Quelques kilos en trop…

Il me reste bien quelques kilos en trop, vestiges de ma dernière grossesse…

… et malheur…

… il m’a bien semblé que les enfants les avaient également remarqués…

 

Quelques kilos en trop...

 

Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

Une naissance mouvementée en Thaïlande

Deux jours avant la naissance de Miss-Trois, je suis entrée dans la phase terminale de la grossesse, celle où l’on sait avec une certitude absolue que jamais l’on n’accouchera. Que l’on restera enceinte pour toujours. Que de toute façon ce bébé ne veut pas naître. Et vivra jusqu’à son adolescence dans mon utérus. Au moins. Bref, que dans quinze ans j’en serais encore au même point: enceinte.

 

Aux grands maux les grands remèdes

J’étais alors terriblement angoissée. Et angoissante. J’infligeais à Papa-Tout-Terrain des ascenseurs émotionnels permanents. « Je suis sûre que j’ai perdu les eaux… » « Bah non en fait laisse tomber, c’est Petit-Deux qui m’a bavé son jus d’orange dessus. » « Je crois qu’elle ne n’aime pas et c’est pour ca qu’elle veut pas naître. » « Tu crois qu’elle bouge comme il faut? On peut la réveiller pour être sûrs qu’elle bouge comme il faut? »

C’est dans ces moments, d’ailleurs, que cinq ans plus tôt, Petit-Un-qui-ne-voulait-pas-naître-non-plus avait hérité d’un surnom toujours en usage parmi nous: « sac à main ». A environ cinq heures du matin et en pleine crise d’angoisse insomniaque, j’avais maugréé qu’il n’arriverait jamais ce « sale gamin ». Tiré brusquement de son sommeil, Papa-Tout-Terrain m’avait mollement regardée: « Sac a main? »… L’appellation subsiste aujourd’hui, pour qualifier les petits coquins du quotidien.

Quand j’en arrive à ces extrémités, il est temps de passer aux grands moyens. A Shanghai je montais mes trente-six étages. Faute de verticalité, ici, j’ai fait des tours de quartier. Ventre à terre. Mon exaltation était à son comble. Dissimulée derrière un immense chapeau et d’énormes lunettes de soleil, j’ai sillonné les allées de la résidence avec toute la vitesse que me conféraient mes jambes boudinées. Aux vues de la taille de mon ventre, je pense avoir été reconnue, mais les voisines ont eu la gentillesse de ne pas me héler en ces moments pénibles.

Quelques mètres en retrait me suivait un étrange cortège. Inquiet que je ne me trouve mal sous la chaleur écrasante du mois d’août, Papa-Tout-Terrain –qui mérite bien son auréole- avait entrepris de me suivre en voiture, m’approvisionnant en eau, en encouragements et en mots tendres. Tout en gardant un œil attentif sur nos deux aînés qui siestaient à l’arrière. (Cet homme est une perle.)

 

 

Dernieres balades avant la naissance - Copy

Faux départ…

J’ai parcouru pas mal de kilomètres. Transpiré pas mal de litres. Et aussi fait pas mal d’heures d’escaliers à la maison, surtout au milieu de la nuit… et les contractions sont finalement venues. Toutes les cinq minutes. Plusieurs heures. Elles faisaient mal juste comme il faut. Parfait! Nous avons appelé la nounou pour garder les grands, vérifié qu’il y avait bien Top Gear sur l’ordinateur, et tranquillement pris le chemin de Bangkok.

C’était le milieu de la soirée. La circulation était plutôt fluide. Nous sommes passés tout juste derrière un orage énorme, qui avait laissé de belles flaques qui faisaient « pchhhff, pchhhff » sur le bord de l’autoroute. La situation était sous contrôle. Nous avons mis la radio, compté les contractions, et roulé tranquillement, sans nous presser. Nous étions heureux. Au terme de près de deux heures de route, nous avons atteint l’hôpital.

Et là, plus de contractions. Pas même une seule. « Vous êtes sûre que c’était des contractions? » Ben oui, c’est mon troisième, quand même. Je vous jure que c’est pas une blague. Monitoring et tout le tintouin. C’est le calme plat. La sage-femme vient me voir très embêtée. « Je suis très désolée, mais vous n’êtes pas en train d’accoucher, Madame. Rien d’ailleurs ne laisse supposer que vous pourriez accoucher à court terme. Mais si vous voulez vous pouvez peut être revenir un autre jour. »

Je triomphais! Je le savais. C’était sûr! Je vous le disais bien. Je n’accoucherais jamais. Et dans dix ans je serais toujours comme ça!

Du coup on est rentrés chez nous. Toujours pas de contractions. On a dit désolé à la nounou. La naissance, c’est pas pour aujourd’hui. Et puis on s’est couchés. Il était deux heures du matin.

 

Nouveau départ

Deux heures cinq. Dans mon ventre, la puce bouge dans tous les sens. Je me relève d’un bond. « En fait il va falloir y aller, finalement. » « Mmmmm » répond Papa-Tout-Terrain qui possède l’extraordinaire faculté de s’endormir en deux secondes. « J’ai perdu les eaux. » Tout de suite, ça l’a bien réveillé.

On est repartis à bride abattue, sous le regard dubitatif de la nounou qui avait l’air de se demander si cette fois serait la bonne. Le trajet n’a duré qu’une heure vingt-neuf. Papa-Tout-Terrain a foncé. Je m’en souviens très bien car j’ai gardé les yeux rivés sur l’horloge, tout du long. Ca commençait à devenir douloureux et j’avais drôlement hâte d’arriver.

Le vigile de l’entrée de l’hôpital s’était un peu assoupi. Pour accélérer, Papa-Tout-Terrain me charge sur un fauteuil roulant et, vif comme le vent, me pousse vers la maternité, pendant que le vigile réveillé en sursaut nous court derrière avec de grands gestes de bras. La sage femme nous accueille avec étonnement. « Mais, vous n’êtes pas en train d’accoucher… » Maintenant si. Je me jette sur un lit. Trois blouses vertes s’approchent de moi pour m’examiner.

« Ca pousse », je dis. Les blouses vertes se mettent à voleter partout dans la pièce. Rien n’est prêt. « Ca pousse vraiment. » Les blouses reviennent à toute allure. Là je me rappelle qu’on a oublié de mettre Top Gear. (J’ai un sens exceptionnel des priorités dans les situations d’urgence.) Trop tard. Quelques minutes après, Miss-Trois est dans mes bras. Elle est née très en forme, et heureusement très rapidement, car elle avait trois tours et demi de cordon autour du cou. Enfin, je la serre fort dans mes bras. Je serre fort la main de Papa-Tout-Terrain. Nous sommes cinq à présent.

 

Tracas

Par malchance, mon utérus a décidé de faire le malin quelques minutes plus tard et de faire une hémorragie. Nouveau papillonnement des blouses vertes. On me prend mon bébé. Papa-Tout-Terrain est tout blanc. Il me dit de ne pas fermer les yeux.

Je pense très fort à Petit-Deux, à qui j’ai promis de rentrer au plus vite. Il a besoin de moi pour dormir.

On est têtus dans la famille. On ne va pas se laisser faire par une petite hémorragie. Petit-Deux est si obstiné qu’il a réussi à réparer un ascenseur en panne par la seule force de la volonté. Petit-Un est drôlement entêté lui aussi. Il y a quelques mois, il a arrêté d’utiliser sa sucette sacrée tout d’un coup, le jour où il a décidé de l’offrir en cadeau au bébé à venir.

Et avec Papa-Tout-Terrain, à nous deux, on est sacrément coriaces! Combien de fois a-t-on gravi main dans la main, nos trente-six étages pour accoucher? Et la poussière qu’on a bouffée ensemble, à moto, sur les routes du Cambodge? Et ces nuits d’insomnies à veiller les enfants ou à refaire le monde, qu’on voudrait juste un tout petit peu meilleur?… On est têtus chez nous. Alors je garde les yeux bien ouverts, et me perds dans le regard de mon amoureux.

 

Le bon choix

Mon médecin a été exactement comme nous l’attendions: formidable et très humaine. Elle a réagi très vite, m’a colmatée nickel puis transfusée.

Papa-Tout-Terrain a enfin semblé un peu rassuré. Il a fait des allers-retours vers la pouponnière pour câliner Miss-Trois et la prendre en photo pour moi. J’ai réalisé que je ne l’ai pas encore vue. Je l’avais serrée si fort contre moi que je ne l’avais pas regardée. Elle était belle. Elle ressemblait à ma sœur. (Coucou sœurette!)

L’équipe de puériculture a été parfaite. Les dames ont réchauffé, habillé, emmailloté et bercé notre princesse. Je voulais l’allaiter. Elles l’ont fait attendre sans biberon. Et aucun soin ne lui a été dispensé, tant que nous étions empêchés d’être auprès d’elle. Elles l’ont juste câlinée. Visiblement très bien, d’ailleurs. Car j’ai été étonnée de la sérénité de Miss-Trois, quand j’ai enfin pu la revoir, après plusieurs heures qui m’ont semblées des siècles.

Alors certes, on a fait des kilomètres pour la naissance de notre puce, mais avec du recul, on ne regrette rien, parce qu’on avait une confiance absolue dans les médecins et les équipes soignantes qui nous ont assistés. Et qu’ils ont été extraordinaires avec nous.

 

Séjour « bien être » à l’hôpital cinq étoiles

Papa-Tout-Terrain et moi, on est tout de suite tombés follement amoureux de Miss-Trois. Elle avait de grands yeux de velours, qui regardaient le monde avec curiosité. C’était les miens. De son Papa, elle avait hérite d’une douceur infinie. Et de mignons cheveux en porc-épic, qui lui ont valu le surnom de Princesse-Punk. (Coucou et merci à l’auteure de l’appellation!)

Le séjour à l’hôpital a été une succession de jolis instants magiques. Nous avons passé des heures à nous émerveiller devant notre puce. Nous avons regardé quelques films en entier sans être interrompus. Ca fait cinq ans que ça ne nous était pas arrivé, et ça ne reviendra sans doute pas avant cinq ans.

Nous avons été gâtés et choyés, par un personnel aux petits soins qui n’arrêtait pas de nous apporter de la tisane de gingembre. J’étais aux anges car j’adore! J’ai appris par la suite que c’était pour aider l’utérus à reprendre sa taille normale. Mais je ne sais pas pourquoi ils en servaient aussi à Papa-Tout-Terrain, qui n’a pas d’utérus, lui.

Cerise sur le gâteau, durant nos deux jours en pension cinq étoiles, nous n’avons pas changé une seule couche! Car cela fait partie du service. Il suffit de biper pour qu’une puéricultrice apparaisse par magie et change le bébé pour nous! Pour notre aîné, en Chine, nous avions mis un point d’honneur à nous débrouiller tous seuls. Vous comprenez, la magie du méconium et tout et tout… Avec Miss-Trois, en revanche, on connaissait la chanson: une couche de moins c’est une couche de moins. C’est toujours une couche de gagnée! Du coup, on a laissé tomber les pipis pour se concentrer sur les câlins. Et ce n’était pas désagréable!

 

Retour parmi les nôtres

Au lendemain de l’accouchement, vers la fin de la journée, nous avons finalement obtenu l’autorisation de rentrer chez nous. Nous avions promis aux garçons que nous serions aussi brefs de possible, et, si agréable qu’ait été le séjour à l’hôpital, c’est en famille que nous avions besoin de nous retrouver.

 

 

Si vous avez loupé les articles précédents de la série, vous pouvez les retrouver ici:

En attendant la naissance d’une petite puce qui ne venait pas…

La grossesse de notre petite puce a été heureuse et sereine, mais ponctuée d’incertitudes, quant aux conditions dans lesquelles elle viendrait au monde. Le risque d’une césarienne de convenance (pour le personnel soignant), m’a en particulier longuement angoissée. Après de nombreux doutes, nous avons par chance rencontré un médecin extraordinaire, en qui nous avons pu placer toute notre confiance. A ce moment-là, nous avons su que nos souhaits pour la naissance de Miss Trois seraient respectés, à moins d’un risque médical avéré.

En attendant la naissance de petite puce

 

Sur la route de l’hôpital

Ce changement de situation de dernière minute comportait néanmoins quelques complications. Notamment celle de se trouver désormais à une heure et demie de route dans l’hôpital. Hors embouteillages, bien sûr. Car nous comptions très fort sur Miss-Trois pour ne pas se manifester aux heures de pointes, là où l’entrée dans Bangkok peut facilement rajouter deux heures au trajet.

Pas complètement inconscients non plus, nous avions fait la liste des établissements hospitaliers situés sur la route, comme options de secours en cas d’urgence. Par ailleurs, je me rassurais en pensant aux presque quarante-huit heures de contractions dont j’avais souffert pour les deux ainés. Il y avait peu de chances pour que notre petite troisième ne nous prenne complètement par surprise.

Notre confiance a cela dit connu des haut et quelques bas, en particulier lorsque nous avons noté -cerise sur le gâteau- que l’accouchement devait tomber en pleine saison des pluies. Les orages d’ici, ce n’est pas de la gnognotte! Trente centimètres d’eau peuvent nous tomber sur la tête en dix minutes et bloquer les routes pendant des heures. Pour ça, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de prier Toutatis.

En attendant la naissance de petite puce

 

Contractions et conversations

Avouons le aussi, l’idée de faire avancer les contractions dans la voiture ne me rebutait pas fondamentalement. Car pour la naissance de nos ainés, le travail à l’hôpital m’avait semblé interminable, en raison d’une très forte présence des équipes médicales. Ce n’est pas vraiment de leur faute: la société asiatique est très portée sur le service. Déjà quand on veut faire une course toute bête dans un magasin, on a tout de suite trois vendeuses pour nous tenir la jambe. Dans les hôpitaux de standing, il est donc également bienséant d’être accompagné par tout un tas de personnel.

Lorsque j’ai accouché des deux « grands » à Shanghai, il y avait toujours deux ou trois infirmières dans la chambre en train de vouloir se rendre utile. « Vous voulez un massage Madame? » « Vous êtes sure que vous voulez rester debout pour les contractions, Madame? C’est la première fois que je vois quelqu’un debout pendant les contractions » « Vous voulez un verre d’eau Madame » « Je vous baisse la lumière, vous serez mieux. » « Oh non, en fait, je vais la remonter, la lumière, c’était pas mal avant, d’accord, Madame? » C’était très gentil de leur part, et culturellement normal. Plus encore, dans l’hôpital « cinq étoiles » l’inverse aurait été inacceptable.

Sauf que parler popote entre deux contractions (ou pire, pendant une contraction) ca ne me convient pas du tout.

Craignant de me retrouver à nouveau dans ce cas de figure, je comptais sur mon heure et demie de voiture pour déjà faire passer un peu de temps. Puis pour l’hôpital, nous avions prévu une bonne réserve de vidéos à visionner, histoire que personne n’essaie de me taper la conversation. Depuis le début de la grossesse, je voulais accoucher en regardant Top Gear. Ne me demandez pas pourquoi. C’était juste une certitude.

 

Petit tour à l’immigration

Nous étions prêts. Chaque soir, Papa-Tout-Terrain faisait le plein de la voiture en rentrant du travail, pour parer à toute éventualité. (Cet homme est presque trop parfait pour être honnête… je lui cherche toujours un vice caché…) Ne manquait donc plus que le petit trésor. Facétieuse comme ses deux grands frères, Miss Trois avait cependant décidé de ne pas se presser.

C’est exactement à ce moment là que comme un grand, mon visa de travail a décidé de me faire un coup de Trafalgar. Comme ça, tout seul. Et sans bien sûr que mon entreprise n’y soit pour quoi que ce soit… Il a décidé de ne plus être valide! Oui oui, j’étais illégale, au bord de l’expulsion, et enceinte jusqu’aux yeux. Dans ma tête, je n’ai pas béni ma responsable des ressources humaines. (Elle avait oublié de renouveler un papier pour moi, d’où l’incident.) Mais je me suis seulement énervée dans ma tête. Parce que d’expérience, si on veut régler les problèmes vite en Thaïlande, il ne faut surtout pas se fâcher.

J’ai finalement dû traîner ma bedaine et ma RH dans les bureaux de l’immigration, pour quelques signatures. L’attente semblait longue. Du coup, ma collègue, qui en plus d’être tête en l’air ne brille pas par sa patience, a attiré l’attention d’un responsable: « Regardez, elle est en train d’accoucher! Il faut la faire passer tout de suite. » J’ai eu priorité en tout. Priorité au guichet, mais aussi dans les conversations. J’ai attisé tous les regards et les commentaires. Tout le monde a bien rigolé. Et un peu flippé aussi. Moi j’ai bien joué mon rôle. J’avais une tête très contractée. Mais pas à cause des contractions, juste parce que je n’aime pas me faire remarquer. J’ai fini par avoir mon papier. Et bien sûr, je n’ai pas accouché.

 

En attendant la naissance

Désormais en congé maternité, j’ai alors subi avec plus ou moins de bonne humeur le défilé quotidien et la loquacité de tous les curieux du quartier, venus se renseigner sur l’évolution de mon état. « When do they cut you? » s’est un jour enquis Khun Nee en traçant du haut en bas de son ventre la marque du coup de scalpel. Certes, je comprenais son impatience. Rien qu’à mon air rougeaud, essoufflé et furibond, ca pouvait se voir, que je voulais accoucher, non? Mais personne ne me couperait quoi que ce soit avant le terme. Et que chacun s’occupe de son utérus après tout…

Malgré les appels désespérés de ma nounou à limiter les interrogatoires, les visites ont même doublé, lorsque le quartier a su que je ne voulais pas de césarienne. Mon futur accouchement par voie basse et moi-même sommes alors devenus des célébrités. Certaines nounous venaient spécialement nous voir pour confirmer la rumeur et partager leurs expériences. En visite de courtoisie, Khun Aoy m’a raconté ses contractions avec tant de détails qu’elle a fini à demi-couchée sur mon plan de travail. Pour sûr, j’étais en condition!

D’ailleurs, autant m’est-il désagréable d’évoquer mes viscères en public, autant les considérations d’ordre physique et anatomique semblent-elles être vécues de façon très normale, ici. C’est le cas des grossesses mais aussi des petits maux du quotidien. Il n’est ainsi pas rare au bureau que telle ou tel me tienne informée en temps réel de ses coliques ou de ses règles. (Par contre, je reste encore traumatisée du jour où une RH a fait le tour des bureaux pour faire des statistiques sur le nombre de diarrhées, conséquences d’un déjeuner trop épicé… De bureau en bureau, elle demandait à la cantonade « Do you have diarrhea today? », comme elle aurait proposé une tasse de café.)

 

Angoisses de fin de terme

Bref, au bout de quelques semaines, j’ai tout su des appareils reproducteurs de mes visiteuses régulières. Ayant épuisé le stock d’anecdotes gynécologiques les concernant, certaines des nounous ont même commencé à m’informer de l’état de l’utérus de leurs patronnes… Croyez-moi sur parole, je suis aujourd’hui une base de données parfaitement à jour de tout l’obstétrique de la région!

Petit à petit, une vraie nervosité a gagné le voisinage. Avait-on jamais vu un terme aussi long? On a sondé les annales. On m’a présenté Khun Chaiyat, dont la belle-fille aurait donné le jour à un magnifique petit garçon, au terme d’une grossesse de quinze mois. Malgré toute ma sympathie pour cette pauvre femme, la rigueur scientifique m’impose de mettre en doute sa mésaventure… A-t-on voulu poliment me rassurer? Certainement. Sur le moment, je n’ai pas réussi à étouffer une forme d’angoisse sourde… Etait-il possible que sous ces latitudes, l’on n’accouche jamais?…

Ayant dépassé le terme des quarante semaines, j’en suis venue à éviter les sorties, pour fuir la curiosité et l’inquisition. Reconnaissance éternelle à notre nounou, qui m’a efficacement secondée en filtrant les entrées. Et à Papa-Tout-Terrain, ce saint homme, qui m’a dissimulé les coups de fil des impatients, tout en supportant stoïquement mes humeurs en dent de scie.

Echappant à la garde de sa nounou, une petite voisine de quatre ans est néanmoins parvenue un jour à forcer le barrage de l’entrée ma chambre. Pour vérifier de ses propres yeux que Miss-Trois est encore dans mon ventre. Regard émerveillé. « Your tummy is huge! » J’ai pris ça comme un compliment. Me voyant ouverte au dialogue, elle en a du coup profité pour me questionner sur la façon dont le bébé allait sortir. Je n’ai pas voulu me brouiller avec les voisins. J’ai poliment éludé la question.

Thaïlande – Pourquoi tant de césariennes?…

 

Quand on vit à l’étranger, le suivi de grossesse révèle naturellement son lot de surprises. Je l’évoquais dans mon précédent billet, certains aspects m’ont plutôt mise à l’aise, comme le recours limité des médecins aux examens physiques intrusifs. A l’opposé, j’ai détesté me sentir très vite acculée à la nécessité d’une césarienne… Pourquoi donc une césarienne alors qu’aucune condition médicale ne l’exige? Parce que c’est devenu l’habitude dans nombre d’établissements privés de Thaïlande. Bien sûr, pour les médecins et les hôpitaux, cela représente des avantages sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais bien souvent, les patientes elles-mêmes tendent à préférer cette solution…

 

Accouchements dans la douleur ou césariennes

Si j’ai refusé, à cor et à cris, le principe d’une césarienne de convenance, je dois reconnaitre aussi que pour de nombreuses Thaïes, cette modalité apparait clairement comme la moins mauvaise, pour mettre son enfant au monde. Il faut savoir que depuis une demi douzaine d’années, la péridurale n’est plus disponible que dans une poignée d’établissements du pays. Les établissements les plus chers, bien sûr. A cause d’une péridurale qui a mal tourné, d’un anesthésiste condamné pénalement par la justice, rares sont les médecins qui acceptent désormais de prendre le risque de ce type d’anesthésie.

Par ailleurs, dans les établissements où cela reste possible, la péridurale n’est souvent effectuée que dans des conditions extrêmement restrictives, les jours de semaines, aux heures ouvrables, et seulement un patient à la fois, pour que l’anesthésiste puisse s’y dédier pleinement. Imaginez que vous vous fassiez doubler par une autre maman à l’entrée de la maternité et zou, plus de péridurale! La loose!

Pour beaucoup, le choix se fait donc entre accoucher dans la douleur et accoucher par césarienne. L’une de mes collègues a d’ailleurs été très expressive en la matière, me racontant à grand renfort de détails et de gestes univoques l’épreuve de la naissance de sa fille, cinq ans auparavant (alors que je n’en demandais vraiment pas autant). Par crainte de nouvelles souffrances, cette jeune femme a finalement décidé de ne pas avoir d’autre enfant.

 

La brièveté du congé maternité

Pourtant, certaines se posent vraiment la question de l’accouchement par voie basse. Une de mes jeunes collègues, nullipare et enceinte de deux mois de plus que moi, avait ainsi demandé mon avis de multipare éclairée. Est-ce que tu penses que je pourrai supporter la douleur? On ne me refait pas. A mon sens, mieux vaut la douleur passagère d’un accouchement naturel -même sans péridurale- que les douleurs et complications postopératoires d’une césarienne. La collègue était convaincue.

Au jour du début de son congé maternité, cette jeune femme donnait naissance à une magnifique petite fille. A trente-huit semaines. Et par césarienne de convenance. Je m’en suis étonnée. « Tu comprends, le congé maternité est tellement court que je ne pouvais pas le gâcher. Je voulais profiter de ce temps pour prendre soin de mon bébé. » Six semaines après la naissance de sa fille, ma collègue était effectivement de retour au bureau. Elle aurait pu bénéficier de deux semaines de repos supplémentaire, mais le congé maternité est si mal indemnisé que tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’en profiter jusqu’au bout.

 

L’effet pervers du système de facturation des accouchements

Côté hôpital, le système de facturation par « package » est également de nature à dissuader les Mamans d’accoucher par voie basse. Le principe est de choisir à l’ avance les prestations pour lequel on optera à l’accouchement, afin de bénéficier de réductions substantielles sur le coût du service. En cas de changement de dernière minute, les dépenses additionnelles et non planifiées seront en revanche facturées à plein taux.

Sur une base de 100 pour un package « accouchement naturel », on me proposait un package césarienne à 154 et on estimait le coût d’une césarienne après échec d’un accouchement naturel à 191. Si l’on ne dispose pas d’une bonne assurance et si l’on n’est pas tres convaincu, au départ, de la réussite de son accouchement par voie basse, il me semble finalement assez naturel de se tourner directement vers une césarienne.

 

Le petit plus: choisir la date de naissance de son enfant…

Au-delà de ces considérations matérielles, la césarienne est également pratique, aux yeux de nombreux parents, pour choisir d’une date de naissance convenable pour l’enfant. Allez, petit-bébé-prévu-pour-septembre, tu naîtras bien en août, histoire de raccrocher l’année scolaire précédente, non? Et surtout, on va tout faire pour éviter que tu ne viennes au monde un « mauvais » jour, hein!

Une bonne partie des Thaïs étant d’origine chinoise, beaucoup d’us et coutumes d’ici sont empruntés au Pays du Milieu. En particulier son calendrier traditionnel. Il y a des jours fastes et des jours néfastes, et si l’on naît n’importe quand, on risque un destin tout pourri. Pour écarter toute forme de péril, les parents s’assurent donc de la venue de leur progéniture sous les meilleurs auspices. La césarienne est une solution toute trouvée pour éviter les foudres du destin. Y croit-on vraiment encore? Un peu, mais pas sûr. Le choix de la « bonne » date est tout de même une affaire de précaution, me semble-t-il. Sait-on jamais…

 

De césarienne en césariennes…

A force, la multiplication des césariennes se révèle avoir des effets pervers sur l’ensemble du système hospitalier. De toute évidence, parce qu’ils en pratiquent peu, les praticiens semblent de moins en moins à l’aise avec les accouchements par voie basse. Moins bien rompus aux petits aléas des naissances, ils s’orientent aujourd’hui vers les césariennes, à la moindre suspicion de complication: gros bébé, dépassement du terme, accouchement qui dure un peu trop longtemps…

 

L’exception française…

C’était bien là tout mon problème. Bien qu’ayant déjà accouché par voie basse de deux magnifiques petits garçons, j’étais hors norme. En consultation, l’on passe en revue mes antécédents. Deux bébés de près de quatre kilos (petit cri du médecin). Tous deux nés à 42 semaines (deuxième cri du médecin). Et je ne veux pas de déclenchement (attaque cardiaque de mon interlocuteur. Papa-Tout-Terrain regarde ses pieds. Ca fait trois fois que je lui fais le coup. Il a l’habitude.) Je ne suis pas du tout dans les standards en Asie.

Grossesse

Mais voyons Madame, ca n’est pas possible… On ne pourra pas laisser votre bébé trainer si longtemps… Par contre, si ca peut vous arranger, on peut vous faire une césarienne. Juste pour vous rendre service, bien sûr! Certes, globalement, je suis plutôt du genre arrangeant. La preuve, j’ai même mangé deux kilos de canard, un jour pour ne pas me faire remarquer. Mais bon, de là à accepter une césarienne sans broncher, il ne faut pas exagérer non plus…

Quoi qu’il en soit, je nourrissais déjà des doutes vis-à-vis de ce médecin, qui m’avait dit, quelques semaines plus tôt que « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse, mais on verra tout de même si c’est possible… » avec la tête de quelqu’un qui dit non. Quoique confiante en l’espèce humaine, je ne suis pas non plus un lapin de six semaines. Je savais bien que ce n’était pas en arrivant avec des contractions plein le ventre que je pourrais paisiblement deviser accouchement naturel avec ce type dans les starting-blocks pour césariser tout ce qui bouge.

 

Le miracle

Après de longs conciliabules avec Papa-Tout-Terrain, nous avons opté pour la fuite.

Nous avons cherché longtemps et discuté des options… Accoucher à l’étranger? Accoucher à la maison? Adjoindre une doula à l’équipe soignante?… De blogs en forums d’expats, nous avons finalement trouvé LA clinique de Thaïlande réputée pour son ouverture quant aux accouchements par voie basse, et, cerise sur le gâteau, dans des conditions physiologiques. Une seule rencontre avec le médecin nous a immédiatement conquis, Papa-Tout-Terrain et moi. C’était une dame d’une grande humanité, à l’écoute, rassurante, et transparente. Elle a dit « ok, sauf en cas de risque avéré pour la mère ou l’enfant », et il n’y avait aucun sous entendu. Nous lui avons immédiatement fait confiance, les yeux fermés!

Grossesse

 

 

 

Suivi de grossesse en Thaïlande

Après la naissance de nos deux grands en Chine, l’arrivée de Miss-Trois en Thaïlande a été une nouvelle aventure. Une aventure merveilleuse et parfois angoissante. Une équipée pleine de suspens et de rebondissements. Et surtout, à la clé, il y a eu la rencontre avec notre plus grand bonheur ex-æquo avec ses deux frères, dans sa catégorie!

Avec Papa-Tout-Terrain, quand nous serons très vieux (le soir à la chandelle), nous conterons ces histoires à nos petits-enfants, dans une grande cuisine qui sentira la soupe et le gâteau. (Vous ai-je dit que Papa-Tout-Terrain m’a promis qu’il se ferait alors pousser la moustache? Ca lui donne un petit air d’Omar Sharif –jeune- que j’adore!).

Je m’égare… Reprenons! En attendant les petits enfants et la moustache, j’avais envie de jeter quelques mots pour garder vivaces les souvenirs de ma grossesse thaïe et de l’arrivée de notre trésor. Ce billet est entamé depuis longtemps, mais trop d’émotions ont ralenti son élaboration. Faute d’arriver à le finir, je le reprends. Je ne sais pas vraiment où il ira. Je vais finalement laisser filer la plume par petites touches d’ici et de là, avec un peu de nous, un peu de Thaïlande, et bien sûr beaucoup d’amour.

 

Enceinte!

J’ai l’impression que c’était il y a des siècles. Un jour j’ai su que j’étais enceinte. Direction le 7-11, l’épicerie du coin, pour acheter un test de grossesse. Ca s’achète en pharmacie, aussi, mais il n’y a pas vraiment de pharmacie anglophone du côté de la maison. Et ce n’est pas le genre d’achat facile à mimer à un pharmacien mort de rire.

L’objet acquis, il faut l’employer. Correctement. Mais des tests de grossesse on n’en fait pas tous les jours. Je me souvenais vaguement qu’il y avait une histoire de bâtons roses, mais sans plus. Pas de chance, le mode d’emploi était en thaï! Petit passage sur Internet: « un bâton c’est non, deux bâtons c’est bon! » Et d’ailleurs, « les tests de grossesse doivent être conservés à l’ abri de la lumière et à une température inférieure à 25 degrés. » Bon, je vais tester au Pole Nord et je reviens, alors.

Il n’y a eu qu’un bâton. Je n’étais pas d’accord. Alors j’en ai racheté cinq autres. Ce coup ci j’en ai eu trois sur cinq de positif. C’était la moyenne. J’étais enceinte aux trois cinquième.

Tests de grossesse

(Le petit bâton rose de la photo est présentement en train d’essayer de se faire les dents sur le pied de ma chaise de bureau… Petit bâton a bien grandi!)

 

Une jolie croyance…

Dans un précédent billet, j’avais évoqué quelques coutumes qui accompagnent les grossesses, en Thaïlande et en Chine, où sont nés nos deux grands. Je réalise que j’ai omis une jolie habitude qu’ont les jeunes femmes thaïes, et que je trouve très touchante…

Amulette porte-bonheur pour les femmes enceintes en Thailande

Ici, beaucoup de futures Mamans accrochent sur leurs vêtements, à hauteur du ventre, une petite épingle à nourrice, souvent décorée de motifs naïfs. Elle fait office d’amulette et éloigne les mauvais esprits des bébés à naitre.

 

Première consultation

Il n’y a pas de cabinets médicaux en Thaïlande. Toutes les consultations ont lieu à l’hôpital. Les Thaïs peuvent consulter gratuitement dans les hôpitaux publics ou se tourner vers des établissements privés s’ils en ont les moyens. Mon contrat de travail thaï me donnait également accès au système de santé public, mais pour des questions de langue et de qualité des infrastructures, nous nous sommes orientés vers le privé, grâce à une bonne couverture de mon assurance.

En attendant notre tour, Papa-Tout-Terrain et moi-même restons songeurs devant la porte de l’ascenseur, qui distille des informations à destination des patients du service gynécologie obstétrique. Faute de comprendre les mots, nous nous amusons largement des pictogrammes et de leurs possibles interprétations!

Ascenseur de l'hopital

C’est à nous. Le gynéco demande: « Vous êtes enceinte? » « Oui. » « Vous êtes sûre vous avez fait un test? » « Oui. » « Bon parfait. Prenez ces vitamines et revenez le mois prochain. »

Nous nous sommes quittés en gentlemen, sans nous être seulement effleurés. Il n’y a pas de prise de sang pour confirmer la grossesse. Et pas d’examen physique non plus. Juste rien, en fait. Enfin si: ils m’ont donné un classeur de suivi de grossesse, écrit en Thaï.

 

Chez le médecin…

Si la médecine trop invasive m’est généralement désagréable, en Thaïlande, c’est tout le contraire. Les visites sont articulées autour d’échanges oraux. (Pas du bouche à bouche, hein, de la conversation!) En revanche, il y a très peu d’examens physiques de la part du médecin. Sur la bonne vingtaine de rendez-vous médicaux de toute la grossesse, je n’ai eu que deux contacts charnels avec des médecins qui ont mesuré ma hauteur utérine au mètre de couturière.

En plus d’être limités au maximum, les actes « physiques » sont souvent délégués à d’autres personnels soignants. Lors d’une visite standard, c’est ainsi une infirmière d’accueil qui vérifie le poids de la patiente (habillée) et prend sa tension. Ensuite, pendant la consultation, le médecin est assisté d’une aide-soignante responsable des tâches matérielles: installer la patiente sur la table d’examen, mettre le gel sur le ventre pour l’échographie, paramétrer l’appareil… Quand tout est prêt, l’assistante tend la sonde au médecin qui procède, sans effleurer le patient, et repart quand il a fini. Puis nettoyage du gel et tutti quanti par l’aide-soignante.

 

Ordonnances, médicaments, arrêts et autre certificats

Dans ce système de santé privé, le patient est globalement encouragé à consommer. A tous les coups, le médecin recommande une échographie. « C’est pour être sûr… et vous n’avez pas envie de voir votre bébé, d’ailleurs?… » … Au fait, vous prendrez bien une petite amniocentèse aussi?… C’est que vous n’êtes pas toute jeune alors il y a des risques… (J’avais trente-trois ans, une clarté nucale et un Fish test parfaits.)

En fin de consultation, on me prescrit systématiquement des vitamines et… « Vous prendrez bien autre chose? » « Vous en pensez quoi, Docteur? » « C’est vous qui décidez… » Ah? Bah non, alors.

Enceinte

En pendant, les médecins sont très tolérants vis-à-vis des demandes du client. Un jour, j’ai besoin d’un certificat d’aptitude à travailler pour ma mutuelle. J’introduis le sujet en douceur: « Docteur, vous pensez que je peux continuer à travailler? » « Oh ça, c’est vous qui voyez. » Alors j’y vais plus franco. Je vais bien et il me faut un mot pour l’assurance. La première mouture du certificat a été concise: « Mrs. Tout-Terrain can walk three weeks. » La version finale, un peu plus étoffée, a finalement été réalisée en binôme avec le praticien. (Je dictais et il écrivait).

C’est mon expérience. Mon propos est de montrer le décalage avec un suivi de grossesse tel qu’il aurait eu lieu en France, non de montrer du doigt médecins. A mon égard, ils ont toujours eu une attitude professionnelle et a l’écoute, dans la mesure de leurs capacités en anglais. Et surtout, ils ont fait de gros efforts pour s’adapter à la cliente étrangère que j’étais, dans un hôpital qui ne voit presque jamais passer d’Occidentaux. A ce titre, j’imagine aisément que leurs reflexes et leurs attitudes auraient été bien différents si j’avais été une patiente X.

 

Où l’on commence à parler césarienne…

Puisque la finalité d’être enceinte est bel et bien d’accoucher, la question épineuse de la césarienne est assez vite venue sur le tapis. Dans la mesure du possible, je souhaitais l’éviter. Dans la mesure du possible, le médecin trouvait ca pratique. De toute façon c’est la norme ici.

J’ai dit: « Je préférerais un accouchement par voie basse. »

Elle a répondu: « Oui, je comprends. »

J’ai enchainé: « Alors vous êtes d’accord pour un accouchement par voie basse? »

Elle a répondu: « Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas toujours possible. » (Elle était très polie.)

Je n’ai pas voulu lâcher l’affaire alors j’ai demandé: « Et pour moi, est-ce que ca sera possible, si tout est normal et tout va bien? J’ai déjà deux enfants nés par voie basse. »

Elle a dit: « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse si tout va bien. Mais parfois on croit que tout va bien mais tout ne va pas bien et on est obligé d’avoir une césarienne. Je ne peux rien vous dire de plus. »

En d’autres mots, j’étais un client captif et elle ferait ce qu’elle voudrait.

 

Par quelle pirouette improbable réussirai-je à éviter la césarienne? Je vous laisse sur ce suspens intenable et vous raconte bientôt la suite…

Miss-Trois, la Cinquième « Tout-Terrain »

Le 30 août est arrivée notre tant attendue Miss-Trois.

De Tout-Terrain elle porte bien le nom. Une heure et demie après la rupture de la poche des eaux, à l’issue d’une course folle sur les autoroutes de Thaïlande, Miss-Trois a pointé le bout de son joli petit nez rose, pile poil quand nous sommes arrivés à la maternité.

Trois tours de cordon et une hémorragie plus tard, tout le monde va bien. Et nous pouvons confirmer l’excellence des établissements hospitaliers et des équipes soignantes en Thaïlande.

Doucement nous nous préparons pour bientôt à de nouvelles aventures en famille.

Pieds de Miss-Trois

Miss-Trois a reçu le vaccin BCG, à mon sens l’un des plus importants pour se balader en Asie.

Elle et moi faisons des tests « sling » et « écharpe » sur de petites sorties, pour se sentir à l’aise avant de plus longues excursions. Après Petit-Deux, Miss-Trois me semble si petite et légère! Il n’est pas évident pour moi de retrouver les réflexes d’installation d’un nouveau-né.

Prochain défi: la tétée en écharpe. Nous avons bien essayé jeudi en allant chercher les grands frères à l’école. Cela s’est soldé par un échec cuisant. Soit elle est trop haute, soit j’ai les seins trop courts. (Je penche pour la première version.) Elle est toute petiote… ça change mes repères! Nous recommencerons au calme.

En route pour l’aventure!

Papa-Tout-Terrain est au top de l’organisation. Il nous a mitonné un « sac de sortie nouveau-né » aux petits oignons ! Léger et compact, mais fonctionnel et complet !

Il est également parvenu –Dieu seul sait comment- à installer nos trois monstrueux sièges auto à l’arrière de la voiture. Tout est dans le concept d’emboitement. On ferme la porte gauche. On met Petit-Deux dans son siège, on arrime bien l’ensemble et on fait glisser au plus près de la porte. On met Miss-Trois dans sa nacelle, on attache le tout et on fait glisser au plus près de Petit-Deux. On répète enfin l’opération avec Petit-Un et son rehausseur, qu’on tasse bien contre Miss-Trois. On vérifie que tous les membres des enfants sont à l’intérieur, avant de claquer vigoureusement la porte droite, et le tour est joué !

Main de Miss-Trois

Les trajets en voiture sont pleins de gaieté. Petit-Un et Petit-Deux testent en ce moment l’intégralité de leur répertoire de berceuses sur leur petite sœur. Et aussi « I like to move it move it » parce qu’ils l’ont apprise en cours de musique à l’école.

Vers de nouveaux horizons…

Car les deux grand frères sont bien sûr de tout cœur avec nous dans cette nouvelle aventure, et ont hâte de faire découvrir leurs endroits préférés à Miss-Trois. Ainsi, dès le soir de notre retour de la maternité, Petit-Un est allé déterrer le lit-bébé de voyage et nous a demandé quand on pourrait aller à l’hôtel pour l’essayer. Petit-Deux quant à lui s’est promis d’apprendre à la nouvelle venue comment utiliser les ascenseurs. Il se projette avec emphase dans de grandes envolées lyriques: « Ouiiiii! Avec tous les boutooooooons! »

Certes, un bébé présente certaines limites qu’ils n’avaient pas vraiment envisagées. Petit-Un est un peu déçu de ne pas pouvoir balader sa sœur sur ses épaules, comme il l’espérait, « parce qu’elle est toute petite, tu sais! » Il se rattrape en choisissant pour elle « la plus belle couche » à chaque change. Petit-Deux pour sa part s’est grandement étonné de ce que sa petite sœur ne lui répondait pas. « Elle est trop petite: elle ne sait pas encore parler. » Stupéfaction. « Quoi, elle ne parle même pas Thaïlandais? »

Famille Tout-Terrain

Tous les cinq, nous regardons maintenant vers les mêmes horizons. De belles découvertes. Des rencontres pleines d’humanité. Des aventures qui nous feront grandir, tous ensemble.

Grossesses en Chine – Une p’tite césarienne?

Trente-neuf semaines aujourd’hui. L’arrivée de Petit-Trois se rapproche. Je suis en conge maternité. Je me repose en regardant mes deux grands diablotins batifoler sur leurs trottinettes. Batifoler vigoureusement, hein, on s’entend. Petit-Deux s’est fait rouler sur le pied. Il a un ongle tout noir et moche qui va tomber. Petit-Un a un genoux en sang. Le concept de jouer calmement ne semble pas évoquer la moindre étincelle d’intelligence chez eux.

Grossesses en Chine

Avec un brin de nostalgie, je repense à leur arrivée, en Chine. Je réalise que j’ai déjà évoqué ici mes grossesses à l’étranger, en en omettant la conclusion. Allez, parce que ça me fait plaisir, je m’en vais vous raconter ça!

 

Hôpitaux de Chine

Petit-Un tout juste installé, la question s’est posée rapidement de savoir où j’accoucherais. Il y a plein d’hôpitaux à Shanghai et j’avais jusque-là surtout fréquenté les établissements de quartier, destinés au commun des mortels. Il s’agissait d’une médecine de masse, à l’image de la population chinoise. Après l’enregistrement, on nous indiquait un numéro de bureau, on rejoignait une file déjà longue de patients, et on attendait debout son tour. Dans la queue, il n’était pas rare que les malades fument pour tuer le temps. Dans mes premières années en Chine, il arrivait souvent, aussi, de voir les gens cracher par terre dans les couloirs. C’est culturel.

Le moment qui me fascinait le plus était celui de la prise de sang, presque systématique avant le diagnostic. On rejoignait une autre file d’attente, devant une petite fenêtre. A tour de rôle, chacun tendait son bras par l’ouverture et se voyait prélever quelques gouttes de sang par un employé quasi invisible. Ca faisait hyper futuriste comme concept!

Grossesses en Chine

Parfois, j’avais droit à un service VIP: j’étais accompagnée par un employé anglophone qui me faisait doubler tout le monde dans les files d’attente. Parfois je devais faire la queue et me débrouiller en chinois. J’étais alors toute jeune étudiante: j’avais le temps, la patience, et ça forge le caractère! Je ne garde d’ailleurs que de bons souvenirs de ce temps-là.

 

Le choix de l’hôpital

Quand il s’est agi de la naissance de Petit-Un, Papa-Tout-Terrain et moi-même nous sommes vite accordés sur le fait qu’un poil plus de confort médical ne serait pas superflu. Papa-Tout-Terrain ne parlait pas du tout chinois. Et pour ma part, je n’étais pas sûre de vouloir sortir mon dictionnaire de mandarin pour vérifier les tons quand on me dirait: « Poussez Madame! »

Grossesses en Chine

Un appel à mon assurance a confirmé que j’étais très bien couverte. Et comme nous ne faisons pas les choses à moitié, nous avons opté pour l’hôpital américain le plus cher de la ville (et donc sans doute du pays). En Chine, il est de bon ton d’être riche et de le montrer. Choisir d’accoucher dans cet hôpital était donc du meilleur goût. Ayant ainsi donné la preuve de notre statut social, nous avons immédiatement gagné l’estime de tous nos voisins, naturellement informés en temps réel par notre nounou. Très vite, plusieurs Mamans des alentours m’ont félicitée pour ce choix éclairé… et d’enchaîner immédiatement sur la question…

 

« Vous avez déjà choisi la date de la naissance? »

Euh, comment ça, on peut choisir? Ce n’est pas plutôt le bébé qui choisit? Biiim, mauvaise réponse! Quand on a les moyens, on accouche par césarienne! Bah oui, quoi, une césarienne, c’est tellement plus confortable: non seulement on n’a pas mal, mais en plus on peut décider de la date! Effectivement, les statistiques confirment qu’à Shanghai, 68% des naissances se font par césarienne. Bon, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais il y a tout de même des raisons. Des bonnes et des moins bonnes.

Grossesses en Chine

D’abord, l’accès à la péridurale est très limité. Peu d’hôpitaux la proposent. Et même s’ils la proposent, ce n’est en général qu’en semaine et en journée. C’est un peu la roulette russe. Beaucoup de mes amies chinoises ont donc opté pour une solution « sans douleur »: la césarienne. On peut les comprendre.

Par ailleurs, la date de la naissance revêt aussi une importance déterminante. Mieux vaut naître à une date faste du calendrier chinois pour ne pas avoir un destin tout pourri. Et avant le premier septembre pour « ne pas perdre une année scolaire ». Et puis, si comme Petit-Deux, vous arrivez tout à la fin de la faste année du dragon, autant éviter de voir le jour sous le signe du serpent, à quelques jours près. Etre dragon, ça pète sacrément plus! Il y avait d’ailleurs tant et tant de naissance à cette époque que nous avons dû réserver et payer l’accouchement des mois à l’avance, pour « garder la place »!

Côté médecin, la césarienne a également ses avantages. Elle est facturée plus cher, va plus vite, et permet de planifier et d’optimiser l’utilisation des ressources. Bref, ça arrange tout le monde.

Et puis, c’est si « chic », une césarienne, vu que ça coute plus cher!

 

A l’approche du terme

Bref, j’ai choisi des accouchements par voie basse, envers et contre toute logique de reconnaissance sociale. Jusqu’à trente-six semaines, tout allait bien. Juste un peu d’impatience et d’excitation à l’idée d’avoir mes bébés dans les bras. Et puis, à partir de trente-sept semaines vient l’heure ordinaire de la césarienne. Faudrait surtout pas risquer un accouchement naturel, hein!

Les visites de contrôle à l’hôpital se font alors hebdomadaires. Puis bi-hebdomadaire. C’est un peu stressant. D’autant qu’à l’échographie, on trouve que mes bébés de trois kilos sont drôlement gros, vu que rares sont ceux qui « restent au chaud » si longtemps.

Grossesses en Chine

A quarante semaines, ça y est, j’ai dépassé le terme -qui compte sept jours de moins en Asie. Paf, des visites tous les deux jours et des propositions de déclanchement à gogo! Chacun fait ce qu’il veut mais pour ma part je préfère éviter: dans un pays avec un taux de césariennes si élevé, j’imagine bien la conclusion naturelle, des fois que le travail se prolonge un poil…

Il est temps de prendre les choses en main. Par chance, nous habitons au sommet d’un bel immeuble au design moderne. J’opte donc une escalade bi-quotidienne de nos trente-six étages, dopée aux hormones de grossesse et à la peur du déclenchement. Papa-Tout-Terrain me suit bravement, par solidarité, mais sans les hormones. Je trouve qu’il traîne un peu, d’ailleurs.

 

Le terme

Quarante-et-une semaine et cinq jours: j’apprends qu’on ne me laissera pas dépasser les quarante-deux semaines. La date du déclenchement est fixée à deux jours plus tard. En panique, j’entraîne Papa-Tout-Terrain dans une marche forcée d’une quinzaine de kilomètres, ventre à terre, dans le dédale des rues de Shanghai.

Grossesses en Chine

Au terme d’une après-midi de course effrénée, Papa-Tout-Terrain demandera grâce. « Ok, on rentre! » Je m’apprête à rebrousser chemin à pieds. Papa-Tout-Terrain me regarde alors avec un air pas commode du tout: « En taxi! »… Il n’a pas la tête de quelqu’un qui plaisante. J’essaie piteusement de négocier pour rentrer seule en marchant, mais il me regarde avec des sourcils courroucés et je rends les armes. Pour Petit-Un comme pour Petit-Deux, le travail se déclenchera enfin à quarante-et-une semaines et six jours. Ils naitront tous deux, à vingt moins d’écart, au matin de la quarante-deuxième semaine.

Grossesses en Chine

Au moment de la naissance, une grande crainte répandue parmi mes collègues chinois était l’échange volontaire ou accidentel de leur bébé. Papa-Tout-Terrain avait été bien briefé. Dès l’expulsion, il devrait tracer une marque reconnaissable à l’encre indélébile sur le pied de l’enfant, pour se prémunir contre toute inversion. La question ne s’est finalement pas posée, car nous avons pu toujours garder nos bébés près de nous.

Après la naissance

Après l’accouchement, une jeune mère ne se lève pas, en Chine. Elle doit traditionnellement rester alitée pendant un mois (sans prendre de douche). Durant cette période, elle ne doit pas boire d’eau froide, et elle est nourrie de soupes aux œufs et autres potions fortifiantes.

Il existe des établissements dédiés au rétablissement post-partum, avec des armées de nurses qui s’occupent des enfants et ne les rendent aux jeunes Mamans que pour les tétées. Pour les moins aisés, c’est la belle-mère qui tient ce rôle, à la maison. Pour les plus riches, il est possible de louer ces services à domicile. Vers la fin de l’année du dragon, il y avait d’ailleurs tant de naissances qu’on a failli se faire piquer notre nounou, comme ça!

Grossesses en Chine

Enfin, l’allaitement n’est plus toujours la norme, pour les citadines. Il est souvent jugé fatigant et trop contraignant. Et il est tellement plus chic d’allaiter son enfant avec du lait acheté, lorsqu’on en a les moyens! Le marketing étant passé par là, les plus petits seront volontiers nourris au colostrum de vache, en poudre. Et le summum bien sûr est le lait importé, qui transite par tonnes, et au marché noir, via Hong Kong!

 

L’hurluberlue

Bien au courant des normes du pays, j’ai fermement décidé de n’en faire aucun cas. Pas pour être contrariante. Mais une douche après l’accouchement m’a semblée rafraîchissante. Et je ne voyais pas trop ce que j’aurais bien pu faire, au lit, pendant un mois. Quelques jours après mes accouchements, je retournais donc faire mes emplettes au marché du coin de la rue. J’y ai acquis, auprès de tous les commerçants, une réputation de forte femme (c’est ce qu’ils me disaient poliment) ou plutôt d’inconsciente (c’est ce qu’ils pensaient très très fort).

C’était encore pire avec mes bébés. Très vite, je les ai sortis en plein air, alors qu’un nouveau-né est généralement conservé six mois sous cloche à la maison. Vous n’imaginez même pas combien de fois j’ai pu mentir à des mamies un peu collantes, prétendant que mon bébé de deux semaines avait six mois. « Il n’est pas bien gros, tout de même… » Et moi, évasive, de confirmer que « oui, oui, il est plutôt petit pour son âge… »
Grossesses en Chine

Plus épouvantable encore, je promenais Petit-Un sans chaussettes! Un bébé ne doit jamais sortir sans chaussettes! Même si, en l’occurrence, c’était le plein été et qu’il faisait quarante degrés à Shanghai. Les chaussettes, c’est sacré! Mon acte était tellement criminel que même des adolescents m’ont hélée dans la rue, pour me signaler le manquement… Et que ma nounou m’a suppliée, pour garder la face parmi le voisinage, de « chaussetter » mes enfants lorsqu’elle en était en charge!

 

Nouveau challenge

On ne sait pas trop quand Petit-Trois arrivera mais elle finira bien par arriver, je pense. Nouveau pays, nouvelles coutumes: quelles traditions inattendues allons-nous découvrir, en Thaïlande? N’ayez crainte en tout cas, je ne manquerai pas de tout venir vous raconter!

 

 

En guise de Post-Scriptum

Petite note cordiale et sympathique à l’ intention de ceux qui souhaitent interagir avec moi dans les semaines à venir:

  • Oui, je suis prête à déchiqueter avec les dents quiconque me demandera si j’ai accouché
  • Oui, ma durée gestationnelle se rapproche de celle de l’éléphante. Pas la peine de plaisanter avec ça!
  • Oui, je ressemble à une baleine flatulente et oui mon ventre est encombrant
  • Oui Papa-Tout-Terrain, les 36 étages, c’est pour bientôt, tu peux commencer à t’échauffer
  • Non je ne suis pas agressive, je ne suis pas pleine d’hormones et je ne vois pas de quoi vous parlez

Une grossesse à l’étranger


Deux fois en Chine, une en Thaïlande: je commence à être rodée pour ce qui est de la grossesse à l’étranger! Mais aujourd’hui, je ne vous parlerai ni de nausées, ni d’anémie et encore moins de vergetures… Aujourd’hui, je veux vous parler de cette jeune ouvrière de mon usine, de vingt-cinq ans peut-être, qui m’a fait signe de m’arrêter, hier, en fin d’équipe, au niveau de la pointeuse. Je ne la connaissais pas. Elle ne parlait pas anglais, et moi pas Thaï.

Elle avait l’air un peu timide. D’un geste, elle m’a demandé si elle pouvait me toucher le ventre. J’ai fait signe que oui. Son visage s’est éclairé et elle m’a caressé le ventre. Puis elle a posé sa tête sur mon ventre et a souri. Le temps c’était arrêté un petit peu pour nous deux. A deux pas pointaient à la queue leu leu les ouvriers de l’usine, pressés de rentrer chez eux. Après un moment, elle m’a remercié d’un regard et a souri paisiblement. Je lui ai souri en retour. Nous avons alors poursuivi nos chemins et nos vies ont repris leurs cours.

Aujourd’hui, donc, Je vais vous parler de ces petites anecdotes qui font la saveur de mes grossesses à l’étranger. Des moments drôles. Des moments touchants. Des moments irritants et frustrants, aussi. Et surtout des moments humains. Tous ces moments qui font que je suis heureuse d’être là où je suis, malgré mes proches qui me manquent souvent, dans ces moments uniques de l’attente d’un enfant…

 

Un état particulier

J’ai souvent entendu les Occidentaux répéter que « la grossesse n’est pas une maladie ». En France oui. Mais en Chine et en Thaïlande, la grossesse est pour le moins un état particulier. Lorsque nous vivions en Chine, le sentiment était d’ailleurs exacerbé par les politiques de l’enfant unique. Chaque femme ne pouvant vivre qu’une seule grossesse, l’événement en était d’autant plus exceptionnel.

Grossesse à l'étranger - Enceinte de Petit-Deux_2

A mon grand étonnement, j’ai souvent vu cette condition singulière de la femme enceinte se traduire par des changements majeurs dans les attitudes du quotidien. Ainsi, à l’annonce de leur grossesse, beaucoup de jeunes femmes, enceintes de seulement trois semaines, commençaient à marcher à tout petits pas, se voutaient légèrement, et tendaient à se déplacer les jambes écartées. Imaginez l’incompréhension de ma nounou lorsqu’elle m’a vu continuer de sautiller en jouant avec Petit-Un! Combien de fois me suis-je vue rappeler à l’ordre: « Mais, votre bébé va tomber du ventre! ».

 

En Thaïlande – Etre prudent… très prudent!

En Thaïlande mes collègues s’étonnent car je marche à grands pas, et continue à fréquenter les zones opérationnelles de l’usine. « Sois bien prudente », me rappellent-ils, très protecteurs. Je leur dis que je ne suis pas fatiguée et que tout va bien et ça les stupéfie. En même temps, la société entière leur a toujours dit qu’on était très fatiguée enceinte… à force, je comprends que les jeunes femmes soient influencées, même psychologiquement, dans la façon de porter leur grossesse.

C’est ainsi qu’il y a quelques semaines, ma RH est venue me voir, préoccupée: « Mais au fait, comment viens-tu au travail? »… « Ben, normal, quoi, en voiture! »… « Oh!… Mais tu ne peux pas conduire enceinte!… Ah si, c’est vrai, j’avais entendu un jour que vous, les étrangères, vous conduisiez même enceintes! »… Et d’enchaîner avec de gentilles recommandations… De me répéter de faire attention à moi… Que si j’étais trop fatiguée elle m’enverrait un chauffeur… Bref, j’ai tendance à trouver ces attentions parfois un poil infantilisantes, mais tellement délicates, surtout, que je me garde bien de tout commentaire.

Grossesse à l'étranger - Enceinte de Petit-Deux

 

Un encadrement strict de la grossesse au travail

Peut-être l’ignoriez-vous, mais en Thaïlande et en Chine, la femme enceinte est plutôt bien protégée par la loi. Et c’est bien normal d’ailleurs. En gros, pas d’heures sup’, pas de travail en station debout, pas de travail de nuit. Et possibilité de tirer leur lait au travail pendant un an pour les jeunes Mamans.

Heureusement, comme mes collègues considèrent que je suis étrangère et têtue, les règles s’appliquent avec plus de souplesse pour moi. Je peux rester plus tard si je n’ai pas fini mon travail. Et je peux même rester debout quand je veux –non sans être invitée à m’assoir toutes les deux minutes environ. Soyons réalistes en même temps: je ne fais pas un travail physique, ni un travail posté sur des chaînes de production. Ainsi si mes collègues à ces postes doivent être protégées pour leur bien et celui de leur bébé, j’ai personnellement beaucoup moins besoin de ces règlementations.

 

En Chine – Bébé et les ondes…

Toujours dans le monde du travail, mais plus surprenant, certaines de mes collègues chinoises, enceintes, avaient refusé de travailler sur ordinateur, par crainte que les ondes ne nuisent à leur bébé. Ce cas de figure était un peu embêtant pour l’entreprise, parce que les occupations assises et sans ordinateur sont rares, tout de même, même dans les industries fortement consommatrices de main-d’œuvre. A priori, refuser était néanmoins impossible, rapport aux syndicats et aux organismes de contrôle des conditions de travail. J’ai ainsi souvenir d’une jeune femme qui a passé sa grossesse à attendre que le temps passe sur un bureau vidé de son ordinateur, en jouant sur son portable (car les ondes sont parfois paradoxales)… Elle a repris son poste, sans changement, à l’issue de son congé maternité.

Ce que je trouve vraiment triste en revanche, c’est la brièveté des congés maternité dans ces pays: deux mois au total, et souvent avec perte de revenus… Du coup, les jeunes femmes font généralement en sorte de travailler jusqu’au dernier moment, et privilégient parfois le recours à la césarienne pour ne pas « perdre leur temps » à attendre la venue de bébé.

L’alimentation… en Chine

En Chine, on m’avait dit pas d’épinards, pas trop de tofu, pas d’œufs de cent ans, et pas d’épices. Pas d’épices parce que je vivais à Shanghai, une province où la nourriture traditionnelle est douce et plutôt sucrée. Je pense que je n’aurais pas eu cette recommandation en vivant dans une région différente.

Ah oui, et me suis fait traiter de criminelle parce que je continuais à boire du café.

Grossesse à l'étranger - Enceinte de Petit-Un

Globalement, les Chinois m’ont semblé très souvent s’inquiéter de ce que les femmes enceintes n’aient pas assez à manger. C’est bizarre pour nous Occidentales, à qui l’on rappelle souvent que rien ne sert de manger pour deux. Pourtant, il faut se souvenir qu’en Chine, nombreux sont ceux qui ont souffert de la faim, à la génération précédente… Du coup, forcément, ça a laissé des traces et continue à profondément marquer les habitudes et les recommandations d’aujourd’hui. C’est ainsi que par crainte que je manque, notre nounou me Chine me forçait presque à manger un œuf par jour, et me préparait aussi souvent que possible des quantités gargantuesques  de Jiaozi, ces raviolis chinois dont j’ai toujours raffolé…

L’alimentation… en Thaïlande

En Thaïlande on m’a dit pas de vinaigre, pas de bambous, pas de durian et pas de longanes. Le durian et le longane sont des nourritures dites « chaudes » qui déséquilibrent les énergies et les fluides du corps.

Pour le café en revanche, on ne m’a rien dit, car depuis la Chine, j’ai appris à me planquer. J’ai acheté une tasse isotherme opaque, avec couvercle, et je prétends boire de l’eau glacée.

Ici aussi, l’entourage est toujours très attentionné pour moi. Notre nounou découpe quotidiennement à mon intention d’énormes saladiers de fruits (hors durians et longanes). Elle multiplie les recommandations pour être sûre que je me nourrisse bien ne manque pas de vitamines! De même, à la cantine, le cuistot me sert souvent une double ration de légumes!… Sans oublier notre vieille vendeuse de Pad Thaï, sur le marché, qui me rajoute toujours un petit surplus de pâtes, avec un geste en direction de mon ventre! (Elle ne sait pas qu’en fait c’est Papa-Tout-Terrain et Petit-Deux qui le mangent.)

Bref, enceinte plus encore, je ne suis clairement pas maltraitée!

 

L’habillement… en Chine

En Chine, l’habillement de pointe pour les femmes enceintes consiste en une blouse qui bloque les ondes nocives. Je ne sais pas si ça marche, mais en tout cas ça coûte les yeux de la tête. De toute façon je trouvais ça moche, alors je me suis habillée à l’occidentale… Et me suis fait disputer régulièrement parce que je ne protégeais pas mes bébés des rayons dangereux.

Blouse de grossesse en Chine

Quoi qu’il en soit, et même sans vouloir être particulièrement critique, je n’ai pas pu m’empêcher de noter que toutes mes amies chinoises enceintes rangeaient leur téléphone portable dans la poche de leur pantalon… sous la blouse anti-ondes! En termes de protection, on pourrait faire mieux, quand même! En parallèle, la pression sociale et de la famille m’a toujours semblée tellement forte, là-bas, que je comprends bien la contrainte de s’habiller comme tout le monde, qu’on y croie ou pas.

 

L’habillement… en Thaïlande

En Thaïlande, les dames portent de larges robes de coton un peu informes, durant toute leur grossesse. C’est la norme surtout parce qu’on ne trouve à peu près que de ça dans les magasins. Même au travail, les entreprises fournissent des uniformes-robes-de-grossesse informes, pour remplacer les habits d’entreprise, le temps nécessaire. Personnellement, je trouve que le rendu final blouse / chaussettes / chaussures de sécurité est fort moche. Et que l’ensemble est peu pratique quand on côtoie de grosses machines industrielles.

Blouse de grossesse en Thailande

J’ai donc fait venir de France des pantalons de grossesse normaux –avant de me rendre compte qu’on en trouvait à Bangkok chez H&M. Stupeur de mes collègues, au fur et à mesure que mon ventre grossit. « Mais tu ne peux pas mettre un pantalon, tu vas serrer ton bébé! » J’ai expliqué, montre le gros élastique qui s’élargit avec ma taille. La moitié de l’usine a tiré son mon élastique pour vérifier que c’était vraiment souple.

…Et le bruit s’est répandu qu’en France, on portait des pantalons pendant la grossesse. C’est ainsi qu’un jour, deux veilles femmes de ménage, un peu gênées, sont entrées dans mon bureau… Elles ont un peu tourné autour du pot avant de me demander d’observer ce pantalon, dont elles avaient tant entendu parler. Je ne sais pas si je suis réputée pour mes qualités professionnelles mais c’est certain, je suis désormais connue comme le loup blanc pour ma garde-robe!

 

En bonus – Des compétences administratives hors normes!

Par la force des choses, je devenue une semi-professionnelle de l’état de grossesse à l’étranger, qui a tout de même représenté 35.1% de mon temps sur ces six dernières années. (Oui oui, j’ai fait un Excel pour compter). J’ai appris à connaître tous les termes médicaux en anglais, et parfois en mandarin. J’ai découvert les protocoles français, chinois, américains, hongkongais et thaïs au gré des hôpitaux fréquentés. J’ai également rempli des centaines de pages de formulaires de remboursements auprès de la CFE, et sais même enregistrer un enfant tout neuf dans un consulat…

Bref, au cas où cela puisse servir à d’autres, j’ai synthétisé le plus gros de ces démarches administratives dans une Fiche Pratique relatives aux formalités de la grossesse à l’étranger. Et j’en prépare même une autre sur les suivis de grossesse. Voilà, vous êtes maintenant tous bien armés pour avoir un bébé en expatriation!

Grossesse à l'étranger - Enceinte de Petit-Trois

 

Etat de grâce

Finalement, ce que je retiendrai, surtout, de mes grossesses à l’étranger, c’est la grande bienveillance avec laquelle j’ai toujours été considérée par mes collègues et nos amis de tous horizons. Bien sûr, le soir au coin du feu, Papa-Tout-Terrain et moi-même ne manquerons pas de les raconter à nos petits-enfants ces milles petites anecdotes qui font le croustillant de notre quotidien exotique. Mais plus encore, nous nous rappellerons ces sourires pleins d’humanité… Ces voyageurs qui me laissaient leur place assise dans le métro bondé de Shanghai… La gentillesse de cette vendeuse du 7-11 qui a sacrément insisté pour porter mon pack d’eau à la voiture alors qu’elle même était haute comme trois pommes et me semblait bien fluette

 

Et vous quelles belles anecdotes de vos grossesses retiendrez-vous?

 

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Grossesse, Organisation et Administration en Expat’

 

La Fiche Pratique en quelques mots:

  • Les principaux points de repères administratifs pour bien démarrer sa grossesse à l’étranger

Les points clé de la Fiche Pratique:

  • Assurances et Mutuelles
  • Organiser le suivi médical de sa grossesse
  • Accoucher en France ou à l’étranger?
  • Prime de naissance, CAF et autres allocations
  • Le focus: Gérer les principaux aspects administratifs de la grossesse à la naissance de bébé
Grossesse, Organisation et Administration en Expat’ – Télécharger en PDF

 

Fiche Pratique – Grossesse, Organisation et Administration en Expat’

Ca y est, le test de grossesse est positif! Immense joie. Quelques larmes, même. On se serre dans les bras.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait? Par où on commence? Comment ça se passe?

Vous aussi, vous avez connu ce moment où l’on a l’impression que l’on saute dans le vide… et que malgré tous ses désirs, tous ses espoirs de bébés, nourris depuis plusieurs mois déjà… on ne sait finalement pas du tout ce dans quoi l’on s’embarque!

Rassurez-vous, ce n’est pas si difficile que ça. Les premières démarches accomplies, on est progressivement orienté et pris en charge par les établissements de soin, les assurances, et parfois l’employeur. Tout doucement on prend le rythme aussi: les rendez-vous, les certificats, les ordonnances… et l‘on entre pas à pas dans ce que sera bientôt la nouvelle organisation de la famille.

Certes, la gestion administrative de la grossesse à l’étranger est un peu spécifique. Il y a surtout un peu plus d’échanges papiers à prévoir avec l’assurance, et, selon les pays, un encadrement un peu plus distant de la part des structures hospitalières.

Pour vous guider dans les premiers pas de l’organisation de votre grossesse, cette Fiche Pratique vous propose un panorama des principales étapes médicales et administratives à prévoir, jusqu’à l’arrivée de bébé.

 

Si vous avez besoin d’éclaircissements, n’hésitez pas à poster vos questions en commentaires!

 

Grossesse, Organisation et Administration en Expat’ – Télécharger la Fiche Pratique en PDF

 

 


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