mon père et moi sortons en pyjama sur le palier, pour jeter un coup d’œil aux fusibles. J’avais déjà remarqué que même sans clim, mon compteur tournait à toute vitesse, par rapport à celui des voisins. A coup sûr ils ne se chauffaient pas et n’avais pas d’ordinateur. A posteriori, je crois qu’ils ne devaient pas non plus être équipés de la télé. Ni d’un frigo. Seules leur restait la lumière et la radio.

Nous admirons mon archaïque tableau électrique. Qui semble tout droit venu de l’antiquité. Il est équipé de fusibles à l’ancienne: de petits compartiments de porcelaine, sur lesquels sont tendus des fils de plomb, qui fondent en cas de surintensité électrique. (Merci Papa pour l’explication magistrale!) Bref, il nous faut un nouveau fil.Vieux fusiblesSource

 

Où le naturel revient au galop…

Attirés par le tintamarre, les voisins montrent le bout de leur nez. Oh! Encore plus d’étrangers! Alors là, ça vaut carrément le coup! Mort de rire, le monsieur constate que nous n’avons plus l’électricité.

Il disparaît chez lui alors que sa femme sort. Elle est toute ronde dans son pyjama molletonné. Elle aperçoit ma mère, s’approche d’elle et la pointe du doigt. Je fais les présentations sommaires. « Elle a quel âge? » Aiguillée par la curiosité, la vieille dame a su trouver quelques mots de mandarin. Je date ma mère. Puis mon père. Satisfaite, la vénérable voisine fait un petit tour du propriétaire avant de repartir sans un mot.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le sauvetage héroïque de mon chauffe-eau

Au lendemain, il faisait très froid dans l’appartement. Une petite douche pour se revigorer? Avec sa fenêtre qui ne ferme pas, on se sent ragaillardi dès l’entrée! Cela m’a bien valu de sauter quelques toilettes matinales, par baisse aiguë de motivation…

Par ailleurs, mon chauffe-eau était capricieux. Parfois il m’ébouillantait dès les premières secondes. Les mauvais jours, je devais attendre de longues minutes avant qu’il ne consente à accomplir son office. Ou pas. Chaque semaine, il devenait plus lunatique. Je vivais ma douche matinale comme un châtiment.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

C’est une époque où l’on utilisait encore les dictionnaires papier. C’était lent. J’avais donc préparé le vocabulaire technique. Et pré-écrit une longue tirade explicative. Ca sonne. Puis ça décroche. Je me lance d’un seul trait. Sans reprendre ma respiration. Ouf, j’ai tout expliqué! Une voix résonne au bout de la ligne. « Mais vous êtes qui? » « Et vous voulez quoi? » Crotte il n’a rien compris!

Je recommence, je reformule, mais je manque de mots. J’ai chaud et je transpire. Je termine la conversation en tee-shirt. Le visage empourpré. Il a compris! Je dois donc ouvrir la machine du diable, en extraire la batterie défectueuse et la faire remplacer. Il me remboursera.

Je cours les échoppes sombres. On me renvoie d’ici et de là. La batterie est d’un modèle coréen rare et ancestral. Enorme. Un vieux commerçant diligent et bidouilleur me prend finalement sous son aile. Il appelle deux ou trois amis. Me trouve la précieuse. Je l’installe en retenant mon souffle. Victoire: j’ai rétabli l’eau chaude!

 

Le casse-tête du linge humide

Plus de linge propre? J’avais la chance d’être équipée d’une machine à laver, confort dont jouissaient bien peu de mes voisins. Elle fonctionnait à l’eau froide. Ca ne lavait pas si bien. Surtout les jours où l’eau était très jaune. Mais ça lavait quand même. On pouvait l’ouvrir en plein fonctionnement, à n’importe quel moment, puis regarder les habits et la mousse tourner.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Menues hontes de voisinage

Les habits tenaient par des pinces à linge spéciales, à l’accroche bombée. Mais dont le mécanisme n’était pas toujours suffisamment rigide. Je tiens la perche à bout de bras. Mais un coup de vent emporte alors un tee-shirt, qui se prend dans le chambranle. Il se détache. Je rentre la perche. Je descends mes quatre étages à toute allure avant qu’un voisin ne remarque la chute. Si j’arrive trop tard, deux ou trois commères sont déjà attroupées et commentent l’objet. Je dois alors fendre la foule et récupérer mon bien, la queue entre les jambes, sous les rires joyeux des badauds.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le debut d’une longue histoire

Je suis rentrée en France six mois plus tard.

De cette année, j’ai gardé le plaisir et le goût de vivre ailleurs. De m’arrêter et de regarder. Sourire aux badauds. Observer le petit vendeur du bas de l’immeuble, qui dépèce et vend ses serpents pour faire de la soupe. Parfois chercher des heures comment faire un double de clé ou acheter un tournevis. Rapporter mes bouteilles de bière à la mémé du bas qui en tirera un demi yuan. S’arrêter ensuite auprès des vendeurs de rue et essayer les spécialités inconnues. Mêmes nauséabondes.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

De cette année, j’ai aussi gardé le goût de la découverte et de l’inattendu. Le plaisir de s’ouvrir à l’autre. Même si ça prend du temps. Pour moi du moins.

De cette année j’ai gardé un profond amour de la Chine. J’y suis retournée et j’en suis repartie plusieurs fois: les hasards de la vie. Trois ans plus tard, j’y ai rencontré Papa-Tout-Terrain. Il atterrissait alors tout juste à Shanghai. A notre premier rendez-vous, je l’ai invité dans un boui-boui d’un quartier populaire. Manger avec les doigts des écrevisses épicées. On les décortiquait à la main, les bras chaussés d’immenses gants en sacs plastiques. Il n’y avait pas un étranger à la ronde. Il m’a crue folle, ce jour-là. Mais j’ai quand même fini par l’épouser.

 

 

 

Note: J’ai malheureusement perdu l’ensemble de mes photos de Shanghai, de cette époque. La majorité des illustrations de ce billet sont donc des photos de Xitang, une jolie ville d’eau, proche de Shanghai.

 

 

Invitation chez notre voisin japonais

 

Quelques temps forts de l’invitation chez notre voisin japonais, le week-end dernier….

Recevoir la famille Tout-Terrain a mis à rude épreuve le savoir-vivre de notre adorable ami… mais le challenge a été relevé avec beaucoup de succès!

… Le Japonais est le blond de l’humanité…

Je l’écrivais déjà il y a quelques temps… mais ça se confirme!

 

invitation chez notre voisin japonais

 

Mes débuts en Chine

Je voulais vous parler de mes premiers voisins de Shanghai. Un couple de petits vieux tout ratatinés, adorablement souriants, curieux comme de petites fouines affectueuses, et authentiques comme on n’en verra bientôt plus à Shanghai. Mais pour comprendre mes voisins, il vous faut d’abord connaître mes débuts en Chine, mon quartier chinois, mon appartement, comment j’y ai atterri, et combien j’y ai souffert du froid et de la proximité « à la communiste ». Voici, en vrac, de beaux souvenirs et quelques anecdotes honteuses de ma découverte de la Chine. Mes voisins, eux, suivrons au prochain numéro.

Cette histoire a commencé en août 2004, quand je suis arrivée à Shanghai pour y étudier. Dans le taxi qui m’a ramenée de l’aéroport, j’ai entamé la conversation en mandarin avec le chauffeur, un escroc fort avenant. Il ne m’a fallu que quelques phrases pour découvrir que j’étais tout bonnement incompréhensible pour un Chinois normal.

Et j’ai payé ma course trois fois le prix normal.

 

Premières galères de mes débuts en Chine

Les premiers mois, j’ai vécu dans une résidence universitaire pour étrangers. C’est là que m’avaient aiguillée les organisateurs de mon échange. Ce que j’ignorais alors, c’est que je ne serais pas mélangée aux étudiants chinois. A l’origine, cette ségrégation prenait certainement ses racines dans des risques de déviance politique. La Chine s’ouvrait déjà beaucoup en 2004, et là n’était plus vraiment la question. J’ai toujours pu fréquenter tous les Chinois que je voulais, et conversé librement avec eux. En revanche, les chambres pour étrangers étaient simples ou doubles, quand les étudiants chinois vivaient à dix ou douze. Et ils n’avaient pas le chauffage.

Lilong - Shanghai - 2012

Mon absence de chinois et moi-même avons d’abord connu des temps difficiles. Les premières semaines, je n’ai pas réussi à trouver la cantine de l’université. Ni à la demander. J’ai découvert en revanche, un marché tout proche, qui me permettait de m’approvisionner en carottes. Que je mangeais crues. J’ai un jour tenté une sortie au restaurant. Faute de pouvoir déchiffrer la carte, j’ai montré à la serveuse une ligne au hasard. Elle m’a posé des tas de questions incompréhensibles. J’ai opiné du bonnet, d’un air décidé. Alors elle m’a servi un Coca. Et c’est tout. J’ai conclu, de retour chez moi, en un somptueux dessert de carottes crues.

Quelques mois plus tard, ayant travaillé le chinois d’arrache-pied, j’avais beaucoup progressé. La proximité avec les autres étrangers était très sympathique, mais je commençais à regretter de ne pas fréquenter de « vrais » Shanghaïens au quotidien. J’ai alors décidé de m’installer seule, dans un petit quartier modeste à côté de mon université.

 

L’accord du Parti Communiste

Il a d’abord fallu que j’obtienne l’autorisation de la branche locale du Parti Communiste. On ne s’installe pas n’ importe où sans l’aval du Parti. A l’endroit qu’on m’avait indiqué pour le rendez-vous, je suis tombée sur une grosse matrone rubiconde qui prenait un air important.

Comme il faisait très froid, elle m’a servi un verre de thé. Elle a sorti un de ces immense thermos qu’on voit partout en Chine traditionnelle. On y conserve l’eau, bouillie le matin, pour tous les besoins de la journée. Elle a versé l’eau dans un verre tout mou, tellement le plastique était fin. Puis déposé une pincée de feuilles de thé sur le tout. J’étais une invitée de marque: aux gens ordinaires, on n’offre que de l’eau chaude.

Ca ne m’arrangeait pas tellement cela dit, car la consommation de ce genre de boisson n’est pas aisée. Point de sachet ou de passoire: on faut composer avec les feuilles. Qui se jettent dans la bouche dès la première gorgée. Les Chinois les crachent par terre. Moi pas. Je n’arrive pas à me débarrasser de mes habitudes d’étrangère. J’essaie seulement de repousser les intruses avec la langue. Ou en soufflant du nez. (Habilement à cause du verre mollasson.) Au pire, j’avale discrètement. Tout en poursuivant ma conversation d’un air dégagé.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Après une première impression plutôt autoritaire, la dame s’est finalement montrée gentille à mon égard. Et surtout très curieuse de qui je pouvais être. Pas pour moi personnellement, mais pour l’Occident que je représentais. Elle m’a en particulier posé cette question savoureuse pour qui a déjà parcouru le monde: « Alors, vous parlez l’étranger? »

Au terme de l’entretien, magnanime, la représentante du Comite de Quartier m’accordait l’autorisation de m’installer sur ses terres.

 

Les lilong, quartiers traditionnels de Shanghai

J’allais donc habiter dans un lilong, un quartier traditionnel de Shanghai organisé à la sauce communiste. Concrètement, un lilong est un gros pâté de maisons entouré de grilles, avec de vieux gardes décoratifs aux entrées. A l’intérieur, des allées rectilignes et toutes semblables. Bordées de bâtiments robustes, carrés et gris. Tous identiques. Sur la face nord des bâtiments, des escaliers mènent aux appartements. Toutes les fenêtres donnent sur le sud. Elles sont équipées d’un grand cadre métallique horizontal, sur lequel on couche de longues perches de bambou pour faire sécher son linge.

L’organisation urbaine communiste visait à l’origine à limiter les mobilités géographiques. Chaque quartier était équipé de l’ensemble des services nécessaires au quotidien. On y trouvait tout: l’épicerie, le cordonnier, la cantine, le dispensaire, l’école… Pas besoin d’aller plus loin. Et puis, hors de son quartier, on perdait ses droits à la gratuite scolaire et médicale.

Les gens qui vivent dans les lilong y habitent généralement depuis longtemps. Ils n’ont pas acheté leur logement: il leur a été distribue par l’Etat. Au jour où la propriété privée a été reconnue, l’appartement qu’ils occupaient est devenu le leur. A Shanghai, où le prix de l’immobilier a flambé, des tas de gens sont ainsi devenus riches sans lever le petit doigt. Aujourd’hui, beaucoup de lilong ont vieilli. Ce sont surtout des personnes âgées qui les habitent. Certains appartements vides servent d’adresse pour domicilier un enfant dans une « bonne » zone scolaire.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

Nombreux lilong sont désormais en passe d’être détruits. C’est triste pour l’esprit de quartier. Mais compréhensible pour des questions de confort et de sécurité. Le jour où le quartier sera racheté pour être « réhabilité », ce sera le jackpot pour les habitants. En l’attente, beaucoup de Chinois conservent leur appartement. Même s’il est vide et hors d’état d’être utilisé.

 

A la recherche d’un cocon douillet

Un agent immobilier m’a fait visiter des dizaines d’appartements. Il était ravi de promener une étrangère et me présentait toujours à des tas de gens. J’étais au moins aussi ravie que lui. C’était pour moi une chance inespérée de visiter les intérieurs de « vrais » Chinois. Et l’occasion de papoter dans mon mandarin approximatif. Je lui racontais ma vie qu’il racontait ensuite à qui voulait l’entendre. En shanghaïen, souvent, parce que la vieille génération ne parlait pas toujours mandarin.

Une question revenait souvent. Est ce que j’étais mariée? (Non.) Comprenez un peu: il ne fallait pas que je devienne trop vieille. J’avais l’air bien en âge. D’ailleurs, si j’étais intéressée, il y avait plusieurs beaux partis à me présenter: de jeunes hommes qui possédaient une voiture! (Seuls 1 à 2% des Shanghaïens possédait alors une voiture.) C’était un signe évident de richesse, et donc, un facteur d’attractivité majeur auprès des fiancées potentielles. L’argument de vente n’a pas suffi à me convaincre: je suis très fleur bleue. J’ai décliné poliment.

J’avais de grandes espérances, quant à mon futur appartement. Mais j’ai vite revu mes prétentions à la baisse, une fois confrontée à la réalité de quelques visites. Il me faudrait d’abord me résigner à avoir froid. Les montants des fenêtres n’étaient jamais découpés droit, et laissaient passer plusieurs millimètres d’un froid cinglant et sifflant, entre les interstices d’avec les murs. Les portes ne fermaient pas jusqu’au plancher, non plus. A quoi bon, dans ces conditions? Et souvent, la cuisine, avec brûleurs au gaz, était ouverte sur l’extérieur, par crainte des accidents. Pourquoi se gêner…

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Le froid

Il est normal à Shanghai d’avoir froid l’hiver. Dans les années soixante, les communistes n’avaient pas assez de charbon pour chauffer tout le pays. Ils ont alors découpé la Chine en deux. Le nord serait chauffé. (Ce n’est que justice pour les habitants de Harbin qui subissent des températures de trente degrés en dessous de zéro.) Mais point de chauffage pour le sud. Par malchance, Shanghai s’est retrouvée tout au nord du sud. Pourtant, il y fait plutôt froid l’hiver. Et humide, aussi. Bref, un climat idéal!…

 

Les Shanghaïens sont habitués à ces conditions glaciales. Ils vivent six mois de l’année en doudoune molletonnée et en bonnet, dans leur appartement. J’ai parfois été invitée à manger chez des locaux: on passe à table en manteau, en bonnet et avec des mitaines. (Les gants, ce n’est vraiment pas pratique pour manœuvrer les baguettes!)

 

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu les plus grandes difficultés à m’habituer au froid chez moi. Certains jours ont été franchement rudes. Je garde en particulier un traumatisme vivace de la fois où j’ai retrouvé un bol d’eau qui avait congelé… dans l’évier de ma cuisine.

Par bonheur, j’avais tout de même un appartement « climatisé », ce qui n’était pas systématique dans mon quartier. En utilisant la climatisation en mode inversé, je pouvais chauffer la chambre à une quinzaine de degrés. C’était suffisant pour survivre. Et aussi pour faire littéralement suffoquer une amie chinoise en visite. Par politesse, j’avais poussé un peu la clim. Mais par politesse, elle avait refusé. Par politesse toujours, j’avais laissé le chaud. Je l’avais vue alors tourner au rouge pivoine, puis se dévêtir couche après couche d’une superposition incroyable d’habits molletonnés, avant de me supplier d’éteindre le chauffage. Ce n’était pas de la politesse, donc. Elle avait vraiment très chaud.

 

Cuisine et salle de bain: le grand luxe!

J’ai trouvé mon appartement en quelques jours, grâce à la patience et au zèle de mon agent immobilier. Sans surprise, j’y étais mal chauffée. Mais mon ange gardien avait néanmoins fait des merveilles en me dénichant un endroit équipé de la fine fleur du confort moderne: une cuisine et une salle de bains.

Au cours des premières visites, j’avais en effet découvert avec stupéfaction que de nombreux appartement ne possédaient pas de cuisine. Dans ces cas-là, le couloir d’accès était équipé de deux ou trois brûleurs à gaz, partagés avec les voisins directs, et sur lequel chacun cuisinait à tour de rôle. L’évier était soit dans la maison, soit également sur le palier. Malgré mon esprit aventurier, je n’ai pas franchi le pas. La notion de ce qui est privé était trop importante à mes yeux. Recadrage avec l’agent. Tant que vous y êtes, ça serait super sympa aussi d’avoir une salle de bain, d’ailleurs…

Je ne l’avais jamais réalisé avant… Mais à la réflexion… Ca alors, c’est vrai que je n’avais pas vu de salle de bain chez la plupart de mes amis shanghaïens! En y regardant mieux, lors des invitations chez mes copains chinois, les produits pour se laver étaient la plupart du temps rangés en rang d’oignon le long de l’évier. Et en sortant des toilettes, on m’orientait vers le point d’eau de la cuisine, pour me laver les mains. D’ailleurs, après avoir fait le tour des lieux (les appartements de la Chine communiste sont vraiment tout petits), il ne restait de toute évidence aucune porte cachée, qui aurait pu dissimuler une salle d’eau.

Shanghai - quartier traditionnel - 2012

 

Prête à emménager

Bref, l’appartement dégoté par mon agent m’a sur le moment semblé un petit miracle. J’avais une chambre, un salon, et une pièce centrale de vie, dans laquelle avaient été découpées à la serpe une petite cuisine et une minuscule salle de bains. Les cloisons étaient mal finies et un peu bancales, mais le confort moderne était là!

Mon appartement devait compter trente ou trente-cinq mètres carrés. Soit cinquante-cinq mètres carrés sur le contrat, car en Chine, on compte aussi la surface des murs, le palier, et le paillasson des voisins. « Mais c’est un logement pour au moins quatre personnes! », me feront remarquer des voisins. « Vous devez vous y sentir seule… » Dans cette Chine si densément peuplée, la promiscuité est en effet la norme.

A l’heure de mon installation, je crois que j’étais attendue dans le voisinage comme une riche étrangère un peu excentrique… Je pense ne pas les avoir déçus. Moi en tout cas, je n’ai pas été déçue…

 

(La suite est ici…)

 

 

Quelques kilos en trop…

Il me reste bien quelques kilos en trop, vestiges de ma dernière grossesse…

… et malheur…

… il m’a bien semblé que les enfants les avaient également remarqués…

 

Quelques kilos en trop...

 

Ce qui nous revient de l’école…

C’est certain: grâce à l’école le niveau d’anglais des garçons a beaucoup progressé cette année…

                                 …pour le meilleur et pour le pire…

 

Le câlin

Cette anecdote rigolote de l’International Day m’est revenue pendant le week-end. Il y avait beaucoup de parents à l’école ce jour-là. Du coup, et plus encore que d’habitude, les cultures se sont entrechoquées gaiement, dans la confusion et la bonne humeur. En l’espèce, la culture française s’est même particulièrement fait remarquer, à travers mon humble personne.

C’était l’heure du buffet international. J’étais très en retard à cause de Miss-Trois. Une sombre histoire d’odeur suspecte et de changement de couche à la dernière minute. Pour couronner le tout, j’avais dû abandonner ma voiture à huit cent mètres de l’école, tant le parking était pris d’assaut par les visiteurs. J’avais ensuite trimballé comme j’avais pu, sous un soleil le plomb, mes deux énormes plateaux de crêpes, Miss-Trois en porte-bébé, l’appareil photo, le nécessaire de change, la nourriture pour princesse et tout le reste.

Je suis arrivée à la cafétéria à demi-suffoquée, rouge comme une betterave, soufflant comme une baudruche à l’agonie, en nage. J’ai rassemblé ma dignité et filé m’installer au tronçon français du buffet. Par chance, il restait une place libre sous la clim’.

 

Le calin

En vrai, nous étions moins presentable à notre arrivée sur place

 

A peine avais-je séché un peu qu’on surgi trois Mamans Américaines. Nos enfants sont dans la même classe et nous nous voyons souvent. Réservée de nature, je leur dis généralement bonjour de loin. Trop tard nous étions déjà nez à nez! Alors elles m’ont huggée.

Le hug est le salut à l’américaine. C’est très simple à réaliser: l’opération consiste bêtement à se serrer dans les bras l’un de l’autre. Comme un câlin, quoi. Mais c’est un sport que je pratique très rarement.

Du coup je me suis loupée sur la première. Je lui ai balancé par distraction une sorte de bisou entre le cou et l’oreille. Rho zut! J’avais oublié. Pas de bisous pour les Américains. Je me suis vite ressaisie et ai câliné consciencieusement les deux autres, du mieux que je le pouvais.

A la réflexion, elles ont dû me trouver affectueuse. Très affectueuse. A posteriori, j’ai même eu un peu honte en les voyant hugger les suivantes. Une observation poussée m’a clairement révélé qu’un hug dans les règles de l’art n’a rien d’un câlin. On pourrait plutôt décrire ça comme une sorte d’accolade symbolique. Bref, ces pauvres Mamans ont du être un tantinet surprises par mes cajoleries dégoulinantes. Elles sont restées fort urbaines, cela dit, et n’ont rien laissé paraître. (A la réflexion, c’est peut être pire, non?)

Le point positif dans tout ça, c’est que personne ne devrait se risquer à nouveau à vouloir me faire des câlins.

 

International Day à l’école

Nous avons vécu quelques jours très patriotiques cette semaine: c’était International Day à l’école des garçons. La préparation de cette journée est assez chronophage. Elle est donc tout adaptée aux Mamans qui ne travaillent pas. (Pour ceux qui n’ont pas suivi, je n’ai pas retrouvé de travail depuis mon congé maternité et la fin de mon précédent contrat. Et ça me met drôlement en boule.)

Les choses ont commencé à remuer il y a un bon mois quand Petit-Un est rentré à la maison en chantant: « O Canada« . A peu près à la même période, Petit-Deux s’est piqué de me détailler quotidiennement les nationalités des enfants de sa classe et les drapeaux correspondants. On a vu que ça commençait à travailler…

Decoration traditionnelle Thai

Cette décoration du International Day est faite en légumes taillés. Il s’agit d’un art typique de Thaïlande. C’est magnifique… et surprenant quand on s’approche, parce que ca sent vraiment le légume!

 

Sous les drapeaux…

Très vite d’ailleurs, on a glissé dans la période « drapeaux ». Des drapeaux tricolores ont fleuri un peu partout dans la maison. Ainsi que des drapeaux du Japon. Pas par préférence nationale, je crois, mais parce que techniquement, le Japon est plus facile à dessiner que les Etats-Unis ou l’Australie.

« Maman, il est où le feutre blanc? » Bah ta feuille est blanche. C’est très bien comme ca. Pas besoin de colorier. « Nooooon! La maitresse a dit que le drapeau était bleu, blanc et rouge! » Petit-Un, plein de ressources, m’a apporté du blanc correcteur. J’ai maudit le destin d’avoir mis du blanc sur notre drapeau. La monarchie aussi. Mais j’ai tenu bon, et on n’a pas repeint en blanc les feuilles blanches.

Defile des Coreens en costume

Du coup on a eu un incident diplomatique et Petit-Deux a mis un terme à notre collaboration artistique internationale. Il est revenu une heure plus tard: « Il est où le bleu français? » Le quoi? Il a bien noté que dans les feutres, on avait du bleu clair et du bleu français. C’est celui qu’on utilise pour les drapeaux. Et ceux qui appellent ça du bleu foncé ne sont que des mauvaises langues.

« J’ai besoin d’un bâton pour mon drapeau. » Forte de mon expérience de l’année dernière où le défilé patriote s’était transformé en une bataille rangée à coup de hampes, j’ai fixé les bannières sur les frites de piscine. Ca s’est naturellement terminé en combat d’escrime devant la cafetière. J’ai un peu flippé. Le café est ma raison d’être en ces temps de disette de sommeil. Alors j’ai envoyé les combattants dans le jardin. Ca a immédiatement attiré les petites voisines japonaises et américaines qui se sont jetées dans la mêlée. Tout à fait dans l’esprit d’un International Day.

 

Se déguiser en Français…

Pendant ce temps, les Mamans travaillaient à l’habillement. Car par soucis ethnologique, International Day se célèbre en costumes traditionnels nationaux. Les enfants sont déguisés, mais aussi les parents s’ils le désirent. Je suis joueuse, alors j’en profite tant que les garçons n’ont pas honte de moi.

La plupart des asiatiques ont des habits de cérémonie magnifiques. (Vous pouvez jeter un coup d’œil aux habits traditionnels Thaïs dans le récit du mariage de P’Kung). Nous on a le béret et la baguette. Et le coq. Et l’air fier. Pas pratique pour un costume d’enfant. Petit-Deux a insisté: « Je veux un tee-shirt Français ». On va faire ce qu’on peut. Par chance, j’ai eu l’illumination de la marinière. On a accessoirisé le tout avec les bretelles bleu français du mariage de Tonton Eugène. Il manquait encore un truc. Des ceintures et des foulards rouges, à la façon des ferias. On aurait la couleur du drapeau!

Famille francaise

J’ai ratisse la région en vain. Ni ceinture, ni foulard rouge. Il faut dire que le rouge très marqué politiquement, ici. In extremis, j’ai repensé à notre drap de lit rouge, vestige de notre vie en Chine, où la couleur porte bonheur. J’en ai extrait des ceintures et des foulards pour la famille et nos voisins français. (Heureusement qu’on avait un lit King Size.) Restaient juste quelques petits kilomètres d’ourlets à faire à la main. J’ai horreur des ourlets. Pour accélérer, je me suis dit, on va cramer les fils qui dépassent avec un briquet. C’est là que j’ai réalisé que ca prend drôlement bien feu les draps de lit chinois! J’ai failli y laisser ma touffe. En désespoir de cause j’ai abandonné. Les ourlets, c’est surfait.

 

On a chanté la Marseillaise…

Apres le défilé aux drapeaux et en costumes nationaux, International Day se poursuit par un spectacle multiculturel, proposé par les (Mamans d’) élèves. Les Coréens ont fait une magnifique chorégraphie guerrière avec des drapeaux, qui retraçait l’indépendance de leur pays. Les Japonais ont fait une danse populaire très entraînante, sur une musique de guinguette. (Un pan inconnu et jamais exporté de la culture japonaise!) Les Thaïs ont dansé et chanté en l’honneur du Roi décédé en octobre dernier. De nombreux pays ont entonné leur hymne ou joué des musiques traditionnelles. Les Français ont interprété la Marseillaise. Ca ne semble rien, mais l’apprendre a été un vrai défi pour les garçons!

Mini acteurs coreens

Avant toute chose, Papa-Tout-Terrain –qui est très malin- avait bien motivé les enfants, en leur montrant l’introduction d’un match de rugby. C’est vrai que la Marseillaise reprise par des milliers de personnes dans le Stade de France, ça donne des frissons. On a ensuite passé deux week-ends à écouter et répéter l’hymne dans la voiture. A force, les enfants s’endormaient en le fredonnant. Ils l’ont chanté en balade, dans des grottes, dans des mangroves. Au supermarché, aussi. Là j’étais plutôt contente que personne ne nous comprenne. J’aime bien la Marseillaise mais hors contexte, ça fait très nationaliste, tout de même!

 

… et tout finit par des chansons…

Les garçons ont fini par connaître leur chanson sur le bout des doigts, sans toutefois en saisir la teneur exacte. On a bien expliqué que c’était un chant guerrier. Que beaucoup de pays s’étaient constitués par la guerre et le combat. Mais on est restés vagues. Et ils n’ont (heureusement) pas tout capté. On entend d’ailleurs de leur bouche quelques imprécisions sémantiques révélatrices, comme « l’étendard sanglant » qui devient un « étendard semblant »

Buffet international

Par soucis éducatif, je les ai malgré tout gratifiés d’une longue explication sur les citoyens (« Aux armes citoyens!« ), la citoyenneté, pour conclure en apothéose sur la citoyenneté du monde. Oui, j’ai tendance à m’enflammer, parfois. A la fin, pour vérifier le niveau de compréhension, j’ai demandé ce qu’ils en avaient retenu. « Mmm… » « Allez, faites un effort… C’est quoi un citoyen? » Petit-un s’est dévoué. Laconique, il m’a répondu: « C’est une sorte de tuyau. » Mouais. Y a encore du travail.

Pendant la représentation, les garçons étaient les plus petits chanteurs. Mais aussi les plus motivés. Ils ont séduit les spectateurs par leur ardeur et leur enthousiasme, et parce qu’ils sont si mignons, en toute objectivité, bien sûr! Ils ont été ravis de montrer leurs talents à leurs copains. Les adolescents du groupe un peu moins, je ne vois pas pourquoi…

 

Préparatifs culinaires

International Day se termine sur un immense buffet préparé par les Mamans. Le ventre est la clé de l’entente entre les peuples.

Quatre poupees

Cette année, j’étais partie sur des crêpes en bouchées. La crêpe a toujours beaucoup de succès. J’ai préparé la pâte pour une petite centaine de crêpes. Et juste pour le plaisir du défi, je me suis brulée quatre doigts à l’huile bouillante comme une cruche, pile poil avant de les faire sauter. Je suis d’une adresse remarquable. J’ai fini à l’hôpital, qui m’a traitée rapidement et relâchée avec quatre énormes poupées à la place de la main. Entre l’aspect pratique, l’esthétique et la douleur, je me suis drôlement amusée en cuisine, tout l’après-midi! Heureusement que je peux compter sur Papa-Tout-Terrain. Rentré tard et fatigué d’une longue journée de travail, il n’a pas hésité à mettre la main à la pate pour fourrer, rouler et couper avec moi jusqu’au milieu de la nuit.

 

A table!

Le lendemain, j’ai tenu le tronçon français du buffet avec d’autres Mamans et Miss-Trois qui était venue pour décorer. On était à côté de la Turquie, qui avait du super bon café et des pâtisseries à tomber! En face, les Philippines proposaient des gâteaux extraordinaires. La Chine, Taiwan et Hong Kong qui s’étaient regroupés pour l’occasion m’ont approvisionnée en délicieux raviolis vapeur. Puis les Mamans Thaïs ont apporté de la glace, du riz gluant à la mangue et des brochettes de porc. C’est l’avantage d’avoir un bébé mignon avec soi: ca attire le chaland!

Notre buffet francais

Je suis aussi passée au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, en Corée, au Vietnam, en Inde, en Australie, au Danemark, en Indonésie, et j’en oublie sûrement. J’ai goûté tout ce que j’ai pu dans le désordre. Ca a été un grand moment gustatif. J’ai à peine vu les enfants. Ils étaient avec leurs copains et ne me connaissaient visiblement plus. De toute façon, j’étais bien trop occupée à manger.

 

L’école à l’étranger


Youpiii c’est les vacances! (Enfin les vacances des enfants. Pour les grands pas du tout.)

A la rentrée prochaine, Petit-Un entre en Kindergarten, les « grands » de maternelles, et commencera l’apprentissage de la lecture. Petit-Deux retournera en Pre-K3, les « petits » de maternelle, car il n’aura pas quatre ans révolus en septembre, et l’école est assez intransigeante en la matière.

Realisation - Petit-Deux - Fraise

Quel bilan de cette deuxième année d’école à l’étranger? Nous avons vu nos enfants enrichir leur répertoire de chansons et comptines anglo-saxonnes, reconnaître et tracer les chiffres et les lettres, incroyablement améliorer leur anglais, assimiler les notions de respect, de concentration et de discipline en classe, prendre goût à la lecture, et s’ouvrir aux cultures d’origine de leurs petits copains. Ils ont grandi en petits garçons heureux et curieux, et malgré des périodes de doutes, nous ne regrettons pas d’avoir opté pour une première scolarisation dans un cursus américain.

 

Pourquoi une école américaine?

Soyons francs, le contexte et l’environnement ont partiellement décidé pour nous. Nous n’habitons pas à proximité d’une école française qui aurait été notre premier choix, ou du moins un choix de facilité. Quant à une école Thaï, impossible à envisager, puisque nous ne parlons pas thaï du tout.

Restaient les écoles anglaises et américaines. C’est l’environnement de l’école américaine qui nous a décidés, avec plus de zones de jeux, plus de verdure, et des classes de taille plus restreinte. En définitive, rien ne vaut une visite des lieux et une rencontre avec l’équipe pédagogique avant de prendre la décision finale. Ce choix, nous ne le regrettons pas. L’intégration a été facile et les enfants sont épanouis. C’est le principal.

Realisation - Petit-Un - ET

Nous avons été très heureusement surpris par une communication de qualité entre l’équipe enseignante et les parents. Bien que n’étant pas des parents très présents car nous travaillons tous les deux, nous avons toujours eu le sentiment d’être bien informés des temps forts de la vie à l’école et des milles petites anecdotes du quotidien. Bien entendu, nous recevons chaque semaine quelques spécimens d’exercices réalisés par les enfants ainsi que certains de leurs chefs-d’œuvre. Et en bonus, chaque maîtresse a créé un blog pour sa classe, qu’elle alimente toutes les semaines, avec le résumé écrit et les photos des activités récentes.

Malgré tout, et plus que nous ne l’avions anticipé, nous avons aussi été confrontés à l’altérité d’un système qui n’est pas le nôtre. Autres rythmes, autres activités, autres priorités scolaires… Même si le bilan final est très positif, même si les garçons se sentent à l’école comme chez eux, moi je m’y trouve souvent un peu en domaine étranger et je m’interroge parfois sur ma capacité à accompagner les enfants sur des terrains éducatifs qui me semblent parfois impénétrables.

 

L’ouverture culturelle et linguistique

Le formidable atout de l’école à l’étranger est qu’elle met les enfants en contact avec des personnes, des langues, des cultures et des savoirs variés, sans que cela ne représente d’effort particulier pour eux. Au gré d’événements ou d’anniversaires, ils découvrent les spécialités culinaires des pays de leurs copains, ils défilent habillés dans les habits traditionnels de chez eux, ils colorient des drapeaux de toutes origines.

Au fil de l’année, les enfants célèbrent naturellement les fêtes Thaïs et Américaines. Pour la fête bouddhiste de Loy Kratong, chaque enfant a modelé son « Kratong », petit bateau fait d’un tronçon de bananier, qui doit apporter bonheur et prospérité. Pour le Thanksgiving Day, ils sont rentrés à la maison avec des dindes en papier. A Songkran, nous avons équipé les enfants de tongs et de serviettes pour les fameuses batailles d’eau à des fins purificatrices… et je ne vous parlerai même pas d’Halloween et de son rituel défilé de fantômes…

Realisation - Petit-Un - Lanterne

La découverte des différences nationales leur est ainsi toute naturelle. En ce moment, on voit souvent passer à la maison une petite Australienne, un jeune Canadien, une adorable Japonaise, deux petits Anglais et des jumeaux Coréens avec des noms « en miroir » (triple galère pour moi: ils ont des noms qui se ressemblent plutôt, avec des sonorités qui ne m’évoquent rien de connu, et en plus ils ont comme un air de famille…). Tous conversent facilement en anglais, mais surtout sans l’appréhension que je ressens à chaque fois que j’interviens en langue étrangère. C’est le monde à l’envers, d’ailleurs, car moi je reste toujours hyper stressée de devoir parler anglais, même aux petits copains des enfants… qui ont seulement quatre ans! Eux pas du tout, bien sûr!

Des apprentissages complets et variés

Au niveau purement scolaire, je trouve que l’apprentissage est rapide, efficace, et ouvert. Dès la fin de la première année, les enfants reconnaissent toutes les lettres et les chiffres. On leur demande également de les copier, avec plus ou moins de succès. En deuxième année de maternelle, ils acquièrent les sons, écrivent certains mot et en recopient beaucoup d’autres, en majuscule et en minuscule. Maintenant dans la voiture, on peut jouer a « Citez un objet qui commence par la lettre M!« … Avec la spécificité que les garçons nous répondront indistinctement « maison » ou « motorbike ».

Realisation - Petit-Deux - Zebre

Niveau arts plastiques, on retrouve les classiques de la maternelle: dessins, collages, coloriages, peintures sur différents supports avec des accessoires variés, pâte à modeler… et les classiques de l’école américaine. Je ne vous raconte même pas combien j’étais surexcitée le jour où Petit-Un est revenu à la maison avec un volcan en papier… mais exactement le même volcan que ramènent chez eux tous les enfants des séries américaines!

Comme il est d’usage dans les petites classes, les enfants apprennent également beaucoup de chansons et de comptines. Je reconnais souvent des mélodies entendues dans des séries ou dans des films, mais me retrouve hélas très vite face à mon incompétence. Petit quizz du coup… Après « Jingle bells, jingle bells… » il y a quoi, en dehors d’un trou noir?… Rhooo, quels instants de solitude à la fête de l’école quand les parents étaient censés entonner le refrain en cœur, en support d’un jeu de chaises musicales! Bref, à la venue de chaque nouvelle mélodie, je n’ai plus qu’à potasser les paroles à l’aide de Youtube. Je le fais d’ailleurs très sérieusement, car ça n’a pas de prix de pouvoir chanter et danser en famille: « Have you ever seen a penguin come to tea?… »

 

L’apprentissage sans contraintes

Si le programme scolaire me parait plutôt touffu, la contrainte n’en fait pas partie. Tant mieux pour les enfants pour qui la scolarité est plus agréable. Pour moi, c’est une source de doutes et de questionnements constants.

Petit-Un n’aime pas écrire. Pas du tout. Sa maîtresse nous a expliqué qu’en plus d’une motricité fine pas terrible, notre ainé refuse d’abandonner ses jeux pour faire des exercices. Par dérogation, Petit-Un travaille donc un jouet sur la table. Et comme parfois il n’a vraiment pas envie, il fait juste des gribouillis, histoire qu’on lui lâche la grappe. (Je reconnais le fils de son père.)

Realisation - Petit-Un - Papillon

Bien qu’ayant confiance en la maitresse, je suis heurtée dans ma conception de l’apprentissage. Sans parler d’un enseignement à coups de fouet, il me semble qu’apprendre demande un minimum de discipline. Si l’on attend que l’enfant ait envie de faire ses lignes d’écriture… il est possible qu’on attende longtemps! Si l’on accepte que l’enfant ait un jeu sur la table… pas sûr qu’il se concentre sur son exercice…

Je m’en suis voulu de penser ça. Je me suis senti l’âme d’un tyran. J’ai essayé de penser autrement. Vraiment. De toutes mes forces. Et j’ai échoué. Alors, on a commencé à faire de l’écriture à la maison, suivant mon régime dictatorial. Petit-Un a écrit. Les premiers soirs il a râlé, mais maintenant nous aimons tous beaucoup notre rendez-vous d’étude quotidien.

Je ne souhaite critiquer aucune méthode. Juste souligner les différences, et mes difficultés à faire miennes des pratiques éloignées de mes expériences et de mes références. A l’inverse, les enfants sont finalement plus souples et semblent s’adapter assez facilement aux règles de l’adulte référent.

 

Barrières linguistiques et barrières culturelles

Au-delà des divergences de systèmes, avec l’école à l’étranger, j’ai découvert la difficulté d’être un parent de culture et de langue différentes. Malgré mon anglais correct, je m’inquiète à chaque communication avec les enseignants. Je passe dix minutes quand je dois rédiger un texto à la maîtresse, je vérifie la syntaxe de toutes mes phrases avant d’envoyer un mail, et je fais des insomnies avant les réunions parent-prof…

Sur le même thème, imaginez mon désarroi, le jour où la maîtresse nous a demandé d’habiller les enfants avec des vêtements à « pattern » (=motifs)! J’ai fait tous les dictionnaires d’Internet et Google Image pour vérifier l’acception la plus juste de « pattern ». Au matin dit, j’ai changé trois fois Petit-Un de tee-shirt avant de l’envoyer à l’école, ayant pris soin de rajouter une tenue de secours dans son sac, avec un autre « pattern »… on n’est jamais trop prudent!

Realisation - Petit-Deux - Bonhomme

De même, un autre jour, les enseignants ont demandé aux parents d’envoyer un « pasta dish » (plat de pâtes) à partager entre les enfants, lors d’un pique-nique de l’école. « Pasta dish », qu’est-ce que ça implique? Une salade de pâtes? Un gratin de lasagne? Un saladier de pâtes en sauce? Une quiche avec de la pâte autour, ça compte pas, si? Et si on met des pâtes dedans? Résultat: un long mail culinaire angoissé à la pauvre maîtresse qui m’a juste répondu d’envoyer un truc à manger, que ça serait très bien! Je ne sais pas si elle a vingt parents comme ça mais j’espère pour elle que non…

 

Le difficile accompagnement scolaire des enfants

Plus problématique est la question de l’accompagnement scolaire des enfants, qui risque en plus d’empirer avec le temps. L’année dernière, alors que Petit-Un était plutôt mutique en classe, faute de vocabulaire, la maîtresse nous avait demandé de lui faire régulièrement la lecture en anglais. « Fastoche! », je me suis dit. Sauf que quand on a récupéré les livres de la bibliothèque, j’ai découvert qu’il y avait des tas de mots que je ne connaissais pas, et qu’en plus je galérais à lire les phrases à voix haute, avec un accent correct, sans trébucher au milieu d’une proposition. Tout de même, notre obstination a payé: en deux ans, Petit-Un a bien amélioré son anglais, et moi (un peu) ma lecture.

Realisation - Petit-Deux - Cochon

Les obstacles sont aussi notables à l’écrit, dans nos exercices quotidiens avec Petit-Un. Pour les majuscules ça va à peu près. Sauf qu’à l’école, les enfants n’apprennent pas l’ordre logique suivant lequel tracer les bâtons, et que ces incohérences calligraphiques m’énervent.

(En me relisant je me dis que je suis une mère monstrueuse, névrosée et tyrannique).

Mais pour les chiffres et les minuscules c’est l’horreur. Les anglo-saxons n’utilisent pas du cursif comme nous mais une écriture en script que je suis incapable d’imiter. Et les garçons ne savent lire que ce type de lettres. Je me souviens de leurs yeux ronds et de leurs mines interloquées quand j’ai écrit « 2 » sur une feuille et que je leur ai demandé ce que c’était. Ayant compris qu’il s’agissait d’un chiffre, pleins de bonne volonté, ils ont essayé au pif avant de tomber sur la réponse au sixième essai. Bref, impossible pour moi de faire des exemples d’écriture pour les enfants ou seulement même d’être lue par eux. Du coup, cet été, un gentil jeune homme de l’école viendra entraîner les enfants aux minuscules!

 

Et la suite?…

Malgré mes petits soucis métaphysiques, les enfants adorent leur école, adorent leurs maitresses, adorent leurs copains, et adorent les activités qui remplissent leurs journées. Nous sommes ravis de notre choix d’école à l’étranger, et si c’était à refaire, nous le referions…

Realisation - Petit-Un - Meteo

Difficile en revanche de savoir ce qu’il en sera du futur. Nous sommes heureux de voir les garçons grandir dans un environnement international et s’épanouir dans le bilinguisme. Pourtant s’il faut choisir, nous souhaitons d’abord qu’ils deviennent d’excellents francophones (et francographes, si le mot existe). Ils sont Français et doivent impérativement maitriser leur langue parfaitement…

… Cela dit, une petite voix dans ma tête me rappelle souvent que cette scolarité anglophone, dans une école à l’étranger, sera une véritable richesse pour les adultes qu’ils vont devenir, que quand même ça serait bien bête… et du coup j’en fais des insomnies. Eh oui, on ne se refait pas!…

Et vous, vous en pensez quoi? Je prends tous les conseils avisés!

 

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Recruter une nounou à l’étranger

Recruter une nounou pour ses enfants est toujours stressant… Choisit-on la bonne personne? L’enfant sera-t-il aussi heureux qu’à la maison? Comment l’adaptation se passera-t-elle? Recruter une nounou à l’étranger n’est pas plus facile… Quid de la différence culturelle? L’enfant se sentira-t-il compris, épanoui?… Arrivera-t-on à imposer ses propres choix éducatifs?…

Finalement, la clé repose sans doute sur les mêmes principes fondamentaux: trouver une nounou à qui l’on fait confiance, nouer une relation transparente et ouverte, communiquer et s’accorder sur des démarches communes, en bonne intelligence…

 

Quelques notes de synthèse issues de notre expérience

Il y a quelques semaines, je vous racontais comment nous avions eu la chance de trouver de merveilleuses Mary Poppins pour nous enfants, en Chine, puis en Thaïlande…

… Et ce week-end, en feuilletant l’énorme dossier « grossesse » dédié à nos deux ainés, je suis justement retombée sur les notes, nerveuses et serrées, prises alors que nous entamions les recherches de notre première nounou, il y a bientôt cinq ans à Shanghai. Ma foi, fidèle à moi-même, j’étais déjà stressée et organisée. Fruits de pas mal de lectures et de longues réflexions avec Papa-Tout-Terrain, on retrouve déjà dans ces synthèses la majorité des points qui me semblent importants aujourd’hui, avec un peu plus de recul et d’expérience.

160510 - Enfants en Ballade

 

Fiches Pratiques pour recruter une nounou à l’étranger

J’ai finalement divisé mes annotations en deux catégories, qui correspondent à deux temps distincts de la recherche et du recrutement d’une nounou:

  • Avant tout, il me semble important de définir ses besoins, ses attentes et ses conditions, en amont de la phase de recherche active. Il s’agit de Préparer le recrutement de la nounou idéale, en se renseignant sur le marché et ses usages, et surtout, en définissant, pour soi, les points primordiaux de la garde d’enfant.
  • Dans un second temps, l’on organise des entretiens avec des candidats potentiels, qu’il importe de sonder avec grand soin pour déterminer non seulement ses qualités intrinsèques, mais aussi définir si l’on saura faire confiance à la personne, quant à l’éducation et la sécurité de son enfant. J’ai proposé d’articuler cette phase autour d’une Grille pour l’Entretien d’Embauche avec une Nounou à l’étranger, qui permette d’envisager le périmètre des points à voir et discuter lors d’une rencontre préalable.

Et vous, comment avez-vous trouvé la nounou de votre enfant? Avez-vous des recommandations à rajouter à mes quelques points?

 

Fiches Pratiques à télécharger:

 

 

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