Ubon Ratchathani et la malédiction du musée Khmer

Comme un seul homme, les enfants se sont endormis au fond de la voiture, à l’issue de notre éprouvante séance de grillades. Quel dommage: nous arrivons justement dans la province d’Ubon Ratchathani, à proximité d’un nouveau temple Khmer. Tant pis pour eux! Nous les laissons dormir et nous relayons pour la visite. Le sanctuaire est de taille modeste. Ca ne sera pas très long.

 

Prasat Baan Ben

Prasat Baan Ben est un petit temple Khmer qui s’est laissé doucement glisser dans le monde contemporain, sans vraiment s’en rendre compte. Un jour, on lui a adjoint la caserne des pompiers du village. L’emplacement devait sembler pratique ou dégagé. Du coup, la police également s’est installée à côté. Et enfin, aussi, une sorte de bâtiment administratif central. Sans un regard pour cette agitation moderne, le sanctuaire est reste impassible, plein de prières et de pierres moussues.

Prasat Baan Ben

Il est si rare de visiter sans les enfants. J’ai grand plaisir à m’imprégner de la sérénité des lieux. Des arbres centenaires. Trois Prangs de briques, rendus vulnérables par le poids des ans, et qui commencent à pencher dangereusement. Des taches de cire jaune, coulures de cierges un jour déposés en offrande. Les bruits des insectes. Les mêmes qu’il y a mille ans. Les rais du soleil qui se faufile entre les feuilles et joue sur le robuste socle de latérite.

Prasat Baan Ben

Un roman à la main, je m’installe ici pour l’après-midi. Pour m’imprégner du lieu et de son odeur. Ecouter les murmures du temple. Idée fugace et irréaliste. Ils sont quatre à m’attendre dans la voiture. Entre les piles du sanctuaire, je laisse un peu de mon âme vagabonder encore.

La malédiction du musée d’art Khmer

A l’arrière, tout le monde dort encore profondément. Nous reprenons la route. Papa-Tout-Terrain en profite pour me montrer qu’il a trouvé sur le tableau de bord une fonctionnalité formidable pour discuter avec sa voiture: « Please, set temperature to 27 degrees« , articule-t-il fièrement. « Sorry » lui répond alors la voiture, « I cannot find anyone called John. » Effectivement la voiture parle, mais c’est un beau dialogue de sourds. Je ne suis pas très convaincue.

Nous atteignons Ubon Ratchathani, que nous devons visiter le lendemain. Tiens, voila justement le musée national de la ville! Il parait qu’il est d’une grande richesse. Petit détour pour vérifier les horaires d’ouverture, immédiatement suivi d’une déception cuisante. Demain, c’est mardi, et c’est fermé! Je crois qu’il existe une forme de malédiction du musée d’art Khmer dans notre famille. C’est bien simple, à chaque fois qu’on veut en découvrir un, il se débrouille pour être indisponible. Vacances, fermeture hebdomadaire, travaux… de Surin à Phimai en passant par Angkor, toutes les excuses y sont passées! Il doit bien y avoir un drôle de mystère là-dessous. Qui sait, c’est peut-être même un coup de Toutankhamon, revenu exprès parmi nous pour jouer avec mes nerfs. Bref, je m’égare. C’est la faute à pas de chance (ou plutôt à ma planification boiteuse), et c’est extrêmement agaçant.

La pagode du Wat Thung Si Mueang

Fautes de Khmer, nous visiterons du Bouddhiste: le Wat Thung Si Mueang. Si le temple n’a aucun intérêt (non… ne partez pas, revenez) c’est juste à côté qu’il faut regarder. Au centre du bassin carré à l’eau saumâtre se dresse une magnifique pagode de bois du début du XIXe siècle. Elle abrite une réplique du pied de Bouddha et surtout une bibliothèque, où sont conservés des manuscrits sacrés. L’édifice sur pilotis est conçu pour éviter que les termites ne s’attaquent aux rouleaux anciens. On accède au corps du bâtiment par un petit pont. L’intérieur est magnifiquement décoré de peintures traditionnelles d’époque.

Wat Thung Si Mueang

L’endroit est extraordinaire, mais malheureusement mal entretenu. Il est plein de crottes de pigeons. C’est assez déplaisant, vu qu’on doit le visiter pieds nus. A l’intérieur, ça sent le phoque. (Enfin le pigeon.) C’est très dommage. Malgré tout, le Wat Thung Si Mueang vaut largement le détour, d’autant qu’il ne subsiste aujourd’hui que très peu de ces pagodes, d’un style classique de l’Issan. Ne le manquez pas si vous passez dans la région!

Wat Thung Si Mueang

 

Où l’on se retrouve avec nos trois bambins sur un parking louche

La nuit tombe. Les estomacs de nos enfants crient famine. Cela les rend irritables. Et irritants. Je les nourris au compte goutte d’un « papier comestible », commercialisé comme snack. (C’est en réalité une sorte de pain azyme mais les enfants sont si heureux de pouvoir manger du papier que nous ne les détrompons pas.) Hélas, mes réserves commencent à baisser dangereusement.

Nous tournons sans succès dans le centre ville. Il faut dire que si les Thaïs mangent volontiers au restaurant le midi ou dans l’après-midi, ils se contentent souvent d’une collation légère le soir, à la maison. Du coup, l’offre en terme de restauration s’en ressent. Surtout dans les zones peu fréquentées des occidentaux.

Nous suivons un panneau qu’on ne comprend pas mais qui nous inspire confiance, et nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague pas net qui a l’air de servir de parking. C’est un peu notre dernière chance avant la soupe de nouilles lyophilisée. Un vieux borgne boiteux nous demande de l’argent d’un air rogue. Il nous montre trois mots vaguement manuscrits sur une boite de Camembert et qui indiquent des frais de garage. Ca me met direct de bonne humeur. On paie pour voir et on poursuit dans la direction du panneau.

 

Un excellent diner dans un cadre à couper le souffle

Du parking, un sentier descend jusqu’au Mun, le fleuve qui traverse Ubon Ratchathani. Il débouche sur un pont de bambou, qui nous mène sans encombre à une petite île, lovée dans ce bras de rivière. Et là, un restaurant, où l’on mange dans de petites cahutes individuelles, sur pilotis. En attendant les plats, Papa-Tout-Terrain et les deux grands laissent nonchalamment traîner leurs pieds dans le courant. Quelques instants plus tard, nous dégustons enfin un somptueux dîner de spécialités locales, avec clapotis de vaguelettes et coucher de soleil sur le fleuve mordoré.

Diner a Ubon Ratchathani

Le paiement de l’addition sera long et fastidieux, car nous peinons à nous faire comprendre. Le montant total nous paraît très bas, aussi vérifions-nous plat à plat que tout a bien été décompté. Un groupe de clients curieux vient se greffer à nos délibérations. Peut-être veulent-ils nous aider mais ce n’est pas certain, vu qu’ils parlent aussi mal anglais que nous thaï. Ils sont ravis en revanche de papoter avec nos enfants. Papa-Tout-Terrain et moi nous tordons de rire en entendant Petit-Un mener la conversation comme un grand: « You know, I am older than my brother. And you? » Déjà que le grand type en face n’y pipait pas grand chose… alors franchement c’est tout de même carrément salaud de lui poser des questions pourries comme ça!

Diner a Ubon Ratchathani

Le voyage des moines au parc de Khao Phra Wihan

Cette histoire a commencé en 1907, avec des mecs qui ne savaient pas dessiner correctement une frontière. Des Français en plus. Au niveau du temple Khmer de Khao Phra Wihan, pouf, le crayon a dévié un peu et en un clin d’œil, le magnifique sanctuaire thaï est devenu cambodgien. C’est un non-sens par rapport au relief, car la frontière est tout du long marquée par un grand précipice… sauf au niveau du temple, avec un bout de falaise presque impossible a atteindre depuis le bas, mais qui appartient au Cambodge

Vue du haut de la falaise de Thailande sur le Cambodge

Cela dit, les Thaïs ne sont pas bien réactifs. Ils n’ont réalisé le problème que dans les années 1930. (Je n’imagine même pas le savon qu’il a pris, celui qui a signé la carte sans la relire…) Depuis, les deux pays se chicanent et s’empoignent régulièrement à propos de ce bout de territoire. Il y une quinzaine d’années, ça s’était tassé un peu. Les Thaïs pouvaient enjamber la frontière et directement visiter le monument.

Et puis voila qu’à partir de 2008, les deux pays ont recommencé à s’envoyer des baffes. En réalité pour des raisons de stratégie politique intérieure. Ils ont refermé les frontières et mis des militaires partout, des deux côtés. L’année dernière, on avait eu la chance de visiter le sanctuaire de Prasat Ta Muen Thom, qui a un peu les mêmes soucis, mais qui est du côté thaï, lui. Le temple était magnifique. Nous y étions seuls. (Avec des militaires). Nous avions adoré. Mais nous n’avions pas pu voir Khao Phra Wihan.

 

Perdus dans le parc national de Khao Phra Wihan

Du coup, cette année, avec l’énergie du désespoir, j’ai fait des pieds et des mains, façon Shiva, pour essayer à nouveau d’intégrer ce sanctuaire à notre itinéraire. (C’est vraiment un temple majeur de l’art Khmer celui-là.) En vain. (En réalité c’est possible mais très compliqué, très long, et pas faisable avec trois enfants en bas âge.)

J’avais lu en revanche qu’on pouvait voir le temple, de loin, depuis le Parc National éponyme, mais côté thaï. Je m’étais dit pourquoi pas, mais sans grand enthousiasme. Par dépit pour ce temple qui ne se laissait pas visiter, j’avais d’ailleurs bâclé la préparation de la visite du parc. Je m’étais même dit qu’on n’irait sûrement pas. Mais c’était sans compter sur Papa-Tout-Terrain a drôlement insisté. (On est aussi irrécupérables l’un que l’autre…)

Khao Phra Wihan National Park

Bref, c’est seulement lorsqu’on est arrivés à l’entrée du parc que je réalise que je n’ai même pas une carte des lieux en anglais. Impossible de se repérer. D’autant que toutes les indications sont en thaï. Alors que je Googlise frénétiquement, Papa-Tout-Terrain avance au radar. Tiens! Un panneau. En thaï. On s’engouffre dans le chemin de terre. On bout de cinq-cents mètres, on atteint un camp militaire. Zut! On est en plein sur la frontière avec le Cambodge. Et effectivement, il y a des militaires partout. On fait demi-tour discretos.

 

La surprise de Prasat Don Tuan

On ne sait toujours pas où on est. On arrive à une grosse barrière rouge intimidante. Avec deux petits vieux en marcel qui la surveillent en fumant des clopes. C’est la frontière. On fait quoi? On fait demi-tour. Ooooh! Noooon! Regarde, un temple! Par mes aïeux, un temple khmer! Et on ne le savait même pas! On se gare. Les deux vieillards nous considèrent, étonnés. Puis nous font un petit coucou pacifique. Tout est bon! Nous plongeons avec délectation dans les ruines.

Le sanctuaire s’appelle Prasat Don Tuan et date des 10 et 11ème siècles. Vu la période, il devait être dédié à Shiva ou Vishnu, car le bouddhisme ne se diffusera dans la région qu’à partir de la fin du 12ème siècle. Nous pénétrons entre les colonnades de l’allée centrale. Il est rare que ces pans d’architecture soient encore debout. A l’origine, ces colonnes devaient être surplombées d’un toit de bois, qui protégeait les fidèles du soleil et des intempéries.

Prasat Don Tuan

Un petit autel bouddhiste a aujourd’hui pris place dans le Prang principal. Les colonnes quant à elles sont entourées de tissus sacrés issus de cultes païens. Comme en de nombreux lieux de Thaïlande, les religions sont complémentaires, bien plus qu’antagonistes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, on distingue une autre barrière, plus rouge encore que la première et plus imposante. Il s’agit du vrai poste frontière. Et il est gardé par un tas de vrais militaires bien fringants, cette fois-ci. Ils n’ont pas l’air d’avoir envie de rigoler. Nous ne nous en approcherons pas. Autant ne pas chercher les ennuis.

 

Une zone très militarisée

Je n’ai toujours pas trouvé de carte satisfaisante. Il est possible que puisque nous sommes dans une zone de conflit et pleine de soldats, personne n’ose vraiment se mouiller. Google Map nous dit d’ailleurs qu’on est au Cambodge, ce qui n’est pas de l’avis du poste frontière. Bref, nous continuons à avancer au pifomètre. Il n’y a finalement pas beaucoup de routes.

Nous longeons toujours le Cambodge et les cantonnements militaires des deux camps. Nous ne sommes pas spécialistes mais il nous semble qu’ils ont du beau matériel! De fil en aiguille, nous arrivons ainsi à l’autre extrémité du parc, celle d’où nous pourrons voir le fameux sanctuaire khmer de Khao Phra Wihan.

Le parking est plein. Il y a des jeeps, des camions, des chars d’assaut, des tanks, des blindés garés un peu partout. (Bon, en fait c’est plutôt des véhicules légers, pas des trucs pour le combat, mais c’est pour donner une idée. Je ne suis pas spécialiste, moi.) Une espèce de grande kermesse militaire est organisée, visiblement à l’ occasion de Songkran, le nouvel an Khmer. Tout est très carré: c’est des soldats, tout de même. Les recrues sont assises en rang d’oignon devant une estrade en treillis ou se tient un concert de pop. L’ambiance est bon enfant. D’ailleurs, la plupart des touristes qui viennent pour le temple s’arrêtent un peu pour écouter les chanteurs.

Concert pour militaires a Khao Phras Wihan National Park

 

En souvenir des événements dramatiques de 1979…

Nous partons finalement à la recherche de Khao Phra Wihan (qui s’appelle Preah Vihear pour les Cambodgien). On longe la falaise qui marque la frontière avec le pays voisin. L’à-pic fait frissonner. Justement, un moine qui passait par là enjambe la balustrade, sans doute pour mieux voir. Ou méditer. Ou pour l’adrénaline. Ce n’est pas très clair, mais il faut être un peu fou pour faire ça. Il y a à peine dix centimètres de pelouse sous ses pieds puis le vide sur des centaines de mètres. Un militaire en charge des premiers secours accourt avec une mallette pleine de pansements et lui demande de revenir du côté des vivants. Sage décision, car les pansements n’auraient guère eu d’effet en cas de chute.

La vue est magnifique. Malgré tout, elle prête plutôt à la mélancolie. Car ces si beaux paysages ont été le théâtre d’un massacre d’une grande violence, en 1979. Nous avons une pensée pour ceux dont le destin a été brisé, en une nuit, sur ces falaises.

Pour faire court, c’est l’époque où la guerre civile bat son plein au Cambodge, sous le sanglant régime des Khmers rouges. Des dizaines de milliers de Cambodgiens fuient leur pays et se refugient en Thaïlande. La Thaïlande de son côté ne souhaite pas accepter la pression de cet afflux de refugiés politiques. Ils en appellent à la communauté internationale, qui fait la sourde oreille. Une nuit, l’armée thaïlandaise réunit alors des milliers de refugiés dans un camp près de Khao Phra Wihan, et les pousse vers la falaise. On comptera plus de trois mille morts et sept mille disparus.

 

Une merveille bien dissimulée

Au terme d’une courte marche nous atteignons enfin l’observatoire qui doit nous permettre de découvrir Khao Phra Wihan. Papa-Tout-Terrain fronce les sourcils. Ca n’est pas possible. Ce n’est pas ici. D’ailleurs c’est simple, on n’y voit rien!

Eh bien oui, on ne voit rien du tout. Soyons parfaitement honnêtes: en cherchant bien, on distingue tout de même l’allée processionnelle qui s’étale en pente douce jusqu’à un bosquet touffu, où l’on devine quelques ruines. Non, nous ne verrons vraiment rien. Et nous n’aurons même pas le droit de prendre de photos, car la zone est militaire, donc classifiée.

(Un peu plus tard, quand on a vu tout le monde mitrailler sous l’œil paisible des militaires de garde, on a aussi fait notre photo, finalement. Bon, on est d’accord, hein, on ne voit strictement rien.)

Le sanctuaire de Khao Phras Wihan vu de Thailande

Un peu déçus, nous passons à l’étape suivante du site: deux Stupas, symboles d’abondance, au milieu de canons et de roquette vaguement recouverts de treillis. Bon, c’est des Stupas, quoi. Elles ont l’air d’avoir été récemment érigées. Nos deux grands sont ravis, en revanche, car ils ont trouvé un tronc à remplir de piécettes. Tout autour, les jeunes militaires du concert se sont égayés sur le site touristique. Nous voyant, ils se bousculent pour être pris en photos avec nos enfants. Ravis de jouer aux stars, les garçons lancent quelques mots de thaï, à la volée, qui arrachent des exclamations d’enthousiasme de la part des jeunes gens.

Les deux stupas de Khao Phra Wihan

 

L’épreuve

Vient ensuite le moment que j’appréhendais. Il s’agit de descendre un grand escalier à flanc de falaise. Mon vertige et moi-même avons des nausées rien qu’à l’apercevoir. Hélas, depuis le début, je sais bien qu’il me faudra passer par là: cet escalier mène à un bas-relief Khmer du XIe siècle, magnifiquement conservé, et qui fait la célébrité du parc. Mon amour des vieilles pierres me perdra…

L'escalier qui descend vers le bas-relief de Khao Phra Wihan

Papa-Tout-Terrain part en éclaireur. Il me confirme que c’est très à pic, mais bien protégé. C’est rare en Thaïlande. Dans l’idée, les gens d’ici estiment que si votre heure doit venir aujourd’hui, c’est que c’était votre heure, et rien de sert d’essayer de s’en prémunir. C’est très rassurant, hein? Cette forme de philosophie fatalisto-bouddhiste est commune à beaucoup de pays d’Asie. Elle explique en particulier pourquoi de nombreux conducteurs de deux-roues ne se donnent pas la peine de porter un casque.

Fermons cette parenthèse pour bien nous concentrer sur les escaliers. Je serre si fort la main de Petit-Deux qu’il proteste que je lui fais mal. Et quand il voit ma tête, il me dit finalement que je peux serrer plus fort. Pas facile de serrer, d’ailleurs, tellement j’ai les mains moites et glissantes. On arrive au bas-relief, qui est effectivement somptueux. A flanc de falaise, et protégé par un toit de rocher, il est resté tel qu’il y a dix siècles. Je me demande juste qui est le fou qui s’est dit qu’il allait faire sa petite sculpture ici. Il faut vraiment être détraqué pour avoir une idée comme ça.

Le bas-relief de Khao Phra Wihan

 

Moines et moinillons

On remonte. J’ai des sueurs et des palpitations. On m’assoit. Papa-Tout-Terrain me donne deux ou trois baffes et ça va déjà mieux. Je m’assois sur un bout de rocher. Un vieux monsieur s’assied à côté de moi et essaye de me faire la conversation mais j’ai des soucis de concentration. Tiens, un groupe de petits moines. Ils sont mignons. Le monsieur me demande d’où on vient. Encore des moines… Je lui dis et lui retourne la question… Il a l’air étonné parce qu’il est Thaï. Un autre groupe! Ca alors, c’est fou le nombre de moines. Le monsieur ne sait visiblement plus poser d’autres questions en anglais. Moi je suis plutôt contente parce que ça me permet de me concentrer sur mes esprits.

Les moines arrivent maintenant à la queue leu leu, et a une cadence soutenue. Non je ne délire pas, ce sont des vrais moines. Papa-Tout-Terrain, qui prenait des photos un peu plus loin revient en courant. Hors d’haleine il me souffle: « T’as vu, il y a des moines?! » Oui, je ne pouvais pas les louper. A bien regarder il s’agit pour la plupart de moinillons, enfants et novices. Comme c’est les grandes vacances pour la Thaïlande, il participent certainement à un stage religieux.

Moines et moinillons a Khao Phra Wihan

De retour au parking, nous ne compterons pas moins de quinze bus pour déplacer ces minis ouailles. Cette rencontre impromptue nous aura donné l’occasion de quelques belles photos… C’est fou comme ça contraste joliment bien, un moine, sur fond de forêt tropicale!

 

La scandaleuse omission

Au terme de la visite, nous reprenons le principe des questions aux enfants:
– Vous vous souvenez de l’escalier qu’on a descendu, à flanc de falaise? Qu’est ce qu’on a vu, en bas? »
          Grand silence…
– Eh bien, ce grand escalier… où Maman avait peur… Vous avez oublié?…
– Non non on se souvient bien!
– Eh bien, il y avait quoi en bas?
– Ben rien. Un trou?
– Mais non… qu’est ce qu’on a regardé?…
         Petit-Un se frappe la tête
– Ah oui! Je sais! Je me souviens! Il y avait des bols!… »

Effectivement, il y avait des bols à offrande pour mettre sa piécette aux Dieux Khmers… De questions en interrogations, nous découvrons finalement que comme deux idiots, nous avons tout simplement oublié d’indiquer aux garçons qu’il y avait des sculptures khmères… et qu’ils ne les ont pas remarquées! Bref, c’est bien la peine d’emmener ses enfants en vacances!…

Moines, moinillons et militaires a Khao Phra Wihan

Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

 

 

Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

 

Sur les routes avec les enfants

On a entassé comme on a pu les valises et les sacs dans la voiture. C’est plein de poussière et de bouteilles vides. Et des papiers de bouffe, un peu. On rentre avec des sentiments mêlés. Le regret que ce soit déjà fini. Et du soulagement, à l’idée qu’on va pouvoir enfin nettoyer cette voiture qui colle de partout. C’est le dernier jour de nos vacances de Songkran, sur les routes de l’Isan. On égraine les kilomètres qui nous ramènent chez nous. Et on s’extasie encore et encore de nos belles découvertes. Des anecdotes incroyables ou toutes tendres. Des rencontres pétillantes. Et deux ou trois galères pour faire bonne mesure.

Moines novices en Isan

Moines novices d’Isan

C’était la deuxième année consécutive que nous partions pour l’Isan, pour notre unique semaine de vacances « loisirs » annuelle. C’est dire si c’est une région qu’on adore.

– Bon, touristiquement parlant, c’est pas le plus attractif. Mais qu’est-ce qu’on y a passé de beaux moments! Tu te souviens de ce qui a bien pu nous faire atterrir là-bas, au départ?
– Bien sûr, c’était les temples Khmers! Chez nous, c’est comme Pavlov, on entend « vielles pierres et ça nous fait saliver illico!
– C’est vrai! Il y a quelque chose de ça! Et puis on a découvert la beauté des campagnes jaunies par le soleil, les céréales qui sèchent au bord des routes, les buffles et leur pique-buffle. La gentillesse des gens, la simplicité et la lenteur du quotidien…

Cereales qui sechent au bord de la route

Céréales qui sèchent sur les routes d’Isan

– Ca me rappelle ce vieux monsieur de Ban Prasat… Tu revois? Il avait la peau si marron et lustrée qu’elle ressemblait a un papyrus… Tu sais, celui qui nous a vendu une guitare en peau de serpent… On aurait dit qu’il n’avait pas bougé depuis des siècles. Il ne savait même pas écrire. T’imagines à quoi ressemblait sa campagne, quand il est né? Et tous les changements qu’il a traversés…
– Et cet Anglais à Udon Thani… Quand il était arrivé, il y a vingt ans, il n’y avait pas de routes goudronnées ni d’électricité. Et pendant la saison des pluies, les gens avaient de l’eau jusqu’à la taille, dans les rues…

Buffles d'Isan

Buffles sur les routes d’Isan

Ca ralentit. Les usines rouvrent dans deux jours et c’est déjà l’heure du grand retour. Des files de pickups pleins à craquer essaient de ruser pour doubler en premier sur cette route de deux voies et demie. La « demie » du milieu est réservée aux croyants, certains qu’une place au paradis les attend. Parce nous nous en tout cas, nous ne nous y aventurons pas. En Thaïlande, les routes sont parfois un peu Rock & Roll, quand même. Enfin, les conducteurs, surtout.

– Et quel plaisir de voyager avec les enfants. Ils ont été idéaux, cette année encore…
– Enfin presque… surtout après le bon savon du deuxième jour. Comme quoi, un petit coup de pression, ça aide toujours à se mettre dans l’ambiance. Mais quel plaisir de voir combien ils commencent à profiter des lieux, des explications…
– Petit-Un m’a dit hier que ce qu’il avait préféré du voyage, c’était le temple Khmer de Phanom Rung, ses dédales de couloirs sacrés, ses Nâgas et ses chauves-souris. J’adore qu’on puisse partager ça avec lui!

Nagas de Phanom Rung

Des Nâgas de Phanom Rung

– Et t’as demandé à Petit-Deux aussi?
– Tu ne devineras jamais ce qui l’a le plus marqué… Les ascenseurs!
– Tiens donc! On a déjà dû essayer la moitié des ascenseurs du pays! D’ailleurs, je ne sais pas si t’as remarqué, mais si on veut rappeler un endroit à Petit-Deux, il suffit de lui décrire l’ascenseur.
– Plaisanterie mise à part, il s’est drôlement intéressé à nos visites, ce p’tit bonhomme. Il a retenu les noms, les histoires, et très bien compris les contextes.
– C’était une tres bonne idée, d’ailleurs, ces interrogations orales de fins de visite! Ca nous a coûté deux paquets de Mentos pour la semaine, mais quelle motivation pour les enfants, au moment de répondre à nos quizz!

Les garcons

Les garçons feuilletant ensemble une revue automobile

Ca ralentit encore. Le pick-up de devant se fait asperger d’eau orangée. C’est le dernier jour des festivités de Songkran. Cette année pour la première fois, nos enfants ont eu l’occasion, eux aussi, de balancer des seaux d’eau sur les passants depuis le bord de la route. Un grand moment d’anthologie que je vous raconterai bientôt. (Je vous raconterai tout le voyage en fait… aujourd’hui, c’est juste une mise en bouche.) Au fil des chemins, notre voiture en a vu de toutes les couleurs… Du talc, du rouge, du rose, du vert, et la poussière ocre des chemins. Papa-Tout-Terrain a même inscrit « Parent-Tout-Terrain » sur la portière. (Il l’effacera, à la va-vite avec sa chaussette lorsqu’il réalisera qu’on l’avait oublié, le lundi matin en arrivant au bureau.) C’est un condensé de notre beau voyage que l’on retrouve sur la carrosserie… On ne peut pas s’empêcher de sourire quand on la regarde.

Titine

La fameuse Titine

On lui en fait voir à notre Titine! (Oui, Papa-Tout-Terrain a donné un nom à la voiture. A vous aussi, ça vous fait bizarre?) Pleine comme un œuf et remplie par tous les bouts, elle nous a vaillamment secondé à chaque étape du voyage.

Sur les routes avec les enfants

On passe devant l’entrée du parc naturel de Ta Phraya. Ca fait déjà quatre heures qu’on roule, pour un trajet qui aurait dû en durer la moitié. Il est temps de se dégourdir les jambes. On s’y engouffre. Personne pour nous vendre de billets à l’entrée. Papa-Tout-Terrain cherche partout et trouve un ranger égaré dans le Visitor Center. Il parle aussi peu anglais que nous le thaï. « Ticket? Ticket? » Le fonctionnaire balaie la question d’un revers de main. Les points d’intérêts des lieux? On mime une chute d’eau sans éveiller une lueur d’intelligence. En désespoir de cause, on se dit qu’on verra bien.

En fait il n’y a pas de route. Juste un chemin avec beaucoup d’ornières. Ca cahote dur. Et ça réveille Miss-Trois.

– Quand même, elle est incroyablement tout-terrain, notre Miss-Punk! Elle nous a suivis partout, sans jamais râler, toujours les yeux grands ouverts à tout regarder.
– C’est juste un bébé idéal! Elle dort discretos dans le porte-bébé quand c’est son moment. Elle boit quand on lui propose. A la bouteille, même! Elle a un bon coup de fourchette et aime tout, le riz frit et n’importe quel légume… Elle n’a jamais faim ni soif ni trop chaud ni trop froid…
– Clairement, on va pouvoir en faire quelque chose, de cette enfant! C’est de la bonne graine! Tu crois qu’on est fous, sur les routes avec nos bébés si jeunes?

Miss-Punk

La décidément très Tout-Terrain Miss-Punk

– Bah, finalement, elle est bien heureuse, elle. Elle a juste besoin de nous. L’environnement elle s’en fiche un peu, tant que ses frères sont là pour la faire se marrer et nous pour la câliner.
– Ou l’inverse… Je pense quand même qu’elle en gardera quelque chose en grandissant… Peut-être l’essence du voyage… Le plaisir de la curiosité, de regarder… L’esprit de découvrir et d’être ensemble.
– Oui, être ensemble… Ca fait une semaine que je rêve de pouvoir prendre une douche tout seul…

On roule depuis bien vingt-cinq minutes et toujours rien n’a l’horizon. (Il n’y a pas d’horizon, d’ailleurs. On est dans la forêt tropicale.) Un chemin est flèche sur la droite. Avec une photo d’ours. Ca n’est pas complètement rassurant mais on est en voiture. On voit décoller quelques magnifiques rapaces.

Papillons de Ta Phraya

Papillons du parc national de Ta Phraya

Dix kilomètres plus loin, on atteint le bout. Heureusement, parce que la route finissait par ne plus être très praticable. Il n’y a rien. Juste un panneau avec une photo de tigre. (Il en reste quelques uns à l’état sauvage en Asie.) On flippe un peu. Je n’ose même plus sortir de la voiture pour un besoin pressant. On fait demi-tour en priant pour ne pas tomber en panne. On a bien vu quelques voitures de rangers garées, mais pas âme qui vive. Enfin si, de magnifiques papillons qui se regroupent autour des flaques d’eau. Mais ce n’est pas eux qui pousseront si le moteur nous lâche. (J’ai souvent tendance à m’affoler pour un rien et imaginer le pire quand je ne suis pas à l’aise. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est bien plus placide.)

Au terme de plus d’une heure de pistes, nous retrouvons finalement la sortie du parc. Nous avons tourné en rond sans même oser mettre le nez dehors. Et les deux grands se sont endormis… Qu’à cela ne tienne, nous reprenons le chemin de la maison que nous rallierons finalement six heures plus tard. Les yeux pleins d’étoiles de nos belles vacances…

Procession Religieuse en Isan

Procession religieuse pour Songkran, sur les routes d’Isan

 

Carte Postale – Le Palais Mrigadayavan

Chers tous,

Un petit coucou du palais Mrigadayavan. Il s’agit de la résidence d’été de Rama VI, roi de Thaïlande au début du vingtième siècle. C’est à cette époque que la région devient le lieu de villégiature officiel des générations de rois qui vont se succéder

Le Palais Mrigadayavan se trouve sur une base militaire royale. Ça nous inquiète un peu. De nombreux points d’intérêt en Thaïlande, se trouvent dans des zones militaires, mais on ne sait jamais si les étrangers y seront acceptés. C’est bien normal mais toujours un peu stressant pour nous. On briefe les garçons pour qu’ils se tiennent correctement. On ouvre toutes les fenêtres de la voiture lorsqu’on arrive à hauteur des sentinelles. Chacun se tient bien droit et sourit de toutes ses dents. Soulagement: le garde nous fait signe d’entrer. Cette fois-ci, il n’y aura même pas besoin de laisser nos passeports.

Avant d’accéder au palais, nos tenues sont contrôlées. Ma robe de grossesse est jugée trop courte. Il faut dire que j’ai sacrement pris du ventre depuis son acquisition, et ça ne la rallonge pas! On m’équipe d’une jupe longue, que je fais tenir autant que faire se peut sur mon appendice géant. Le pan avant rebique toujours. Une jeune femme m’aide à me rhabiller décemment. Sauf que ça glisse maintenant. Papa-Tout-Terrain complète l’œuvre en me prêtant sa ceinture. C’est moche mais très confortable, au final!

Nous pénétrons dans les jardins du palais.

Ils bordent la mer. De larges esplanades d’herbe verdoyante sont caressées par la brise marine. Elles sont ombragées par des arbres tropicaux séculaires, soigneusement taillés, mais qui conservent tout de leur grâce originelle. En hauteur, de longs corridors de bois relient les appartements royaux à la plage. Ces extérieurs sont magnifiques de naturel et de simplicité.

Palais Mrigadayavan

Le palais est implanté au cœur des jardins. Il est construit dans un style hybride de modernité occidentale des années 20 et d’élégante architecture thaï classique. Construit en tek et peint de couleurs claires, ses lignes sont légères et élégantes. Il s’intègre avec une sobriété souveraine dans son environnement. Le roi l’a voulu ouvert sur la mer, frais et traverse par les brises, afin de se soulager ses douleurs d’arthrite rhumatoïde.

Nous visitons les lieux sous l’étroite surveillance du personnel, car le respect pour la monarchie est primordial. Le culte royal est essentiel dans le pays, et marque de nombreuses facettes de notre quotidien. Ainsi, tous les matins au travail, mais aussi avant les séances de cinéma, l’hymne à la gloire du roi est joué: chacun se lève, arrête ses activités, fait silence ou chante. A la fin, on s’incline en direction d’un portrait du roi -il y en a dans toutes les pièces de l’usine. Saviez-vous également que c’est en Thaïlande que les peines sont les plus lourdes, en cas de crime de lèse-majesté?

La visite a déjà été longue.

Les enfants sont irréprochables. Mais Petit-Deux n’en peut plus. Il voudrait s’assoir par terre, dans l’un des grands couloirs de tek. Je demande la permission à une guide. A la vue du joli minois blond et de mon gros ventre, elle donne son aval, outrepassant sans doute quelques règles de bienséance. Nous trouvons un coin discret. Avec une grande gentillesse, et pour nous éviter tout ennui, la jeune femme restera aux côtés de notre petit bonhomme le temps qu’il se repose.

L’intérieur du palais Mrigadayavan est aussi sublime de sobriété que le laissaient présager les jardins. Chaque membre de la famille royale a ses propres appartements, séparés les uns des autres par de grands couloirs surélevés, ouverts au vent. Le mobilier est simple mais d’un extrême bon goût. Les pièces sont de tailles raisonnables mais confortables et dignes d’une famille régnante. L’architecture n’a rien à voir avec le faste flamboyant des palais de Bangkok, là où se joue l’essentiel de la vie politique… Mais qu’elle est belle, cette résidence d’été!

Des bises de nous tous,

Les « Tout-Terrain »

 

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Le Sanctuaire de Phimai

Nous profitons d’un long week-end et de l’invitation au mariage de P’Kung pour visiter une partie du sud de l’Isan que nous ne connaissons pas encore. Direction le parc historique et le sanctuaire de Phimai, puis le musée national de Phimai . En chemin, nous découvrirons aussi, par hasard, les vestiges du village préhistorique de Ban Prasat, qui valent le détour si l’on est dans le coin.

 

Le Sanctuaire de Phimai en Pratique:

  • Coordonnées GPS: 15°13’08.2″N 102°29’40.5″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Un dépliant –de qualité- en français nous a été fourni en même temps que le ticket.
  • Prix enfant: au jugé, nos enfants (3 et 5 ans) sont entrés gratuitement
  • Ouverture de 7h30 à 18h.
  • Durée de l’activité: Prévoir 1 à 2 bonnes heures, en fonction de son amour des vestiges Khmers. Privilégier une visite tôt le matin pour limiter la chaleur et éviter les visiteurs sur les photos.

 

La saison des pluies l’impose, nous nous couvrons d’anti-moustique avant d’entamer la visite. Le temps est orageux et l’air humide: un climat idéal pour se faire piquer!

« Il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons! »… Les enfants qui trainaient des pieds en sortant de la voiture sautent de joie et se précipitent à l’entrée du site. Décidément, ils aiment autant que nous les ruines khmères!

 

Le sanctuaire de Phimai: un complexe majeur de la période khmère

Construit aux 11 et 12eme siècles, le sanctuaire de Phimai est l‘un des temples khmers les plus importants de Thaïlande. Il est construit en grès, et non en latérite comme la plupart des édifices religieux de la région de la même époque. Le grès est un matériau plus dur, moins aisé à travailler, mais plus noble, ce qui reflète le caractère d’exception de Phimai. Du coup, le bâtiment vieilli différemment, aussi, et a tendance à s’effriter, alors que la latérite, elle, se creuse de petits cratères.

Ce sanctuaire majeur est situé à l’extrême limite d’une longue route sacrée qui traversait le Royaume khmer et reliait Phimai à Angkor. C’est sans doute la raison pour laquelle le complexe de temple de Phimai est orienté vers le sud, sud-est: il « regarde » dans la direction d’Angkor.

Bêtement, je ne retrouve plus le dépliant reçu sur le site, et qui en proposait une carte très lisible et pertinente. Je crois l’avoir donné à Papa-Tout-Terrain ou mis dans une poche quand Petit-Deux a insisté pour que je lui serve de monture « parce qu’il y a des cailouuuuuuux, par teeeeeeeerre! ». Oui, il est toujours sensible de l’orteil on avait oublié de le chausser de baskets. Bref, j’ai emprunté un plan sur le site de Korat Magazine, qui permettra de se repérer:

Phimai Historical Park - Map

On entre par le sud. Sur la gauche, un « petit » bâtiment annexe, nommé Klang Ngoen sur le plan, était destiné à abriter les familles royales qui s’y habillaient, avant les processions religieuses. L’édifice n’a rien d’exceptionnel. En revanche, par sa taille, la finesse de ses linteaux et la largeur de ses couloirs de circulation, il préfigure déjà l’immensité somptueuse du sanctuaire tout entier.

Phimai - Klang Ngoen

 

Une architecture classique de la période angkorienne

Les garçons sont très impatients d’entamer enfin les choses sérieuses. Déjà, ils ont rejoint, en courant, le pont aux nâgas, qui donne accès au gopura sud de l’enceinte extérieure. Les parents aussi ont adopté le pas de course pour suivre les marmailloux. Et ne pas les perdre entre deux murs antiques. En réalité, donc, les photos datent du trajet retour. Mais permettez-moi une pause narrative pour placer quelques mots. Le pont aux nâgas symbolise le lien et le passage entre le monde des mortels et le monde des dieux. C’est un motif que l’on retrouve très fréquemment dans les édifices Hindous. Le nâga, qui a une, cinq ou sept têtes joue un rôle de gardien et de médiateur entre la terre et le ciel.

Phimai - Pont aux Nagas

Depuis, et après une intéressante discussion avec notre nounou, j’ai découvert que le nâga était également présent dans certains édifices bouddhistes de Thaïlande, où il est considéré comme un animal sacré.

Nous sommes étonnés par l‘excellent état de préservation des sculptures. Nous ne saurons le fin mot de l’histoire qu’un peu plus tard, lorsque nous tomberons par hasard sur la « réserve à Nâgas »: un champ de serpents bétonnés, aux structures en acier, et méthodiquement ordonnés en rangées disciplinées, prêts à remplacer un congénère détérioré. De toute évidence, depuis les restaurations initiées dans les années 1960, beaucoup des sculptures originales ont été déplacées au musée National de Phimai et remplacées par des copies, ce qui est, somme toute, très cohérent en termes de conservation du patrimoine.

Phimai - Pont aux Nagas et Gopura

Nous entrons dans la première enceinte par le gopura sud. Le gopura est un élément typique de l’architecture hindouiste, qui consiste en une entrée dans l’enceinte sacrée. Il représente la grandeur des dieux. Au fil des siècles, il tend de plus en plus souvent à la démesure, avec profusion de sculptures et de décorations. Le complexe de Phimai ayant deux enceintes imbriquées, l’on franchit donc deux gopuras successivement avant d’atteindre le sanctuaire. Chacune des enceintes est en réalité dotée de quatre gopura, soit un par mur d’enceinte.

Phimai - Passage Central entre l'enceinte exterieure et l'enceinte exterieure du complexe

Toujours au pas de course, nous atteignons le passage central, qui mène à l’enceinte intérieure de l’édifice. J’arrive à mettre la main sur Petit-Deux qui accepte mollement de m’attendre. Petit-Un, de la voix, tente d’exciter son frère en l’intéressant à de nouvelles découvertes. Je souffle comme un vieux buffle en fin de labour. Décidément, le marathon n’est pas d’actualité pour moi à six mois de grossesse! Derrière le deuxième gopura, plus grand et plus somptueux, on commence à deviner les Prangs du sanctuaire central. La perspective et l’alignement architectural sont étonnants et magnifiques. Papa-Tout-Terrain me fait remarquer que si nous étions seul sur le site, l’on pourrait voir le sanctuaire central depuis le pont aux nâgas, et sans doute même depuis l’entrée de l’allée principale.

Phimai - Sanctuaire Central

 

La somptueuse enceinte intérieure du sanctuaire de Phimai

Nous atteignons enfin la partie la plus centrale du complexe. La zone comporte deux Prangs, une bibliothèque ainsi que le sanctuaire principal. Si les bâtiments annexes et l’enceinte extérieure sont de grès rose, les édifices religieux principaux ont été bâtis dans un grès gris très clair, qui leur confère encore une majesté plus grande. Les Prangs sont magnifiquement ornés de sculptures aux motifs religieux. Tout comme les nâgas, ce sont certainement des copies, car nous en retrouverons des rangées sagement alignées à côté des serpents.

Phimai - Sanctuaire Central

Cela ne retire rien à la noblesse et a l’éclat architectural des bâtiments. Certains linteaux sont sculptés avec une finesse et une élégance que nous avons rarement rencontrées jusqu’ alors. Les encadrements des ouvertures, des gopuras et mêmes des allées de circulation des enceintes, sont adroitement décorés de personnages mi religieux, mi facétieux.

Phimai - Linteau de porte

Ca y est, on a perdu Petit-Deux! Il était là il y a deux secondes. Il voulait partir à droite, pendant que Petit-Un développait les raisons pour lesquelles il souhaitait visiter la galerie d’enceinte, sur la gauche. Je n’ai pas entendu pas grand-chose des raisons de Petit-Un. Il se trouve déjà à une bonne cinquantaine de mètres, et ne vois plus Petit-Deux. Papa-Tout-Terrain part à sa recherche. Sans succès. Heureusement l’asticot réapparaît quelques secondes plus tard, fort content de lui, après avoir fait seul le tour de la bibliothèque.

Nos enfants commencent à apprécier une certaine indépendance lors des visites, mais n’ont pas toujours le réflexe de nous avertir de leurs explorations, ce qui nous cause souvent des sueurs froides. Ils ne sont que deux mais nous passons toujours une bonne partie de nos visites à compter « Un, deux… c’est bon! »… « Un, deux… c’est bon! »… « Un… Ou est deux?… Ah, deux, c’est bon… » J’imagine que c’est le lot de tous les parents, mais avez-vous été jusqu’à vraiment égarer des enfants en visite? Et comment leur avez-vous appris à s’éloigner, dans le respect de consignes élémentaires de sécurité?

Phimai - Le Sanctuaire Central

Nous retournons au point de départ par le chemin des écoliers. Nous zigzaguons entre les zones architecturales centrales et les allées qui longent l’enceinte extérieure. La finesse et l’omniprésence des bas-reliefs, sur tous les bâtiments, jusqu’aux plus humbles, ne cesse de réjouir nos regards.

Phimai - Mur de l'enceinte exterieure

Le Musée National de Phimai

Le Musée National de Phimai en Pratique

  • Coordonnées GPS: 15°13’29.4″N 102°29’40.0″E
  • Prix adulte: 100 THB pour les étrangers, 20 THB pour les Thaï. Dans l’empressement, on a payé le prix « étranger » sans demander le prix « thaï »… Bon, en même temps, on participe ainsi à la préservation de ce très beau patrimoine.
  • Prix enfant: gratuit
  • Ouverture de 9h00 à 16h00.
  • Durée de l’activité: 35 minutes au pas de course, poussés par les enfants et l’heure de fermeture. Dans l’idéal, compter plutôt une heure à une heure et demie.

 

Nous complétons notre découverte du sanctuaire de Phimai par la visite du musée de la ville, après une pause glacée. Petit-Deux a une petite langue et met tant et tant de temps à venir à bout de son cône à la fraise que nous arrivons bien tard et manquons de peu de trouver porte close. Il est vrai aussi que le musée ferme particulièrement tôt, à 16 heures.

Musee National de Phimai - Linteau

Il serait pourtant dommage de le louper! Ses collections sont d’une grande richesse. En particulier ses sculptures et de bas-reliefs khmers, particulièrement bien conservés, restaurés et mis en valeur. La plupart des œuvres datent des 10 aux 13eme siècles, et sont de nature religieuses, principalement influencées par l’Hindouisme. J’ai le plaisir de noter que Petit-Deux connait et reconnait désormais parfaitement les nâgas. En dehors des nâgas et des dragons, il faut admettre que les musées ne sont pas (encore) les terrains de jeux favoris des enfants. Les bâtiments heureusement fournissent escaliers et rampes pour handicapés qui leur permettront de belles glissades, pendant que les parents se passionnent pour des images de Shiva et de Vishnu.

Musee National de Phimai - Linteau

Le musée présente des pièces magnifiques, et propose un panorama très intéressant d’œuvres rapportées de plusieurs temples, majeurs et mineurs, de l’Isan. On y trouve des statues Hindoues et des statues bouddhistes, plus récentes. Et surtout de très nombreux linteaux qui représentent avec force détails et personnes des scènes de cérémonies religieuses. Les œuvres sont bien éclairées et mises en valeur. L’exposition des plus grosses pièces, dans un hangar extérieure, est sans doute, d’ailleurs, encore plus somptueuse

Musee National de Phimai - Fronton

Malheureusement, nous avons eu un peu peine à trouver une cohérence d’ensemble dans l’exposition. Les sculptures sont mélangées avec des armoires et des bijoux, et la progression historique n’est pas évidente. Il ne semble pas y avoir de ségrégation géographique non plus. Même les différentes religions paraissent vouloir se mêler les unes aux autres. Le manque de commentaires d’ordre général, en anglais, vient renforcer ce sentiment de confusion. Avec quelques jours de recul nous avons beaucoup apprécié cette visite, visuellement, mais restons un peu sur notre faim, en regrettant de ne pas en avoir appris plus.

Musee National de Phimai - Vases

 

Autour de Phimai

Nous finissons le musée assez fatigués d’une journée déjà riche en visites et en événements. (Et un peu éprouvés par une maxi-colère de Petit-Deux.) Du coup comme une cruche, j’en oublie la promenade prévue de Sai Ngam, une petite île entièrement recouverte des ramifications d’un banian géant. Les photos avaient pourtant l’air magnifique!… Bref, si vous préparez une excursion à Phimai, ne faites pas comme nous, n’oubliez pas bêtement cette étape!

Sur le chemin du retour vers Korat, nous faisons enfin une dernière halte à Prasat Hin Phanomwan, un ancien sanctuaire khmer, désormais totalement dédié à la religion et aux cérémonies bouddhistes. On va dire que c’est la nature, mais j’ai un peu honte d’avouer que je m’étais endormie en route… Bref je n’ai pas eu l’énergie de descendre de la voiture pour visiter le site. A la place, j’ai mangé un bonbon « hamburger » avec Petit-Deux, tout en gardant un œil sur Petit-Un, qui n’avait même pas daigné se réveiller.

Prasat Hin Phanomwan

Papa-Tout-Terrain a été plus courageux, et a apprécié le détour. Il a été très impressionné par les énormes Bouddhas installées dans les allées et les sanctuaires principaux, et par l‘intensité du culte qui leur était rendu.

Prasat Hin Phanomwan

 

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Notre voyage en Isan

Profitant des vacances de Songkran, nous avons pris la route, bien décidés à découvrir les richesses des temples et des sanctuaires de l’Isan…

Deux semaines après le retour, c’est le moment de faire un petit point sur notre parcours, les perles de nos découvertes, mais aussi les petites difficultés que nous avons pu rencontrer…

Prasat Phanom Rung

 

Notre périple détaillé

  Nom du Lieu Type d’activité Province Article du Blog
Jour 1 Prasat Mueang Tam Sanctuaire Khmer Buriram Prasat Muang Tam, majestueux temple Khmer – Buriram
Phanom Rung Historical Park Sanctuaire Khmer Buriram Praasat Phanom Rung, roi des temples Khmers – Buriram
Kuti Rishi Nong Bua Lai Héritage Khmer Buriram
Jour 2 Tao Nai Chian et Tao Salai Fours de potier (Khmer) Buriram Ta Muean Thom, temple et militaires – Surin
Prasat Ta Meuan Héritage Khmer Surin
Prasat Ta Meuan Toht Héritage Khmer Surin
Prasat Ta Muean Thom Sanctuaire Khmer Surin
Prasat Ban Phluang Temple Khmer Surin Jolies surprises Khmères – Temples de Surin
Prasat Ban Prai Temple Khmer Surin
Jour 3 Cérémonies dansantes à Surin Festivités Surin Songkran surprise dans la calme Surin
Prasat Sikhoraphum Temple Khmer Surin Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket
Prasat Ban Prasat Temple Khmer Sisaket
Prasat Sa Kamphaeng Yai Sanctuaire Khmer Sisaket
Jour 4 Elephant Study Center Attraction Surin Eléphants, singes et temples – de Surin à Kalasin
Ku Phra Kona Sanctuaire Khmer Surin
Pédalo et jeux d’enfants Attraction Roi-Et
Muang Fa Daet Song Yang Site préhistorique Kalasin
Jour 5 Musée des dinosaures Attraction / Musée Kalasin Le musée des dinosaures de Kalasin
Lac de Lam Pao Paysages Kalasin
Songkran dans les campagnes Festivités Kalasin
Musée archéologique de Ban Chiang Musée (préhistoire) Udon Thani Les richesses du musée archéologique de Ban Chiang
Songkran urbain a Udon Thani Festivités Udon Thani
Jour 6 King Cobra village Attraction Khon Kaen  Le Village des Cobras Royaux – Khon Kaen
Nam Phong National Park Paysages Khon Kaen
Wat Thung Setthi Temple Bouddhiste Khon Kaen
Jour 7 Prasat Puay Noi Temple Khmer Khon Kaen

 

Quelques-unes de nos principales étapes sur la carte…

Itineraire de notre voyage en Isan

Sources: Google Map

Notre découverte de l’Isan en cinq chiffres

  • 7 jours de voyage
  • 2,300 km de route
  • 8 provinces traversées (Buriram, Surin, Sisaket, Roi-Et, Kalasin, Udon Thani, Khon Kaen et Nakhon-Ratchasima)
  • 15 sites Khmers si mon compte est bon
  • … sans compter 2 sites Khmers à retourner voir absolument!

 

Notre voyage en quelques points

  • L’Isan nous a donné à profiter de tout ce que nous aimons en Thaïlande: des sites historiques riches et variés, de beaux paysages, des rencontres dont nous nous souviendrons longtemps… Nous avons globalement échappé aux attractions organisées pour le tourisme de masse et tant mieux, car ce n’est pas ce que nous recherchions cette fois ci.
  • Les distances sont longues dans cette région. Ce beau voyage n’aurait jamais été possible sans un véhicule individuel –ou cela nous aurait demandé beaucoup de temps.
  • La nourriture de la région est bonne, mais je m’attendais à plus de variété. Finalement, on trouve presque les mêmes plats « secs » que dans notre région, mais beaucoup moins de plats en sauce de type currys. Nous espérions profiter de ce voyage pour des découvertes culinaires… mais en fait non.
  • Parfois, nous n’avons pas trouvé d’interlocuteur anglophone, mais cela ne nous a jamais posé problème. Les personnes que nous avons rencontrées étaient d’une grande gentillesse et ont toujours tout fait pour nous simplifier la vie, et plus encore pour satisfaire les enfants. Dans les cas les plus extrêmes, nous avons fait appel à Google Image pour commander un bol de riz pour les garçons, plus difficiles que nous sur la nourriture.
  • Nous rentrons la tête pleine de belles images et les bras chargés de souvenirs: de belles reproductions de céramiques de Ban Chiang, un magnifique buffle de terre cuite, un grand panier tressé traditionnel, et un bel instrument classique à cordes pincées. Quelqu’un connaitrait-il son nom?

Nos souvenirs

Les petits contretemps

  • Dans les zones courues des étrangers, j’ai parfois des difficultés à avoir une salade de papaye pimentée normalement, tant les touristes sont adeptes du « Mai ped » (=sans épices). Dans l’Isan, il m’est au contraire arrivé de chercher la papaye au milieu des morceaux de piments… à en pleurer…
  • Nous n’avons pas eu de soucis majeurs d’orientation, mais pas mal de petites difficultés ponctuelles. D’une part, les panneaux en anglais étaient rares dans certaines zones –mais pas partout. Et surtout, les transcriptions du Thaï en lettres occidentales ont tendance à varier d’une fois sur l’autre. C’est toujours très embêtant pour trouver un lieu dont on croit connaître l’intitulé. En tant que responsable de la navigation, j’ai souvent râlé de devoir tâtonner et essayer plusieurs orthographes sur le GPS avant que ça marche.
  • Nous avons voyagé pendant la période la plus chaude de l’année, et pendant la plus grosse vague de chaleur en Thaïlande depuis cinquante ans… Nous avons donc eu très très chaud. C’est toujours resté vivable, mais cela nous a parfois obligés à écourter certaines promenades, par prudence… Au fait, j’ai bien bronzé des pieds, non?

Bronzage du retour

(Note: la cheville enflée et l’égratignure n’ont rien à voir… Apres 2,300 km sans encombre, je suis revenue me fouler le pied sur le pas de la porte de la maison! C’est malin!)

 

Les enfants en voyage

  • Les enfants ont adoré ce voyage: crapahuter dans les temples, rencontrer des animaux, s’enthousiasmer pour de nouveaux hôtels tous les soirs… tout est propice à l’exploration, et tout les intéresse! Plus tard, ils ne garderont sans doute que des souvenirs vagues de ce voyage, mais nous nous plaisons à penser qu’ils cultivent ainsi leur curiosité, leur goût de la découverte, et que c’est une belle façon de grandir.
  • Ce voyage a été placé sous le signe de la chanson française –longs trajets en voiture obligent. Les enfants ont appris de nombreux classiques pour tout-petits, et pas mal de Renaud, aussi. On entend maintenant régulièrement Petit-Deux s’égosiller dans les toilettes: « Lolaaaaaaaaaaaaaaaa!!!… » ou pire « Casse toi tu pues, et marche à l’ombre… » de sa jolie voix aigrelette.
  • A notre contact permanent, les enfants progressent à pas de géant en français. En plus du vocabulaire, Petit-Un commence à acquérir les bases de l’argumentation. Il explique très sérieusement qu’il doit absolument manger ce bonbon tout de suite parce que son papier le protège mal et qu’il craint une attaque de fourmis. Autant je ne cède jamais devant les cris, autant ses efforts de persuasion tendent à me faire fondre sur place…
  • On a toujours du mal à gérer la fatigue des voyages en « road trip ». Au bout de sept jours, nous étions tous assez fatigués et avons renoncé à la dernière étape, Phimai. Peut-être nos journées sont-elles trop chargées, mais les vacances sont malheureusement trop rares… Quelles sont vos trucs pour conserver des forces sur le long terme?
  • Pour la première fois, les enfants ont fait leurs valises et en ont été responsable pour toute la durée du périple. Ils s’en sont très bien sortis, et avec beaucoup de régularité!

 

Nous reviendrons!

  • Preah Vihear n’était pas au programme de notre circuit, car nous n’étions pas surs de la sécurité du site, situé dans une zone de conflit frontalier entre Cambodge et Thaïlande. Depuis notre retour, nous avons continué à rêver sur les belles vues de ce sanctuaire, et commencé à échanger avec de –rares- voyageurs ayant visité les lieux. Il semble finalement que la zone soit suffisamment sûre aujourd’hui. C’est dit, nous y retournerons!
  • Phimai avait été volontairement placé en fin de parcours pour pouvoir sauter cette dernière étape en cas de besoin. Le sanctuaire est en effet le vestige Khmer le plus proche de chez nous. Beaucoup de temples plus tard, adjoints d’un zeste de lassitude et de fatigue pour nous tous… nous avons laissé tomber la visite pour aller jouer à Batawaf à l’hôtel. Nous reviendrons sur un long week-end… C’est bon, aussi, de distiller les plaisirs!

 

 

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Eléphants, singes et temples – de Surin à Kalasin

Trois jours de visite des temples Khmer du sud de l’Isan nous ont permis de découvrir de très riches sanctuaires, des temples plus confidentiels et ont été l’occasion de surprenantes rencontres, à l’écart des circuits touristiques. Mais les enfants commencent à exprimer un trop-plein de vestiges. Aussi ne peuvent-ils retenir leur joie et leur excitation lorsque nous leur annonçons l’activité du matin: la visite de l’Elephant Study Center de Surin.

 

L’Elephant Study Center

Le village et la campagne qui bordent l’Elephant Study Center ont ceci d’étonnant qu’au détour des cours ou des allées, on y rencontre souvent à l’improviste des pachydermes –domestiques et attachés, bien sûr-, les cornacs habitant le voisinage avec leurs bêtes. Beaucoup d’énormes crottes d’éléphant, aussi, sur les routes alentours. On est dans l’ambiance!

Surin Elephant Study Center

La foule se presse à l’entrée du parc. Ce sont principalement des Thaïs du voisinage, ainsi que des Laotiens venus en voyage organisé. La foule est joyeuse, colorée et bruyante… ce n’est pas une foule des villes.

J’avais planifié cette activité avec d’autant plus d’enthousiasme que l’Elephant Study Center est intégré au « Surin Project », qui vise à améliorer les conditions de vie des éléphants en captivité, tout en diffusant de bonnes pratiques auprès de mahouts (=cornacs): ne pas battre les éléphants, leur éviter des charges trop lourdes, cultiver localement les végétaux destinés à leurs bêtes… Le projet est joli sur le site web, mais dans les faits, nous n’avons noté aucune différence entre ce centre et les autres attractions d’éléphants visitées ailleurs en Thaïlande.

Surin Elephant Study Center

Classiquement, on trouve les mêmes activités qu’ailleurs: distribution de friandises aux éléphants, balades à dos d’éléphant, spectacles d’éléphants, et commerce de souvenirs autour des éléphants. Il y a également un musée qui ne mérite pas vraiment son nom, avec ses trois panneaux d’affichages en Thaï uniquement, et une esplanade de jeux d’enfants qui nous a bien aidé à dépenser la belle énergie des nôtres.

Surin Elephant Study Center

Plus étonnant, le lieu rassemble quelques bêtes vraiment énormes. Nous n’avions jamais vu d’éléphants d’Asie aussi gros! Petit-Un a adoré sa balade « en hauteur », aux côtés de son Papa. Petit-Deux a préféré rester avec moi, mais il l’a pas mal regretté lorsqu’il a compris que, enceinte, il n’y aurait pas de promenade pour moi. Parce que si vous n’avez jamais pris d’éléphant, il faut bien savoir que ça bouge sacrément sur ces bestioles, même à un train de sénateur… je n’ose d’ailleurs pas songer à ceux qui combattaient sur des animaux au galop!

Surin Elephant Study Center

Le spectacle en revanche est assez médiocre. On nous y présente ce que font les éléphants partout en Thaïlande: jouer au foot, peindre des arbres sur des tee-shirts, se dresser sur leurs pattes arrière en barrissant et lancer des fléchettes sur des ballons. Le chapiteau où se déroule le spectacle est très chaud et mal ventilé. Mais surtout, la représentation manque assurément de rythme. Un éléphant fait un tout petit truc. Il est applaudi. Il s’approche du public pour être récompensé avec des morceaux de canne à sucre. Il s’en va. L’éléphant d’après se met en place pendant que tout le monde poireaute dix minutes. Et ça recommence. Cela n’a en rien affecté le plaisir des enfants, plus heureux de tendre des friandises aux éléphants que de regarder leurs numéros. D’ennui et de chaleur, nous sommes cependant partis avant la fin.

Surin Elephant Study Center

 

Les singes du sanctuaire de Ku Phra Kona

Nous prenons la route de la province de Roi-Et, où nous comptons visiter le temple moderne de Pa Non Sawan -que nous n’atteindrons malheureusement jamais.

En chemin, nous croisons l’indication d’un autre sanctuaire, visiblement ancien: le temple de Ku Phra Kona. Nous nous arrêtons à tout hasard. Le grand parc que nous traversons pour atteindre l’édifice religieux est habité par des singes. Ce n’est pas très surprenant, car en Thaïlande, les singes élisent couramment domicile dans les temples. Animaux sacrés chez les Hindous et les Bouddhistes, ils sont soignés et nourris par les fidèles du coin. Dans les lieux devenus attraction touristiques, les singes se nourrissent exclusivement de nourritures fournies par les humains ou volées. Ils sont facilement agressifs. Dans les endroits plus reculés comme Ku Phra Kona, ils semblent être restés principalement sauvages. Ils approchent peu des hommes, vivent dans les arbres, et semblent toujours habitués à se nourrir de par eux-mêmes, dans la nature –ou du moins partiellement.

Les singes de Ku Phra Kona

Sur un vélo, surgit de nulle part une vendeuse de bananes. Equipés de fruits murs, nous entamons la distribution.

Les enfants traînent un peu les pieds quand il s’agit de passer au temple. Mais comme « il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter », ils nous suivent finalement de bonne grâce. La partie Khmer du site date du 11eme siècle. Elle se compose de trois Prangs de brique. Le Prang central a été « restauré », enfin, plutôt « refait ». Il est intégralement plâtré et de nouvelles cavités ont été créées dans la voute pour y héberger des statuettes bouddhistes. Les décorations relèvent elles aussi du bouddhisme, et clairement, la tour a aussi complètement changé de visage que de religion.

Le sanctuaire de Ku Phra Kona

Les deux Prangs contigus sont toujours de brique. Ils ne sont pas en très bon état et s’affaissent un peu, mais présentent encore plus d’intérêt: eux ont carrément été investis d’une statuaire et d’un décor bouddhiste, sans transformation préalable. Les niches sont décorées d’étoffes safran. L’on s’en approche désormais pieds nus. Y foisonnent les statues des principales divinités bouddhistes, les vases à encens et autres contenants destinés aux offrandes traditionnelles.

Parties anciennes du temple Khmer de Ku Phra Kona

Subsistent également quelques linteaux aux bas-reliefs assez fins ainsi que de petites inscriptions en alphabet Khmer, mais dont les dalles ont été un peu écartées des endroits de culte: elles ne constituent plus l’objet principal de ces lieux. Si les vestiges antiques ont progressivement été transformés par la religion dominante, on sent que les gens du coin y restent sincèrement attachés: près de nous, un moine du monastère voisin présentait ainsi sculptures et linteaux à un visiteur Thaï, et, quoi que nous ne puissions les comprendre, leurs regards, posés sur ces témoignages du passé, faisaient montre d’une réelle bienveillance.

Linteau sculpte de Ku Phra Kona

 

Brève escale à Roi-Et

Un peu plus au nord, nous traversons Roi-Et. Petit-Un avise un beau jardin public, équipé de pédalos. « S’il te plait Maman-chérie, je veux faire du bateau-flamingo! » En fait, c’est un pédalo en forme de cygne, mais on se comprend. Et Petit-Deux de renchérir qu’il voudrait le flamingo bleu, parce qu’il est teeeeellement beau! On a pas mal roulé récemment et les moments principaux de détente, pour les enfants, ont surtout consisté à crapahuter dans les temples Khmers et à jouer au freezbee dans les chambres d’hôtel –mais on n’a rien cassé!

Pedalo dans le parc de Roi-Et

Bref c’est ainsi que sur un regard complice échangé avec Papa-Tout-Terrain, nous renonçons, avec quelques regrets, mais de bon cœur, au temple de Pa Non Sawan… pour aller pédaler dans l’eau.

On enchaine avec une séance jeux d’enfants. Petit-Un devient tout de suite copain avec deux grandes filles d’au moins huit ans qui lui tiennent la main sans le lâcher, et le conduisent de toboggans en échelles de cordes. Il a l’air heureux comme un roi!

Leitmotiv du voyage, Petit-Deux a un souci de sable qui entre dans les chaussures. Il développe une technique forte intelligente qui consiste à hurler à mon intention chaque fois qu’il arrive au bas d’un toboggan, pour se faire transporter à bras, jusqu’au pied de l’escalier suivant. Curieusement, ça ne marche pas du tout du tout avec Papa-Tout-Terrain.

Il fait chaud

Nous concluons l’étape avec une bonne glace. En fait deux glaces pour Petit-Un, parce que Papa-Tout-Terrain a laissé tomber la première par terre. En partant de l’ère de jeu, toutes les nouvelles copines font de grands signes à l’ intention de notre ainé: « Au revoir Petit-Un! », crie l’enfant la plus âgée, en l’appelant par son prénom.

 

Soirée autour de Kalasin

Nous repartons pour l’étape du soir: Kalasin. Dans la voiture, les enfants chantent en cœur: « Promenons-nous, dans les bras, pendant que le loup y est pas… » Dois y voir une quelconque ironie, de la part de Petit-Deux, qui a bien plus usé mes bras que ses chaussures aujourd’hui?

Un peu avant Kalasin, nous nous arrêtons brièvement sur le site de Muan Fa Daet Song Yang. Il s’agit d’une ancienne cite préhistorique, qui se serait surtout développée entre les 10eme et 8eme siècles avant JC. En plus d’un petit musée alors fermé, il ne reste aujourd’hui que quelques monticules anciens, ainsi qu’une « borne religieuse« , et qui servait alors à identifier les zones sacrées. Peut-être y aurait-il eu plus à voir, mais nous ne cherchons pas très longtemps et ne trouvons rien qui nous convainque.

Muang Fa Daet Song Yang

Quoi qu’il ne soit nous ne souhaitons pas traîner, car nous prévoyons de passer la soirée sur le barrage de Lam Pao, au nord de Kalasin. Nous arriverons malheureusement trop tard: tout ferme dès la tombée de la nuit. En revanche, les derniers plaisanciers qui quittent les lieux ont l’air de s’être bien amusés: grande plage de sable, nombreux baraquements de nourritures variées, petites échoppes qui proposent bouées et jeux d’eau… il y a tout pour y passer une belle après-midi, ou milieu d’une foule locale, familiale et gaie! Nous concernant, ce sera pour une prochaine fois, peut être…

Barrage de Lam Pao a Kalasin

Une jolie occasion perdue mais nous ne nous démontons pas pour autant. A notre grand étonnement, nous repérons un restaurant de kebab, chaudement recommandé sur le web par quelques curieux de passage. Et si on y allait?… Mon estomac m’a quelque peu reproché la salade de papaye et le Laab Ped du midi, plutôt épicés pour un circuit digestif occidental, même habitué. Le changement lui fera du bien! Le GPS nous mène au fin fond de la banlieue sud de Kalasin, où nous commençons à désespérer. C’est un endroit où l’on ne s’attend plus à trouver à manger, et encore moins de la nourriture étrangère. Contre toute attente, le Kebab Garden est pourtant bien là et se révèle une excellente découverte, quoi que pas locale du tout. Le patron est jordanien, et très sympathique. Il nous cuisine, tout frais, de délicieux kebabs, du homos, des fallafels ainsi quelques autres plats non moins délicieux mais dont j’ai perdu le nom. Surprise du chef, il nous rajoute même quelques spécialités de son pays! Quel délicieux repas!

Le Kebab Garden a Kalasin

Ce soir-là, nous dormirons dans le confortable Dino Studio, qui nous prépare déjà à l’ambiance des activités du lendemain: la visite du musée des dinosaures de Kalasin!

 

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Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket


Après une bonne nuit de repos à Surin et le spectacle surprenant d’une célébration dansée de Songkran, nous reprenons le chemin des temples Khmers de la région, en commencant par Prasat Sikhoraphum. Nous en avons certes déjà vu beaucoup, mais chaque nouvelle visite nous subjugue et nous porte un peu plus loin dans la découverte de notre pays d’adoption et de sa culture millénaire. Après tout, ne dit-on pas que pour connaître une nation et un peuple, il faut d’abord s’intéresser à sa religion?

 

Les magnifiques bas-reliefs du Prasat Sikhoraphum

Prasat Sikhoraphum

Sanctuaire Hindou construit au 11 ou 12eme siècle et dédié au culte de la déesse Shiva, le Prasat Sikhoraphum est particulièrement remarquable pour ses bas-reliefs extraordinairement riches et bien conservés, sur certains linteaux et montants de portes. Rien que pour ça, le lieu vaut vraiment le détour!

Bas relief Prasat Sikhoraphum

En dehors de ces points, il s’agit d’un temple de topographie classique, avec cinq Prangs, dont un principal, au centre. A l’occasion de cette visite, nous nous posons la question de l’utilisation des matériaux de construction (brique, latérite et grès), suivant les temples. Si le grès est presque systématiquement employé pour les linteaux et les encoignures des orifices, la fréquence de la brique semble varier d’une construction à l’autre.

Bas relief Prasat Sikhoraphum

Trouvée sur Internet, une intéressante synthèse sur l’architecture Khmer nous renseigne. La brique a, en réalité, été très utilisée à l’époque Préangkorienne, à partir du 7eme siècle, puis progressivement délaissée par la suite, car les murs de briques résistaient mal à l’épreuve du temps. Cette problématique était encore accentuée par le fait que les briques servaient souvent de parement à des murs de terre, plus friables et fragiles. La latérite, quant à elle, était un matériau facile à découper, et par conséquent privilégié pour les bases des bâtiments et les murs d’enceinte. Cette pierre n’était pas utilisée pour les pans sculptés ou travaillés, car en séchant, sa surface se constellait de petits cratères qui la rendaient visuellement impropre aux pièces d’apparence.

Porte du Prang principal - Prasat Sikhoraphum

 

Curieuse rencontre à Prasat Ban Prasat

Nous sommes désormais dans la province de Sisaket. En chemin vers l’étape suivante, on tombe sur le panneau indicatif de Prasat Ban Prasat. Inconnu au bataillon. Mais pictogramme d’antiquité. Ca nous intéresse! On arrête tout et on suit la direction. Là, nous avons très très bien joué le coup, parce qu’on a pris en photo le premier panneau, histoire de pouvoir demander notre chemin à des locaux, écrits à l’appui (et en Thaï). Après pas mal de bornes en pleine campagne, on est franchement perdus. Plus d’indications ni rien. Personne non plus à qui demander la route. Au détour d’une toute petite voie, quelques vagues panneaux. Tout est en Thaï bien entendu. On ressort notre photo.

Campagne entre Surin et Sisaket

Et là, avec Papa-Tout-Terrain, on se retrouve comme deux courges illettrées à essayer de comparer les directions indiquées sur la photo. La tâche n’est pas aisée, d’autant que les polices d’écriture diffèrent et que certains des panneaux sont mêmes peints à la main. Je fais choux blanc, c’est sûr, ce n’est pas là. Papa-Tout-Terrain s’exclame soudain: « C’est là! » Usant d’une technique fort intelligente, il avait comparé les lettres en commençant les mots par la fin. Effectivement après un nouveau brainstorming, nous nous accordons sur ses conclusions. On repart donc et même, on trouve notre temple!

Prasat Ban Prasat

Belle surprise d’ailleurs, c’est un de ces petits sanctuaires Khmers « caméléon », passé d’Hindouiste à Bouddhiste avec le temps. Un temple moderne, dédié à Bouddha, a été construit face aux antiques Prangs de brique. La base du nouveau bâtiment recycle même des blocs de latérite de l’ancien édifice, sans doute prélevés à ses murs d’enceinte ou à des bassins qui auraient aujourd’hui disparus.

L’histoire se corse un peu quand s’approche de la voiture une bonne demi-douzaine de policiers en uniforme. Ils regardent avec suspicion l’intérieur de notre véhicule alors que je suis justement en train de me battre avec ma braguette, laissée ouverte pour le confort de mon ventre de femme enceinte. Papa-Tout-Terrain tente de faire diversion. Il sort et lance un « Sawadikhap » (=bonjour) jovial, en attendant de voir ce qui va se passer. Là tous les policiers lui tombent dessus et demandent à être pris en photo avec lui. Ouf, tout va bien. C’est un peu effrayant quand même le sérieux que gardent ces hommes de loi en toute circonstance… On se parle peu, faute de langue commune. On dit juste qu’on est français et on lance le nom de quelques destinations récemment visitées dans la région. Les policiers proposent quelques autres lieux… quelques-uns sont dans les plans… pour les autres, je ne parviendrai pas à les recoller sur la carte, malheureusement. Qu’à cela ne tienne, on se sourit beaucoup et, à nous tous, on fait des dizaines de photos!

Avec les policiers de Prasat Ban Prasat

De leur côté, les enfants veulent rester dans la voiture. D’abord ils en ont un peu marre des temples et surtout, ils viennent de découvrir une application sur l’IPad de leur père, qui leur permet de nourrir et d’élever un chat. C’est tout de même plus intéressant! Avec Papa-Tout-Terrain, on fait un rapide tour des lieux. Emouvants d’austérité, trois Prangs se dressent vers le ciel. Clairement, ce ne sont pas des édifices majeurs et nous ne trouvons nulle part sculptures ou bas-reliefs. Pendant ce temps-là, les policiers continuent de tourner autour de la voiture, essayant de voler quelques clichés des enfants malgré les vitres teintées.

Prasat Ban Prasat

Nous garderons de ce lieu l’image d’une jolie découverte historique, mais aussi celle d’une belle rencontre humaine. Nous reprenons la route après plusieurs recommandations chaleureuses… mais nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’ils ont voulu nous dire.

 

 

Le Prasat Sa Kamphaeng Yai, sanctuaire Khmer intégré à un important temple moderne

Un peu plus loin dans la province de Sisaket, le Prasat Sa Kamphaeng Yai nous avait été chaudement recommandé. A juste titre. C’est le plus grand ensemble de sanctuaires à la fois antiques et modernes qu’il nous ait été donné de voir.

Prasat Sa Kamphaeng Yai

La partie ancienne, Hindoue, date du 11eme siècle. Le temple comporte une impressionnante enceinte de latérite avec une large galerie de circulation. L’emprunter donne une bonne idée du site et de son caractère monumental. A l’entrée est, un mur est recouvert d’anciennes inscriptions Khmer, magnifiquement conservées. Nous considérons avec émotion les traces laissées par cette belle civilisation du passé. Au centre de l’enceinte se dressent trois Prangs dont manquent les voutes, ainsi que trois autres bâtiments, dont deux au moins devaient être des bibliothèques. L’ensemble des bâtiments de briques a été rénové récemment.

Galerie de Laterite - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le site me semble particulièrement intéressant pour la vision architecturale d’ensemble que donnent les bâtiments, dont les parties hautes manquent souvent. Les encadrements et linteaux sculptés, en revanche, ne sont pas les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir -à moins que nous ne soyons devenus difficile ou que nous n’ayons eu vraiment trop chaud à ce moment-là.

Bas relief - Prasat Sa Kamphaeng Yai

De même qu’à Phanom Rung, c’est sans doute parce que le sanctuaire comporte des blocs de pierre d’une taille tellement extraordinaire que l’on note de si nombreux « trous » dans les dalles, de deux à trois centimètres de diamètre. Les spécialistes supposent que l’on fixait des barres métalliques dans ces orifices, pour le transport des matériaux. Suivant une autre hypothèse, on y installait des pattes de bois ou de métal, pour les manœuvres finales d’ajustement de la construction. Les trous étaient ensuite bouchés par des inserts de pierre ou de mortier, une fois le bâtiment terminé.

"Trous" pour le transport des pierres - Prasat Sa Kamphaeng Yai

A l’intérieur de l’une des bibliothèques, il est émouvant de trouver de petits tas de pierres tels que les construisent les fidèles bouddhistes, lorsqu’ils se recueillent dans des lieux sacrés ou même parfois dans la nature.

Bibliotheque - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le sanctuaire moderne ne manque pas d’intérêt non plus. Il se compose de deux temples, d’un gong géant, ainsi que de la statue gigantesque d’un sage, pilier du bouddhisme. On passe vite sur les zones de méditation car les enfants sont un peu turbulents.

Gong Geant - Prasat Sa Kamphaeng Yai

En revanche, nous nous arrêtons plus longuement au pied d’un temple moderne, à la base arrondie, et où il est proposé aux croyants –et aux autres- de répartir leurs offrandes entre des centaines de bols fixés à cet effet. On « fait la monnaie » en achetant une assiette de piécettes, et l’on charge nos enfants de les distribuer ensuite entre les bols à offrandes –les mêmes qu’utilisent les moines lors des offrandes matinales. Je trouve que l’activité représente assez bien la philosophie bouddhiste, tant elle prête à la méditation, de par sa longueur et sa répétitivité.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Cela dit il faut être enfant ou bouddhiste pour mener la tâche à bien, surtout par cette canicule. J’ai eu plusieurs fois envie d’arracher l’assiette des mains des enfants, de tout jeter dans un bol (oui, oui, UN SEUL bol) et de filer à la voiture, marmots sous le bras, parce qu’il faisait sacrément chaud, tout de même, à faire le pied de grue devant les saladiers.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

 

Le soir, nous faisons étape dans la petite ville de Tha Tum, à deux pas de notre activité du lendemain: l’Elephant Study Center de Surin. L’hébergement est modeste mais nous aurons droit, sur une péniche, à un très sympathique diner local, agrémenté par la voix suave et chaleureuse d’un jeune crooner du coin.

Repas en peniche a Tha Tum

 

 

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Jolies surprises Khmères – Temples de Surin

Au fil de la province de Surin, les vestiges de temples Khmer ne se lassent pas de nous surprendre, qu’ils soient reconnus des circuits touristiques ou au contraires dissimulés, oubliés, puis intégrés dans le quotidien des populations locales.

 

Prasat Ban Phluang ou le temple désert

Après la découverte de l’incroyable –et difficile d’accès- Ta Muean Thom, l’arrivée à Prasat Ban Phluang nous parait presque trop facile. C’est d’ailleurs l’un des seuls vestiges Khmers que nous ayons visité dans l’Isan à se trouver en plein centre-ville. L’entrée est payante mais le garde a déserté sa billetterie, laissant juste derrière lui un vieux transistor hurler des chansons locales. La grille des prix affichée n’est pas très claire. Nous nous fixons un tarif d’entrée et déposons la somme sous la vieille radio.

Prasat Ban Phluang

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir entrer en voiture sur le site mais rien ne semble non plus l’interdire. Au loin, on voit deux ou trois pickups locaux au pied du Prang. Et il fait sacrement chaud. Et Petit-Deux s’est endormi dans son siège-auto. Nous nous accordons donc l’autorisation d’entrer. Quelques Thaïs ont installé une tente à proximité du vestige Khmer, peut être en prévision de Songkran. Ils sont très occupés à déjeuner et nous ignorent complètement. Le garde doit être de ceux-là. On leur sourit et chacun retourne à ses occupations.

 

Prasat Ban Phluang l’inachevé

La structure de Prasat Ban Phluang est très différente de celle des autels que nous avons visités jusqu’alors. Elle se compose d’un très large piédestal, planté d’un Prang en son centre. Le Prang est décoré avec beaucoup de raffinement, mais son érection semble s’arrêter brusquement, et à l’horizontale, comme s’il manquait une voute.

Prasat Ban Phluang - Prang inacheve

D’après certaines sources, les travaux de construction de bâtiment n’ont pas été achevés. Le socle semblerait ainsi trop large, en l’attente de deux Prangs latéraux qui auraient dû être rajoutés. La voute du Prang principal est sans doute manquante, mais a peut-être été bâtie en matériaux légers comme le bois, qui se seraient dégradés avec le temps. Certains commentaires prétendent qu’une partie des sculptures est inachevée, mais nous ne les avons pas repérées.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief

Le temple, construit à la fin du 11eme siècle, abritait un autel destiné au culte de Shiva. Comme il est d’usage, les bas-reliefs des linteaux évoquent principalement des scènes religieuses qui mettent en scène des Dieux Hindous. Cependant, lors de nos observations avec Petit-Un, c’est la finesse et la précision des représentations animalières qui nous ont particulièrement marqués. Pendant ce temps-là, de son porte-bébé, Petit-Deux émergeait à grand peine d’un sommeil profond.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief a motifs animaliers

 

 

Jolies surprises Khmères – Temples de Prasat Ban Prai

Nous reprenons la route de Surin, ou nous prévoyons de faire étape pour la nuit. En chemin, Papa-Tout-Terrain avise un panneau en Thaï, dont le pictogramme semble indiquer une autre construction ancienne. Il n’en n’est fait mention sur aucun guide. C’est le genre de plan un peu foireux où l’on a toutes les chances de se perdre et de revenir bredouille. On a fait la même, la veille, dans la province de Buriram, mais cela ne nous a évidemment pas servi de leçon… Nos vieux instincts d’explorateurs (en milieu tout sauf hostile) ont déjà repris le dessus. On se lance à l’aventure.

Coup de chance, la route est plutôt praticable. Au bout d’un moment, on tombe sur un temple, et plus encore, sur les vestiges d’un véritable édifice Khmer, le Prasat Ban Prai! Très curieux endroit que ce complexe religieux, dont nous ne connaîtrons le nom que grâce à un panneau de l’entrée. Le lieu semble introuvable, tant sur Internet que sur les guides de la région.

Par malchance, une cinquantaine de mètre avant l’entrée du temple, Petit-Deux a repéré un magasin qui vendait des glaces. Alors que l’on descend de la voiture, il entame des négociations musclées. « Je veux une glaaaaace! » « Ok, après le temple. » « Nooooon, tout de suiiiiiiiiite! ». On est au plus profond de la campagne. Les mémés du coin regardent avec un intérêt goguenard ce blondinet braillant. Elles n’ont pas dû en voir souvent. On arrive finalement à temporiser: d’abord une vitamine (toujours avec sur soi une vitamine C pour les moments de faiblesse), ensuite le temple, et après la glace.

La première zone que nous traversons est un temple bouddhiste contemporain, mais tombé à l’abandon. Reste un bâtiment à la toiture éventrée, parsemé de quelques statues de Bouddha que commencent à recouvrir la poussière et les crottes de pigeon. Mais comme à tout bouddha, vénération est due, restent de petits autels épars, récemment alimentés de cierges et d’encens.

Prasat Ban Prai - Bouddha dans une partie desaffectee du temple

« Alors le temple c’est fini, on peut avoir la glace? » « Non, c’est pas fini. »

 

Au cœur des cérémonies de Songkran

Un peu plus loin, un espace extérieur a été aménagé pour la prière. Difficile de dire si l’organisation est temporaire ou permanente, car à ce moment-là, le lieu est comble. Sur une estrade, une troupe de moines bouddhistes mène les prières.

Une foule de fidèles se presse pour les écouter, protégée du soleil par des tentures de toiles prévues à cet effet. Aux vues des chemises à fleurs, les célébrations sont clairement en lien avec Songkran. J’aime la façon ouverte et joyeuse dont les croyants bouddhistes célèbrent leur foi. Ici point de silence de mort. Certaines mémés des derniers rangs bavardent en surveillant d’un œil des enfants qui s’ébattent. Les fidèles vont et viennent, entre deux courses dans le marché tout proche. Tout le monde semble le bienvenu.

Prasat Ban Prai - celebration bouddhiste

« Maintenant c’est bon je peux avoir ma glace? » Tiens, je note que Petit-Un ne dit rien, ne demande rien et ne râle même pas. Attitude un peu opportuniste, mais après tout, il n’a pas tort. Il aura bien sa glace en temps voulu et Petit-Deux se charge d’être casse-pieds pour les deux.

Prasat Ban Prai - escalier de laterite

Pas directement concernés par les cérémonies bouddhistes, nous nous dirigeons enfin vers la partie la plus éloignée du site, qui comporte les vestiges Khmers. On y retrouve traditionnellement un grand socle en latérite, ainsi que trois Prangs de briques aux sobres linteaux de grès. Il n y a pas ou plus de décorations sculptées. Certainement Hindou à l’origine, le site de Prasat Ban Prai a visiblement doucement glissé vers le bouddhisme, comme en témoignent les offrandes présentes à l’entrée des autels, et la cohabitation avec les lieux de culte contemporains. C’est finalement l’histoire de très nombreux sites religieux de par le monde, mais quelle curieuse histoire, tout de même…

Prasat Ban Prai

 

Le quatre heure

Sur le chemin du retour, on tombe sur un petit vendeur de rue, au vélo-frigorifique rempli de crèmes glacées. Allez, on y est cette fois ci. Enfin presque parce que les enfants veulent une glace « rainbow » que le mec n’a pas. On a déjà mis longtemps à lui faire comprendre ce qu’on voulait et il n’a pas l’air spécialement content. Petit-Un trouve finalement une glace « papillon » à son gout. C’est fou les glaces qu’ils font maintenant!

De mon temps on avait des esquimaux à l’eau tout bêtes. Je me sens vieille du coup. Petit-Deux veut aussi une glace « papillon » maintenant mais le vendeur n’en n’a plus. Il n’a pas l’air très motivé à chercher alors Petit-Deux l’aide un peu à retourner sa glacière jusqu’à finalement trouver l’objet de ses convoitises. Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé très à propos pour prendre une photo urgente. J’avale ma honte, paye le vendeur et déguerpis en vitesse.

Retour à la voiture et là, on voit venir le moment folklo. Dans le véhicule des sièges-auto. Dans les sièges-auto des enfants encore propres. Et dans la main des enfants encore propre des glaces « papillon » qui ne demandent qu’à couler sur les mains, les enfants, les sièges-auto et la voiture. D’autant que la glace « papillon », c’est traitre, car la glace « papillon » comporte deux bâtons d’esquimau qui permettent de séparer les deux ailes du papillon en deux demi-esquimaux indépendants. Cela implique donc que l’enfant lèche les deux parties en parallèle, pour éviter la fonte intempestive de l’un des éléments –sachant qu’il fait 42 degrés dehors.

J’hérite donc de la surveillance de deux enfants et quatre morceaux de glace, tandis que Papa-Tout-Terrain, le veinard, reprend le volant … Il y a une compensation cependant: pour limiter les risques ou rattraper le coup, l’une de mes attributions en tant que « surveillante des glaces » consiste à lécher tout de qui coule!

Nous prenons paisiblement la route pour la ville de Surin, où nous découvrirons par hasard d’étonnantes festivités.

 


Prasat Ban Phluang en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ban Phluang14.610385, 103.424423
  • Ouvert de 7h00 à 18h00
  • Il semble qu’il faille acheter des tickets mais ce n’est pas très clair…

 

 

 

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