Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

Le temple du fond de la grotte – Tham Khao Prathun Bureau of Monks

Nous avons entendu parler d’un drôle de temple, aux confins de la province de Rayong. Ce temple du fond de la grotte, on ne l’atteint que par bateau. Plus encore, ce temple, on ne le découvre qu’au terme de la traversée d’une grotte marine.

Tôt levés, nous renouons vite avec les habitudes de nos week-ends: direction les sombres montagnes du nord de Rayong. Leurs formes abruptes témoignent d’un passé géologique torturé. Inhospitalières, touffues, infranchissables et souvent vierges, encore, de toute présence humaine. Certes, cette région ne ressemble pas à la Thaïlande des cartes postales. Elle est si belle, pourtant, que l’on y revient toujours.

 

Une balade dominicale pour les familles

La route sillonne entre les plantations d’hévéas, comme il y en a plein la région. Parce que les inondations et le climat tropical ne sont pas les amis du cantonnier, quelques plaques de goudron subsistent entre les nids de poule.

On arrive. Nous attendions un lieu intimiste et coupé du monde. Mais déception: c’est plein de voitures. Un garde nous fait nous garer dans un parking sillonné de tranchées boueuses. Nous sommes entourés de pick-up locaux et de voitures antiques. Les gens du coin sont venus en famille élargie, pour passer ensemble du bon temps, peut-être la journée. Ce sera l’occasion aussi de prêter ses respects aux divinités des lieux.

En Asie, on a la fibre commerciale. Un petit marché s’est improvisé entre le parking et le temple. L’odeur des douceurs locales nous chatouille les narines. Bien vaillants ceux qui résistent!

1 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Un premier sanctuaire est niché dans un repli de la paroi anthracite. Quelques pas plus loin, un attroupement. C’est le départ des bateaux, pour le temple du fond de la grotte. Je devrais dire des baquets, plutôt. C’est dans ces drôles de bassines que le pèlerin sera poussé et dirigé par des moussaillons immergés jusqu’à l’épaule. Les visiteurs se pressent dans un désordre organisé, que nous peinons à décrypter.

2 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Tout le monde est très occupé. Un vieux monsieur qui crie régulièrement dans un haut-parleur nous fait signe de retourner en arrière. Il nous faut des tickets. Pas d’anglophone, pas de panneaux. Nous tournons un peu. Une vieille dévote nous délivre finalement les précieux sésames. Il n’y a pas de prix. L’on verse son obole dans une urne destinée au temple.

Dans la confusion, Petit-Deux a décrété qu’il ne voulait plus prendre le bateau. Il n’aime pas les grottes, d’ailleurs. Les bateaux non plus. Et il a mal au genou.

 

L’aventure du bateau

On retrouve l’homme au haut-parleur. Ses invectives sont des numéros. On a le « 59 », il s’agit de prêter l’oreille! Je laisse Papa-Tout-Terrain se dépatouiller avec Petit-Deux. D’abord, il est bien plus persuasif que moi, et en plus il ne sait pas compter en thaï. C’est ça le travail d’équipe!…

4 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Une dame me tape sur l’épaule. Elle aussi a un bébé à la main. On compare. Mon modèle de un an, est plus grand que le sien, qui n’a que huit mois. On se flatte mutuellement. Puis elle a l’idée de faire faire « Hi five! » aux bambins. C’est facile comme tout, bien sûr. Les bébés voient tout de suite ce qu’on attend d’eux et sont enthousiastes. Ils ont la main molle et le regard fuyant. Petit simulacre: « Oh, c’est trop mignon »… Crotte, on en est déjà au numéro « 56 ». Re-crotte, une autre dame attend derrière avec un autre bébé à comparer. On échange quelques gouzis-gouzis gentils. Ca va être à nous… Fausse alerte, ils ont perdu le numéro « 52 ». Ca y est! Cette fois-ci, c’est à nous!

Il n’y a pas une seconde à perdre, tel un seul homme, la famille Tout-Terrain se rue sur l’embarcation. Le capitaine du baquet en reste interloqué. Ca tangue un peu. Le monsieur du haut-parleur dit des trucs. Mais on ne comprend rien. On découvre alors que la deuxième dame au bébé parle anglais. Elle nous explique alors gentiment la marche à suivre: baisser la tête et ne pas toucher la roche. Elle nous montre aussi un type en chaussettes et en habits de cycliste. C’est son mari. Il prévoit de rejoindre à pied le temple du fond de la grotte. Pendant qu’on papote, ca mitraille sévère, tout autour. Ce n’est pas tous les jours que l’on doit voir une famille d’étrangers par ici.

Le temple du fond de la grotte: voyage au centre de la terre

Le bateau s’enfonce maintenant dans les profondeurs de la terre. La faille dans laquelle nous nous engageons n’est ni large ni haute. Elle résonne du bruit des bateleurs et des rires de leurs passagers. Dans une atmosphère bon-enfant, un peu mystique, mais somme toute enjouée. J’ai envie de jouer à Pince-mi et Pince-moi, dans ma tête. C’est exactement le bateau que je m’étais toujours imaginé!

5 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

La traversée n’est pas très longue. Bien vite, nous débouchons de l’autre côté, dans un temple complètement entouré de rochers à pic. Ce n’est plus une grotte en tant que telle mais une cachette inviolable, une sorte de gouffre au cœur de la montagne. Loin, très haut derrière les rochers, on distingue quelques pans de ciel bleu.

L’atmosphère est étouffante d’humidité.

3 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Les familles s’égaient en direction des différents autels. Prêtent leurs respects à Bouddha et à quelques divinités animistes. Beaucoup se sont habillés pour l’occasion. Certains portent encore les couleurs du deuil, en l’honneur du feu roi Bhumibol. D’autres ont choisi de « s’assortir » avec leurs amis ou leurs proches. On se photographie, on se selfie. En prières ou en offrandes. Ou avec Miss-Trois et ses boucles dorées, qui sont l’objet de toutes les curiosités.

Dans les renforts des parois, de nombreuses cavités naturelles ont été converties en chapelles. Certaines sont très profondes, et magnifiques de dentelles géologiques. Toutes suintent l’humidité. Le sol est recouvert d’une glaise visqueuse et luisante. (Nous compterons quelques chutes dans nos rangs.) Les roches dégouttent. C’est beau. C’est impressionnant. Ca a quelque chose de magique.

6 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

 

Le petit marché de Tham Khao Prathun

Sur le chemin du retour, nous cédons finalement aux odeurs alléchantes qui s’échappent du petit marché. Saucisses thaïes, salade de papaye, petit pains à la vapeur, brochettes de porc caramélisées, riz gluant et fruits frais nous composeront un excellent déjeuner aux saveurs locales.

7 - La vieille dame aux dents rouges de noix de betel

Une Mamie aux dents rouges de noix de bétel s’est entichée de Miss-Trois. Elle la promène d’éventaire en éventaire, la présentant à ses copines vendeuses. Auprès de l’une de ses connaissances, elle négocie un esquimau artisanal. Je retiens son geste: Miss-Trois n’est encore qu’un bébé, tout de même…

 

Flâneries dans un autre « temple-grotte »

Nous reprenons la route en direction d’un sanctuaire voisin, repéré par Papa-Tout-Terrain. Le Wat Tham Wattana Mongkon est lui aussi dissimulé dans une cuvette au milieu d’un pic de roche sombre. On y accède via une arche monumentale dans la paroi.

8 - Wat Tham Wattana Mongkon

Le relief et les couleurs y sont à couper le souffle. Non loin, de petits ponts en dos d’âne enjambent un joli cours d’eau. Quelques singes juchés sur la falaise nous observent d’en haut. Malheureusement, tout est désert. Pas de fidèles, pas de prières. C’est beau, mais il nous semble que les lieux manquent un peu de ce petit supplément d’âme…

La balade au temple du fond de la grotte a laissé de grandes traces de boues sur nos chaussures. Sur le chemin du retour, Petit-Deux s’active pour nettoyer les siennes: il déteste avoir les pieds sales. Petit-Un astique plus mollement, surtout parce qu’on lui a demandé de le faire. On l’entend soudain s’exclamer. Dans un rugissement de fierté, il montre à son frère: « Regarde! J’ai des chaussures en 32 ans! » Admiration non feinte. Sourire complice des parents.

 

 

Le Tham Khao Prathun Bureau of Monks en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.123835, 101.597555
  • L’entrée est libre. On fait une offrande de son choix au moment où l’on demande le ticket pour prendre le bateau de la grotte marine
  • Le temple est d’accès libre, il n’y a donc pas d’horaires. Malgré tout, gardez en mémoire que les activités en Thaïlande ne commencent souvent pas très tôt, et ne finissent généralement pas très tard. Il me semble raisonnable de penser qu’entre 10h30 et 16h, on trouvera des personnes pour conduire les bateaux.
  • Compter 1h30 à 2h pour la visite, en comprenant le temps d’attente pour le bateau. L’attente en soi est un moment d’observation très vivant et intéressant.

 

Le Wat Tham Wattana Mongkon en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.095763, 101.607254
  • L’accès au temple est libre.
  • Comptez entre vingt et trente minutes pour vous imprégner des lieux et de leur atmosphère.

 

Ubon Ratchathani et la malédiction du musée Khmer

Comme un seul homme, les enfants se sont endormis au fond de la voiture, à l’issue de notre éprouvante séance de grillades. Quel dommage: nous arrivons justement dans la province d’Ubon Ratchathani, à proximité d’un nouveau temple Khmer. Tant pis pour eux! Nous les laissons dormir et nous relayons pour la visite. Le sanctuaire est de taille modeste. Ca ne sera pas très long.

 

Prasat Baan Ben

Prasat Baan Ben est un petit temple Khmer qui s’est laissé doucement glisser dans le monde contemporain, sans vraiment s’en rendre compte. Un jour, on lui a adjoint la caserne des pompiers du village. L’emplacement devait sembler pratique ou dégagé. Du coup, la police également s’est installée à côté. Et enfin, aussi, une sorte de bâtiment administratif central. Sans un regard pour cette agitation moderne, le sanctuaire est reste impassible, plein de prières et de pierres moussues.

Prasat Baan Ben

Il est si rare de visiter sans les enfants. J’ai grand plaisir à m’imprégner de la sérénité des lieux. Des arbres centenaires. Trois Prangs de briques, rendus vulnérables par le poids des ans, et qui commencent à pencher dangereusement. Des taches de cire jaune, coulures de cierges un jour déposés en offrande. Les bruits des insectes. Les mêmes qu’il y a mille ans. Les rais du soleil qui se faufile entre les feuilles et joue sur le robuste socle de latérite.

Prasat Baan Ben

Un roman à la main, je m’installe ici pour l’après-midi. Pour m’imprégner du lieu et de son odeur. Ecouter les murmures du temple. Idée fugace et irréaliste. Ils sont quatre à m’attendre dans la voiture. Entre les piles du sanctuaire, je laisse un peu de mon âme vagabonder encore.

La malédiction du musée d’art Khmer

A l’arrière, tout le monde dort encore profondément. Nous reprenons la route. Papa-Tout-Terrain en profite pour me montrer qu’il a trouvé sur le tableau de bord une fonctionnalité formidable pour discuter avec sa voiture: « Please, set temperature to 27 degrees« , articule-t-il fièrement. « Sorry » lui répond alors la voiture, « I cannot find anyone called John. » Effectivement la voiture parle, mais c’est un beau dialogue de sourds. Je ne suis pas très convaincue.

Nous atteignons Ubon Ratchathani, que nous devons visiter le lendemain. Tiens, voila justement le musée national de la ville! Il parait qu’il est d’une grande richesse. Petit détour pour vérifier les horaires d’ouverture, immédiatement suivi d’une déception cuisante. Demain, c’est mardi, et c’est fermé! Je crois qu’il existe une forme de malédiction du musée d’art Khmer dans notre famille. C’est bien simple, à chaque fois qu’on veut en découvrir un, il se débrouille pour être indisponible. Vacances, fermeture hebdomadaire, travaux… de Surin à Phimai en passant par Angkor, toutes les excuses y sont passées! Il doit bien y avoir un drôle de mystère là-dessous. Qui sait, c’est peut-être même un coup de Toutankhamon, revenu exprès parmi nous pour jouer avec mes nerfs. Bref, je m’égare. C’est la faute à pas de chance (ou plutôt à ma planification boiteuse), et c’est extrêmement agaçant.

La pagode du Wat Thung Si Mueang

Fautes de Khmer, nous visiterons du Bouddhiste: le Wat Thung Si Mueang. Si le temple n’a aucun intérêt (non… ne partez pas, revenez) c’est juste à côté qu’il faut regarder. Au centre du bassin carré à l’eau saumâtre se dresse une magnifique pagode de bois du début du XIXe siècle. Elle abrite une réplique du pied de Bouddha et surtout une bibliothèque, où sont conservés des manuscrits sacrés. L’édifice sur pilotis est conçu pour éviter que les termites ne s’attaquent aux rouleaux anciens. On accède au corps du bâtiment par un petit pont. L’intérieur est magnifiquement décoré de peintures traditionnelles d’époque.

Wat Thung Si Mueang

L’endroit est extraordinaire, mais malheureusement mal entretenu. Il est plein de crottes de pigeons. C’est assez déplaisant, vu qu’on doit le visiter pieds nus. A l’intérieur, ça sent le phoque. (Enfin le pigeon.) C’est très dommage. Malgré tout, le Wat Thung Si Mueang vaut largement le détour, d’autant qu’il ne subsiste aujourd’hui que très peu de ces pagodes, d’un style classique de l’Issan. Ne le manquez pas si vous passez dans la région!

Wat Thung Si Mueang

 

Où l’on se retrouve avec nos trois bambins sur un parking louche

La nuit tombe. Les estomacs de nos enfants crient famine. Cela les rend irritables. Et irritants. Je les nourris au compte goutte d’un « papier comestible », commercialisé comme snack. (C’est en réalité une sorte de pain azyme mais les enfants sont si heureux de pouvoir manger du papier que nous ne les détrompons pas.) Hélas, mes réserves commencent à baisser dangereusement.

Nous tournons sans succès dans le centre ville. Il faut dire que si les Thaïs mangent volontiers au restaurant le midi ou dans l’après-midi, ils se contentent souvent d’une collation légère le soir, à la maison. Du coup, l’offre en terme de restauration s’en ressent. Surtout dans les zones peu fréquentées des occidentaux.

Nous suivons un panneau qu’on ne comprend pas mais qui nous inspire confiance, et nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague pas net qui a l’air de servir de parking. C’est un peu notre dernière chance avant la soupe de nouilles lyophilisée. Un vieux borgne boiteux nous demande de l’argent d’un air rogue. Il nous montre trois mots vaguement manuscrits sur une boite de Camembert et qui indiquent des frais de garage. Ca me met direct de bonne humeur. On paie pour voir et on poursuit dans la direction du panneau.

 

Un excellent diner dans un cadre à couper le souffle

Du parking, un sentier descend jusqu’au Mun, le fleuve qui traverse Ubon Ratchathani. Il débouche sur un pont de bambou, qui nous mène sans encombre à une petite île, lovée dans ce bras de rivière. Et là, un restaurant, où l’on mange dans de petites cahutes individuelles, sur pilotis. En attendant les plats, Papa-Tout-Terrain et les deux grands laissent nonchalamment traîner leurs pieds dans le courant. Quelques instants plus tard, nous dégustons enfin un somptueux dîner de spécialités locales, avec clapotis de vaguelettes et coucher de soleil sur le fleuve mordoré.

Diner a Ubon Ratchathani

Le paiement de l’addition sera long et fastidieux, car nous peinons à nous faire comprendre. Le montant total nous paraît très bas, aussi vérifions-nous plat à plat que tout a bien été décompté. Un groupe de clients curieux vient se greffer à nos délibérations. Peut-être veulent-ils nous aider mais ce n’est pas certain, vu qu’ils parlent aussi mal anglais que nous thaï. Ils sont ravis en revanche de papoter avec nos enfants. Papa-Tout-Terrain et moi nous tordons de rire en entendant Petit-Un mener la conversation comme un grand: « You know, I am older than my brother. And you? » Déjà que le grand type en face n’y pipait pas grand chose… alors franchement c’est tout de même carrément salaud de lui poser des questions pourries comme ça!

Diner a Ubon Ratchathani

Le voyage des moines au parc de Khao Phra Wihan

Cette histoire a commencé en 1907, avec des mecs qui ne savaient pas dessiner correctement une frontière. Des Français en plus. Au niveau du temple Khmer de Khao Phra Wihan, pouf, le crayon a dévié un peu et en un clin d’œil, le magnifique sanctuaire thaï est devenu cambodgien. C’est un non-sens par rapport au relief, car la frontière est tout du long marquée par un grand précipice… sauf au niveau du temple, avec un bout de falaise presque impossible a atteindre depuis le bas, mais qui appartient au Cambodge

Vue du haut de la falaise de Thailande sur le Cambodge

Cela dit, les Thaïs ne sont pas bien réactifs. Ils n’ont réalisé le problème que dans les années 1930. (Je n’imagine même pas le savon qu’il a pris, celui qui a signé la carte sans la relire…) Depuis, les deux pays se chicanent et s’empoignent régulièrement à propos de ce bout de territoire. Il y une quinzaine d’années, ça s’était tassé un peu. Les Thaïs pouvaient enjamber la frontière et directement visiter le monument.

Et puis voila qu’à partir de 2008, les deux pays ont recommencé à s’envoyer des baffes. En réalité pour des raisons de stratégie politique intérieure. Ils ont refermé les frontières et mis des militaires partout, des deux côtés. L’année dernière, on avait eu la chance de visiter le sanctuaire de Prasat Ta Muen Thom, qui a un peu les mêmes soucis, mais qui est du côté thaï, lui. Le temple était magnifique. Nous y étions seuls. (Avec des militaires). Nous avions adoré. Mais nous n’avions pas pu voir Khao Phra Wihan.

 

Perdus dans le parc national de Khao Phra Wihan

Du coup, cette année, avec l’énergie du désespoir, j’ai fait des pieds et des mains, façon Shiva, pour essayer à nouveau d’intégrer ce sanctuaire à notre itinéraire. (C’est vraiment un temple majeur de l’art Khmer celui-là.) En vain. (En réalité c’est possible mais très compliqué, très long, et pas faisable avec trois enfants en bas âge.)

J’avais lu en revanche qu’on pouvait voir le temple, de loin, depuis le Parc National éponyme, mais côté thaï. Je m’étais dit pourquoi pas, mais sans grand enthousiasme. Par dépit pour ce temple qui ne se laissait pas visiter, j’avais d’ailleurs bâclé la préparation de la visite du parc. Je m’étais même dit qu’on n’irait sûrement pas. Mais c’était sans compter sur Papa-Tout-Terrain a drôlement insisté. (On est aussi irrécupérables l’un que l’autre…)

Khao Phra Wihan National Park

Bref, c’est seulement lorsqu’on est arrivés à l’entrée du parc que je réalise que je n’ai même pas une carte des lieux en anglais. Impossible de se repérer. D’autant que toutes les indications sont en thaï. Alors que je Googlise frénétiquement, Papa-Tout-Terrain avance au radar. Tiens! Un panneau. En thaï. On s’engouffre dans le chemin de terre. On bout de cinq-cents mètres, on atteint un camp militaire. Zut! On est en plein sur la frontière avec le Cambodge. Et effectivement, il y a des militaires partout. On fait demi-tour discretos.

 

La surprise de Prasat Don Tuan

On ne sait toujours pas où on est. On arrive à une grosse barrière rouge intimidante. Avec deux petits vieux en marcel qui la surveillent en fumant des clopes. C’est la frontière. On fait quoi? On fait demi-tour. Ooooh! Noooon! Regarde, un temple! Par mes aïeux, un temple khmer! Et on ne le savait même pas! On se gare. Les deux vieillards nous considèrent, étonnés. Puis nous font un petit coucou pacifique. Tout est bon! Nous plongeons avec délectation dans les ruines.

Le sanctuaire s’appelle Prasat Don Tuan et date des 10 et 11ème siècles. Vu la période, il devait être dédié à Shiva ou Vishnu, car le bouddhisme ne se diffusera dans la région qu’à partir de la fin du 12ème siècle. Nous pénétrons entre les colonnades de l’allée centrale. Il est rare que ces pans d’architecture soient encore debout. A l’origine, ces colonnes devaient être surplombées d’un toit de bois, qui protégeait les fidèles du soleil et des intempéries.

Prasat Don Tuan

Un petit autel bouddhiste a aujourd’hui pris place dans le Prang principal. Les colonnes quant à elles sont entourées de tissus sacrés issus de cultes païens. Comme en de nombreux lieux de Thaïlande, les religions sont complémentaires, bien plus qu’antagonistes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, on distingue une autre barrière, plus rouge encore que la première et plus imposante. Il s’agit du vrai poste frontière. Et il est gardé par un tas de vrais militaires bien fringants, cette fois-ci. Ils n’ont pas l’air d’avoir envie de rigoler. Nous ne nous en approcherons pas. Autant ne pas chercher les ennuis.

 

Une zone très militarisée

Je n’ai toujours pas trouvé de carte satisfaisante. Il est possible que puisque nous sommes dans une zone de conflit et pleine de soldats, personne n’ose vraiment se mouiller. Google Map nous dit d’ailleurs qu’on est au Cambodge, ce qui n’est pas de l’avis du poste frontière. Bref, nous continuons à avancer au pifomètre. Il n’y a finalement pas beaucoup de routes.

Nous longeons toujours le Cambodge et les cantonnements militaires des deux camps. Nous ne sommes pas spécialistes mais il nous semble qu’ils ont du beau matériel! De fil en aiguille, nous arrivons ainsi à l’autre extrémité du parc, celle d’où nous pourrons voir le fameux sanctuaire khmer de Khao Phra Wihan.

Le parking est plein. Il y a des jeeps, des camions, des chars d’assaut, des tanks, des blindés garés un peu partout. (Bon, en fait c’est plutôt des véhicules légers, pas des trucs pour le combat, mais c’est pour donner une idée. Je ne suis pas spécialiste, moi.) Une espèce de grande kermesse militaire est organisée, visiblement à l’ occasion de Songkran, le nouvel an Khmer. Tout est très carré: c’est des soldats, tout de même. Les recrues sont assises en rang d’oignon devant une estrade en treillis ou se tient un concert de pop. L’ambiance est bon enfant. D’ailleurs, la plupart des touristes qui viennent pour le temple s’arrêtent un peu pour écouter les chanteurs.

Concert pour militaires a Khao Phras Wihan National Park

 

En souvenir des événements dramatiques de 1979…

Nous partons finalement à la recherche de Khao Phra Wihan (qui s’appelle Preah Vihear pour les Cambodgien). On longe la falaise qui marque la frontière avec le pays voisin. L’à-pic fait frissonner. Justement, un moine qui passait par là enjambe la balustrade, sans doute pour mieux voir. Ou méditer. Ou pour l’adrénaline. Ce n’est pas très clair, mais il faut être un peu fou pour faire ça. Il y a à peine dix centimètres de pelouse sous ses pieds puis le vide sur des centaines de mètres. Un militaire en charge des premiers secours accourt avec une mallette pleine de pansements et lui demande de revenir du côté des vivants. Sage décision, car les pansements n’auraient guère eu d’effet en cas de chute.

La vue est magnifique. Malgré tout, elle prête plutôt à la mélancolie. Car ces si beaux paysages ont été le théâtre d’un massacre d’une grande violence, en 1979. Nous avons une pensée pour ceux dont le destin a été brisé, en une nuit, sur ces falaises.

Pour faire court, c’est l’époque où la guerre civile bat son plein au Cambodge, sous le sanglant régime des Khmers rouges. Des dizaines de milliers de Cambodgiens fuient leur pays et se refugient en Thaïlande. La Thaïlande de son côté ne souhaite pas accepter la pression de cet afflux de refugiés politiques. Ils en appellent à la communauté internationale, qui fait la sourde oreille. Une nuit, l’armée thaïlandaise réunit alors des milliers de refugiés dans un camp près de Khao Phra Wihan, et les pousse vers la falaise. On comptera plus de trois mille morts et sept mille disparus.

 

Une merveille bien dissimulée

Au terme d’une courte marche nous atteignons enfin l’observatoire qui doit nous permettre de découvrir Khao Phra Wihan. Papa-Tout-Terrain fronce les sourcils. Ca n’est pas possible. Ce n’est pas ici. D’ailleurs c’est simple, on n’y voit rien!

Eh bien oui, on ne voit rien du tout. Soyons parfaitement honnêtes: en cherchant bien, on distingue tout de même l’allée processionnelle qui s’étale en pente douce jusqu’à un bosquet touffu, où l’on devine quelques ruines. Non, nous ne verrons vraiment rien. Et nous n’aurons même pas le droit de prendre de photos, car la zone est militaire, donc classifiée.

(Un peu plus tard, quand on a vu tout le monde mitrailler sous l’œil paisible des militaires de garde, on a aussi fait notre photo, finalement. Bon, on est d’accord, hein, on ne voit strictement rien.)

Le sanctuaire de Khao Phras Wihan vu de Thailande

Un peu déçus, nous passons à l’étape suivante du site: deux Stupas, symboles d’abondance, au milieu de canons et de roquette vaguement recouverts de treillis. Bon, c’est des Stupas, quoi. Elles ont l’air d’avoir été récemment érigées. Nos deux grands sont ravis, en revanche, car ils ont trouvé un tronc à remplir de piécettes. Tout autour, les jeunes militaires du concert se sont égayés sur le site touristique. Nous voyant, ils se bousculent pour être pris en photos avec nos enfants. Ravis de jouer aux stars, les garçons lancent quelques mots de thaï, à la volée, qui arrachent des exclamations d’enthousiasme de la part des jeunes gens.

Les deux stupas de Khao Phra Wihan

 

L’épreuve

Vient ensuite le moment que j’appréhendais. Il s’agit de descendre un grand escalier à flanc de falaise. Mon vertige et moi-même avons des nausées rien qu’à l’apercevoir. Hélas, depuis le début, je sais bien qu’il me faudra passer par là: cet escalier mène à un bas-relief Khmer du XIe siècle, magnifiquement conservé, et qui fait la célébrité du parc. Mon amour des vieilles pierres me perdra…

L'escalier qui descend vers le bas-relief de Khao Phra Wihan

Papa-Tout-Terrain part en éclaireur. Il me confirme que c’est très à pic, mais bien protégé. C’est rare en Thaïlande. Dans l’idée, les gens d’ici estiment que si votre heure doit venir aujourd’hui, c’est que c’était votre heure, et rien de sert d’essayer de s’en prémunir. C’est très rassurant, hein? Cette forme de philosophie fatalisto-bouddhiste est commune à beaucoup de pays d’Asie. Elle explique en particulier pourquoi de nombreux conducteurs de deux-roues ne se donnent pas la peine de porter un casque.

Fermons cette parenthèse pour bien nous concentrer sur les escaliers. Je serre si fort la main de Petit-Deux qu’il proteste que je lui fais mal. Et quand il voit ma tête, il me dit finalement que je peux serrer plus fort. Pas facile de serrer, d’ailleurs, tellement j’ai les mains moites et glissantes. On arrive au bas-relief, qui est effectivement somptueux. A flanc de falaise, et protégé par un toit de rocher, il est resté tel qu’il y a dix siècles. Je me demande juste qui est le fou qui s’est dit qu’il allait faire sa petite sculpture ici. Il faut vraiment être détraqué pour avoir une idée comme ça.

Le bas-relief de Khao Phra Wihan

 

Moines et moinillons

On remonte. J’ai des sueurs et des palpitations. On m’assoit. Papa-Tout-Terrain me donne deux ou trois baffes et ça va déjà mieux. Je m’assois sur un bout de rocher. Un vieux monsieur s’assied à côté de moi et essaye de me faire la conversation mais j’ai des soucis de concentration. Tiens, un groupe de petits moines. Ils sont mignons. Le monsieur me demande d’où on vient. Encore des moines… Je lui dis et lui retourne la question… Il a l’air étonné parce qu’il est Thaï. Un autre groupe! Ca alors, c’est fou le nombre de moines. Le monsieur ne sait visiblement plus poser d’autres questions en anglais. Moi je suis plutôt contente parce que ça me permet de me concentrer sur mes esprits.

Les moines arrivent maintenant à la queue leu leu, et a une cadence soutenue. Non je ne délire pas, ce sont des vrais moines. Papa-Tout-Terrain, qui prenait des photos un peu plus loin revient en courant. Hors d’haleine il me souffle: « T’as vu, il y a des moines?! » Oui, je ne pouvais pas les louper. A bien regarder il s’agit pour la plupart de moinillons, enfants et novices. Comme c’est les grandes vacances pour la Thaïlande, il participent certainement à un stage religieux.

Moines et moinillons a Khao Phra Wihan

De retour au parking, nous ne compterons pas moins de quinze bus pour déplacer ces minis ouailles. Cette rencontre impromptue nous aura donné l’occasion de quelques belles photos… C’est fou comme ça contraste joliment bien, un moine, sur fond de forêt tropicale!

 

La scandaleuse omission

Au terme de la visite, nous reprenons le principe des questions aux enfants:
– Vous vous souvenez de l’escalier qu’on a descendu, à flanc de falaise? Qu’est ce qu’on a vu, en bas? »
          Grand silence…
– Eh bien, ce grand escalier… où Maman avait peur… Vous avez oublié?…
– Non non on se souvient bien!
– Eh bien, il y avait quoi en bas?
– Ben rien. Un trou?
– Mais non… qu’est ce qu’on a regardé?…
         Petit-Un se frappe la tête
– Ah oui! Je sais! Je me souviens! Il y avait des bols!… »

Effectivement, il y avait des bols à offrande pour mettre sa piécette aux Dieux Khmers… De questions en interrogations, nous découvrons finalement que comme deux idiots, nous avons tout simplement oublié d’indiquer aux garçons qu’il y avait des sculptures khmères… et qu’ils ne les ont pas remarquées! Bref, c’est bien la peine d’emmener ses enfants en vacances!…

Moines, moinillons et militaires a Khao Phra Wihan

Wat Pa Maha Chedi Kaew, le temple au million de bouteilles

On n’en était qu’au deuxième jour de nos vacances, et ça commençait déjà à devenir l’enfer. Les garçons râlaient en continu et en voulaient toujours plus. Ca déteignait même parfois sur le bébé qui se mettait à geindre de concert.

Le matin même, il avait fallu parlementer longuement pour extirper Petit-Deux de la voiture à Prasat Bhumpone. Il faisait trop chaud. Il était fatigué. Et il avait pas aimé le petit déjeuner. Du coup il était pas contre des bonbons et du chocolat. Et il prendrait bien l’Ipad aussi. Tant qu’à faire, il voulait s’assoir à l’avant dans la voiture et choisir la musique… On l’avait mi-convaincu, mi-extrait du véhicule en soupirant. Si ça continuait comme ca, elles allaient être longues, ces vacances tant attendues.

 

La double légende du Wat Pa Maha Chedi Kaew, le temple au million de bouteilles

Ca ne s’est pas vraiment amélioré quand nous avons visité le Wat Pa Maha Chedi Kaew. Il s’agit pourtant d’un endroit très amusant: c’est un temple intégralement construit en bouteilles! Un jour, ou plutôt une nuit, le chef de la communauté religieuse a fait un rêve. En lieu et place de son monastère, a vu un temple rutilant de mille feux. Un temple d’or et de diamants. A son réveil, il a décidé qu’il le bâtirait. Ne manquait que le budget. Mais hélas dans ce coin desséché de l’Isan, il ne serait facile de réunir les fonds nécessaires à la réalisation de la prophétie. Le pragmatique abbé eut alors une idée ingénieuse: c’est un temple de bouteilles, qu’il élèverait pour son monastère!

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

C’est là que ma science s’effondre. Je suis sûre d’avoir lu cette légende quelque part, mais Wikipedia propose une autre histoire. Ne sachant plus laquelle choisir, je vous mets les deux. Dans cette version alternative, les moines de la région, soucieux d’aider la population locale à une meilleure gestion de leurs déchets, auraient commencé à récolter des bouteilles de bière, dans le début des années 1980. En 1984, les voyant s’entasser sans fin, ils eurent l’idée originale de les sceller dans les murs de leur temple en construction.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Quoi qu’il en soit, le résultat est saisissant! Le lieu est familièrement surnommé « le temple au million de bouteilles ». Et effectivement, ça saute aux yeux! Il y a des bouteilles partout: sur les murs, au sol, au plafond, et même dans les éléments décoratifs de l’architecture… Mieux encore, s’il l’on regarde attentivement, on notera que les représentations religieuses et certaines colonnades proposent des motifs en incrustation de capsules de bouteilles!

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

 

Là où ça commence à ne plus aller…

Le soleil se reflète dans le verre poli et fait luire l’ensemble, dans une harmonie un peu irréelle. Tout autour, d’autres bâtiments du même style ont été construits autour de l’édifice principal. Les cellules des moines, les toilettes, les palissades, le crematorium et le parking sont aussi de bouteilles. Ce n’est pas fini d’ailleurs et il semble que d’autres constructions soient encore en projet.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Il fait trop chaud pour Petit-Deux qui refuse de marcher. C’est vrai qu’il fait vraiment très chaud. Je le mets dans le porte-garçon. (C’est un porte-bébé normal, mais Petit-Deux, qui n’est plus un bébé, se vexe comme un pou si on ne dit pas porte-garçon.) Petit-Un veut aussi aller en porte-garçon. J’ai plus de place. Négociations. Il est d’accord de marcher s’il peut prendre des photos avec mon Reflex. Ok. Petit-Deux veut faire des photos aussi. Transfert de l’appareil. Je prends un coup d’objectif sur la tête. Aïe. Il va falloir descendre si tu veux prendre les photos mon chéri. Roulage par terre. En plus juste devant un moine que je n’avais pas vu jusque là. Et qui médite en plus. Nouveau round de blâme silencieux et ça repart.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Franchement, nous sommes plutôt sympas comme parents. Nous sommes prêts à comprendre que les enfants ont leurs besoins, leurs envies, leurs centres d’intérêt, et leurs moments de fatigue. Nous les écoutons et adaptons nos journées en fonction. En revanche, quand les garçons nous annoncent qu’ils ont la ferme intention de nous embêter toutes les vacances jusqu’à avoir un Ipad entre les pognes et bouffer des snacks, là, il y a clairement un souci de discernement de leur part.

 

Là où l’humeur empire encore…

Nous faisons une mise au point très ferme. Et on repart donner à manger aux poissons du temple. (Nous ne sommes pas des bourreaux non plus.)

Une vieille dame qui garde les lieux a repéré que nous promenions un bébé. Elle fait quelques gouzi-gouzi à Miss-Trois, me traîne à l’intérieur du temple et nous allume spécialement un ventilateur. Les gens sont si gentils ici! Miss-Trois est ravie de pouvoir crapahuter à quatre pattes au fond de la zone de méditation. Elle distrait quelques fidèles de leurs prières, le temps d’un selfie de groupe.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Quelques pas plus loin, je vois les garçons lancer des granules aux poissons. Ils s’amusent beaucoup de ces grosses carpes, happant goulument cette nourriture providentielle. Instant de grâce.

La visite se termine. Pas si mal finalement. Je passe chaleureusement remercier la vieille dame de tout à l’heure. Elle insiste pour donner une bouteille d’eau aux enfants. Petit-Deux refuse. La dame insiste. Petit-Un l’envoie balader. Je prends la bouteille. « Dites merci les enfants. » Un silence abyssal me répond. Je ravale ma honte et essaye de sauver les meubles. Par chance Miss-Punk adore faire « les marionnettes » en ce moment. Deux frétillements de poignets et voilà la vieille dame aux anges. Je m’éclipse le plus vite possible avant une nouvelle catastrophe.

Wat Pa Maha Chedi Kaew - le temple au million de bouteilles

Petit-Un est déjà dans la voiture et hurle comme un putois pour avoir de l’eau. Pendant que j’attache Miss-Trois et que Papa-Tout-Terrain range la poussette, nouvelle clameur. Une belle celle-là! J’ai même cru qu’il y avait un blessé. Pas du tout. Petit-Deux s’est juste renversé de l’eau dessus. On serre les dents et on lui sort une serviette de plage. Une chose est sûre, ce temple se souviendra longtemps de nous. Et pas forcément en bien.

 

Au fond du trou

Rien ne s’arrange au restaurant. Les enfants ne veulent pas de riz. Ils ont beaucoup d’humour. Car dans la campagne thaïe, il ne sera pas facile de trouver autre chose. De toute façons, subjugués par la contrariété, ils n’auraient même pas été contents si on leur avait servi des ortolans. L’heure est grave. Conciliabule. Pour couper court à la morosité, on décide d’abréger le programme de l’après-midi. On va aller faire plouf dans la piscine de l’hôtel!

Hélas, même les éléments se liguent contre nous. Un énorme orage éclate et nous nous retrouvons bloqués dans la chambre. Frustrés, les garçons organisent des bêtises bruyantes et dérangeantes. Papa-Tout-Terrain remet ses chaussures. « Venez les garçons, on va faire un tour de voiture! »

Je n’arrive pas à savoir s’il est fâché. S’il est fâché contre l’ensemblier, contre les garçons ou même contre moi. Pouf en deux secondes je me retrouve seule dans la chambre avec Princesse-Punk, comme deux ronds-de-flanc. Zut, les jeux de bébé! Trop tard. La voiture déjà partie… les jeux avec. Je me retrouve un peu bête. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire…

Eh bien on a fait notre première sortie entre filles. Nous sommes allées manger une glace à la fraise. (Enfin c’est surtout moi qui ai mangé pendant que Miss-Trois me regardait.) Puis quand le soleil est revenu, nous sommes parties à la piscine. Près de deux heures plus tard, nos petits hommes nous rejoignaient… transformés.

Cette partie de l’histoire, je vous la raconte comme Papa-Tout-Terrain me l’a racontée, parce que je n’y étais pas…

 

… et les pendules se sont remises à l’heure!

Assis dans la voiture, les garçons ont continué à se plaindre et à faire les idiots. Papa-Tout-Terrain était très en colère, en fait. Contre eux. Il leur a brièvement fait la morale avant de leur dire qu’il ne voulait plus leur adresser la parole, sauf pour un échange constructif.

Ca n’a pas beaucoup affecté les garçons qui ont poursuivi leurs pitreries. Puis ils ont boudé. Papa-Tout-Terrain a roulé dans la campagne environnante (et pris de belles photos). Sur les chemins de terre, ça cahotait un peu. Dans le rétroviseur, il voyait la tête des enfants bouger au gré des trous du chemin. Ca ne fait pas très sérieux pour des mecs qui boudent et Papa-Tout-Terrain a ri intérieurement. Toujours sans leur adresser la parole.

Campagne de Sisaket

Au bout d’un moment tout de même, les enfants se sont inquiétés. « On va où, au fait? » Pas de réponse. Vent de panique à bord. « Il nous ramène à la maisooooon! » Pas de réponse. « Nooooon, on ne veut pas rester tout seuls à la maisooooon! » Toujours pas de réponse. « On veut rester en vacaaaaances avec vooooous!… » « On promet qu’on sera saaaaages… »

La deuxième leçon de morale a été constructive et fort bien écoutée. J’ai retrouvé des enfants changés. Les mêmes, mais en mieux. Les trucs habituels de politesse et de vie en société, bien sûr. Mais surtout, ils nous disent merci. Apres un beau site, après un petit cadeau imprévu, après un bon repas, en regardant un joli paysage ou à la fin d’un joli livre, ils nous disent merci. Merci d’avoir fait cet effort pour nous. Merci d’avoir voulu nous faire plaisir. Nous sommes rentrés depuis deux semaines, mais la magie opère toujours et cette belle attention est restée. Merci à Papa-Tout-Terrain pour cette belle leçon de vie. C’est précieux.

 

 

Un mot pour la fin…

J’ai longuement hésité à relater ces incidents. Car même relous, on les aime nos enfants. Si j’ai finalement fait le choix de ce texte (la partie « enfants », hein, parce que le temple je vous l’aurais servi de toutes façon), c’est aussi pour remettre à sa place le concept du voyage en famille avec de (charmants) bambins. Ayant leurs individualités propres, ils sont parfois adorables mais parfois de mauvais poil, souvent mignons mais épisodiquement impolis, exigeants ou tout simplement las. (Apres tout, à moi aussi ça m’arrive d’être d’une humeur de dogue…) Bref, ils restent avant tout des enfants. Et il faut bien faire avec, parce qu’on espère encore les traîner dans nos voyages pour ne nombreuses années!

Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

 

 

Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

 

Songkran, le Nouvel An Khmer à l’école

C’est les vacances! Nous fêtons le Nouvel An Khmer aujourd’hui. En Thaïlande, cette fête s’appelle Songkran.

Depuis plusieurs semaines, le pays est en ébullition. On baigne dans une ambiance sympathique et fiévreuse d’avant les grandes fêtes. La même que les semaines qui précédent le Nouvel An chinois, en Chine. Ou bien sûr, la période de l’Avent en Occident. Collectivement, chacun s’agite. On prépare ses vacances. On réserve ses billets pour les congés. Les supermarchés sont pleins et les chariots débordent de victuailles alléchantes. Les gens ont l’air plus pressé et plus content qu’à l’habitude. Le matin, la nounou a très envie de papoter. Elle me raconte sa belle-mère en vacances, sa famille, ses grands enfants…

(Je ne reprendrai pas ici toute les explications des festivités de Songkran. Vous pouvez les retrouver dans mon billet de l’année dernière sur le Nouvel An Thaï, et également lire les jolies batailles d’eau auxquelles nous avons assisté dans la province de Kalasin, après la visite du musée des dinosaures.)

Songkran a Kalasin

 

La grande transhumance

Coup de tonnerre cependant la semaine dernière. La législation a changé. Il est désormais interdit de charger plus de personnes dans les voitures qu’il n’y a de ceintures de sécurité. La police a immédiatement mis la loi en application et réellement sanctionné les contrevenants. Dans beaucoup de familles, c’était une catastrophe. C’est justement pour Songkran que l’on a besoin de déplacer tout le monde. Pour les raisons fiscales, les pick-ups coûtent beaucoup moins cher que les voitures de tourisme. Cette solution a donc été privilégiée de longue date par les Thaïs. On rajoute facilement quelques personnes dans l’habitacle… sans compter ceux qui seront transportés dans la benne du véhicule, pour les convois exceptionnels.

Departs pour Songkran

Source: Bangkok Post

Bref, c’était le branle-bas de combat. Notre nounou a passé des heures au téléphone avec ses copines pour trouver des solutions alternatives. Les autorités du pays ont bien suggéré de prendre des bus, mais la plupart des billets étaient déjà réservés et bien sûr, les prix se sont envolés. La décision du gouvernement peut sembler surprenante à la veille des plus importants congés du pays. Elle avait néanmoins pour objectif de limiter la mortalité routière, qui explose toujours sur cette période.

La population a cependant tant grondé que, deux jours plus tard, l’application de la mesure a été suspendue et reportée à après les fêtes. Même si les questions de sécurité routière subsistent, c’est plus humain ainsi. Car c’est naturellement les personnes les plus modestes qui auraient été le plus durement impactées par cette nouvelle loi.

 

Le Nouvel An Khmer et le deuil national

Cette année sera également particulière, en raison du deuil national qui affecte la Thaïlande depuis la disparition du Roi Bhumibol, en octobre dernier. Pour 2017, les manifestations trop bruyantes et trop voyantes doivent être annulées. Les autorités ont demandé à la population de se concentrer sur les rites plus traditionnels, comme les offrandes aux temples ou l’aspersion à l’eau. L’on verse d’abord de l’eau sur des figures bouddhistes, qui assureront la bonne fortune. Puis l’on asperge ses parents, ses proches, ses amis, pour les laver du mauvais sort. J’imagine qu’une plus grande retenue qu’à l’habitude sera de rigueur, mais l’on voit tout de même des pistolets à eau (enfin plutôt des bazookas à eau) en vente partout dans les commerces.

Cette année, même l’école a choisi l’annuler les activités festives du Nouvel An Khmer. C’est pourtant un moment que les élèves attendent avec impatience, pour pouvoir arroser leurs professeurs. Un an après, Petit-Un n’en est d’ailleurs toujours pas revenu. Il me raconte souvent, un peu penaud, mais avec une satisfaction non dissimulée: « Tu te rends compte. J’ai jeté de l’eau sur Miss Ann! »

Cette année, les réjouissances sont remplacées par une « Songkran Assembly », avec hymne national et hommages au feu Roi. C’est normal, eu égard au contexte. Pour ne pas priver les plus jeunes, les professeurs de maternelle ont malgré tout eu l’idée d’organiser un « Color Run » et des jeux d’eau, suivi d’un buffet convivial avec les parents.

 

Le Color Run

Jusqu’à ce jour, je n’avais aucune idée de ce qu’était un « Color Run », mais je vois que même Paris en organise, alors vous êtes sûrement mieux renseignés que moi. Le concept est de faire courir les participants et de les recouvrir de poudres colorées au fil du parcours.

L’idée est très bien vue. Le « Color Run » est une activité indépendante de Songkran, et l’événement a été organisé un peu avant la date de la fête pour éviter toute confusion. Mais en même temps, les poudres de couleur jouent un rôle central dans le Nouvel An Khmer. Elles symbolisent le renouveau et la joie des festivités. Et elles peuvent également être pulvérisées sur les parents et les proches, en guise de bonne fortune.

Les Mamans volontaires avaient été conviées à se joindre au groupe, pour aider à lancer les couleurs sur les enfants. J’en étais. Les maîtresses avaient préparé et mixé des kilos de poudres colorées, balisé le parcours, et globalement très bien organisé l’événement.

J’étais en charge du stand « purple ». Violet, quoi. Je devais le tenir avec une nounou du voisinage que je connais bien, car elle vient souvent à la maison. C’est une dame joviale et un peu excentrique qui ne me croise jamais sans me dire que j’ai de gros seins. Tout de suite j’adore et ça me met à l’aise. Ca n’a d’ailleurs pas manqué. Elle m’a dit bonjour et que j’avais de gros seins. Sur ces bonnes bases on a commencé à lancer la poudre. J’étais très détendue.

 

Bonne année et beaucoup de bonheur!

Très vite des dizaines d’enfants sont arrivés ventre à terre. Il fallait bien viser. Assez bas pour qu’ils n’inhalent pas de poussières, et assez haut pour colorer leur tee-shirt. Petit-Un et Petit-Deux étaient très contents de me voir. Ils se sont bien défendus à la course. Car bien qu’il n’y ait pas eu de chronomètre, j’ai été surprise par l’esprit de compétition des enfants, qui tenaient un classement précis des ordres d’arrivée.

Apres le Color Run

Entre les enfants, ma co-lanceuse et moi-même avons essayé de papoter, sans grand succès, faute de langue commune. Du coup j’ai fait mine de l’empoudrer, histoire de tâter le terrain. Ca lui a beaucoup plu et elle m’a répondu d’un grand nuage violet. Elle m’a souhaité une bonne année et beaucoup de bonheur. Et m’a demandé si je voulais bien faire de même. Et puis on s’est encore jeté de la poudre, pour plus de sûreté niveau bonheur et un peu pour le plaisir, aussi.

Apres le Color Run

La course a tellement amusé les enfants qu’ils ont refait la boucle trois fois. Des grands de collège, venus les encourager, on également couru. Ca file drôlement vite, à cet âge là, et c’est très difficile de les avoir! Il y en a même un qui a sauté un buisson (le lâche), pour parvenir à m’échapper! A ce moment là, j’ai d’ailleurs appris à mes dépens qu’il ne fallait surtout pas jeter de poudre en courant, dans le dos de quelqu’un qui court… tout m’est revenu directement dans les yeux! (J’aurais pu réfléchir avant, aussi.)

 

Des festivités très réussies!

Quand la maîtresse a frappé dans ses mains pour réunir le groupe, j’étais en sueur. Et aussi rouge et colorée que les élèves. Ca a beaucoup amusé les Mamans japonaises, qui au terme de la même activité n’avaient pas un cheveu qui dépassait, et pas un grain de poudre sur les habits. Je ne sais même pas comment elles ont fait. Les Mamans japonaises sont vraiment extraordinaires.

Petit-Un et les jeux d'eau

Des activités de jeux d’eau ont suivi. On pouvait faire des bulles, délivrer des dinosaures emprisonnés dans des glaçons, jouer avec des éponges, de la mousse et des bassins d’eau colorée. Les enfants étaient fous de joie. Petit-Deux m’a fait promettre d’organiser à nouveau ces activités à la maison.

Petit-Deux apres les jeux d'eau

A ce moment là, une petite dame thaïe que je ne connaissais pas s’est approchée timidement de moi. Je pense que c’était une femme de ménage de l’école. Elle m’a jeté de la poudre dessus, m’a souhaité du bonheur pour la nouvelle année, puis j’ai fait de même. Ca avait l’air de lui tenir à cœur et elle a semblé ravie. Je n’imaginais pas du tout que ce lancer de poudres colorées pouvait avoir une signification si forte pour les Thaïs.

La journée s’est conclue par un buffet sympathique, préparé par les parents, avec des spécialités de leurs pays d’origine. J’en étais rendue aux kimbap, des sortes de makis coréens, quand Petit-Un me tire par la manche d’un air mysterieux: « Maman, Maman, je crois que j’ai trouvé un squelette dans mon poulet! » Il y avait bien un os, effectivement.

 

Nous vous souhaitons à tous de très joyeuses fêtes de Songkran!

 

 

Belle grimpette dans le parc national de Khao Laem Ya

Dimanche matin, 6h25. Les enfants arrivent pêle-mêle dans la chambre. « Ca y est, il fait soleil. » (Il fait soleil presque tout le temps chez nous, mais il est interdit de se lever la nuit, quand on ne voit pas le soleil.) « Venez voir, le coq est sur la fenêtre! » On a effectivement un nouveau copain à la maison. Un coq errant qui nous a adoptés. Un jour, la nounou a vu des jardiniers essayer de l’attraper pour le manger, ça lui a fait mal au cœur, alors elle a dit que c’était mon coq et qu’il fallait le laisser tranquille. Depuis on lui donne à manger et il passe souvent nous faire coucou. D’après la nounou, il vient là pour se « relaxer ». On voit bien qu’il ne connaît pas encore vraiment nos enfants!

1 - Notre coq

Côtoyer des animaux variés est l’un des plaisirs de notre vie au vert. Après notre copine la chouette, et les tas de bestioles plus ou moins sympatiques du voisinage, nous avons récemment trouvé une ruche sauvage, près de la maison. Les jardiniers ont dit qu’ils allaient pulvériser des produits chimiques pour nous en débarrasser et j’ai dit non. On ne va pas tuer des abeilles, quand même.

2 - Notre ruche sauvage

Cet épisode a été l’occasion d’échanges très intéressants avec les enfants sur le rôle des abeilles dans la nature et sur le déclin de la population d’abeilles. A l’école aussi ils en ont parlé. Ils y ont également évoqué les espèces en voie d’extinction et même acheté des bracelets « Extinction is forever » (=L’extinction, c’est définitif) au profit d’une association de défense des animaux.

 

Le Parc National de Khao Laem Ya

Bref, il est 6h35 et les enfants n’ont pas l’intention de nous laisser feignasser. Grand merci le coq! Heureusement, Papa Tout-Terrain a trouvé une nouvelle idée de balade: le Parc National de Khao Laem Ya.

Khao Laem Ya National Park

Ce parc naturel couvre la magnifique île de Koh Samet, mais se prolonge également sur la côte opposée, côté continent. On peut y parcourir une très jolie promenade en bord de mer, sur des formations géologiques admirablement découpées et colorées. Le chemin alterne entre falaise et petits ponts de bois, pour enjamber les failles et les replis de la roche. Les enfants s’en donnent a cœur joie! On grimpe, saute, s’accroche, enjambe. La nature est un terrain de jeu formidable!

Khao Laem Ya National Park

La balade ne fait que cinq-cents mètres, mais c’est parfait pour des petits! On prend son temps, on ramasse des galets, on profite du paysage.

La roche d’origine est tout en nuances orangées. Mais près de la mer, la rive est plus sombre. C’est le vestige d’une marée noire qui a malheureusement souillé la côte en 2013.

 

Des points de vue extraordinaires

On arrive au bout du chemin, sur une sorte de péninsule qui propose un point de vue admirable sur le large.

Khao Laem Ya National Park

Papa-Tout-Terrain est un bon photographe de l’extrême. Sur les photos, notre excursion semble dangereuse et vertigineuse. Pourtant, même s’il faut toujours rester prudent avec les enfants, je ne nous ai jamais sentis en danger. La roche salée accroche bien aux chaussures. Le sol est stable. On se promène agréablement dans les falaises sans risque de s’approcher trop vite d’à-pics dangereux. Les garçons ont pu se promener de façon autonome, dans la mesure où ils restaient dans notre champ de vision. Et même Miss-Trois s’est essayée au quatre-pattes sur les rochers!

Khao Laem Ya National Park

Partout sur la falaise, des promeneurs ont dressé de petits monticules de cailloux, à la signification religieuse. Pour les bouddhistes, c’est une façon de montrer leur piété envers les textes sacrés de leur religion. Mais cette pratique a aussi des accents animistes. En Thaïlande, nombreux sont ceux qui croient que les pierres, tout comme les arbres, possèdent une âme. Ces petits tas de cailloux sont ainsi des offrandes aux esprits de la nature, qui à leur tour accorderont protection et bonheur au pèlerin.

Khao Laem Ya National Park

Un peu plus loin, les garçons ont trouvé un trou d’eau, dans lequel ils s’amusent à lancer des cailloux. Petit-Deux avise soudain un crabe mort. Il jubile: « Papa, Maman, venez voir! Extinction is forever! »

 

La balade nous a tous énormément séduits. C’est un vrai joli coin, facile d’accès et agréable à la promenade. A ne pas louper, si l’on passe dans la région!

 

Khao Laem Ya National Park en pratique

  • Coordonnées GPS: 12.591019, 101.417838
  • Prix d’entrée pour les étrangers: 200 THB pour les adultes et 100 THB pour les enfants. (Pour les Thaïs, 40 THB pour les adultes et 20 THB pour les enfants.)
  • Ouverture en journée.
  • Si l’on arrive dans les premiers, on peut se garer dans la partie basse du parc, à proximité du départ de la balade. Quand le parking en contrebas est plein, les rangers retiennent les véhicules sur un parking situé en retrait, et plus en hauteur. Il faut alors parcourir deux cent mètres de côte goudronnée et sans intérêt, avant et après la balade. Si l’on a la chance d’avoir des enfants pour se réveiller tôt, mieux vaut donc arriver sur le site aux premières heures!
  • On accède à la deuxième partie du parc naturel, sur Koh Samet, via la jetée d’embarquement de Ban Phe.

 

 

 

La tournée des temples

Pour les élections législatives de 1993, ma mère avait été en charge de contrôler des bureaux de vote. (En France, bien sur.) Elle avait pris sous le bras toute la famille et nous avions navigué de villes en villages. Nous débarquions sur la place principale. D’un côté, il y avait la mairie pour ma mère, tandis qu’avec mon père et les frangins, nous allions divaguer dans l’église. J’avais trouvé cette épopée très amusante!

Du coup, alors que nous manquons d’imagination pour notre sortie dominicale, c’est tout naturellement qu’une variante à cette flânerie s’impose: nous allons faire la tournée des temples! Les temples, en soi, réservent souvent de bonnes surprises. Mais ce sera également l’occasion de découvrir des coins perdus de la campagne thaïlandaise auxquels nous ne penserions pas forcement.

On tente le coup sur Google Map. On tape « wat » (qui veut donc dire « temple » en thaï). Miracle et bingo! La carte se constelle de petits points rouges. Il y a des temples partout! En voiture!

Au terme de la journée, nous aurons découvert seize temples et pris trois-cent-une photos. Je ne peux pas vous imposer ça. Du coup, c’est déchirant mais j’ai choisi une photo par temple, pour vous brosser à l’impressionniste un tableau de notre journée, de ses anecdotes et de nos ressentis.

 

1 – Bouddhas de Wat Wang Thong Charoentham

Wat Wang Thong Charoenthom - Temple de Thaïlande

Un petit chien prend le frais au pied d’un bouddha. Les animaux ne dérangent pas dans les temples. Ils y côtoient paisiblement les humains en prière, et sont souvent nourris par les passants et les moines. De toute façon, c’est l’une des bases de la religion: un bouddhiste ne ferait pas de mal à une mouche.

 

2 – Moine pèlerin de Wat Ton Krarok

Wat Ton Krarok - Bouddha pelerin - Temple de Thaïlande

On retrouve cette figure de moine pèlerin à l’entrée de presque tous les édifices religieux. Il fait référence aux pèlerinages bouddhistes et à la tradition d’accueil des voyageurs de passage, dans les temples et les monastères.

Des collègues m’ont expliqué que lorsqu’ils se déplacent en Thaïlande, ils ne s’arrêtent pas à l’hôtel le soir, mais dorment dans des temples, sur des nattes qu’ils apportent. Ils m’ont encouragée à faire de même mais avec trois enfants bruyants et nos têtes d’étrangers, je crois que nous en étonnerions plus d’un!

 

3 – Chedi de Wat Tham Pathum

Wat Tham Pathun - Temple de Thaïlande

En arrivant au Wat Tham Pathum, Miss-Trois hurle sa fatigue dans l’habitacle pendant que Petit-Un chante à tue-tête une berceuse de Mozart. (Personne ne sait aussi bien apaiser Miss-Trois que son frère ainé.) On n’a encore vu que deux temples et ça commence mal. Nous hésitons à rentrer à la maison.

Pour se donner une idée, nous parcourons d’abord les lieux en voiture. C’est grand, et un peu communiste dans l’architecture, à l’image du Chedi principal. Nous cherchons en vain une grotte, censée faire la réputation des lieux. Nous nous engouffrons sur un chemin de terre et y croisons un vénérable pick-up à l’arrêt. A l’arrière, une très vieille dame en train de tricoter en regardant sa série préférée sur un Ipad dernier cri. Elle nous considère avec beaucoup d’étonnement. Peut-être détonnons-nous encore plus qu’elle? Au bout du chemin, nous tombons par hasard sur les cellules des moines, blotties dans une épaisse forêt de bambous. C’est beau, vert sombre et calme. Nous manquons d’enliser la voiture et repartons sur la pointe des pieds. Pardon aux moines d’être venus faire du bruit dans leur retraite… le fléchage était en thaï…

 

4 – Bouddha en construction du Wat Khao Mai Kaeo

Wat Khao Mai Kaeo - Temple de Thaïlande

Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons beaucoup de charme au Wat Khao Mai Kaeo, dont la façade est agrémentée d’un joli bassin couvert de lotus en fleur. De ces lieux, j’ai malgré tout choisi de retenir cette grande figure de bouddha en construction. C’est amusant et émouvant de voir l’envers du décor, la statue tout juste bétonnée mais pas encore sacrée, le matériel derrière la foi… Et il est marrant, aussi, cet ouvrier, à bétonner tout seul l’oreille de Bouddha, pendant que son copain joue à Angry Bird!

5 – Le gong du Wat Khao Tabaek

Wat Khao Tabaek - Temple de Thaïlande

Le démarrage ayant été poussif, il est presque l’heure du déjeuner… Fidèles à nos habitudes, on se dit qu’un tout petit dernier temple avant le repas ne saurait faire de mal… Presque une heure de marche plus tard, nous atteignons enfin le Wat Khaoo Tabaek, blotti au sommet d’une colline, au milieu des bambous verdoyants et de lianes crochues. Il surplombe une vallée industrielle, paradoxalement belle. Les enfants ont grimpé de façon méritoire. Leur fatigue est pourtant bien vite oubliée quand ils ont l’autorisation de frapper trois coups sur le gong qui porte chance.

6 – Wat Noen Tong… et la gare…

Wat Noen Tong - Temple de Thaïlande

Pas de discrimination avons-nous décidé. Nous faisons donc le détour par le Wat Noen Tong, d’apparence très banale. Étonnamment, il semble avoir anciennement abrité une gare, comme en témoigne une grande photo à l’entrée. Voici qui n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle. Petit-Deux, presque aussi friand de trains que de métros et d’ascenseurs veut absolument trouver une locomotive. Nous cherchons partout. En vain. Nous nous résolvons à partir quand on entend un gémissement suraigu du fond de la voiture. « C’est vraiment pas juste. Vous ne m’avez pas laissé assez de temps pour trouver les rails. Je suis sûr qu’ils étaient quelque part, et qu’il y avait plein de trains partout, aussi! »

7 – Le Bouddha géant du Wat Hupbon Wanaram

Wat Hupbon Wanaram - Temple de Thaïlande

Un peu plus loin, sur une petite route de village, un énorme Bouddha assis nous interpelle. Ces débauches de gigantisme au milieu de la campagne ne cessent de nous étonner. Sur un fond de musique pop, un moine nonchalant essaye d’attirer les fidèles et donateurs. Mais tout est désert, à l’exception de quelques jeunes qui font pétarader leurs mobylettes sous l’œil placide d’un chien errant.

8 – Le grand ménage de Wat Khao Hin Lat

Wat Khao Hin Lat

Nous assistons à une scène amusante dans ce temple presque désert. Dans le calme paisible, surgit soudain, en trombe, un pick-up rempli de commères locales et loquaces, de leurs seaux et de leurs balais. Sans s’arrêter de rire et de papoter, comme un seul homme, elles descendent du véhicule pour s’engouffrer dans les cellules des moines, et y faire le ménage! Voir arriver un tel équipage doit être drôlement effrayant pour un saint homme!

 

9 – L’ancien et le nouveau temple de Wat Rat Rueansak

Wat Rat Rueansak

Les temples sont riches en Thaïlande. Les donations des fidèles leur permettent de sans cesse construire et reconstruire. Le petit temple de gauche est l’ancien. Sa forme et ses motifs sont clairement désuets, même s’il n’a sans doute pas vingt ans. On lui a adjoint un nouvel édifice, à droite, toujours en construction. D’un blanc étincelant, très découpé et décoré d’éléments brillants, il reflète l’opulence de ses donateurs, dont les noms sont détaillés sur des panneaux officiels, avec en regard, les montants des offrandes.

 

10 – La double colonnade Wat Duean Phen

Wat Duean Phen

Nous avons roulé dix minutes sur un chemin de terre ocre pour parvenir au Wat Duean Phen. Pas étonnant du coup qu’il soit désert et fermé. Il nous apparait néanmoins unique de par son style hellénistique à double colonnade.

Les enfants commencent à râler. Ca fait beaucoup de temples, quand même! Pour faire diversion, nous organisons le jeu du cri des animaux.

  • Qu’est ce qu’il fait le chat? « Miaou!« 
  • Qu’est-ce qu’elle fait la vache? « Moo! » (Bon, on a une vache américaine dans la voiture.)
  • Qu’est ce qu’il fait le gecko? « Whiiiii! » (On s’adapte avec les animaux locaux… Ca doit être la nounou qui a enseigne ç Moi j’entends rarement les geckos crier mais bon.)
  • Qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » Quoi, qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » On ne sait pas trop d’où venait ce chien, mais il avait du manger un truc pas net, quand même!

 

11 – Wat Kuntheethan, sa locomotive et son hélicoptère

Wat Kuntheethan

Le Wat Kuntheethan a remis tout le monde de bonne humeur! « Papa, Maman, regardez, il y a même un hélicoptère! » Nous n’avons trouvé aucune raison rationnelle à la présence de ces figures colorées au milieu de la cour du temple. Il est vraisemblable qu’elles ne soient là que pour le plaisir des yeux. Les lieux de rassemblement en Thaïlande sont truffés d’une statuaire variée et joyeusement incohérente, pour la simple excitation de l’Instragrammeur (et surtout de l’Instagrammeuse). Mes collègues en raffolent, d’ailleurs et ne cessent d’en polluer mes réseaux sociaux!

12 – Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

J’ai peut-être l’esprit tordu, mais cette photo m’évoque la maison du film Psychose d’Hitchcock. Je la trouve effrayante au possible, sur fond de ciel orageux. Quoi qu’il en soit, il règne un climat étrange en ces lieux, car ce temple n’en n’est pas vraiment un. Il n’est pas terminé et vraisemblablement pas consacré. Des herbes folles poussent sur le toit. Pas de Bouddha ni de décoration à l’intérieur: les salles sont envahies de poussière et d’herbes folles. C’est un temple fantôme.

 

13 – Grand nettoyage au Wat Bueng Bunyaritthayaram

Wat Bueng Bunyaritthayaram

On avance dans la journée. Il commence à faire moins chaud et les moines sortent pour les menus travaux d’entretien de leur temple. Au Wat Bueng Bunyaritthayaram, un moine accompagné de deux jeunes novices nettoie la façade au tuyau d’arrosage.

 

14 – Grandiose Wat Charoentham

Wat Charoentham

Au Wat Choroentham, c’est aussi l’heure où les moines sortent balayer. Quel étonnant contraste entre l’existence simple des religieux et la richesse des lieux. Les bâtiments, principalement bouddhistes mais teintés d’hindouisme, sont majestueux et presque arrogants. Il est temps de rentrer malgré tout. Petit-Deux traîne la patte et refuse d’avancer. Petit-Un fait des singeries et compte en chinois sur des mouvements de Kung Fu. L’orage gronde et le ciel lâche de grosses gouttes.

 

15 – Wat Chong Mafueng et son arbre en fleur

Wat Chong Mafueng

Un tout petit joli temple sur la route du retour. On ne va pas l’ignorer. (Pas de discrimination!) J’aime le contraste entre son arbre fleuri de rose et les caveaux funéraires qui en bordent l’enceinte.

 

16 – Le der des der… Maha Chedi Moei si Burapha

Maha Chedi Moei si Burapha

Incorrigibles c’est le mot. On a encore vu un temple fléché. On a dit non, ca sera pour la prochaine fois, tout le monde est fatigué. (un silence.) « Rhooo… Mais t’as vu, il est énorme ce chedi, non? » « Et puis sa forme n’est pas courante… Tu crois que le détour est grand? » « Boh, on essaye de se rapprocher en voiture juste pour voir? » « Oui, attends, je donne un Ipad aux enfants ca nous gagnera dix minutes… » « Ca n’a pas l’air si grand finalement, on peut toujours jeter un tout petit coup d’œil… » « Oui, parce qu’on n’est pas sûrs de le retrouver la prochaine fois… » « Et ca serait dommage de le louper en étant passé si près… »

… bref, on a vu un dernier temple.

 

 

Grottes sacrées du nord de Rayong

Pour motiver les enfants, on leur a dit qu’on allait visiter les grottes de La Chasse à l’Ours. On ne les a pas motivés du tout, en fait. On leur a fait super peur et ils voulaient rentrer à la maison. Il a fallu tout reprendre depuis le début. On a bien expliqué qu’il n’y avait pas d’ours en Thaïlande. (Internet m’a par la suite révélé le contraire, mais j’ai menti en toute bonne foi.) Que les ours vivaient aux Etats-Unis et au Canada. Mais que la Thaïlande avait de très belles grottes et qu’il serait dommage de louper ça!

1 - Nord de la Province de Rayong

Résultat des courses, les enfants veulent maintenant visiter les Etats-Unis et le Canada.

 

Grottes sacrées de Thailande

Nous sommes au nord est de la province de Chonburi, une région peu courue des touristes. Nous ne croiserons d’ailleurs absolument personne sur ces sites, en dehors d’une poignée de moines résidents, d’une meute de singes et de quelques hirondelles.

2 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

La Thaïlande compte plus de cinq milles grottes répertoriées, mais on estime qu’il en existe au moins le triple. Les grottes sont considérées comme des lieux sacrés par les bouddhistes. Des temples sont fréquemment érigés aux alentours, et il n’est pas rare de trouver autels et offrandes dans les cavités du rocher, pour apaiser les esprits des lieux.

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Comme il est d’usage de le faire avec certains arbres sacrés et vénérables, des stalactites ont été entourées de guirlandes, de tissus colorés et couvertes à la feuille d’or par les pèlerins qui s’y recueillent. Le bouddhisme thaïlandais porte souvent en lui des accents d’animisme et de paganisme archaïques que je trouve très touchants.

3 - Stalactite sacree de la grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain profite de l’occasion pour organiser une petite leçon sur les stalacTites et les stalagMites. Celles qui Tombent et celles qui Montent. Petit-Un est captivé. Le cours magistral est suivi d’une interrogation orale: « Alors, qu’est-ce que ca fait une stalagMite? »… « Euh… Ca fait des cailloux! » Ca n’est pas si faux.

4 - Stalactite ou stalagmite...

Nous sommes au cœur de la jungle tropicale. La végétation luxuriante ne parvient pas à atténuer la touffeur des lieux. Des ombres noires volettent de-ci de-là, et profitent de la fraîcheur relative des cavités. Nous les prenons d’abord pour des chauves-souris, avant d’identifier des hirondelles. Sans doute sont-elles de passage, car nous sommes en pleine saison des migrations.

5 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Papa-Tout-Terrain avise une énorme stalactite qui s’est détachée de la paroi. Il l’escalade avec les deux garçons.

6 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

Le rocher est gigantesque et a dû faire un bruit du tonnerre au moment de sa chute. Il y avait peut-être des dinosaures dans le coin, ce jour là. (Oui, il y a eu des dinosaures en Thaïlande. Et même des très gros.) On se sent tout petit, en perspective.

7 - La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

De l’autre cote de la route, le temple de Khao Hat Yot respire le calme et la sérénité, tapi contre une montagne qui semble presque menaçante. Les lieux sont déserts, à l’exception de quelques moines en train de déjeuner. On a vraiment l’impression d’être en dehors du monde, en ces lieux. La sensation est très étonnante.

8 - Wat Khao Ha Yot

 

La grotte de Khao Cha-Ang Ha Yot

  • Coordonnées GPS: 13.161505, 101.597503
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • La grotte est très facile d’accès. Il y a un parking en contrebas. Il suffit de franchir un petit pont puis de grimper une trentaine de marches pour accéder aux premiers autels dans la roche. Munissez-vous de bonnes chaussures car le sol peut être glissant.

 

En deuxième étape, Papa-Tout-Terrain a repéré de belles grottes dans la montagne Cha-Ang. C’est affreusement mal indiqué en anglais comme en thaï. On les trouve en divers endroits sur les cartes, surtout là où elles ne sont pas. Bref, nous tournons beaucoup en rond, avant de tomber sur un joli monastère, dont les cellules des moines sont charmantes, bien que très modestes.

9 - Cellules des moines bouddhistes

Les moines aussi sont charmants. Ils expliquent des tas de trucs à Papa-Tout-Terrain qui ne comprend rien, sauf qu’on n’est pas au bon endroit.

Pendant ce temps là, j’ai droit à mon heure de gloire devant une famille locale ébahie. Miss-Trois sur la hanche, les fesses en l’air, la tête en bas, je me bats pour réparer le désastre qu’a fait Petit-Deux en mangeant un onigini (un sushi triangulaire) dans la voiture. Alors que je reprends avec dignité ma place de copilote, sous les éclats de rires joyeux, Papa-Tout-Terrain me suggère de demander notre route à ces autochtones hilares. « Je crois qu’ils t’aiment bien… » « Ca va pas la tête! »

Guidés par le hasard, nous reprenons vers le nord, tombons sur un autre temple, en traversons l’enceinte et arrivons au pied d’un escalier immense qui conduit à un autel dans le rocher. Nous tentons notre chance et découvrons deux vastes grottes cachées dans les plis de la paroi. C’est justement ce qu’on cherchait!

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

Nous pénétrons dans les deux cathédrales communicantes. Hélas, les moines ont un peu bétonné et électrifié ce magnifique cadre, pour donner socles et éclairages à leurs statues de Bouddha. Ils ont même installé un gros ventilateur rouillé en plein milieu, pour des raisons pratiques évidentes.

10 - La grottes de Wat Khao Cha-Ang

Bref, en plus d’une mauvaise luminosité, j’ai toutes les peines du monde à faire une photo correcte des lieux, qui sont néanmoins très jolis. Là où le regard arrive à faire abstraction de quelques éléments moches, j’ai l’impression de les voir énormes et clignotants au milieu de mes photos.

Un peu plus loin, les enfants découvrent des cloches sacrées sur lesquelles ils s’empressent de frapper les trois coups qui doivent leur porter chance.

11 - Cloches sacrees dans la grottes de Wat Khao Cha-Ang

(Ce n’est pas forcément évident sur la photo, mais Petit-Deux tape bien sur une cloche et non sur son frère.)

12 - Singes autour de la grottes de Wat Khao Cha-Ang

De retour à la voiture, nous y repérons un singe en train de bronzer tranquillement sur le capot. Ou de faire la sieste. En regardant plus attentivement, nous lui trouvons vite des tas de copains. Comme en de nombreux temples, une horde de singes peuple le Wat Khao Cha-Ang. Considérés comme des animaux sacrés, ils y sont nourris par les fidèles et les moines.

 

La grotte de Wat Khao Cha-Ang

  • Coordonnées GPS: 13.199996, 101.581785
  • L’entrée est libre: pas de tickets ni d’horaires d’ouverture. Les lieux sont à visiter en journée.
  • On accède a la grotte par un escalier a pic que l’on découvre après avoir traverse l’ensemble du complexe du temple. Il y a cinq minutes d’ascension pour arriver aux grottes.