Le temple du fond de la grotte – Tham Khao Prathun Bureau of Monks

Nous avons entendu parler d’un drôle de temple, aux confins de la province de Rayong. Ce temple du fond de la grotte, on ne l’atteint que par bateau. Plus encore, ce temple, on ne le découvre qu’au terme de la traversée d’une grotte marine.

Tôt levés, nous renouons vite avec les habitudes de nos week-ends: direction les sombres montagnes du nord de Rayong. Leurs formes abruptes témoignent d’un passé géologique torturé. Inhospitalières, touffues, infranchissables et souvent vierges, encore, de toute présence humaine. Certes, cette région ne ressemble pas à la Thaïlande des cartes postales. Elle est si belle, pourtant, que l’on y revient toujours.

 

Une balade dominicale pour les familles

La route sillonne entre les plantations d’hévéas, comme il y en a plein la région. Parce que les inondations et le climat tropical ne sont pas les amis du cantonnier, quelques plaques de goudron subsistent entre les nids de poule.

On arrive. Nous attendions un lieu intimiste et coupé du monde. Mais déception: c’est plein de voitures. Un garde nous fait nous garer dans un parking sillonné de tranchées boueuses. Nous sommes entourés de pick-up locaux et de voitures antiques. Les gens du coin sont venus en famille élargie, pour passer ensemble du bon temps, peut-être la journée. Ce sera l’occasion aussi de prêter ses respects aux divinités des lieux.

En Asie, on a la fibre commerciale. Un petit marché s’est improvisé entre le parking et le temple. L’odeur des douceurs locales nous chatouille les narines. Bien vaillants ceux qui résistent!

1 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Un premier sanctuaire est niché dans un repli de la paroi anthracite. Quelques pas plus loin, un attroupement. C’est le départ des bateaux, pour le temple du fond de la grotte. Je devrais dire des baquets, plutôt. C’est dans ces drôles de bassines que le pèlerin sera poussé et dirigé par des moussaillons immergés jusqu’à l’épaule. Les visiteurs se pressent dans un désordre organisé, que nous peinons à décrypter.

2 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Tout le monde est très occupé. Un vieux monsieur qui crie régulièrement dans un haut-parleur nous fait signe de retourner en arrière. Il nous faut des tickets. Pas d’anglophone, pas de panneaux. Nous tournons un peu. Une vieille dévote nous délivre finalement les précieux sésames. Il n’y a pas de prix. L’on verse son obole dans une urne destinée au temple.

Dans la confusion, Petit-Deux a décrété qu’il ne voulait plus prendre le bateau. Il n’aime pas les grottes, d’ailleurs. Les bateaux non plus. Et il a mal au genou.

 

L’aventure du bateau

On retrouve l’homme au haut-parleur. Ses invectives sont des numéros. On a le « 59 », il s’agit de prêter l’oreille! Je laisse Papa-Tout-Terrain se dépatouiller avec Petit-Deux. D’abord, il est bien plus persuasif que moi, et en plus il ne sait pas compter en thaï. C’est ça le travail d’équipe!…

4 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Une dame me tape sur l’épaule. Elle aussi a un bébé à la main. On compare. Mon modèle de un an, est plus grand que le sien, qui n’a que huit mois. On se flatte mutuellement. Puis elle a l’idée de faire faire « Hi five! » aux bambins. C’est facile comme tout, bien sûr. Les bébés voient tout de suite ce qu’on attend d’eux et sont enthousiastes. Ils ont la main molle et le regard fuyant. Petit simulacre: « Oh, c’est trop mignon »… Crotte, on en est déjà au numéro « 56 ». Re-crotte, une autre dame attend derrière avec un autre bébé à comparer. On échange quelques gouzis-gouzis gentils. Ca va être à nous… Fausse alerte, ils ont perdu le numéro « 52 ». Ca y est! Cette fois-ci, c’est à nous!

Il n’y a pas une seconde à perdre, tel un seul homme, la famille Tout-Terrain se rue sur l’embarcation. Le capitaine du baquet en reste interloqué. Ca tangue un peu. Le monsieur du haut-parleur dit des trucs. Mais on ne comprend rien. On découvre alors que la deuxième dame au bébé parle anglais. Elle nous explique alors gentiment la marche à suivre: baisser la tête et ne pas toucher la roche. Elle nous montre aussi un type en chaussettes et en habits de cycliste. C’est son mari. Il prévoit de rejoindre à pied le temple du fond de la grotte. Pendant qu’on papote, ca mitraille sévère, tout autour. Ce n’est pas tous les jours que l’on doit voir une famille d’étrangers par ici.

Le temple du fond de la grotte: voyage au centre de la terre

Le bateau s’enfonce maintenant dans les profondeurs de la terre. La faille dans laquelle nous nous engageons n’est ni large ni haute. Elle résonne du bruit des bateleurs et des rires de leurs passagers. Dans une atmosphère bon-enfant, un peu mystique, mais somme toute enjouée. J’ai envie de jouer à Pince-mi et Pince-moi, dans ma tête. C’est exactement le bateau que je m’étais toujours imaginé!

5 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

La traversée n’est pas très longue. Bien vite, nous débouchons de l’autre côté, dans un temple complètement entouré de rochers à pic. Ce n’est plus une grotte en tant que telle mais une cachette inviolable, une sorte de gouffre au cœur de la montagne. Loin, très haut derrière les rochers, on distingue quelques pans de ciel bleu.

L’atmosphère est étouffante d’humidité.

3 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Les familles s’égaient en direction des différents autels. Prêtent leurs respects à Bouddha et à quelques divinités animistes. Beaucoup se sont habillés pour l’occasion. Certains portent encore les couleurs du deuil, en l’honneur du feu roi Bhumibol. D’autres ont choisi de « s’assortir » avec leurs amis ou leurs proches. On se photographie, on se selfie. En prières ou en offrandes. Ou avec Miss-Trois et ses boucles dorées, qui sont l’objet de toutes les curiosités.

Dans les renforts des parois, de nombreuses cavités naturelles ont été converties en chapelles. Certaines sont très profondes, et magnifiques de dentelles géologiques. Toutes suintent l’humidité. Le sol est recouvert d’une glaise visqueuse et luisante. (Nous compterons quelques chutes dans nos rangs.) Les roches dégouttent. C’est beau. C’est impressionnant. Ca a quelque chose de magique.

6 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

 

Le petit marché de Tham Khao Prathun

Sur le chemin du retour, nous cédons finalement aux odeurs alléchantes qui s’échappent du petit marché. Saucisses thaïes, salade de papaye, petit pains à la vapeur, brochettes de porc caramélisées, riz gluant et fruits frais nous composeront un excellent déjeuner aux saveurs locales.

7 - La vieille dame aux dents rouges de noix de betel

Une Mamie aux dents rouges de noix de bétel s’est entichée de Miss-Trois. Elle la promène d’éventaire en éventaire, la présentant à ses copines vendeuses. Auprès de l’une de ses connaissances, elle négocie un esquimau artisanal. Je retiens son geste: Miss-Trois n’est encore qu’un bébé, tout de même…

 

Flâneries dans un autre « temple-grotte »

Nous reprenons la route en direction d’un sanctuaire voisin, repéré par Papa-Tout-Terrain. Le Wat Tham Wattana Mongkon est lui aussi dissimulé dans une cuvette au milieu d’un pic de roche sombre. On y accède via une arche monumentale dans la paroi.

8 - Wat Tham Wattana Mongkon

Le relief et les couleurs y sont à couper le souffle. Non loin, de petits ponts en dos d’âne enjambent un joli cours d’eau. Quelques singes juchés sur la falaise nous observent d’en haut. Malheureusement, tout est désert. Pas de fidèles, pas de prières. C’est beau, mais il nous semble que les lieux manquent un peu de ce petit supplément d’âme…

La balade au temple du fond de la grotte a laissé de grandes traces de boues sur nos chaussures. Sur le chemin du retour, Petit-Deux s’active pour nettoyer les siennes: il déteste avoir les pieds sales. Petit-Un astique plus mollement, surtout parce qu’on lui a demandé de le faire. On l’entend soudain s’exclamer. Dans un rugissement de fierté, il montre à son frère: « Regarde! J’ai des chaussures en 32 ans! » Admiration non feinte. Sourire complice des parents.

 

 

Le Tham Khao Prathun Bureau of Monks en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.123835, 101.597555
  • L’entrée est libre. On fait une offrande de son choix au moment où l’on demande le ticket pour prendre le bateau de la grotte marine
  • Le temple est d’accès libre, il n’y a donc pas d’horaires. Malgré tout, gardez en mémoire que les activités en Thaïlande ne commencent souvent pas très tôt, et ne finissent généralement pas très tard. Il me semble raisonnable de penser qu’entre 10h30 et 16h, on trouvera des personnes pour conduire les bateaux.
  • Compter 1h30 à 2h pour la visite, en comprenant le temps d’attente pour le bateau. L’attente en soi est un moment d’observation très vivant et intéressant.

 

Le Wat Tham Wattana Mongkon en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.095763, 101.607254
  • L’accès au temple est libre.
  • Comptez entre vingt et trente minutes pour vous imprégner des lieux et de leur atmosphère.

 

Belle grimpette dans le parc national de Khao Laem Ya

Dimanche matin, 6h25. Les enfants arrivent pêle-mêle dans la chambre. « Ca y est, il fait soleil. » (Il fait soleil presque tout le temps chez nous, mais il est interdit de se lever la nuit, quand on ne voit pas le soleil.) « Venez voir, le coq est sur la fenêtre! » On a effectivement un nouveau copain à la maison. Un coq errant qui nous a adoptés. Un jour, la nounou a vu des jardiniers essayer de l’attraper pour le manger, ça lui a fait mal au cœur, alors elle a dit que c’était mon coq et qu’il fallait le laisser tranquille. Depuis on lui donne à manger et il passe souvent nous faire coucou. D’après la nounou, il vient là pour se « relaxer ». On voit bien qu’il ne connaît pas encore vraiment nos enfants!

1 - Notre coq

Côtoyer des animaux variés est l’un des plaisirs de notre vie au vert. Après notre copine la chouette, et les tas de bestioles plus ou moins sympatiques du voisinage, nous avons récemment trouvé une ruche sauvage, près de la maison. Les jardiniers ont dit qu’ils allaient pulvériser des produits chimiques pour nous en débarrasser et j’ai dit non. On ne va pas tuer des abeilles, quand même.

2 - Notre ruche sauvage

Cet épisode a été l’occasion d’échanges très intéressants avec les enfants sur le rôle des abeilles dans la nature et sur le déclin de la population d’abeilles. A l’école aussi ils en ont parlé. Ils y ont également évoqué les espèces en voie d’extinction et même acheté des bracelets « Extinction is forever » (=L’extinction, c’est définitif) au profit d’une association de défense des animaux.

 

Le Parc National de Khao Laem Ya

Bref, il est 6h35 et les enfants n’ont pas l’intention de nous laisser feignasser. Grand merci le coq! Heureusement, Papa Tout-Terrain a trouvé une nouvelle idée de balade: le Parc National de Khao Laem Ya.

Khao Laem Ya National Park

Ce parc naturel couvre la magnifique île de Koh Samet, mais se prolonge également sur la côte opposée, côté continent. On peut y parcourir une très jolie promenade en bord de mer, sur des formations géologiques admirablement découpées et colorées. Le chemin alterne entre falaise et petits ponts de bois, pour enjamber les failles et les replis de la roche. Les enfants s’en donnent a cœur joie! On grimpe, saute, s’accroche, enjambe. La nature est un terrain de jeu formidable!

Khao Laem Ya National Park

La balade ne fait que cinq-cents mètres, mais c’est parfait pour des petits! On prend son temps, on ramasse des galets, on profite du paysage.

La roche d’origine est tout en nuances orangées. Mais près de la mer, la rive est plus sombre. C’est le vestige d’une marée noire qui a malheureusement souillé la côte en 2013.

 

Des points de vue extraordinaires

On arrive au bout du chemin, sur une sorte de péninsule qui propose un point de vue admirable sur le large.

Khao Laem Ya National Park

Papa-Tout-Terrain est un bon photographe de l’extrême. Sur les photos, notre excursion semble dangereuse et vertigineuse. Pourtant, même s’il faut toujours rester prudent avec les enfants, je ne nous ai jamais sentis en danger. La roche salée accroche bien aux chaussures. Le sol est stable. On se promène agréablement dans les falaises sans risque de s’approcher trop vite d’à-pics dangereux. Les garçons ont pu se promener de façon autonome, dans la mesure où ils restaient dans notre champ de vision. Et même Miss-Trois s’est essayée au quatre-pattes sur les rochers!

Khao Laem Ya National Park

Partout sur la falaise, des promeneurs ont dressé de petits monticules de cailloux, à la signification religieuse. Pour les bouddhistes, c’est une façon de montrer leur piété envers les textes sacrés de leur religion. Mais cette pratique a aussi des accents animistes. En Thaïlande, nombreux sont ceux qui croient que les pierres, tout comme les arbres, possèdent une âme. Ces petits tas de cailloux sont ainsi des offrandes aux esprits de la nature, qui à leur tour accorderont protection et bonheur au pèlerin.

Khao Laem Ya National Park

Un peu plus loin, les garçons ont trouvé un trou d’eau, dans lequel ils s’amusent à lancer des cailloux. Petit-Deux avise soudain un crabe mort. Il jubile: « Papa, Maman, venez voir! Extinction is forever! »

 

La balade nous a tous énormément séduits. C’est un vrai joli coin, facile d’accès et agréable à la promenade. A ne pas louper, si l’on passe dans la région!

 

Khao Laem Ya National Park en pratique

  • Coordonnées GPS: 12.591019, 101.417838
  • Prix d’entrée pour les étrangers: 200 THB pour les adultes et 100 THB pour les enfants. (Pour les Thaïs, 40 THB pour les adultes et 20 THB pour les enfants.)
  • Ouverture en journée.
  • Si l’on arrive dans les premiers, on peut se garer dans la partie basse du parc, à proximité du départ de la balade. Quand le parking en contrebas est plein, les rangers retiennent les véhicules sur un parking situé en retrait, et plus en hauteur. Il faut alors parcourir deux cent mètres de côte goudronnée et sans intérêt, avant et après la balade. Si l’on a la chance d’avoir des enfants pour se réveiller tôt, mieux vaut donc arriver sur le site aux premières heures!
  • On accède à la deuxième partie du parc naturel, sur Koh Samet, via la jetée d’embarquement de Ban Phe.

 

 

 

Mangroves de Klaeng

Nous avons reçu une étrange visite vendredi. Recroquevillé sous l’étagère à chaussures, nous avons trouvé un bébé rapace. (En fait, un adolescent, je dirais.) Il avait l’air en forme. Et aussi, il avait l’air d’avoir envie de dormir. Conciliabule avec la nounou: on l’y laisse ou pas? Il y a beaucoup de chiens errants dans le coin. On opte finalement pour un hébergement temporaire en carton à trous.

Renseignements pris sur Google, un rapace ne mange pas de graines et ne boit pas d’eau. Il se nourrit de rongeurs et l’eau contenue dans la viande lui suffit. Ca allait être pratique de lui attraper des souris! Je mets toujours un point d’honneur à être une bonne hôtesse mais là, je n’ai pas grand-chose à offrir à notre surprenant visiteur. Toujours d’après Google, ses parents le récupéreraient sans doute le soir même, si on le relâchait dans un arbre proche, et sans l’avoir trop tripoté. Comme je ne sais pas grimper aux arbres, à la nuit tombée, nous avons mis le carton ouvert sur une table.

 

L’heureux dénouement

Cette nuit là, j’ai fort mal dormi. Et si des chiens attrapaient notre protégé? Ou pire, et si notre chouette avait décidé de rester vivre chez nous? D’autant que nous avions prévu de partir en week-end le lendemain… Que ferions-nous alors de notre nouveau compagnon?

J’avais commencé à tâter un peu le terrain. « Mon chéri, juste comme ça et sans aucune relation avec des personnes ou des événements ayant réellement existé, est-ce qu’on pourrait techniquement mettre dans la voiture un carton avec un oiseau, demain? Juste pour savoir si c’est possible, hein? Pas très gros le carton. Mais un peu quand même… » « Et tu crois que tu saurais nous attraper des souris… Je suis sûre d’en avoir entendu dans le système de clim… Tu crois que tu pourrais les attraper? »

Papa-Tout-Terrain avait froncé les sourcils. Il n’a pas bien dormi non plus cette nuit là, mais je ne l’ai su que plus tard. Oui, parce qu’au lieu de dormir, il a longuement réfléchi aux modalités techniques pour arrimer un carton à oiseau dans un siège auto. (Pas vraiment pour l’oiseau, plutôt pour mes beaux yeux.) J’ai un époux en or! (Même s’il refuse toujours qu’on achète un cheval pour mettre dans le jardin. Mais c’est une autre histoire.)

Bebe rapace

Le lendemain matin, le carton était vide. Fébrile, j’ai scruté les environs. Pas de tas de plumes, pas d’oiseau mort. J’ai déclaré l’animal sauvé. Il avait retrouvé ses parents. Maintenant, il viendra nous voir le soir par la fenêtre pour nous faire des coucous émus avec sa petite aile, pour nous souhaiter bonne nuit.

Nous partons donc en week-end le cœur léger. Nous allons découvrir la mangrove de la réserve naturelle de Klaeng, juste à côté du bateau de guerre que nous avions visité il y a quelques mois, lors de notre première sortie en famille élargie, avec Miss-Trois.

 

Les mangroves pour les nuls

Non seulement les mangroves, on les aime bien, mais en plus il y en a plein la région, eu égard aux conditions géographiques et climatiques sur lesquelles nous allons revenir. Je me permets donc une petite digression, une bonne fois pour toutes, histoire que vous sachiez de quoi je parle.

La mangrove est un écosystème particulier des zones tropicales, qui se situe à la frontière entre la terre et la mer, généralement dans l’estuaire de fleuves ou de rivières. S’y développent des forêts d’arbres –souvent des palétuviers– les pieds dans une eau mi-douce, mi-salée. Comme Saint Thomas, j’ai voulu vérifier et goûter l’eau, malgré la tête sceptique de Papa-Tout-Terrain… et je peux donc confirmer personnellement qu’elle n’est assez salée pour être de l’eau de mer, mais trop salée pour être de l’eau douce. Elle est sûrement parfaite, en revanche, pour faire cuire des pâtes!

Mangroves de Klaeng

Dans les mangroves, avec la marée qui n’arrête pas de monter et de redescendre, les sols sont boueux et peu stables. Les arbres ont donc développé de longues racines afin de s’amarrer profondément dans la vase. Mais dans la vase, ça respire mal. Alors les racines des palétuviers se développent également au-dessus des sols pour s’aérer et s’oxygéner par les pieds, à marée basse. (Je ne suis pas biologiste mais vous saisissez le concept…)

 

Une mangrove particulièrement bien préservée

Nous aimons beaucoup les promenades dans les mangroves de Thaïlande. D’abord parce que c’est un terrain qui se prête plutôt aux enfants. En raison de la vase au sol, l’on parcourt toujours les mangroves sur des pontons de bois surélevées. Il n’y a donc qu’un chemin. Un chemin à plat, en plus. Pas moyen d’égarer sa progéniture, même si celle-ci a des velléités d’indépendance. Par ailleurs, le chemin surélevé nous préserve de la faune locale, et en particulier des serpents, très friands de ces zones ombragées et qui pullulent de crabes. Dernier atout non négligeable, la hauteur des passerelles tend à impressionner nos garçons. Du coup, ça les dissuade de trop faire les idiots. (Juste un peu, quoi, il faut rester humain…)

Mangroves de Klaeng

Les mangroves de la réserve naturelle de Klaeng sont les plus belles que nous ayons vues pour l’instant en Thaïlande. Il faut dire que le travail de restauration et de préservation de cet environnement unique a été entamé il y a plus de vingt ans. Sur les photos d’archive, on voit qu’il ne restait presque plus aucune végétation au début des années 1990. Depuis 1993, les arbres ont été progressivement replantés, puis se sont étoffés avec le temps. C’est cependant un travail sans fin et les travaux de protection du littoral demandent des investissements permanents.

Petit à petit, la faune est venue repeupler l’écosystème. Nous avons vu des poissons, de nombreux crabes, ainsi que beaucoup d’espèces d’oiseaux magnifiques, aux couleurs vives et aux croassements étonnants. Et tout ça malgré le cancanement insistant de Petit-Un, qui mettait un point d’honneur à répondre à ses « copains ».

 

Eveil aux problématiques de la préservation de l’environnement

Ces balades dans des sites où sont accomplis tant de travaux de réhabilitation et de préservation sont toujours l’occasion de discussions intéressantes avec les enfants quant à l’écologie et la protection de l’environnement. On leur explique l’importance du patrimoine écologique, pourquoi il faut respecter et protéger la nature, pourquoi il ne faut pas jeter des ordures dans la mer, pourquoi nous tendons à réduire notre consommation de plastique…

Ce jour-là, Petit-Deux est vivement intéressé par le sujet et pose de nombreuses questions. Il montre une bouteille jetée dans la mangrove (car la conscience environnementale est encore plutôt faible en Thaïlande): « Regarde, ce n’est pas bien, quelqu’un a jeté une bouteille. » Un peu plus loin, il poursuit: « Ohhhh! C’est très mal! Cet arbre a jeté ses feuilles dans la mer!… » On discute alors des déchets végétaux, de ce qui est naturellement dans la nature et de ce qui est rapporté par l’homme. Petit-Deux reste songeur longtemps avant de conclure: « alors, je crois qu’il ne faut pas jeter des escaliers dans la nature, n’est-ce pas? »

 

Un paysage aux multiples facettes

La balade couvre trois kilomètres et se divise en trois environnements végétaux distincts. En partant du bateau HTMS Prasae, l’on commence par longer la mer, sur une zone très humide à la végétation luxuriante. Les palétuviers y sont magnifiques et plein d’oiseaux.

Mangroves de Klaeng

Vient ensuite une zone plus à sec, qui permet d’observer les racines enchevêtrées des arbres, ainsi que le fourmillement des crabes aux reflets bleu brillant.

Mangroves de Klaeng - racines

On termine la balade en surplombant une mangrove basse et verdoyante, qui n’était pas sans m’évoquer les labyrinthes végétaux d’Alice au Pays des Merveilles.

Mangroves de Klaeng

La promenade se termine à trois kilomètres du lieu de départ, mais on peut éviter de retourner sur ses pas en prenant des motos taxi qui nous ramèneront au point de départ.

 

Balade en bateau

Avant de quitter les lieux cependant, des pécheurs du coin nous apostrophent et nous proposent de nous louer leur bateau. On peine à se comprendre. Une dame s’approche gentiment pour nous aider: « Take boat! Go Thailand! » C’est très gentil. Mais ça ne nous aide pas. Nous montons tout de même. Nous verrons bien. Les enfants sont ravis.

Nous traversons l’épaisse mangrove jusqu’à l’estuaire et la mer. La côte verte et touffue est magnifique. Nous traversons des zones d’élevages conchylicoles familiaux. Un peu plus loin, nous observons des ouvriers en train de construire une barrière brise-vagues en bambou pour consolider le littoral. Curieusement, alors que nous nous croyions presque en pleine mer, nous sommes surpris de voir ces hommes travailler avec de l’eau jusqu’à la taille, seulement.

Mangroves de Klaeng - promenade en bateau

Après deux minutes de contemplation, les enfants ont repéré des sifflets sur leur gilet de sauvetage. Las d’être immobiles et muets, ils se racontent tour à tour des histoires de troubadours et d’arbitre de foot, pour mieux tester leurs instruments. La balade aura été magnifique. Nous regretterons juste de n’avoir pas pu observer plus d’oiseaux et d’animaux… rapport à nos musiciens d’enfants.

A nos yeux, la mangrove de Klaeng est l’une des plus belles qu’il nous ait été donné de parcourir. Un endroit à ne vraiment pas manquer si vous passez dans la région!

 

 

La mangrove de Klaeng en pratique

  • Coordonnées GPS en démarrant du HTMS Prasae: 12.6984538, 101.7057602
  • Coordonnées GPS en démarrant de l’estuaire: 12.706864, 101.716333
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture.
  • Le tour en bateau part du côté « estuaire » du sentier de la mangrove. Il dure une petite trentaine de minutes et coûte 100 THB par adulte.
  • Pour éviter de faire l’aller-retour à pieds dans la mangrove, on peut revenir en moto-taxi, pour 50 THB par adulte. Le trajet dure environ 10 minutes. On trouve facilement des moto-taxis en l’attente de clients, dans un sens comme dans l’autre.
  • Ne manquez par cet endroit: il est magnifique! Nous vous recommandons de le visiter en février ou en mars. Il ne fera pas trop chaud, et surtout, c’est la période des migrations, durant laquelle l’on peut voir le plus grand nombre d’oiseaux.

 

 

Grottes sacrées du nord de Rayong

Pour motiver les enfants, on leur a dit qu’on allait visiter les grottes de La Chasse à l’Ours. On ne les a pas motivés du tout, en fait. On leur a fait super peur et ils voulaient rentrer à la maison. Il a fallu tout reprendre depuis le début. On a bien expliqué qu’il n’y avait pas d’ours en Thaïlande. (Internet m’a par la suite révélé le contraire, mais j’ai menti en toute bonne foi.) Que les ours vivaient aux Etats-Unis et au Canada. Mais que la Thaïlande avait de très belles grottes et qu’il serait dommage de louper ça!

1 - Nord de la Province de Rayong

Résultat des courses, les enfants veulent maintenant visiter les Etats-Unis et le Canada.

 

Grottes sacrées de Thailande

Nous sommes au nord est de la province de Chonburi, une région peu courue des touristes. Nous ne croiserons d’ailleurs absolument personne sur ces sites, en dehors d’une poignée de moines résidents, d’une meute de singes et de quelques hirondelles.

2 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

La Thaïlande compte plus de cinq milles grottes répertoriées, mais on estime qu’il en existe au moins le triple. Les grottes sont considérées comme des lieux sacrés par les bouddhistes. Des temples sont fréquemment érigés aux alentours, et il n’est pas rare de trouver autels et offrandes dans les cavités du rocher, pour apaiser les esprits des lieux.

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Comme il est d’usage de le faire avec certains arbres sacrés et vénérables, des stalactites ont été entourées de guirlandes, de tissus colorés et couvertes à la feuille d’or par les pèlerins qui s’y recueillent. Le bouddhisme thaïlandais porte souvent en lui des accents d’animisme et de paganisme archaïques que je trouve très touchants.

3 - Stalactite sacree de la grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain profite de l’occasion pour organiser une petite leçon sur les stalacTites et les stalagMites. Celles qui Tombent et celles qui Montent. Petit-Un est captivé. Le cours magistral est suivi d’une interrogation orale: « Alors, qu’est-ce que ca fait une stalagMite? »… « Euh… Ca fait des cailloux! » Ca n’est pas si faux.

4 - Stalactite ou stalagmite...

Nous sommes au cœur de la jungle tropicale. La végétation luxuriante ne parvient pas à atténuer la touffeur des lieux. Des ombres noires volettent de-ci de-là, et profitent de la fraîcheur relative des cavités. Nous les prenons d’abord pour des chauves-souris, avant d’identifier des hirondelles. Sans doute sont-elles de passage, car nous sommes en pleine saison des migrations.

5 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain avise une énorme stalactite qui s’est détachée de la paroi. Il l’escalade avec les deux garçons.

6 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Le rocher est gigantesque et a dû faire un bruit du tonnerre au moment de sa chute. Il y avait peut-être des dinosaures dans le coin, ce jour là. (Oui, il y a eu des dinosaures en Thaïlande. Et même des très gros.) On se sent tout petit, en perspective.

7 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

De l’autre cote de la route, le temple de Khao Hat Yot respire le calme et la sérénité, tapi contre une montagne qui semble presque menaçante. Les lieux sont déserts, à l’exception de quelques moines en train de déjeuner. On a vraiment l’impression d’être en dehors du monde, en ces lieux. La sensation est très étonnante.

8 - Wat Khao Ha Yot

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

  • Coordonnées GPS: 13.161505, 101.597503
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • La grotte est très facile d’accès. Il y a un parking en contrebas. Il suffit de franchir un petit pont puis de grimper une trentaine de marches pour accéder aux premiers autels dans la roche. Munissez-vous de bonnes chaussures car le sol peut être glissant.

 

En deuxième étape, Papa-Tout-Terrain a repéré de belles grottes dans la montagne Cha-Ang. C’est affreusement mal indiqué en anglais comme en thaï. On les trouve en divers endroits sur les cartes, surtout là où elles ne sont pas. Bref, nous tournons beaucoup en rond, avant de tomber sur un joli monastère, dont les cellules des moines sont charmantes, bien que très modestes.

9 - Cellules des moines bouddhistes

Les moines aussi sont charmants. Ils expliquent des tas de trucs à Papa-Tout-Terrain qui ne comprend rien, sauf qu’on n’est pas au bon endroit.

Pendant ce temps là, j’ai droit à mon heure de gloire devant une famille locale ébahie. Miss-Trois sur la hanche, les fesses en l’air, la tête en bas, je me bats pour réparer le désastre qu’a fait Petit-Deux en mangeant un onigini (un sushi triangulaire) dans la voiture. Alors que je reprends avec dignité ma place de copilote, sous les éclats de rires joyeux, Papa-Tout-Terrain me suggère de demander notre route à ces autochtones hilares. « Je crois qu’ils t’aiment bien… » « Ca va pas la tête! »

Guidés par le hasard, nous reprenons vers le nord, tombons sur un autre temple, en traversons l’enceinte et arrivons au pied d’un escalier immense qui conduit à un autel dans le rocher. Nous tentons notre chance et découvrons deux vastes grottes cachées dans les plis de la paroi. C’est justement ce qu’on cherchait!

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

Nous pénétrons dans les deux cathédrales communicantes. Hélas, les moines ont un peu bétonné et électrifié ce magnifique cadre, pour donner socles et éclairages à leurs statues de Bouddha. Ils ont même installé un gros ventilateur rouillé en plein milieu, pour des raisons pratiques évidentes.

10 - La grottes de Wat Khao Cha-Ang

Bref, en plus d’une mauvaise luminosité, j’ai toutes les peines du monde à faire une photo correcte des lieux, qui sont néanmoins très jolis. Là où le regard arrive à faire abstraction de quelques éléments moches, j’ai l’impression de les voir énormes et clignotants au milieu de mes photos.

Un peu plus loin, les enfants découvrent des cloches sacrées sur lesquelles ils s’empressent de frapper les trois coups qui doivent leur porter chance.

11 - Cloches sacrees dans la grottes de Wat Khao Cha-Ang

(Ce n’est pas forcément évident sur la photo, mais Petit-Deux tape bien sur une cloche et non sur son frère.)

12 - Singes autour de la grottes de Wat Khao Cha-Ang

De retour à la voiture, nous y repérons un singe en train de bronzer tranquillement sur le capot. Ou de faire la sieste. En regardant plus attentivement, nous lui trouvons vite des tas de copains. Comme en de nombreux temples, une horde de singes peuple le Wat Khao Cha-Ang. Considérés comme des animaux sacrés, ils y sont nourris par les fidèles et les moines.

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

  • Coordonnées GPS: 13.199996, 101.581785
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • On accède a la grotte par un escalier a pic que l’on découvre après avoir traverse l’ensemble du complexe du temple. Il y a cinq minutes d’ascension pour arriver aux grottes.

 

 

 

La ferme de Suan Lamai – Rayong

Drôle d’endroit que la ferme de Suan Lamai. C’est au milieu de… rien justement, puisque c’est juste à côté du surprenant monastère de Wat Namtok Thammarot. (Je vous jure qu’en dehors de ces deux trucs, il y n’a vraiment rien!)

 

Au milieu de… rien

Autour, c’est le désert: il n’y a que des plantations d’hévéa. C’est très intéressant l’hévéa. Vous allez voir, je vous mets une photo. (On voit au cadrage que c’est moi le photographe. Y a un bout de rétroviseur sur la droite.)

Hevea

C’est surprenant, ça penche obstinément, l’hévéa. Ca a l’instinct grégaire d’ailleurs: en troupeau ils penchent toujours dans le même sens. Quand on n’est pas biologiste, comme moi, il y a un truc infaillible pour les reconnaître: ils sont munis d’une coupelle de la taille d’une noix de coco, qui récupère le caoutchouc. Petit-Deux était fou de joie, croyant trouver du lait dans ce drôle de bol. Mais non. C’est juste que le caoutchouc est d’un blanc immaculé avant d’être transformé en pneu noir et moche. La Thaïlande étant le premier exportateur mondial de caoutchouc, vous aurez toutes vos chances de croiser des hévéas dans le coin. D’où cette ma parenthèse hautement édifiante.

 

Revenons à nos moutons C’est parfait, c’est justement aux moutons qu’on commence la visite. On peut leur donner à manger et faire des selfies avec eux. Ils ont de la chance ces moutons, car on les a gratifiés d’un paysage magnifique, sur le flanc d’une colline qui donne à la fois sur la plaine et sur la forêt tropicale. Et surtout, ils se marrent bien, pile poil en face de l’arrêt d’omnibus qui fait le tour de la ferme. Nous aussi, au début ça nous a fait tout drôle de visiter une ferme en omnibus-tracteur. En même temps, on n’était pas là pour devenir fermiers. Aucun doute, il s’agit bien d’une ferme d’agrément.

Tracteur - omnibus de la ferme de Suan Lamai

 

La ferme des fraises

Le lieu est surtout connu pour ses plantations de fraises. Dans l’imagerie des petits Français, les fraises, ça fleure bon le début de l’été et la chaleur qui revient. Pour les Thaïs c’est tout le contraire. Il fait bien trop chaud ici pour faire pousser des fraises. La fraise est un fruit des régions froides. (La notion de froid est bien entendu relative: à 25 degrés, notre nounou met un sous-pantalon et un anorak.) Chose exceptionnelle, de par sa situation montagneuse, abritée du soleil, et grâce à une irrigation continue, la ferme de Suan Lamai parvient à obtenir d’excellents fruits. En hiver uniquement. Autant vous dire que j’étais impatiente d’en manger, après trois ans d’abstinence.

L’omnibus nous conduit tout droit à l’arrêt « fraises ». C’est la ruée. Les fruits sont délicieux d’ailleurs, sucrés et gouteux. On les mange à la thaï, en les saupoudrant d’un mélange de sucre, de sel et de piment pilés. C’est surprenant au début mais selon les proportions, ca peut être plutôt bon. Faut juste qu’ils n’aient pas trop forcé sur le sel. Ni qu’ils aient eu la main trop lourde sur le piment. Et malgré tout, ça couvre un peu le goût des fraises.

Plantations de fraises a la ferme Suan Lamai

Petit-Un ne mange pas de fruits. C’est contre sa religion. En revanche il lèche consciencieusement toutes ses fraises pour le sucre, avant de me les refiler. Petit-Deux hésite un peu et se convertit vite à la religion de son frère. Pourquoi se forcer à bouffer du végétal, des vitamines et des fibres alors qu’on peut très bien se contenter du sucre?

 

Déjeuner

Tout ça nous a donné faim. Bon sang, il est presque le milieu de l’après-midi! Nous oublions régulièrement de nourrir notre descendance en ballade. Heureusement qu’ils se rappellent à nous au besoin. Manger, c’est sacré! Bref, on leur trouve deux bottes de foin (pour s’assoir, hein, pas pour manger), du riz gluant et des brochettes, pour un pique-nique de rois.

Les parents optent pour un curry vert. C’est très bon le curry vert quand on a le cœur bien accroché. Pour chaque assiette on compte plusieurs piments, en plus de la très relevée pâte de curry. Le poulet entier a été découpé au hachoir. Des bouts de peau, des os broyés et même les pattes surnagent dans la soupe. Le cuisinier y a rajouté du sang coagulé de canard, pour des protéines à bas prix. C’est caoutchouteux, peu goûteux, mangeable mais sans intérêt gustatif. Voici le vrai curry thaïlandais, populaire et classique… C’est très bon, quoique psychologiquement déstabilisant, au début.

Repas a la ferme Suan Lamai

Les enfants ont terminé leurs brochettes. Seul hic, ils sont maintenant recouverts de la même sauce sucrée et parfumée que la viande. On récupère ce qu’on peut à coup de mouchoirs. Puis avec une évidence calme, Petit-Deux balance ses détritus au milieu des plants de fraisier en contrebas. Avec Papa-Tout-Terrain, on voit rouge: « Ca va pas la tête!!! Il est in-ter-dit de jeter ses ordures dans la nature!!! Tu vas aller récupérer ça tout de suite!!! » Avec une désarmante simplicité, le scélérat s’écrie que oh il avait oublié. Pas de soucis il va aller les chercher!

 

L’expédition de Petit-Deux

Il disparaît. Puis reparaît deux mètres en contrebas cinq bonnes minutes plus tard. On commençait à s’inquiéter. Sa mission accomplie, il lui faut à nouveau une éternité avant de nous rejoindre. Il arrive d’ailleurs juché sur les épaules d’un vieux Thaï dont il caresse les cheveux poivre et sel. Cet enfant a hérité des gènes de ma grand-mère. On la laissait deux minutes sur un banc, et quand on revenait, elle s’était déjà fait dix nouveaux amis. Elle était même capable de faire parler un mur. Un mur bègue.

Ferme de Suan Lamai

Petit-Deux et le monsieur nous rejoignent donc avec des sourires complices. Ils sont suivis en procession par quelques autres curieux, ravis de l’aventure. Puisqu’on ne peut pas se parler, on joue aux 7 familles: « Je voudrais le Papa dans la famille française! » « Et voila le cousin de la famille thaï! » Quelques gouzi-gouzi au bébé français plus tard, nous reprenons la direction des plants de fraisiers que Petit-Deux vient de parcourir.

Horreur et honte suprême. Pour atteindre le palier inferieur, il n’y a pas les escaliers auxquels nous nous attendions. Juste un mur défoncé de pierres sèches qu’il faut quasi descendre en rappel. Et dire que nous avons envoyé notre fils dans ce précipice! J’essaie de cacher mon trouble: « Mais comment es-tu descendu? »… « Poh, me répond Petit-Deux d’un air détaché, je me suis fait des amis qui m’ont bien aidé… »

Ferme de Suan Lamai

 

Balade éducative

Quand j’ai été remise de mes émotions, Papa-Tout-Terrain a détaillé aux enfants, exemples à l’appui, les différentes étapes du développement de la fleur en fruit. Il a eu beaucoup de succès. Les garçons ont ensuite passé tout l’après-midi à me le réexpliquer. Plusieurs fois. Et dans les deux sens. Je vais peut-être finir biologiste, en fait.

On a conclu la visite par une jolie balade dans des champs de fleurs. C’était riant et frais. On a passé un très bon moment. La ferme de Suan Lamai est clairement destinée aux citadins en goguette. Plus qu’aux apprentis fermiers. Mais c’est un endroit sympathique pour une sortie familiale. Tant qu’on garde un œil sur ses enfants.

Ferme de Suan Lamai

 

Le Faux Pas – Plages de Rayong

Je ne me moque pas. C’est juste un faux pas. Mais on a bien le droit de rigoler un p’tit peu, quand même… Waha haha haha hahaha! Bon, attendez une seconde que je recouvre mes esprits…

 

Le projet

On part pour un joli week-end en famille. Un week-end calme dans une région loin de tout. La nature, la jungle, le chant des oiseaux.

L’hôtel est si reculé qu’il y a une heure de route jusqu’au restaurant le plus proche. Du coup, on s’est préparé un pique-nique royal. Et un petit déjeuner aussi. On a même pris des ballons et des buts pour jouer au foot. Et des poteaux pour jouer au rugby.

Nous sommes à peine partis que du fond de la caisse, les sardines nous rebattent déjà les oreilles: « Quand-est-ce qu’on pourra manger le pique-nique? » « T’as bien pris MES chips, hein? » « Je pourrai manger tout le jambon tout seul? » « Quant-est-ce qu’on mange? » « Gniii!!! » (Ca c’est Princesse-Punk qui ne sait pas parler mais adore manger.)

Nous montons la musique pour faire revenir le calme. « Pop See Ko » a un gros succès ces temps-ci. C’est hautement intellectuel alors ça met tout le monde d’accord.

 

Le Faux Pas

On approche du but. Le jour est encore jeune. Tant mieux, nous pourrons profiter du joli bungalow en bois traditionnel, (de ses moustiques) et du vert jardin de jungle tropicale.

Soudain, le visage de Papa-Tout-Terrain s’obscurcit en un air soucieux. « On est le combien? » Sans attendre ma réponse, il s’arrête sur le bord de la route en un crissement de pneus et compulse frénétiquement son téléphone. Il n’a pas l’air de rigoler. Même Pop See Ko s’arrête de chanter.

« C’est pas le bon jour. »

Effectivement, il a réservé l’hôtel à une date aléatoire sans aucun rapport avec notre week-end. Ca me donne drôlement envie de rire. (Mais je me retiens, vu sa tête.) D’habitude, ce genre de dysfonctionnements relève plutôt de ma compétence. Voyez plutôt, j’ai même réussi à louper la rentrée scolaire cette année!

Et puis c’est bête, mais les grains de sable dans notre organisation m’amusent follement. On va pouvoir dormir à la belle-étoile? Etre recueillis par les bergers et leur troupeau de yaks? Construire une cabane en bambou dans le repli d’un rocher et faire un feu de joie pour tenir les tigres éloignés ? (Il reste quelques tigres à l’état sauvage en Thaïlande). C’est infiniment romantique!

 

La réparation

« Quand est-ce que je pourrai avoir mon hamburger? » coupe Petit-Un, soudain inquiet. « Non, pardon. Quand-est ce que je pourrai avoir mon han-bour-gueur, s’il vous plait? » Il a bien compris la gravité de la situation. La formule de politesse est certes un peu opportuniste. Mais j’apprécie l’effort qu’il fait pour imiter mon accent français. Et dire qu’il n’y voit pas (encore) malice, le bougre!

Papa-Tout-Terrain tapote fébrilement sur son Smartphone. « C’est bon, j’ai un autre hôtel! » C’est en plein centre-ville. Dommagepour la grotte et les yaks. (Il n’y a d’ailleurs pas de yaks en Thaïlande.) Petit-Deux en revanche est fou de joie: il y a même un ascenseur avec des boutons!

Quant à notre pique-nique, c’est finalement sur les belles plages de la province de Rayong que nous le dégusterons, entre deux parties de foot et un magnifique coucher de soleil. Les enfants ont été si conquis qu’ils souhaitent déjà réitérer l’aventure…

Le Faux Pas - Plage de Rayong

 

… Et en bonus, puisque nous n’avons pas pu annuler la réservation initiale, elle sera l’occasion d’une nouvelle balade en famille pour bientôt! C’est à se demander si Papa-Tout-Terrain ne l’a pas fait exprès!…

 

Le Faux Pas - Plage de Rayong

Le Faux Pas - Plage de Rayong

Le Faux Pas - Plage de Rayong

Bouddhisme pittoresque – Wat Namtok Thammarot

Ce week-end, c’était Makabucha, une fête bouddhiste qui célèbre un jour « miraculeux » où 1250 disciples se sont spontanément assemblés autour de Bouddha pour écouter l’un de ses sermons. Ce jour-là, les croyants vont prier au temple et assister à des prêches. Dans de nombreux monastères, des processions à la bougie clôturent les célébrations rituelles.

Notre nounou a proposé à sa fille adolescente de l’accompagner au temple. « Comment? Non seulement on n’a pas le droit d’utiliser son portable pendant les cérémonies, mais en plus il faut rester assis par terre pendant cinq heures! Et ça fait grave mal aux fesses! Hors de question que je vienne! » a rétorqué la jeune fille. Le concept de l’adolescente existe donc également en Thaïlande.

Nous, nous ne sommes pas bouddhistes, mais on ne crache jamais sur un jour férié. Nous avons donc entassé nos sardines à l’arrière de la voiture, bourré un tas de couches et quelques habits de rechange dans le coffre, et roule!

 

Le monastère de Wat Namtok Thammarot

Papa-Tout-Terrain avait déjà repéré notre première étape: un centre de méditation bouddhiste au milieu de… nulle part. Sérieux, quand on prend la carte, il y a juste rien autour. Pas une ville, pas un village, pas même une montagne. Et ça se confirme quand on arrive sur place. C’est au milieu de rien du tout. Enfin au milieu de plantations d’hévéas, quoi. (La nature n’aime pas le vide.) Bref, si l’on veut méditer, on peut venir méditer ici sans crainte, ce n’est pas l’environnement qui va déranger.

1 - Wat Namtok Thammarot - Temple des serpents

Bon, en revanche, sur place, ils ont eu la main lourde sur la déco et les animaux. L’arrivée est très zoologique. Il y a des chiens et des poules partout. Leur principale activité consiste à dormir au milieu de la route. On sent qu’ils ne sont pas dérangés souvent. D’ailleurs, nous étions pour ainsi dire les seuls visiteurs. J’ai fait trois crises cardiaques pendant qu’on slalomait entre les poussins. Occire une volaille, c’est pas bon pour nos karmas. J’ai finalement sauté de la voiture pour faire bouger la ménagerie. Un coq qui prenait ses aises dans un nid de poule m’a regardé d’un air narquois. De guerre lasse, Papa-Tout-Terrain a opté pour le talus.

 

Le temple aux Nâgas

On a commencé par un temple dédié aux Nâgas, serpents et autres dragons doués de superpouvoirs chez les bouddhistes et dans les cultes païens de la région. De loin, c’est grandiose. De longs reptiles s’élèvent en volute au dessus du lac attenant. C’est doré, coloré, majestueux. De près c’est un peu flippant, surtout quand on passe devant les serpents à tête humaine qui protègent l’enceinte des lieux.

2 - Serpents à tête humaine qui protègent l'enceinte des lieux

A l’intérieur, on sent que l’architecte s’est laisse aller à ses penchants pour le kitch: les murs sont rose bonbon avec une ornementation en macramé

 

3 - Wat Namtok Thammarot - Interieur

Niveau spiritualité, c’était moyen, car le bâtiment était en travaux. Du coup il n’y avait pas de fidèles, mais des ouvriers un peu partout. Ils nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse et une curiosité non dissimulée pour notre tripotée de têtes blondes et sautillantes. Deux ou trois dames nous ont suivis tout du long, d’un air énamouré.

 

Des nonnes et des Krathongs

Un peu plus loin, ce sont les nonnes des lieux qui nous ont hélés. Pour les enfants, bien entendu. Papa-Tout-Terrain et moi-même ne sommes pas assez mignons pour les intéresser. Petit-Deux s’est immédiatement éclipsé derrière mon short en treillis. Petit-Un a lancé un tonitruant « sawadee krap » (=bonjour). Et Miss-Trois a dégainé son plus beau sourire édenté. Comme une flèche, la plus vieille des religieuses –également édentée, mais un peu moins quand même- est partie chercher LE portable de la confrérie.

Pour tuer le temps, ses novices nous ont montré leurs Krathongs. Il s’agit de bateaux de feuilles et de bambous, que l’on décore de bougies et d’encens avant de mettre à l’eau, à l’occasion de certaines fêtes religieuses. Ceux-ci devaient être destinés aux célébrations de Makabucha. (Ou de Makabucha l’année prochaine vu qu’elles allaient drôlement lentement, mais qu’elles ont affirmé vouloir recouvrir le lac de bougies.) (Ou alors elles s’occupaient juste en attendant un miracle.)

4 - Nonnes en train de fabriquer des Krathongs

La vieille religieuse est revenue avec le téléphone, pieusement emballé dans un linge. Elle avait oublié le mot de passe et ne savait plus tellement s’en servir pour faire des photos. Les jeunes nonnes l’ont aidée. A la réflexion, je pense qu’il s’agissait de stagiaires. C’est courant en Thailande, pour quelqu’un du civil, de devenir moines un mois ou deux, au moment du décès de l’un de ses parents ou seulement pour le plaisir. Dans les entreprises, on est habitué à accepter sans discuter ces demandes de congés religieux. Les collègues disparaissent et reviennent quelques temps plus tard, tondus.

(N’empêche que la première fois qu’un mec m’a fait signer une autorisation d’absence en m’expliquant qu’il allait se faire moine et qu’il revenait après, j’ai un peu cru qu’il se moquait de moi…)

 

Le centre de méditation de Wat Namtok Thammarot

Bon, j’arrête de me disperser parce qu’il me reste des hectares de monastère à vous montrer, là. Vu qu’il y a de la place, dans la région, les moines n’ont pas hésité à s’étaler. Et en bonus, le jour où ils ont appris la technique des statues en parpaing mâché, ils se sont dit qu’ils allaient en mettre partout. Du coup c’est très coloré, mais j’y reviens.

A l’origine, le clou du spectacle est une chute d’eau, devenue le point de convergence des activités religieuses de l’endroit. Des salles de prière, une bibliothèque, un restaurant et des abris variés y sont greffés, pour l’accueil des pèlerins. Etonnement, les lieux était vides ou presque. En même temps la cascade était à sec –on est en pleine saison sèche- ce qui faisait peut être perdre son potentiel touristique au temple. (Ou alors, le monastère est toujours vide et les moines ont juste eu les yeux plus gros que le ventre.)

5 - Chute d'eau de Wat Namtok Thammarot

Tout autour, disséminées ça et là sur une surface improbable, des compositions sculpturales variées et colorées. De gros champignons roses décorés de Nâgas et de bouddhas servent d’abris de pique-nique. (Le moine-architecte était visiblement amateurs de nuances voyantes.) Des représentations de scènes religieuses et de mythes païens. Des histoires édifiantes de morale. Mickey et Minnie. (Que font-ils là?) Des déités issues de cultes chinois païens, une belle Guanyin, des dragons… Et quelques figures de l’hindouisme, que l’on sait étroit cousin du bouddhisme.

6 - Representation a caractere religieux a Wat Namtok Thammarot

 

De curieuses mises en scène

A chaque intersection, des portes monumentales interpellent le visiteur et le pèlerin. Du faste à peu de frais. Mais j’aime bien le faste dans la religion. Ca plante tout de suite un décor pimpant et stimulant. C’est nettement moins déprimant que le dénuement ou l’ascétisme. Et pour faire bonne mesure, les concepteurs du lieu ont apporté une touche finale en saupoudrant le tout de dinosaures carnassiers. C’est vrai que ça a de la gueule, les dinosaures.

7 - Dinosaures de Wat Namtok Thammarot

Certaines mises en scène sont plus travaillées. Il faut ainsi traverser un pont pour accéder à la représentation de l’arbre de la Bodhi, sous lequel Bouddha a atteint l’illumination. L’effet est intéressant. On se sent capté par la majesté du tableau. Hélas, par un excès de zèle, quelqu’un a rajouté deux tronçons de torses à l’entrée du pont. C’est moins à mon goût.

8 - Arbre de Bodhi a Wat Namtok Thammarot

Plus impressionnant encore, deux gigantesques représentations des enfers illustrent les misères et les supplices de l’au-delà. C’est une thématique courante, dans les lieux de culte bouddhistes. Le sujet y est toujours traité avec réalisme et crudité. Des êtres faméliques, aux plaies purulentes, aux membres arrachés et aux organes sexuels de démesurés… Ce ne sont pas les tableaux devant lesquels nous nous attardons en compagnie de nos enfants. Ils méritent néanmoins le détour, comme révélateurs d’une certaine vision de l’au-delà dans les religions orientales.

9 - Representation de l'enfer a Wat Namtok Thammarot

 

Faut-il aller visiter Wat Namtok Thammarot?

Nous avons passé deux bonnes heures dans ce monastère. La variété, la créativité et le nombre infini de ses représentations religieuses nous ont enthousiasmés. C’est le l’art très naïf, mais qui traduit avec certitude l’ensemble hétérogène des croyances et des cultes mêlés de Thaïlande. On y appréhende les questions religieuses dans une approche complémentaire à celle de Wat Saman Rattanaram.

10 - Porte monumentale de Wat Namtok Thammarot

Doit-on pour autant recommander l’endroit? Oui, sans nul doute si vous passez par là. Mais soyons réalistes, on ne passe pas par là par hasard. Si en revanche il vous prend envie de découvrir la province de Rayong hors des sentiers battus, groupez cette visite avec une balade à Khao Chamao, et éventuellement avec un petit détour par la ferme de Suan Lamai (j’en parle bientôt). Vous ne serez pas déçus… et vous ne devriez même pas croiser un « étranger » de la journée!

Khao Chamao et les p´tites jambes – Rayong

C’est dans le parc naturel de Khao Chamao que nous poursuivons le premier week-end « découverte » de Miss-Trois, notre petite dernière de douze jours tout juste.

Apres une première journée aux accents historiques et militaires, nous avions opté pour une fin de week-end orientée « nature ». Nous dormirons dans un bungalow de bois sombre, près de l’entrée du parc de Khao Chamao. De nos fenêtres, nous y observerons pousser des salades. Nous y téterons en écoutant les petits oiseaux. Et entre deux parties de ballon, les garçons feront ami-ami avec un énorme matou flegmatique, avant d’entamer une collection d’escargots.

 

L’incident

C’est le petit matin. Papa-Tout-Terrain a bouclé les valises dans le calme et la sérénité. Nous sommes prêts à partir en balade.

Notre Bungalow pres de Khao Chamao

On entend soudain un long hurlement animal. C’est Petit-Un. Entre deux râles, il s’obstine à essayer d’assommer son frère. Les deux protagonistes sont immédiatement retenus par le collet, séparés, puis ficelés dans leurs sièges auto. Ils ne bougeront plus. Il est urgent de trouver de quoi dépenser leur énergie. Nous partons. En route, nous menons l’enquête. Il s’avère que Petit-Deux a mordu le dos de son aîné pour une histoire un peu confuse d’escargots.

« Il ne faut jamais mordre son frère quand on est en colère! » On lui demande de présenter ses excuses. Vives protestations. Il marmonne finalement qu’il est désolé. Petit-Un beugle toujours pour la forme, avant de se ressaisir: « Bon, la prochaine fois tu pourras me griffer! ». Echange de regards interloqués entre les parents. Petit-Deux, intéressé, enchaîne: « Tu préfères que je te griffe, la prochaine fois? ». « Oui, reprend l’ainé, mais il ne faut jamais griffer les animaux! »

(De toute évidence, la rationalité adulte n’a pas à s’immiscer dans la logique de nos enfants. Cela dit, si quelqu’un comprend, toute explication -même freudienne- est la bienvenue.)

L’entente est revenue. A nouveau copains comme cochons, les deux frères reprennent le cours de leurs activités normales dans la voiture. A savoir entonner en cœur « On écrit sur les murs » pour la deux-mille-trois-cent-quarante-quatrième fois.

 

Le parc naturel de Khao Chamao

A l’écart des zones fortement touristiques, Khao Chamao comporte la dernière forêt primaire de la région. La végétation tropicale y prospère et l’environnement garde l’authenticité des contrées lointaines et inexplorées.

Des panneaux à l’entrée du parc et sur les routes alentour incitent automobilistes et visiteurs à garder leurs distances avec les éléphants sauvages. Alors que nous en avions vu plusieurs a Khao Yai, nous n’en n’avons pas croisés, ici. En revanche, nous avons vu un beau cobra traverser la route. Il était tellement énorme qu’un scooter a dû s’arrêter pour lui céder le passage.

Il existe peu de documentation en anglais sur le parc, peu fréquenté des étrangers. Au fil du temps, nous y avons découvert deux jolies balades et une grotte. Nous optons pour le chemin qui longe la Klong Pla Kang Waterfall.

Khao Chamao

Longeant de belles cascades poissonneuses au cœur de la forêt tropicale, les sentiers ont tendance à suinter l’humidité une bonne partie de l’année. Il faut donc bien se méfier des moustiques, qui prolifèrent souvent pendant la saison des pluies. Par ailleurs, les chemins, très abrupts en certains endroits, deviennent régulièrement glissants et plus difficilement praticables pour les jeunes enfants. Mieux vaut en tout cas être équipé de bonnes chaussures!

Pour cette fois, nous avons décidé de n’aller que jusque là ou nous mèneraient nos pieds, sans chercher à atteindre les cascades les plus hautes. C’est plus raisonnable et bien moins stressant: nous ferons dans le sportif une autre fois!

 

Départ d’expédition

Nous partons bien équipés: eau, anti moustiques, écharpe de portage, et même des vitamines pour remonter le moral des troupes à courtes pattes, au besoin.

Papa-Tout-Terrain a également acheté à l’entrée du parc deux énormes sacs de nourriture pour poissons. Les enfants sont ravis: il y a enfin un objectif sensé à cette balade!

Il est dix heures. Nous sommes complètement seuls, à l’exception de quelques rangers qui nous regardent passer, un peu interloqués de compter tant d’enfants, et si petits.

Balade a Khao Chamao

Il faut dire que notre cortège attire l’œil. A peine installée dans l’écharpe, Miss-Trois a eu faim. Empourprée, elle est justement en train d’exprimer toute son ire alors que nous dépassons les baraquements de l’entrée du parc. Egalement rouge et luisante de sueur, je me débats avec un pan d’écharpe pour modifier les nœuds et lancer la tétée. Au même moment, Papa-Tout-Terrain boucle un sprint victorieux et récupère enfin la perche a selfie subtilisée par Petit-Deux, pendant que Petit-Un transpire a grosses gouttes en trainant son kilos de nourriture pour poissons qu’il veut porter tout seul.

 

Dans la forêt tropicale

Au niveau de la première cascade, les visiteurs sont priés de laisser bouteilles et nourriture à la garde des rangers, pour éviter de polluer cet environnement préservé. C’est souvent le cas dans les parcs naturels de Thaïlande, qui sont par conséquent très propres. Quel plaisir de retrouver une nature saine et vivante!

(Dans la pratique, avec nos enfants en bas âge, on nous accorde presque toujours la possibilité de conserver une bouteille d’eau –moyennant caution ou non. La caution se récupère en montrant, au retour, que la bouteille d’eau n’a pas été abandonnée dans la nature… et s’il n’y a pas de caution, il faut bien entendu être digne de la confiance qui nous est accordée en rapportant soigneusement ses déchets.)

Passage a gue a Khao Chamao

Nous atteignons un joli passage à gué. Le cours d’eau est à sec mais la traversée de ce joli pont rustique enthousiasme les enfants. La forêt est touffue. Son air humide embaume les essences tropicales. Les bruits mousseux du cours d’eau tout proche nous bercent agréablement. Chaque fois que nous le pouvons, nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à la cascade. Elle est limpide et très poissonneuse. Et les enfants n’attendent qu’une chose: pouvoir enfin nourrir les carpes! Nous avons le plus grand mal à canaliser leur impatience avec des excuses vaseuses: « Allons plus loin, les poissons sont plus gros et plus beaux, là-bas! »

 

Les petits poissons, dans l’eau…

Nous atteignons une petite cascade que nous connaissons bien pour nous y être déjà reposés. Dans notre souvenir, la difficulté du sentier augmentait ensuite. Nous nous arrêterons donc là pour aujourd’hui: place aux poissons!

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Il faut descendre un talus rocheux et escarpé pour atteindre les rives du cours d’eau. Par chance, les enfants sont déjà bien rodés à ce type d’exercice et très disciplinés. Ils écoutent attentivement les explications de Papa-Tout-Terrain, quant au passage à emprunter. Ils savent tâter du pied les gros cailloux et les rochers, pour vérifier qu’ils ne sont ni glissants, ni instables. Dans les passages dangereux, ils obéissent strictement à notre voix et savent s’accroupir ou s’assoir dans un endroit sécurisé en attendant l’adulte qui les guidera. Nous sommes fiers de nos garçons, habiles et raisonnables.

La distribution de nourriture aux poissons est follement amusante. Les grosses carpes se précipitent toutes en même temps. Les plus intrépides et les plus gourmandes finissent même par ne plus toucher l’eau, tant elles sont soulevées par la masse immergée des autres poissons de la cascade. Elles éclaboussent allégrement les enfants de leurs queues frétillantes. L’eau est fraîche. On ne compte plus les joyeuses exclamations: « Ahhh! J’ai reçu une goutte! Papa, Maman, regardez ma goutte! »

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Miss-Trois tête un peu avant d’être changée sur un gros caillou. Puis elle repart illico pour un bon somme, sur le cœur de sa Maman. Le bonheur tient à peu de choses, pour un tout petit bébé.

 

Les Thaïes amoureuses

De retour au parking, nous assistons au débarquement d’une vingtaine de jeunes mamies dynamiques et babillantes, qui s’extraient gaiement d’un mini bus. L’une d’elles avise Miss-Trois. Elle alerte le groupe. Tel un seul homme, toutes les dames se retournent et nous fixent. D’abord une, puis deux puis trois puis presque toutes lèvent le bras en notre direction, avec ce geste:

Coeur avec les doigts - Source: Pinterest

Ce n’est pas un signe satanique mais un symbole de cœur. Je m’en souviens très bien, une petite minette un peu fleur bleue du bureau me l’avait expliqué.

Plus hardie que les autres, une mamie à l’allure dynamique et au visage avenant s’approche de nous et demande l’âge de Miss-Trois dans un anglais timide, mais pas si hasardeux que ça. « Douze jours ». La dame retourne auprès de son groupe et diffuse l’information. Nous entendons fuser des « Oh » et des « Ah » stupéfiés. A la mode asiatique, quelques dames étouffent leurs rires étonnés en se cachant la bouche de la paume de leur main. D’autres mains se tendent avec des cœurs pleins les doigts. Puis nouveau conciliabule des curieuses.

La dame revient. « What is her name? » Miss-Trois à un nom inconnu aux bataillons thaïs et trop long pour être prononcé aisément. On répète. La dame bredouille un truc qui ne ressemble pas du tout et s’en retourne informer ses copines. On entend des cris d’allégresse. Encouragées par l’intrépidité de leur copine et par notre apparente inoffensivité, quatre ou cinq mamies supplémentaires viennent à nous. Elles admirent notre merveille. D’ailleurs, qui ne l’admirerait pas? J’apprécie leur délicatesse. Personne ne tente un geste pour toucher le bébé. On se sourit gentiment jusqu’à ce que Miss-Trois brise la sérénité des contemplations: il commence à faire faim!

 

Le lac Ban Khao Hin Dat

Quoi qu’il en soit, il est temps de rentrer. Nous aurons passé un beau week-end mais tenons à garder un rythme tout doux pour nos premières sorties à cinq.

Le Lac Ban Khao Hin Dat

Parce que nous sommes d’incorrigibles curieux, nous nous octroyons juste un dernier détour sur le lac Ban Khao Hin Dat, dont Papa-Tout-Terrain a découvert sur Internet d’extraordinaires photos de coucher de soleil. Egayé de pêcheurs du dimanche, parsemé d’ilots et ouvrant sur les magnifiques montagnes de Khao Chamao, le lac nous aura réservé une bien belle surprise. Il nous faudra à tout prix y revenir, un jour, à la nuit tombante!

Le Bateau de Guerre – Rayong

A onze jours, Miss-Trois a visité un bateau de guerre. C’était notre première escapade à cinq.

Nous sommes partis un peu à l’improviste. Besoin de changer d’air et de fuir le couvercle de pluie qui enserrait notre région. Besoin de nous retrouver en famille après le séjour à la maternité. Besoin de redonner aux deux grands frères les repères connus de nos balades dominicales. Et surtout, envie de se faire plaisir, tous ensembles.

HTMS Prasae

Je vous parlerai ici des jolis lieux parcourus, des retrouvailles en famille et du bonheur de renouer avec nos délicieuses balades. Niveau organisation, c’est passé mais on a un peu galéré. Restent des ajustements et des progrès à faire. Va falloir retrouver nos reflexes! Je prépare un billet sur ce thème, pour très bientôt… entre deux tétées!

 

Comment on a failli ne jamais arriver…

On a fait les bagages, trouvé et réservé un petit hôtel pour la nuit et c’est parti mon kiki!

« T’as de l’argent au fait? » Euh non… Toi pas? C’est là qu’on a réalisé qu’en plus, on avait perdu la carte bancaire de Papa-Tout-Terrain. Qui, quand et comment? Nous ne saurons jamais. On a tourné deux heures et demie dans les bleds alentours pour trouver une banque en état de fonctionner. Le système informatique de la première avait lâché. La deuxième ne reconnaissait pas le code barre du livret bancaire. Nous n’avons pas trouvé la troisième indiquée sur la carte. La quatrième a été la bonne.

Papa-Tout-Terrain nous a largués sur le parking. (Si vous vous rappelez la façon dont les sièges auto sont entassés dans le véhicule, vous comprenez pourquoi on n’avait pas la motivation de détacher les enfants). Entre la file d’attente et les employés qui ne parlaient quasiment pas anglais -mais qui, par chance, étaient très prévenants- Papa-Tout-Terrain en a eu pour une bonne heure. Cette heure, les deux garçons l’ont d’ailleurs bien employée à négocier avec moi des bonbons, en échange d’un calme relatif, rapport à Miss-Trois qui essayait de dormir.

Quand Papa-Tout-Terrain est revenu, on a sérieusement hésité à jeter l’éponge, à rentrer à la maison, se tanner dans le canapé et se désoler en faisant les loques devant la télé. (À ce propos, vous ai-je dit que Papa-Tout-Terrain avait justement encore une conjonctivite ce jour là?)

« Manque plus qu’on crève un pneu » a-t-il râlé pour la forme. Mais heureusement, on n’a pas crevé.

 

La curieuse destinée du HTMS Prasae

A la frontière des provinces de Rayong et Chanthaburi, Papa-Tout-Terrain avait repéré un navire de guerre. Techniquement je ne pourrais pas en dire grand-chose, mais en tout cas il se visite, depuis qu’il a été reformé, et c’est assez rare pour mériter le détour!

HTMS Prasae

J’aime bien l’histoire de ce bateau, alors je vais vous la raconter. Au départ, il a été construit à l’intention de l’US Navy, durant la deuxième guerre mondiale. En 1945, il a été transféré à l’armée soviétique, pour combattre aux côtés des Américains contre le Japon. Seulement voilà, quand il est arrivé chez les Russes, la guerre était déjà finie. Et bien vite, les Américains et les Russes n’ont plus été tres copains. Du coup les Américains ont voulu récupérer leur bateau. Mais comme les Russes n’étaient pas hyper coopératifs, ça a trainé jusqu’en 1949.

De 1949 à 1951, les Américains ont envoyé le bateau faire la guerre en Corée, avant de le donner a la Thaïlande, alliée contre la Corée. C’est en Thaïlande que le navire a finalement obtenu son ultime nom, le HTMS Prasae.

Le bateau a ensuite vécu une paisible vie militaire jusqu’à devenir mémorial, en 2003. Il est aujourd’hui à sec sur la terre ferme, mais a priori toujours plein de munitions, si bien que certaines de ses salles ne se visitent pas.

 

Navire de guerre et yeux d’enfants

Entrer dans ce bateau, c’est un peu comme entrer dans un livre d’histoire militaire. J’ignorais que ce genre de bâtiments, même reformés, se visitait seulement. Petit-Un est captivé par la hune: « Dis on pourra monter sur la Tour Eiffel? » A notre grand effroi, Petit-Deux escalade à toute vitesse l’échelle métallique qui mène sur le pont principal. Ils veulent tout voir. Ils ont l’air de jeunes chiens fous dont Papa-Tout-Terrain a bien du mal à contenir l’enthousiasme.

On monte a bord du HTMS Prasae

On jette un coup d’œil dans les cabines. Tout cela n’a pas l’air bien confortable. A la proue, on a une vue magnifique sur la mer. Dans ma tête je me refais Titanic, à la romantique et tout, quand la voix sévère de Papa-Tout-Terrain me fait sursauter: « Petit-Deux, il est in-ter-dit de s’approcher des barrières! » Effectivement, c’est l’une des failles d’un bateau de guerre: rien n’y est très sécurisé pour les enfants.

Du pont superieur de HTMS Prasae

Le navire est plein d’escaliers, de demi-ponts imbriqués et de recoins improbables. On monte, on redescend. A chaque plate-forme, on découvre une arme différente. Elles sont sacrément grosses, tout de même! Et même le fait d’être assez tièdes vis a vis du militaire en général ne nous empêche pas de nous enthousiasmer!

Du haut de la cabine du pilote…

Dans son sling, Miss-Trois commence à me tenir un peu chaud. Il faut dire qu’il n’y a pas un poil de vent sur le bateau et qu’avec la saison des pluies, l’humidité de l’air est à son paroxysme. En attendant nos petits hommes, nous nous refugions à l’ombre, sur une grosse caisse de munitions. (La caisse de munition est dans l’esprit du récit, mais c’est une liberté narrative. Pour de vrai, on s’est assises sur un truc de ferraille du bateau que je suis incapable de nommer.)

Cabine de pilotage du HTMS Prasae

Les courageux terminent la visite par le pont le plus élevé et la cabine de pilotage. Papa-Tout-Terrain est très surpris par l’exigüité du local. Il n’y reste malheureusement presque rien de l’appareillage d’origine.

Village de pecheurs sur la riviere Prasae

En revanche, vus du haut, les environs sont magnifiques. De là, on distingue un petit village de pêcheurs qui dort à l’orée d’une mangrove épaisse. Vous avez remarqué que nous adorons les mangroves et les villages de pêcheurs? Car les villages de pêcheurs font toujours des photos charmantes, pleines de couleurs dont le chatoyant s’est à peine terni, comme blotti un pied dans le passé. Et des mangroves, nous aimons les clairs-obscurs, les racines inextricables, les sentiers touffus, où chaque pas nous mène à une nouvelle découverte végétale ou animale. Nous ne pouvons pas louper ça. Sitôt la visite du bateau bouclée, nous partons y jeter un coup d’œil.

 

Petites mangroves pour gens fatigables

Deux parcours distincts permettent de sillonner la mangrove de l’embouchure de la rivière Prasae. Un court parcours pédagogique, avec panneaux informatifs et stations d’observations, semble majoritairement destiné à des visites d’écoles. Un second sentier, d’une longueur de deux kilomètres, permet de s’enfoncer plus loin au cœur de cette foret dont les pieds trempent dans une eau mi-douce, mi salée.

Mangroves sur la riviere Prasae

Pour préserver la famille, nous optons pour le parcours éducatif, qui est bien plus bref. Le cadre est joli, frais et soigné. A l’entrée, un canot décoratif, partiellement immergé dans l’eau impressionne beaucoup Petit-Un. Dès son retour en classe le lundi, il en fera un beau dessin!

Comme de coutume, les visiteurs sont invités à parcourir les lieux sur un sentier de bois surélevé, qui serpente à travers les arbres. Cette fois-ci il n’y a pas de rambarde, d’ailleurs, et nous craignons à chaque instant l’éventuel plongeon d’un enfant dans les contrebas boueux.

Mangroves sur la riviere Prasae

Le chemin permet une balade en landau. Ce confort n’est pas négligeable: Miss-Trois peut s’y reposer bien à plat, je ne lui tiens pas chaud et surtout, elle ne me tient pas chaud. Par chance, Papa-Tout-Terrain a de bons muscles, lorsqu’il s’agit de déplacer l’imposant attelage dans les escaliers du joli pont de l’arrivée!

La promenade aura été brève, mais il est raisonnable de s’en tenir là. Nous reviendrons une autre fois pour tester le parcours long. Nous rejoignons l’hôtel pour reposer dix petites -et grandes- jambes, qui auront besoin de toutes leurs forces, le lendemain, pour une mini rando dans le parc naturel de Khao Chamao.

Les Vergers tropicaux de Suphattra Land – Rayong

Avec mon tour de taille de cachalot austral, ma mobilité s’est un poil réduite. C’est temporaire, hein. Juste que je suis enceinte. Même Petit-Un l’a remarqué. L’autre jour, en voiture, et avec toute la candeur de ses cinq ans, il m’a lâché de but en blanc un « Maman, moi, je vas être grosse comme toi! » qui lui passait par la tête. Gratuitement!

Nous nous tournons donc ces temps-ci vers des activités adaptées à ma corpulence et à mes capacités physiques. Aussi, notre excursion au parc Suphattra Land de Rayong a-t-elle été l’occasion d’une excellente synthèse entre activité familiale, culturelle, gourmande et reposante! La visite consiste en une découverte –motorisée– des vergers du lieu et des fruits tropicaux qui y poussent, avec dégustations à la clé!

 

Suphattra Land en Pratique

  • Coordonnées GPS: 12°47’59.0″N 101°13’49.0″E
  • Prix « étrangers » – adulte: 400 THB – enfant: 200 THB. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents.
  • Ouverture de 8h à 17h.
  • Durée de l’activité: deux bonnes heures. Nous avons prolongé la journée en direction du vieux de port Rayong, à une trentaine de minutes en voiture.
  • La meilleure saison pour visiter les vergers va de janvier à avril. C’est la haute saison pour la récolte des fruits, le moment où il y en a la plus grande diversité, et c’est aussi l’époque où ils sont les meilleurs.

Découverte des arbres et des fruits

A Suphattra Land, la promenade se fait en bus ouvert. Moment de pure joie pour les enfants. Petit-Deux nous explique que c’est le plus beau jour de sa vie, avec la fois où il avait pris l’ascenseur (lequel?). C’est aussi un moyen de locomotion idéal pour un troisième trimestre de grossesse.

Suppathra Land

On traverse un petit verger aménagé, à la découverte des arbres fruitiers locaux. Il est juste dommage qu’août soit plutôt une saison creuse en l’espèce. Les fruits des arbres sont plutôt clairsemés. Nous observerons beaucoup de feuillages.

Arbre a Durians et Durian

Les plus gros des fruits tropicaux sont toujours source d’étonnement. Les durians pèsent dans les cinq ou six kilos. De par leur poids, leur taille et leurs redoutables piques, ils tuent chaque année quelques passants malchanceux, en tombant de leurs arbres. Le fruit du jaquier semble moins souvent mis en accusation en la matière, de ce que j’en ai lu dans la presse. Et pourtant, cette énorme protubérance vert-jaune peut peser jusqu’à trente-six kilos!

Jacquier et ses fruits

Ça ne se mange pas, mais un peu plus loin, nous tombons sur une plantation d’hévéas. Je l’ignorais jusqu’à récemment: la Thaïlande est le premier pays producteur et exportateur de caoutchouc naturel au monde. Avec l’explosion du marché automobile en Asie, la demande ne cesse de croître et ce commerce est extrêmement profitable. Aujourd’hui, près de 10% de la population Thaï vit directement ou indirectement de cette culture, principalement dans le cadre d’exploitations familiales.

Heveas

 

Premier ravitaillement: le buffet de fruits

La visite est interrompue par la dégustation d’un immense buffet de fruits. L’étalage est magnifique et même hors saison, le choix reste large, parmi les fruits tropicaux. Il y a bien sûr des mangues, que nous adorons tous. Sauf Petit-Un. Il ne mange pas de fruits: c’est contraire à sa religion. Papa-Tout-Terrain a un petit faible pour les beaux fruits du dragon, à la peau rose bonbon et à la chair blanche, douce et sucrée, constellée de petits grains noirs.

Petit-Deux se jette tant et tant sur les mangoustans et les ramboutans qu’il est repéré par les dames du parc. Elles trouvent ça trop mignon, le couvrent de fruits et le prennent en photo. Pour ma part, j’ai un petit faible pour les durians, dont je vous ai parlé en long et en large, dans un récent billet. Ces pauvres fruits sont d’ailleurs exilés sur un étalage spécifique et éloigné, tellement ils sont malodorants!

Buffet de fruits

Par chance, nous sommes seuls quand le bus passe nous reprendre. Le chauffeur est adorable! Il installe les enfants, juste à côté de lui, sur une banquette de co-pilote où ils ont presque l’impression de conduire. Petit-Un est ravi. Il dévore l’environnement du regard, se tortille un peu et lance des blagues au chauffeur. Petit-Deux est sérieux comme un Pape, désireux d’être à la hauteur de la lourde responsabilité qui lui est confiée. A chaque fois que le bus ralentit, il sourit aimablement pour être photographié par le personnel du parc.

Suppathra Land

 

Du bon et du moins bon…

On passe maintenant aux arbres épineux. Nous découvrons le salak, un petit palmier piquant qui prospère sur les sols arides et sur lequel pousse le « fruit du serpent », ou salak (quelle imagination!). On l’appelle « fruit du serpent » en raison de sa peau écaillée. J’avais adoré le goût acidulé de ce fruit à la peau lisse, qui pousse à Bali. La version thaïlandaise en revanche est plutôt momolle, avec une peau pleine de piquants, impossible à éplucher, et un goût marqué de terre. Beurk!

Salak

 

Etonnants fruits tropicaux…

Viennent ensuite les manguiers et les arbres à longane. Ils n’ont pas de fruits: ce n’est pas la saison. Dommage pour Petit-Deux, car le longane est son fruit préféré. « Long-an » veut dire « œil du dragon » en chinois. Extérieurement, ça ressemble à une grosse bille marron, avec un léger duvet. L’intérieur est proche du litchi, en goût et en consistance, avec un noyau similaire, mais le tout est un peu plus petit. Lors de notre précédent passage à Suphattra Land Park, Petit-Deux s’était montré tellement enthousiaste qu’il était vu offrir une branche chargée de fruits, par les jardiniers! Lui et Papa-Tout-Terrain peuvent en manger des tonnes, malgré les rappels à l’ordre de notre nounou: « Attention, c’est une nourriture « chaude » qui déséquilibre les fluides du corps et pourrait vous rendre malade! »

Arbre a Ramboutans

Un peu plus loin, le conducteur de bus nous montre les arbres à mangoustan –un fruit « froid »– et à ramboutan –un autre fruit « chaud ». Avec Papa-Tout-Terrain, on rigole bêtement en regardant les ramboutans… on pense tous les deux a la même chose… Avez-vous déjà vu un ramboutan? C’est rose et poilu… Bref, depuis qu’un collègue nous a expliqué que ces fruits lui évoquaient des testicules, force nous est de constater que la ressemblance est frappante! Papa-Tout-Terrain me souffle: « T’as vu, il y en a plein qui pendent… ». Nouveaux gloussements. Les enfants et le chauffeur de bus se retournent et nous dévisagent d’un air bizarre. On fait des têtes d’ange en essayant de reprendre notre sérieux.

Mangoustan et Ramboutan

 

Deuxième ravitaillement: le buffet de salades

Nous doublons des serres où sont cultivées des salades hors sol. Le chauffeur-guide n’en n’est pas peu fier. Pour nous, ça ne nous semble pas vraiment révolutionnaire. C’est juste des salades, quoi.

Nous atteignons une seconde station de dégustation: la station des salades. Je ne sais pas pourquoi ils ont organisé les étapes en un repas à l’envers. Nous avons droit à des feuillages à volonté et à des salades de papaye locales. C’est délicieux mais ça pique très fort. Certains visiteurs ont été prévoyants, ils déballent un pique-nique de poulet grillé et de riz gluant pour accompagner les plats de végétaux.

Preparation des salades de papaye

Petit-Un est exempté de verdure: il hérite d’une saucisse. En revanche il tombe amoureux de la sauce vinaigrette. Il essaye de nous convaincre d’en rapporter à la maison. En vain. Il faut dire que dans les poches, ça serait salissant. En désespoir de cause, il essaye de récupérer tout ce qui reste au fond de nos assiettes, à l’aide d’une fourchette. Au moins, l’exercice est intéressant en terme de motricité fine!

 

Des abeilles et des ruches

Après un dernier petit tour de bus, vient la dernière étape: celle des abeilles. Sans doute pour la fécondation des fruits, le parc est plein de ruches. Les enfants sont très impatients. Depuis plusieurs semaines, nous lisons et relisons « Les Abeilles » de la collection Mes P’tits Docs, que les enfants adorent. C’est d’ailleurs en partie pour ces insectes que nous avons opté pour une visite de Suphattra Land aujourd’hui –et aussi pour y acheter du miel, dont Papa-Tout-Terrain est très friand.

La ruche et sa planche d'envol

Nous observons une ruche de démonstration. Mais où sont les larves? Et les nymphes? Sans doute dans des cellules, car nous ne les verrons pas. En revanche, les enfants repèrent très vite la reine des abeilles, entourée de ses ouvrières. Nous observons la planche d’envol de la ruche que défendent des abeilles « gardiennes » contre les intrus. Puis nous voyons comment le miel est extrait des rayons, à l’aide d’une centrifugeuse… Avant d’y goûter, bien sûr! Une fois de plus, nous repartirons avec plusieurs kilos de ce délicieux suc, pour nous et pour notre nounou. On espère qu’elle aime ça, d’ailleurs, car on lui en rapporte des brouettes à tous les coups!

Observation de l'interieur de la ruche

 

Fin de journée à Rayong

La visite finie, nous ne sommes qu’à une vingtaine de kilomètres de Rayong. C’est un endroit que j’ai déjà largement évoqué, et que nous aimons beaucoup, pour son port coloré, ses beaux paysages marins, son temple chinois pittoresque et ses excellents restaurants. Malgré le ciel gris et la mer démontée de la saison des pluies, la lumière est belle ce jour-là. Nous y terminerons la journée, à ramasser des coquillages, avant de nous attabler devant quelques nourritures marines fabuleusement accommodées.

Port de Rayong

 

Plage de Rayong

 

Coquillages

 

Decoration du temple chinois de Rayong

 

On a ramasse des coquillages