Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

Soins et quotidien de notre bébé de Thaïlande

Pauvre Miss-Trois… Entre les coutumes folklo rapportées de Chine, de nouvelles traditions thaïes qu’il fallait tester à tout prix, et une Maman qu’émoustille l’innovation infantile, rien n’aura été épargné à la malheureuse enfant!

Pour nous, en revanche, ça aura été plutôt facile, proportionnellement… En tant que parent, j’ai eu le sentiment d’une plus grande liberté, pour ce troisième bébé. Liberté de piocher ce qui nous convient. Dans toutes les méthodes connues et inconnues. Dans les méthodes françaises, les méthodes chinoises, les méthodes thaïes… Ou sans méthode. Liberté par rapport à moi-même et au regard des autres. On laisse tomber ce qui ne nous va pas. Et on continue sans besoin de se justifier ou de culpabiliser.

Bebe de Thailande

 

Un bébé emmailloté

C’est emmaillotés que sont livrés les bébés, en Chine et en Thaïlande. Ils naissent. (Tout nus, bien sur.) Un poil de peau à peau. Et hop, une puéricultrice les choppe, les pèse, les débarbouille, et les rend tout saucissonnés, avec juste le nez qui dépasse.

Pour la photo de son passeport, prise au lendemain de sa naissance, Miss-Trois est d’ailleurs emmaillotée dans un grand lange blanc. Sur fond blanc, ça donne l’impression bizarre d’une tête qui flotte toute seule.

Miss-Trois a apprécié l’emmaillotage. Elle se sentait rassurée par ce voile de coton léger, bien serré autour du corps. Elle dormait mieux ainsi. Avoir les bras bloqués ne lui plaisaient pas en revanche. On les a très vite sortis, au grand dam des infirmières de la maternité, puis de notre nounou, qui essayait de les lui re-coincer discretos.

Avec les velléités de mobilité de notre Miss-Trois qui grandissait, nous avons ensuite libéré ses pieds, et seulement enserré le torse.

Bebe emmaillote

Cet emmaillotage à la diable aura duré cinq mois. Sous la gigoteuse, même, lors de nos vacances en France. Il aura parfaitement comblé les besoins de notre bébé, visiblement né avec un gène asiatique du confort.

 

Un bébé de Thaïlande qu’on devait langer…

Petit-Un avait porté des couches lavables à temps partiel. Question de conviction.

Puis Petit-Deux avait porté des couches lavables à temps plein. Question d’allergies.

Quelques semaines avant la naissance de Miss-Trois, j’ai donc ressorti mon tas de couches du placard. Je les ai regardées. Elles m’ont regardée. Et j’en ai eu marre, rien qu’à les voir. J’en avais assez lavé comme ça, de couches. Tant pis pour l’écologie. On ferait en jetable, pour cette fois-ci! (Et je ne suis pourtant pas à plaindre car notre nounou lave une grosse partie des couches.)

Mais c’était sans compter notre nounou, justement. « Ah non, il fait trop chaud en Thaïlande! Votre bébé va avoir les fesses toute rouges! Ca macère vite ici! »

Elle m’a convaincue. J’achèterais seulement des couches jetables pour les premières semaines, alors. Parce que le méconium ça colle. Et que les couches en tissus de notre collection étaient trop grandes, de toute façon. « Surtout pas malheureuse! Les fesses d’un nourrisson, sont plus fragiles encore! Il lui faut des langes! Vous n’inquiétez pas, je vous apprendrai comment ça marche! »

Je suis bien influençable. Là encore, je me suis laissée convaincre. C’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter des langes. Il n’y avait que du bleu et du rose, alors par esprit de contradiction j’ai pris du bleu. Et la nounou m’a regardé de travers. « Qu’est ce que les gens vont penser?… »

Bebe et son lange

Mais il y avait une faille dans cette organisation… Au soir du retour de la maternité, je me retrouve avec Miss-Trois qu’il faut changer… notre nounou qu’on venait poliment d’inviter à partir… des langes dont je ne savais pas me servir… et pas de couches en taille nouveau-né. Heureusement, en grattant les fonds de sacs, Papa-Tout-Terrain a retrouvé des échantillon de la maternité. Mon sauveur!

 

Un bébé langé, entre théorie et pratique

Bref, le lendemain, j’ai eu mon premier cours de langeage. En vrai, ça faisait longtemps que notre nounou n’avait pas langé un bébé. En tout cas elle ne s’en souvenait pas très bien. On a fait un triangle, un nœud, puis posé l’enfant propre sur son lit propre.

L’avantage des langes, c’est qu’ils ont une alarme intégrée. Dès que bébé fait pipi, il a froid aux fesses et pleure. C’est bien pratique. Bref, deux minutes plus tard, Miss-Trois nous appelle. Elle est mouillée. Et le lit aussi. Une belle flaque. Zut! Vous êtes sûre que c’est comme ça que ça s’utilise les langes? « Oui, bien sûr. Mais il faut garder le bébé dans ses bras. Comme ça, ça ne mouille pas le lit. »

C’est vrai que dans les standards, ici (et en Chine), on laisse rarement un bébé seul. La nounou ou la grand-mère l’a toujours dans les bras. Sauf que je trouve ça idiot de tenir la jambe à un bébé qui dort bien tout seul… surtout si c’est pour éviter qu’il ne mouille son lit.

Bebe n'est jamais seul

Dans ma grande ingéniosité, j’ai donc sacrifié une alèse pour en faire de petits supports imperméables, qu’on déplaçait avec Miss-Trois.

Logistiquement, les langes n’ont pas été aussi compliqués que je ne le craignais. Finalement, un bébé ça fait pipi tout le temps, et on passe toujours des plombes à le changer. On y a donc passé du temps, mais pas plus qu’avec des couches normales. Et surtout, grâce à une bonne ventilation de son royal popotin, Miss-Trois n’aura jamais eu la moindre irritation!

 

Un bébé qui tête sa Maman

Pour Miss-Trois, l’allaitement maternel était une évidence. Tout avait bien roulé pour les deux aînés: pas besoin de réinventer la poudre! Avantage supplémentaire, à l’étranger, l’allaitement maternel réduit pas mal d’aléas, et ça n’a pas de prix!

Petit-Un était né en Chine juste après le scandale du lait à la mélamine. Même si je lis le chinois, j’étais incapable de m’assurer avec certitude des provenances et traçabilités des laits en poudres. Quand notre ainé est passé en allaitement mixte, nous avons fait venir tout son lait de France. Au début par valises complètes. Puis il y a eu des restrictions des douanes chinoises: pas plus de deux boites de lait par voyageur. Il faut bien protéger les industries nationales. Imaginez le stress de l’approvisionnement, en comptant les doses et en faisant attention de ne pas gaspiller…

S’il n’y a pas eu de scandale sanitaire en Thaïlande, ni Papa-Tout-Terrain ni moi-même ne lisons le thaï. Aussi sommes-nous incapable de connaître les compositions et les contenus des produits que nous achetons. Là non plus, je ne trouve pas ça totalement rassurant…

Par ailleurs, pour nous qui aimons partir souvent en vadrouille, l’allaitement maternel est un vrai gain pratique. On va n’importe où à l’improviste, sans dosettes, sans l’eau qui va bien ou la vaisselle à faire. Grâce à cette flexibilité, dès les onze jours de Miss-Trois, nous repartions en balade!

Bebe de Thailande

En regard, la société thaïe est très tolérante et même encourageante, vis-à-vis des Mamans allaitantes. Faire téter (discrètement) en public un bébé est normal et donne même souvent droit à un mot gentil d’une Mamie qui passe par là. La plupart de mes collègues thaïes ont allaité leur bébé jusqu’à un an, et parfois jusqu’à la scolarisation. Et du coup, tirer son lait au travail est même une pratique très courante.

 

Stupéfaction devant l’usage du rot

A l’issue d’une belle tétée, une petite pirouette sur l’épaule de Maman et hop, un long rot vient mettre un point d’honneur suprême au festin!

Je vois Khun Nee s’étouffer. Notre nounou lui a pourtant bien dit de tenir sa langue mais voilà, c’est plus fort qu’elle. Elle explose. « Mais vous ne pouvez pas tenir votre bébé comme ça! » C’était un cri du cœur. Je la regarde hébétée. Qu’est-ce qui ne va pas encore? Cette fois-ci je n’ai rien fait de mal…

« Les bébés, il faut les garder couchés! » Euh, ben oui, mais pour le rot je fais comment alors? Ca n’est pas très net, du coup. On fait le rot couché sur le dos. Ou pas de rot. Mais même soutenu, on ne met pas bébé à la verticale!

Dans le même ordre d’idées, d’ailleurs, j’ai suscite énormément de curiosité et de questions en couchant Miss-Trois sur mon avant-bras, pour la soulager de ses coliques! Je crois bien que personne n’avait encore jamais vu ça!

 

Bain et tergiversations culturelles

A la naissance, nous avions interdit à quiconque de laver notre nourrisson. Ce n’est pas très français comme méthode, mais Die Franzoesin m’a appris que c’était la norme en Allemagne. A nos yeux, le bain est un peu agressif pour un petit bébé tout juste né, et qui doit déjà s’habituer à des tas de changements. Les infirmières ont trouvé ça bizarre, mais l’avantage d’un hôpital cinq étoiles, c’est qu’elles ont été bien briffées pour garder leurs impressions pour elles.

De retour à la maison, bien sûr, notre nounou a voulu laver Miss-Trois tout de suite. Hors de question! Ce bébé restera sale! Frémissement d’inquiétude. « Mais vous allez en faire un enfant tout chétif… » Loin des conceptions françaises, j’ai alors appris que le bain est vu comme un fortifiant naturel, en Thaïlande. Et qu’on donne plutôt le bain deux voire trois fois par jour aux nourrissons.

Miss-Trois a (enfin!) eu son premier bain vers une semaine. Puis de temps en temps, puis de façon plus rapprochée, à mesure qu’elle s’éveillait et prenait plaisir à l’activité.

En parallèle, suivant la méthode de notre nounou de Chine, nous lui avons rapidement lavé les fesses au robinet, au moment des changements de couches. C’est finalement assez pratique, rafraîchissant sous nos latitudes, et impeccable pour éviter les irritations du siège.

A neuf mois, Miss-Trois bénéficie aujourd’hui de deux bains par jour. Avec du savon une fois par semaine. Car maintenant qu’elle bouge beaucoup, et à toute allure, elle devient vite moite de notre climat humide et chaud et qui colle à la peau. Je ne sais pas s’ils la rendront plus solide, mais à coup sûr, ces bains réguliers sont des éléments importants pour son bien-être au quotidien.

 

Bebe de Thailande

 

A la découverte des traditions post-partum en Thaïlande…

Je finis par un mot des traditions post-partum en Thaïlande, qui ne sont pas directement liées aux soins du nouveau-né, mais méritent tout de même une mention. Comme en Chine, la jeune Maman est très fortement incitée à se reposer, plutôt que de s’occuper de son bébé. Par bonheur cependant, l’alitement strict n’est pas exigé. Autant j’avais beaucoup été montrée du doigt alors que je sortais mon jeune bébé en Chine, autant en Thaïlande, je n’ai eu aucune remarque. Tant mieux d’ailleurs, car avec la baisse d’hormone qui suit l’accouchement, je m’en serais promptement agacée.

En revanche, notre nounou, mais aussi des dames que-je-ne-connaissaient-pas-et-qui-passaient-à-l’improviste-pour-presenter-leurs-respects-à-Miss-Trois, m’ont indiqué toutes sortes de nourritures, de boissons et de potions destinées à me remettre sur pieds. J’ai été abreuvée de tisanes au gingembre, qui remettaient l’utérus à sa place, à sa taille, aidaient à la production de lait et sans doute à guérir des verrues plantaires. Même Papa-Tout-Terrain en a eu!

On m’a aussi recommandé la noix-de-coco fraiche et la papaye. Mais surtout pas de banane. La banane post-partum, c’est mal. En revanche, et c’est très décevant: personne n’a été capable de m’expliquer pourquoi…

 

… Quand il faut à tout prix faire dégonfler la Maman…

J’ai gardé le pire pour la fin (… et un vrai traumatisme, je crois.) A chaque visite de commères, mon ventre et mes bourrelets ont systématiquement été observés et jaugés avec la plus grande attention. Une dame a même entrepris de tâter. (Et réussi.) Mais ça a été la seule et l’unique. Curieusement, à la suite de cet incident, plus personne n’a été tenté de recommencer.

On trouvait que je dégonflais trop lentement. « Vous avez mis de l’eau salée sur votre ventre? » Ah non, ça non. Mais non merci, hein. « C’est donc pour ça! Je le savais! C’est très simple, je vais vous expliquer. Vous prenez un sac congélation, et vous mettez de l’eau et du sel dedans. » Non, non, non, merci, je vous assure tout va bien. Et depuis l’hémorragie j’ai pas trop envie de me titiller l’utérus non plus, vous savez… « Et après vous mettez le sac sur le ventre. Je vais vous faire une ceinture pour bien le tenir serré. De toute façon, en restant au lit toute la journée ça ne bougera pas Vous verrez, vous allez dégonfler!… Ne vous inquiétez pas: pendant ce temps la, nous nous occuperons bien de votre bébé… »

Aussi farfelu qu’il ne puisse paraître, le conseil était tout de même très sérieux, et le soin m’a bien été proposé quatre ou cinq fois par des personnes différentes. Je n’ai pas cédé. Neuf mois plus tard j’ai encore mes bourrelets. En fait, j’aurais peut-être dû accepter, finalement?…

La controverse du barbecue thaï en famille

Papa-Tout-Terrain est intrépide. Mais moins que moi. Si vous lui demandez son avis, il vous dira certainement que je suis une insensée téméraire, adepte des équipées les plus extravagantes avec les enfants. De la naît la controverse. Il m’accuse d’inconscience. Mais pas du tout. C’est lui qui est pusillanime. Jugez plutôt sur pièce, avec l’affaire du barbecue thaï

Nous sommes sortis, affamés, du parc de Khao Phra Wihan. La région est particulièrement reculée. Par bonheur –béni soit Google Map- je déniche un petit restaurant de derrière les fagots, visiblement réputé pour ses barbecues. Papa-Tout-Terrain fait une drôle de tête. Je crois qu’il préférerait manger un riz frit tout bête. Cette entreprise innovante lui semble fort périlleuse.

Barbecue thai des voisins

Il n’a pas forcement tort. Mais j’ai envie de nouveauté! Nous arrivons sur les lieux. C’est très sympathique, en plus! Et rural. Une grosse botte de foin bloque ma porte de voiture. Je me contorsionne pour sortir et délivrer Miss-Trois via le coffre. A moins qu’il ne s’agisse d’un acte manqué de la part de Papa-Tout-Terrain, qui aurait aussi pu garer la voiture ailleurs…

 

L’installation

Nous mangerons dans des cabanons individuels, alignés autour du corps principal de l’établissement. C’est très pimpant! Et un peu chaud, aussi, sous les toits de tôle ondulée. Papa-Tout-Terrain ne dit rien mais n’en pense pas moins. Ca se voit à sa tête. Et vu que c’est mon idée tordue, il me laisse me débrouiller seule avec la serveuse qui ne parle pas un mot d’anglais. Zut, en plus je ne vois pas de menu! Mais que diable allions-nous donc faire dans cette galère?…

Je commande de l’eau, prends un air tres digne, Miss-Trois sous le bras, et pars faire le tour des cahutes environnantes, histoire de voir ce que mangent les autres. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais, même s’il s’agit clairement d’un barbecue. Comment est-ce que je vais bien pouvoir commander?… Les voisins ne parlent pas anglais. Alors je mime avec adresse (et toujours Miss-trois à la main) la fille-qui-a-besoin-de-prendre-une-photo-de-leur-table-pour-pouvoir-commander. Je leur fais sûrement un peu peur parce que personne n’ose refuser. Je reviens avec un bon choix de tables couvertes de victuailles. Cela devrait m’inspirer dans la commande.

Barbecue thai des voisins

Quand je retourne à notre cabanon, quelqu’un a disposé sur la table un seau rempli de charbons ardents. La température a grimpé en flèche. On approche sûrement des quarante-cinq degrés. Celsius, bien entendu. Les enfants sont fascinés par les braises. Et Papa-Tout-Terrain a l’air fou de joie.

Miss-Trois semble trouver l’environnement à son goût. Elle se détend. Puis devient tout rouge. Le fumet délicat qui s’échappe alors de sa couche me confirme que c’est un code putois cynique. Mais que diable allions nous bien faire dans cette galère?

 

La commande

La serveuse arrive. Papa-Tout-Terrain prend la tête la plus absente possible. Ca marche, puisque la dame s’adresse à moi du coup. Elle me dit un truc en thaï. Je lui dis un truc en français et lui montre les photos des voisins. Elle me fait signe de la suivre. Chouette, je crois bien que je vais aller choisir en cuisine! Je jette un coup d’œil à Papa-Tout-Terrain qui regarde ses pieds. Je soupire, m’empare du bébé malodorant d’un air dégagé, et emboîte le pas de la jeune femme.

(Si tu me lis mon chéri, je t’aime. Je t’aime tel que tu es et avec tous tes défauts.)

Barbecue thai des voisins

Je me retrouve devant un frigo monumental, juste sous le nez du patron. Il y a des tas de viandes, de poissons et de crustacées. On m’équipe d’une pince et d’un bol et tout s’éclaire: je n’ai plus qu’à choisir ce qu’on va faire griller! Les pinces glissent et le bébé se contorsionne pour attraper des bouts de nourriture au vol. Ma performance est digne d’un sioux acrobate. Le patron me considère d’un œil amusé. Il me rajoute même un gros bout de graisse. Hum, c’est sympa. Ca ne m’inspire pas tellement, mais je le laisse faire poliment.

Je reviens triomphante avec mon bol de viandes. A son regard noir surplombé de petits nuages orageux, je sens tout de suite Papa-Tout-Terrain très chaud. Au sens propre il l’est en tout cas. Il a pris une belle teinte rubiconde à la faveur des braises. Les garçons aussi. « Allez, à table! », je dis d’un air enjoué. « Mon chéri, tu veux bien m’aider à faire cuire la viande? »

Barbecue thai des voisins

 

L’erreur technique

Je n’ai pas le temps de musarder. J’attrape Miss-Trois, la plaque au sol et entreprends de circonscrire l’infection tandis que Petit-Deux lui immobilise les membres supérieurs. Heureusement que notre princesse est un bébé tout-terrain et de bonne composition. Rompue à ces gymnastiques cocasses, elle ne s’offusque en rien de l’environnement insolite.

Sur ces entre-fesses arrive la serveuse, qui a découvert Google translate. Elle me tend son téléphone. Une lingette à un stade avancé d’utilisation dans une main, un bébé pas encore propre dans l’autre, je lui fais signe que ce n’est pas vraiment le moment. Elle fait dire un truc à son téléphone que je ne comprends pas. Je me penche pour lire: Pan*. Hum. Je souris. Elle a l’air un peu paniquée. Elle me montre Papa-Tout-Terrain qui est en train de faire brûler sa viande. Je souris encore. Sourire ca marche à tous les coups.

Elle s’enfuit et revient avec un monsieur et un nouveau barbecue. Elle nous donne une plaque toute propre et plante le bout de graisse au sommet. Ah! Ca n’était donc vraiment pas normal que la viande brûle! Après cet ajustement technique, ca marche drôlement mieux… et c’est même très bon!

Notre barbecue thai

Bien vite, Miss-Trois a retrouvé l’apparence et l’odeur d’un joli bouton de rose. Petit-Un est ravi d’aider aux grillades. Petit-Deux adore la cahute. Et même Papa-Tout-Terrain avouera que la viande n’est pas mal du tout! C’était délicieux et on a bien rigolé! Alors reconnaissez-le, elle était très bien, mon idée, non?

 

*Sur le moment, j’étais bien loin de considérations sémantiques, mais a posteriori, je pense qu’il s’agissait de pan pour poêle en anglais, vu que la nôtre était justement en train de carboniser…

International Day à l’école

Nous avons vécu quelques jours très patriotiques cette semaine: c’était International Day à l’école des garçons. La préparation de cette journée est assez chronophage. Elle est donc tout adaptée aux Mamans qui ne travaillent pas. (Pour ceux qui n’ont pas suivi, je n’ai pas retrouvé de travail depuis mon congé maternité et la fin de mon précédent contrat. Et ça me met drôlement en boule.)

Les choses ont commencé à remuer il y a un bon mois quand Petit-Un est rentré à la maison en chantant: « O Canada« . A peu près à la même période, Petit-Deux s’est piqué de me détailler quotidiennement les nationalités des enfants de sa classe et les drapeaux correspondants. On a vu que ça commençait à travailler…

Decoration traditionnelle Thai

Cette décoration du International Day est faite en légumes taillés. Il s’agit d’un art typique de Thaïlande. C’est magnifique… et surprenant quand on s’approche, parce que ca sent vraiment le légume!

 

Sous les drapeaux…

Très vite d’ailleurs, on a glissé dans la période « drapeaux ». Des drapeaux tricolores ont fleuri un peu partout dans la maison. Ainsi que des drapeaux du Japon. Pas par préférence nationale, je crois, mais parce que techniquement, le Japon est plus facile à dessiner que les Etats-Unis ou l’Australie.

« Maman, il est où le feutre blanc? » Bah ta feuille est blanche. C’est très bien comme ca. Pas besoin de colorier. « Nooooon! La maitresse a dit que le drapeau était bleu, blanc et rouge! » Petit-Un, plein de ressources, m’a apporté du blanc correcteur. J’ai maudit le destin d’avoir mis du blanc sur notre drapeau. La monarchie aussi. Mais j’ai tenu bon, et on n’a pas repeint en blanc les feuilles blanches.

Defile des Coreens en costume

Du coup on a eu un incident diplomatique et Petit-Deux a mis un terme à notre collaboration artistique internationale. Il est revenu une heure plus tard: « Il est où le bleu français? » Le quoi? Il a bien noté que dans les feutres, on avait du bleu clair et du bleu français. C’est celui qu’on utilise pour les drapeaux. Et ceux qui appellent ça du bleu foncé ne sont que des mauvaises langues.

« J’ai besoin d’un bâton pour mon drapeau. » Forte de mon expérience de l’année dernière où le défilé patriote s’était transformé en une bataille rangée à coup de hampes, j’ai fixé les bannières sur les frites de piscine. Ca s’est naturellement terminé en combat d’escrime devant la cafetière. J’ai un peu flippé. Le café est ma raison d’être en ces temps de disette de sommeil. Alors j’ai envoyé les combattants dans le jardin. Ca a immédiatement attiré les petites voisines japonaises et américaines qui se sont jetées dans la mêlée. Tout à fait dans l’esprit d’un International Day.

 

Se déguiser en Français…

Pendant ce temps, les Mamans travaillaient à l’habillement. Car par soucis ethnologique, International Day se célèbre en costumes traditionnels nationaux. Les enfants sont déguisés, mais aussi les parents s’ils le désirent. Je suis joueuse, alors j’en profite tant que les garçons n’ont pas honte de moi.

La plupart des asiatiques ont des habits de cérémonie magnifiques. (Vous pouvez jeter un coup d’œil aux habits traditionnels Thaïs dans le récit du mariage de P’Kung). Nous on a le béret et la baguette. Et le coq. Et l’air fier. Pas pratique pour un costume d’enfant. Petit-Deux a insisté: « Je veux un tee-shirt Français ». On va faire ce qu’on peut. Par chance, j’ai eu l’illumination de la marinière. On a accessoirisé le tout avec les bretelles bleu français du mariage de Tonton Eugène. Il manquait encore un truc. Des ceintures et des foulards rouges, à la façon des ferias. On aurait la couleur du drapeau!

Famille francaise

J’ai ratisse la région en vain. Ni ceinture, ni foulard rouge. Il faut dire que le rouge très marqué politiquement, ici. In extremis, j’ai repensé à notre drap de lit rouge, vestige de notre vie en Chine, où la couleur porte bonheur. J’en ai extrait des ceintures et des foulards pour la famille et nos voisins français. (Heureusement qu’on avait un lit King Size.) Restaient juste quelques petits kilomètres d’ourlets à faire à la main. J’ai horreur des ourlets. Pour accélérer, je me suis dit, on va cramer les fils qui dépassent avec un briquet. C’est là que j’ai réalisé que ca prend drôlement bien feu les draps de lit chinois! J’ai failli y laisser ma touffe. En désespoir de cause j’ai abandonné. Les ourlets, c’est surfait.

 

On a chanté la Marseillaise…

Apres le défilé aux drapeaux et en costumes nationaux, International Day se poursuit par un spectacle multiculturel, proposé par les (Mamans d’) élèves. Les Coréens ont fait une magnifique chorégraphie guerrière avec des drapeaux, qui retraçait l’indépendance de leur pays. Les Japonais ont fait une danse populaire très entraînante, sur une musique de guinguette. (Un pan inconnu et jamais exporté de la culture japonaise!) Les Thaïs ont dansé et chanté en l’honneur du Roi décédé en octobre dernier. De nombreux pays ont entonné leur hymne ou joué des musiques traditionnelles. Les Français ont interprété la Marseillaise. Ca ne semble rien, mais l’apprendre a été un vrai défi pour les garçons!

Mini acteurs coreens

Avant toute chose, Papa-Tout-Terrain –qui est très malin- avait bien motivé les enfants, en leur montrant l’introduction d’un match de rugby. C’est vrai que la Marseillaise reprise par des milliers de personnes dans le Stade de France, ça donne des frissons. On a ensuite passé deux week-ends à écouter et répéter l’hymne dans la voiture. A force, les enfants s’endormaient en le fredonnant. Ils l’ont chanté en balade, dans des grottes, dans des mangroves. Au supermarché, aussi. Là j’étais plutôt contente que personne ne nous comprenne. J’aime bien la Marseillaise mais hors contexte, ça fait très nationaliste, tout de même!

 

… et tout finit par des chansons…

Les garçons ont fini par connaître leur chanson sur le bout des doigts, sans toutefois en saisir la teneur exacte. On a bien expliqué que c’était un chant guerrier. Que beaucoup de pays s’étaient constitués par la guerre et le combat. Mais on est restés vagues. Et ils n’ont (heureusement) pas tout capté. On entend d’ailleurs de leur bouche quelques imprécisions sémantiques révélatrices, comme « l’étendard sanglant » qui devient un « étendard semblant »

Buffet international

Par soucis éducatif, je les ai malgré tout gratifiés d’une longue explication sur les citoyens (« Aux armes citoyens!« ), la citoyenneté, pour conclure en apothéose sur la citoyenneté du monde. Oui, j’ai tendance à m’enflammer, parfois. A la fin, pour vérifier le niveau de compréhension, j’ai demandé ce qu’ils en avaient retenu. « Mmm… » « Allez, faites un effort… C’est quoi un citoyen? » Petit-un s’est dévoué. Laconique, il m’a répondu: « C’est une sorte de tuyau. » Mouais. Y a encore du travail.

Pendant la représentation, les garçons étaient les plus petits chanteurs. Mais aussi les plus motivés. Ils ont séduit les spectateurs par leur ardeur et leur enthousiasme, et parce qu’ils sont si mignons, en toute objectivité, bien sûr! Ils ont été ravis de montrer leurs talents à leurs copains. Les adolescents du groupe un peu moins, je ne vois pas pourquoi…

 

Préparatifs culinaires

International Day se termine sur un immense buffet préparé par les Mamans. Le ventre est la clé de l’entente entre les peuples.

Quatre poupees

Cette année, j’étais partie sur des crêpes en bouchées. La crêpe a toujours beaucoup de succès. J’ai préparé la pâte pour une petite centaine de crêpes. Et juste pour le plaisir du défi, je me suis brulée quatre doigts à l’huile bouillante comme une cruche, pile poil avant de les faire sauter. Je suis d’une adresse remarquable. J’ai fini à l’hôpital, qui m’a traitée rapidement et relâchée avec quatre énormes poupées à la place de la main. Entre l’aspect pratique, l’esthétique et la douleur, je me suis drôlement amusée en cuisine, tout l’après-midi! Heureusement que je peux compter sur Papa-Tout-Terrain. Rentré tard et fatigué d’une longue journée de travail, il n’a pas hésité à mettre la main à la pate pour fourrer, rouler et couper avec moi jusqu’au milieu de la nuit.

 

A table!

Le lendemain, j’ai tenu le tronçon français du buffet avec d’autres Mamans et Miss-Trois qui était venue pour décorer. On était à côté de la Turquie, qui avait du super bon café et des pâtisseries à tomber! En face, les Philippines proposaient des gâteaux extraordinaires. La Chine, Taiwan et Hong Kong qui s’étaient regroupés pour l’occasion m’ont approvisionnée en délicieux raviolis vapeur. Puis les Mamans Thaïs ont apporté de la glace, du riz gluant à la mangue et des brochettes de porc. C’est l’avantage d’avoir un bébé mignon avec soi: ca attire le chaland!

Notre buffet francais

Je suis aussi passée au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, en Corée, au Vietnam, en Inde, en Australie, au Danemark, en Indonésie, et j’en oublie sûrement. J’ai goûté tout ce que j’ai pu dans le désordre. Ca a été un grand moment gustatif. J’ai à peine vu les enfants. Ils étaient avec leurs copains et ne me connaissaient visiblement plus. De toute façon, j’étais bien trop occupée à manger.

 

La ferme de Suan Lamai – Rayong

Drôle d’endroit que la ferme de Suan Lamai. C’est au milieu de… rien justement, puisque c’est juste à côté du surprenant monastère de Wat Namtok Thammarot. (Je vous jure qu’en dehors de ces deux trucs, il y n’a vraiment rien!)

 

Au milieu de… rien

Autour, c’est le désert: il n’y a que des plantations d’hévéa. C’est très intéressant l’hévéa. Vous allez voir, je vous mets une photo. (On voit au cadrage que c’est moi le photographe. Y a un bout de rétroviseur sur la droite.)

Hevea

C’est surprenant, ça penche obstinément, l’hévéa. Ca a l’instinct grégaire d’ailleurs: en troupeau ils penchent toujours dans le même sens. Quand on n’est pas biologiste, comme moi, il y a un truc infaillible pour les reconnaître: ils sont munis d’une coupelle de la taille d’une noix de coco, qui récupère le caoutchouc. Petit-Deux était fou de joie, croyant trouver du lait dans ce drôle de bol. Mais non. C’est juste que le caoutchouc est d’un blanc immaculé avant d’être transformé en pneu noir et moche. La Thaïlande étant le premier exportateur mondial de caoutchouc, vous aurez toutes vos chances de croiser des hévéas dans le coin. D’où cette ma parenthèse hautement édifiante.

 

Revenons à nos moutons C’est parfait, c’est justement aux moutons qu’on commence la visite. On peut leur donner à manger et faire des selfies avec eux. Ils ont de la chance ces moutons, car on les a gratifiés d’un paysage magnifique, sur le flanc d’une colline qui donne à la fois sur la plaine et sur la forêt tropicale. Et surtout, ils se marrent bien, pile poil en face de l’arrêt d’omnibus qui fait le tour de la ferme. Nous aussi, au début ça nous a fait tout drôle de visiter une ferme en omnibus-tracteur. En même temps, on n’était pas là pour devenir fermiers. Aucun doute, il s’agit bien d’une ferme d’agrément.

Tracteur - omnibus de la ferme de Suan Lamai

 

La ferme des fraises

Le lieu est surtout connu pour ses plantations de fraises. Dans l’imagerie des petits Français, les fraises, ça fleure bon le début de l’été et la chaleur qui revient. Pour les Thaïs c’est tout le contraire. Il fait bien trop chaud ici pour faire pousser des fraises. La fraise est un fruit des régions froides. (La notion de froid est bien entendu relative: à 25 degrés, notre nounou met un sous-pantalon et un anorak.) Chose exceptionnelle, de par sa situation montagneuse, abritée du soleil, et grâce à une irrigation continue, la ferme de Suan Lamai parvient à obtenir d’excellents fruits. En hiver uniquement. Autant vous dire que j’étais impatiente d’en manger, après trois ans d’abstinence.

L’omnibus nous conduit tout droit à l’arrêt « fraises ». C’est la ruée. Les fruits sont délicieux d’ailleurs, sucrés et gouteux. On les mange à la thaï, en les saupoudrant d’un mélange de sucre, de sel et de piment pilés. C’est surprenant au début mais selon les proportions, ca peut être plutôt bon. Faut juste qu’ils n’aient pas trop forcé sur le sel. Ni qu’ils aient eu la main trop lourde sur le piment. Et malgré tout, ça couvre un peu le goût des fraises.

Plantations de fraises a la ferme Suan Lamai

Petit-Un ne mange pas de fruits. C’est contre sa religion. En revanche il lèche consciencieusement toutes ses fraises pour le sucre, avant de me les refiler. Petit-Deux hésite un peu et se convertit vite à la religion de son frère. Pourquoi se forcer à bouffer du végétal, des vitamines et des fibres alors qu’on peut très bien se contenter du sucre?

 

Déjeuner

Tout ça nous a donné faim. Bon sang, il est presque le milieu de l’après-midi! Nous oublions régulièrement de nourrir notre descendance en ballade. Heureusement qu’ils se rappellent à nous au besoin. Manger, c’est sacré! Bref, on leur trouve deux bottes de foin (pour s’assoir, hein, pas pour manger), du riz gluant et des brochettes, pour un pique-nique de rois.

Les parents optent pour un curry vert. C’est très bon le curry vert quand on a le cœur bien accroché. Pour chaque assiette on compte plusieurs piments, en plus de la très relevée pâte de curry. Le poulet entier a été découpé au hachoir. Des bouts de peau, des os broyés et même les pattes surnagent dans la soupe. Le cuisinier y a rajouté du sang coagulé de canard, pour des protéines à bas prix. C’est caoutchouteux, peu goûteux, mangeable mais sans intérêt gustatif. Voici le vrai curry thaïlandais, populaire et classique… C’est très bon, quoique psychologiquement déstabilisant, au début.

Repas a la ferme Suan Lamai

Les enfants ont terminé leurs brochettes. Seul hic, ils sont maintenant recouverts de la même sauce sucrée et parfumée que la viande. On récupère ce qu’on peut à coup de mouchoirs. Puis avec une évidence calme, Petit-Deux balance ses détritus au milieu des plants de fraisier en contrebas. Avec Papa-Tout-Terrain, on voit rouge: « Ca va pas la tête!!! Il est in-ter-dit de jeter ses ordures dans la nature!!! Tu vas aller récupérer ça tout de suite!!! » Avec une désarmante simplicité, le scélérat s’écrie que oh il avait oublié. Pas de soucis il va aller les chercher!

 

L’expédition de Petit-Deux

Il disparaît. Puis reparaît deux mètres en contrebas cinq bonnes minutes plus tard. On commençait à s’inquiéter. Sa mission accomplie, il lui faut à nouveau une éternité avant de nous rejoindre. Il arrive d’ailleurs juché sur les épaules d’un vieux Thaï dont il caresse les cheveux poivre et sel. Cet enfant a hérité des gènes de ma grand-mère. On la laissait deux minutes sur un banc, et quand on revenait, elle s’était déjà fait dix nouveaux amis. Elle était même capable de faire parler un mur. Un mur bègue.

Ferme de Suan Lamai

Petit-Deux et le monsieur nous rejoignent donc avec des sourires complices. Ils sont suivis en procession par quelques autres curieux, ravis de l’aventure. Puisqu’on ne peut pas se parler, on joue aux 7 familles: « Je voudrais le Papa dans la famille française! » « Et voila le cousin de la famille thaï! » Quelques gouzi-gouzi au bébé français plus tard, nous reprenons la direction des plants de fraisiers que Petit-Deux vient de parcourir.

Horreur et honte suprême. Pour atteindre le palier inferieur, il n’y a pas les escaliers auxquels nous nous attendions. Juste un mur défoncé de pierres sèches qu’il faut quasi descendre en rappel. Et dire que nous avons envoyé notre fils dans ce précipice! J’essaie de cacher mon trouble: « Mais comment es-tu descendu? »… « Poh, me répond Petit-Deux d’un air détaché, je me suis fait des amis qui m’ont bien aidé… »

Ferme de Suan Lamai

 

Balade éducative

Quand j’ai été remise de mes émotions, Papa-Tout-Terrain a détaillé aux enfants, exemples à l’appui, les différentes étapes du développement de la fleur en fruit. Il a eu beaucoup de succès. Les garçons ont ensuite passé tout l’après-midi à me le réexpliquer. Plusieurs fois. Et dans les deux sens. Je vais peut-être finir biologiste, en fait.

On a conclu la visite par une jolie balade dans des champs de fleurs. C’était riant et frais. On a passé un très bon moment. La ferme de Suan Lamai est clairement destinée aux citadins en goguette. Plus qu’aux apprentis fermiers. Mais c’est un endroit sympathique pour une sortie familiale. Tant qu’on garde un œil sur ses enfants.

Ferme de Suan Lamai

 

L’étrange cas de l’anniversaire interculturel

Dimanche, nous sommes invités à l’anniversaire du meilleur copain de Petit-Un, un mignon petit américano-canadien. J’ai incidemment croisé sa Maman à l’école tout à l’heure. Ca tombe bien: j’ai un doute sur l’heure et j’ai égaré l’invitation. (Mère en carton!). On expédie donc nos affaires courantes avant que la Maman ne conclue gentiment: « Pour cette invitation, nous n’avons rien innové, nous avons totalement copié sur vous le concept de fête d’anniversaire. »

Cette dame est très polie. (En plus elle avait fait un super anniversaire l’année dernière.) Et s’il est vrai que notre anniversaire avec les copains était très réussi aussi, je ne croyais pas pour autant avoir organisé une sauterie si révolutionnaire.

Alors, la Maman a enchainé: « C’était génial d’avoir invité les Papas!… Et le cadeau commun!… Et surtout, l’idée de ne pas servir de repas!… Nous nous sommes inspirés de tout!… » C’est là que j’ai compris pourquoi on s’obstinait à me servir des salades de pâtes, à chaque fête où je conduisais les enfants. Et pourquoi on était toujours invités à des horaires bizarres, comme onze heures ou midi et demi. Même que ca nous embêtait drôlement cette histoire. Pour pas avoir faim et tenir le coup jusqu’au bout, on se bourrait tous avant. Et on ne comprenait pas trop cet horaire batard. On en était arrivés à la conclusion qu’il devait y avoir une histoire de sieste, là-dessous, vu que les enfants sont petits. Bref, quand on ne connaît pas les codes, on ne peut pas savoir.

Decorations d'anniversaire

Toutes ces questions existentielles d’anniversaire viennent de l’entrelacs de cultures que nos enfants vivent au quotidien. Et je déchiffre plus ou moins. C’est selon. Ca m’a donne envie de vous raconter la fête « à la française » de Petit-Deux et nos errements métaphysiques pour plaire à des bambins de cinq nationalités différentes ainsi qu’à leurs parents accompagnateurs.

 

Le passif

Pour comprendre toute l’histoire, il faut revenir sur le Waterloo de l’anniversaire de Petit-Un, au printemps dernier. Au moment de lancer les invitations, Papa-Tout-Terrain et moi-même avions connu un très profond désaccord au sujet des cadeaux d’anniversaire. Pour ma part, j’étais très ennuyée des débauches de cadeaux auxquelles nous avions assisté.

Pour un anniversaire standard, des dizaines d’invités apportent des dizaines de paquets. D’une part, les convives sont toujours nombreux car l’école demande d’inviter toute la classe, pour éviter les rancœurs. (Je trouve ça très bien. Ca demande juste un peu de place.) Mais en parallèle, en matière de cadeaux, les parents –nous compris– tendent vite à la surenchère, pour ne pas faire « trop petit »…

Après le gâteau, le roi de la fête s’assied au centre de ses invités et passe près d’une heure à dépouiller les nombreux paquets. Au début sous les « Ah » et « Oh » extasiés de l’assemblée des copains. Puis dans une cohue de gamins qui veulent ouvrir ce qui est fermé et tester ce qui est ouvert. Puis dans une espèce de mêlée informe. La fin révèle généralement quelques frustrations. La dernière fois, Petit-Deux est revenu me voir au bord des larmes: « Il n’y en avait même pas un pour moi… »

Bref, c’est bien gentil tout ca, mais tant de cadeaux, c’est surtout des politesses entre adultes. Et, ca ne correspond pas aux valeurs que nous souhaitons transmettre à nos enfants: limiter l’hyperconsommation, recevoir et offrir avec le cœur, et toussa toussa… bref, des principes contrariants (pour eux) de parents gaucho-écolo-catho-anarcho-crypto-bobos (rayez les mentions inutiles).

 

La querelle des cadeaux

Je tends à être directe. Parfois abrupte. Quand il s’est agit d’organiser l’anniversaire de Petit-Un, l’année dernière, j’étais d’avis de préciser « Pas de cadeau! » sur les invitations. Papa-Tout-Terrain, tout dans la rondeur, craignait de froisser nos convives. On a parlementé pendant des jours et des nuits. On a âprement débattu. Finalement, à bout d’arguments et un peu énervé, l’un des deux adversaires dont je tairai le nom, a décidé que puisque c’est comme ça on ne ferait pas d’anniversaire avec les copains. Qu’on en ferait un l’année prochaine et voilà. (Vous m’aurez reconnue… C’est moi la susceptible de la bande.)

Sauf que notre nounou a trouvé ça trop dommage. Elle a convié les copains pour le goûter, un jour de semaine où nous travaillions. Nous avons préparé un beau gâteau. 13h30. Je suis au bureau, donc, au téléphone avec un client qui veut que je lui envoie des rétroviseurs par avion. Petit-Un m’appelle en sanglot: « Les copains ne sont pas venus!… » Au terme d’un vibrant échange, je comprends qu’il y a eu « misunderstanding ». (Le concept du misunderstanding, ici, consiste toujours à dire que j’ai tort. Et non je ne suis pas de mauvaise foi.) Bref, notre nounou m’explique qu’en fait c’était à moi d’inviter les copains pour la fête qu’elle organisait.

Gateau d'anniversaire - circuit de voitures

Je dis au client que je vais réfléchir pour les rétroviseurs, et me mets au listing de contact des parents d’élève pour expliquer aux Mamans que oui, c’est l’anniversaire de Petit-Un. Là tout de suite. Et que naturellement leur progéniture est invitée.

Petit-Un a eu une belle fête. Il était ravi. Il a reçu quelques petits cadeaux symboliques. C’était parfait. Et moi ça m’a valu une belle leçon: la prochaine fois, on s’organise!

 

L’invitation

Les Mamans anglo-saxonnes ont généralement des cartes d’invitation mignonnes, pré-écrites, et sur lesquelles on rajoute la date, l’heure et le prénom de l’enfant. D’abord mon écriture cursive est illisible pour le commun des mortels ici (ils écrivent en script), et en plus je ne sais pas où trouver des cartes comme ça. On a donc fait nos cartes « maison », ce qui m’a permis de préciser quelques petits trucs qui me tenaient à cœur.

Après âpres négociations, l’histoire de « pas de cadeaux » s’est transformée en un cadeau commun. Finalement, c’est chouette, un cadeau… et c’est bien suffisant! Vu les retours des autres parents, d’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls avec ce problème de cadeaux!

Decorations d'anniversaire

Et puis on a invité les parents, sur papier. Parce que pour moi, c’était pas clair. La première fois que Petit-Un a été convié à un anniversaire, on s’est dit yahou, super, à nous la liberté! Eh bien non pas du tout. C’était même une grosse arnaque puisqu’on a dû rester. C’est mon côté psychorigide mais j’aime le factuel et le contractuel. Du coup pas d’embrouille: on a invité les adultes par écrit. Et on a eu les Mamans, mais aussi plein de Papas. Ou alors, c’était le hasard, mais c’était sympa.

Et pour finir, sur les invitations, il y a toujours RSVP, alors on a mis RSVP. C’est très classe: c’est du français. La palme de l’élégance des réponses revient aux Mamans Japonaises. Je nourris une vive admiration pour les Mamans Japonaises. Elles sont toujours bien organisées et fort civiles. C’est un peu la femme du blond de Gad Elmaleh. Avec l’esprit pratique, en plus: elles m’ont même précisé dans leurs réponses les noms de toute leur famille, si bien que j’ai pu me préparer des aide-mémoire pour la fête!

 

Un anniversaire « fait-maison »

Sur ces entre-fêtes (oui je sais… j’ai pas résisté) vint le jour tant attendu…

Les trois familles japonaises sont arrivées exactement à l’heure. Tout le monde bien coiffé et sans avoir visiblement couru et transpiré en un sprint final. Les enfants avaient apporté de beaux dessins (figuratifs, hein, pas de l’art abstrait comme font les nôtres aux mêmes âges), pliés en origami (et ce n’est pas une exagération, l’origami, c’est la stricte vérité). Les autres familles sont arrivées normalement comme on l’aurait fait. Avec un peu de retard. Un enfant avec deux chaussettes pas assorties. Un autre avec un reste de la pizza du midi sur le tee-shirt, eu niveau de la manche. (Toujours pratique, pour s’essuyer la bouche.) Mais tout le monde est venu avec un grand sourire et beaucoup de bonne humeur. C’est l’essentiel.

Anniversaire - Peche a la ligne

Pour occuper nos petits invités, nous avions organisé des activités similaires aux anniversaires de notre enfance. Un bricolage. Une pêche au canard. Un chamboule-tout. Des ballons à sculpter. Nous avions opté pour du « fait-maison », avec un budget limité. Pas pour l’économie en tant que telle mais pour le principe, mes réflexions ayant été amorcées de longue date par la lecture de super billets de Miss Texas au Etats-Unis et Stéphanie en Arabie Saoudite.

 

Bricolages et activités

Papa-Tout-Terrain avait passé du temps à bricoler de magnifiques canne à pêche, pendant que j’avais bien galéré à faire des « canards » aptes supporter une pièce en chocolat. Sur quelques semaines, on avait bouffé des kilos de petit-pois pour avoir assez de boites de conserve pour le chamboule-tout. Et je m’étais même ouvert le pouce en les décorant avec Petit-Deux, qui avait été très impressionné parce que je n’avais pas pleuré. Nous avions enfin limité les « goodies bag » à de petits sacs de papier kraft pour rapporter le bricolage et les chocolats pêchés. On y a passé beaucoup de temps, mais on s’est vraiment amusés à tout préparer ensemble, avec la participation des enfants.

Anniversaire - Chamboule-tout

Cerise sur le pompon, le bonheur d’habiter sous des latitudes tropicales c’est qu’il pleut n’importe quand, et plus particulièrement pendant les fêtes d’anniversaires, au milieu de la saison sèche. Les activités prévues dans le jardin ont dû se rétracter sous notre auvent mais la fête a eu un succès fou. Il y avait dix-huit enfants et on a oublié de compter les parents. Papa-Tout-Terrain était en nage à force de remettre debout le chamboule-tout. Les bricolages ont tellement plu qu’ils ont fait le tour de l’école la semaine suivante. Et les enfants ont fini pied nus dans le jardin à courir sous la pluie. D’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, un enfant japonais qui court sans chaussures dans la boue arrive à rester présentable! (Les Japonais sont les Blonds de l’humanité.)

 

Le gâteau métro

Sur demande express de Petit-Deux, le gâteau était en forme de métro. (Oui, je mérite mon auréole, parce qu’un gâteau métro, c’est pas de la tarte!) J’ai fait les génoises la veille au soir. J’attendais la livraison de Tesco, à 18h, pour les œufs. 20h, toujours pas de Tesco. 21h, le mec nous appelle. Il s’est perdu mais il arrive dans cinq minutes. Branle-bas de combat. Je mets le four. Je prépare mes pâtes à gâteau sans les œufs. Et je commence à faire le pied de grue.

Il faut toujours se méfier de la notion de « cinq minutes » en Asie. C’est souvent un euphémisme poli pour dire que c’est pour plus tard mais qu’on ne sait pas du tout quand. Et à chaque fois je tombe dans le panneau. Bref, le mec est arrive à 22h40. A force d’avoir tourné en rond dans ma cuisine carrée, j’étais remontée à bloc. Je me suis précipitée en chemise de nuit, le cheveu bouffant (je frise avec l’humidité et l’énervement) dans son camion, je lui ai arraché les œufs et je suis rentrée en courant à la cuisine, laissant le type un peu incrédule avec le reste de ses sacs.

Papa-Tout-Terrain s’est chargé de ramasser à la petite cuillère les morceaux du mec hagard et la fin des courses. J’ai terminé mes génoises à une heure du matin. Miss-Trois a tété à deux heures et quatre heures, et Petit-Deux m’a définitivement réveillée à cinq heures. Dans les brumes de fatigue du lendemain, je ricanais encore bêtement en pensant à la frayeur que j’avais dû faire à ce pauvre livreur…

 

L’heure du goûter

Chacun ses tourments. Depuis que les invitations avaient été lancées, je m’inquiétais de la façon dont les petits Japonais appréhenderaient notre goûter, car en principe, on ne mange pas tellement avec les doigts au Japon. Pendant mes années universitaires, j’avais hébergé quelques jours une étudiante japonaise, qui m’avait ainsi fait part de son étonnement, à la sortie d’une boulangerie: « Vous portez le pain avec la main? » J’en suis encore traumatisée. (Peut-être qu’elle aussi?)

Anniversaire - Gateau Metro en construction

Bref, j’avais bien insisté pour disséminer un peu partout des couverts, des assiettes et autres instruments hygiéniques. Au moment où Papa-Tout-Terrain s’apprêtait à découper mon œuvre d’art ferroviaire, je lui courais encore après avec une spatule affolée: « Surtout pas avec les doigts, hein, pas les doigts! » (Là, Papa-Tout-Terrain, pourtant si mesuré et si flegmatique, a montré quelques signes d’impatience. C’est bizarre. Ce n’est pourtant pas son genre…)

Le gâteau a eu un franc succès. Autant que les grands saladiers de fruits, les sablés au fromage et les sablés sucrés. Je crois même avoir vu quelques petits Japonais manger avec les doigts… Quand je vous disais qu’ils sont formidables… ils se sont même adaptés aux usages français… par pure politesse, bien sûr!

 

L’éléphant rose du Wat Saman Rattanaram

Papa-Tout-Terrain a changé de voiture pour le week-end. Notre Honda est en révision au garage et on nous a donné une Toyota à la place. Enthousiasme de Petit-Deux devant la nouveauté. Puis déception: « La prochaine fois, Papa, tu pourrais demander une BMW… ». Bien qu’il n’ait que trois ans, il a déjà fort bon goût ma foi. Mais il va falloir qu’il change de parents s’il veut satisfaire ses envies de luxe.

La brave Toyota respectant le critère de « on peut mettre trois sièges auto à l’arrière », on charge les marmailloux, direction le Wat Saman Rattanaram de Chachoengsao.

En route, un croise un curieux cortège. Une voiture à gyrophares devant. Une voiture à gyrophares derrière. Toutes deux allant un train de sénateur. Au centre de cette étrange colonne, un très vieux monsieur en fauteuil roulant. Il fait le tour de Thaïlande, un portrait du défunt roi sur les genoux, pour un dernier hommage…

Pelerinage pour le Roi

On arrive. Vous voyez ces lieux de culte peuplés de tas de vieilles mémés rabougries et un poil revêches, qui regardent les enfants avec le sourcil froncé et se déplacent tellement silencieusement qu’on dirait qu’elles volent… Eh bien voilà. C’est exactement tout l’inverse!

 

Un somptueux chaos

Le Wat Saman Rattanara, c’est l’idée que je me fais des grandes foires sacrées du Moyen Age. Avec ses foules bigarrées. Ses vendeurs aux marchandises chatoyantes. Et des fidèles qui se muent en chalands sitôt la fin des dévotions.

C’est un ensemble de couleurs, de lumières, d’odeurs, de brouhahas et de mouvements confus. Un enchevêtrement gai. Une harmonie désordonnée.

L’orange des moines et les dorures des représentations sacrées. Le fumet du poulet grillé et les émanations d’encens. Le vert profond des goyaves marinées et le rose tendre des barbes-à-papa. Une cohue joyeuse et courtoise. On n’arrête pas de se bousculer. Toujours en se souriant.

Touilleurs de caramel

Voyez plutôt ces trois gaillards aux muscles saillants, en train de touiller d’immenses marmites de caramel! La vendeuse du stand offre un bonbon à petit deux. A quelque pas de là, Petit-Un est fasciné par une statue grandeur nature de Spiderman, qui côtoie un effrayant Guan Yu, le Dieu chinois de la guerre, et quelques bouddhas imperturbables.

 

Hindouisme

Le clou des lieux est une immense représentation de Ganesh, rose. Il est accompagné d’un rat, sa monture traditionnelle, dans la mythologie Hindoue. Lorsque l’on prie, on ne demande rien à Ganesh directement. Il faut s’adresser à son rat.

Ganesh rose - elephant rose

Dans la théorie, il faut bien boucher la deuxième oreille du rat pour éviter que la requête ne ressorte de l’autre côté! En pratique, et peut être en raison de l’affluence de lieux, on peut parler aux deux oreilles du rat en même temps, et il y a d’ailleurs plusieurs rats!

Ganesh et son rat

 

Bouddhisme Chinois

Un peu plus loin le temple chinois, avec Guan Yu et des tas de dragons. C’est un temple bouddhiste, mais d’une version bouddhiste rapportée de Chine en Thaïlande, vers la fin du dix-neuvième siècle, lors d’une importante vague d’immigration.

Temple chinois

Dans cette même catégorie du Bouddhisme chinois, on repère également une immense Guan Yin, la bodhisattva qui incarne la compassion. Et un gong géant qu’on peut frapper pour attirer la bonne fortune.

Temple chinois

 

Bouddhisme Thaï

Puis vient la zone du Bouddhisme thaï. On y brûle de l’encens. On y prie des bouddhas debout, des bouddhas assis, des bouddhas couchés. Et l’on s’incline devant des statues de moines, taille réelle. Ils font plus vrais que nature à tel point qu’on se demande s’ils sont vivants ou non. On en voit souvent dans les temples et ils me perturbent toujours. (Au début je croyais que c’était des vrais moines embaumés, et j’étais encore plus mal à l’aise). (Et il m’est aussi arrivé parfois de passer devant ce que je croyais être des faux-moines-statue, avant de me rendre compte qu’ils respiraient. Bref, c’est un peu flippant.)
Fleur de Lotus
Tout au bout, on termine sur une énorme fleur de lotus rose flottant sur le fleuve. C’est tout l’art de mêler le spectacle et la religion. Les fidèles y alternent les offrandes et les selfies dans des poses gracieuses et romantiques.

 

Phra Rahu

Un peu à l’écart enfin, on note un bâtiment surmonté d’un immense Phra Rahu. Phra Rahu est un géant divin que l’on retrouve à la fois dans la mythologie Hindoue et le Bouddhiste. Il mange régulièrement le soleil ou la lune, provoquant ainsi les éclipses.

Phra Rahu

De ci, de là, et au milieu de cette cohue, les marchands du temple. Le curieux y achète des amulettes et des jeux en plastique made in China pour les enfants. On se restaure, on boit un coup, et on grignote, avant de passer au dieu suivant en devisant gaiement.

 

Pêle-mêle sacré au Wat Saman Rattanaram

Pour des esprits occidentaux tant de religions et de divinités rendent l’appréhension de ces lieux un peu confuse. Mais la pensée asiatique est souple et retient plus la complémentarité de ces cultes que leurs antagonismes. Ces religions restent par ailleurs étroitement liées, puis que le bouddhisme chinois et le bouddhisme thai sont tous deux issus de l’Hindouisme.

Sacre Pele-Mele

Enfin, certains de mes amis m’ont proposé une version très pragmatique qui se défend aussi: dans la mesure où l’on ne peut être sur de qui est le « vrai » dieu, autant les prier tous un peu pour multiplier les chances de salut. Finalement, plusieurs précautions valent toujours mieux qu’une.

Money money money…

Dans les temples de Thaïlande, je suis souvent surprise des rapports tres étroits entre religion et argent. Pas une divinité n’est invoquée sans qu’elle n’ait droit à son tribut. De l’encens, une bougie, des fleurs, un peu de feuille d’or ou des devises sonnantes et trébuchantes. Dans l’esprit des fidèles, on augmente ainsi les chances de voir ses vœux se réaliser et l’on améliore son karma, pour maintenant et pour ses existences à venir.

Lancer de pieces

Certaines institutions religieuses sont ainsi tres riches. Cela mène régulièrement à des débats publics houleux quant à la probité des moines et à la nécessité ou non, pour eux, de vivre dans la pauvreté. Je n’entrerai pas dans ces débats: ce n’est ni ma société ni ma religion. En revanche, je m’amuse toujours de l’ingéniosité des concepteurs de lieux, pour pousser à l’offrande:

  • Tapez trois coups sur l’immense gong chinois pour voir vos souhaits se réaliser. Et faites une offrande…
  • Visez un bocal sacré avec des pièces… Plus vous tirerez en plein dans le mille, mieux vos vœux se réaliseront!
  • Distribuez une à une des pièces dans les bols disséminés tout autour de la fleur de lotus géante.
  • Variante: distribuez une à une des pièces dans chaque bocal des statues de moines plus vrais que nature qui se tiennent en rang d’oignon.
  • Achetez une bougie « fleur de lotus ». Faites la flotter sur l’eau d’une fontaine.
  • Alimentez en huile une lampe sacrée.
  • Deposez une requête à l’oreille du rat de Ganesh. Et faites une offrande…

Rat de Ganesh

Bref, quand on arrive dans un temple, j’ai généralement des kilos de pièces sur moi (rapport à Papa-Tout-Terrain qui les laisse toujours traîner)… Quand on repart en revanche, je suis fort légère! … Cela dit, comme les moines ont pensé à tout, il y a même des « bureaux de change » billets-pièces un peu partout, pour ceux qui n’ont pas de Papa-Tout-Terrain sous la main.

 

Emplettes et délices

Nous terminons par quelques emplettes de bouche. Les premières mangues de la saison. Des pamplemousses. Des melons. Et des mini ananas, craquants, juteux et si sucrés.

J’hésite devant quelques sauterelles grillées avant de renoncer: les insectes sont souvent pleins de pesticides. Ce n’est pas l’idéal quand on allaite un bébé. (Ok, ce n’est jamais l’idéal, en fait, mais quand même, c’est bien bon…) Je me rabats sur des caramels au durian. Oh! Et des œufs de cent ans, mon délice de Chine! Ce sont les mêmes en Thaïlande, mais leurs coquilles sont teintes en rose. Bien entendu, j’ai craqué aussi…

Dragon

Les enfants nous réclament un arrêt final au stand des petits gâteaux pour des cigares croustillants au sésame, des petites crottes addictives à la noix de coco, et de jolis biscuits colorés, traditionnellement proposés lors des mariages.

Avais-je mentionné qu’il y avait très souvent plein de trucs bons à manger, autour des temples?

Le soir où j’ai mangé deux kilos de canard

Eté 2006. J’ai vingt-trois ans.

Après une longue année en France, je viens de retrouver la Chine que j’aime tant. Je vais y travailler tout l’été, dans une petite ville provinciale. Je me réjouis de cette occasion de découvrir la Chine des campagnes!

C’est la fin de mon premier jour de travail. Ce soir, pour fêter ça, je me fais un restau! Même toute seule! Je salive d’avance, en pensant aux spécialités locales que je vais retrouver.

Il est dix-neuf heures. Petit contretemps: je découvre que la ville a fini de diner. Les habitants d’ici se lèvent tôt et se couchent tôt. Les restaurants sont déjà fermés. La campagne est bien différente de Shanghai, qui ne dort jamais!

Coup de chance.

J’avise un établissement encore allumé. C’est un restaurant de fondue chinoise. L’on y fait cuire ses aliments à table, dans le bouillon d’une grande marmite. Il s’agit généralement de lieux de convivialité. Rares sont ceux qui y mangent seuls. Mais il est hors de question que je revoie mes plans. Ce soir c’est restau!

« Vous servez encore? » Le jeune serveur maigrichon a la mine sympathique. Il doit un peu s’ennuyer. Le restaurant est certes complètement vide, mais le décor est chaleureux. Je n’y serai pas mal.

Fondue chinoise / Hot pot / Huo guo

Point de menu en anglais, ni d’images: il n’y a pas d’étrangers dans le coin. Je fais appel à tous les caractères chinois dont je me souviens, et tente de les coordonner avec mes préférences culinaires. Je choisis un bouillon épicé. Puis du potimarron, du pak choï, des champignons, du tofu. Tiens du canard… Pourquoi pas! Oui, du canard. Et une sauce… Zut j’ai oublié le nom des sauces. Et elles ne m’évoquent rien à la lecture. Tant pis, je ferai sans.

Le serveur relit ma commande et insiste au niveau du canard: « si jin wu?!? »

Je ne comprends pas.

Je le fais répéter. Non, je ne l’ai toujours pas. Bon en même temps il a dit « canard » et du canard, c’est bien ce que je veux. Alors je fais comme beaucoup de monde dans ces cas-là: je sauve les apparences. Je prends mon air le plus convaincu et confirme que oui c’est parfait!

Le service est toujours très rapide en Chine. Une jeune fille arrive presque immédiatement avec une grande casserole de bouillon. Une minute plus tard, deux autres employés m’apportent les plats de légumes.

Aïe. Les serveurs ne rentrent pas en cuisine. Ils restent à côté de ma table à m’observer en faisant le pied de grue. Vu le désert de clientèle, ils ne doivent plus avoir beaucoup de travail. Et-en toute modestie- je suis très intéressante: ce n’est sûrement pas souvent qu’ils voient des étrangers. C’est un peu contrariant car j’aurais aimé profiter en paix de mes retrouvailles culinaires avec la Chine.

En même temps, c’est très culturel, justement. C’est la vraie Chine. Regarder avec insistance, fixer un inconnu à cause d’une particularité physique ou parce qu’il semble exotique n’a rien d’impoli, ici. C’est la norme. Peut-être est-ce la surveillance omniprésente du temps du communisme qui a autant décomplexé le regard sur l’autre…

Entre temps, deux préposées à l’épluchage des légumes ont migré depuis les cuisines, avec leur grande bassine. Elles se sont installées à une table proche, avec vue sur moi, mêlant ainsi l’utile à l’agréable, et les corvées à la satisfaction de leur curiosité.

Chacun me regarde avec intensité.

Enfin, arrivent le serveur du début et le canard. En réalité, ce n’est pas du canard, mais UN canard. Un canard coupé en morceaux dans un grand saladier. Tout se consomme en Chine. Je vois bien le cou de l’animal. Ah bah oui! Et la tête! (On m’avait dit un jour, que la manger donne de jolis cheveux.) Et les pattes palmées!

… Et une mémé m’apporte, dans un bol, le dernier élément manquant: le sang coagulé de la bête.

Si l’on calcule bien j’ai maintenant sept spectateurs. Sans compter le canard qui semble me narguer depuis son saladier. Tout d’un coup j’ai moins faim, mais quand faut y aller, faut y aller.

J’essaye de faire abstraction des regards qui me fixent, en me concentrant sur mon bol et mes baguettes. Je commence à faire cuire mon canard. Et je mange. Vite d’abord, vu l’ampleur de la tâche qui m’attend. Puis moins vite, par effet de la satiété. Je me fixe des objectifs: encore cinq bouchées et je pourrai boire une gorgée de bière…

Vous vous demandez sans doute pourquoi, comme n’importe qui, je n’ai pas laissé tomber mon canard et mes spectateurs, une fois rassasiée.

Eh bien je n’ai tout simplement pas osé.

J’ai pensé un temps offrir à mon assistance de partager ce canard, mais s’ils l’avaient mal pris?… J’aurais pu partir en laissant la moitié des mets non consommés, mais quelle image aurais-je donné des étrangers!… Planquer des bouts de canard dans mon sac? Irréaliste, tant j’avais d’observateurs. Et quel cliché étonnant des étrangers aurais-je alors été véhiculée! Un « doggy bag »? Je n’en n’avais jamais vus dans ce type de restaurants… Et ç’aurait été à moitié avouer mon erreur…

Bref il m’a semblé à ce moment-là que la meilleure solution était de me prétendre affamée et de manger ce qu’il y avait dans mon assiette d’un air guilleret. Et j’en suis venue à bout! De toute évidence, ça n’a pas été les instants de plus grande clairvoyance de mon existence.

Sur le chemin du retour, la panse lourde, j’ai cherché à reconstituer le déroulement de la soirée et comprendre ce qui avait bien pu clocher. D’habitude dans ces restaurants, les viandes sont servies en portions découpées à taille humaine…

… Et c’est là que j’ai eu une illumination post-mortem: « si jin wu! »… Ah oui! C’est ça! Ca voulait dire « quatre livres et demie! »… Je me suis soudain sentie allégée d’un grand poids.

L’histoire ne dit pas ce qu’ont pensé mes sept spectateurs. J’imagine qu’au coin du feu, ils racontent désormais à leurs petits enfants comment un soir, une étrangère a enfilé sous leurs yeux ébahis un canard entier. Ou serait-ce un sanglier?…

Potimarron farci - plat du nord de la Chine