Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

Comment traumatiser son coiffeur…

Je ne taris jamais d’éloges quant à la gentillesse des Thaïs vis-à-vis de nos enfants. En voila un exemple tout mignon, vécu le week-end dernier… ou comment traumatiser son coiffeur avec ses marmailloux…

Passage chez le coiffeur. On nous attribue un jeune homme inconnu, pour couper les cheveux des enfants. Il est nouveau. Tout jeune, très design, mais un peu impressionné par nos charmantes têtes blondes. Je soupçonne que ce ne soit un bizutage de la part de ses collègues, qui l’observent en papotant tranquillement et viennent faire des selfies avec Miss-Trois.

Bref, notre moussaillon-coiffeur a un peu galéré, mais a fait preuve d’une gentillesse extrême à l’égard de nos sauvageons…

… D’autant que Petit-Un ne lui a pas facilité la tâche…

Comment traumatiser son coiffeur

 

 

Papa est en voyage d’affaires

Même si c’est assez rare, dans la famille, on n’aime pas beaucoup quand Papa est en voyage d’affaires.

Heureusement aussi, les enfants ont le sens pratique. Passée la contrariété de l’annonce, vient le temps des « commandes » et des exhortations… Pour rien au monde, Petit-Deux ne louperait un ascenseur, tandis que Petit-Un est toujours aussi fan des avions!

Papa-Tout-Terrain a finalement voyagé avec une grande « liste de courses » à rapporter à la maison!

Business Trip

 

Mes voisins de Chine

Je suis entrée dans mon appartement chinois un jour glacé de janvier. J’ai traversé mon nouveau quartier en tirant une valise qui pesait un dragon mort. Et deux ou trois sacs. Cet événement palpitant a alimenté quelques minutes la gouaille des matrones du quartier. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de si lourd dans les valises d’un étranger? Elles m’ont ensuite sitôt oubliée.

J’ai monté les quatre étages de mes escaliers de bois qui craquaient.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

J’ai posé à terre mon monceau de paquets. Et me suis enfin attaquée aux serrures compliquées de ma double porte. Tout le monde a deux portes. Une porte normale. Généralement mal ajustée et pas isolante. Et une porte à barreaux métalliques. Celle-ci devait me protéger des voleurs, très redoutés en Chine, rapport aux messages alarmants des medias. Cela dit, le métal, léger et de mauvaise qualité, ne pourrait sans doute pas résister à une petite cuillère…

 

Première introduction

J’ai d’abord traîné la valise à l’intérieur. Et suis ressortie pour… Tiens, il y a quelqu’un chez moi! Deux, même. Deux personnes très âgées, qui apparaissent en ombres chinoises et en chaussettes, dans mon entrée. Ils m’observent avec intérêt. La dame a poussé l’un de mes sacs à l’intérieur.

Je leur dit bonjour en mandarin. Ils restent de marbre. Ils continuent à me dévisager. J’esquisse un sourire un peu crispé. Et sors chercher mes derniers sacs. La vieille dame se rapproche d’un cabas mal fermé, dont elle soulève une languette. Du bout des doigts, l’air de rien. Elle observe attentivement l’intérieur, se déplaçant tout autour pour essayer d’en voir plus sans trop toucher. Le vieux monsieur, lui, est passionné par l’architecture intérieure de mon appartement. Il fait pivoter les portes, observe les moulures et tape sur les murs. Ca sonne creux.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

A force de persistance, je finis par comprendre qu’ils sont mes voisins de palier. Tant bien que mal, ils apprennent à leur tour que je suis française et que je m’appelle Bailan.

 

Mon prénom chinois

En Chine, je m’appelle Bailan. Mon nom a été choisi par une amie sichuanaise, en France, avant mon départ. Bai veut dire blanc, et Lan veut dire orchidée. J’ai été baptisée ainsi parce que les caractères chinois sont faciles à écrire. (Mon amie Fangfang est très avisée!) Et pour la consonance d’avec mon nom de baptême.

Bailan

C’était cool et exotique d’avoir un nom chinois. Mais je ne pensais pas vraiment en faire usage. Après tout, en France, mes copains chinois avaient tous gardé leurs noms d’origine.

Installation à l’université. Démarches pour l’obtention d’un visa longue durée. « Votre nom? » La dame de l’immigration a le teint jaune d’un vieux journal, la voix monocorde et le visage las. Je donne mon nom français. « Votre nom chinois… » Euh… Sans réponse, elle transcrit alors phonétiquement mon patronyme français en caractères. « Recopiez ça ici… » Pfff, il y a sept idéogrammes, tous plus compliqués les uns que les autres. Je ruine son premier formulaire. Madame, je peux encore changer de nom, en fait?

Bailan avait ressurgi, et ne devait plus me quitter. J’ai changé de nom du jour au lendemain. Dans l’administration, à l’université, sur le contrat de mon logement, à la banque, auprès de mes copains, et plus tard au travail… C’est une expérience curieuse et déstabilisante que de devenir quelqu’un d’autre, en l’espace de quelques jours.

Petite fille a Xitang

Ce prénom fait aujourd’hui vraiment partie de moi. Il est tombé en désuétude depuis notre installation en Thaïlande. Mais je l’entends toujours avec un serrement de cœur. Il est la partie chinoise de moi-même.

 

Les petites habitudes de mes voisins de Chine

Je reprends. Dans tout ça, mes voisins sont encore au milieu de mon appartement. Sans intention de regagner leurs pénates. La dame, plus expressive, m’a même invitée d’un geste à démarrer mon déballage.

Bon. J’ai laissé la porte ouverte. De toute façon il fait aussi froid dehors que dedans. Et entamé quelques menus travaux. Déplacé la fontaine à eau. (On ne boit pas au robinet en Chine). Puis bougé la table, aussi. Pas le canapé parce qu’il y avait le mari dessus. La dame a filé dans la cuisine. Regardé dans mes placards. Ils étaient vides, naturellement.

Je passe un coup dans la salle de bain. Un froufroutement léger. Puis un claquement de porte. Je sors la tête: ils sont partis. Ils devaient en avoir assez et sont partis. Sans dire au revoir. Car la politesse chinoise ne s’encombre pas de ces contingences.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

Plus gênant, ils s’intéressaient à mes poubelles. Ils n’étaient pas les seuls: d’autres curieux du quartier également. Quand je descendais mon petit sac, ils m’apostrophaient. Vidaient ma poubelle sous mes yeux. Puis l’observaient. Récupéraient parfois des matériaux qui seraient revendus ou recyclés. Enfin, remettaient le tout dans le sac et me le rendaient. Mais ça, je n’aimais pas. J’ai fini par descendre mes ordures la nuit. Ou les cacher dans mon sac de cours, et les jeter sur le chemin de l’université.

Un jour seulement ils sont revenus, pour montrer mon appartement à leur fille.

Toutes les nuits, je les entendais ronfler.

 

Mes voisins de Chine et l’électricité

Mais un soir, mes voisins m’ont vraiment sauvé la mise.

Mes parents et ma sœur étaient en visite. L’hiver était glacial. Nous avions démarré deux clims, histoire de nous réchauffer un peu avant de dormir. Il n’a pas fallu une minute avant le blackout. Le système électrique de mon appartement n’avait pas supporté l’utilisation parallèle de deux appareils de chauffage.

Mon père et moi sortons en pyjama sur le palier, pour jeter un coup d’œil aux fusibles. J’avais déjà remarqué que même sans clim, mon compteur tournait à toute vitesse, par rapport à celui des voisins. A coup sûr ils ne se chauffaient pas et n’avais pas d’ordinateur. A posteriori, je crois qu’ils ne devaient pas non plus être équipés de la télé. Ni d’un frigo. Seules leur restait la lumière et la radio.

Nous admirons mon archaïque tableau électrique. Qui semble tout droit venu de l’antiquité. Il est équipé de fusibles à l’ancienne: de petits compartiments de porcelaine, sur lesquels sont tendus des fils de plomb, qui fondent en cas de surintensité électrique. (Merci Papa pour l’explication magistrale!) Bref, il nous faut un nouveau fil.Vieux fusiblesSource

 

Où le naturel revient au galop…

Attirés par le tintamarre, les voisins montrent le bout de leur nez. Oh! Encore plus d’étrangers! Alors là, ça vaut carrément le coup! Mort de rire, le monsieur constate que nous n’avons plus l’électricité.

Il disparaît chez lui alors que sa femme sort. Elle est toute ronde dans son pyjama molletonné. Elle aperçoit ma mère, s’approche d’elle et la pointe du doigt. Je fais les présentations sommaires. « Elle a quel âge? » Aiguillée par la curiosité, la vieille dame a su trouver quelques mots de mandarin. Je date ma mère. Puis mon père. Satisfaite, la vénérable voisine fait un petit tour du propriétaire avant de repartir sans un mot.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le sauvetage héroïque de mon chauffe-eau

Au lendemain, il faisait très froid dans l’appartement. Une petite douche pour se revigorer? Avec sa fenêtre qui ne ferme pas, on se sent ragaillardi dès l’entrée! Cela m’a bien valu de sauter quelques toilettes matinales, par baisse aiguë de motivation…

Par ailleurs, mon chauffe-eau était capricieux. Parfois il m’ébouillantait dès les premières secondes. Les mauvais jours, je devais attendre de longues minutes avant qu’il ne consente à accomplir son office. Ou pas. Chaque semaine, il devenait plus lunatique. Je vivais ma douche matinale comme un châtiment.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

C’est une époque où l’on utilisait encore les dictionnaires papier. C’était lent. J’avais donc préparé le vocabulaire technique. Et pré-écrit une longue tirade explicative. Ca sonne. Puis ça décroche. Je me lance d’un seul trait. Sans reprendre ma respiration. Ouf, j’ai tout expliqué! Une voix résonne au bout de la ligne. « Mais vous êtes qui? » « Et vous voulez quoi? » Crotte il n’a rien compris!

Je recommence, je reformule, mais je manque de mots. J’ai chaud et je transpire. Je termine la conversation en tee-shirt. Le visage empourpré. Il a compris! Je dois donc ouvrir la machine du diable, en extraire la batterie défectueuse et la faire remplacer. Il me remboursera.

Je cours les échoppes sombres. On me renvoie d’ici et de là. La batterie est d’un modèle coréen rare et ancestral. Enorme. Un vieux commerçant diligent et bidouilleur me prend finalement sous son aile. Il appelle deux ou trois amis. Me trouve la précieuse. Je l’installe en retenant mon souffle. Victoire: j’ai rétabli l’eau chaude!

 

Le casse-tête du linge humide

Plus de linge propre? J’avais la chance d’être équipée d’une machine à laver, confort dont jouissaient bien peu de mes voisins. Elle fonctionnait à l’eau froide. Ca ne lavait pas si bien. Surtout les jours où l’eau était très jaune. Mais ça lavait quand même. On pouvait l’ouvrir en plein fonctionnement, à n’importe quel moment, puis regarder les habits et la mousse tourner.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Menues hontes de voisinage

Les habits tenaient par des pinces à linge spéciales, à l’accroche bombée. Mais dont le mécanisme n’était pas toujours suffisamment rigide. Je tiens la perche à bout de bras. Mais un coup de vent emporte alors un tee-shirt, qui se prend dans le chambranle. Il se détache. Je rentre la perche. Je descends mes quatre étages à toute allure avant qu’un voisin ne remarque la chute. Si j’arrive trop tard, deux ou trois commères sont déjà attroupées et commentent l’objet. Je dois alors fendre la foule et récupérer mon bien, la queue entre les jambes, sous les rires joyeux des badauds.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

 

Le debut d’une longue histoire

Je suis rentrée en France six mois plus tard.

De cette année, j’ai gardé le plaisir et le goût de vivre ailleurs. De m’arrêter et de regarder. Sourire aux badauds. Observer le petit vendeur du bas de l’immeuble, qui dépèce et vend ses serpents pour faire de la soupe. Parfois chercher des heures comment faire un double de clé ou acheter un tournevis. Rapporter mes bouteilles de bière à la mémé du bas qui en tirera un demi yuan. S’arrêter ensuite auprès des vendeurs de rue et essayer les spécialités inconnues. Mêmes nauséabondes.

Mes voisins de Chine - Xitang - octobre 2010

De cette année, j’ai aussi gardé le goût de la découverte et de l’inattendu. Le plaisir de s’ouvrir à l’autre. Même si ça prend du temps. Pour moi du moins.

De cette année j’ai gardé un profond amour de la Chine. J’y suis retournée et j’en suis repartie plusieurs fois: les hasards de la vie. Trois ans plus tard, j’y ai rencontré Papa-Tout-Terrain. Il atterrissait alors tout juste à Shanghai. A notre premier rendez-vous, je l’ai invité dans un boui-boui d’un quartier populaire. Manger avec les doigts des écrevisses épicées. On les décortiquait à la main, les bras chaussés d’immenses gants en sacs plastiques. Il n’y avait pas un étranger à la ronde. Il m’a crue folle, ce jour-là. Mais j’ai quand même fini par l’épouser.

 

 

 

Note: J’ai malheureusement perdu l’ensemble de mes photos de Shanghai, de cette époque. La majorité des illustrations de ce billet sont donc des photos de Xitang, une jolie ville d’eau, proche de Shanghai.

 

 

Invitation chez notre voisin japonais

 

Quelques temps forts de l’invitation chez notre voisin japonais, le week-end dernier….

Recevoir la famille Tout-Terrain a mis à rude épreuve le savoir-vivre de notre adorable ami… mais le challenge a été relevé avec beaucoup de succès!

… Le Japonais est le blond de l’humanité…

Je l’écrivais déjà il y a quelques temps… mais ça se confirme!

 

invitation chez notre voisin japonais

 

Quelques kilos en trop…

Il me reste bien quelques kilos en trop, vestiges de ma dernière grossesse…

… et malheur…

… il m’a bien semblé que les enfants les avaient également remarqués…

 

Quelques kilos en trop...

 

Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

Ce qui nous revient de l’école…

C’est certain: grâce à l’école le niveau d’anglais des garçons a beaucoup progressé cette année…

                                 …pour le meilleur et pour le pire…

 

Premiers jours de notre nouveau-né en Thaïlande

Les Thaïs adorent les bébés. Nous le savions. Nous n’imaginions pas néanmoins le déferlement de gloire qui attendait Miss-Trois à la sortie de la maternité. Et les usages étranges dont nous allions être les témoins privilégiés. Les premières semaines de notre princesse auront ainsi été marquées par le bonheur d’accueillir un cinquième membre parmi nous, mais aussi par les singulières découvertes du pouponnage à la mode thaïe.

Premiere balade d'un nouveau-né en Thaïlande

Il y a quelques temps, alors que je vous racontais ici la naissance mouvementée de notre Miss-Trois, j’ai réalisé combien sa petite enfance aussi était unique, surprenante et pleine de richesse. Au cœur de deux cultures divergentes, parfois antagonistes, parfois complémentaires. Je reprends finalement le fil pour partager avec vous quelques touches d’étonnements, de moments tendres et chaleureux, et quelques bonnes pratiques, aussi, venues de l’autre bout du monde…

 

Jour +1: Retour à la maison…

Au lendemain de la naissance de Miss-Trois, j’avais piaffé toute la journée, en attendant de sortir de l’hôpital. Mais pour raisons d’hémorragie post-partum, les médecins n’avaient finalement accepté de me délivrer qu’en soirée. A la façon orientale, on ne m’avait pas dit non le matin. « Encore une heure ou deux sûrement. » Deux heures plus tard itou. Et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit. D’une nature directe, je trouve toujours ces euphémismes très énervants, bien qu’ils soient une façon normale de communiquer en Asie. Bref, je trépignais. Mais couchée dans mon lit, vu que j’avais promis à Papa-Tout-Terrain de me tenir tranquille.

 

… sous les acclamations de la foule en délire…

Il était plus de neuf heures du soir lorsque nous atteignîmes enfin la maison. Notre nounou, son mari, sa fille ainsi que plusieurs autres nounous du quartier nous attendaient en une haie d’honneur. C’est dire l’excitation qui entourait l’accueil de la nouvelle venue! Le mari de la nounou nous a ouvert les portes de la voiture puis de la maison, a porté nos bagages. … avant de se faire brusquement refouler à l’extérieur par son épouse.

Premiers jours d'un nouveau-ne en Thailande

En une seconde vague, le reste de l’assistance s’est arrêté de respirer et s’est précipité pour la voir, avant que le berceau ne s’engouffre dans la maison. Au bout de quelques secondes, notre nounou a renvoyé tout le monde, manu militari. Ca suffit maintenant, il faut que le bébé se repose! Il a d’ailleurs fallu qu’on récupère les grands frères que l’on voulait jeter avec l’eau du bain. Etre aux côtés du bébé n’était a priori pas leur place non plus.

Notre nounou est restée un petit moment avant qu’on ne lui propose gentiment de rentrer chez elle. Plusieurs fois. Avec un peu d’insistance à la fin. C’est vrai qu’en Thaïlande, une jeune Maman ne reste jamais seule avec son nouveau-né. Sa mère ou sa belle-mère lui tient toujours la jambe. Enfin surtout celle du bébé. Mais, personnellement, l’aide de Papa-Tout-Terrain et l’agréable compagnie des deux grands me suffiraient vraiment. C’est très gentil. Vraiment. Merci beaucoup. A demain! Merci. Merci! Au revoir… Bonne soirée… Oui, oui, demain à l’heure normale… Merci encore…

Ouf enfin seuls!

 

Jour+2: Points de suture pour Petit-Deux

Le lendemain devait être paisible, avec Papa-Tout-Terrain à la maison pour le dernier jour de son congé paternité. Je lui avais même promis de me reposer régulièrement au lit pendant quelques temps, histoire de récupérer tranquillement sans prendre de risques indus. Nous ne quittions pas notre merveille des yeux.

Notre nounou, arrivée aux aurores, semblait en revanche dépitée. Alors qu’elle entendait passer sa journée à pouponner, nous gardions le bébé pour nous.

La maison avait presque déjà retrouve sa quiétude ordinaire lorsque Petit-Deux décida soudain de tester notre résistance au stress. Pan! A l’improviste, il prend sur lui de se fendre le crane sur un trampoline, comme ça, sans prévenir.

Il y a du sang un peu partout. On prend un torchon pour faire compression. On laisse le bébé à la nounou, et on jette le blessé dans la voiture. Zut, qu’est-ce qu’il va téter le bébé? On retourne chercher Miss-Trois. Vu les larmes au bord des yeux de Petit-Un, on l’embarque aussi. On part finalement en catastrophe, mais en famille.

Les points de suture

Il y aura eu plus de peur que de mal heureusement. L’affaire se conclura avec trois points de suture et une belle ordonnance pour des soins quotidiens à l’hôpital, sur les dix jours suivants. Cette aventure marquera, en sus, la fin officielle de mon alitement post-partum, à l’issue de trois heures de tranquillité.

 

Jour+3: Première sortie de notre nouveau-né en Thaïlande

Au troisième jour, Miss-Tout-Terrain effectuait sa première vraie sortie officielle, sous le feu des projecteurs. La résidence entière avait été conviée à l’événement.

Dès l’aube, Papa-Tout-Terrain ayant rejoint son travail, notre nounou me demandait la permission d’emprunter Miss-Trois. Euh… J’étais restée sur la Chine, où il est très mal vu de se balader en extérieur avec un bébé si petit. Vous êtes sûre? On peut vraiment laisser sortir nouveau-né en Thaïlande? A priori oui. Il faisait beau et chaud, mais pas trop de soleil. Et nous habitions la campagne. Il s’agissait d’après ses dires de conditions optimales.

A mon feu vert, notre nounou a alors dégainé son téléphone et appelé les trois quarts du monde. « Venez tous vite! C’est bon! J’ai le bébé! » (Bon, je traduis l’idée, puisque je ne parle pas thaï. Mais l’esprit est vraiment là!)

Notre nounou en adoration

Elle a ensuite choisi la tenue. Une robe rose fuchsia. Un bandeau rose clair avec une fleur. Et une sorte de fuseau rose aussi, mais d’un rose pas pareil. Les trois pièces provenant d’ensembles différents. Je n’aime pas tellement le rose et je déteste les tenues trop « filles » sur les petits bébés. Mais de toute évidence, nous ne partageons pas les mêmes goûts. Bon, tant pis, je n’y serais pas…

A la porte je la retiens. « Mais, vous ne lui avez pas mis de chaussettes! » La nounou éclate de rire: « Il fait trente-cinq degrés! Ca serait bien cruel de lui mettre des chaussettes! »… Oh, encore des relents de Chine… On m’a tellement reproché de sortir mes bébés pieds nus, même par canicule, que j’avais pris l’habitude de leur enfiler des chaussettes par tous les temps. La paix sociale n’a pas de prix. Il allait me falloir m’habituer aux nouveaux codes de la Thaïlande…

 

Désaccords culturels… Qui s’occupe de bébé?

Malgré tout, les sorties et l’organisation de l’emploi du temps de Miss-Trois devinrent assez rapidement une pierre d’achoppement. Notre nounou s’attendait semble-t-il a pouvoir faire une quasi libre utilisation du bébé. J’étais pour ma part heureuse et désireuse de garder ma fille près de moi, de la regarder sourire en dormant de son sommeil de nouveau-né, de sentir ses petits cheveux et de caresser à tout bout champ ses minuscules orteils.

Je refusai plusieurs sorties mondaines. La plupart du temps pour l’excellente raison que Miss-Punk était en train de dormir. Notre nounou me fit part de son désarroi: « Vous comprenez, Khun X, la nounou du voisin blondinet veut que je lui amène Miss-Trois. Et Khun Y qui fait le ménage chez Madame Truc doit passer ici, pour voir le bébé. Sans compter que dois envoyer des photos à Khun Z, la vendeuse de légumes, et donner des nouvelles aux jardiniers qui se demandent quand vous êtes rentrés. »

Je crois qu’elle n’a jamais compris mes refus. Quelques mois plus tard, elle m’a expliqué qu’à la naissance de ses propres enfants, elle n’avait pas eu le loisir de s’en occuper. Sa belle-mère était venue s’installer chez elle pour prendre les bébés en charge. Elle les habillait, les lavait, les changeait, les promenait et dormait avec eux. Elle ne les emmenait à leur mère que pour les faire téter. « Ce n’est pas à la mère de s’occuper de ses enfants… » m’avait-elle soufflé, avec un poil de reproche. La mère devrait se reposer, plutôt. Le noyau familial et les usages sociaux sont bien différents pour un nouveau-né en Thaïlande. Je comprends sa déception mais nous ne sommes pas Thaïs et avons choisi de faire à notre façon, malgré tout.

Les freres en adoration

 

Une histoire à suivre…

Nous n’en n’étions encore qu’au début de nos découvertes, de nos étonnements et de nos oppositions. Le chemin serait certes pavé d’incompréhensions et d’obstacles, mais quelle richesse, finalement, de voir grandir son nouveau-né en Thaïlande, entre deux cultures.

Je reviens très vite vous en dire un peu plus sur les soins de bébé, au quotidien…

 

Dimanche, nous irons voter « pour »…

Il y a seize ans, quand j’ai commencé à étudier le mandarin, je demandais à tous les Chinois qui passaient leur opinion de la vie dans un pays non démocratique. (J’étais bien naïve.) Je les trouvais plutôt réservés sur les questions politiques. Tout en nuances.

Je me souviens d’un jeune homme à qui il semblait préférable que les Chinois ne votent pas. Parce qu’ils manquaient de culture politique. Et que, pour sûr, si on leur laissait le choix, ils éliraient pour Président un chanteur.

Et puis cette femme qui m’avait fait remarquer que les Français ne pouvaient pas s’empêcher d’avoir un avis sur tout. Alors que la Chine ne jugeait pas la démocratie française, elle.

 

Mais en réalité, en Chine, on ne parle jamais vraiment de politique.

Il y a treize ans, quand je suis partie vivre à Shanghai, j’entendais parfois la respiration d’un fonctionnaire qui écoutait mes conversations, quand j’appelais ma famille. Les colis que je recevais par la Poste étaient fouillés avant livraison. Et les autorités confisquaient fréquemment des objets au passage.

Il y a douze ans, pour la mort de Zhao Ziyang –qui avait soutenu les manifestants au moment de Tian An Men- la diffusion de TV5, la télévision française, a été suspendue pendant plusieurs semaines. Et la plupart des sites web étrangers que je consultais fréquemment a été bloqués.

Il y a cinq ans, dans une librairie de Shanghai, alors je feuilletais un Lonely Planet en anglais sur la Chine, je suis tombée sur des pages et des paragraphes entiers caviardés. Recouverts, effacés au feutre noir par la censure.

 

Puis nous étions en Thaïlande, en mai 2014, lors du dernier coup d’Etat militaire.

Les opposants des deux bords ont été envoyés en prison et la junte militaire a pris le pouvoir.

L’instabilité politique s’est traduite par une baisse de l’activité économique que l’on ressent encore un peu aujourd’hui. Les foyers les plus modestes ont été les plus atteints.

Depuis le coup d’Etat, tous les vendredi soirs, le général Prayut Chan-o-cha apparaît à la télévision, pour présenter à la population un compte-rendu de la situation du pays et des réformes mises en place par son gouvernement provisoire.

De nouvelles élections devraient être organisées début 2018. Il est difficile de prévoir l’avenir. Le prochain gouvernement démocratique pourra-t-il se maintenir? Depuis 1932, la Thaïlande a traversé dix-neuf coups d’Etat.

Le Roi de Thaïlande est mort le 13 octobre dernier. La veille, alors qu’il était au plus mal, nous avons appelé nos familles pour leur dire que nous n’aurions peut-être plus d’accès à Internet, pour une durée inconnue. Les entreprises étrangères avaient prévu des plans d’évacuation pour leurs expatriés. Par bonheur, le pays n’a pas traversé la crise politique que l’on craignait.

 

La Chine s’ouvre. La Thaïlande se stabilise. Ce sont deux pays qui avancent courageusement. Tout n’est pas idéal. Mais ils progressent. Avec une énergie extraordinaire, leurs populations aspirent à aller vers le mieux. Et elles avancent.

 

Et nous? Nous, dimanche, nous irons voter.

Et nous n’irons pas voter contre.

Nous irons voter pour.

Pour construire une France meilleure. Pour bâtir ce qui sera la patrie de nos enfants. Le choix final n’est pas exactement celui qui nous aurait convenu. Qu’importe, il est ce qu’il est. Mais on n’a pas le luxe de se mettre en sommeil pendant un quinquennat. On ne peut pas hypothéquer notre avenir pendant les cinq prochaines années. On doit juste mettre toutes les chances de notre côté.

Parce qu’en Chine, en Thaïlande et ailleurs, ils ne vont pas nous attendre, pendant les cinq ans où on va bouder. C’est aujourd’hui qu’on éduque les générations d’actifs de demain. C’est aujourd’hui qu’on décide des stratégies industrielles de l’avenir. Et c’est surtout dès aujourd’hui qu’il faut mettre toute notre énergie pour aller mieux. Reconstruire une société optimiste. Et se battre pour.

Pour tout cela, pour nos enfants, dimanche, nous irons voter pour.

 

Dimanche, nous irons voter pour

 

Nota: Comment voter par procuration quand on ne connaît personne dans son quartier? Je trouve que l’information est trop peu relayée par les medias et c’est dommage. Si vous êtes empêchés lors d’un des tours des prochaines élections, cet article est pour vous! Foncez et votez!

 

Tous les commentaires déplacés seront supprimés.