Ubon Ratchathani et la malédiction du musée Khmer

Comme un seul homme, les enfants se sont endormis au fond de la voiture, à l’issue de notre éprouvante séance de grillades. Quel dommage: nous arrivons justement dans la province d’Ubon Ratchathani, à proximité d’un nouveau temple Khmer. Tant pis pour eux! Nous les laissons dormir et nous relayons pour la visite. Le sanctuaire est de taille modeste. Ca ne sera pas très long.

 

Prasat Baan Ben

Prasat Baan Ben est un petit temple Khmer qui s’est laissé doucement glisser dans le monde contemporain, sans vraiment s’en rendre compte. Un jour, on lui a adjoint la caserne des pompiers du village. L’emplacement devait sembler pratique ou dégagé. Du coup, la police également s’est installée à côté. Et enfin, aussi, une sorte de bâtiment administratif central. Sans un regard pour cette agitation moderne, le sanctuaire est reste impassible, plein de prières et de pierres moussues.

Prasat Baan Ben

Il est si rare de visiter sans les enfants. J’ai grand plaisir à m’imprégner de la sérénité des lieux. Des arbres centenaires. Trois Prangs de briques, rendus vulnérables par le poids des ans, et qui commencent à pencher dangereusement. Des taches de cire jaune, coulures de cierges un jour déposés en offrande. Les bruits des insectes. Les mêmes qu’il y a mille ans. Les rais du soleil qui se faufile entre les feuilles et joue sur le robuste socle de latérite.

Prasat Baan Ben

Un roman à la main, je m’installe ici pour l’après-midi. Pour m’imprégner du lieu et de son odeur. Ecouter les murmures du temple. Idée fugace et irréaliste. Ils sont quatre à m’attendre dans la voiture. Entre les piles du sanctuaire, je laisse un peu de mon âme vagabonder encore.

La malédiction du musée d’art Khmer

A l’arrière, tout le monde dort encore profondément. Nous reprenons la route. Papa-Tout-Terrain en profite pour me montrer qu’il a trouvé sur le tableau de bord une fonctionnalité formidable pour discuter avec sa voiture: « Please, set temperature to 27 degrees« , articule-t-il fièrement. « Sorry » lui répond alors la voiture, « I cannot find anyone called John. » Effectivement la voiture parle, mais c’est un beau dialogue de sourds. Je ne suis pas très convaincue.

Nous atteignons Ubon Ratchathani, que nous devons visiter le lendemain. Tiens, voila justement le musée national de la ville! Il parait qu’il est d’une grande richesse. Petit détour pour vérifier les horaires d’ouverture, immédiatement suivi d’une déception cuisante. Demain, c’est mardi, et c’est fermé! Je crois qu’il existe une forme de malédiction du musée d’art Khmer dans notre famille. C’est bien simple, à chaque fois qu’on veut en découvrir un, il se débrouille pour être indisponible. Vacances, fermeture hebdomadaire, travaux… de Surin à Phimai en passant par Angkor, toutes les excuses y sont passées! Il doit bien y avoir un drôle de mystère là-dessous. Qui sait, c’est peut-être même un coup de Toutankhamon, revenu exprès parmi nous pour jouer avec mes nerfs. Bref, je m’égare. C’est la faute à pas de chance (ou plutôt à ma planification boiteuse), et c’est extrêmement agaçant.

La pagode du Wat Thung Si Mueang

Fautes de Khmer, nous visiterons du Bouddhiste: le Wat Thung Si Mueang. Si le temple n’a aucun intérêt (non… ne partez pas, revenez) c’est juste à côté qu’il faut regarder. Au centre du bassin carré à l’eau saumâtre se dresse une magnifique pagode de bois du début du XIXe siècle. Elle abrite une réplique du pied de Bouddha et surtout une bibliothèque, où sont conservés des manuscrits sacrés. L’édifice sur pilotis est conçu pour éviter que les termites ne s’attaquent aux rouleaux anciens. On accède au corps du bâtiment par un petit pont. L’intérieur est magnifiquement décoré de peintures traditionnelles d’époque.

Wat Thung Si Mueang

L’endroit est extraordinaire, mais malheureusement mal entretenu. Il est plein de crottes de pigeons. C’est assez déplaisant, vu qu’on doit le visiter pieds nus. A l’intérieur, ça sent le phoque. (Enfin le pigeon.) C’est très dommage. Malgré tout, le Wat Thung Si Mueang vaut largement le détour, d’autant qu’il ne subsiste aujourd’hui que très peu de ces pagodes, d’un style classique de l’Issan. Ne le manquez pas si vous passez dans la région!

Wat Thung Si Mueang

 

Où l’on se retrouve avec nos trois bambins sur un parking louche

La nuit tombe. Les estomacs de nos enfants crient famine. Cela les rend irritables. Et irritants. Je les nourris au compte goutte d’un « papier comestible », commercialisé comme snack. (C’est en réalité une sorte de pain azyme mais les enfants sont si heureux de pouvoir manger du papier que nous ne les détrompons pas.) Hélas, mes réserves commencent à baisser dangereusement.

Nous tournons sans succès dans le centre ville. Il faut dire que si les Thaïs mangent volontiers au restaurant le midi ou dans l’après-midi, ils se contentent souvent d’une collation légère le soir, à la maison. Du coup, l’offre en terme de restauration s’en ressent. Surtout dans les zones peu fréquentées des occidentaux.

Nous suivons un panneau qu’on ne comprend pas mais qui nous inspire confiance, et nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague pas net qui a l’air de servir de parking. C’est un peu notre dernière chance avant la soupe de nouilles lyophilisée. Un vieux borgne boiteux nous demande de l’argent d’un air rogue. Il nous montre trois mots vaguement manuscrits sur une boite de Camembert et qui indiquent des frais de garage. Ca me met direct de bonne humeur. On paie pour voir et on poursuit dans la direction du panneau.

 

Un excellent diner dans un cadre à couper le souffle

Du parking, un sentier descend jusqu’au Mun, le fleuve qui traverse Ubon Ratchathani. Il débouche sur un pont de bambou, qui nous mène sans encombre à une petite île, lovée dans ce bras de rivière. Et là, un restaurant, où l’on mange dans de petites cahutes individuelles, sur pilotis. En attendant les plats, Papa-Tout-Terrain et les deux grands laissent nonchalamment traîner leurs pieds dans le courant. Quelques instants plus tard, nous dégustons enfin un somptueux dîner de spécialités locales, avec clapotis de vaguelettes et coucher de soleil sur le fleuve mordoré.

Diner a Ubon Ratchathani

Le paiement de l’addition sera long et fastidieux, car nous peinons à nous faire comprendre. Le montant total nous paraît très bas, aussi vérifions-nous plat à plat que tout a bien été décompté. Un groupe de clients curieux vient se greffer à nos délibérations. Peut-être veulent-ils nous aider mais ce n’est pas certain, vu qu’ils parlent aussi mal anglais que nous thaï. Ils sont ravis en revanche de papoter avec nos enfants. Papa-Tout-Terrain et moi nous tordons de rire en entendant Petit-Un mener la conversation comme un grand: « You know, I am older than my brother. And you? » Déjà que le grand type en face n’y pipait pas grand chose… alors franchement c’est tout de même carrément salaud de lui poser des questions pourries comme ça!

Diner a Ubon Ratchathani

Le voyage des moines au parc de Khao Phra Wihan

Cette histoire a commencé en 1907, avec des mecs qui ne savaient pas dessiner correctement une frontière. Des Français en plus. Au niveau du temple Khmer de Khao Phra Wihan, pouf, le crayon a dévié un peu et en un clin d’œil, le magnifique sanctuaire thaï est devenu cambodgien. C’est un non-sens par rapport au relief, car la frontière est tout du long marquée par un grand précipice… sauf au niveau du temple, avec un bout de falaise presque impossible a atteindre depuis le bas, mais qui appartient au Cambodge

Vue du haut de la falaise de Thailande sur le Cambodge

Cela dit, les Thaïs ne sont pas bien réactifs. Ils n’ont réalisé le problème que dans les années 1930. (Je n’imagine même pas le savon qu’il a pris, celui qui a signé la carte sans la relire…) Depuis, les deux pays se chicanent et s’empoignent régulièrement à propos de ce bout de territoire. Il y une quinzaine d’années, ça s’était tassé un peu. Les Thaïs pouvaient enjamber la frontière et directement visiter le monument.

Et puis voila qu’à partir de 2008, les deux pays ont recommencé à s’envoyer des baffes. En réalité pour des raisons de stratégie politique intérieure. Ils ont refermé les frontières et mis des militaires partout, des deux côtés. L’année dernière, on avait eu la chance de visiter le sanctuaire de Prasat Ta Muen Thom, qui a un peu les mêmes soucis, mais qui est du côté thaï, lui. Le temple était magnifique. Nous y étions seuls. (Avec des militaires). Nous avions adoré. Mais nous n’avions pas pu voir Khao Phra Wihan.

 

Perdus dans le parc national de Khao Phra Wihan

Du coup, cette année, avec l’énergie du désespoir, j’ai fait des pieds et des mains, façon Shiva, pour essayer à nouveau d’intégrer ce sanctuaire à notre itinéraire. (C’est vraiment un temple majeur de l’art Khmer celui-là.) En vain. (En réalité c’est possible mais très compliqué, très long, et pas faisable avec trois enfants en bas âge.)

J’avais lu en revanche qu’on pouvait voir le temple, de loin, depuis le Parc National éponyme, mais côté thaï. Je m’étais dit pourquoi pas, mais sans grand enthousiasme. Par dépit pour ce temple qui ne se laissait pas visiter, j’avais d’ailleurs bâclé la préparation de la visite du parc. Je m’étais même dit qu’on n’irait sûrement pas. Mais c’était sans compter sur Papa-Tout-Terrain a drôlement insisté. (On est aussi irrécupérables l’un que l’autre…)

Khao Phra Wihan National Park

Bref, c’est seulement lorsqu’on est arrivés à l’entrée du parc que je réalise que je n’ai même pas une carte des lieux en anglais. Impossible de se repérer. D’autant que toutes les indications sont en thaï. Alors que je Googlise frénétiquement, Papa-Tout-Terrain avance au radar. Tiens! Un panneau. En thaï. On s’engouffre dans le chemin de terre. On bout de cinq-cents mètres, on atteint un camp militaire. Zut! On est en plein sur la frontière avec le Cambodge. Et effectivement, il y a des militaires partout. On fait demi-tour discretos.

 

La surprise de Prasat Don Tuan

On ne sait toujours pas où on est. On arrive à une grosse barrière rouge intimidante. Avec deux petits vieux en marcel qui la surveillent en fumant des clopes. C’est la frontière. On fait quoi? On fait demi-tour. Ooooh! Noooon! Regarde, un temple! Par mes aïeux, un temple khmer! Et on ne le savait même pas! On se gare. Les deux vieillards nous considèrent, étonnés. Puis nous font un petit coucou pacifique. Tout est bon! Nous plongeons avec délectation dans les ruines.

Le sanctuaire s’appelle Prasat Don Tuan et date des 10 et 11ème siècles. Vu la période, il devait être dédié à Shiva ou Vishnu, car le bouddhisme ne se diffusera dans la région qu’à partir de la fin du 12ème siècle. Nous pénétrons entre les colonnades de l’allée centrale. Il est rare que ces pans d’architecture soient encore debout. A l’origine, ces colonnes devaient être surplombées d’un toit de bois, qui protégeait les fidèles du soleil et des intempéries.

Prasat Don Tuan

Un petit autel bouddhiste a aujourd’hui pris place dans le Prang principal. Les colonnes quant à elles sont entourées de tissus sacrés issus de cultes païens. Comme en de nombreux lieux de Thaïlande, les religions sont complémentaires, bien plus qu’antagonistes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, on distingue une autre barrière, plus rouge encore que la première et plus imposante. Il s’agit du vrai poste frontière. Et il est gardé par un tas de vrais militaires bien fringants, cette fois-ci. Ils n’ont pas l’air d’avoir envie de rigoler. Nous ne nous en approcherons pas. Autant ne pas chercher les ennuis.

 

Une zone très militarisée

Je n’ai toujours pas trouvé de carte satisfaisante. Il est possible que puisque nous sommes dans une zone de conflit et pleine de soldats, personne n’ose vraiment se mouiller. Google Map nous dit d’ailleurs qu’on est au Cambodge, ce qui n’est pas de l’avis du poste frontière. Bref, nous continuons à avancer au pifomètre. Il n’y a finalement pas beaucoup de routes.

Nous longeons toujours le Cambodge et les cantonnements militaires des deux camps. Nous ne sommes pas spécialistes mais il nous semble qu’ils ont du beau matériel! De fil en aiguille, nous arrivons ainsi à l’autre extrémité du parc, celle d’où nous pourrons voir le fameux sanctuaire khmer de Khao Phra Wihan.

Le parking est plein. Il y a des jeeps, des camions, des chars d’assaut, des tanks, des blindés garés un peu partout. (Bon, en fait c’est plutôt des véhicules légers, pas des trucs pour le combat, mais c’est pour donner une idée. Je ne suis pas spécialiste, moi.) Une espèce de grande kermesse militaire est organisée, visiblement à l’ occasion de Songkran, le nouvel an Khmer. Tout est très carré: c’est des soldats, tout de même. Les recrues sont assises en rang d’oignon devant une estrade en treillis ou se tient un concert de pop. L’ambiance est bon enfant. D’ailleurs, la plupart des touristes qui viennent pour le temple s’arrêtent un peu pour écouter les chanteurs.

Concert pour militaires a Khao Phras Wihan National Park

 

En souvenir des événements dramatiques de 1979…

Nous partons finalement à la recherche de Khao Phra Wihan (qui s’appelle Preah Vihear pour les Cambodgien). On longe la falaise qui marque la frontière avec le pays voisin. L’à-pic fait frissonner. Justement, un moine qui passait par là enjambe la balustrade, sans doute pour mieux voir. Ou méditer. Ou pour l’adrénaline. Ce n’est pas très clair, mais il faut être un peu fou pour faire ça. Il y a à peine dix centimètres de pelouse sous ses pieds puis le vide sur des centaines de mètres. Un militaire en charge des premiers secours accourt avec une mallette pleine de pansements et lui demande de revenir du côté des vivants. Sage décision, car les pansements n’auraient guère eu d’effet en cas de chute.

La vue est magnifique. Malgré tout, elle prête plutôt à la mélancolie. Car ces si beaux paysages ont été le théâtre d’un massacre d’une grande violence, en 1979. Nous avons une pensée pour ceux dont le destin a été brisé, en une nuit, sur ces falaises.

Pour faire court, c’est l’époque où la guerre civile bat son plein au Cambodge, sous le sanglant régime des Khmers rouges. Des dizaines de milliers de Cambodgiens fuient leur pays et se refugient en Thaïlande. La Thaïlande de son côté ne souhaite pas accepter la pression de cet afflux de refugiés politiques. Ils en appellent à la communauté internationale, qui fait la sourde oreille. Une nuit, l’armée thaïlandaise réunit alors des milliers de refugiés dans un camp près de Khao Phra Wihan, et les pousse vers la falaise. On comptera plus de trois mille morts et sept mille disparus.

 

Une merveille bien dissimulée

Au terme d’une courte marche nous atteignons enfin l’observatoire qui doit nous permettre de découvrir Khao Phra Wihan. Papa-Tout-Terrain fronce les sourcils. Ca n’est pas possible. Ce n’est pas ici. D’ailleurs c’est simple, on n’y voit rien!

Eh bien oui, on ne voit rien du tout. Soyons parfaitement honnêtes: en cherchant bien, on distingue tout de même l’allée processionnelle qui s’étale en pente douce jusqu’à un bosquet touffu, où l’on devine quelques ruines. Non, nous ne verrons vraiment rien. Et nous n’aurons même pas le droit de prendre de photos, car la zone est militaire, donc classifiée.

(Un peu plus tard, quand on a vu tout le monde mitrailler sous l’œil paisible des militaires de garde, on a aussi fait notre photo, finalement. Bon, on est d’accord, hein, on ne voit strictement rien.)

Le sanctuaire de Khao Phras Wihan vu de Thailande

Un peu déçus, nous passons à l’étape suivante du site: deux Stupas, symboles d’abondance, au milieu de canons et de roquette vaguement recouverts de treillis. Bon, c’est des Stupas, quoi. Elles ont l’air d’avoir été récemment érigées. Nos deux grands sont ravis, en revanche, car ils ont trouvé un tronc à remplir de piécettes. Tout autour, les jeunes militaires du concert se sont égayés sur le site touristique. Nous voyant, ils se bousculent pour être pris en photos avec nos enfants. Ravis de jouer aux stars, les garçons lancent quelques mots de thaï, à la volée, qui arrachent des exclamations d’enthousiasme de la part des jeunes gens.

Les deux stupas de Khao Phra Wihan

 

L’épreuve

Vient ensuite le moment que j’appréhendais. Il s’agit de descendre un grand escalier à flanc de falaise. Mon vertige et moi-même avons des nausées rien qu’à l’apercevoir. Hélas, depuis le début, je sais bien qu’il me faudra passer par là: cet escalier mène à un bas-relief Khmer du XIe siècle, magnifiquement conservé, et qui fait la célébrité du parc. Mon amour des vieilles pierres me perdra…

L'escalier qui descend vers le bas-relief de Khao Phra Wihan

Papa-Tout-Terrain part en éclaireur. Il me confirme que c’est très à pic, mais bien protégé. C’est rare en Thaïlande. Dans l’idée, les gens d’ici estiment que si votre heure doit venir aujourd’hui, c’est que c’était votre heure, et rien de sert d’essayer de s’en prémunir. C’est très rassurant, hein? Cette forme de philosophie fatalisto-bouddhiste est commune à beaucoup de pays d’Asie. Elle explique en particulier pourquoi de nombreux conducteurs de deux-roues ne se donnent pas la peine de porter un casque.

Fermons cette parenthèse pour bien nous concentrer sur les escaliers. Je serre si fort la main de Petit-Deux qu’il proteste que je lui fais mal. Et quand il voit ma tête, il me dit finalement que je peux serrer plus fort. Pas facile de serrer, d’ailleurs, tellement j’ai les mains moites et glissantes. On arrive au bas-relief, qui est effectivement somptueux. A flanc de falaise, et protégé par un toit de rocher, il est resté tel qu’il y a dix siècles. Je me demande juste qui est le fou qui s’est dit qu’il allait faire sa petite sculpture ici. Il faut vraiment être détraqué pour avoir une idée comme ça.

Le bas-relief de Khao Phra Wihan

 

Moines et moinillons

On remonte. J’ai des sueurs et des palpitations. On m’assoit. Papa-Tout-Terrain me donne deux ou trois baffes et ça va déjà mieux. Je m’assois sur un bout de rocher. Un vieux monsieur s’assied à côté de moi et essaye de me faire la conversation mais j’ai des soucis de concentration. Tiens, un groupe de petits moines. Ils sont mignons. Le monsieur me demande d’où on vient. Encore des moines… Je lui dis et lui retourne la question… Il a l’air étonné parce qu’il est Thaï. Un autre groupe! Ca alors, c’est fou le nombre de moines. Le monsieur ne sait visiblement plus poser d’autres questions en anglais. Moi je suis plutôt contente parce que ça me permet de me concentrer sur mes esprits.

Les moines arrivent maintenant à la queue leu leu, et a une cadence soutenue. Non je ne délire pas, ce sont des vrais moines. Papa-Tout-Terrain, qui prenait des photos un peu plus loin revient en courant. Hors d’haleine il me souffle: « T’as vu, il y a des moines?! » Oui, je ne pouvais pas les louper. A bien regarder il s’agit pour la plupart de moinillons, enfants et novices. Comme c’est les grandes vacances pour la Thaïlande, il participent certainement à un stage religieux.

Moines et moinillons a Khao Phra Wihan

De retour au parking, nous ne compterons pas moins de quinze bus pour déplacer ces minis ouailles. Cette rencontre impromptue nous aura donné l’occasion de quelques belles photos… C’est fou comme ça contraste joliment bien, un moine, sur fond de forêt tropicale!

 

La scandaleuse omission

Au terme de la visite, nous reprenons le principe des questions aux enfants:
– Vous vous souvenez de l’escalier qu’on a descendu, à flanc de falaise? Qu’est ce qu’on a vu, en bas? »
          Grand silence…
– Eh bien, ce grand escalier… où Maman avait peur… Vous avez oublié?…
– Non non on se souvient bien!
– Eh bien, il y avait quoi en bas?
– Ben rien. Un trou?
– Mais non… qu’est ce qu’on a regardé?…
         Petit-Un se frappe la tête
– Ah oui! Je sais! Je me souviens! Il y avait des bols!… »

Effectivement, il y avait des bols à offrande pour mettre sa piécette aux Dieux Khmers… De questions en interrogations, nous découvrons finalement que comme deux idiots, nous avons tout simplement oublié d’indiquer aux garçons qu’il y avait des sculptures khmères… et qu’ils ne les ont pas remarquées! Bref, c’est bien la peine d’emmener ses enfants en vacances!…

Moines, moinillons et militaires a Khao Phra Wihan

Le Site Archéologique de Ban Prasat


Les mariages traditionnels se terminent tôt en Thaïlande. En partant de la belle cérémonie organisée pour P’Kung et P’O, il nous reste l’après-midi devant nous. Destination Phimai, l’un des derniers gros sanctuaires Khmers que nous n’ayons pas visité, en Thaïlande.

En cours de route, on tombe sur un autre mini vestige Khmer, Prasat Ban Prasat. Puis sur des fouilles d’excavation datant de la préhistoire, dans l’ancien village de Ban Prasat (oui, ça s’appelle pareil)… de trop belles occasion pour que des curieux comme nous ne passent leur route!

Prasat Ban Prasat: une petite ruine khmère en passant…

 

Prasat Ban Prasat en Pratique:

  • Coordonnées GPS: 15°11’42.4″N 102°10’38.3″E
  • Prix: Gratuit pour tous
  • Le site n’est pas clos et reste toujours ouvert à la visite
  • Durée de l’activité: un quart d’heure, en passant

 

Prasat Ban Prasat - Petite ruine Khmere

Prasat Ban Prasat n’est mentionné nulle part jusqu’à l’entrée du village. Construite au 13eme siècle, cette chapelle d’hôpital n’a conservé qu’un bassin, le bas de ses murs et de son gopura, mais ni sculptures ni bas-reliefs n’y ont subsisté. L’édifice semble toujours être utilisé à l’occasion, comme lieu de culte. Plus amusant, il est totalement intégré dans la vie rurale du village, derrière deux poulaillers et une vieille dame qui range des sacs de grains.

Du fond de la voiture, Petit-Un se réjouit tout haut de retrouver des vestiges khmers: « Un bel temple, ça me fait un plaisir »! Cool, il est aussi accroché que nous!

Prasat Ban Prasat - Petite ruine Khmere

La visite est courte. Nous ne resterons pas longtemps, mais en profitons pour remettre des habits civils, après les beaux vêtements du mariage. Je me glisse avec délice dans mon vieux short élimé de « sale jeune », si confortable pour mon gros ventre, et tellement pratique avec ses grandes poches. Pour la fin de la journée, j’aurai une belle tête mais un bas moche. Tant pis!

Prasat Ban Prasat - Petite ruine Khmere

Le Site Archéologique de Ban Prasat

 

Le Site Archéologique de Ban Prasat en Pratique:

  • Coordonnées GPS: 15°14’44.4″N 102°22’15.8″E
  • Prix: Gratuit pour tous
  • Ouverture de 8h30 à 16h30.
  • A voir: le site se compose d’un petit musée ainsi que de trois fosses d’excavation, où sont mises à jour des tombes de trois périodes différentes (1000 avant J-C, 600 avant J-C, et 13eme siècle de notre ère). En plus des aspects archéologiques, le musée présente la vie rurale et les traditions agraires de la région.
  • Durée de l’activité: une heure environ

 

Les plus anciens vestiges retrouvés sur le site archéologique de Ban Prasat datent environ de l’an 1000 avant Jésus-Christ. Le village était alors habité par une communauté rurale sédentaire qui cultivait le riz et élevait des animaux domestiques, mais qui appartenait à une civilisation bien distincte de celle de Ban Chiang (au Nord de l’Isan, dans la région d’Udon Thani). Il semble que depuis cette période, le village ait toujours été habité.

Fosse avec squelettes et ceramiques

Les premières excavations datent des années 1980. Trois fosses et été fouillées, qui correspondent à trois périodes bien distinctes de l’histoire du village. La fosse la plus ancienne date d’il y a 3000 ans, la seconde d’il y a 1700 ans, et la troisième d’il y a 600 ans, donc de la période angkorienne. Comme le souligne Petit-Un avec enthousiasme, on y trouve « des squelettes qui sont très morts ». Les corps sont enterrés sur le dos, mais leur orientation cardinale varie d’une période à l’autre, et parfois même entre les squelettes d’une même époque. Nous n’avons trouvé ni analyses ni commentaires à ce sujet. Y a-t-il une logique ou les squelettes ont-ils été enterrés de façon aléatoire?

Fosse avec squelettes et bijoux

Les rites funéraires semblent avoir varié avec le temps. Dans les temps les plus reculés, les corps sont enterrés avec des armes et des ossements d’animaux. Dans les périodes plus récentes, on retrouve des poteries et des bijoux dans les fosses. Petit-Deux s’est beaucoup intéressé à l’identification des bracelets et des bagues des squelettes. Il commence aussi à savoir en repérer la tête et les jambes… Il en était très fier, et mine de rien, ce n’est pas si évident que ça, quand on a trois ans!

 

Le musée de Ban Prasat

Le petit musée de la ville se découpe en deux thématiques distinctes. Une première partie de l’exposition présente les céramiques et bijoux découverts lors des excavations. Ce n’est pas inintéressant, mais tout de même loin de la richesse des découvertes de Ban Chiang, par exemple.

Le Musee de Ban Prasat

La seconde partie du musée m’a en revanche beaucoup plue. Elle présente les objets et les traditions de la vie rurale de la région. Nous y retrouvons des paniers tressés destinés, suivant le type, soit à porter, soit à mesurer les céréales, des nasses à poisson, ainsi que des outils traditionnels avec lesquels l’on travaille la terre. Deux ou trois panneaux informatifs passionnants y décrivent les fêtes et les rites traditionnels liés aux récoltes et à la célébration de la fécondité.

Ne nous y trompons pas, cela reste un très petit musée, qui se parcourt en une vingtaine de minutes. Mais à mon sens, il vaut vraiment le coup d’œil pour qui passe à proximité.

 

Un Petit Village paisible

L’intérêt de la visite consiste aussi en la traversée du village et l’observation du quotidien de ses habitants. La présence de nos enfants rend la tâche facile. Une Maman et son jeune garçon s’approchent pour nous regarder de plus près et échanger un « hello » bienveillant. Un peu plus loin, une dame allaite un nourrisson. Nous échangeons un sourire satisfait et complice.

Sur les chemins du village, nous croisons d’énormes iules qui m’effraient un peu. Apres vérification, elles ne sont pas dangereuses, mais quels gros vers de terre! Elles sont plus grosses que des Knakis! Cela dissuade même les enfants de les tripoter! Petit-Un se plaît en revanche à ramasser de belles graines noires et brillantes, tombées d’arbres autochtones. Il en a des collections plein les poches! Une vieille dame qui tresse des tiges végétales le suit d’un regard attendri.

Oiseau exotique de Ban Prasat

Un peu plus loin, un vieux monsieur a taillé dans un bois léger de jolis oiseaux exotiques dont le cou s’incline au gré du vent, grâce à un système de balancier. Nous en choisissons un, en souvenir de cette jolie étape. Nous avisons aussi un bel instrument à cordes, également de facture « maison », et dont la caisse de résonance est tendue en peau de serpent. Le vieil homme l’accorde devant nous et en sort quelques notes. Les sonorités sont harmonieuses pour qui connait bien la musique locale, je crois. Elles ressemblent en tout cas aux musiques que nous pouvons entendre dans des concerts de rue. Notre oreille occidentale n’est pas très habituée à ces mélodies, mais l’instrument est beau dans sa rusticité, et la peau de serpent lui confère un caractère sauvage qui nous plait.

Nous en demandons le prix. Le vieil homme n’ose pas nous parler Thaï. Nous ne pouvons même pas l’y encourager car nous manquons de vocabulaire. Alors nous nous sourions. Puis nous lui tendons un IPhone, pour qu’il y inscrive son prix. L’homme nous considère d’un œil un peu paniqué. Il n’ose pas toucher le téléphone. Pendant qu’il retourne sa chambre à la recherche d’un stylo, nous faisons de même –sans succès- avec notre sac à dos. Il nous note finalement un prix sur un vieux cahier… certains de ses chiffres sont écrits en miroir, et le total n’a rien de logique: ce n’est pas un nombre rond, et surtout pas assez cher du tout. Ce monsieur a visiblement peu l’habitude de l’écrit. Une voisine arrive à la rescousse et nous aidera finalement à débloquer la situation.

Instrument a Corde de Ban Prasat02

Sans rien d’extraordinaire, ce village nous a plu, avec ses traditions, son quotidien paisible, et ses habitants aux regards pleins d’humanité. Nous découvrons que plusieurs maisons ont des activités de « Home Stay »: elles reçoivent des touristes pour la nuit, mangent avec eux et leur font visiter le village… Peut-être aurons-nous l’occasion d’y revenir, et de goûter le temps de quelques heures à la lenteur paisible de cette ruralité ordinaire

 

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Le Sanctuaire de Phimai

Nous profitons d’un long week-end et de l’invitation au mariage de P’Kung pour visiter une partie du sud de l’Isan que nous ne connaissons pas encore. Direction le parc historique et le sanctuaire de Phimai, puis le musée national de Phimai . En chemin, nous découvrirons aussi, par hasard, les vestiges du village préhistorique de Ban Prasat, qui valent le détour si l’on est dans le coin.

 

Le Sanctuaire de Phimai en Pratique:

  • Coordonnées GPS: 15°13’08.2″N 102°29’40.5″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Un dépliant –de qualité- en français nous a été fourni en même temps que le ticket.
  • Prix enfant: au jugé, nos enfants (3 et 5 ans) sont entrés gratuitement
  • Ouverture de 7h30 à 18h.
  • Durée de l’activité: Prévoir 1 à 2 bonnes heures, en fonction de son amour des vestiges Khmers. Privilégier une visite tôt le matin pour limiter la chaleur et éviter les visiteurs sur les photos.

 

La saison des pluies l’impose, nous nous couvrons d’anti-moustique avant d’entamer la visite. Le temps est orageux et l’air humide: un climat idéal pour se faire piquer!

« Il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons! »… Les enfants qui trainaient des pieds en sortant de la voiture sautent de joie et se précipitent à l’entrée du site. Décidément, ils aiment autant que nous les ruines khmères!

 

Le sanctuaire de Phimai: un complexe majeur de la période khmère

Construit aux 11 et 12eme siècles, le sanctuaire de Phimai est l‘un des temples khmers les plus importants de Thaïlande. Il est construit en grès, et non en latérite comme la plupart des édifices religieux de la région de la même époque. Le grès est un matériau plus dur, moins aisé à travailler, mais plus noble, ce qui reflète le caractère d’exception de Phimai. Du coup, le bâtiment vieilli différemment, aussi, et a tendance à s’effriter, alors que la latérite, elle, se creuse de petits cratères.

Ce sanctuaire majeur est situé à l’extrême limite d’une longue route sacrée qui traversait le Royaume khmer et reliait Phimai à Angkor. C’est sans doute la raison pour laquelle le complexe de temple de Phimai est orienté vers le sud, sud-est: il « regarde » dans la direction d’Angkor.

Bêtement, je ne retrouve plus le dépliant reçu sur le site, et qui en proposait une carte très lisible et pertinente. Je crois l’avoir donné à Papa-Tout-Terrain ou mis dans une poche quand Petit-Deux a insisté pour que je lui serve de monture « parce qu’il y a des cailouuuuuuux, par teeeeeeeerre! ». Oui, il est toujours sensible de l’orteil on avait oublié de le chausser de baskets. Bref, j’ai emprunté un plan sur le site de Korat Magazine, qui permettra de se repérer:

Phimai Historical Park - Map

On entre par le sud. Sur la gauche, un « petit » bâtiment annexe, nommé Klang Ngoen sur le plan, était destiné à abriter les familles royales qui s’y habillaient, avant les processions religieuses. L’édifice n’a rien d’exceptionnel. En revanche, par sa taille, la finesse de ses linteaux et la largeur de ses couloirs de circulation, il préfigure déjà l’immensité somptueuse du sanctuaire tout entier.

Phimai - Klang Ngoen

 

Une architecture classique de la période angkorienne

Les garçons sont très impatients d’entamer enfin les choses sérieuses. Déjà, ils ont rejoint, en courant, le pont aux nâgas, qui donne accès au gopura sud de l’enceinte extérieure. Les parents aussi ont adopté le pas de course pour suivre les marmailloux. Et ne pas les perdre entre deux murs antiques. En réalité, donc, les photos datent du trajet retour. Mais permettez-moi une pause narrative pour placer quelques mots. Le pont aux nâgas symbolise le lien et le passage entre le monde des mortels et le monde des dieux. C’est un motif que l’on retrouve très fréquemment dans les édifices Hindous. Le nâga, qui a une, cinq ou sept têtes joue un rôle de gardien et de médiateur entre la terre et le ciel.

Phimai - Pont aux Nagas

Depuis, et après une intéressante discussion avec notre nounou, j’ai découvert que le nâga était également présent dans certains édifices bouddhistes de Thaïlande, où il est considéré comme un animal sacré.

Nous sommes étonnés par l‘excellent état de préservation des sculptures. Nous ne saurons le fin mot de l’histoire qu’un peu plus tard, lorsque nous tomberons par hasard sur la « réserve à Nâgas »: un champ de serpents bétonnés, aux structures en acier, et méthodiquement ordonnés en rangées disciplinées, prêts à remplacer un congénère détérioré. De toute évidence, depuis les restaurations initiées dans les années 1960, beaucoup des sculptures originales ont été déplacées au musée National de Phimai et remplacées par des copies, ce qui est, somme toute, très cohérent en termes de conservation du patrimoine.

Phimai - Pont aux Nagas et Gopura

Nous entrons dans la première enceinte par le gopura sud. Le gopura est un élément typique de l’architecture hindouiste, qui consiste en une entrée dans l’enceinte sacrée. Il représente la grandeur des dieux. Au fil des siècles, il tend de plus en plus souvent à la démesure, avec profusion de sculptures et de décorations. Le complexe de Phimai ayant deux enceintes imbriquées, l’on franchit donc deux gopuras successivement avant d’atteindre le sanctuaire. Chacune des enceintes est en réalité dotée de quatre gopura, soit un par mur d’enceinte.

Phimai - Passage Central entre l'enceinte exterieure et l'enceinte exterieure du complexe

Toujours au pas de course, nous atteignons le passage central, qui mène à l’enceinte intérieure de l’édifice. J’arrive à mettre la main sur Petit-Deux qui accepte mollement de m’attendre. Petit-Un, de la voix, tente d’exciter son frère en l’intéressant à de nouvelles découvertes. Je souffle comme un vieux buffle en fin de labour. Décidément, le marathon n’est pas d’actualité pour moi à six mois de grossesse! Derrière le deuxième gopura, plus grand et plus somptueux, on commence à deviner les Prangs du sanctuaire central. La perspective et l’alignement architectural sont étonnants et magnifiques. Papa-Tout-Terrain me fait remarquer que si nous étions seul sur le site, l’on pourrait voir le sanctuaire central depuis le pont aux nâgas, et sans doute même depuis l’entrée de l’allée principale.

Phimai - Sanctuaire Central

 

La somptueuse enceinte intérieure du sanctuaire de Phimai

Nous atteignons enfin la partie la plus centrale du complexe. La zone comporte deux Prangs, une bibliothèque ainsi que le sanctuaire principal. Si les bâtiments annexes et l’enceinte extérieure sont de grès rose, les édifices religieux principaux ont été bâtis dans un grès gris très clair, qui leur confère encore une majesté plus grande. Les Prangs sont magnifiquement ornés de sculptures aux motifs religieux. Tout comme les nâgas, ce sont certainement des copies, car nous en retrouverons des rangées sagement alignées à côté des serpents.

Phimai - Sanctuaire Central

Cela ne retire rien à la noblesse et a l’éclat architectural des bâtiments. Certains linteaux sont sculptés avec une finesse et une élégance que nous avons rarement rencontrées jusqu’ alors. Les encadrements des ouvertures, des gopuras et mêmes des allées de circulation des enceintes, sont adroitement décorés de personnages mi religieux, mi facétieux.

Phimai - Linteau de porte

Ca y est, on a perdu Petit-Deux! Il était là il y a deux secondes. Il voulait partir à droite, pendant que Petit-Un développait les raisons pour lesquelles il souhaitait visiter la galerie d’enceinte, sur la gauche. Je n’ai pas entendu pas grand-chose des raisons de Petit-Un. Il se trouve déjà à une bonne cinquantaine de mètres, et ne vois plus Petit-Deux. Papa-Tout-Terrain part à sa recherche. Sans succès. Heureusement l’asticot réapparaît quelques secondes plus tard, fort content de lui, après avoir fait seul le tour de la bibliothèque.

Nos enfants commencent à apprécier une certaine indépendance lors des visites, mais n’ont pas toujours le réflexe de nous avertir de leurs explorations, ce qui nous cause souvent des sueurs froides. Ils ne sont que deux mais nous passons toujours une bonne partie de nos visites à compter « Un, deux… c’est bon! »… « Un, deux… c’est bon! »… « Un… Ou est deux?… Ah, deux, c’est bon… » J’imagine que c’est le lot de tous les parents, mais avez-vous été jusqu’à vraiment égarer des enfants en visite? Et comment leur avez-vous appris à s’éloigner, dans le respect de consignes élémentaires de sécurité?

Phimai - Le Sanctuaire Central

Nous retournons au point de départ par le chemin des écoliers. Nous zigzaguons entre les zones architecturales centrales et les allées qui longent l’enceinte extérieure. La finesse et l’omniprésence des bas-reliefs, sur tous les bâtiments, jusqu’aux plus humbles, ne cesse de réjouir nos regards.

Phimai - Mur de l'enceinte exterieure

Le Musée National de Phimai

Le Musée National de Phimai en Pratique

  • Coordonnées GPS: 15°13’29.4″N 102°29’40.0″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers, 20 THB pour les Thaï. Dans l’empressement, on a payé le prix « étranger » sans demander le prix « thaï »… Bon, en même temps, on participe ainsi à la préservation de ce très beau patrimoine.
  • Prix enfant: gratuit
  • Ouverture de 9h00 à 16h00.
  • Durée de l’activité: 35 minutes au pas de course, poussés par les enfants et l’heure de fermeture. Dans l’idéal, compter plutôt une heure à une heure et demie.

 

Nous complétons notre découverte du sanctuaire de Phimai par la visite du musée de la ville, après une pause glacée. Petit-Deux a une petite langue et met tant et tant de temps à venir à bout de son cône à la fraise que nous arrivons bien tard et manquons de peu de trouver porte close. Il est vrai aussi que le musée ferme particulièrement tôt, à 16 heures.

Musee National de Phimai - Linteau

Il serait pourtant dommage de le louper! Ses collections sont d’une grande richesse. En particulier ses sculptures et de bas-reliefs khmers, particulièrement bien conservés, restaurés et mis en valeur. La plupart des œuvres datent des 10 aux 13eme siècles, et sont de nature religieuses, principalement influencées par l’Hindouisme. J’ai le plaisir de noter que Petit-Deux connait et reconnait désormais parfaitement les nâgas. En dehors des nâgas et des dragons, il faut admettre que les musées ne sont pas (encore) les terrains de jeux favoris des enfants. Les bâtiments heureusement fournissent escaliers et rampes pour handicapés qui leur permettront de belles glissades, pendant que les parents se passionnent pour des images de Shiva et de Vishnu.

Musee National de Phimai - Linteau

Le musée présente des pièces magnifiques, et propose un panorama très intéressant d’œuvres rapportées de plusieurs temples, majeurs et mineurs, de l’Isan. On y trouve des statues Hindoues et des statues bouddhistes, plus récentes. Et surtout de très nombreux linteaux qui représentent avec force détails et personnes des scènes de cérémonies religieuses. Les œuvres sont bien éclairées et mises en valeur. L’exposition des plus grosses pièces, dans un hangar extérieure, est sans doute, d’ailleurs, encore plus somptueuse

Musee National de Phimai - Fronton

Malheureusement, nous avons eu un peu peine à trouver une cohérence d’ensemble dans l’exposition. Les sculptures sont mélangées avec des armoires et des bijoux, et la progression historique n’est pas évidente. Il ne semble pas y avoir de ségrégation géographique non plus. Même les différentes religions paraissent vouloir se mêler les unes aux autres. Le manque de commentaires d’ordre général, en anglais, vient renforcer ce sentiment de confusion. Avec quelques jours de recul nous avons beaucoup apprécié cette visite, visuellement, mais restons un peu sur notre faim, en regrettant de ne pas en avoir appris plus.

Musee National de Phimai - Vases

 

Autour de Phimai

Nous finissons le musée assez fatigués d’une journée déjà riche en visites et en événements. (Et un peu éprouvés par une maxi-colère de Petit-Deux.) Du coup comme une cruche, j’en oublie la promenade prévue de Sai Ngam, une petite île entièrement recouverte des ramifications d’un banian géant. Les photos avaient pourtant l’air magnifique!… Bref, si vous préparez une excursion à Phimai, ne faites pas comme nous, n’oubliez pas bêtement cette étape!

Sur le chemin du retour vers Korat, nous faisons enfin une dernière halte à Prasat Hin Phanomwan, un ancien sanctuaire khmer, désormais totalement dédié à la religion et aux cérémonies bouddhistes. On va dire que c’est la nature, mais j’ai un peu honte d’avouer que je m’étais endormie en route… Bref je n’ai pas eu l’énergie de descendre de la voiture pour visiter le site. A la place, j’ai mangé un bonbon « hamburger » avec Petit-Deux, tout en gardant un œil sur Petit-Un, qui n’avait même pas daigné se réveiller.

Prasat Hin Phanomwan

Papa-Tout-Terrain a été plus courageux, et a apprécié le détour. Il a été très impressionné par les énormes Bouddhas installées dans les allées et les sanctuaires principaux, et par l‘intensité du culte qui leur était rendu.

Prasat Hin Phanomwan

 

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Notre voyage en Isan

Profitant des vacances de Songkran, nous avons pris la route, bien décidés à découvrir les richesses des temples et des sanctuaires de l’Isan…

Deux semaines après le retour, c’est le moment de faire un petit point sur notre parcours, les perles de nos découvertes, mais aussi les petites difficultés que nous avons pu rencontrer…

Prasat Phanom Rung

 

Notre périple détaillé

  Nom du Lieu Type d’activité Province Article du Blog
Jour 1 Prasat Mueang Tam Sanctuaire Khmer Buriram Prasat Muang Tam, majestueux temple Khmer – Buriram
Phanom Rung Historical Park Sanctuaire Khmer Buriram Praasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram
Kuti Rishi Nong Bua Lai Héritage Khmer Buriram
Jour 2 Tao Nai Chian et Tao Salai Fours de potier (Khmer) Buriram Ta Muean Thom, temple et militaires – Surin
Prasat Ta Meuan Héritage Khmer Surin
Prasat Ta Meuan Toht Héritage Khmer Surin
Prasat Ta Muean Thom Sanctuaire Khmer Surin
Prasat Ban Phluang Temple Khmer Surin Jolies surprises Khmères – Temples de Surin
Prasat Ban Prai Temple Khmer Surin
Jour 3 Cérémonies dansantes à Surin Festivités Surin Songkran surprise dans la calme Surin
Prasat Sikhoraphum Temple Khmer Surin Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket
Prasat Ban Prasat Temple Khmer Sisaket
Prasat Sa Kamphaeng Yai Sanctuaire Khmer Sisaket
Jour 4 Elephant Study Center Attraction Surin Eléphants, singes et temples – de Surin à Kalasin
Ku Phra Kona Sanctuaire Khmer Surin
Pédalo et jeux d’enfants Attraction Roi-Et
Muang Fa Daet Song Yang Site préhistorique Kalasin
Jour 5 Musée des dinosaures Attraction / Musée Kalasin Le musée des dinosaures de Kalasin
Lac de Lam Pao Paysages Kalasin
Songkran dans les campagnes Festivités Kalasin
Musée archéologique de Ban Chiang Musée (préhistoire) Udon Thani Les richesses du musée archéologique de Ban Chiang
Songkran urbain a Udon Thani Festivités Udon Thani
Jour 6 King Cobra village Attraction Khon Kaen  Le Village des Cobras Royaux – Khon Kaen
Nam Phong National Park Paysages Khon Kaen
Wat Thung Setthi Temple Bouddhiste Khon Kaen
Jour 7 Prasat Puay Noi Temple Khmer Khon Kaen

 

Quelques-unes de nos principales étapes sur la carte…

Itineraire de notre voyage en Isan

Sources: Google Map

Notre découverte de l’Isan en cinq chiffres

  • 7 jours de voyage
  • 2,300 km de route
  • 8 provinces traversées (Buriram, Surin, Sisaket, Roi-Et, Kalasin, Udon Thani, Khon Kaen et Nakhon-Ratchasima)
  • 15 sites Khmers si mon compte est bon
  • … sans compter 2 sites Khmers à retourner voir absolument!

 

Notre voyage en quelques points

  • L’Isan nous a donné à profiter de tout ce que nous aimons en Thaïlande: des sites historiques riches et variés, de beaux paysages, des rencontres dont nous nous souviendrons longtemps… Nous avons globalement échappé aux attractions organisées pour le tourisme de masse et tant mieux, car ce n’est pas ce que nous recherchions cette fois ci.
  • Les distances sont longues dans cette région. Ce beau voyage n’aurait jamais été possible sans un véhicule individuel –ou cela nous aurait demandé beaucoup de temps.
  • La nourriture de la région est bonne, mais je m’attendais à plus de variété. Finalement, on trouve presque les mêmes plats « secs » que dans notre région, mais beaucoup moins de plats en sauce de type currys. Nous espérions profiter de ce voyage pour des découvertes culinaires… mais en fait non.
  • Parfois, nous n’avons pas trouvé d’interlocuteur anglophone, mais cela ne nous a jamais posé problème. Les personnes que nous avons rencontrées étaient d’une grande gentillesse et ont toujours tout fait pour nous simplifier la vie, et plus encore pour satisfaire les enfants. Dans les cas les plus extrêmes, nous avons fait appel à Google Image pour commander un bol de riz pour les garçons, plus difficiles que nous sur la nourriture.
  • Nous rentrons la tête pleine de belles images et les bras chargés de souvenirs: de belles reproductions de céramiques de Ban Chiang, un magnifique buffle de terre cuite, un grand panier tressé traditionnel, et un bel instrument classique à cordes pincées. Quelqu’un connaitrait-il son nom?

Nos souvenirs

Les petits contretemps

  • Dans les zones courues des étrangers, j’ai parfois des difficultés à avoir une salade de papaye pimentée normalement, tant les touristes sont adeptes du « Mai ped » (=sans épices). Dans l’Isan, il m’est au contraire arrivé de chercher la papaye au milieu des morceaux de piments… à en pleurer…
  • Nous n’avons pas eu de soucis majeurs d’orientation, mais pas mal de petites difficultés ponctuelles. D’une part, les panneaux en anglais étaient rares dans certaines zones –mais pas partout. Et surtout, les transcriptions du Thaï en lettres occidentales ont tendance à varier d’une fois sur l’autre. C’est toujours très embêtant pour trouver un lieu dont on croit connaître l’intitulé. En tant que responsable de la navigation, j’ai souvent râlé de devoir tâtonner et essayer plusieurs orthographes sur le GPS avant que ça marche.
  • Nous avons voyagé pendant la période la plus chaude de l’année, et pendant la plus grosse vague de chaleur en Thaïlande depuis cinquante ans… Nous avons donc eu très très chaud. C’est toujours resté vivable, mais cela nous a parfois obligés à écourter certaines promenades, par prudence… Au fait, j’ai bien bronzé des pieds, non?

Bronzage du retour

(Note: la cheville enflée et l’égratignure n’ont rien à voir… Apres 2,300 km sans encombre, je suis revenue me fouler le pied sur le pas de la porte de la maison! C’est malin!)

 

Les enfants en voyage

  • Les enfants ont adoré ce voyage: crapahuter dans les temples, rencontrer des animaux, s’enthousiasmer pour de nouveaux hôtels tous les soirs… tout est propice à l’exploration, et tout les intéresse! Plus tard, ils ne garderont sans doute que des souvenirs vagues de ce voyage, mais nous nous plaisons à penser qu’ils cultivent ainsi leur curiosité, leur goût de la découverte, et que c’est une belle façon de grandir.
  • Ce voyage a été placé sous le signe de la chanson française –longs trajets en voiture obligent. Les enfants ont appris de nombreux classiques pour tout-petits, et pas mal de Renaud, aussi. On entend maintenant régulièrement Petit-Deux s’égosiller dans les toilettes: « Lolaaaaaaaaaaaaaaaa!!!… » ou pire « Casse toi tu pues, et marche à l’ombre… » de sa jolie voix aigrelette.
  • A notre contact permanent, les enfants progressent à pas de géant en français. En plus du vocabulaire, Petit-Un commence à acquérir les bases de l’argumentation. Il explique très sérieusement qu’il doit absolument manger ce bonbon tout de suite parce que son papier le protège mal et qu’il craint une attaque de fourmis. Autant je ne cède jamais devant les cris, autant ses efforts de persuasion tendent à me faire fondre sur place…
  • On a toujours du mal à gérer la fatigue des voyages en « road trip ». Au bout de sept jours, nous étions tous assez fatigués et avons renoncé à la dernière étape, Phimai. Peut-être nos journées sont-elles trop chargées, mais les vacances sont malheureusement trop rares… Quelles sont vos trucs pour conserver des forces sur le long terme?
  • Pour la première fois, les enfants ont fait leurs valises et en ont été responsable pour toute la durée du périple. Ils s’en sont très bien sortis, et avec beaucoup de régularité!

 

Nous reviendrons!

  • Preah Vihear n’était pas au programme de notre circuit, car nous n’étions pas surs de la sécurité du site, situé dans une zone de conflit frontalier entre Cambodge et Thaïlande. Depuis notre retour, nous avons continué à rêver sur les belles vues de ce sanctuaire, et commencé à échanger avec de –rares- voyageurs ayant visité les lieux. Il semble finalement que la zone soit suffisamment sûre aujourd’hui. C’est dit, nous y retournerons!
  • Phimai avait été volontairement placé en fin de parcours pour pouvoir sauter cette dernière étape en cas de besoin. Le sanctuaire est en effet le vestige Khmer le plus proche de chez nous. Beaucoup de temples plus tard, adjoints d’un zeste de lassitude et de fatigue pour nous tous… nous avons laissé tomber la visite pour aller jouer à Batawaf à l’hôtel. Nous reviendrons sur un long week-end… C’est bon, aussi, de distiller les plaisirs!

 

 

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Les richesses du musée archéologique de Ban Chiang

Apres la traversée de la province de Kalasin, animée par les festivités aquatiques de Songkran, nous trouvons en Ban Chiang un gros bourg endormi. Depuis les découvertes archéologiques majeures du milieu des années 1960, la ville est devenue célèbre pour ses céramiques, vieilles de plus de 4000 ans. De grosses reproduction de vases ornent le rond-point de l’entrée de la ville et partout fleurissent des panneaux avec des pictogrammes de céramiques. C’est visiblement la seule attraction du coin.

 

Un site archéologique récent

Bonne surprise, le musée archéologique de Ban Chiang a été nouvellement refait. Entouré de jardins agréables, les bâtiments sont modernes et accueillants.

Les jardins du musee archeologique de Ban Chiang

Les garçons n’ont pas l’air de vouloir être très patients. Nous commençons rapidement la visite. La première partie de l’exposition retrace l’historique de l’invention des sites archéologiques. Depuis toujours, les paysans de la région avaient l’habitude de tomber sur des tessons de poterie dans leurs champs, qui les embêtaient plutôt dans leurs cultures. Un étudiant britannique en anthropologie passait justement par là il y a une soixantaine d’années, quand par accident, il s’étala de tout son long dans un chemin, et tomba nez à nez avec un morceau de poterie, élégamment décoré. Convaincu d’une découverte majeure, il contacta universitaires et des spécialistes. D’études en recherches, il fut démontré que les plus anciens sites de la région dataient de 2500 ans avant Jésus Christ, et constituaient l’une des plus importantes zones d’habitats préhistoriques d’Asie. Ban Chiang est aujourd’hui inscrite au patrimoine de l’UNESCO.

De nombreux affichages sont également consacrés aux différents patronages de la famille royale sur le site. Visites du roi, questions posées par la reine, photos d’autres membres de la famille… Ces aspects qui peuvent sembler un peu anecdotique pour des étrangers sont bien sûr très importants pour les visiteurs locaux, qui passent beaucoup de temps à consulter les panneaux.

 

Une surprenante civilisation préhistorique

Plusieurs salles replacent ensuite les vestiges et les découvertes dans leur contexte. L’on observe les salles de conservation des tessons, la façon dont sont restaurés les vases brisés, et surtout, l’on trouve de très intéressantes reconstitutions de sites funéraires de cette civilisation pré-bouddhiste –qui ne brûlait donc pas ses morts mais les enterrait. Cette civilisation néolithique semble encore mal connue et beaucoup d’observations restent sans explications. Il semble par exemple que les squelettes des périodes les plus primitives aient été enterrés en position fléchie, puis dans les périodes plus récentes, en position allongée. Curieusement, l’orientation spatiale des corps diffère d’un site à l’autre.

Squelette du musee archeologique de Ban Chiang

Cela fait de longues –très longues- minutes que Petit-Deux me tire sur le bras à me l’allonger. Il vient de se rappeler qu’il a vu un ascenseur au début du musée, mais qu’il aurait souhaité mieux l’observer. Il faut y retourner tout de suite. Dans cinq minutes? « Nooooooooooooon! » Il crie fort la bête, donc il a gain de cause, pour le bien-être auditif de nos co-visiteurs.

On refait tout le musée en sens inverse, on explique au mec qui contrôle les billets à l’entrée que « vous n’inquiétez pas on revient on va juste voir l’ascenseur ». Dieu soit loué il ne parle que Thaï donc il ne saura pas le fond de l’histoire. En fait ce n’est pas un ascenseur mais un monte-charge. Petit-Deux est content pareil. On étudie le fonctionnement des câbles, on regarde les deux boutons, dont le bouton rouge sur lequel il ne faut pas appuyer. On fait des photos (oui oui). Petit-Deux vérifie les photos: on voit mal les boutons. Il faut les reprendre (oui oui). Je commence à bouillir de poireauter depuis dix minutes devant le monte-charge d’un musée qui m’intéresse tant. Je convaincs Petit-Deux de repartir sans crier, lui laisse le téléphone, les photos, lui explique comment zoomer pour mieux voir les boutons, et le largue à son Papa qui, lui, n’a pas encore épuise son capital de patience.

Je retourne à mes squelettes.

Ceramiques de Ban Chiang

Sur les sites plus anciens, les corps étaient recouverts de céramiques brisées, puis dans les périodes plus récentes, entourés de vases entiers. Ainsi, plus de 90% des poteries retrouvées étaient en morceaux. Les très jeunes enfants étaient quant à eux enterrés dans des urnes funéraires. L’on a fréquemment retrouvé de menus objets personnels de métal, souvent des bijoux, autour des squelettes. En dehors des sites funéraires, peu de traces subsistent de cette civilisation, dont les constructions devaient être de bois. Ces foyers de peuplement disparaissent vers l’an 900 de notre ère, pour des raisons que l’on n’explique pas. Un temps peuplée par des Khmer venus du Cambodge, la zone reste ensuite inhabitée du 14eme au 18eme siècle.

 

Le travail de l’argile et le travail des métaux

Un peu plus loin, des mannequins de cire reconstituent ce que devait être le quotidien des habitants de ces zones de peuplement. Nous apprenons que les motifs géométriques des poteries étaient peints après cuisson. Les motifs géométriques rouges étaient tracés au pinceau.

Peinture sur les vases du musee archeologique de Ban Chiang

Enterrés avec certains corps d’enfants, ont également été retrouves d’étonnants objets, qui ressemblent à des rouleaux encreurs gravés, et qui étaient utilisés pour l’impression répétée de motifs logiques. Ils semblent que ces « tampons » n’aient pas pu être employés à la décoration de céramiques. Ils auraient soit servi de sceaux, soit été utilisés à l’impression de décorations sur des tissus.

Cette civilisation travaillait également le fer, puis le bronze, principalement pour façonner des bijoux. Petit-Un s’est beaucoup plu à observer les différents types d’ornements et à les nommer. A l’explication des principes de la fonte et du travail des métaux, il reste interdit. Il ne dit rien mais peine visiblement à saisir le concept, malgré une mise en scène très vivante de statues de cire. Ce qui nous semble si évident, à nous, adultes, n’est pas forcément facile à admettre…

Ceramiques et objets metalliques retrouves autour de Ban Chiang

J’ai apprécié ces reconstitutions intelligentes, avec des commentaires brefs mais pertinents, qui permettent une visite adaptée aux enfants et aux adultes. « Ooooooh, s’exclame Petit-Un, celui-là, il devait avoir très mal aux dents! » Il manque en effet pas mal d’incisives au squelette que nous observons. Je suis satisfaite: mes régulières mises en garde concernant la santé bucco-dentaire semble commencer à porter leurs fruits!

 

Un musée à ne pas manquer!

La dernière partie du musée présente enfin une très large collection des céramiques et autres objets d’arts retrouvés dans la région. Certains vases sont formidables d’arabesques entremêlées. J’aurais aimé y rester plus longtemps. Mais Petit-Un a visiblement atteint les limites de sa concentration. Un peu désœuvré, il s’est lancé dans l’analyse du fonctionnement des ventilateurs du musée, qu’il étudie de façon empirique en s’essayant à tous les boutons, malgré nos fréquents rappels à l’ordre. Quant à Petit-Deux, il a, lui, atteint les limites de la batterie de mon téléphone et de la tolérance de son Papa. Nous repartons aussi discrètement que possible.

Ceramiques de Ban Chiang

Nous avions hésité un temps à supprimer l’étape du musée archéologique de Ban Chiang, très au nord de notre périple. Si les cessions « musées » avec les enfants ne sont pas les plus faciles, celle-ci valait tout de même vraiment le coup, et nous n’avons pas regretté les kilomètres additionnels! Nous avons apprécié les riches collections, les explications claires, et les reconstitutions historiques parlantes dans des locaux vastes, bien agencés et bien éclairés. C’était une belle visite!

En repartant, nous faisons quelques emplettes de reproductions de vases dans les commerces environnants. Il s’agit certes d’une production de masse, mais locale, et fidèle aux couleurs et aux motifs que nous avions appréciés sur les originaux! Toujours gâtés par les locaux, les enfants repartiront même avec deux mini-vases en cadeau!

Et vous, comment gérez-vous vos enfants dans les musées? Histoire de me rassurer, avez-vous aussi des expériences d’enfants un poil bougeons? Et vous obstinez-vous à organiser de telles visites?

 

Procession de Songkran

Alors que nous nous apprêtons à reprendre la route, la voie est soudain coupée par un véhicule monumental, tout de feuillages recouvert, et au sommet duquel trône une espèce de nâga. L’étrange équipage est dirigé par quatre hommes à pieds, et progresse avec beaucoup de circonspection. Notre GPS nous indique de le suivre. Notre curiosité nous pousse également dans ce sens.

Char d une procession religieuse a Ban Chiang

Un peu plus loin, le char rejoint finalement une petite foule qui l’attend, pour un défilé, sans doute religieux, et sans doute lié aux cérémonies de Songkran. Les acteurs de la festivité sont élégamment habillés de tenues locales assorties, et beaucoup de dames sortent visiblement de chez le coiffeur. Elles se balancent doucement d’un pied sur l’autre au rythme des musiques contemporaines diffusées par le char. Elles sont aussi heureuses de nous montrer leurs costumes et d’observer les garçons que nous sommes ravis d’avoir découvert cette procession de fin d’après-midi. Echanges de bons sourires. Quelques photos… et c’est reparti pour Udon Thani.

Procession religieuse a Ban Chiang

Comme dans une grande partie de l’Isan, la province d’Udon Thani reste assez rurale, en dehors de sa ville principale. En route, nous croisons un troupeau de vache, et le GPS nous fait prendre plusieurs fois des routes qui ne sont pas encore goudronnée. Grand sera donc le contraste a l’entrée de la capitale provinciale…

Udon Thani rurale

 

Un Songkran urbain

Udon Thani est connu pour son Songkran festif. Nous sommes dans le coin et y avons prévu une soirée pour changer d’ambiance… et nous changeons effectivement d’ambiance! A l’entrée de la ville, nous nous retrouvons dans un embouteillage énorme, derrière un pickup de « ladyboys ». Visiblement déjà alcoolisés, ils se comparent les seins. D’abord habillés, puis avec les tee-shirts mouillés, puis en soulevant les tee-shirts. Nous sommes plutôt contents de ne pas avoir d’ados dans la voiture, et rassurés de voir les enfants bien occupés à nourrir leur chat sur l’Ipad, sans un regard pour ce qui se trame à l’extérieur.

Nous nous garons dans un grand centre commercial qui propose concert et animations pour les fêtes du Nouvel An Khmer. Il n’est pas 18h, mais la sono est déjà à fond. Deux animateurs visent le public avec des lances à eau. Je trouve ça assez rigolo et essaie d’y entraîner des enfants qui protestent: ils ne veulent pas être mouillés. Petit-Deux trouve la musique trop forte et nous repartons rapidement. Sans conviction, nous dinons d’un barbecue coréen industriel similaire à tous les barbecues coréens industriels des centres commerciaux et reprenons la route. La foule qui assiste au concert de Songkran est désormais cachée sous la mousse. Nous ferons ca quand les enfants auront grandi. Puis à nouveau une heure et demie d’embouteillages pour sortir de la ville, dont les rues sont maintenant envahies d’une foule éméchée et fort mouillée.

Clairement, ces fêtes n’ont pas grand intérêt pour nous, avec les enfants. Tant pis. En revanche, il est étonnant de noter les forts contrastes entre la Thaïlande des villes et la Thaïlande de la campagne. Plus singulier encore, l’hôte britannique chez qui nous logerons cette nuit-là nous racontera Udon Thani, à son arrivée en Thaïlande, vingt-huit ans plus tôt… A cette époque, aucune voie de la capitale n’était encore goudronnée, et l’eau montait tellement dans les rues, à la saison des pluies, que les enfants traversaient à la nage!

Udon Thani rurale

 

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Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket


Après une bonne nuit de repos à Surin et le spectacle surprenant d’une célébration dansée de Songkran, nous reprenons le chemin des temples Khmers de la région, en commencant par Prasat Sikhoraphum. Nous en avons certes déjà vu beaucoup, mais chaque nouvelle visite nous subjugue et nous porte un peu plus loin dans la découverte de notre pays d’adoption et de sa culture millénaire. Après tout, ne dit-on pas que pour connaître une nation et un peuple, il faut d’abord s’intéresser à sa religion?

 

Les magnifiques bas-reliefs du Prasat Sikhoraphum

Prasat Sikhoraphum

Sanctuaire Hindou construit au 11 ou 12eme siècle et dédié au culte de la déesse Shiva, le Prasat Sikhoraphum est particulièrement remarquable pour ses bas-reliefs extraordinairement riches et bien conservés, sur certains linteaux et montants de portes. Rien que pour ça, le lieu vaut vraiment le détour!

Bas relief Prasat Sikhoraphum

En dehors de ces points, il s’agit d’un temple de topographie classique, avec cinq Prangs, dont un principal, au centre. A l’occasion de cette visite, nous nous posons la question de l’utilisation des matériaux de construction (brique, latérite et grès), suivant les temples. Si le grès est presque systématiquement employé pour les linteaux et les encoignures des orifices, la fréquence de la brique semble varier d’une construction à l’autre.

Bas relief Prasat Sikhoraphum

Trouvée sur Internet, une intéressante synthèse sur l’architecture Khmer nous renseigne. La brique a, en réalité, été très utilisée à l’époque Préangkorienne, à partir du 7eme siècle, puis progressivement délaissée par la suite, car les murs de briques résistaient mal à l’épreuve du temps. Cette problématique était encore accentuée par le fait que les briques servaient souvent de parement à des murs de terre, plus friables et fragiles. La latérite, quant à elle, était un matériau facile à découper, et par conséquent privilégié pour les bases des bâtiments et les murs d’enceinte. Cette pierre n’était pas utilisée pour les pans sculptés ou travaillés, car en séchant, sa surface se constellait de petits cratères qui la rendaient visuellement impropre aux pièces d’apparence.

Porte du Prang principal - Prasat Sikhoraphum

 

Curieuse rencontre à Prasat Ban Prasat

Nous sommes désormais dans la province de Sisaket. En chemin vers l’étape suivante, on tombe sur le panneau indicatif de Prasat Ban Prasat. Inconnu au bataillon. Mais pictogramme d’antiquité. Ca nous intéresse! On arrête tout et on suit la direction. Là, nous avons très très bien joué le coup, parce qu’on a pris en photo le premier panneau, histoire de pouvoir demander notre chemin à des locaux, écrits à l’appui (et en Thaï). Après pas mal de bornes en pleine campagne, on est franchement perdus. Plus d’indications ni rien. Personne non plus à qui demander la route. Au détour d’une toute petite voie, quelques vagues panneaux. Tout est en Thaï bien entendu. On ressort notre photo.

Campagne entre Surin et Sisaket

Et là, avec Papa-Tout-Terrain, on se retrouve comme deux courges illettrées à essayer de comparer les directions indiquées sur la photo. La tâche n’est pas aisée, d’autant que les polices d’écriture diffèrent et que certains des panneaux sont mêmes peints à la main. Je fais choux blanc, c’est sûr, ce n’est pas là. Papa-Tout-Terrain s’exclame soudain: « C’est là! » Usant d’une technique fort intelligente, il avait comparé les lettres en commençant les mots par la fin. Effectivement après un nouveau brainstorming, nous nous accordons sur ses conclusions. On repart donc et même, on trouve notre temple!

Prasat Ban Prasat

Belle surprise d’ailleurs, c’est un de ces petits sanctuaires Khmers « caméléon », passé d’Hindouiste à Bouddhiste avec le temps. Un temple moderne, dédié à Bouddha, a été construit face aux antiques Prangs de brique. La base du nouveau bâtiment recycle même des blocs de latérite de l’ancien édifice, sans doute prélevés à ses murs d’enceinte ou à des bassins qui auraient aujourd’hui disparus.

L’histoire se corse un peu quand s’approche de la voiture une bonne demi-douzaine de policiers en uniforme. Ils regardent avec suspicion l’intérieur de notre véhicule alors que je suis justement en train de me battre avec ma braguette, laissée ouverte pour le confort de mon ventre de femme enceinte. Papa-Tout-Terrain tente de faire diversion. Il sort et lance un « Sawadikhap » (=bonjour) jovial, en attendant de voir ce qui va se passer. Là tous les policiers lui tombent dessus et demandent à être pris en photo avec lui. Ouf, tout va bien. C’est un peu effrayant quand même le sérieux que gardent ces hommes de loi en toute circonstance… On se parle peu, faute de langue commune. On dit juste qu’on est français et on lance le nom de quelques destinations récemment visitées dans la région. Les policiers proposent quelques autres lieux… quelques-uns sont dans les plans… pour les autres, je ne parviendrai pas à les recoller sur la carte, malheureusement. Qu’à cela ne tienne, on se sourit beaucoup et, à nous tous, on fait des dizaines de photos!

Avec les policiers de Prasat Ban Prasat

De leur côté, les enfants veulent rester dans la voiture. D’abord ils en ont un peu marre des temples et surtout, ils viennent de découvrir une application sur l’IPad de leur père, qui leur permet de nourrir et d’élever un chat. C’est tout de même plus intéressant! Avec Papa-Tout-Terrain, on fait un rapide tour des lieux. Emouvants d’austérité, trois Prangs se dressent vers le ciel. Clairement, ce ne sont pas des édifices majeurs et nous ne trouvons nulle part sculptures ou bas-reliefs. Pendant ce temps-là, les policiers continuent de tourner autour de la voiture, essayant de voler quelques clichés des enfants malgré les vitres teintées.

Prasat Ban Prasat

Nous garderons de ce lieu l’image d’une jolie découverte historique, mais aussi celle d’une belle rencontre humaine. Nous reprenons la route après plusieurs recommandations chaleureuses… mais nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’ils ont voulu nous dire.

 

 

Le Prasat Sa Kamphaeng Yai, sanctuaire Khmer intégré à un important temple moderne

Un peu plus loin dans la province de Sisaket, le Prasat Sa Kamphaeng Yai nous avait été chaudement recommandé. A juste titre. C’est le plus grand ensemble de sanctuaires à la fois antiques et modernes qu’il nous ait été donné de voir.

Prasat Sa Kamphaeng Yai

La partie ancienne, Hindoue, date du 11eme siècle. Le temple comporte une impressionnante enceinte de latérite avec une large galerie de circulation. L’emprunter donne une bonne idée du site et de son caractère monumental. A l’entrée est, un mur est recouvert d’anciennes inscriptions Khmer, magnifiquement conservées. Nous considérons avec émotion les traces laissées par cette belle civilisation du passé. Au centre de l’enceinte se dressent trois Prangs dont manquent les voutes, ainsi que trois autres bâtiments, dont deux au moins devaient être des bibliothèques. L’ensemble des bâtiments de briques a été rénové récemment.

Galerie de Laterite - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le site me semble particulièrement intéressant pour la vision architecturale d’ensemble que donnent les bâtiments, dont les parties hautes manquent souvent. Les encadrements et linteaux sculptés, en revanche, ne sont pas les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir -à moins que nous ne soyons devenus difficile ou que nous n’ayons eu vraiment trop chaud à ce moment-là.

Bas relief - Prasat Sa Kamphaeng Yai

De même qu’à Phanom Rung, c’est sans doute parce que le sanctuaire comporte des blocs de pierre d’une taille tellement extraordinaire que l’on note de si nombreux « trous » dans les dalles, de deux à trois centimètres de diamètre. Les spécialistes supposent que l’on fixait des barres métalliques dans ces orifices, pour le transport des matériaux. Suivant une autre hypothèse, on y installait des pattes de bois ou de métal, pour les manœuvres finales d’ajustement de la construction. Les trous étaient ensuite bouchés par des inserts de pierre ou de mortier, une fois le bâtiment terminé.

"Trous" pour le transport des pierres - Prasat Sa Kamphaeng Yai

A l’intérieur de l’une des bibliothèques, il est émouvant de trouver de petits tas de pierres tels que les construisent les fidèles bouddhistes, lorsqu’ils se recueillent dans des lieux sacrés ou même parfois dans la nature.

Bibliotheque - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le sanctuaire moderne ne manque pas d’intérêt non plus. Il se compose de deux temples, d’un gong géant, ainsi que de la statue gigantesque d’un sage, pilier du bouddhisme. On passe vite sur les zones de méditation car les enfants sont un peu turbulents.

Gong Geant - Prasat Sa Kamphaeng Yai

En revanche, nous nous arrêtons plus longuement au pied d’un temple moderne, à la base arrondie, et où il est proposé aux croyants –et aux autres- de répartir leurs offrandes entre des centaines de bols fixés à cet effet. On « fait la monnaie » en achetant une assiette de piécettes, et l’on charge nos enfants de les distribuer ensuite entre les bols à offrandes –les mêmes qu’utilisent les moines lors des offrandes matinales. Je trouve que l’activité représente assez bien la philosophie bouddhiste, tant elle prête à la méditation, de par sa longueur et sa répétitivité.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Cela dit il faut être enfant ou bouddhiste pour mener la tâche à bien, surtout par cette canicule. J’ai eu plusieurs fois envie d’arracher l’assiette des mains des enfants, de tout jeter dans un bol (oui, oui, UN SEUL bol) et de filer à la voiture, marmots sous le bras, parce qu’il faisait sacrément chaud, tout de même, à faire le pied de grue devant les saladiers.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

 

Le soir, nous faisons étape dans la petite ville de Tha Tum, à deux pas de notre activité du lendemain: l’Elephant Study Center de Surin. L’hébergement est modeste mais nous aurons droit, sur une péniche, à un très sympathique diner local, agrémenté par la voix suave et chaleureuse d’un jeune crooner du coin.

Repas en peniche a Tha Tum

 

 

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Ta Muean Thom, temple et militaires – Surin

Nous avions à l’origine écarté l’idée de visiter Ta Muean Thom, temple situé dans une zone territoriale en conflit entre la Thaïlande et le Cambodge. Heureusement notre curiosité l’a emporté. Nous avons découvert un sanctuaire magnifique à l’atmosphère étonnante. Si l’on excepte les nombreux militaires postés là, nous étions alors « seuls » pour explorer ces lieux magiques.

 

Sur la route: deux anciens fours à céramique

Après Prasat Muan Tam et Phanom Rung, nous partons à la découverte des temples Khmers de la province de Surin. En route, nous faisons escale sur les tout petits sites de Tao Nai Chian et Tao Salai, deux anciens fours de potier, utilisés durant la période Khmer, entre le 9eme et le 12eme siècle. Il ne reste vraiment presque rien. Nous n’avons pas de compétences archéologiques particulières, et clairement, sans les panneaux explicatifs, nous n’aurions jamais su de quoi il s’agissait. On distingue juste quelques tessons de céramique à la surface du sol. Du coup on a fait un petit « chercher et trouve » visuel avec les enfants, histoire de les intéresser un peu. Eux étaient surtout contents de sautiller dans les marches du bâtiment. Ça se défend.

Le sud de la province de Surin est terriblement sec et désolé. L’on traverse peu de villages. Il est difficile de trouver des commerces de subsistance. Papa-Tout-Terrain avise une station-service qui a l’air presque désaffectée. Pour une somme très modique, nous approvisionnons largement en eau, en lait et en chips, au cas où. Le patron a l’air drôlement content qu’on lui achète tout ça. Il ne doit pas voir beaucoup de clients.

Un bétail maigre broute l’herbe jaune. Les bestiaux n’ont presqu’aucune ombre pour s’abriter. Certains se rabattent sur les piles de foin traditionnelles de la région, très similaires à celles que nous avions vues au Cambodge. Nous ne sommes d’ailleurs qu’à une dizaine de kilomètres de la frontière et l’influence cambodgienne est certaine, en particulier dans l’architecture des maisonnettes campagnardes. D’après le guide, 30% de la population de cette zone est même khmèrophone (le khmer est la langue officielle du Cambodge).

Piles de foin traditionnelles du Cambodge

 

Et puis c’est trop bête!

Finalement on est vraiment juste deux pas de Ta Muean Thom, cet ancien temple à la frontière d’avec le Cambodge. Je l’avais rayé du programme car la zone pouvait être le théâtre de conflits frontaliers. D’ailleurs, elle était peut-être même déconseillée par le Ministère des Affaires Etrangères, mais la carte du site Internet était peu lisible, pas vraiment à l’échelle, et sans repères géographiques, si bien que je n’ai pas vraiment réussi à le déterminer. Bref, tout a l’air calme et désert… et si on poussait un peu plus loin pour jeter un coup d’œil?… Au pire il serait toujours temps de revenir sur nos pas…

 

Le conflit frontalier autour de Ta Muean Thom

Peu de sources occidentales évoquent le conflit territorial de la zone de Ta Muean Thom, et il me semble qu’il y a peut-être confusion avec les rivalités liées au temple de Prasat Preah Vihear, une centaine de kilomètres plus à l’est. Le paragraphe qui suit est donc sujet à caution, mais je trouve l’épisode digne d’être rapporté.

Au début du 20eme siècle, les autorités coloniales françaises qui occupaient alors le Cambodge ont entrepris de tracer les frontières qui séparaient le pays d’avec la Thaïlande. Pour une raison inconnue, le trait a dévié de quelques kilomètres au niveau de ce temple, qui s’est soudain retrouvé au Cambodge, bien que tacitement considéré comme Thaï, par tous, et depuis toujours.

Il semble que durant cinquante ans, le Royaume de Thaïlande n’ait rien noté, malgré bonne réception du document officiel… jusque dans les années 1950, où le Cambodge a entrepris d’occuper militairement cette zone qui lui appartenait de droit. Conflit frontalier armé. Arbitrages internationaux. Confirmation par les Cours Internationales que le Cambodge est dans son bon droit. Puis occupation de la zone par les Khmer Rouges, à partir des années 1970, qui pillent le temple d’une partie de ses richesses. Normalisation des relations entre les deux pays dans les années 1990, puis réouverture du temple. Aujourd’hui, l’accès à l’édifice n’est possible que de la Thaïlande, car côte Cambodgien, la jungle a repris ses droits et la route n’est plus praticable. En 2011 pour la dernière fois, ont été tiré quelques coups de feu entre les deux partis.

 

Une zone visiblement peu fréquentée par les touristes

Les rares sources Internet que je trouve indiquent qu’un chemin de terre, principalement utilisé par les vaches, permet d’accéder à l’édifice. La zone est semble-t-il minée depuis l’occupation des Khmers Rouges. Pour éviter les migrations clandestines, il semble enfin que le temple ferme à 15 heures, tous les jours. Nous tentons l’affaire avec un brin d’appréhension, bien décidés à rebrousser chemin au moindre doute.

Vache dans la campagne du sud de Surin

Soucis suivant: impossible de localiser le temple sur le GPS ni la carte. Ni en Thaïlande ni au Cambodge. Je tente de Googler différentes orthographes, car les transcriptions du Thaï peuvent être fluctuantes. Ah!… il y a quatre graphies possibles: Ta Muean Thom, Ta Muen Thom, Ta Muan Thom, et Ta Moen Thom, sans compter le « H » de Thom qui saute parfois. Je trouve enfin les coordonnées GPS du sanctuaire, sur un excellent site très spécialisé.

La route est finalement plutôt bonne. Et finalement goudronnée. On arrive à un poste de l’armée, bloqué par une barrière peinte en rouge et blanc. Nous n’en menons pas très large. Un militaire Thaï nous accueille aimablement et nous tend un petit bout de papier plastifié qui fait office de laisser-passer pour le Cambodge. Il soulève la barrière en tirant sur une toute petite ficelle reliée à une toute petite poulie (à la main ça aurait marché aussi, je crois).

Poste Frontiere entre la Thailande et le Cambodge

La situation n’est pas courante, mais à l’arrière de la voiture, les enfants s’en fichent complètement. Ils chantent à tue-tête: « Je te tiens, tu me tiens, par la Mère Michel, le premier, de nous deux, qui rira, aura une tapette! » Ils ont récemment appris de nombreuses comptines françaises, dont ils font parfois une interprétation un peu personnelle…

 

Prasat Ta Meuan

Peu après le poste frontière, nous découvrons un premier bâtiment, le Prasat Ta Meuan (12-13eme siècles), qui faisait office de gite d’étape –Dharmasala– sur la route qui reliait Angkor à Phimai. L’édifice de pierre servait sans doute de lieu de culte aux pèlerins. Ces derniers n’y logeaient pas cependant, et trouvaient vraisemblablement refuge dans des bâtiments de bois attenants, prévus à cet effet. L’architecture est simple et la construction n’est pas décorée. Nous n’osons pas vraiment descendre de la voiture et regardons de loin.

Prasat Ta Meuan

 

Prasat Ta Meuan Toht

A quelques centaines de mètres de là s’élève le Prasat Ta Meuan Toht, de la même période. Il est gardé par un civil en tongs, qui fait la sieste couché au pied de sa mobylette. Il nous jette un regard las et nous fait signe d’entrer ou de faire ce qu’on veut. On comprend qu’il n’ait pas envie de bouger car il fait très chaud. De notre côte, cela nous donne plutôt confiance. Vu l’attitude du type, l’environnement ne doit pas être si dangereux que ça. Nous descendons de voiture. Les enfants râlent parce que leurs jambes sont fatiguées. Ils se précipitent finalement lorsqu’on mentionne qu’il y a « plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter ». Cela deviendra la formule magique du voyage, à chaque coup de mou!

Prasat Ta Meuan Toht

Le bâtiment était une chapelle qui jouait vraisemblablement un rôle d’autel-hôpital à des fins thaumaturges. Seules les parties les plus hautes du grand Prang ont conservé quelques-uns de leurs bas-reliefs d’origine. On retrouve les éléments classiques des temples Khmers, dans ce petit sanctuaire: bassin extérieur, enceinte circulaire, portail massif, entrée voutée, Prang abritant l’autel principal, linteaux de pierres claires et dures…

Prasat Ta Meuan Toht - face est

Pendant ce temps, les enfants ont trouvé une grosse graine d’arbre qui part au vent en tourbillonnant, à la façon d’un hélicoptère. Ils passeront le gros de la visite à rechercher d’autres graines du même type et à les faire voler le plus loin possible, en les lâchant du haut des marches millénaires. Après tout, si nous, adultes, nous réjouissons de découvrir la civilisation Khmer, les enfants ont toute légitimité à découvrir le monde et ses secrets.

 

Prasat Ta Muean Thom et les militaires

Nous reprenons la voiture en direction du temple principal, le Prasat Ta Muean Thom. Cette fois-ci l’entrée est barrée par une cahute de l’armée, et il y a des soldats partout. Un grand espace d’herbe nous semble être le parking mais nous ne savons pas si nous pouvons nous garer et comment, car nous sommes le seul véhicule. Un soldat nous fait signe de nous mettre n’importe où. Il garde nos passeports à l’entrée du temple.

Enceinte exterieure du sanctuaire de Ta Muean Thom

La zone à laquelle nous avons accès est très limitée par des barrières et des sortes de tissus de camouflage. Il semble que le reste du terrain n’ait pas encore été complétement déminé. J’explique aux garçons qu’il ne faut pas quitter le chemin principal, à cause des mines, qui sont des armes de guerre qui pourraient les blesser très fort. On n’est pas très « guerre » ou « armes » chez nous, et mon avertissement est visiblement très abstrait pour eux. Tant mieux, quelque part. Pour le moins, ils respecteront tout au long de la visite la règle de ne pas faire les fous. Il faut dire par ailleurs que nous serons toujours suivis de très près par un ou plusieurs soldats, ce qui ne donne pas très envie de faire l’andouille.

Temple de Ta Muean Thom

Le temple, construit au début du 11eme siècle, était un sanctuaire Hindou dédié à Shiva. Contrairement aux conventions architecturales du genre, il est tourné vers de sud, sans doute pour des raisons défensives, et à cause de la topographie du terrain. Si les plus belles sculptures ont malheureusement été pillées pendant l’occupation par les Khmers Rouges, l’édifice a cependant gardé toute sa superbe.

La richesse des scuptures de Ta Muean Thom

 

Une architecture d’une rare beauté

Beaucoup de ses bâtiments sont en grès et confèrent finesse et élégante aux lieux. Des bas-reliefs qui restent, on imagine la richesse avec laquelle le temple et ses autels devaient être décorés. Certaines parties de la galerie d’enceinte commencent à ployer sous l’effet des ans, mais de leur imposante stature n’émane qu’une dignité sacrée qui force au respect.

Galerie de circulation de Ta Muean Thom

Plus étonnant, le sanctuaire est bâti sur d’immenses dalles de pierre, qui rehaussent encore le caractère remarquable des lieux. En certains endroits, des rochers arrachés donnent à voir un ingénieux système de drainage de l’eau en souterrain, par un jeu de canalisations en pierre. C’est le seul vestige Khmer où il nous aura été donné de voir de telles installations.

Canalisations de Ta Muean Thom

 

Quelques instants de détente avec les soldats

Les militaires des lieux n’étaient pas franchement très occupés. La plupart était disséminée en petits groupes dans le temple, souvent assis par terre à discuter ou pique-niquer (on était à l’heure du repas). Un soldat plus curieux s’est approché de nous pour échanger quelques mots en anglais, savoir d’où nous venions… Puis piquer et enfiler la casquette de Petit-Deux. D’ordinaire plutôt sauvage, Petit Deux s’est très vite pris au jeu, a prêté ses lunettes de soleil, puis escaladé les bras du soldat visiblement ravi. Petit-Un a voulu participer à son tour, tentant de grimper sur le dos de ce nouveau compagnon de jeu. Il s’en est suivi une dizaine de minutes d’une gentille mêlée, de portés, de jeux d’avions, de roulés-boulés dans l’herbe, avec bien sûr de jolies photos souvenir

 

Un souvenir unique

Le temple de Ta Muean Thom est très beau, et sa visite a été d’autant plus spéciale pour nous de par son goût d’aventure, et aussi, parce que nous étions absolument les seuls touristes à découvrir ces lieux! Les militaires ont été charmants pour nous et nos enfants, d’autant qu’ils étaient visiblement peu occupés aux travaux de la guerre, à ce moment-là. A notre départ, nous avons même découvert un jardin que cultivaient les soldats, lors de leurs moments oisifs –qui devaient être nombreux, car le jardin était grand. Ces derniers n’avaient cependant rien de soldats d’opérette. Par les portes entrouvertes des baraquements proches, l’on pouvait voir de lourds armements, et certaines balustrades dissimulaient à coup sûr ce qui devait être des abris anti-aériens (dixit Papa-Tout-Terrain car moi je n’aurais rien reconnu du tout).

Ta Muean Thom

 

Nous reprenons la route pour de nouvelles découvertes du monde Khmer dans la province de Surin.

 


Prasat Ta Muean Thom en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ta Muean Thom: 14.349190, 103.266391
  • Ouvert de 8h00 à 15h00
  • Il n’y a pas de ticket à acheter pour le site mais des laissez-passer à obtenir de la part des militaires. Suivez leurs indications.
  • Il s’agit d’une zone militarisée et de tension entre la Thaïlande et le Cambodge. Naturellement, comportez-vous de façon exemplaire et respectez toujours les indications données par les soldats. N’essayez pas de vous approcher des zones balisées et ne prenez aucune photo des zones militaires.
  • La zone ayant été minée, ne sortez jamais des chemins tracés. Déplacez-vous en voiture entre les sites.
  • La région n’étant ni très touristique, ni très peuplée, vous ne trouverez pas nécessairement d’endroit où acheter de l’eau autour de Prasat Ta Muean Thom. Penser à en faire provision à l’avance.

 

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Prasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram

Immense sanctuaire Khmer à l’environnement grandiose, Phanom Rung nous a saisis par sa force massive. Par le sentiment de puissance qu’il inspire. J’en garde aussi le souvenir d’une excursion difficile et écrasée de chaleur, qui nous a poussés à la limite de nos forces. Il est bon de savoir qu’une seconde entrée du site permet un accès facilité, qui épargne les visiteurs plus fragiles.

 

Un tout petit peu de cette Histoire qui m’a passionnée

Phanom Rung, s’est construit progressivement entre le 10eme et le 13eme siècle. Il s’agit de l’un des temples majeurs qui se situe sur la Khmer Highway, souvent rencontrée sous le nom de Dharmasala Route. Cette voie sacrée traversait le Royaume Khmer. Elle reliait le mythique Angkor Wat (Cambodge) au complexe religieux de Phimai (Thaïlande). D’après les anciens textes, la voie était émaillée de plusieurs sanctuaires. Elle comptait dix-sept lieux d’étape, parfois nommés hospitals –les Dharmasala. Certains de ces dix-sept Dharmasala n’ont toujours pas pu être localisés.

On trouve peu d’informations à ce sujet, mais je recommande vivement ce magnifique article d’Asger Mollerup, qui comporte en particulier d’émouvantes photos de temples et de Dharmasala inexplorés, où la nature reprend peu à peu ses droits.

 

De Prasat Muean Tam a Phanom Rung

En partant de Prasat Muean Tam, notre guide indique un temple, un édifice, ou peut être un Dharmasala sur le chemin de Phanom Rung. La carte est peu précise… et les indications sur la route, en Thaï, évidemment. Au niveau d’un panneau dont l’inscription nous semble convaincante, nous obliquons sur une route de terre. Nous nous engageons au milieu des champs. Suivons un cours d’eau. Puis nous enfonçons dans un sentier ombragé. Pas de trace de temple. Nous croisons en revanche un troupeau de vaches et leur gardienne, qui nous considèrent avec méfiance. Pas très à l’aise face à ces bêtes cornues, nous nous tapissons dans la voiture tandis que les bovidés nous dépassent. Pour éviter d’autres mésaventures, nous rebroussons chemin et abandonnons finalement nos recherches.

Troupeau de vaches Thai

 

Premiers regards sur Phanom Rung

Le site de Phanom Rung est situé au sommet d’un ancien volcan. Pour accéder au sanctuaire, on grimpe un premier escalier monumental en latérite, puis on suit une immense allée de procession, avant d’entamer un second escalier encore plus grand. Là, seulement, on touche presque au but. Il ne reste qu’à franchir le pont aux Nagas, qui mène aux deux enceintes successives du temple.

Allee Processionnelle de Phanom Rung

Malgré les 41 degrés à l’ombre, le premier escalier passe plutôt bien. Les enfants sont pleins d’enthousiasme à l’idée de la glace qu’on a promise pour la fin de la visite. En revanche, lorsqu’il arrive au sommet et découvre l’allée vertigineuse qui se déroule à ses pieds, Petit-Deux a comme un coup au moral. Il invoque un problème de chaussure et de sable pour se faire porter. Avec ses baskets et ses chaussettes montant jusqu’au genou, l’argument n’est plus très crédible. Nous détournons son attention et sa fatigue en le faisant sauter de pavé en pavé. Il fait tout de même tellement chaud que nous nous arrêtons à mi-allée pour boire. Paf, la moitié de nos réserves d’eau y passe direct, malgré la retenue des parents.

 

L’époustouflante découverte

Phanom Rung - Pont aux Nagas et escaliers

On se recolle à notre allée et on arrive sur le premier pont aux Nagas. Les Nagas sont des serpents protecteurs, souvent représentés avec cinq ou sept têtes, et que l’on retrouve fréquemment dans l’art Khmer. Ils décorent généralement les balustrades et les entrées des temples, symbolisant le lien entre la terre et le ciel. Pour nous ça commence plutôt à être l’enfer. Petit-Un à son tour à chaud aux jambes.

Je retrouve deux vieux bonbons un peu collés au fond de ma poche, et pertinemment placés là en cas d’urgence. Il y a urgence. « Quiconque atteindra le haut de l’escalier –sans trop trop râler- aura un bonbon! » Petit-Un part en courant, à tel point qu’on craint pour son équilibre, tant sont éminentes les antiques marches. Petit-Deux se laisse un peu trainer mais il redémarre. C’est toujours ça. Car on a bêtement oublié le porte-garçon. On arrive en haut. Distribution de bonbons. On peut enfin s’extasier.

Phanom Rung - Entree est

 

L’enceinte sacrée

Pendant toute l’ascension, nous avions deviné la silhouette massive du sanctuaire, sans pouvoir vraiment présager de ce que nous allions découvrir. Et voilà Phanom Rung qui se dresse tout entier devant nous. On sent une force compacte qui émane de cet ensemble. Une force assez prenante pour imposer un silence concentré aux enfants, pressés de pénétrer ce lieu mystérieux. Nous dépassons les bassins qui entourent l’entrée du sanctuaire, franchissons un deuxième pont aux Nagas, traversons la première enceinte du temple, avant de parvenir dans la galerie intérieure.

Phanom Rung - Galerie de l'enceinte interieure

Le grand Prang finement décoré, qui abritait un autel dédié à Shiva, se dévoile peu à peu. Les bâtiments centraux du sanctuaire ont été magnifiquement restaurés dans les années 80 et 90. La tour principale est ornée de nombreux bas-reliefs qui illustrent des épisodes religieux ou représentent des rites traditionnels. L’autel est entouré de trois sanctuaires mineurs, d’une bibliothèque et d’un dernier bâtiment, non décoré, et dont on ignore la destination. Les bâtiments conservent la plupart de leurs colonnades tournées, typiques de l’art Khmer de cette période.

Phanom Rung - Autel de Shiva (Prang Principal)

L’on poursuit la traversée de l’enceinte pour ressortir par la porte ouest, qui propose une vision vertigineuse sur la vallée en contrebas. A perte de vue, la chaleur et la poussière recouvrent le paysage d’une sorte de brouillard irréel. Nous ne nous éternisons pas. Nos réserves d’eau se vident et pas question de prendre des risques pour les enfants, qui tiennent tout de même bien le coup depuis leur bonbon. A quelques pas, un petit garçon Thaï est malade; il n’a visiblement pas résisté à cette fournaise.

Phanom Rung - Entree Ouest

 

Point pratique – l’entrée par le raccourci

Nous découvrons au cours de la visite qu’une seconde entrée « par le haut » donne un accès direct au sanctuaire de Phanom Rung. Le parking débouche immédiatement sur la porte ouest du temple. Il permet d’éviter les volées d’escaliers et l’allée processionnelle. J’imagine que la découverte des lieux est moins magique, mais par temps de grand chaud, cette solution peut alléger la pression physique pour les plus jeunes. Pour atteindre ce parking, lorsqu’on arrive en voiture sur le site, il suffit de dépasser l’entrée principale de Phanom Rung et de continuer la route sur environ un kilomètre jusqu’à la « Gate 3« , à main gauche.

 

La Redescente

Nous retournons sur nos pas. Petit-Deux décide qu’il ne peut donner la main QUE à Maman, pour dévaler l’escalier. Du coup, Petit-Un décide que pareil. Avec Petit-Trois de presque cinq mois dans le bidon, Maman-Tout-Terrain voit déjà à peine ces pieds. Pratique. Papa-Tout-Terrain fait de son mieux pour prendre le relai, mais les enfants ont la tête dure. Petit-Un s’effondre les yeux pleins de larmes sur le coin d’un pavé. C’est la main gauche qu’il voulait donner à Maman. Nous finissons les volées de marches reliés les uns aux autres comme un serpent fou sans tête, qui un peu plus bas, qui à la traine. Nous atteignons enfin, sans casse, le plancher des vaches.

Pour ne pas ralentir la dynamique de la montée, nous avions laissé pour le retour la visite de la White Elephant House, située tout en bas de l’allée processionnelle. Le bâtiment est également souvent nommé Changing House. C’est là que la famille royale changeait ses vêtements, avant les processions et les rituels religieux. L’épuisement guettant, nous laissons tomber.

Pour l’anecdote, nous croisons à ce moment-là ce qui ressemble à un voyage scolaire de petits moines bouddhistes, tous d’orange vêtus. Il est amusant de noter que beaucoup des plus jeunes moinillons ont l’air fort débraillés. Attacher sa tunique traditionnelle ne doit pas si évident, au début!…

Voyage de moines bouddhistes a Phanom Rung

 

Le Kuti Rishi Nong Bua Lai

Juste en contrebas de Phanom Rung, dissimulé au bout d’une allée discrète, nous découvrons après quelques recherches le Kuti Rishi Nong Bua Lai. Il s’agit d’un petit bâtiment qui appartenait à la Dharmasala Route. Il faisait alors office de chapelle pour un hôpital, sans doute construit en bois. Bien que sans caractéristiques particulières, l’édifice nous plait, à sa façon de s’élever délicatement vers le ciel.

Kuti Rishi Nong Bua Lai

 

L’Hôtel de l’Amour

Je ne peux pas finir cette chronique sans un mot sur l’Hôtel de l’Amour, où nous avons dormi ce soir-là. Il est vrai que nous avons été particulièrement bien reçus (pour un tarif très raisonnable): délicieux petits gâteaux et boissons à la réception, chambre chaleureuse et confortable, piscine agréable, élégant bassin poissonneux avec jeux d’eau et de lumière, personnel attentif, petit déjeuner convivial (mais Bloody Mary absolument infect pour Papa-Tout-Terrain…).

L'Hotel de l'Amour

Au-delà de ces aspect tangibles, et pour une raison que je ne parviens à expliquer, l’hôtel est devenu une sorte d’établissement mythique pour les enfants. Il n’est pas un jour sans que les garçons ne l’évoquent. Pour sûr, tout l’entourage est bien au courant! Des grands parents à la nounou en passant par les enfants du voisin, chaque fois que Petit-Deux a été interrogé sur ce qu’il avait vu de beau pendant sa semaine de vacances, il a invariablement répondu, des étoiles dans les yeux: « J’ai été à l’Hôtel de l’Amour et j’ai pris l’ascenseur. »

 

Le lendemain, nous allions découvrir l’incroyable et très militarisé temple de Ta Muean Thom, au cœur d’un conflit territorial entre la Thaïlande et le Cambodge.

 

Edit: Nous sommes retournés à Phanom Rung un an plus tard et avons a nouveau eu le souffle coupé par la beauté et la majesté des lieux. On ne s’en lasse pas et on espère encore y retourner…

 


Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

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Prasat Muang Tam, majestueux temple Khmer – Buriram

La province de Buriram est la première étape de notre voyage en Isan. C’est la fin de la saison sèche, la période la plus chaude de l’année. Le paysage est désolé, brûlé par le soleil. Il est midi. Nous traversons quelques villages, presque déserts. Nous ne trouvons ni restaurant, ni boui-boui, ni superette, ni rien pour faire grignoter les enfants dont les estomacs grondent. Le GPS indique la proximité de Prasat Muang Tam, qui sera notre première visite, mais nous n’y croyons guère: de toute évidence, nous sommes au milieu de nulle part.

 

Une formidable découverte

A Papa-Tout-Terrain, je lance en ricanant « Tourne à gauche et nous y sommes »… c’est du moins ce que je lis sur la carte. Nous tournons à gauche et voyons se détacher dans le ciel d’acier la lourde et somptueuse silhouette d’un temple Khmer millénaire. Construit entre la fin du 10eme et le début du 11eme siècle, ce temple Hindou était dédié à Shiva. Il occupe une surface carrée, ceinte d’une haute muraille extérieure. L’entrée principale est tournée vers l’est. On franchit son lourd portail de pierre, et s’ouvre à nous une majestueuse enceinte intérieure, géométriquement découpée par quatre bassins en forme de « L ». Derrière ces réservoirs, une seconde enceinte entoure plusieurs Prangs -des sortes de tours qui servent d’autels- que l’on voit s’élever vers le ciel

Les Bassins de Prasat Muang Tam

L’enclave intérieure comprend une galerie circulaire, qui suit le périmètre de l’espace sacré. Je m’y engage. Malgré la chaleur écrasante, les lieux gardent quelque chose de mystique qui force au respect et au recueillement. J’entre à pas de loup. Quatre des cinq Prangs restent debout –ils ont en fait été restaurés. Les autels sont restés des lieux de prières et abritent cierges, encens et offrandes. Le temple est édifié sur un socle en pierre volcanique qui a durement subi l’érosion. Les corps des Prangs sont de brique, tandis que les éléments architecturaux clé (portes, montants, linteaux) sont taillés dans une pierre claire et visiblement très dure, qui a bien résisté au temps. Ils sont finement et richement sculptés.

Bas Relief sur un Linteau de Prasat Muang Tam

 

Premières explorations pour les enfants

Petit-Un est captivé par les lieux. Il entreprend une découverte en solo. On le voit se glisser dans les galeries, jeter des coups d’œil par les ouvertures des fenêtres, toujours décorées des colonnes ciselées d’origine. Je le perds de vue un instant, suis ses pas, pour le retrouver quelques secondes plus tard, rêvant devant un bassin ou flottent des fleurs de lotus. Il repart à la conquête d’antiques escaliers, suit du doigt le sillon gravé du pourtour d’une porte, puis croise mon regard et sourit, fier de son exploration et heureux de retrouver un visage connu.

Decouverte de Prasat Muang Tam

La visite est plus difficile pour Petit-Deux. Très sensible des pieds, il souffre beaucoup du sable qui entre dans ses sandales. A force de lamentations, il obtient le privilège d’une visite à dos d’homme -et de femme. Mais les rudes escaliers de pierres sont une invitation à l’escalade. Il ne résiste pas. Un peu de crapahute, mais c’est déjà trop pour ses orteils. On enlève les chaussures, on essuie, on époussette, on le reprend sur le dos… « Oh, la belle fenêtre! Maman, Maman, je peux descendre le regarder?… »

Les cinq Prangs de Prasat Muang Tam

Il va sans dire que Petit-Deux a visité tous les autres temples en baskets et chaussettes.

 

Quelques éléments fondateurs de l’architecture Khmer

Le plan du temple nous a intrigués, d’autant que nous avons revu nombre d’éléments analogues sur les sites qui ont suivi. J’ai trouvé peu d’informations, mais il semble que les temples Khmers sont disposés de façon à refléter la topographie de la demeure de dieux hindous: le Mont Meru. Les cinq Prangs centraux représenteraient ainsi les cinq montagnes du mont Meru, alors que les bassins symboliseraient les mers qui l’entourent.

Plan de Prasat Muang Tam (depliant du site)

 

Quelques kilomètres plus loin, nous poursuivons nos découvertes du monde Khmer dans le parc historique de Phanom Rung.

 


Prasat Muang Tam en pratique

  • Coordonnées GPS: 14.496419, 102.982469
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Phanom Rung pour 150 THB.
  • Compter 1h à 1h30 pour la visite.

 

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