Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

Premiers jours de notre nouveau-né en Thaïlande

Les Thaïs adorent les bébés. Nous le savions. Nous n’imaginions pas néanmoins le déferlement de gloire qui attendait Miss-Trois à la sortie de la maternité. Et les usages étranges dont nous allions être les témoins privilégiés. Les premières semaines de notre princesse auront ainsi été marquées par le bonheur d’accueillir un cinquième membre parmi nous, mais aussi par les singulières découvertes du pouponnage à la mode thaïe.

Premiere balade d'un nouveau-né en Thaïlande

Il y a quelques temps, alors que je vous racontais ici la naissance mouvementée de notre Miss-Trois, j’ai réalisé combien sa petite enfance aussi était unique, surprenante et pleine de richesse. Au cœur de deux cultures divergentes, parfois antagonistes, parfois complémentaires. Je reprends finalement le fil pour partager avec vous quelques touches d’étonnements, de moments tendres et chaleureux, et quelques bonnes pratiques, aussi, venues de l’autre bout du monde…

 

Jour +1: Retour à la maison…

Au lendemain de la naissance de Miss-Trois, j’avais piaffé toute la journée, en attendant de sortir de l’hôpital. Mais pour raisons d’hémorragie post-partum, les médecins n’avaient finalement accepté de me délivrer qu’en soirée. A la façon orientale, on ne m’avait pas dit non le matin. « Encore une heure ou deux sûrement. » Deux heures plus tard itou. Et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit. D’une nature directe, je trouve toujours ces euphémismes très énervants, bien qu’ils soient une façon normale de communiquer en Asie. Bref, je trépignais. Mais couchée dans mon lit, vu que j’avais promis à Papa-Tout-Terrain de me tenir tranquille.

 

… sous les acclamations de la foule en délire…

Il était plus de neuf heures du soir lorsque nous atteignîmes enfin la maison. Notre nounou, son mari, sa fille ainsi que plusieurs autres nounous du quartier nous attendaient en une haie d’honneur. C’est dire l’excitation qui entourait l’accueil de la nouvelle venue! Le mari de la nounou nous a ouvert les portes de la voiture puis de la maison, a porté nos bagages. … avant de se faire brusquement refouler à l’extérieur par son épouse.

Premiers jours d'un nouveau-ne en Thailande

En une seconde vague, le reste de l’assistance s’est arrêté de respirer et s’est précipité pour la voir, avant que le berceau ne s’engouffre dans la maison. Au bout de quelques secondes, notre nounou a renvoyé tout le monde, manu militari. Ca suffit maintenant, il faut que le bébé se repose! Il a d’ailleurs fallu qu’on récupère les grands frères que l’on voulait jeter avec l’eau du bain. Etre aux côtés du bébé n’était a priori pas leur place non plus.

Notre nounou est restée un petit moment avant qu’on ne lui propose gentiment de rentrer chez elle. Plusieurs fois. Avec un peu d’insistance à la fin. C’est vrai qu’en Thaïlande, une jeune Maman ne reste jamais seule avec son nouveau-né. Sa mère ou sa belle-mère lui tient toujours la jambe. Enfin surtout celle du bébé. Mais, personnellement, l’aide de Papa-Tout-Terrain et l’agréable compagnie des deux grands me suffiraient vraiment. C’est très gentil. Vraiment. Merci beaucoup. A demain! Merci. Merci! Au revoir… Bonne soirée… Oui, oui, demain à l’heure normale… Merci encore…

Ouf enfin seuls!

 

Jour+2: Points de suture pour Petit-Deux

Le lendemain devait être paisible, avec Papa-Tout-Terrain à la maison pour le dernier jour de son congé paternité. Je lui avais même promis de me reposer régulièrement au lit pendant quelques temps, histoire de récupérer tranquillement sans prendre de risques indus. Nous ne quittions pas notre merveille des yeux.

Notre nounou, arrivée aux aurores, semblait en revanche dépitée. Alors qu’elle entendait passer sa journée à pouponner, nous gardions le bébé pour nous.

La maison avait presque déjà retrouve sa quiétude ordinaire lorsque Petit-Deux décida soudain de tester notre résistance au stress. Pan! A l’improviste, il prend sur lui de se fendre le crane sur un trampoline, comme ça, sans prévenir.

Il y a du sang un peu partout. On prend un torchon pour faire compression. On laisse le bébé à la nounou, et on jette le blessé dans la voiture. Zut, qu’est-ce qu’il va téter le bébé? On retourne chercher Miss-Trois. Vu les larmes au bord des yeux de Petit-Un, on l’embarque aussi. On part finalement en catastrophe, mais en famille.

Les points de suture

Il y aura eu plus de peur que de mal heureusement. L’affaire se conclura avec trois points de suture et une belle ordonnance pour des soins quotidiens à l’hôpital, sur les dix jours suivants. Cette aventure marquera, en sus, la fin officielle de mon alitement post-partum, à l’issue de trois heures de tranquillité.

 

Jour+3: Première sortie de notre nouveau-né en Thaïlande

Au troisième jour, Miss-Tout-Terrain effectuait sa première vraie sortie officielle, sous le feu des projecteurs. La résidence entière avait été conviée à l’événement.

Dès l’aube, Papa-Tout-Terrain ayant rejoint son travail, notre nounou me demandait la permission d’emprunter Miss-Trois. Euh… J’étais restée sur la Chine, où il est très mal vu de se balader en extérieur avec un bébé si petit. Vous êtes sûre? On peut vraiment laisser sortir nouveau-né en Thaïlande? A priori oui. Il faisait beau et chaud, mais pas trop de soleil. Et nous habitions la campagne. Il s’agissait d’après ses dires de conditions optimales.

A mon feu vert, notre nounou a alors dégainé son téléphone et appelé les trois quarts du monde. « Venez tous vite! C’est bon! J’ai le bébé! » (Bon, je traduis l’idée, puisque je ne parle pas thaï. Mais l’esprit est vraiment là!)

Notre nounou en adoration

Elle a ensuite choisi la tenue. Une robe rose fuchsia. Un bandeau rose clair avec une fleur. Et une sorte de fuseau rose aussi, mais d’un rose pas pareil. Les trois pièces provenant d’ensembles différents. Je n’aime pas tellement le rose et je déteste les tenues trop « filles » sur les petits bébés. Mais de toute évidence, nous ne partageons pas les mêmes goûts. Bon, tant pis, je n’y serais pas…

A la porte je la retiens. « Mais, vous ne lui avez pas mis de chaussettes! » La nounou éclate de rire: « Il fait trente-cinq degrés! Ca serait bien cruel de lui mettre des chaussettes! »… Oh, encore des relents de Chine… On m’a tellement reproché de sortir mes bébés pieds nus, même par canicule, que j’avais pris l’habitude de leur enfiler des chaussettes par tous les temps. La paix sociale n’a pas de prix. Il allait me falloir m’habituer aux nouveaux codes de la Thaïlande…

 

Désaccords culturels… Qui s’occupe de bébé?

Malgré tout, les sorties et l’organisation de l’emploi du temps de Miss-Trois devinrent assez rapidement une pierre d’achoppement. Notre nounou s’attendait semble-t-il a pouvoir faire une quasi libre utilisation du bébé. J’étais pour ma part heureuse et désireuse de garder ma fille près de moi, de la regarder sourire en dormant de son sommeil de nouveau-né, de sentir ses petits cheveux et de caresser à tout bout champ ses minuscules orteils.

Je refusai plusieurs sorties mondaines. La plupart du temps pour l’excellente raison que Miss-Punk était en train de dormir. Notre nounou me fit part de son désarroi: « Vous comprenez, Khun X, la nounou du voisin blondinet veut que je lui amène Miss-Trois. Et Khun Y qui fait le ménage chez Madame Truc doit passer ici, pour voir le bébé. Sans compter que dois envoyer des photos à Khun Z, la vendeuse de légumes, et donner des nouvelles aux jardiniers qui se demandent quand vous êtes rentrés. »

Je crois qu’elle n’a jamais compris mes refus. Quelques mois plus tard, elle m’a expliqué qu’à la naissance de ses propres enfants, elle n’avait pas eu le loisir de s’en occuper. Sa belle-mère était venue s’installer chez elle pour prendre les bébés en charge. Elle les habillait, les lavait, les changeait, les promenait et dormait avec eux. Elle ne les emmenait à leur mère que pour les faire téter. « Ce n’est pas à la mère de s’occuper de ses enfants… » m’avait-elle soufflé, avec un poil de reproche. La mère devrait se reposer, plutôt. Le noyau familial et les usages sociaux sont bien différents pour un nouveau-né en Thaïlande. Je comprends sa déception mais nous ne sommes pas Thaïs et avons choisi de faire à notre façon, malgré tout.

Les freres en adoration

 

Une histoire à suivre…

Nous n’en n’étions encore qu’au début de nos découvertes, de nos étonnements et de nos oppositions. Le chemin serait certes pavé d’incompréhensions et d’obstacles, mais quelle richesse, finalement, de voir grandir son nouveau-né en Thaïlande, entre deux cultures.

Je reviens très vite vous en dire un peu plus sur les soins de bébé, au quotidien…

 

L’étrange cas de l’anniversaire interculturel

Dimanche, nous sommes invités à l’anniversaire du meilleur copain de Petit-Un, un mignon petit américano-canadien. J’ai incidemment croisé sa Maman à l’école tout à l’heure. Ca tombe bien: j’ai un doute sur l’heure et j’ai égaré l’invitation. (Mère en carton!). On expédie donc nos affaires courantes avant que la Maman ne conclue gentiment: « Pour cette invitation, nous n’avons rien innové, nous avons totalement copié sur vous le concept de fête d’anniversaire. »

Cette dame est très polie. (En plus elle avait fait un super anniversaire l’année dernière.) Et s’il est vrai que notre anniversaire avec les copains était très réussi aussi, je ne croyais pas pour autant avoir organisé une sauterie si révolutionnaire.

Alors, la Maman a enchainé: « C’était génial d’avoir invité les Papas!… Et le cadeau commun!… Et surtout, l’idée de ne pas servir de repas!… Nous nous sommes inspirés de tout!… » C’est là que j’ai compris pourquoi on s’obstinait à me servir des salades de pâtes, à chaque fête où je conduisais les enfants. Et pourquoi on était toujours invités à des horaires bizarres, comme onze heures ou midi et demi. Même que ca nous embêtait drôlement cette histoire. Pour pas avoir faim et tenir le coup jusqu’au bout, on se bourrait tous avant. Et on ne comprenait pas trop cet horaire batard. On en était arrivés à la conclusion qu’il devait y avoir une histoire de sieste, là-dessous, vu que les enfants sont petits. Bref, quand on ne connaît pas les codes, on ne peut pas savoir.

Decorations d'anniversaire

Toutes ces questions existentielles d’anniversaire viennent de l’entrelacs de cultures que nos enfants vivent au quotidien. Et je déchiffre plus ou moins. C’est selon. Ca m’a donne envie de vous raconter la fête « à la française » de Petit-Deux et nos errements métaphysiques pour plaire à des bambins de cinq nationalités différentes ainsi qu’à leurs parents accompagnateurs.

 

Le passif

Pour comprendre toute l’histoire, il faut revenir sur le Waterloo de l’anniversaire de Petit-Un, au printemps dernier. Au moment de lancer les invitations, Papa-Tout-Terrain et moi-même avions connu un très profond désaccord au sujet des cadeaux d’anniversaire. Pour ma part, j’étais très ennuyée des débauches de cadeaux auxquelles nous avions assisté.

Pour un anniversaire standard, des dizaines d’invités apportent des dizaines de paquets. D’une part, les convives sont toujours nombreux car l’école demande d’inviter toute la classe, pour éviter les rancœurs. (Je trouve ça très bien. Ca demande juste un peu de place.) Mais en parallèle, en matière de cadeaux, les parents –nous compris– tendent vite à la surenchère, pour ne pas faire « trop petit »…

Après le gâteau, le roi de la fête s’assied au centre de ses invités et passe près d’une heure à dépouiller les nombreux paquets. Au début sous les « Ah » et « Oh » extasiés de l’assemblée des copains. Puis dans une cohue de gamins qui veulent ouvrir ce qui est fermé et tester ce qui est ouvert. Puis dans une espèce de mêlée informe. La fin révèle généralement quelques frustrations. La dernière fois, Petit-Deux est revenu me voir au bord des larmes: « Il n’y en avait même pas un pour moi… »

Bref, c’est bien gentil tout ca, mais tant de cadeaux, c’est surtout des politesses entre adultes. Et, ca ne correspond pas aux valeurs que nous souhaitons transmettre à nos enfants: limiter l’hyperconsommation, recevoir et offrir avec le cœur, et toussa toussa… bref, des principes contrariants (pour eux) de parents gaucho-écolo-catho-anarcho-crypto-bobos (rayez les mentions inutiles).

 

La querelle des cadeaux

Je tends à être directe. Parfois abrupte. Quand il s’est agit d’organiser l’anniversaire de Petit-Un, l’année dernière, j’étais d’avis de préciser « Pas de cadeau! » sur les invitations. Papa-Tout-Terrain, tout dans la rondeur, craignait de froisser nos convives. On a parlementé pendant des jours et des nuits. On a âprement débattu. Finalement, à bout d’arguments et un peu énervé, l’un des deux adversaires dont je tairai le nom, a décidé que puisque c’est comme ça on ne ferait pas d’anniversaire avec les copains. Qu’on en ferait un l’année prochaine et voilà. (Vous m’aurez reconnue… C’est moi la susceptible de la bande.)

Sauf que notre nounou a trouvé ça trop dommage. Elle a convié les copains pour le goûter, un jour de semaine où nous travaillions. Nous avons préparé un beau gâteau. 13h30. Je suis au bureau, donc, au téléphone avec un client qui veut que je lui envoie des rétroviseurs par avion. Petit-Un m’appelle en sanglot: « Les copains ne sont pas venus!… » Au terme d’un vibrant échange, je comprends qu’il y a eu « misunderstanding ». (Le concept du misunderstanding, ici, consiste toujours à dire que j’ai tort. Et non je ne suis pas de mauvaise foi.) Bref, notre nounou m’explique qu’en fait c’était à moi d’inviter les copains pour la fête qu’elle organisait.

Gateau d'anniversaire - circuit de voitures

Je dis au client que je vais réfléchir pour les rétroviseurs, et me mets au listing de contact des parents d’élève pour expliquer aux Mamans que oui, c’est l’anniversaire de Petit-Un. Là tout de suite. Et que naturellement leur progéniture est invitée.

Petit-Un a eu une belle fête. Il était ravi. Il a reçu quelques petits cadeaux symboliques. C’était parfait. Et moi ça m’a valu une belle leçon: la prochaine fois, on s’organise!

 

L’invitation

Les Mamans anglo-saxonnes ont généralement des cartes d’invitation mignonnes, pré-écrites, et sur lesquelles on rajoute la date, l’heure et le prénom de l’enfant. D’abord mon écriture cursive est illisible pour le commun des mortels ici (ils écrivent en script), et en plus je ne sais pas où trouver des cartes comme ça. On a donc fait nos cartes « maison », ce qui m’a permis de préciser quelques petits trucs qui me tenaient à cœur.

Après âpres négociations, l’histoire de « pas de cadeaux » s’est transformée en un cadeau commun. Finalement, c’est chouette, un cadeau… et c’est bien suffisant! Vu les retours des autres parents, d’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls avec ce problème de cadeaux!

Decorations d'anniversaire

Et puis on a invité les parents, sur papier. Parce que pour moi, c’était pas clair. La première fois que Petit-Un a été convié à un anniversaire, on s’est dit yahou, super, à nous la liberté! Eh bien non pas du tout. C’était même une grosse arnaque puisqu’on a dû rester. C’est mon côté psychorigide mais j’aime le factuel et le contractuel. Du coup pas d’embrouille: on a invité les adultes par écrit. Et on a eu les Mamans, mais aussi plein de Papas. Ou alors, c’était le hasard, mais c’était sympa.

Et pour finir, sur les invitations, il y a toujours RSVP, alors on a mis RSVP. C’est très classe: c’est du français. La palme de l’élégance des réponses revient aux Mamans Japonaises. Je nourris une vive admiration pour les Mamans Japonaises. Elles sont toujours bien organisées et fort civiles. C’est un peu la femme du blond de Gad Elmaleh. Avec l’esprit pratique, en plus: elles m’ont même précisé dans leurs réponses les noms de toute leur famille, si bien que j’ai pu me préparer des aide-mémoire pour la fête!

 

Un anniversaire « fait-maison »

Sur ces entre-fêtes (oui je sais… j’ai pas résisté) vint le jour tant attendu…

Les trois familles japonaises sont arrivées exactement à l’heure. Tout le monde bien coiffé et sans avoir visiblement couru et transpiré en un sprint final. Les enfants avaient apporté de beaux dessins (figuratifs, hein, pas de l’art abstrait comme font les nôtres aux mêmes âges), pliés en origami (et ce n’est pas une exagération, l’origami, c’est la stricte vérité). Les autres familles sont arrivées normalement comme on l’aurait fait. Avec un peu de retard. Un enfant avec deux chaussettes pas assorties. Un autre avec un reste de la pizza du midi sur le tee-shirt, eu niveau de la manche. (Toujours pratique, pour s’essuyer la bouche.) Mais tout le monde est venu avec un grand sourire et beaucoup de bonne humeur. C’est l’essentiel.

Anniversaire - Peche a la ligne

Pour occuper nos petits invités, nous avions organisé des activités similaires aux anniversaires de notre enfance. Un bricolage. Une pêche au canard. Un chamboule-tout. Des ballons à sculpter. Nous avions opté pour du « fait-maison », avec un budget limité. Pas pour l’économie en tant que telle mais pour le principe, mes réflexions ayant été amorcées de longue date par la lecture de super billets de Miss Texas au Etats-Unis et Stéphanie en Arabie Saoudite.

 

Bricolages et activités

Papa-Tout-Terrain avait passé du temps à bricoler de magnifiques canne à pêche, pendant que j’avais bien galéré à faire des « canards » aptes supporter une pièce en chocolat. Sur quelques semaines, on avait bouffé des kilos de petit-pois pour avoir assez de boites de conserve pour le chamboule-tout. Et je m’étais même ouvert le pouce en les décorant avec Petit-Deux, qui avait été très impressionné parce que je n’avais pas pleuré. Nous avions enfin limité les « goodies bag » à de petits sacs de papier kraft pour rapporter le bricolage et les chocolats pêchés. On y a passé beaucoup de temps, mais on s’est vraiment amusés à tout préparer ensemble, avec la participation des enfants.

Anniversaire - Chamboule-tout

Cerise sur le pompon, le bonheur d’habiter sous des latitudes tropicales c’est qu’il pleut n’importe quand, et plus particulièrement pendant les fêtes d’anniversaires, au milieu de la saison sèche. Les activités prévues dans le jardin ont dû se rétracter sous notre auvent mais la fête a eu un succès fou. Il y avait dix-huit enfants et on a oublié de compter les parents. Papa-Tout-Terrain était en nage à force de remettre debout le chamboule-tout. Les bricolages ont tellement plu qu’ils ont fait le tour de l’école la semaine suivante. Et les enfants ont fini pied nus dans le jardin à courir sous la pluie. D’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, un enfant japonais qui court sans chaussures dans la boue arrive à rester présentable! (Les Japonais sont les Blonds de l’humanité.)

 

Le gâteau métro

Sur demande express de Petit-Deux, le gâteau était en forme de métro. (Oui, je mérite mon auréole, parce qu’un gâteau métro, c’est pas de la tarte!) J’ai fait les génoises la veille au soir. J’attendais la livraison de Tesco, à 18h, pour les œufs. 20h, toujours pas de Tesco. 21h, le mec nous appelle. Il s’est perdu mais il arrive dans cinq minutes. Branle-bas de combat. Je mets le four. Je prépare mes pâtes à gâteau sans les œufs. Et je commence à faire le pied de grue.

Il faut toujours se méfier de la notion de « cinq minutes » en Asie. C’est souvent un euphémisme poli pour dire que c’est pour plus tard mais qu’on ne sait pas du tout quand. Et à chaque fois je tombe dans le panneau. Bref, le mec est arrive à 22h40. A force d’avoir tourné en rond dans ma cuisine carrée, j’étais remontée à bloc. Je me suis précipitée en chemise de nuit, le cheveu bouffant (je frise avec l’humidité et l’énervement) dans son camion, je lui ai arraché les œufs et je suis rentrée en courant à la cuisine, laissant le type un peu incrédule avec le reste de ses sacs.

Papa-Tout-Terrain s’est chargé de ramasser à la petite cuillère les morceaux du mec hagard et la fin des courses. J’ai terminé mes génoises à une heure du matin. Miss-Trois a tété à deux heures et quatre heures, et Petit-Deux m’a définitivement réveillée à cinq heures. Dans les brumes de fatigue du lendemain, je ricanais encore bêtement en pensant à la frayeur que j’avais dû faire à ce pauvre livreur…

 

L’heure du goûter

Chacun ses tourments. Depuis que les invitations avaient été lancées, je m’inquiétais de la façon dont les petits Japonais appréhenderaient notre goûter, car en principe, on ne mange pas tellement avec les doigts au Japon. Pendant mes années universitaires, j’avais hébergé quelques jours une étudiante japonaise, qui m’avait ainsi fait part de son étonnement, à la sortie d’une boulangerie: « Vous portez le pain avec la main? » J’en suis encore traumatisée. (Peut-être qu’elle aussi?)

Anniversaire - Gateau Metro en construction

Bref, j’avais bien insisté pour disséminer un peu partout des couverts, des assiettes et autres instruments hygiéniques. Au moment où Papa-Tout-Terrain s’apprêtait à découper mon œuvre d’art ferroviaire, je lui courais encore après avec une spatule affolée: « Surtout pas avec les doigts, hein, pas les doigts! » (Là, Papa-Tout-Terrain, pourtant si mesuré et si flegmatique, a montré quelques signes d’impatience. C’est bizarre. Ce n’est pourtant pas son genre…)

Le gâteau a eu un franc succès. Autant que les grands saladiers de fruits, les sablés au fromage et les sablés sucrés. Je crois même avoir vu quelques petits Japonais manger avec les doigts… Quand je vous disais qu’ils sont formidables… ils se sont même adaptés aux usages français… par pure politesse, bien sûr!

 

Grossesses en Chine – Une p’tite césarienne?

Trente-neuf semaines aujourd’hui. L’arrivée de Petit-Trois se rapproche. Je suis en conge maternité. Je me repose en regardant mes deux grands diablotins batifoler sur leurs trottinettes. Batifoler vigoureusement, hein, on s’entend. Petit-Deux s’est fait rouler sur le pied. Il a un ongle tout noir et moche qui va tomber. Petit-Un a un genoux en sang. Le concept de jouer calmement ne semble pas évoquer la moindre étincelle d’intelligence chez eux.

Grossesses en Chine

Avec un brin de nostalgie, je repense à leur arrivée, en Chine. Je réalise que j’ai déjà évoqué ici mes grossesses à l’étranger, en en omettant la conclusion. Allez, parce que ça me fait plaisir, je m’en vais vous raconter ça!

 

Hôpitaux de Chine

Petit-Un tout juste installé, la question s’est posée rapidement de savoir où j’accoucherais. Il y a plein d’hôpitaux à Shanghai et j’avais jusque-là surtout fréquenté les établissements de quartier, destinés au commun des mortels. Il s’agissait d’une médecine de masse, à l’image de la population chinoise. Après l’enregistrement, on nous indiquait un numéro de bureau, on rejoignait une file déjà longue de patients, et on attendait debout son tour. Dans la queue, il n’était pas rare que les malades fument pour tuer le temps. Dans mes premières années en Chine, il arrivait souvent, aussi, de voir les gens cracher par terre dans les couloirs. C’est culturel.

Le moment qui me fascinait le plus était celui de la prise de sang, presque systématique avant le diagnostic. On rejoignait une autre file d’attente, devant une petite fenêtre. A tour de rôle, chacun tendait son bras par l’ouverture et se voyait prélever quelques gouttes de sang par un employé quasi invisible. Ca faisait hyper futuriste comme concept!

Grossesses en Chine

Parfois, j’avais droit à un service VIP: j’étais accompagnée par un employé anglophone qui me faisait doubler tout le monde dans les files d’attente. Parfois je devais faire la queue et me débrouiller en chinois. J’étais alors toute jeune étudiante: j’avais le temps, la patience, et ça forge le caractère! Je ne garde d’ailleurs que de bons souvenirs de ce temps-là.

 

Le choix de l’hôpital

Quand il s’est agi de la naissance de Petit-Un, Papa-Tout-Terrain et moi-même nous sommes vite accordés sur le fait qu’un poil plus de confort médical ne serait pas superflu. Papa-Tout-Terrain ne parlait pas du tout chinois. Et pour ma part, je n’étais pas sûre de vouloir sortir mon dictionnaire de mandarin pour vérifier les tons quand on me dirait: « Poussez Madame! »

Grossesses en Chine

Un appel à mon assurance a confirmé que j’étais très bien couverte. Et comme nous ne faisons pas les choses à moitié, nous avons opté pour l’hôpital américain le plus cher de la ville (et donc sans doute du pays). En Chine, il est de bon ton d’être riche et de le montrer. Choisir d’accoucher dans cet hôpital était donc du meilleur goût. Ayant ainsi donné la preuve de notre statut social, nous avons immédiatement gagné l’estime de tous nos voisins, naturellement informés en temps réel par notre nounou. Très vite, plusieurs Mamans des alentours m’ont félicitée pour ce choix éclairé… et d’enchaîner immédiatement sur la question…

 

« Vous avez déjà choisi la date de la naissance? »

Euh, comment ça, on peut choisir? Ce n’est pas plutôt le bébé qui choisit? Biiim, mauvaise réponse! Quand on a les moyens, on accouche par césarienne! Bah oui, quoi, une césarienne, c’est tellement plus confortable: non seulement on n’a pas mal, mais en plus on peut décider de la date! Effectivement, les statistiques confirment qu’à Shanghai, 68% des naissances se font par césarienne. Bon, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais il y a tout de même des raisons. Des bonnes et des moins bonnes.

Grossesses en Chine

D’abord, l’accès à la péridurale est très limité. Peu d’hôpitaux la proposent. Et même s’ils la proposent, ce n’est en général qu’en semaine et en journée. C’est un peu la roulette russe. Beaucoup de mes amies chinoises ont donc opté pour une solution « sans douleur »: la césarienne. On peut les comprendre.

Par ailleurs, la date de la naissance revêt aussi une importance déterminante. Mieux vaut naître à une date faste du calendrier chinois pour ne pas avoir un destin tout pourri. Et avant le premier septembre pour « ne pas perdre une année scolaire ». Et puis, si comme Petit-Deux, vous arrivez tout à la fin de la faste année du dragon, autant éviter de voir le jour sous le signe du serpent, à quelques jours près. Etre dragon, ça pète sacrément plus! Il y avait d’ailleurs tant et tant de naissance à cette époque que nous avons dû réserver et payer l’accouchement des mois à l’avance, pour « garder la place »!

Côté médecin, la césarienne a également ses avantages. Elle est facturée plus cher, va plus vite, et permet de planifier et d’optimiser l’utilisation des ressources. Bref, ça arrange tout le monde.

Et puis, c’est si « chic », une césarienne, vu que ça coute plus cher!

 

A l’approche du terme

Bref, j’ai choisi des accouchements par voie basse, envers et contre toute logique de reconnaissance sociale. Jusqu’à trente-six semaines, tout allait bien. Juste un peu d’impatience et d’excitation à l’idée d’avoir mes bébés dans les bras. Et puis, à partir de trente-sept semaines vient l’heure ordinaire de la césarienne. Faudrait surtout pas risquer un accouchement naturel, hein!

Les visites de contrôle à l’hôpital se font alors hebdomadaires. Puis bi-hebdomadaire. C’est un peu stressant. D’autant qu’à l’échographie, on trouve que mes bébés de trois kilos sont drôlement gros, vu que rares sont ceux qui « restent au chaud » si longtemps.

Grossesses en Chine

A quarante semaines, ça y est, j’ai dépassé le terme -qui compte sept jours de moins en Asie. Paf, des visites tous les deux jours et des propositions de déclanchement à gogo! Chacun fait ce qu’il veut mais pour ma part je préfère éviter: dans un pays avec un taux de césariennes si élevé, j’imagine bien la conclusion naturelle, des fois que le travail se prolonge un poil…

Il est temps de prendre les choses en main. Par chance, nous habitons au sommet d’un bel immeuble au design moderne. J’opte donc une escalade bi-quotidienne de nos trente-six étages, dopée aux hormones de grossesse et à la peur du déclenchement. Papa-Tout-Terrain me suit bravement, par solidarité, mais sans les hormones. Je trouve qu’il traîne un peu, d’ailleurs.

 

Le terme

Quarante-et-une semaine et cinq jours: j’apprends qu’on ne me laissera pas dépasser les quarante-deux semaines. La date du déclenchement est fixée à deux jours plus tard. En panique, j’entraîne Papa-Tout-Terrain dans une marche forcée d’une quinzaine de kilomètres, ventre à terre, dans le dédale des rues de Shanghai.

Grossesses en Chine

Au terme d’une après-midi de course effrénée, Papa-Tout-Terrain demandera grâce. « Ok, on rentre! » Je m’apprête à rebrousser chemin à pieds. Papa-Tout-Terrain me regarde alors avec un air pas commode du tout: « En taxi! »… Il n’a pas la tête de quelqu’un qui plaisante. J’essaie piteusement de négocier pour rentrer seule en marchant, mais il me regarde avec des sourcils courroucés et je rends les armes. Pour Petit-Un comme pour Petit-Deux, le travail se déclenchera enfin à quarante-et-une semaines et six jours. Ils naitront tous deux, à vingt moins d’écart, au matin de la quarante-deuxième semaine.

Grossesses en Chine

Au moment de la naissance, une grande crainte répandue parmi mes collègues chinois était l’échange volontaire ou accidentel de leur bébé. Papa-Tout-Terrain avait été bien briefé. Dès l’expulsion, il devrait tracer une marque reconnaissable à l’encre indélébile sur le pied de l’enfant, pour se prémunir contre toute inversion. La question ne s’est finalement pas posée, car nous avons pu toujours garder nos bébés près de nous.

Après la naissance

Après l’accouchement, une jeune mère ne se lève pas, en Chine. Elle doit traditionnellement rester alitée pendant un mois (sans prendre de douche). Durant cette période, elle ne doit pas boire d’eau froide, et elle est nourrie de soupes aux œufs et autres potions fortifiantes.

Il existe des établissements dédiés au rétablissement post-partum, avec des armées de nurses qui s’occupent des enfants et ne les rendent aux jeunes Mamans que pour les tétées. Pour les moins aisés, c’est la belle-mère qui tient ce rôle, à la maison. Pour les plus riches, il est possible de louer ces services à domicile. Vers la fin de l’année du dragon, il y avait d’ailleurs tant de naissances qu’on a failli se faire piquer notre nounou, comme ça!

Grossesses en Chine

Enfin, l’allaitement n’est plus toujours la norme, pour les citadines. Il est souvent jugé fatigant et trop contraignant. Et il est tellement plus chic d’allaiter son enfant avec du lait acheté, lorsqu’on en a les moyens! Le marketing étant passé par là, les plus petits seront volontiers nourris au colostrum de vache, en poudre. Et le summum bien sûr est le lait importé, qui transite par tonnes, et au marché noir, via Hong Kong!

 

L’hurluberlue

Bien au courant des normes du pays, j’ai fermement décidé de n’en faire aucun cas. Pas pour être contrariante. Mais une douche après l’accouchement m’a semblée rafraîchissante. Et je ne voyais pas trop ce que j’aurais bien pu faire, au lit, pendant un mois. Quelques jours après mes accouchements, je retournais donc faire mes emplettes au marché du coin de la rue. J’y ai acquis, auprès de tous les commerçants, une réputation de forte femme (c’est ce qu’ils me disaient poliment) ou plutôt d’inconsciente (c’est ce qu’ils pensaient très très fort).

C’était encore pire avec mes bébés. Très vite, je les ai sortis en plein air, alors qu’un nouveau-né est généralement conservé six mois sous cloche à la maison. Vous n’imaginez même pas combien de fois j’ai pu mentir à des mamies un peu collantes, prétendant que mon bébé de deux semaines avait six mois. « Il n’est pas bien gros, tout de même… » Et moi, évasive, de confirmer que « oui, oui, il est plutôt petit pour son âge… »
Grossesses en Chine

Plus épouvantable encore, je promenais Petit-Un sans chaussettes! Un bébé ne doit jamais sortir sans chaussettes! Même si, en l’occurrence, c’était le plein été et qu’il faisait quarante degrés à Shanghai. Les chaussettes, c’est sacré! Mon acte était tellement criminel que même des adolescents m’ont hélée dans la rue, pour me signaler le manquement… Et que ma nounou m’a suppliée, pour garder la face parmi le voisinage, de « chaussetter » mes enfants lorsqu’elle en était en charge!

 

Nouveau challenge

On ne sait pas trop quand Petit-Trois arrivera mais elle finira bien par arriver, je pense. Nouveau pays, nouvelles coutumes: quelles traditions inattendues allons-nous découvrir, en Thaïlande? N’ayez crainte en tout cas, je ne manquerai pas de tout venir vous raconter!

 

 

En guise de Post-Scriptum

Petite note cordiale et sympathique à l’ intention de ceux qui souhaitent interagir avec moi dans les semaines à venir:

  • Oui, je suis prête à déchiqueter avec les dents quiconque me demandera si j’ai accouché
  • Oui, ma durée gestationnelle se rapproche de celle de l’éléphante. Pas la peine de plaisanter avec ça!
  • Oui, je ressemble à une baleine flatulente et oui mon ventre est encombrant
  • Oui Papa-Tout-Terrain, les 36 étages, c’est pour bientôt, tu peux commencer à t’échauffer
  • Non je ne suis pas agressive, je ne suis pas pleine d’hormones et je ne vois pas de quoi vous parlez

Recruter une nounou à l’étranger

Recruter une nounou pour ses enfants est toujours stressant… Choisit-on la bonne personne? L’enfant sera-t-il aussi heureux qu’à la maison? Comment l’adaptation se passera-t-elle? Recruter une nounou à l’étranger n’est pas plus facile… Quid de la différence culturelle? L’enfant se sentira-t-il compris, épanoui?… Arrivera-t-on à imposer ses propres choix éducatifs?…

Finalement, la clé repose sans doute sur les mêmes principes fondamentaux: trouver une nounou à qui l’on fait confiance, nouer une relation transparente et ouverte, communiquer et s’accorder sur des démarches communes, en bonne intelligence…

 

Quelques notes de synthèse issues de notre expérience

Il y a quelques semaines, je vous racontais comment nous avions eu la chance de trouver de merveilleuses Mary Poppins pour nous enfants, en Chine, puis en Thaïlande…

… Et ce week-end, en feuilletant l’énorme dossier « grossesse » dédié à nos deux ainés, je suis justement retombée sur les notes, nerveuses et serrées, prises alors que nous entamions les recherches de notre première nounou, il y a bientôt cinq ans à Shanghai. Ma foi, fidèle à moi-même, j’étais déjà stressée et organisée. Fruits de pas mal de lectures et de longues réflexions avec Papa-Tout-Terrain, on retrouve déjà dans ces synthèses la majorité des points qui me semblent importants aujourd’hui, avec un peu plus de recul et d’expérience.

160510 - Enfants en Ballade

 

Fiches Pratiques pour recruter une nounou à l’étranger

J’ai finalement divisé mes annotations en deux catégories, qui correspondent à deux temps distincts de la recherche et du recrutement d’une nounou:

  • Avant tout, il me semble important de définir ses besoins, ses attentes et ses conditions, en amont de la phase de recherche active. Il s’agit de Préparer le recrutement de la nounou idéale, en se renseignant sur le marché et ses usages, et surtout, en définissant, pour soi, les points primordiaux de la garde d’enfant.
  • Dans un second temps, l’on organise des entretiens avec des candidats potentiels, qu’il importe de sonder avec grand soin pour déterminer non seulement ses qualités intrinsèques, mais aussi définir si l’on saura faire confiance à la personne, quant à l’éducation et la sécurité de son enfant. J’ai proposé d’articuler cette phase autour d’une Grille pour l’Entretien d’Embauche avec une Nounou à l’étranger, qui permette d’envisager le périmètre des points à voir et discuter lors d’une rencontre préalable.

Et vous, comment avez-vous trouvé la nounou de votre enfant? Avez-vous des recommandations à rajouter à mes quelques points?

 

Fiches Pratiques à télécharger:

 

 

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Trouver une Mary Poppins à l’étranger

On lui confie ce qu’on a de plus précieux: nos enfants. On attend d’elle qu’elle soit là pour eux, là pour nous, et qu’elle nous représente en toutes circonstances. Pas facile de recruter une « nanny » parfaite, et d’entretenir, dans les deux sens, une relation sereine sur le long terme. Voici les petits trucs issus de notre expérience… et finalement, on ne s’en n’est pas trop mal sortis, puisque nous avons trouvé deux perles, d’abord en Chine, puis maintenant en Thaïlande.

 

Recruter une nounou

A chaque marché ses spécificités, son offre et sa demande propres. Commencez par vous rapprocher des familles étrangères à proximité pour connaître les façons de faire, les niveaux de salaires, les attributions habituelles des nounous, ce qui vous permettra à votre tour de formuler le périmètre de vos attentes. A Shanghai, nous étions passés par une agence de recrutement spécialisée, et il semble que cette possibilité existe dans la plupart des grandes villes. Quand nous sommes arrivés dans notre campagne thaïlandaise en revanche, il a fallu nous tourner vers des intermédiaires: d’autres nounous qui nous présentaient ensuite leurs copines.

Un entretien avec la ou les candidat(e)s est primordial, avant de prendre sa décision. Dans l’idéal, préparez à l’avance une grille de vos questions, de vos exigences minimum et de vos limites en termes de conditions et de salaires. En Chine, notre agent était en charge de la traduction lors des rencontres, et nous avions étudié chaque point en détail. Après avoir soumis une bonne demi-douzaine de candidates à un questionnaire détaillé, nous avons finalement opté pour la personne entre les bras de qui Petit-Un avait eu l’air de se sentir bien immédiatement.

En Thaïlande, je n’avais pas de traducteur, seulement une intermédiaire à l’anglais très approximatif. Au bout d’une bonne demi-heure, j’avais juste compris que ma candidate avait deux grands adolescents, et l’air de bonne volonté. J’en ai déduit qu’elle avait réussi à élever au moins deux enfants en les gardant entiers, ce qui était un point positif. Le feeling passait bien, Petit-Deux l’avait visiblement tolérée (c’était déjà énorme pour Petit-Deux) et comme je n’avais pas encore trouvé de travail, je savais que je resterais à la maison encore quelques semaines pour veiller au grain. Nous avons donc tente –et parfaitement réussi- l’aventure ensemble.

Nos choix finalement ont été moins rationnels qu’intuitifs, mais en définitive c’est sur des valeurs relationnelles que se construit ensuite le quotidien avec une nanny. Dès l’accord de principe, et afin de partir sur des bases saines, il est décisif de bien se mettre d’accord sur les conditions de l’embauche: salaire, horaires et durée du travail, bonus, rémunération des heures supplémentaires, conditions d’augmentation, congés annuels… En Chine comme en Thaïlande, peu de nannies ont un contrat de travail, mais l’accord conclu est une sorte de gentleman agreement qu’il convient de respecter de part et d’autre.

Il est très recommandé de demander une visite médicale, préalable au début de l’activité. Beaucoup d’hôpitaux proposent des check-up en package, à ces fins. Il y a en général au moins vérification pour le VIH, diverses hépatites, et la tuberculose (très important dans les pays asiatiques en développement).

 

Quelles taches lui confier?

Chacun déterminera ses priorités pour sa nounou, en fonction de la situation familiale. Chez nous la question ne s’est guère posée, car les deux parents Tout-Terrain ont toujours travaillé à plein temps, avec des horaires assez long. La priorité numéro un est donc celle de s’occuper des enfants: finir de les préparer pour l’école si besoin, les récupérer après l’école, les faire manger, et organiser des activités et rencontres avec les copains pour les temps de loisir. Nous avons tendance à insister sur l’aspect socialisation pour deux raisons: d’abord, nous trouvons nos enfants plus épanouis s ils ne fonctionnent pas uniquement en circuit fermé, à la maison, et d’autre part, beaucoup de nounous préfèrent elles aussi pouvoir sortir, rencontrer leurs homologues, discuter, échanger… bref, ne pas être coupées du monde.

Quand les enfants sont à l’école ou dorment pour les plus petits, les nannies sont généralement en charge du gros du ménage. A chacun son niveau d’exigence. Chez nous, il suffit que ce soit vivable, mais nous ne regarderons pas la poussière sur le dessus du congélateur (bon, le jour où il y a eu des cafards morts là-haut, on a fait une petite réflexion, toute de même…).

Les culottes sechent

En raison de nos nombreux enfants –deux c’est « nombreux » en Chine- et de nos longs horaires, nous avons proposé à nos nannies de leur recruter une petite main, en charge de l’entretien de la maison. A Shanghai comme en Thaïlande, l’expérience s’est mal finie, avec crêpage de chignons à la clé: « tu nettoies mal! », « les enfants que tu devrais garder salissent tout ce que je nettoie! »… La morale de l’histoire est que dans les deux cas, nos nannies d’origine préféraient faire le travail, mais pour un salaire augmenté. Au final, ces petites problématiques se résolvent plutôt facilement via une communication régulière et franche.

Dans beaucoup de familles, les nannies sont aussi en charge des repas, et parfois même des courses. Comme les personnes qui travaillent pour les familles étrangères sont souvent spécialisées sur le marché « expat », beaucoup de nounous ont acquis des compétences culinaires qui dépassent les spécialités locales: des lasagne au kimchi, en passant par le bœuf bourguignon ou la quiche. C’est pratique pour gagner du temps… Chez nous, on aime trop cuisiner en famille pour déléguer ca a quiconque! Pourtant, peut être une fois par mois, notre cordon bleu nous fait la surprise de nous préparer des rouleaux de printemps, de la salade de papaye ou un curry Massaman. C’est exceptionnel, et du coup toujours très plaisant!

Salade de Papaye

Enfin, à force de bonne entente et de confiance acquise, notre nounou a progressivement pris sous sa responsabilité la gestion de l’ensemble des petits tracas de la maison: vérifier, gérer et payer les factures, organiser les petits travaux de maintenance, commander des bidons d’eau ou des fruits pour les enfants… Elle a, à sa disposition permanente, une boite de menue monnaie pour les dépenses du quotidien, ce qui est bien plus pratique pour tout le monde!

 

Quel salaire? Et comment entretenir de bonnes relations?

On rencontre deux types de stratégies salariales, chez les expats. Certains estiment qu’il n’est pas logique que le salaire de leur nanny ne dépasse le salaire moyen local, d’autres ont le raisonnement inverse. Nous faisons plutôt partie de la seconde catégorie. Payer à notre nanny un salaire élevé pour le marché nous permet en premier lieu de nous assurer de sa stabilité à son poste. En Thaïlande comme en Chine, l’on change facilement d’emploi. A salaire égal, les employés sont vite tentés d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte, si bien que l’industrie compte des taux de turnover de l’ordre de 15 à 20%, parfois plus. Cet aspect est d’autant plus primordial chez nous, où les deux parents travaillent.

Le salaire ne représente cependant qu’un aspect d’une relation sereine avec une nounou. A notre départ de Chine, nous avons découvert avec stupéfaction qu’ayant –contractuellement- mal indexé les hausses de salaires sur le coût de la vie, la rémunération de notre nounou était passée dans une tranche basse, sans même qu’elle ne nous en informât. Sans doute parce qu’elle se sentait bien chez nous et surtout dans notre environnement. Nous sommes en particulier absents toute la journée. Cela laisse à nos nannies le loisir d’inviter à tout moment d’autres enfants et leurs nounous, pour jouer ou le temps d’un repas. La famille de notre nanny passe aussi chez nous régulièrement, sans que cela ne nous pose problème. Son mari vient parfois déjeuner –et apporte toujours une surprise aux enfants, sa fille passe souvent faire ses devoirs en sortant de l’école, avant de jouer avec les petits… Finalement, l’équilibre se trouve par des arrangements réciproques, qui rendent le quotidien plus agréables à tous, et permettent l’établissement d’une profonde confiance mutuelle.

Crepes

 

Quelles limites poser?

Bien sûr, la question se pose à chaque fois que l’on confie à un tiers la responsabilité de son ou de ses enfants, mais a l’étranger, il me semble que la problématique est exacerbée, dans la mesure où les différences culturelles peuvent lourdement influer sur les usages et la façon dont on élève les enfants.

En Chine par exemple, un enfant dont l’on prend bien soin est beaucoup nourri… beaucoup trop à mon sens. En outre, il est de bon ton que les bébés et les jeunes enfants, à partir de trois mois, consomment au moins un œuf par jour. Notre nounou m’expliquait avec regret que dans son jeune âge, sa fille avait manqué de nourritures suffisamment riches, ce qui expliquait sa petite taille. Entre autres raisons, beaucoup de Chinois ont connu la faim ou tout du moins les privations, et veulent inverser la tendance pour les générations suivantes. Le sujet tenait très à cœur à notre nounou, et il m’a toujours été très difficile de la pousser à réduire les quantités des repas.

Avec notre nounou actuelle, les sujets de désaccord que j’ai pu rencontrer étaient moins graves, mais parfois source d’étonnement. Ainsi, durant notre première année en Thaïlande, elle habillait nos deux tout le jour –et tous les jours- en pyjama. J’avais fait deux piles, « vêtements de jour » et « vêtements de nuit », expliqué et réexpliqué… En vain. A la maison ou à l’extérieur, ils ne portaient que des pyjamas – changés et lavés le matin et le soir. Rien de grave donc. J’avais juste un peu honte vis-à-vis des voisins… Ca faisait style les parents qui n’achètent pas de vêtements « civils » à leurs enfants. A force, nous avons compris que la nounou considérait nos vêtements de jour comme trop inconfortables. Nous avons un peu modifié la garde-robe avec le temps, et la question s’est résolue d’elle-même.

Les Chaussettes sechent

Il est finalement primordial de savoir être pragmatique, de fixer des limites pour les quelques points sur lesquels on ne veut pas transiger, et de rester flexible sur le reste. Par exemple, chez nous, les exigences fondamentales consistent en des repas un minimum équilibrés, et pas ou très peu de télévision.

Ces principes pacifiques et modérés sont d’autant plus importants en Asie, où l’on évite en général les conflits frontaux. Celui qui se fâche a rarement gain de cause, et si l’interlocuteur se tait, cela signifie plutôt qu’il fera bien ce qu’il veut, une fois l’orage passé. De même, si quelqu’un m’affirme que « c’est une question de culture », tous les voyants sont au rouge: en clair, mon opinion ne sera simplement pas respectée. D’où l’intérêt de choisir ses batailles et de les prioriser. Et finalement, si l’on confie ses enfants à une nounou, c’est déjà qu’on accepte qu’elle élève nos enfants pour nous en notre absence, et qu’on lui fait assez confiance pour prendre les bonnes décisions à notre place, non?

 

Et les questions linguistiques?

Curieusement, la barrière de la langue s’est toujours très vite estompée, dans nos expériences. On part sur l’accord de principe fondamental de faire le meilleur pour les enfants, et l’on fait tout pour s’entendre et se comprendre au mieux. Au pire on utilise Google image, des gestes, des exemples, mais on s’en sort toujours. Dans les mauvais jours, nos nounous n’ont pas donné aux enfants que j’avais préparé pour eux au frigo ou oublié de repasser une chemise urgente… bref, pas la fin du monde, quoi!

Quant à nos (petits) enfants, ils s’embêtaient encore moins, et ont au début utilisé n’importe quelle langue un peu au pif, avec leurs nouveaux interlocuteurs. A notre arrivée en Thaïlande, ils communiquaient ainsi en majorité en anglais avec leur nounou, mais complétaient au besoin avec des mots français, des mots thaï, du dialecte thaï (j’ai ainsi appris que « slip » se disait « slip » dans un dialecte de la frontière du Laos), et des mots inventés. Ca, entre parenthèse, ça a été un grand étonnement pour moi de les entendre parler tous les trois en utilisant un mot clairement ni français ni anglais, de poser la question de s’il s’agissait d’un mot thaï, et de m’entendre répondre que non pas du tout, c’était juste un mot qu’ils utilisaient ensemble, dans tel ou tel contexte!

Avec le temps, le recours à l’anglais pour la maison et les copains s est uniformisé, tandis que le thaï est généralement utilisé avec les intervenants extérieurs locaux et pour les chansons.

 

En conclusion bonus, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter cette anecdote, qui date du temps où nous étions en Chine… Un matin alors que je partais pour mon usine, notre nounou, une dame respectable d’une cinquantaine d’année, me lance un « Je t’aime! » sonore, dans le couloir. « Comment? Plait-il? »… Elle m’avait entendu, chaque jour, répéter ces mots à Papa-Tout-Terrain, lorsqu’ il s’en allait travailler, et en avait déduit que c’était une façon de se souhaiter une bonne journée…

 

 

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