Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

Beautés confidentielles de Kamphaeng Phet

Il y a trois ans, Kamphaeng Phet nous avait éblouis de ses vestiges médiévaux restés relativement confidentiels, quoique grandioses et majestueux. C’est donc avec enthousiasme que nous avions à nouveau programmé cette destination dans le cadre de notre week-end « Remonter le temps en Thaïlande« .

Le destin a voulu que cette visite tombe le jour de la cérémonie de crémation du feu Roi Bhumibol. Ce jour là, la Thaïlande entière se rassemblerait dans les centaines lieux officiels destinés au recueillement populaire, pour suivre les solennités sur écran géant, prier, et rendre un dernier hommage à Rama IX.

Nous n’aurions pas notre place dans ces rassemblements. Aussi avons-nous décidé de poursuivre nos visées touristiques, avec tout le respect possible pour le deuil de nos amis et nos collègues thaïs. Nous étions habillés en noir. (En sombre pour les enfants qui n’ont pas d’habits noirs.) Discrets et aussi silencieux que possible. (C’est-à-dire objectivement pas tellement silencieux, avec trois enfants en bas âge, même s’ils ont fait de leur mieux.) Et surtout, nous nous sommes tenus à l’écart des cérémoniaux. Il nous a semblé qu’une curiosité trop forte, de la part d’étrangers, aurait été malvenue.

Tout était fermé ce jour là. Même les 7-Eleven, ces petites épiceries de dépannage, ouvertes tous les jours et toutes les nuits de toute l’année. Une marque forte d’attachement à l’héritage du Roi Bhumibol. En cinq ans, nous n’avions jamais vu l’une de ces boutiques fermées!

Le gros des sites touristiques, en revanche, était resté ouvert. C’est une bonne illustration du pragmatisme asiatique, je trouve. Un pays qui vit du tourisme fait en sorte de préserver ses visiteurs des aléas de la vie nationale. C’est respectueux et efficace. Pas comme la Tour Eiffel qui ferme a chaque grève, quoi.

 

Le Parc historique du nord de Kamphaeng Phet

Les vestiges de Kamphaeng Phet sont répartis en deux parcs historiques. L’un se situe au centre-ville. Il consiste en deux temples royaux, qui avoisinaient un palais aujourd’hui disparu. Un kilomètre et demi plus au nord, l’autre parc historique comprend une trentaine de temples tapis dans une vaste forêt. Nous commencerons par celui-ci, dont nous avions donc moins bien pu profiter, trois ans plus tôt.

A l’entrée, un vieux garde nous reçoit avec le sourire. Il est vraiment très prévenant. Peu d’étrangers doivent passer par là, et surtout pas avec tout plein d’enfants (mignons). Il ne parle pas anglais mais nous donne un bon tas de prospectus sur le site –en thaï- pour nous être agréable. Il nous indique le Visitor Center.

Parc Historique de Kamphaeng Phet

Nous hésitons à entrer. A l’intérieur, tous est noir. Devant les gestes encourageants du garde, nous poussons tout de même la porte. Dedans, c’est un véritable congélateur. Deux jeunes gens –congelés donc- sont en train d’y regarder la cérémonie de crémation du Roi, assis par terre, sous un tas de couvertures. Pas plus anglophones mais tout aussi complaisants que notre premier interlocuteur, ils nous redonnent à nouveau un grand tas des mêmes prospectus.

Nous ne voulons pas les déranger. Nous leur faisons signe de retourner à leur télé et parcourons rapidement le petit musée. Trop rapidement hélas, car une vidéo préenregistrée diffuse des sons quelque peu inquiétants. Petit-Deux est mort de trouille et nous supplie de quitter les lieux au plus vite. On lit tout de même quelques intéressants encarts historiques pour replacer le site dans son contexte. Et surtout, on observe avec les enfants un modèle réduit du parc historique. Une bonne entrée en matière pour discuter ensemble des temples et de leur situation.

 

Retrouvailles avec Wat Avas Yai

Le parc est immense. Nous y visiterons sept temples, soient à peine un quart de ceux répertoriés sur la plaquette… Nous ne sommes pas des visiteurs qui visons à la productivité cela dit: ce nombre nous suffira amplement pour bien profiter des lieux avec les enfants. Dans le parc, il faut se déplacer en voiture car les distances sont grandes. Nous ne mettrons pied à terre que pour découvrir les vestiges.

Nous partons sans méthode. Essayant de jeter un coup d’œil aux édifices majeurs tels qu’indiqués sur le guide. Et nous arrêtant au gré de nos goûts, de nos intuitions, de la lumière ou des ombres, plus jolies ici ou là-bas, en fonction du moment.

Il suffit de traverser l’allée pour commencer à baigner dans les richesses siamoises. Wat Avas Yai n’est pas l’édifice le plus grand, ni le mieux conservé, ni le plus remarquable. Mais nous le parcourons avec l’allégresse de ceux qui retrouvent un vieil ami. Nous nous sentons bien et à notre place. C’est bien pour tous ces gros copains de pierre que nous étions venus!

Les garçons, de leur côté, ne tardent pas à découvrir de belles graines rouges et brillantes, qu’ils s’empressent de ramasser pour faire collection. C’est vrai qu’elles sont très belles, ces graines, d’ailleurs! Et pas facile à attraper dans les petits trous de latérite. Cela donne lieu à des stratégies intéressantes pour repérer le bon arbre, et le sol propice au ramassage… Bref, chacun se passionne bientôt pour ses propres activités tandis que Miss-Trois passe gaiement d’un groupe à l’autre, sans vraiment comprendre le sens de l’allégresse ambiante, mais bien décidée néanmoins à y prendre pleinement part.

Kamphaeng Phet - Wat Avas Yai

 

L’élégance sombre de Wat Sing

Un peu plus loin, c’est en silence que nous parcourons le ténébreux sanctuaire de Wat Sing. De sa pierre sombre et de ses lignes pures, il se dégage une grande sérénité, propice au recueillement. J’admire la beauté dépouillée de son bouddha principal. Le stuc d’origine a disparu. De la statue sacrée ne subsiste qu’une silhouette en briques de latérite. Une silhouette d’une élégance incomparable.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Un groupe de moines orangés visite le site en même temps. Leur pèlerinage a bien entendu des visées beaucoup plus religieuses que le nôtre. Ils prient beaucoup et photographient tout autant. Ironie de la société de consommation, ces vieux messieurs sensés vivre dans le dénuement sont équipés des mêmes téléphones portables dernier cri que les nôtres.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Du hall de cérémonie de Wat Sing, il reste quelques colonnades, ainsi qu’un Chedi qui aurait abrité des figures de bouddha, en direction des quatre points cardinaux. Nous découvrons qu’à un siècle de là, ce Chedi était encore recouvert de stucs et de peintures, et que les Bouddhas n’avaient pas encore disparu. Il semble donc que même dans une période très moderne, ces temples vieux de cinq cent ans se soient détériorés rapidement. C’est assez triste pour le patrimoine de la Thaïlande. Qu’en restera-t-il pour nos petits-enfants?

 

Wat Phra Si Iriyabot et son bouddha debout

De l’autre côté de l’allée, on distingue un bouddha, immense, dressé vers le ciel. Je me souviens très bien de cette image qui, il y a trois ans, m’avait coupé le souffle, alors que je l’entrapercevais pour la première fois. C’est le bouddha debout du Wat Phra Si Iriyabot, l’un des édifices les plus grandioses du parc.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Si Iriyabot

Du sanctuaire, il reste les bases d’une immense salle de prière (vihara) orientée à l’ouest, en direction d’un Chedi monumental. De ses vestiges, plutôt. Ce sont eux qui abritent cet incroyable –et unique- bouddha debout. Il y a six siècles, le Chedi encore intact comportait quatre niches énormes, et quatre statues de la divinité, debout, assis, couché, et marchant. Au fond des autres écrins vides, on devine encore le contour de leurs silhouettes, dans les nuances de la pierre et à l’usure de la brique. Images émouvantes des cultes anciens qui s’estompent au fil des jours.

 

La majesté massive de Wat Chang Rob

D’un grand coup de voiture, nous nous dirigeons vers le Wat Chang Rob, tout en ouvrant grand les mirettes pour profiter de toutes les ruines sur la route. Il fait chaud. Moins chaud que la dernière fois, où nous étions venus au moment de Songkran, la période la plus chaude de l’année. Mais très chaud quand même. Bertha passe de mains en mains. (Bertha c’est ma grande gourde vert kaki, acquise depuis que j’ai décidé de réduire nos déchets plastiques. En plus d’être énorme et aux couleurs militaires, elle a vaguement une forme d’obus. D’où le nom que nous lui avons choisi.) Nous veillons à ce que les enfants ne se déshydratent pas.

Wat Chang Rob est érigé sur le même modèle que Wat Phra Si Iriyabot. Un vihara et un immense Chedi, côté ouest. La partie supérieure de l’édifice a été détruite. Mais la base qui subsiste est incroyablement décorée de caryatides en forme d’éléphants, qui émergent de la pierre à mi-corps.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

En certains endroits, sur les grosses pierres de latérites, les stucs sont admirablement conservés. Ils contrastent, par leur finesse, avec l’aspect massif du corps du sanctuaire.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

 

Petits temples confidentiels, perdus dans la verdure

Poursuivant nos flâneries dans le parc historique, nos roues nous mènent à l’entrée de temples mineurs, sans doute rarement visités. Il n’y a d’ailleurs que de vagues chemins de terre pour s’y rendre. Nous hésitons à les emprunter, de peur d’y enliser la voiture.

Nous cherchons des indices du regard. A travers un épais feuillage, nous devinons la sculpture épurée d’un bouddha, à la silhouette sereine et empreinte de dignité. Avec Papa-Tout-Terrain, nous avons tous les deux les yeux qui brillent. Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Bien sûr! Nous ne pouvons manquer d’y aller voir! Nous sommes excités comme dans une fête foraine. « Bon, elle va se débrouiller, Titine hein?… Au pire on poussera… » Titine c’est la voiture. (Il semble que nous baptisions volontiers les objets de notre quotidien.) Et Titine s’est est sortie comme un chef!

Kamphaeng Phet - Wat Tao Mor

Nous nous ruons hors de la voiture. Les enfants traînent un peu des pieds. Ils fatiguent. Cri étouffé de Petit-Un: « Oh, il y a encore plus de graines, ici! » Alors que nous allions leur proposer de rester dans le véhicule, les enfants s’égaient en poussant des cris joyeux. Nous les verrons à peine pendant les longs instants qui suivront, et ce sera effectivement leur meilleure récolte du périple!

Kamphaeng Phet - Wat Mha Phi

Wat Tao Mor, Wat Mha Phi, Wat Mondop… Autant de modestes sanctuaires plongés dans la verdure. De petites niches abritant de minuscules silhouettes sacrées. Quelques troncs de bouddhas dans une latérite sombre et rongée par les ans. Les restes de deux bouddhas assis. Le chant des oiseaux. L’odeur et le bruit des feuilles. Notre bonheur pourrait se résumer à un peu de tout cela.

Cela fait déjà trois heures que nous flânons. Les enfants sont encore alertes et joyeux, mais nous savons que nous devons limiter le temps de nos visites.

 

Cérémonies de crémation royale

Nous décidons de terminer notre journée par une traversée plus rapide du second parc historique de Kamphaeng Phet, celui qui se situe au centre-ville. Alors que nous quittons le parc, le garde de l’entrée hésite une seconde et nous fait de grands gestes pour nous arrêter. Il court de direction de la voiture… et nous donne un tas de prospectus du site.

Dans le centre de Kamphaeng Phet, beaucoup de familles thaïes vont et viennent, pour assister aux cérémonies de la crémation royale. Chacun est habillé de noir. Des robes jusqu’aux chevilles, des pantalons et des chemises à manche longues. Tout le monde est sur son trente-et-un, surtout les personnes plus âgées. Beaucoup semblent même sortir de chez le coiffeur, avec des chignons compliqués. A deux pas de là, nous entendons les sons d’un grand rassemblement mémoriel. Partout, les rues sont décorées d’œillets jaunes, à la couleur du feu Roi.

Chiffre du Roi Bhumibol en oeillets jaunes

De ce que nous aurons vu par intermittence à la télévision, les solennités ne ressemblent en rien à un enterrement à l’occidentale. Commencées très tôt le matin, elles dureront jusque tard dans la nuit. En une alternance de prières psalmodiées, de musiques, d’hommages de la part de délégations religieuses, militaires, nationales, régionales, royales, étudiantes… Puis à nouveau des musiques, des danses, des prières.

Avec nos esprits français, je crois que Papa-Tout-Terrain et moi attendions « qu’il se passe quelque chose ». Style la crémation, en tant que telle. Ou un discours. Dans une perspective plus asiatique, il nous a semblé, avec un peu de recul, que ce dernier hommage au Roi Bhumibol était un processus complet, bien plus qu’une cérémonie avec un début et une fin. Nos amis et collègues thaïs, d’ailleurs, se sont rendus aux rassemblements à des heures variées, restant un moment puis repartant, à l’heure où d’autres arrivaient.

 

Les richesses du Wat Phra Kaeo

Le second parc historique est tout aussi désert. Nous retrouvons avec grand plaisir les richesses du sublime Wat Phra Kaeo. Mais il commence à pleuvoir. Et Miss-Trois râle en cherchant le sommeil dans la poussette. Et les garçons montrent de premiers signes de faiblesse. C’est bien normal. Il va nous falloir faire vite… nous nous limiterons à un petit tour de piste, juste pour le plaisir.

Du Wat Phra Kaeo, je garderai surtout deux images extraordinaires. Des éléphants caryatides, à la base d’une stupa plutôt modeste. Si ces statues sont bien moins richement travaillées qu’à Wat Chang Rop, elles sont exactement à hauteur d’homme. La proximité de ces pachydermes vieux de cinq siècles est très émouvante. Ils me semblent presque vivants, avec leur profil massif et leur regard si doux.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

Un peu plus loin, deux bouddhas assis et un bouddha couché se sont, eux aussi, comme arrêtés dans le temps. Ils respirent la droiture et la sérénité.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

En arrière-fond, le Wat Phra That, à l’architecture massive. Nous ne lui feront qu’un petit coucou de la route, en partant, cette fois-ci… Car la pluie a fini par nous surprendre. Nous rejoignons tous la voiture en un galop effréné, désorganisé et joyeux! Le week-end commence vraiment bien!

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

 


Les parcs historiques de Kamphaeng Phet en pratique:

  • Coordonnées GPS du parc historique au nord de la ville: 16.506814, 99.519722 Il s’agit de l’entrée qui donne sur le Visitor Center. Faites le détour, car des informations intéressante y sont proposées, en guise d’introduction au site. (Il existe également une entrée sud.)
  • Coordonnées GPS du parc historique du centre-ville: 16.489851, 99.516196
  • L’entrée de chaque site est de 100 THB par personne. Un ticket groupé à 150 THB permet de visiter les deux sites.
  • Ouverts de 6h à 18h, tous les jours.

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!

 

 

Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Ubon Ratchathani et la malédiction du musée Khmer

Comme un seul homme, les enfants se sont endormis au fond de la voiture, à l’issue de notre éprouvante séance de grillades. Quel dommage: nous arrivons justement dans la province d’Ubon Ratchathani, à proximité d’un nouveau temple Khmer. Tant pis pour eux! Nous les laissons dormir et nous relayons pour la visite. Le sanctuaire est de taille modeste. Ca ne sera pas très long.

 

Prasat Baan Ben

Prasat Baan Ben est un petit temple Khmer qui s’est laissé doucement glisser dans le monde contemporain, sans vraiment s’en rendre compte. Un jour, on lui a adjoint la caserne des pompiers du village. L’emplacement devait sembler pratique ou dégagé. Du coup, la police également s’est installée à côté. Et enfin, aussi, une sorte de bâtiment administratif central. Sans un regard pour cette agitation moderne, le sanctuaire est reste impassible, plein de prières et de pierres moussues.

Prasat Baan Ben

Il est si rare de visiter sans les enfants. J’ai grand plaisir à m’imprégner de la sérénité des lieux. Des arbres centenaires. Trois Prangs de briques, rendus vulnérables par le poids des ans, et qui commencent à pencher dangereusement. Des taches de cire jaune, coulures de cierges un jour déposés en offrande. Les bruits des insectes. Les mêmes qu’il y a mille ans. Les rais du soleil qui se faufile entre les feuilles et joue sur le robuste socle de latérite.

Prasat Baan Ben

Un roman à la main, je m’installe ici pour l’après-midi. Pour m’imprégner du lieu et de son odeur. Ecouter les murmures du temple. Idée fugace et irréaliste. Ils sont quatre à m’attendre dans la voiture. Entre les piles du sanctuaire, je laisse un peu de mon âme vagabonder encore.

La malédiction du musée d’art Khmer

A l’arrière, tout le monde dort encore profondément. Nous reprenons la route. Papa-Tout-Terrain en profite pour me montrer qu’il a trouvé sur le tableau de bord une fonctionnalité formidable pour discuter avec sa voiture: « Please, set temperature to 27 degrees« , articule-t-il fièrement. « Sorry » lui répond alors la voiture, « I cannot find anyone called John. » Effectivement la voiture parle, mais c’est un beau dialogue de sourds. Je ne suis pas très convaincue.

Nous atteignons Ubon Ratchathani, que nous devons visiter le lendemain. Tiens, voila justement le musée national de la ville! Il parait qu’il est d’une grande richesse. Petit détour pour vérifier les horaires d’ouverture, immédiatement suivi d’une déception cuisante. Demain, c’est mardi, et c’est fermé! Je crois qu’il existe une forme de malédiction du musée d’art Khmer dans notre famille. C’est bien simple, à chaque fois qu’on veut en découvrir un, il se débrouille pour être indisponible. Vacances, fermeture hebdomadaire, travaux… de Surin à Phimai en passant par Angkor, toutes les excuses y sont passées! Il doit bien y avoir un drôle de mystère là-dessous. Qui sait, c’est peut-être même un coup de Toutankhamon, revenu exprès parmi nous pour jouer avec mes nerfs. Bref, je m’égare. C’est la faute à pas de chance (ou plutôt à ma planification boiteuse), et c’est extrêmement agaçant.

La pagode du Wat Thung Si Mueang

Fautes de Khmer, nous visiterons du Bouddhiste: le Wat Thung Si Mueang. Si le temple n’a aucun intérêt (non… ne partez pas, revenez) c’est juste à côté qu’il faut regarder. Au centre du bassin carré à l’eau saumâtre se dresse une magnifique pagode de bois du début du XIXe siècle. Elle abrite une réplique du pied de Bouddha et surtout une bibliothèque, où sont conservés des manuscrits sacrés. L’édifice sur pilotis est conçu pour éviter que les termites ne s’attaquent aux rouleaux anciens. On accède au corps du bâtiment par un petit pont. L’intérieur est magnifiquement décoré de peintures traditionnelles d’époque.

Wat Thung Si Mueang

L’endroit est extraordinaire, mais malheureusement mal entretenu. Il est plein de crottes de pigeons. C’est assez déplaisant, vu qu’on doit le visiter pieds nus. A l’intérieur, ça sent le phoque. (Enfin le pigeon.) C’est très dommage. Malgré tout, le Wat Thung Si Mueang vaut largement le détour, d’autant qu’il ne subsiste aujourd’hui que très peu de ces pagodes, d’un style classique de l’Issan. Ne le manquez pas si vous passez dans la région!

Wat Thung Si Mueang

 

Où l’on se retrouve avec nos trois bambins sur un parking louche

La nuit tombe. Les estomacs de nos enfants crient famine. Cela les rend irritables. Et irritants. Je les nourris au compte goutte d’un « papier comestible », commercialisé comme snack. (C’est en réalité une sorte de pain azyme mais les enfants sont si heureux de pouvoir manger du papier que nous ne les détrompons pas.) Hélas, mes réserves commencent à baisser dangereusement.

Nous tournons sans succès dans le centre ville. Il faut dire que si les Thaïs mangent volontiers au restaurant le midi ou dans l’après-midi, ils se contentent souvent d’une collation légère le soir, à la maison. Du coup, l’offre en terme de restauration s’en ressent. Surtout dans les zones peu fréquentées des occidentaux.

Nous suivons un panneau qu’on ne comprend pas mais qui nous inspire confiance, et nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague pas net qui a l’air de servir de parking. C’est un peu notre dernière chance avant la soupe de nouilles lyophilisée. Un vieux borgne boiteux nous demande de l’argent d’un air rogue. Il nous montre trois mots vaguement manuscrits sur une boite de Camembert et qui indiquent des frais de garage. Ca me met direct de bonne humeur. On paie pour voir et on poursuit dans la direction du panneau.

 

Un excellent diner dans un cadre à couper le souffle

Du parking, un sentier descend jusqu’au Mun, le fleuve qui traverse Ubon Ratchathani. Il débouche sur un pont de bambou, qui nous mène sans encombre à une petite île, lovée dans ce bras de rivière. Et là, un restaurant, où l’on mange dans de petites cahutes individuelles, sur pilotis. En attendant les plats, Papa-Tout-Terrain et les deux grands laissent nonchalamment traîner leurs pieds dans le courant. Quelques instants plus tard, nous dégustons enfin un somptueux dîner de spécialités locales, avec clapotis de vaguelettes et coucher de soleil sur le fleuve mordoré.

Diner a Ubon Ratchathani

Le paiement de l’addition sera long et fastidieux, car nous peinons à nous faire comprendre. Le montant total nous paraît très bas, aussi vérifions-nous plat à plat que tout a bien été décompté. Un groupe de clients curieux vient se greffer à nos délibérations. Peut-être veulent-ils nous aider mais ce n’est pas certain, vu qu’ils parlent aussi mal anglais que nous thaï. Ils sont ravis en revanche de papoter avec nos enfants. Papa-Tout-Terrain et moi nous tordons de rire en entendant Petit-Un mener la conversation comme un grand: « You know, I am older than my brother. And you? » Déjà que le grand type en face n’y pipait pas grand chose… alors franchement c’est tout de même carrément salaud de lui poser des questions pourries comme ça!

Diner a Ubon Ratchathani

Le voyage des moines au parc de Khao Phra Wihan

Cette histoire a commencé en 1907, avec des mecs qui ne savaient pas dessiner correctement une frontière. Des Français en plus. Au niveau du temple Khmer de Khao Phra Wihan, pouf, le crayon a dévié un peu et en un clin d’œil, le magnifique sanctuaire thaï est devenu cambodgien. C’est un non-sens par rapport au relief, car la frontière est tout du long marquée par un grand précipice… sauf au niveau du temple, avec un bout de falaise presque impossible a atteindre depuis le bas, mais qui appartient au Cambodge

Vue du haut de la falaise de Thailande sur le Cambodge

Cela dit, les Thaïs ne sont pas bien réactifs. Ils n’ont réalisé le problème que dans les années 1930. (Je n’imagine même pas le savon qu’il a pris, celui qui a signé la carte sans la relire…) Depuis, les deux pays se chicanent et s’empoignent régulièrement à propos de ce bout de territoire. Il y une quinzaine d’années, ça s’était tassé un peu. Les Thaïs pouvaient enjamber la frontière et directement visiter le monument.

Et puis voila qu’à partir de 2008, les deux pays ont recommencé à s’envoyer des baffes. En réalité pour des raisons de stratégie politique intérieure. Ils ont refermé les frontières et mis des militaires partout, des deux côtés. L’année dernière, on avait eu la chance de visiter le sanctuaire de Prasat Ta Muen Thom, qui a un peu les mêmes soucis, mais qui est du côté thaï, lui. Le temple était magnifique. Nous y étions seuls. (Avec des militaires). Nous avions adoré. Mais nous n’avions pas pu voir Khao Phra Wihan.

 

Perdus dans le parc national de Khao Phra Wihan

Du coup, cette année, avec l’énergie du désespoir, j’ai fait des pieds et des mains, façon Shiva, pour essayer à nouveau d’intégrer ce sanctuaire à notre itinéraire. (C’est vraiment un temple majeur de l’art Khmer celui-là.) En vain. (En réalité c’est possible mais très compliqué, très long, et pas faisable avec trois enfants en bas âge.)

J’avais lu en revanche qu’on pouvait voir le temple, de loin, depuis le Parc National éponyme, mais côté thaï. Je m’étais dit pourquoi pas, mais sans grand enthousiasme. Par dépit pour ce temple qui ne se laissait pas visiter, j’avais d’ailleurs bâclé la préparation de la visite du parc. Je m’étais même dit qu’on n’irait sûrement pas. Mais c’était sans compter sur Papa-Tout-Terrain a drôlement insisté. (On est aussi irrécupérables l’un que l’autre…)

Khao Phra Wihan National Park

Bref, c’est seulement lorsqu’on est arrivés à l’entrée du parc que je réalise que je n’ai même pas une carte des lieux en anglais. Impossible de se repérer. D’autant que toutes les indications sont en thaï. Alors que je Googlise frénétiquement, Papa-Tout-Terrain avance au radar. Tiens! Un panneau. En thaï. On s’engouffre dans le chemin de terre. On bout de cinq-cents mètres, on atteint un camp militaire. Zut! On est en plein sur la frontière avec le Cambodge. Et effectivement, il y a des militaires partout. On fait demi-tour discretos.

 

La surprise de Prasat Don Tuan

On ne sait toujours pas où on est. On arrive à une grosse barrière rouge intimidante. Avec deux petits vieux en marcel qui la surveillent en fumant des clopes. C’est la frontière. On fait quoi? On fait demi-tour. Ooooh! Noooon! Regarde, un temple! Par mes aïeux, un temple khmer! Et on ne le savait même pas! On se gare. Les deux vieillards nous considèrent, étonnés. Puis nous font un petit coucou pacifique. Tout est bon! Nous plongeons avec délectation dans les ruines.

Le sanctuaire s’appelle Prasat Don Tuan et date des 10 et 11ème siècles. Vu la période, il devait être dédié à Shiva ou Vishnu, car le bouddhisme ne se diffusera dans la région qu’à partir de la fin du 12ème siècle. Nous pénétrons entre les colonnades de l’allée centrale. Il est rare que ces pans d’architecture soient encore debout. A l’origine, ces colonnes devaient être surplombées d’un toit de bois, qui protégeait les fidèles du soleil et des intempéries.

Prasat Don Tuan

Un petit autel bouddhiste a aujourd’hui pris place dans le Prang principal. Les colonnes quant à elles sont entourées de tissus sacrés issus de cultes païens. Comme en de nombreux lieux de Thaïlande, les religions sont complémentaires, bien plus qu’antagonistes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, on distingue une autre barrière, plus rouge encore que la première et plus imposante. Il s’agit du vrai poste frontière. Et il est gardé par un tas de vrais militaires bien fringants, cette fois-ci. Ils n’ont pas l’air d’avoir envie de rigoler. Nous ne nous en approcherons pas. Autant ne pas chercher les ennuis.

 

Une zone très militarisée

Je n’ai toujours pas trouvé de carte satisfaisante. Il est possible que puisque nous sommes dans une zone de conflit et pleine de soldats, personne n’ose vraiment se mouiller. Google Map nous dit d’ailleurs qu’on est au Cambodge, ce qui n’est pas de l’avis du poste frontière. Bref, nous continuons à avancer au pifomètre. Il n’y a finalement pas beaucoup de routes.

Nous longeons toujours le Cambodge et les cantonnements militaires des deux camps. Nous ne sommes pas spécialistes mais il nous semble qu’ils ont du beau matériel! De fil en aiguille, nous arrivons ainsi à l’autre extrémité du parc, celle d’où nous pourrons voir le fameux sanctuaire khmer de Khao Phra Wihan.

Le parking est plein. Il y a des jeeps, des camions, des chars d’assaut, des tanks, des blindés garés un peu partout. (Bon, en fait c’est plutôt des véhicules légers, pas des trucs pour le combat, mais c’est pour donner une idée. Je ne suis pas spécialiste, moi.) Une espèce de grande kermesse militaire est organisée, visiblement à l’ occasion de Songkran, le nouvel an Khmer. Tout est très carré: c’est des soldats, tout de même. Les recrues sont assises en rang d’oignon devant une estrade en treillis ou se tient un concert de pop. L’ambiance est bon enfant. D’ailleurs, la plupart des touristes qui viennent pour le temple s’arrêtent un peu pour écouter les chanteurs.

Concert pour militaires a Khao Phras Wihan National Park

 

En souvenir des événements dramatiques de 1979…

Nous partons finalement à la recherche de Khao Phra Wihan (qui s’appelle Preah Vihear pour les Cambodgien). On longe la falaise qui marque la frontière avec le pays voisin. L’à-pic fait frissonner. Justement, un moine qui passait par là enjambe la balustrade, sans doute pour mieux voir. Ou méditer. Ou pour l’adrénaline. Ce n’est pas très clair, mais il faut être un peu fou pour faire ça. Il y a à peine dix centimètres de pelouse sous ses pieds puis le vide sur des centaines de mètres. Un militaire en charge des premiers secours accourt avec une mallette pleine de pansements et lui demande de revenir du côté des vivants. Sage décision, car les pansements n’auraient guère eu d’effet en cas de chute.

La vue est magnifique. Malgré tout, elle prête plutôt à la mélancolie. Car ces si beaux paysages ont été le théâtre d’un massacre d’une grande violence, en 1979. Nous avons une pensée pour ceux dont le destin a été brisé, en une nuit, sur ces falaises.

Pour faire court, c’est l’époque où la guerre civile bat son plein au Cambodge, sous le sanglant régime des Khmers rouges. Des dizaines de milliers de Cambodgiens fuient leur pays et se refugient en Thaïlande. La Thaïlande de son côté ne souhaite pas accepter la pression de cet afflux de refugiés politiques. Ils en appellent à la communauté internationale, qui fait la sourde oreille. Une nuit, l’armée thaïlandaise réunit alors des milliers de refugiés dans un camp près de Khao Phra Wihan, et les pousse vers la falaise. On comptera plus de trois mille morts et sept mille disparus.

 

Une merveille bien dissimulée

Au terme d’une courte marche nous atteignons enfin l’observatoire qui doit nous permettre de découvrir Khao Phra Wihan. Papa-Tout-Terrain fronce les sourcils. Ca n’est pas possible. Ce n’est pas ici. D’ailleurs c’est simple, on n’y voit rien!

Eh bien oui, on ne voit rien du tout. Soyons parfaitement honnêtes: en cherchant bien, on distingue tout de même l’allée processionnelle qui s’étale en pente douce jusqu’à un bosquet touffu, où l’on devine quelques ruines. Non, nous ne verrons vraiment rien. Et nous n’aurons même pas le droit de prendre de photos, car la zone est militaire, donc classifiée.

(Un peu plus tard, quand on a vu tout le monde mitrailler sous l’œil paisible des militaires de garde, on a aussi fait notre photo, finalement. Bon, on est d’accord, hein, on ne voit strictement rien.)

Le sanctuaire de Khao Phras Wihan vu de Thailande

Un peu déçus, nous passons à l’étape suivante du site: deux Stupas, symboles d’abondance, au milieu de canons et de roquette vaguement recouverts de treillis. Bon, c’est des Stupas, quoi. Elles ont l’air d’avoir été récemment érigées. Nos deux grands sont ravis, en revanche, car ils ont trouvé un tronc à remplir de piécettes. Tout autour, les jeunes militaires du concert se sont égayés sur le site touristique. Nous voyant, ils se bousculent pour être pris en photos avec nos enfants. Ravis de jouer aux stars, les garçons lancent quelques mots de thaï, à la volée, qui arrachent des exclamations d’enthousiasme de la part des jeunes gens.

Les deux stupas de Khao Phra Wihan

 

L’épreuve

Vient ensuite le moment que j’appréhendais. Il s’agit de descendre un grand escalier à flanc de falaise. Mon vertige et moi-même avons des nausées rien qu’à l’apercevoir. Hélas, depuis le début, je sais bien qu’il me faudra passer par là: cet escalier mène à un bas-relief Khmer du XIe siècle, magnifiquement conservé, et qui fait la célébrité du parc. Mon amour des vieilles pierres me perdra…

L'escalier qui descend vers le bas-relief de Khao Phra Wihan

Papa-Tout-Terrain part en éclaireur. Il me confirme que c’est très à pic, mais bien protégé. C’est rare en Thaïlande. Dans l’idée, les gens d’ici estiment que si votre heure doit venir aujourd’hui, c’est que c’était votre heure, et rien de sert d’essayer de s’en prémunir. C’est très rassurant, hein? Cette forme de philosophie fatalisto-bouddhiste est commune à beaucoup de pays d’Asie. Elle explique en particulier pourquoi de nombreux conducteurs de deux-roues ne se donnent pas la peine de porter un casque.

Fermons cette parenthèse pour bien nous concentrer sur les escaliers. Je serre si fort la main de Petit-Deux qu’il proteste que je lui fais mal. Et quand il voit ma tête, il me dit finalement que je peux serrer plus fort. Pas facile de serrer, d’ailleurs, tellement j’ai les mains moites et glissantes. On arrive au bas-relief, qui est effectivement somptueux. A flanc de falaise, et protégé par un toit de rocher, il est resté tel qu’il y a dix siècles. Je me demande juste qui est le fou qui s’est dit qu’il allait faire sa petite sculpture ici. Il faut vraiment être détraqué pour avoir une idée comme ça.

Le bas-relief de Khao Phra Wihan

 

Moines et moinillons

On remonte. J’ai des sueurs et des palpitations. On m’assoit. Papa-Tout-Terrain me donne deux ou trois baffes et ça va déjà mieux. Je m’assois sur un bout de rocher. Un vieux monsieur s’assied à côté de moi et essaye de me faire la conversation mais j’ai des soucis de concentration. Tiens, un groupe de petits moines. Ils sont mignons. Le monsieur me demande d’où on vient. Encore des moines… Je lui dis et lui retourne la question… Il a l’air étonné parce qu’il est Thaï. Un autre groupe! Ca alors, c’est fou le nombre de moines. Le monsieur ne sait visiblement plus poser d’autres questions en anglais. Moi je suis plutôt contente parce que ça me permet de me concentrer sur mes esprits.

Les moines arrivent maintenant à la queue leu leu, et a une cadence soutenue. Non je ne délire pas, ce sont des vrais moines. Papa-Tout-Terrain, qui prenait des photos un peu plus loin revient en courant. Hors d’haleine il me souffle: « T’as vu, il y a des moines?! » Oui, je ne pouvais pas les louper. A bien regarder il s’agit pour la plupart de moinillons, enfants et novices. Comme c’est les grandes vacances pour la Thaïlande, il participent certainement à un stage religieux.

Moines et moinillons a Khao Phra Wihan

De retour au parking, nous ne compterons pas moins de quinze bus pour déplacer ces minis ouailles. Cette rencontre impromptue nous aura donné l’occasion de quelques belles photos… C’est fou comme ça contraste joliment bien, un moine, sur fond de forêt tropicale!

 

La scandaleuse omission

Au terme de la visite, nous reprenons le principe des questions aux enfants:
– Vous vous souvenez de l’escalier qu’on a descendu, à flanc de falaise? Qu’est ce qu’on a vu, en bas? »
          Grand silence…
– Eh bien, ce grand escalier… où Maman avait peur… Vous avez oublié?…
– Non non on se souvient bien!
– Eh bien, il y avait quoi en bas?
– Ben rien. Un trou?
– Mais non… qu’est ce qu’on a regardé?…
         Petit-Un se frappe la tête
– Ah oui! Je sais! Je me souviens! Il y avait des bols!… »

Effectivement, il y avait des bols à offrande pour mettre sa piécette aux Dieux Khmers… De questions en interrogations, nous découvrons finalement que comme deux idiots, nous avons tout simplement oublié d’indiquer aux garçons qu’il y avait des sculptures khmères… et qu’ils ne les ont pas remarquées! Bref, c’est bien la peine d’emmener ses enfants en vacances!…

Moines, moinillons et militaires a Khao Phra Wihan

Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

 

 

Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

 

Sur les routes avec les enfants

On a entassé comme on a pu les valises et les sacs dans la voiture. C’est plein de poussière et de bouteilles vides. Et des papiers de bouffe, un peu. On rentre avec des sentiments mêlés. Le regret que ce soit déjà fini. Et du soulagement, à l’idée qu’on va pouvoir enfin nettoyer cette voiture qui colle de partout. C’est le dernier jour de nos vacances de Songkran, sur les routes de l’Isan. On égraine les kilomètres qui nous ramènent chez nous. Et on s’extasie encore et encore de nos belles découvertes. Des anecdotes incroyables ou toutes tendres. Des rencontres pétillantes. Et deux ou trois galères pour faire bonne mesure.

Moines novices en Isan

Moines novices d’Isan

C’était la deuxième année consécutive que nous partions pour l’Isan, pour notre unique semaine de vacances « loisirs » annuelle. C’est dire si c’est une région qu’on adore.

– Bon, touristiquement parlant, c’est pas le plus attractif. Mais qu’est-ce qu’on y a passé de beaux moments! Tu te souviens de ce qui a bien pu nous faire atterrir là-bas, au départ?
– Bien sûr, c’était les temples Khmers! Chez nous, c’est comme Pavlov, on entend « vielles pierres et ça nous fait saliver illico!
– C’est vrai! Il y a quelque chose de ça! Et puis on a découvert la beauté des campagnes jaunies par le soleil, les céréales qui sèchent au bord des routes, les buffles et leur pique-buffle. La gentillesse des gens, la simplicité et la lenteur du quotidien…

Cereales qui sechent au bord de la route

Céréales qui sèchent sur les routes d’Isan

– Ca me rappelle ce vieux monsieur de Ban Prasat… Tu revois? Il avait la peau si marron et lustrée qu’elle ressemblait a un papyrus… Tu sais, celui qui nous a vendu une guitare en peau de serpent… On aurait dit qu’il n’avait pas bougé depuis des siècles. Il ne savait même pas écrire. T’imagines à quoi ressemblait sa campagne, quand il est né? Et tous les changements qu’il a traversés…
– Et cet Anglais à Udon Thani… Quand il était arrivé, il y a vingt ans, il n’y avait pas de routes goudronnées ni d’électricité. Et pendant la saison des pluies, les gens avaient de l’eau jusqu’à la taille, dans les rues…

Buffles d'Isan

Buffles sur les routes d’Isan

Ca ralentit. Les usines rouvrent dans deux jours et c’est déjà l’heure du grand retour. Des files de pickups pleins à craquer essaient de ruser pour doubler en premier sur cette route de deux voies et demie. La « demie » du milieu est réservée aux croyants, certains qu’une place au paradis les attend. Parce nous nous en tout cas, nous ne nous y aventurons pas. En Thaïlande, les routes sont parfois un peu Rock & Roll, quand même. Enfin, les conducteurs, surtout.

– Et quel plaisir de voyager avec les enfants. Ils ont été idéaux, cette année encore…
– Enfin presque… surtout après le bon savon du deuxième jour. Comme quoi, un petit coup de pression, ça aide toujours à se mettre dans l’ambiance. Mais quel plaisir de voir combien ils commencent à profiter des lieux, des explications…
– Petit-Un m’a dit hier que ce qu’il avait préféré du voyage, c’était le temple Khmer de Phanom Rung, ses dédales de couloirs sacrés, ses Nâgas et ses chauves-souris. J’adore qu’on puisse partager ça avec lui!

Nagas de Phanom Rung

Des Nâgas de Phanom Rung

– Et t’as demandé à Petit-Deux aussi?
– Tu ne devineras jamais ce qui l’a le plus marqué… Les ascenseurs!
– Tiens donc! On a déjà dû essayer la moitié des ascenseurs du pays! D’ailleurs, je ne sais pas si t’as remarqué, mais si on veut rappeler un endroit à Petit-Deux, il suffit de lui décrire l’ascenseur.
– Plaisanterie mise à part, il s’est drôlement intéressé à nos visites, ce p’tit bonhomme. Il a retenu les noms, les histoires, et très bien compris les contextes.
– C’était une tres bonne idée, d’ailleurs, ces interrogations orales de fins de visite! Ca nous a coûté deux paquets de Mentos pour la semaine, mais quelle motivation pour les enfants, au moment de répondre à nos quizz!

Les garcons

Les garçons feuilletant ensemble une revue automobile

Ca ralentit encore. Le pick-up de devant se fait asperger d’eau orangée. C’est le dernier jour des festivités de Songkran. Cette année pour la première fois, nos enfants ont eu l’occasion, eux aussi, de balancer des seaux d’eau sur les passants depuis le bord de la route. Un grand moment d’anthologie que je vous raconterai bientôt. (Je vous raconterai tout le voyage en fait… aujourd’hui, c’est juste une mise en bouche.) Au fil des chemins, notre voiture en a vu de toutes les couleurs… Du talc, du rouge, du rose, du vert, et la poussière ocre des chemins. Papa-Tout-Terrain a même inscrit « Parent-Tout-Terrain » sur la portière. (Il l’effacera, à la va-vite avec sa chaussette lorsqu’il réalisera qu’on l’avait oublié, le lundi matin en arrivant au bureau.) C’est un condensé de notre beau voyage que l’on retrouve sur la carrosserie… On ne peut pas s’empêcher de sourire quand on la regarde.

Titine

La fameuse Titine

On lui en fait voir à notre Titine! (Oui, Papa-Tout-Terrain a donné un nom à la voiture. A vous aussi, ça vous fait bizarre?) Pleine comme un œuf et remplie par tous les bouts, elle nous a vaillamment secondé à chaque étape du voyage.

Sur les routes avec les enfants

On passe devant l’entrée du parc naturel de Ta Phraya. Ca fait déjà quatre heures qu’on roule, pour un trajet qui aurait dû en durer la moitié. Il est temps de se dégourdir les jambes. On s’y engouffre. Personne pour nous vendre de billets à l’entrée. Papa-Tout-Terrain cherche partout et trouve un ranger égaré dans le Visitor Center. Il parle aussi peu anglais que nous le thaï. « Ticket? Ticket? » Le fonctionnaire balaie la question d’un revers de main. Les points d’intérêts des lieux? On mime une chute d’eau sans éveiller une lueur d’intelligence. En désespoir de cause, on se dit qu’on verra bien.

En fait il n’y a pas de route. Juste un chemin avec beaucoup d’ornières. Ca cahote dur. Et ça réveille Miss-Trois.

– Quand même, elle est incroyablement tout-terrain, notre Miss-Punk! Elle nous a suivis partout, sans jamais râler, toujours les yeux grands ouverts à tout regarder.
– C’est juste un bébé idéal! Elle dort discretos dans le porte-bébé quand c’est son moment. Elle boit quand on lui propose. A la bouteille, même! Elle a un bon coup de fourchette et aime tout, le riz frit et n’importe quel légume… Elle n’a jamais faim ni soif ni trop chaud ni trop froid…
– Clairement, on va pouvoir en faire quelque chose, de cette enfant! C’est de la bonne graine! Tu crois qu’on est fous, sur les routes avec nos bébés si jeunes?

Miss-Punk

La décidément très Tout-Terrain Miss-Punk

– Bah, finalement, elle est bien heureuse, elle. Elle a juste besoin de nous. L’environnement elle s’en fiche un peu, tant que ses frères sont là pour la faire se marrer et nous pour la câliner.
– Ou l’inverse… Je pense quand même qu’elle en gardera quelque chose en grandissant… Peut-être l’essence du voyage… Le plaisir de la curiosité, de regarder… L’esprit de découvrir et d’être ensemble.
– Oui, être ensemble… Ca fait une semaine que je rêve de pouvoir prendre une douche tout seul…

On roule depuis bien vingt-cinq minutes et toujours rien n’a l’horizon. (Il n’y a pas d’horizon, d’ailleurs. On est dans la forêt tropicale.) Un chemin est flèche sur la droite. Avec une photo d’ours. Ca n’est pas complètement rassurant mais on est en voiture. On voit décoller quelques magnifiques rapaces.

Papillons de Ta Phraya

Papillons du parc national de Ta Phraya

Dix kilomètres plus loin, on atteint le bout. Heureusement, parce que la route finissait par ne plus être très praticable. Il n’y a rien. Juste un panneau avec une photo de tigre. (Il en reste quelques uns à l’état sauvage en Asie.) On flippe un peu. Je n’ose même plus sortir de la voiture pour un besoin pressant. On fait demi-tour en priant pour ne pas tomber en panne. On a bien vu quelques voitures de rangers garées, mais pas âme qui vive. Enfin si, de magnifiques papillons qui se regroupent autour des flaques d’eau. Mais ce n’est pas eux qui pousseront si le moteur nous lâche. (J’ai souvent tendance à m’affoler pour un rien et imaginer le pire quand je ne suis pas à l’aise. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est bien plus placide.)

Au terme de plus d’une heure de pistes, nous retrouvons finalement la sortie du parc. Nous avons tourné en rond sans même oser mettre le nez dehors. Et les deux grands se sont endormis… Qu’à cela ne tienne, nous reprenons le chemin de la maison que nous rallierons finalement six heures plus tard. Les yeux pleins d’étoiles de nos belles vacances…

Procession Religieuse en Isan

Procession religieuse pour Songkran, sur les routes d’Isan

 

Carte Postale – Le Palais Mrigadayavan

Chers tous,

Un petit coucou du palais Mrigadayavan. Il s’agit de la résidence d’été de Rama VI, roi de Thaïlande au début du vingtième siècle. C’est à cette époque que la région devient le lieu de villégiature officiel des générations de rois qui vont se succéder

Le Palais Mrigadayavan se trouve sur une base militaire royale. Ça nous inquiète un peu. De nombreux points d’intérêt en Thaïlande, se trouvent dans des zones militaires, mais on ne sait jamais si les étrangers y seront acceptés. C’est bien normal mais toujours un peu stressant pour nous. On briefe les garçons pour qu’ils se tiennent correctement. On ouvre toutes les fenêtres de la voiture lorsqu’on arrive à hauteur des sentinelles. Chacun se tient bien droit et sourit de toutes ses dents. Soulagement: le garde nous fait signe d’entrer. Cette fois-ci, il n’y aura même pas besoin de laisser nos passeports.

Avant d’accéder au palais, nos tenues sont contrôlées. Ma robe de grossesse est jugée trop courte. Il faut dire que j’ai sacrement pris du ventre depuis son acquisition, et ça ne la rallonge pas! On m’équipe d’une jupe longue, que je fais tenir autant que faire se peut sur mon appendice géant. Le pan avant rebique toujours. Une jeune femme m’aide à me rhabiller décemment. Sauf que ça glisse maintenant. Papa-Tout-Terrain complète l’œuvre en me prêtant sa ceinture. C’est moche mais très confortable, au final!

Nous pénétrons dans les jardins du palais.

Ils bordent la mer. De larges esplanades d’herbe verdoyante sont caressées par la brise marine. Elles sont ombragées par des arbres tropicaux séculaires, soigneusement taillés, mais qui conservent tout de leur grâce originelle. En hauteur, de longs corridors de bois relient les appartements royaux à la plage. Ces extérieurs sont magnifiques de naturel et de simplicité.

Palais Mrigadayavan

Le palais est implanté au cœur des jardins. Il est construit dans un style hybride de modernité occidentale des années 20 et d’élégante architecture thaï classique. Construit en tek et peint de couleurs claires, ses lignes sont légères et élégantes. Il s’intègre avec une sobriété souveraine dans son environnement. Le roi l’a voulu ouvert sur la mer, frais et traverse par les brises, afin de se soulager ses douleurs d’arthrite rhumatoïde.

Nous visitons les lieux sous l’étroite surveillance du personnel, car le respect pour la monarchie est primordial. Le culte royal est essentiel dans le pays, et marque de nombreuses facettes de notre quotidien. Ainsi, tous les matins au travail, mais aussi avant les séances de cinéma, l’hymne à la gloire du roi est joué: chacun se lève, arrête ses activités, fait silence ou chante. A la fin, on s’incline en direction d’un portrait du roi -il y en a dans toutes les pièces de l’usine. Saviez-vous également que c’est en Thaïlande que les peines sont les plus lourdes, en cas de crime de lèse-majesté?

La visite a déjà été longue.

Les enfants sont irréprochables. Mais Petit-Deux n’en peut plus. Il voudrait s’assoir par terre, dans l’un des grands couloirs de tek. Je demande la permission à une guide. A la vue du joli minois blond et de mon gros ventre, elle donne son aval, outrepassant sans doute quelques règles de bienséance. Nous trouvons un coin discret. Avec une grande gentillesse, et pour nous éviter tout ennui, la jeune femme restera aux côtés de notre petit bonhomme le temps qu’il se repose.

L’intérieur du palais Mrigadayavan est aussi sublime de sobriété que le laissaient présager les jardins. Chaque membre de la famille royale a ses propres appartements, séparés les uns des autres par de grands couloirs surélevés, ouverts au vent. Le mobilier est simple mais d’un extrême bon goût. Les pièces sont de tailles raisonnables mais confortables et dignes d’une famille régnante. L’architecture n’a rien à voir avec le faste flamboyant des palais de Bangkok, là où se joue l’essentiel de la vie politique… Mais qu’elle est belle, cette résidence d’été!

Des bises de nous tous,

Les « Tout-Terrain »

 

Retour en Haut de Page

Le Sanctuaire de Phimai

Nous profitons d’un long week-end et de l’invitation au mariage de P’Kung pour visiter une partie du sud de l’Isan que nous ne connaissons pas encore. Direction le parc historique et le sanctuaire de Phimai, puis le musée national de Phimai . En chemin, nous découvrirons aussi, par hasard, les vestiges du village préhistorique de Ban Prasat, qui valent le détour si l’on est dans le coin.

 

Le Sanctuaire de Phimai en Pratique:

  • Coordonnées GPS: 15°13’08.2″N 102°29’40.5″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Un dépliant –de qualité- en français nous a été fourni en même temps que le ticket.
  • Prix enfant: au jugé, nos enfants (3 et 5 ans) sont entrés gratuitement
  • Ouverture de 7h30 à 18h.
  • Durée de l’activité: Prévoir 1 à 2 bonnes heures, en fonction de son amour des vestiges Khmers. Privilégier une visite tôt le matin pour limiter la chaleur et éviter les visiteurs sur les photos.

 

La saison des pluies l’impose, nous nous couvrons d’anti-moustique avant d’entamer la visite. Le temps est orageux et l’air humide: un climat idéal pour se faire piquer!

« Il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons! »… Les enfants qui trainaient des pieds en sortant de la voiture sautent de joie et se précipitent à l’entrée du site. Décidément, ils aiment autant que nous les ruines khmères!

 

Le sanctuaire de Phimai: un complexe majeur de la période khmère

Construit aux 11 et 12eme siècles, le sanctuaire de Phimai est l‘un des temples khmers les plus importants de Thaïlande. Il est construit en grès, et non en latérite comme la plupart des édifices religieux de la région de la même époque. Le grès est un matériau plus dur, moins aisé à travailler, mais plus noble, ce qui reflète le caractère d’exception de Phimai. Du coup, le bâtiment vieilli différemment, aussi, et a tendance à s’effriter, alors que la latérite, elle, se creuse de petits cratères.

Ce sanctuaire majeur est situé à l’extrême limite d’une longue route sacrée qui traversait le Royaume khmer et reliait Phimai à Angkor. C’est sans doute la raison pour laquelle le complexe de temple de Phimai est orienté vers le sud, sud-est: il « regarde » dans la direction d’Angkor.

Bêtement, je ne retrouve plus le dépliant reçu sur le site, et qui en proposait une carte très lisible et pertinente. Je crois l’avoir donné à Papa-Tout-Terrain ou mis dans une poche quand Petit-Deux a insisté pour que je lui serve de monture « parce qu’il y a des cailouuuuuuux, par teeeeeeeerre! ». Oui, il est toujours sensible de l’orteil on avait oublié de le chausser de baskets. Bref, j’ai emprunté un plan sur le site de Korat Magazine, qui permettra de se repérer:

Phimai Historical Park - Map

On entre par le sud. Sur la gauche, un « petit » bâtiment annexe, nommé Klang Ngoen sur le plan, était destiné à abriter les familles royales qui s’y habillaient, avant les processions religieuses. L’édifice n’a rien d’exceptionnel. En revanche, par sa taille, la finesse de ses linteaux et la largeur de ses couloirs de circulation, il préfigure déjà l’immensité somptueuse du sanctuaire tout entier.

Phimai - Klang Ngoen

 

Une architecture classique de la période angkorienne

Les garçons sont très impatients d’entamer enfin les choses sérieuses. Déjà, ils ont rejoint, en courant, le pont aux nâgas, qui donne accès au gopura sud de l’enceinte extérieure. Les parents aussi ont adopté le pas de course pour suivre les marmailloux. Et ne pas les perdre entre deux murs antiques. En réalité, donc, les photos datent du trajet retour. Mais permettez-moi une pause narrative pour placer quelques mots. Le pont aux nâgas symbolise le lien et le passage entre le monde des mortels et le monde des dieux. C’est un motif que l’on retrouve très fréquemment dans les édifices Hindous. Le nâga, qui a une, cinq ou sept têtes joue un rôle de gardien et de médiateur entre la terre et le ciel.

Phimai - Pont aux Nagas

Depuis, et après une intéressante discussion avec notre nounou, j’ai découvert que le nâga était également présent dans certains édifices bouddhistes de Thaïlande, où il est considéré comme un animal sacré.

Nous sommes étonnés par l‘excellent état de préservation des sculptures. Nous ne saurons le fin mot de l’histoire qu’un peu plus tard, lorsque nous tomberons par hasard sur la « réserve à Nâgas »: un champ de serpents bétonnés, aux structures en acier, et méthodiquement ordonnés en rangées disciplinées, prêts à remplacer un congénère détérioré. De toute évidence, depuis les restaurations initiées dans les années 1960, beaucoup des sculptures originales ont été déplacées au musée National de Phimai et remplacées par des copies, ce qui est, somme toute, très cohérent en termes de conservation du patrimoine.

Phimai - Pont aux Nagas et Gopura

Nous entrons dans la première enceinte par le gopura sud. Le gopura est un élément typique de l’architecture hindouiste, qui consiste en une entrée dans l’enceinte sacrée. Il représente la grandeur des dieux. Au fil des siècles, il tend de plus en plus souvent à la démesure, avec profusion de sculptures et de décorations. Le complexe de Phimai ayant deux enceintes imbriquées, l’on franchit donc deux gopuras successivement avant d’atteindre le sanctuaire. Chacune des enceintes est en réalité dotée de quatre gopura, soit un par mur d’enceinte.

Phimai - Passage Central entre l'enceinte exterieure et l'enceinte exterieure du complexe

Toujours au pas de course, nous atteignons le passage central, qui mène à l’enceinte intérieure de l’édifice. J’arrive à mettre la main sur Petit-Deux qui accepte mollement de m’attendre. Petit-Un, de la voix, tente d’exciter son frère en l’intéressant à de nouvelles découvertes. Je souffle comme un vieux buffle en fin de labour. Décidément, le marathon n’est pas d’actualité pour moi à six mois de grossesse! Derrière le deuxième gopura, plus grand et plus somptueux, on commence à deviner les Prangs du sanctuaire central. La perspective et l’alignement architectural sont étonnants et magnifiques. Papa-Tout-Terrain me fait remarquer que si nous étions seul sur le site, l’on pourrait voir le sanctuaire central depuis le pont aux nâgas, et sans doute même depuis l’entrée de l’allée principale.

Phimai - Sanctuaire Central

 

La somptueuse enceinte intérieure du sanctuaire de Phimai

Nous atteignons enfin la partie la plus centrale du complexe. La zone comporte deux Prangs, une bibliothèque ainsi que le sanctuaire principal. Si les bâtiments annexes et l’enceinte extérieure sont de grès rose, les édifices religieux principaux ont été bâtis dans un grès gris très clair, qui leur confère encore une majesté plus grande. Les Prangs sont magnifiquement ornés de sculptures aux motifs religieux. Tout comme les nâgas, ce sont certainement des copies, car nous en retrouverons des rangées sagement alignées à côté des serpents.

Phimai - Sanctuaire Central

Cela ne retire rien à la noblesse et a l’éclat architectural des bâtiments. Certains linteaux sont sculptés avec une finesse et une élégance que nous avons rarement rencontrées jusqu’ alors. Les encadrements des ouvertures, des gopuras et mêmes des allées de circulation des enceintes, sont adroitement décorés de personnages mi religieux, mi facétieux.

Phimai - Linteau de porte

Ca y est, on a perdu Petit-Deux! Il était là il y a deux secondes. Il voulait partir à droite, pendant que Petit-Un développait les raisons pour lesquelles il souhaitait visiter la galerie d’enceinte, sur la gauche. Je n’ai pas entendu pas grand-chose des raisons de Petit-Un. Il se trouve déjà à une bonne cinquantaine de mètres, et ne vois plus Petit-Deux. Papa-Tout-Terrain part à sa recherche. Sans succès. Heureusement l’asticot réapparaît quelques secondes plus tard, fort content de lui, après avoir fait seul le tour de la bibliothèque.

Nos enfants commencent à apprécier une certaine indépendance lors des visites, mais n’ont pas toujours le réflexe de nous avertir de leurs explorations, ce qui nous cause souvent des sueurs froides. Ils ne sont que deux mais nous passons toujours une bonne partie de nos visites à compter « Un, deux… c’est bon! »… « Un, deux… c’est bon! »… « Un… Ou est deux?… Ah, deux, c’est bon… » J’imagine que c’est le lot de tous les parents, mais avez-vous été jusqu’à vraiment égarer des enfants en visite? Et comment leur avez-vous appris à s’éloigner, dans le respect de consignes élémentaires de sécurité?

Phimai - Le Sanctuaire Central

Nous retournons au point de départ par le chemin des écoliers. Nous zigzaguons entre les zones architecturales centrales et les allées qui longent l’enceinte extérieure. La finesse et l’omniprésence des bas-reliefs, sur tous les bâtiments, jusqu’aux plus humbles, ne cesse de réjouir nos regards.

Phimai - Mur de l'enceinte exterieure

Le Musée National de Phimai

Le Musée National de Phimai en Pratique

  • Coordonnées GPS: 15°13’29.4″N 102°29’40.0″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers, 20 THB pour les Thaï. Dans l’empressement, on a payé le prix « étranger » sans demander le prix « thaï »… Bon, en même temps, on participe ainsi à la préservation de ce très beau patrimoine.
  • Prix enfant: gratuit
  • Ouverture de 9h00 à 16h00.
  • Durée de l’activité: 35 minutes au pas de course, poussés par les enfants et l’heure de fermeture. Dans l’idéal, compter plutôt une heure à une heure et demie.

 

Nous complétons notre découverte du sanctuaire de Phimai par la visite du musée de la ville, après une pause glacée. Petit-Deux a une petite langue et met tant et tant de temps à venir à bout de son cône à la fraise que nous arrivons bien tard et manquons de peu de trouver porte close. Il est vrai aussi que le musée ferme particulièrement tôt, à 16 heures.

Musee National de Phimai - Linteau

Il serait pourtant dommage de le louper! Ses collections sont d’une grande richesse. En particulier ses sculptures et de bas-reliefs khmers, particulièrement bien conservés, restaurés et mis en valeur. La plupart des œuvres datent des 10 aux 13eme siècles, et sont de nature religieuses, principalement influencées par l’Hindouisme. J’ai le plaisir de noter que Petit-Deux connait et reconnait désormais parfaitement les nâgas. En dehors des nâgas et des dragons, il faut admettre que les musées ne sont pas (encore) les terrains de jeux favoris des enfants. Les bâtiments heureusement fournissent escaliers et rampes pour handicapés qui leur permettront de belles glissades, pendant que les parents se passionnent pour des images de Shiva et de Vishnu.

Musee National de Phimai - Linteau

Le musée présente des pièces magnifiques, et propose un panorama très intéressant d’œuvres rapportées de plusieurs temples, majeurs et mineurs, de l’Isan. On y trouve des statues Hindoues et des statues bouddhistes, plus récentes. Et surtout de très nombreux linteaux qui représentent avec force détails et personnes des scènes de cérémonies religieuses. Les œuvres sont bien éclairées et mises en valeur. L’exposition des plus grosses pièces, dans un hangar extérieure, est sans doute, d’ailleurs, encore plus somptueuse

Musee National de Phimai - Fronton

Malheureusement, nous avons eu un peu peine à trouver une cohérence d’ensemble dans l’exposition. Les sculptures sont mélangées avec des armoires et des bijoux, et la progression historique n’est pas évidente. Il ne semble pas y avoir de ségrégation géographique non plus. Même les différentes religions paraissent vouloir se mêler les unes aux autres. Le manque de commentaires d’ordre général, en anglais, vient renforcer ce sentiment de confusion. Avec quelques jours de recul nous avons beaucoup apprécié cette visite, visuellement, mais restons un peu sur notre faim, en regrettant de ne pas en avoir appris plus.

Musee National de Phimai - Vases

 

Autour de Phimai

Nous finissons le musée assez fatigués d’une journée déjà riche en visites et en événements. (Et un peu éprouvés par une maxi-colère de Petit-Deux.) Du coup comme une cruche, j’en oublie la promenade prévue de Sai Ngam, une petite île entièrement recouverte des ramifications d’un banian géant. Les photos avaient pourtant l’air magnifique!… Bref, si vous préparez une excursion à Phimai, ne faites pas comme nous, n’oubliez pas bêtement cette étape!

Sur le chemin du retour vers Korat, nous faisons enfin une dernière halte à Prasat Hin Phanomwan, un ancien sanctuaire khmer, désormais totalement dédié à la religion et aux cérémonies bouddhistes. On va dire que c’est la nature, mais j’ai un peu honte d’avouer que je m’étais endormie en route… Bref je n’ai pas eu l’énergie de descendre de la voiture pour visiter le site. A la place, j’ai mangé un bonbon « hamburger » avec Petit-Deux, tout en gardant un œil sur Petit-Un, qui n’avait même pas daigné se réveiller.

Prasat Hin Phanomwan

Papa-Tout-Terrain a été plus courageux, et a apprécié le détour. Il a été très impressionné par les énormes Bouddhas installées dans les allées et les sanctuaires principaux, et par l‘intensité du culte qui leur était rendu.

Prasat Hin Phanomwan

 

Retour en Haut de Page