Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

 

 

Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

 

Khao Chamao et les p´tites jambes – Rayong

C’est dans le parc naturel de Khao Chamao que nous poursuivons le premier week-end « découverte » de Miss-Trois, notre petite dernière de douze jours tout juste.

Apres une première journée aux accents historiques et militaires, nous avions opté pour une fin de week-end orientée « nature ». Nous dormirons dans un bungalow de bois sombre, près de l’entrée du parc de Khao Chamao. De nos fenêtres, nous y observerons pousser des salades. Nous y téterons en écoutant les petits oiseaux. Et entre deux parties de ballon, les garçons feront ami-ami avec un énorme matou flegmatique, avant d’entamer une collection d’escargots.

 

L’incident

C’est le petit matin. Papa-Tout-Terrain a bouclé les valises dans le calme et la sérénité. Nous sommes prêts à partir en balade.

Notre Bungalow pres de Khao Chamao

On entend soudain un long hurlement animal. C’est Petit-Un. Entre deux râles, il s’obstine à essayer d’assommer son frère. Les deux protagonistes sont immédiatement retenus par le collet, séparés, puis ficelés dans leurs sièges auto. Ils ne bougeront plus. Il est urgent de trouver de quoi dépenser leur énergie. Nous partons. En route, nous menons l’enquête. Il s’avère que Petit-Deux a mordu le dos de son aîné pour une histoire un peu confuse d’escargots.

« Il ne faut jamais mordre son frère quand on est en colère! » On lui demande de présenter ses excuses. Vives protestations. Il marmonne finalement qu’il est désolé. Petit-Un beugle toujours pour la forme, avant de se ressaisir: « Bon, la prochaine fois tu pourras me griffer! ». Echange de regards interloqués entre les parents. Petit-Deux, intéressé, enchaîne: « Tu préfères que je te griffe, la prochaine fois? ». « Oui, reprend l’ainé, mais il ne faut jamais griffer les animaux! »

(De toute évidence, la rationalité adulte n’a pas à s’immiscer dans la logique de nos enfants. Cela dit, si quelqu’un comprend, toute explication -même freudienne- est la bienvenue.)

L’entente est revenue. A nouveau copains comme cochons, les deux frères reprennent le cours de leurs activités normales dans la voiture. A savoir entonner en cœur « On écrit sur les murs » pour la deux-mille-trois-cent-quarante-quatrième fois.

 

Le parc naturel de Khao Chamao

A l’écart des zones fortement touristiques, Khao Chamao comporte la dernière forêt primaire de la région. La végétation tropicale y prospère et l’environnement garde l’authenticité des contrées lointaines et inexplorées.

Des panneaux à l’entrée du parc et sur les routes alentour incitent automobilistes et visiteurs à garder leurs distances avec les éléphants sauvages. Alors que nous en avions vu plusieurs a Khao Yai, nous n’en n’avons pas croisés, ici. En revanche, nous avons vu un beau cobra traverser la route. Il était tellement énorme qu’un scooter a dû s’arrêter pour lui céder le passage.

Il existe peu de documentation en anglais sur le parc, peu fréquenté des étrangers. Au fil du temps, nous y avons découvert deux jolies balades et une grotte. Nous optons pour le chemin qui longe la Klong Pla Kang Waterfall.

Khao Chamao

Longeant de belles cascades poissonneuses au cœur de la forêt tropicale, les sentiers ont tendance à suinter l’humidité une bonne partie de l’année. Il faut donc bien se méfier des moustiques, qui prolifèrent souvent pendant la saison des pluies. Par ailleurs, les chemins, très abrupts en certains endroits, deviennent régulièrement glissants et plus difficilement praticables pour les jeunes enfants. Mieux vaut en tout cas être équipé de bonnes chaussures!

Pour cette fois, nous avons décidé de n’aller que jusque là ou nous mèneraient nos pieds, sans chercher à atteindre les cascades les plus hautes. C’est plus raisonnable et bien moins stressant: nous ferons dans le sportif une autre fois!

 

Départ d’expédition

Nous partons bien équipés: eau, anti moustiques, écharpe de portage, et même des vitamines pour remonter le moral des troupes à courtes pattes, au besoin.

Papa-Tout-Terrain a également acheté à l’entrée du parc deux énormes sacs de nourriture pour poissons. Les enfants sont ravis: il y a enfin un objectif sensé à cette balade!

Il est dix heures. Nous sommes complètement seuls, à l’exception de quelques rangers qui nous regardent passer, un peu interloqués de compter tant d’enfants, et si petits.

Balade a Khao Chamao

Il faut dire que notre cortège attire l’œil. A peine installée dans l’écharpe, Miss-Trois a eu faim. Empourprée, elle est justement en train d’exprimer toute son ire alors que nous dépassons les baraquements de l’entrée du parc. Egalement rouge et luisante de sueur, je me débats avec un pan d’écharpe pour modifier les nœuds et lancer la tétée. Au même moment, Papa-Tout-Terrain boucle un sprint victorieux et récupère enfin la perche a selfie subtilisée par Petit-Deux, pendant que Petit-Un transpire a grosses gouttes en trainant son kilos de nourriture pour poissons qu’il veut porter tout seul.

 

Dans la forêt tropicale

Au niveau de la première cascade, les visiteurs sont priés de laisser bouteilles et nourriture à la garde des rangers, pour éviter de polluer cet environnement préservé. C’est souvent le cas dans les parcs naturels de Thaïlande, qui sont par conséquent très propres. Quel plaisir de retrouver une nature saine et vivante!

(Dans la pratique, avec nos enfants en bas âge, on nous accorde presque toujours la possibilité de conserver une bouteille d’eau –moyennant caution ou non. La caution se récupère en montrant, au retour, que la bouteille d’eau n’a pas été abandonnée dans la nature… et s’il n’y a pas de caution, il faut bien entendu être digne de la confiance qui nous est accordée en rapportant soigneusement ses déchets.)

Passage a gue a Khao Chamao

Nous atteignons un joli passage à gué. Le cours d’eau est à sec mais la traversée de ce joli pont rustique enthousiasme les enfants. La forêt est touffue. Son air humide embaume les essences tropicales. Les bruits mousseux du cours d’eau tout proche nous bercent agréablement. Chaque fois que nous le pouvons, nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à la cascade. Elle est limpide et très poissonneuse. Et les enfants n’attendent qu’une chose: pouvoir enfin nourrir les carpes! Nous avons le plus grand mal à canaliser leur impatience avec des excuses vaseuses: « Allons plus loin, les poissons sont plus gros et plus beaux, là-bas! »

 

Les petits poissons, dans l’eau…

Nous atteignons une petite cascade que nous connaissons bien pour nous y être déjà reposés. Dans notre souvenir, la difficulté du sentier augmentait ensuite. Nous nous arrêterons donc là pour aujourd’hui: place aux poissons!

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Il faut descendre un talus rocheux et escarpé pour atteindre les rives du cours d’eau. Par chance, les enfants sont déjà bien rodés à ce type d’exercice et très disciplinés. Ils écoutent attentivement les explications de Papa-Tout-Terrain, quant au passage à emprunter. Ils savent tâter du pied les gros cailloux et les rochers, pour vérifier qu’ils ne sont ni glissants, ni instables. Dans les passages dangereux, ils obéissent strictement à notre voix et savent s’accroupir ou s’assoir dans un endroit sécurisé en attendant l’adulte qui les guidera. Nous sommes fiers de nos garçons, habiles et raisonnables.

La distribution de nourriture aux poissons est follement amusante. Les grosses carpes se précipitent toutes en même temps. Les plus intrépides et les plus gourmandes finissent même par ne plus toucher l’eau, tant elles sont soulevées par la masse immergée des autres poissons de la cascade. Elles éclaboussent allégrement les enfants de leurs queues frétillantes. L’eau est fraîche. On ne compte plus les joyeuses exclamations: « Ahhh! J’ai reçu une goutte! Papa, Maman, regardez ma goutte! »

On a nourri les poissons de Khao Chamao

Miss-Trois tête un peu avant d’être changée sur un gros caillou. Puis elle repart illico pour un bon somme, sur le cœur de sa Maman. Le bonheur tient à peu de choses, pour un tout petit bébé.

 

Les Thaïes amoureuses

De retour au parking, nous assistons au débarquement d’une vingtaine de jeunes mamies dynamiques et babillantes, qui s’extraient gaiement d’un mini bus. L’une d’elles avise Miss-Trois. Elle alerte le groupe. Tel un seul homme, toutes les dames se retournent et nous fixent. D’abord une, puis deux puis trois puis presque toutes lèvent le bras en notre direction, avec ce geste:

Coeur avec les doigts - Source: Pinterest

Ce n’est pas un signe satanique mais un symbole de cœur. Je m’en souviens très bien, une petite minette un peu fleur bleue du bureau me l’avait expliqué.

Plus hardie que les autres, une mamie à l’allure dynamique et au visage avenant s’approche de nous et demande l’âge de Miss-Trois dans un anglais timide, mais pas si hasardeux que ça. « Douze jours ». La dame retourne auprès de son groupe et diffuse l’information. Nous entendons fuser des « Oh » et des « Ah » stupéfiés. A la mode asiatique, quelques dames étouffent leurs rires étonnés en se cachant la bouche de la paume de leur main. D’autres mains se tendent avec des cœurs pleins les doigts. Puis nouveau conciliabule des curieuses.

La dame revient. « What is her name? » Miss-Trois à un nom inconnu aux bataillons thaïs et trop long pour être prononcé aisément. On répète. La dame bredouille un truc qui ne ressemble pas du tout et s’en retourne informer ses copines. On entend des cris d’allégresse. Encouragées par l’intrépidité de leur copine et par notre apparente inoffensivité, quatre ou cinq mamies supplémentaires viennent à nous. Elles admirent notre merveille. D’ailleurs, qui ne l’admirerait pas? J’apprécie leur délicatesse. Personne ne tente un geste pour toucher le bébé. On se sourit gentiment jusqu’à ce que Miss-Trois brise la sérénité des contemplations: il commence à faire faim!

 

Le lac Ban Khao Hin Dat

Quoi qu’il en soit, il est temps de rentrer. Nous aurons passé un beau week-end mais tenons à garder un rythme tout doux pour nos premières sorties à cinq.

Le Lac Ban Khao Hin Dat

Parce que nous sommes d’incorrigibles curieux, nous nous octroyons juste un dernier détour sur le lac Ban Khao Hin Dat, dont Papa-Tout-Terrain a découvert sur Internet d’extraordinaires photos de coucher de soleil. Egayé de pêcheurs du dimanche, parsemé d’ilots et ouvrant sur les magnifiques montagnes de Khao Chamao, le lac nous aura réservé une bien belle surprise. Il nous faudra à tout prix y revenir, un jour, à la nuit tombante!

Petites Bestioles de Thailande


On n’était pas là mais notre petit doigt nous a dit que Grand-Tatie-Tout-Terrain a poussé des cris d’orfraie à la vue de quelques gentilles petites bêtes de Thaïlande, dans notre récit d’un week-end de Débandade. A la maison, il est vrai que nous avons en quelque sorte pris l’habitude de cette large palette zoologique. Mais, en nous replongeant dans nos trois ans de Thaïlande, nous avons plein d’histoires à raconter. Alors attachez vos ceintures, mes braves, parce que je peux déjà vous dire que vous allez trembler dans vos bottes!

(Grand-Tatie-Tout-Terrain, si tu tombes sur ces lignes pas la peine de poursuivre… Au fait, tu as lu notre billet sur la grossesse à l’étranger?…)

 

Des bestioles acceptables…

Mai 2013. On est passés directement de notre trente-sixième étage de Shanghai à une jolie maison au milieu de la campagne thaïlandaise… En un jour, notre vie a changé.

Mon premier souvenir, c’est qu’il y avait des geckos un peu partout sur les murs. A l’extérieur, bien sûr, mais aussi à l’intérieur. Les geckos, au demeurant, je les aime plutôt bien. Ils sont discrets et timides. Ils donnent l’impression d’être propres sur eux et ne prolifèrent pas trop. Le problème du gecko, c’est que c’est parfois distrait… il pense à sa petit amie Jocelyne et pouf!… il tombe du plafond à dix centimètre de moi ou pire, sur mon pied! Ça me fait des frayeurs bleues!

L’autre problème du gecko, c’est ses crottes. Soit on a des bataillons de geckos camouflés dans la maison, soit chaque gecko fait beaucoup de crottes. Les premières semaines, j’avais vraiment l’impression de faire le coup du tonneau des Danaïdes à l’envers. Chaque jour, je passais et repassais balais, aspirateurs et serpillères. Chaque matin, il y avait autant de crottes de geckos, bien nourris aux insectes. Des insectes, il n’en manque pas non plus…

Bebe Gecko

… On a des moucherons qui adorent chercher refuge dans nos yeux, et qui s’agglutinent sur le moindre petit bobo. Eux viennent des plantations d’ananas, qui sont légion dans notre région. Il parait d’ailleurs que notre résidence a été construite sur un champ d’ananas.

… On a des mouches. En ce moment c’est la pleine saison. Elles forment des tapis noirs tout autour des poubelles.

On a de gros scarabées brillants. Notre nounou les confiait aux (bons) soins de Petit-Deux, lorsqu’il était bébé: « Pour qu’il n’ait pas peur des insectes ». Il en a certes croqué un ou deux, mais aujourd’hui il est effectivement devenu un p’tit gars intrépide.

 

… des moins sympas…

On a des cafards qui aiment bien les canalisations. Eux sortent surtout la nuit et c’est tant mieux. On s’est habitué, mais on ne les aime pas tellement. Ils font bien quatre ou cinq centimètres de long. C’est gros. Et on les trouve un peu dégoutants. Derrière la maison, en ouvrant une plaque d’égouts, nous sommes un jour tombés sur leur cachette. Ils étaient des milliers, des millions à y grouiller! On a vite fait sceller tout ça mais rien que d’y penser, ça me donne des frissons!

Cafard

On a des fourmis. Des petites fourmis qui se précipitent dès qu’elles sentent la nourriture, l’eau ou le savon (oui oui). Le technicien de maintenance, un vieux monsieur bedonnant qui n’a visiblement jamais mis un pied dans une cuisine, m’a proposé de toute dégommer à l’insecticide. Vous savez, ces bombes avec un « X » rouge dessus… sur nos réserves alimentaires… Bref, depuis que j’ai dit non, je me fais obligation d’occire quotidiennement ces bestioles, par centaines, et à l’éponge.

On a aussi de grosses fourmis qui vivent dans l’arbre au-dessus de la voiture. Elles piquent très fort et sont si nombreuses et agressives que certains jours, on doit balancer des seaux d’eau pour les déloger, avant de pouvoir accéder au véhicule. De guerre lasse, on a finalement décidé de leur abandonner ce bout du jardin.

Grosse Fourmi

Il y a enfin les moustiques. On s’en méfie fort car ce sont les plus dangereux. Mais tout le monde est très vigilant ici, et notre nounou en premier. Elle vérifie qu’il n y a pas d’eau stagnante autour de la maison. Elle « anti-moustique » les enfants avant les sorties. Elle surveille les fièvres persistantes et partage expérience et recommandations avec nous. Touchons du bois, nous sommes prudents et n’avons pour l’instant pas eu de problèmes!

 

… et des serpents aussi!

Heureusement, les serpents, on n’en n’a pas croisé si régulièrement que ça. On en a vu quelquefois en promenade, et une fois devant la maison. Enfin moi, j’étais même pas là. Je faisais tranquilou la grasse mat’ quand Papa-Tout-Terrain a surgi dans l’encoignure de la porte de notre chambre, transpirant, échevelé et soufflant. Au bout de ses bras, deux enfants criant et hurlant respectivement: « On a perdu les vélooos! » et plus intéressant: « Le serpent… il a mangé les vélooos! ». Ayant certainement l’esprit moins embrumé que moi, vous l’aurez compris: ma petite famille, en promenade (à vélo) avait rencontré un serpent. N’écoutant que son courage, Papa-Tout-Terrain avait choisi de sauver sa progéniture, abandonnant les tricycles –mieux vaut ça que l’inverse. Nous ne revîmes jamais ce serpent. Et nous retrouvâmes même les vélos que le reptile n’avait finalement pas consommés.

Serpent

Ici, tout le monde a son histoire de serpent. On en retrouve par exemple toujours un ou deux, chaque année, planqué dans les boites de nos entrepôts.

Nos voisins japonais, quant à eux, ont eu une belle frayeur, il y a quelques temps… Notre voisine, alors qu’elle pestait contre sa porte coincée, la débloqua soudain d’un coup d’épaule. Elle délogea par la même occasion un reptile bien carapaté entre le montant et le battant, et qui lui tomba juste entre les deux pieds. Plus de peur que de mal, heureusement… mais beaucoup de peur, tout de même…

 

Là où ça se corse, c’est qu’on ne peut pas les tuer…

Ma liste de bestioles n’est pas exhaustive. Nous fréquentons également des tas de papillons. Des araignées plutôt petites heureusement. Des fournis volantes qui nous envahissent avant les orages. Et des millipèdes variés et plus ou moins amicaux. Il y a trois ans de cela, c’est justement alors que j’étais sur le point d’écraser l’un de ces mille-pattes velus à l’aspect irritant qu’est arrivé l’avertissement: « Stoooop! En Thaïlande, on ne tue pas les animaux! »

Fourmi volante

Eh oui mes amis, car la Thaïlande est très principalement bouddhiste, et que le premier précepte du bouddhisme est de ne pas tuer. L’idéal est donc de mettre l’animal en boite et l’envoyer voir dehors si j’y suis. Et c’est bien la raison pour laquelle je tue mes fourmis en cachette… Parce qu’un cafard à mettre dehors c’est jouable… mais plusieurs centaines de fourmis, il y a de quoi perdre la raison!

Je vous disais tout à l’heure que c’est un peu un zoo chez nous… On a eu des souris, aussi, dans la cuisine. Des souris un peu bornées, d’ailleurs: elles bouffaient notre sauce soja et nos pastilles pour le lave-vaisselle, alors qu’on a des trucs bien meilleurs! Du coup on a eu des mini cages pour attraper les souris… et les relâcher dans la nature. Papa-Tout-Terrain est devenu un champion pour ça, et les enfants de fervents supporters!

 

… en fait si on peut les tuer dans certains cas…

En fait, ça se corse encore… Un jour, j’ai surpris notre nounou impitoyablement écrabouiller un cafard gras qui passait paisiblement par là, sans intentions belliqueuses.

De même, à propos des souris qu’on s’était mis d’accord pour relâcher au paragraphe précédent, la même nounou m’a demandé d’un air tout innocent si elles étaient grosses ou pas. « Bon, ça va » a-t-elle soupiré d’aise après que je lui ai répondu par la négative… « Si elles avaient été plus grosses, on aurait pu les garder pour les manger… » Quoi? Beurk!

De fil en aiguille, après l’avoir longuement questionnée, j’ai appris qu’il existait plusieurs méthodes de contournement à la règle bouddhiste « tu ne tueras point ».

  • D’abord, il est acceptable de tuer si ce n’est pas pour soi. Style, si je demande à la nounou de tuer les fourmis, elle le fera sans arrière-pensée. En même temps c’est exactement le truc que je lui demanderai jamais depuis qu’on m’a expliqué de ne rien tuer ici. Du coup quand elle tue son cafard elle me prête une intention que je n’ai pas réellement. Mais je suppose que c’est pardonnable.

Petites Fourmis

  • Ensuite, tuer ou faire tuer un animal pour se nourrir est permis, dans la mesure où ce n’est pas pour soi seul. Tu peux donc tuer un cochon si tu ne le manges pas tout seul. Pour le cochon c’est pas tellement un problème, mais s’il s’agit d’une crevette, je ne suis pas sûre de comment la règle s’applique.
  • Heureusement il reste une dernière dérogation pour résoudre les cas litigieux. On peut se racheter d’avoir tué un animal en faisant une offrande au temple et là, ça remet le compteur à zéro.
  • Et pour conclure, dans l’idéal en tout cas, mieux vaut manger l’animal que l’on vient de tuer plutôt que de l’avoir tué pour rien…

 

… et c’est ainsi qu’un cobra a été mangé!

Oui, encore une histoire de reptile… (Coucou Tatie!) D’autres de nos voisins ont récemment reçu la visite d’un cobra dans leur jardin. A priori le reptile était un peu inquisiteur, voire franchement agressif. Parce qu’il y avait des enfants et qu’elle est super courageuse, leur nounou s’est emparée d’un bâton et a tué la bête. Bien consciente cependant de la dangerosité du cobra, elle en a tout de même tremblé de frayeur, a posteriori, pendant un long moment.

Serpent

Par modestie, elle a expliqué dans le voisinage que ce n’était pas un très gros cobra. Il paraît que ce n’était vraiment pas un ver de terre, non plus… Un petit deux mètres quoi! Bref, une fois tué, le cobra a fini à la casserole, en soupe! Il semblerait que ce n’est pas parmi les meilleurs serpents, mais que ça donne force et santé!

(Je sais tout ça par notre nounou. C’est très pratique d’avoir une nounou: en plus de garder les enfants, elle nous raconte tous les potins du quartier!)

 

Un environnement zoologique unique

Pour nos enfants, qui ont pour ainsi dire toujours vécu en Thaïlande, cette faune fait partie du quotidien et ne prête pas à l’étonnement. Ils connaissent la dangerosité des serpents et savent comment réagir s’ils devaient en croiser. Ils savent se protéger des moustiques. Ils peuvent distinguer les fourmis qui chatouillent des fourmis qui pourraient piquer. Ils ont appris à respecter les bestioles qui nous entourent, sans les embêter et sans les blesser, comme le veut l’usage local…

… Mais ils ne connaissent rien des insectes « français »! L’été dernier, Petit-Un a découvert, émerveillé, les gendarmes. Quant à Petit-Deux, il ne cesse de s’extasier, ces derniers temps, sur les magnifiques « cafards », qui ornent le lit de la petite sœur à venir! Jugez plutôt des cafards…

Cafards du lit de Petit-Trois

N’en déplaise à Grand-Tatie-Tout-Terrain (je vais être déshéritée à force), notre vie d’aventuriers de pacotille n’est finalement pas très dangereuse! Contre les serpents, notre résidence a des « snake catchers » et procède régulièrement à des épandages de souffre, pour éloigner les reptiles. Contre les moustiques, nous avons des pulvérisations, des moustiquaires, des anti-moustiques et des tas de précautions. Contre les cafards, les fourmis qui chatouillent, qui piquent, et contre les crottes de cafard, je n’ai rien trouvé d’autre que la patience, en revanche. Malheureusement, c’est parfois une ressource qui se fait rare!

Et vous, quelles sont les pires bestioles que vous fréquentez?

 

 

Parenthèse: quelques mots de mes photos…

Mon article est prêt depuis un petit moment mais j’ai eu beaucoup peine à rassembler de quoi l’illustrer un minimum. La fourmi est petite, rapide et fourbe, donc jamais nette. Le gecko est timide et imprévisible: c’est à peine si j’ai réussi à en trouver un « utilisable » sur une centaine de cliches. Quant au cafard, il n’est jamais la quand on le cherche. Remerciements éternels à Papa-Tout-Terrain qui m’en a finalement trouve un a six heures du matin et me l’a religieusement conserve -et en bon état- pour la photo!

 

 

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Le village des Cobras Royaux – Khon Kaen

Petit-Un a bientôt cinq ans et il devient coquet. Ce matin il se mouille les cheveux pour les faire se dresser sur la tête, comme s’il avait du gel. Il est très content de son effet et se pavane en souriant: « Regardez, j’ai une tête de cafard! » Nous le trouvons très beau, pour sûr… mais pourquoi la tête de cafard?… Depuis, il est revenu vers nous plusieurs fois avec la même expression, et dans le même contexte, sans que nous ne puissions élucider l’origine de sa formule. D’où la métaphore peut être bien venir? Avez-vous une idée?

Apres le musée archéologique de Ban Chiang et le musée des dinosaures de Kalasin de la veille, nous nous reposerons avec une attraction plus frivole: le village des Cobras Royaux, au nord de Khon Kaen.

 

Une attraction des campagnes

Nous nous attendions à un ensemble d’activités très organisées pour les touristes et découvrons avec un peu d’étonnement un village plutôt marqué par l’amateurisme et le folklore. A l’entrée, une vague barrière se dresse au milieu de la route. Une mémé, quelques-unes de ses copines, et deux ou trois de ses petits-fils -une bière à la main, nous vendent un droit d’entrée imprimé sur un timbre-poste, et pour une somme dérisoire. On paye au véhicule, pas au passager.

Un peu plus loin, des baraquements aussi irréguliers que les dents d’un vieillard semblent se soutenir mutuellement pour ne pas tomber. Il s’agit de magasins de babioles, de colifichets, de médicaments et de fortifiants traditionnels à base de serpents et autres herbes. En devanture sont exposes de gros serpents dans des cageots métalliques. La plupart n’ont pas de couvercle. Il suffit d’étendre le bras pour… brrr, on ne va pas étendre le bras, en fait!

Voir autant de serpents n’est pas très rassurant, en fait. Les gens d’ici ont l’air habitués. Mais moi pas. Je jette un coup d’œil dans les recoins, histoire d’être sûre qu’il n’en traîne pas qu’on aurait oublié. Devant la cage d’un énorme boa albinos est affichée la photo de la fillette de la maison, endormie entre les circonvolutions de la bête, qui dort également. Etrange animal de compagnie.

J’imagine bien que la photo n’est qu’une démonstration à destination des touristes, afin de provoquer le chaland, car on prend grand soin des enfants en Thaïlande… mais bon, je n’éprouve guère de plaisir à voir de tels clichés. Je suis rassurée tout de même de noter que les enfants n’ont aucune velléité de s’approcher des bestioles. Vivre en Thaïlande a ceci de positifs qu’ ils connaissent bien les risques que peuvent représenter les reptiles, et qu’ ils savent également quelle est la conduite appropriée à tenir, en cas de rencontre fortuite avec l’un de ces animaux.

 

Un spectacle très local

Guidés par les harangues de la foule, nous atteignons un chapiteau branlant où sont données les représentations du spectacle de serpents. Les gradins sont déjà pleins à craquer, et d’ailleurs ils craquent un peu, car ils ne sont plus de première jeunesse. On s’installe tout en haut, le plus loin possible de la scène et de ses reptiles. Les enfants ne sont pas rassurés devant les planches disjointes de la plate-forme. C’est vrai qu’avec leurs toutes petites fesses, je comprends qu’ils aient un peu peur de tomber dans le trou. Avec Papa-Tout-Terrain, nous essayons de boucher les plus gros vides de nos plus grosses fesses, et maintenons fermement les enfants de nos grands bras.

La foule est très locale, animée, colorée et bruyante. Plusieurs parents, ravis de voir des blondinets en vrai, nous traînent leurs jeunes enfants pour tenter d’établir le contact. Leurs rejetons n’ont pas plus envie que les nôtres de lier connaissance. Les parents, très motivés en revanche, agitent la main de leurs petits pour saluer les nôtres. Par politesse, nous encourageons les garçons à donner le change, en sachant bien qu’ils ne le feront pas. On leur a déjà fait mille fois le coup. Depuis leur naissance en fait, parce qu’en Chine c’était tout pareil. Je trouve ces attentions gentilles et même souvent émouvantes, mais je comprends bien que nos enfants ne partagent pas mes sentiments. D’autant que très souvent, l’histoire finit avec une mamie qui leur caresse la joue, leur tripote les cheveux ou leur pince le bras… les pauvres, ce n’est pas très rigolo tout de même.

 

Une représentation dont je garde un goût équivoque

Le spectacle s’ouvre sur des gamines un peu désabusées qui dansent avec des serpents autour du cou. Elles sont mignonnes comme tout mais n’ont pas l’air très enthousiaste. Elles semblent même carrément s’embêter.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Et puis, juste pour faire ma relou… sur le principe déjà, ça ne me plait jamais tellement de voir des spectacles ou sont mis en scène des enfants… même pendant les vacances scolaires comme c’est alors le cas… mais alors, quand les enfants jouent avec des serpents, là, c’est le pompon! Bref, je peine quelque peu à me décontracter, même si Papa-Tout-Terrain m’assure que les bestioles sont inoffensives.

Arrivent des hommes adultes, chargés cette fois ci des démonstrations avec les cobras royaux. Il faut être honnête, c’est beau et impressionnant. Il est intéressant de noter que chacun à « son » serpent, qu’il taquine pour le faire se dresser et simuler une attaque. Un serpent, visiblement fort irrité, je jette soudain sur son dresseur, qui adroitement, l’évite. Pris par son élan, le serpent fond sur la foule. Cri d’effroi. A la dernière seconde, l’homme rattrape la bête par la queue. Soupir de soulagement dans le public. Bon, en fait, l’élément n’avait rien d’imprévu et chacun des dresseurs nous fera plus ou moins le même coup. Il n’empêche que je suis bien contente que nous nous soyons installés tout en haut des gradins.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

De jeunes adolescents reproduisent ensuite des séquences similaires, cette fois avec des serpents inoffensifs, mais plus courts et beaucoup plus agiles. Petit Deux me tape sur l’épaule, d’un air un peu choqué: « Il ne faut jamais toucher un serpent! Si l’on voit un serpent, il faut appeler Papa, Maman ou la nounou! » Bon, au moins quelqu’un qui garde son sens commun! Cela me rassure assez.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Le spectacle se termine. Je commence à respirer. De gros bonhommes surgissent alors en bas des gradins avec d’énormes reptiles sur les épaules. Ils les jettent presque dans les bras des spectateurs, pour initier des séances photos. Je prends mon regard le plus courroucé et le plus agressif pour qu’ils ne s’approchent pas des enfants. Peut-être même ai-je réussi à avoir une tête qui fait peur, parce que personne ne nous fera de forcing!

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Bien plus intéressant, sur la scène, une vieille dame tient immobilisé un énorme cobra royal. Les touristes locaux s’en approchent respectueusement, en file indienne, et frottent le serpent avec des billets. Est-ce pour la richesse? La chance? Il y a clairement des croyances anciennes là-dessous… Même après coup, je ne réussis pas à comprendre exactement la place et le rôle du cobra, dans la société Thaï contemporaine. Dans ce contexte il est visiblement révéré. Dans le contexte de notre quotidien, si l’on rencontre un cobra, on le tue direct, sans autre forme de procès –et mieux vaut ça que l’inverse!

Je sors mal à l’aise du spectacle. D’abord parce que je n’aime pas tellement mettre nos enfants en contact avec des serpents. Et aussi parce que je trouve que ces pauvres bêtes seraient bien mieux, tranquilles, dans la nature… Mais en même temps, cette foule locale qui se passionne, ce village qui vit depuis des générations de la capture et du dressage des serpents, ces rituels de vénération des cobras… Il y a quelque chose de la culture d’ici à voir et à ressentir… Je n’ai pas aimé mais quelque chose m’a plu pourtant… Si j’avais su tout ça, est ce nous y serions allés en famille?… En fait, je ne le sais même pas…

 

Activités connexes et babioleries

Sur le chemin de la voiture, nous avisons une tente un peu à l’écart, où des visiteurs très excités parient visiblement de l’argent à des jeux de hasard. En dehors de la loterie nationale, les jeux d’argent sont théoriquement interdits en Thaïlande… En pratique ils sont tolérés tant qu’ils restent discrets –c’est ainsi qu’aux heures de pause, je vois souvent parier les ouvriers de mon usine… C’est tout de même la première fois que nous voyons des joueurs s’afficher autant, et qui plus est dans un lieu public.

Petit-Un demande ce qu’ils font. Nous expliquons succinctement. Petit-Deux hausse les épaules, avec l’air du mec qui a bien compris: « Ah, ils jouent à Batawaf!… » Batawaf est leur grande passion du moment: un jeu de cartes, équivalent a la « bataille » avec des personnages « chien ». C’est un jeu très amusant et qui a beaucoup de succès chez nous… quoi que je doute fortement qu’il s’agisse du support privilégie des parieurs Thaïs!

Le mytique Batawaf

Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé. Les enfants profitent de ce moment de flottement pour négocier un tour de manège. Autorisation immédiatement accordée: des serpents –et leurs maitres- continuent à trainer çà et là. Tant que les garçons sont sur un manège, ils ne seront pas en train de faire des câlins à des cobras! Papa-Tout-Terrain revient, triomphant: il a déniché un magnifique instrument de musique à cordes pincées, que nous entendons souvent lors de concerts de musique locale. Quelle belle idée et quel joli souvenir à rapporter chez nous! J’ai d’ailleurs cherché sans succès la dénomination de cet instrument… Si quelqu’un peut m’aider, n’hésitez pas à me le mettre en commentaire…

Nos souvenirs

 

Balade avortée au parc de Nom Phung

Nous avons prévu, pour l’étape suivante, une visite du temple qui domine le lac d’Ubolratana, suivie d’un tour au parc national de Nam Phong. Nous espérons profiter de l’occasion pour une petite rando. Malheureusement, en ce jour de congés à l’occasion de Songkran, beaucoup ont eu la même idée que nous. Chacun circule au ralenti. Ca fait râler les enfants qui ont faim. Nous nous arrêtons en bord de chemin pour acheter un poulet grillé et du riz gluant, que nous mangerons en route.

Petit-Un a très faim, il veut un morceau de poulet énorme. Je m’emploie à lui donner satisfaction. Petit-Deux est très compétitif ces temps-ci. Il veut un morceau encore plus grand. Pour illustrer sa demande, il écarte ses bras au maximum: « Grand comme ça! ». Bien sûr, mon poulet n’est pas une autruche. Je n’ai pas de part à la taille voulue, donc je donne ce que je peux –et je ne pinaille pas. Petit-Deux refuse ma proposition. J’explique. Il refuse encore. Je lui présente une autre pièce de volaille. Il entre dans une colère noire, vide une bouteille d’eau à ses pieds –comme ça, gratuitement- et explose de frustration.

Arrêt de la voiture. Explications fermes. Sanglots. Pleurs. Câlins. On se rabat finalement sur le riz gluant qui met tout le monde d’accord et on reprend la route. Je fais rigoler Papa-Tout-Terrain quand je lui explique que Petit-Deux a besoin d’exprimer sa frustration. « Mouais, c’est un caprice, quoi! ». Finalement, ce n’est peut-être pas si éloigné…

Ca fait maintenant une heure et demie qu’on est sur la route et nous n’avons pas fait un kilomètre. Tout autour, de jeunes gens entassés dans des pickups s’aspergent d’eau pour se rafraîchir et tuer le temps, en attendant d’arriver dans le parc. Le GPS nous indique qu’il nous reste 19 kilomètres. Bon, tant pis pour le parc… nous décidons d’arriver tôt à l’hôtel qui par chance aura une piscine ce jour-là! Même faire le demi-tour est toute une histoire, et il faudra finalement l’intervention d’un policier pour nous sortir de là!

Wishing Tree Resort

Notre voyage tire à sa fin et nous commençons tous à fatiguer un peu. L’hôtel Wishing Tree Resort, au sud de Khon Kaen, nous comble de tout ce dont nous rêvions: la chambre est immense, calme et confortable, avec une jolie vue sur une rivière déserte. La piscine est agréable et l’ambiance très familiale. Nous terminons la soirée tôt ce jour-là, après un délicieux repas Thaï pour les parents, et des frites et des pizzas pour les enfants, dans le restaurant de l’hôtel.

 

 

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Balades, animaux et jungle à Khao Yai

Les Grands-Parents-Tout-Terrain sont en visite! C’est l’occasion de leur faire découvrir de chouettes coins de Thaïlande! Première nuit au sud de Khao Yai. J’ai opté pour l’Ingpai Resort, qui se trouve à quelques kilomètres de l’entrée sud du parc. C’est une zone sans touristes et sans hébergements, ou presque: tout le contraire de Khao Yai nord. L’hôtel est bon marché. Nous n’en n’attendons pas grand-chose. Guidée par le GPS, la voiture fend la jungle, sur une route minuscule et sans lumière.

Nous arrivons au pied de quelques maisons traditionnelles de bois. Deux femmes édentées et pas du tout anglophones surgissent de nulle part pour nous conduire à notre bungalow. De tous leurs chicots, elles sourient aux enfants qui, pas du tout impressionnés, échangent quelques mots en Thaï. La chambre est très agréable: propre, vaste, et lumineuse de bois blond. Un grand matelas deux personnes a été rajouté pour les enfants, et le chauffe-eau dispense une eau encore plus chaude qu’à la maison. C’est royal! Je ne suis juste pas très rassurée d’être au bout du monde, et demande à Papa-Tout-Terrain d’envoyer un texto à des proches, pour nous localiser: au moins demain, ils pourront retrouver nos os (oui, je suis grave confiante au fin fond de la nature…).

Ingpai Resort

Le lendemain aux aurores, opération Tetris pour Papa-Tout-Terrain. Quatre valises, deux sièges auto, un matelas, des sacs à dos, des sacs à mains, des sacs informes, sans compter les exigences et incompatibilités des passagers: Petit-Un veut « un grand-parent » à ses côtés, tandis que Petit-Deux ne s’assoit qu’à côté de Maman-Tout-Terrain, qui elle a mal au cœur à cause de sa grossesse.

 

Premier Contact avec la Faune de Khao Yai

On entre finalement à Khao Yai. C’est vraiment à deux pas de l’hôtel. Nous traverserons d’abord la zone sud, territoire des éléphants. A l’entrée du parc, on trouve des tas d’affiches sur la façon dont se comporter si l’on en croise un. En gros il faut laisser l’éléphant tranquille et ne pas le poursuivre pour le photographier. Tout de même, l’inverse ne me viendrait pas à l’idée! Ca me rappelle justement qu’avant le week-end, Papa-Tout-Terrain m’avait montré la vidéo d’un éléphant irascible du parc, en train d’attaquer la voiture de touristes sûrement relous. J’espère tout de même ne pas avoir à rencontrer d’éléphant en liberté.

Nous croisons un très beau singe. Un macaque. Les enfants râlent. Ils voudraient lui donner une banane. On explique qu’on est dans une zone protégée et qu’on ne doit pas nourrir les animaux sauvages. Les enfants râlent plus fort et ne se sentent pas concernés. Nous sommes en pleine séance éducative lorsqu’un cycliste nous hèle avec des signes de bras insistants.

On s’arrête. Il voit notre tête et prend la figure embêtée du mec qui ne parle pas anglais. Ça l’a refroidi d’un coup et il abandonne l’idée de communiquer. On s’apprête à repartir quand on voit devant nous un pick-up qui recule à toute vitesse, suivi d’un type qui court comme un dératé. Suivi d’un éléphant très placide. L’éléphant traverse la route en humant des touffes d’herbe de ci de là. Puis il s’enfonce dans la jungle tout en poursuivant ses activités d’éléphant. C’est la première fois que je voyais un éléphant en liberté et j’ai trouvé l’épisode très émouvant!

Elephant a Khao Yai

 

Balades dans la Jungle

On passe au visitor center pour récupérer une carte (médiocre d’ailleurs, j’aurais dû en imprimer une d’Internet), avant d’entamer notre première balade. Suivant les recommandations de mes collègues Thaï, nous sommes en pantalon-chaussettes-baskets, avec les jambes bien couvertes pour éviter les serpents, sangsues et autres joyeusetés que je n’ai pas bien comprises. En fait, les Thaïs, eux, sont en short et tongs. Les balades sont jolies et la jungle est bien entretenue. Je m’entends: on est au cœur de la forêt tropicale et on n’a pas du tout du tout envie de sortir du sentier tracé, mais le chemin est dégagé et bétonné sur un mètre de largeur si bien qu’on se sent en sécurité, et que l’on sait où l’on met les pieds.

Il n’empêche qu’il faut ouvrir grand les mirettes. Petit-Un nous a sauvés d’un serpent qui traversait paisiblement le sentier, mais qui nous avait échappé. Heureusement, très averti des risques des reptiles, il s’est arrêté net et a retenu Papa-Tout-Terrain qui ouvrait la marche. Quel sang-froid pour notre grand, qui n’a pas encore cinq ans! Il en a tout de même tremblé de frayeur pendant un petit moment. Moi aussi, d’ailleurs!

 

La Haew Narok Waterfall

Khao Yai propose une demi-douzaine de balades de longueurs différentes, dont la plupart mènent à des cascades. D’autres excursions sont possibles mais doivent se faire avec des guides expérimentés. Sur les quatre circuits testés –sur deux jours-, j’ai particulièrement aimé le chemin qui mène à la Haew Narok Waterfall, pas très long, facile et ludique pour les petits, avec de nombreux ponts. La dernière volée d’escaliers à pic est cependant assez glaçante. Mon vertige et moi-même avons dû prendre notre courage à deux mains et Petit-Deux en Buzzidil (notre porte-bébé du moment) pour aller jusqu’au belvédère final. Mon cavalier s’est même permis de pester sous prétexte que j’étais trop lente et que ça le fatiguait. Le début de la saison sèche (novembre) est sans doute le meilleur moment de l’année pour ces balades: il reste beaucoup d’eau dans les cascades, mais les chemins sont facilement praticables.

 

Petite digression. En route pour la Haew Narok Waterfall, nous avons vu un petit crocodile nager dans une rivière. En d’autres lieux, nous avons également vu des touristes barboter dans des cours d’eau, en dépit de panneaux qui l interdisait… à cause de la présence d’alligators, justement. Encore plus pour nous, étrangers, parce que nous ne connaissons pas bien cet environnement et sa faune, il m’est vraiment avis de respecter strictement les indications données dans le parc.

 

Les animaux de la tombée de la nuit…

Nous passons la seconde nuit au nord de Khao Yai. Comme le crépuscule est propice à l’observation des animaux sauvages, nous avons prévu de clôturer la journée par une dernière traversée sud-nord du parc. Suite à des soucis d’éléphants, plus personne ne peut entrer dans le parc après 18h, mais ceux qui y sont déjà peuvent s’y déplacer librement (et même y camper pour les très courageux). Nous ne nous attarderons tout de même pas trop, je ne tiens pas à dormir entre les pattes d’un pachyderme. Il est 17h15 et justement, la voiture qui nous précède s’arrête, en warning.

Ce coup-ci, on reconnait le signe de l’éléphant! Je suis bien contente de ne pas être la première voiture! Par chance, on est juste derrière, et on voit super bien. Cet éléphant a opté, ce soir-là, pour une balade sur le goudron. Nous le suivrons pendant un bon quart d’heure -avec une pensée pour les véhicules qui, de l’autre côté de la route, doivent faire l’opération à reculons. Tout ce temps-là, l’éléphant nous ignorera royalement. Et très vite les enfants aussi passeront à autre chose: un éléphant qu’on ne peut nourrir de bananes n’est décidément pas très intéressant! Nous croiserons encore deux éléphants, des daims, et peut-être un gaur (animal de type buffle à cornes courbées, et dont le territoire se situe au nord de Khao Yai).

 

Confort et Sérénité au Santosha Health Lifestyle Resort

Lors de précédentes excursions, nous avions déjà testé l’hébergement autour de Khao Yai, que nous avions trouvé coûteux et de qualité médiocre. Sur recommandation, nous logeons cette fois-ci au Santosha Health Lifestyle Resort, un peu plus loin de l’entrée du parc. C’est un peu cher, mais franchement confortable, et nous avons été délicieusement accueillis. Les chambres sont spacieuses et les lits immenses, le personnel est souriant, et le tout est meublé avec tant de goût que Papa-Tout-Terrain aurait bien acheté un banc pour rapporter chez nous. Summum de l’idéal pour nos enfants, “il y a même des poules dans le jardin!!!”

Santosha Resort

La piscine est très chouette, dans un beau paysage montagneux. Il paraitrait également que les cours de yoga –gratuits- de sept heures du matin sont top. Mais soyons réalistes, avec mes cernes de presque cinq ans d’âge, je n’ai vraiment pas la gueule de quelqu’un qui va se lever spécialement pour aller faire du yoga aux aurores! Mention spéciale enfin pour le pain maison du petit déjeuner, servi chaud. Le genre de pain tellement bon que j’en ai oublié les nausées de grossesse. Le genre de pain sur lequel toute la famille s’est jetée et un peu empiffrée de façon trop pas discrète. Bref, du pain qui déchire, parole de Français!

 


Le Parc de Khao Yai en Pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée nord: 14.507851, 101.378993
  • Coordonnées GPS de l’entrée sud: 14.222194, 101.405611
  • Prix adulte: 400 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Gardez votre ticket si vous voulez sortir puis rentrer à nouveau sur la même journée.
  • L’entrée dans le parc se fait entre 8h et 18h.
  • Il existe cinq trajets balisés pour la promenade. Ne tentez en aucun cas de sortir des sentiers sans un accompagnant local sérieux.
  • On peut dormir sur place dans des bungalows ou dans le camping. Si vous avez le temps, prévoyez la visite du parc sur deux jours pour bien en profiter.
  • En fonction des distances, pensez a bien vous équiper pour la balade: eau, répulsif moustique, chaussures fermées et pantalons, bâton de rando

 

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