Retour à nos amours Khmères – Prasat Phanom Rung

« Ce voyage est ennuyeux à mourir! Ca sert à rien de s’enfiler tous les temples Khmer du pays. Ils sont tous pareil! » Voici ce qu’un voyageur m’avait déclaré alors que je cherchais des informations pour planifier notre itinéraire en Isan, sur des forums de voyage.

Outre le fait que cette remarque est plutôt vexante (mais les gens se permettent tout sur Internet, où va le monde ma pauv’dame…), je vous jure qu’on peut s’éclater dans des temples Khmers! Demandez plutôt à Petit-Deux ce qu’il pense de ces gros tas de cailloux pour faire des sauts périlleux. Et à Petit-Un comment jouer au découvreur, dans les dédales de couloirs, d’escaliers et de petits ponts. On comptera ensuite tous ensemble les bras de Shiva et on partira à la recherche des chauves-souris. En fin de visite, le gagnant sera celui qui aura repéré le plus de têtes de Nâgas!

Prasat Phanom Rung

Les garçons ont atteint l’âge où tout les intéresse et où ils peuvent tout comprendre, ou presque. C’est un plaisir de partager avec eux notre passion des vieilles pierres. Nous avons choisi la bonne région, d’ailleurs! A seulement quelques centaines de kilomètres au nord d’Angkor, l’Isan abonde en temples et en vestiges Khmers en tous genres.

 

Retour à Prasat Phanom Rung

Par chance, en ce premier jour de vacances, nous sommes en avance sur le programme! (C’est parce que comme des foufous, on s’est levés à quatre heures du matin pour prendre la route… Excitation, quand tu nous tiens…) Nous sautons sur l’occasion pour retourner jeter un coup d’œil à l’un des sanctuaires majeurs de la région: Prasat Phanom Rung.

Prasat Phanom Rung

(Je ne reviendrai pas ici sur la typographie et la disposition des lieux, que j’ai largement décrits dans ce billet dédié à Prasat Phanom Rung, lors de notre précédent voyage.)

Forts de notre expérience, nous nous dirigeons vers l’entrée arrière du sanctuaire. Cela nous épargnera l’ascension et la longue traversée de l’allée processionnelle. Certes, la découverte des lieux est moins grandiose et on manque une partie. Mais on arrive tout fringants et tout frais au cœur de l’action. De toute évidence, on profite bien mieux des lieux que ceux qui se trainent, à moitie mourants et complètement écarlates, en haut des marches.

Prasat Phanom Rung

Nous décidons que pour cette fois-ci, ce sont les enfants qui choisiront l’itinéraire de la visite. De notre côté, c’est plus jouable, car nous connaissons déjà les lieux. Quant aux garçons, ils sont ravis de ce privilège. J’adore ressentir leur exaltation, lorsqu’ils franchissent un mur ou une porte, en se demandant ce qu’il y aura derrière. Comme je connais cette excitation. On se sent unique et seul au monde. Comme si on était le premier à mettre le pied en ces lieux. Le cœur bat. On s’imagine les salles et les merveilles avant de les découvrir.

Prasat Phanom Rung

 

Où l’on fait connaissance avec les Nâgas

On arrive aux ponts aux Nâgas, mythiques serpents protecteurs à cinq têtes. Ces ponts symbolisent le lien entre le monde des dieux et celui des hommes. C’est assez abstrait. Du coup, pouf, je perds les enfants. Au sens figuré d’abord. Puis Petit-Deux, au sens propre. On le retrouve dans la galerie extérieure. Il y a trouvé un plan incliné sur lequel il s’exerce au sprint en descente. Ca n’a pas l’air de déranger les autres visiteurs. Au contraire, deux jeunes filles sont en train d’essayer de parlementer avec lui pour l’intégrer à leurs selfies. Par malchance pour elles, Petit-Deux est très dur en affaires.

Nagas de Phanom Rung

Petit-Un remarque des Nâgas sur le toit du Prang principal. Et pas qu’un peu! En fait ces motifs sont partout. On s’amuse à les repérer, les photographier et les compter. De toute évidence, Petit-Deux ne partage pas notre enthousiasme pour ces reptiles sacrés. Il détourne le regard dès qu’on aborde la question. Et puis il boude. Il paraîtrait que je lui aurais mis du sable dans les chaussures. Volontairement bien sûr.

 

Shiva, le bœuf et les chauves-souris

On entre dans le sanctuaire central, dédié à Shiva. L’œil s’habitue doucement à la pénombre. On distingue un bœuf couché. C’est la monture traditionnelle de Shiva, dans la mythologie Hindoue. Ca sent le phoque, quand même. En un regard, Papa-Tout-Terrain identifie des centaines de chauves-souris, bien arrimées au cintre de pierre.

Prasat Phanom Rung

Malgré tout, ces voutes sont magnifiques. Elles sont chargées d’émotions, d’histoires et de prières. Elles ont dix siècles et des pierres tellement grosses qu’elles pourraient tuer un éléphant. Quels tributs grandioses pour les dieux des lieux. « Oh, Batman! » s’exclame Petit-Un qui vient d’apercevoir les chiroptères. Alors on prend une photo « avec l’Iphone de Maman », parce qu’il faudra absolument montrer ça aux copains de l’école!

Il commence à faire chaud et long pour les enfants. Il est temps de conclure la visite. Bien sûr, entre adultes, Papa-Tout-Terrain et moi-même aurions pu rester deux heures de plus, mais nous avons fait un beau tour du temple, déjà. Quoi qu’il en soit, nous sommes comblés: c’est une telle richesse de pouvoir profiter de tout ça en famille!

Sur le chemin de la voiture, c’est l’heure de l’interrogation orale. Les enfants sont en équipe. S’ils répondent bien, ils gagneront un bonbon. « Alors qu’est-ce que les Nâgas, les garçons? » Petit-Un cherche ses mots. Petit-Deux l’interrompt: « C’est un serpent à cinq têtes qui protège les hommes! » Quelle bourrique! Moi qui croyais qu’il n’avait rien écouté!

 

Prasat Ban Bu

En route pour la suite, nous retrouvons le petit chemin de terre sur lequel nous nous étions égarés parmi un troupeau de vache, en cherchant un temple, l’année précédente.

Or, le Tout-Terrain est joueur. Et ne s’avoue jamais vaincu! Hop, on ressort le GPS et on tente à nouveau notre chance! Vous voyez, c’est exactement pour ça que j’ai épousé Papa-Tout-Terrain. D’extérieur, comme ça, il fait plutôt mec sérieux, gendre parfait et bien sous tous rapports. Mais il suffit de lui faire miroiter un tout petit minuscule temple Khmer et on devient aussi barjo l’un que l’autre… J’aime tellement voir son regard pétiller, dans ces moments…

Prasat Ban Bu

Et vous savez quoi? Eh bien on l’a trouvé ce temple! Il s’appelle Prasat Ban Bu, et on l’a déniché au milieu d’une cour d’école! La recherche était finalement plus excitante que le temple en lui-même. Il s’agissait en réalité d’un édifice mineur, sans doute un petit sanctuaire d’hôpital, sur la grande route sacrée, qui reliait Angkor à Phimai, en Thaïlande.

 

Prasat Bhumpone

Ne nous arrêtant pas sur cette belle lancée, nous relions le Prasat Bhumpone, dans la proche province de Surin. En plein préparatifs de Songkran, le temple a revêtu ses habits de fêtes. Ici et là, de petites grappes de fidèles prient dans l’herbe auprès de moines bouddhistes.

Prasat Bhumpone

Cette fois-ci encore, le Prasat Bhumpone reste un sanctuaire de taille restreinte. Un beau Prang de briques herbues, que l’on sent lutter contre le poids des ans. Et les bases de ce qui pourrait être une ancienne chapelle d’hôpital. Pour les nos deux grands, c’est malgré tout l’occasion d’une sympathique grimpette sur les vestiges de latérite, tandis que Miss-Trois entreprend de brouter gaiement l’esplanade. Il suffit finalement de peu pour rendre tout le monde heureux!

 

 

 

Prasat Phanom Rung en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée principale: 14.532214, 102.944794
  • Coordonnées GPS de l’entrée arrière: 14.534489, 102.940985
  • L’entrée arrière permet de déboucher directement sur le sanctuaire et d’éviter l’ascension de l’allée processionnelle, sous le soleil. La découverte du sanctuaire est un peu moins magique par ce chemin, mais nous la recommandons aux visiteurs avec de jeunes enfants. (Ou aux visiteurs fatigués.)
  • Ouvert tous les jours de 8h à 18h
  • Le ticket adulte coûte 100 THB. Vous pouvez acheter un billet qui permet de combiner la visite avec celle du sanctuaire de Prasat Mueang Tam pour 150 THB.
  • Compter 2h à 2h30 pour la visite.
  • N’oubliez pas de jeter un coup d’œil au petit musée, également, à côté de l’entrée principale.
  • La visite est peu ombragée, les lieux sont en pente, et parcourus d’escaliers. Prévoyez de l’eau, des chaussures correctes et des chapeaux pour votre confort.

 

 

 

Isan, Nord-Est de Thaïlande

Carte de nos principales excusions en Isan – Nord-Est de la Thaïlande

Nos principales excursions en Isan

Cliquez pour agrandir (Sources de la carte)

 

Les coins que nous avons découverts et aimés

Dans la province de Buriram:

Dans la province de Kalasin:

Dans la province de Khon Kaen:

  • King Cobra village – Attraction**
  • Wat Thung Setthi – Temple Bouddhiste contemporain***
  • Prasat Puay Noi – Temple Khmer***

Dans la province de Nakhon Ratchasima:

Dans la province de Roi-Et:

Dans la province de Sisaket:

Dans la province de Surin:

Dans la province d’Udon Thani:

 

Quelques mots de l’Isan – Nord-Est de la Thaïlande…

L’Isan est une immense région du nord-est de la Thaïlande, attenant au Laos et au Cambodge. Encore largement agricole, cette zone s’est proportionnellement développée plus lentement que le reste du territoire, pour des raisons d’infrastructures de transport, entre autres. Sous forte influence religieuse et culturelle de l’empire Khmer, entre les 9eme et 13eme siècles, l’Isan conserve de magnifiques vestiges des périodes préangkoriennes et angkoriennes.

Carte de l'Isan en Thailande

Sources: Wikipedia

 

Comme à peu près tout le monde, nous avons découvert l’Isan par le sud, avec le beau parc naturel de Khao Yai.

Plus tard, de beaux paysages en somptueux temples Khmers, découverts sans méthode via les photos d’amis et de collègues, l’idée d’un road trip en Isan s’est impose comme une évidence. Nous avons adore cette région, riche d’humanité, chaleureuse, et simple. Déjà nous y sommes retournés pour le mariage de ma collègue P’Kung, et le plaisir de quelques nouvelles découvertes… et j’en suis sure, nous y retournerons encore!

Prasat Mueang Tam

 

 

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Eléphants, singes et temples – de Surin à Kalasin

Trois jours de visite des temples Khmer du sud de l’Isan nous ont permis de découvrir de très riches sanctuaires, des temples plus confidentiels et ont été l’occasion de surprenantes rencontres, à l’écart des circuits touristiques. Mais les enfants commencent à exprimer un trop-plein de vestiges. Aussi ne peuvent-ils retenir leur joie et leur excitation lorsque nous leur annonçons l’activité du matin: la visite de l’Elephant Study Center de Surin.

 

L’Elephant Study Center

Le village et la campagne qui bordent l’Elephant Study Center ont ceci d’étonnant qu’au détour des cours ou des allées, on y rencontre souvent à l’improviste des pachydermes –domestiques et attachés, bien sûr-, les cornacs habitant le voisinage avec leurs bêtes. Beaucoup d’énormes crottes d’éléphant, aussi, sur les routes alentours. On est dans l’ambiance!

Surin Elephant Study Center

La foule se presse à l’entrée du parc. Ce sont principalement des Thaïs du voisinage, ainsi que des Laotiens venus en voyage organisé. La foule est joyeuse, colorée et bruyante… ce n’est pas une foule des villes.

J’avais planifié cette activité avec d’autant plus d’enthousiasme que l’Elephant Study Center est intégré au « Surin Project », qui vise à améliorer les conditions de vie des éléphants en captivité, tout en diffusant de bonnes pratiques auprès de mahouts (=cornacs): ne pas battre les éléphants, leur éviter des charges trop lourdes, cultiver localement les végétaux destinés à leurs bêtes… Le projet est joli sur le site web, mais dans les faits, nous n’avons noté aucune différence entre ce centre et les autres attractions d’éléphants visitées ailleurs en Thaïlande.

Surin Elephant Study Center

Classiquement, on trouve les mêmes activités qu’ailleurs: distribution de friandises aux éléphants, balades à dos d’éléphant, spectacles d’éléphants, et commerce de souvenirs autour des éléphants. Il y a également un musée qui ne mérite pas vraiment son nom, avec ses trois panneaux d’affichages en Thaï uniquement, et une esplanade de jeux d’enfants qui nous a bien aidé à dépenser la belle énergie des nôtres.

Surin Elephant Study Center

Plus étonnant, le lieu rassemble quelques bêtes vraiment énormes. Nous n’avions jamais vu d’éléphants d’Asie aussi gros! Petit-Un a adoré sa balade « en hauteur », aux côtés de son Papa. Petit-Deux a préféré rester avec moi, mais il l’a pas mal regretté lorsqu’il a compris que, enceinte, il n’y aurait pas de promenade pour moi. Parce que si vous n’avez jamais pris d’éléphant, il faut bien savoir que ça bouge sacrément sur ces bestioles, même à un train de sénateur… je n’ose d’ailleurs pas songer à ceux qui combattaient sur des animaux au galop!

Surin Elephant Study Center

Le spectacle en revanche est assez médiocre. On nous y présente ce que font les éléphants partout en Thaïlande: jouer au foot, peindre des arbres sur des tee-shirts, se dresser sur leurs pattes arrière en barrissant et lancer des fléchettes sur des ballons. Le chapiteau où se déroule le spectacle est très chaud et mal ventilé. Mais surtout, la représentation manque assurément de rythme. Un éléphant fait un tout petit truc. Il est applaudi. Il s’approche du public pour être récompensé avec des morceaux de canne à sucre. Il s’en va. L’éléphant d’après se met en place pendant que tout le monde poireaute dix minutes. Et ça recommence. Cela n’a en rien affecté le plaisir des enfants, plus heureux de tendre des friandises aux éléphants que de regarder leurs numéros. D’ennui et de chaleur, nous sommes cependant partis avant la fin.

Surin Elephant Study Center

 

Les singes du sanctuaire de Ku Phra Kona

Nous prenons la route de la province de Roi-Et, où nous comptons visiter le temple moderne de Pa Non Sawan -que nous n’atteindrons malheureusement jamais.

En chemin, nous croisons l’indication d’un autre sanctuaire, visiblement ancien: le temple de Ku Phra Kona. Nous nous arrêtons à tout hasard. Le grand parc que nous traversons pour atteindre l’édifice religieux est habité par des singes. Ce n’est pas très surprenant, car en Thaïlande, les singes élisent couramment domicile dans les temples. Animaux sacrés chez les Hindous et les Bouddhistes, ils sont soignés et nourris par les fidèles du coin. Dans les lieux devenus attraction touristiques, les singes se nourrissent exclusivement de nourritures fournies par les humains ou volées. Ils sont facilement agressifs. Dans les endroits plus reculés comme Ku Phra Kona, ils semblent être restés principalement sauvages. Ils approchent peu des hommes, vivent dans les arbres, et semblent toujours habitués à se nourrir de par eux-mêmes, dans la nature –ou du moins partiellement.

Les singes de Ku Phra Kona

Sur un vélo, surgit de nulle part une vendeuse de bananes. Equipés de fruits murs, nous entamons la distribution.

Les enfants traînent un peu les pieds quand il s’agit de passer au temple. Mais comme « il y a plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter », ils nous suivent finalement de bonne grâce. La partie Khmer du site date du 11eme siècle. Elle se compose de trois Prangs de brique. Le Prang central a été « restauré », enfin, plutôt « refait ». Il est intégralement plâtré et de nouvelles cavités ont été créées dans la voute pour y héberger des statuettes bouddhistes. Les décorations relèvent elles aussi du bouddhisme, et clairement, la tour a aussi complètement changé de visage que de religion.

Le sanctuaire de Ku Phra Kona

Les deux Prangs contigus sont toujours de brique. Ils ne sont pas en très bon état et s’affaissent un peu, mais présentent encore plus d’intérêt: eux ont carrément été investis d’une statuaire et d’un décor bouddhiste, sans transformation préalable. Les niches sont décorées d’étoffes safran. L’on s’en approche désormais pieds nus. Y foisonnent les statues des principales divinités bouddhistes, les vases à encens et autres contenants destinés aux offrandes traditionnelles.

Parties anciennes du temple Khmer de Ku Phra Kona

Subsistent également quelques linteaux aux bas-reliefs assez fins ainsi que de petites inscriptions en alphabet Khmer, mais dont les dalles ont été un peu écartées des endroits de culte: elles ne constituent plus l’objet principal de ces lieux. Si les vestiges antiques ont progressivement été transformés par la religion dominante, on sent que les gens du coin y restent sincèrement attachés: près de nous, un moine du monastère voisin présentait ainsi sculptures et linteaux à un visiteur Thaï, et, quoi que nous ne puissions les comprendre, leurs regards, posés sur ces témoignages du passé, faisaient montre d’une réelle bienveillance.

Linteau sculpte de Ku Phra Kona

 

Brève escale à Roi-Et

Un peu plus au nord, nous traversons Roi-Et. Petit-Un avise un beau jardin public, équipé de pédalos. « S’il te plait Maman-chérie, je veux faire du bateau-flamingo! » En fait, c’est un pédalo en forme de cygne, mais on se comprend. Et Petit-Deux de renchérir qu’il voudrait le flamingo bleu, parce qu’il est teeeeellement beau! On a pas mal roulé récemment et les moments principaux de détente, pour les enfants, ont surtout consisté à crapahuter dans les temples Khmers et à jouer au freezbee dans les chambres d’hôtel –mais on n’a rien cassé!

Pedalo dans le parc de Roi-Et

Bref c’est ainsi que sur un regard complice échangé avec Papa-Tout-Terrain, nous renonçons, avec quelques regrets, mais de bon cœur, au temple de Pa Non Sawan… pour aller pédaler dans l’eau.

On enchaine avec une séance jeux d’enfants. Petit-Un devient tout de suite copain avec deux grandes filles d’au moins huit ans qui lui tiennent la main sans le lâcher, et le conduisent de toboggans en échelles de cordes. Il a l’air heureux comme un roi!

Leitmotiv du voyage, Petit-Deux a un souci de sable qui entre dans les chaussures. Il développe une technique forte intelligente qui consiste à hurler à mon intention chaque fois qu’il arrive au bas d’un toboggan, pour se faire transporter à bras, jusqu’au pied de l’escalier suivant. Curieusement, ça ne marche pas du tout du tout avec Papa-Tout-Terrain.

Il fait chaud

Nous concluons l’étape avec une bonne glace. En fait deux glaces pour Petit-Un, parce que Papa-Tout-Terrain a laissé tomber la première par terre. En partant de l’ère de jeu, toutes les nouvelles copines font de grands signes à l’ intention de notre ainé: « Au revoir Petit-Un! », crie l’enfant la plus âgée, en l’appelant par son prénom.

 

Soirée autour de Kalasin

Nous repartons pour l’étape du soir: Kalasin. Dans la voiture, les enfants chantent en cœur: « Promenons-nous, dans les bras, pendant que le loup y est pas… » Dois y voir une quelconque ironie, de la part de Petit-Deux, qui a bien plus usé mes bras que ses chaussures aujourd’hui?

Un peu avant Kalasin, nous nous arrêtons brièvement sur le site de Muan Fa Daet Song Yang. Il s’agit d’une ancienne cite préhistorique, qui se serait surtout développée entre les 10eme et 8eme siècles avant JC. En plus d’un petit musée alors fermé, il ne reste aujourd’hui que quelques monticules anciens, ainsi qu’une « borne religieuse« , et qui servait alors à identifier les zones sacrées. Peut-être y aurait-il eu plus à voir, mais nous ne cherchons pas très longtemps et ne trouvons rien qui nous convainque.

Muang Fa Daet Song Yang

Quoi qu’il ne soit nous ne souhaitons pas traîner, car nous prévoyons de passer la soirée sur le barrage de Lam Pao, au nord de Kalasin. Nous arriverons malheureusement trop tard: tout ferme dès la tombée de la nuit. En revanche, les derniers plaisanciers qui quittent les lieux ont l’air de s’être bien amusés: grande plage de sable, nombreux baraquements de nourritures variées, petites échoppes qui proposent bouées et jeux d’eau… il y a tout pour y passer une belle après-midi, ou milieu d’une foule locale, familiale et gaie! Nous concernant, ce sera pour une prochaine fois, peut être…

Barrage de Lam Pao a Kalasin

Une jolie occasion perdue mais nous ne nous démontons pas pour autant. A notre grand étonnement, nous repérons un restaurant de kebab, chaudement recommandé sur le web par quelques curieux de passage. Et si on y allait?… Mon estomac m’a quelque peu reproché la salade de papaye et le Laab Ped du midi, plutôt épicés pour un circuit digestif occidental, même habitué. Le changement lui fera du bien! Le GPS nous mène au fin fond de la banlieue sud de Kalasin, où nous commençons à désespérer. C’est un endroit où l’on ne s’attend plus à trouver à manger, et encore moins de la nourriture étrangère. Contre toute attente, le Kebab Garden est pourtant bien là et se révèle une excellente découverte, quoi que pas locale du tout. Le patron est jordanien, et très sympathique. Il nous cuisine, tout frais, de délicieux kebabs, du homos, des fallafels ainsi quelques autres plats non moins délicieux mais dont j’ai perdu le nom. Surprise du chef, il nous rajoute même quelques spécialités de son pays! Quel délicieux repas!

Le Kebab Garden a Kalasin

Ce soir-là, nous dormirons dans le confortable Dino Studio, qui nous prépare déjà à l’ambiance des activités du lendemain: la visite du musée des dinosaures de Kalasin!

 

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Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket


Après une bonne nuit de repos à Surin et le spectacle surprenant d’une célébration dansée de Songkran, nous reprenons le chemin des temples Khmers de la région, en commencant par Prasat Sikhoraphum. Nous en avons certes déjà vu beaucoup, mais chaque nouvelle visite nous subjugue et nous porte un peu plus loin dans la découverte de notre pays d’adoption et de sa culture millénaire. Après tout, ne dit-on pas que pour connaître une nation et un peuple, il faut d’abord s’intéresser à sa religion?

 

Les magnifiques bas-reliefs du Prasat Sikhoraphum

Prasat Sikhoraphum

Sanctuaire Hindou construit au XI ou XIIème siècle et dédié au culte de la déesse Shiva, le Prasat Sikhoraphum est particulièrement remarquable pour ses bas-reliefs extraordinairement riches et bien conservés, sur certains linteaux et montants de portes. Rien que pour ça, le lieu vaut vraiment le détour!

Bas relief Prasat Sikhoraphum

En dehors de ces points, il s’agit d’un temple de topographie classique, avec cinq Prangs, dont un principal, au centre. A l’occasion de cette visite, nous nous posons la question de l’utilisation des matériaux de construction (brique, latérite et grès), suivant les temples. Si le grès est presque systématiquement employé pour les linteaux et les encoignures des orifices, la fréquence de la brique semble varier d’une construction à l’autre.

Bas relief Prasat Sikhoraphum

Trouvée sur Internet, une intéressante synthèse sur l’architecture Khmer nous renseigne. La brique a, en réalité, été très utilisée à l’époque Préangkorienne, à partir du 7eme siècle, puis progressivement délaissée par la suite, car les murs de briques résistaient mal à l’épreuve du temps. Cette problématique était encore accentuée par le fait que les briques servaient souvent de parement à des murs de terre, plus friables et fragiles. La latérite, quant à elle, était un matériau facile à découper, et par conséquent privilégié pour les bases des bâtiments et les murs d’enceinte. Cette pierre n’était pas utilisée pour les pans sculptés ou travaillés, car en séchant, sa surface se constellait de petits cratères qui la rendaient visuellement impropre aux pièces d’apparence.

Porte du Prang principal - Prasat Sikhoraphum

 

Curieuse rencontre à Prasat Ban Prasat

Nous sommes désormais dans la province de Sisaket. En chemin vers l’étape suivante, on tombe sur le panneau indicatif de Prasat Ban Prasat. Inconnu au bataillon. Mais pictogramme d’antiquité. Ca nous intéresse! On arrête tout et on suit la direction. Là, nous avons très très bien joué le coup, parce qu’on a pris en photo le premier panneau, histoire de pouvoir demander notre chemin à des locaux, écrits à l’appui (et en Thaï). Après pas mal de bornes en pleine campagne, on est franchement perdus. Plus d’indications ni rien. Personne non plus à qui demander la route. Au détour d’une toute petite voie, quelques vagues panneaux. Tout est en Thaï bien entendu. On ressort notre photo.

Campagne entre Surin et Sisaket

Et là, avec Papa-Tout-Terrain, on se retrouve comme deux courges illettrées à essayer de comparer les directions indiquées sur la photo. La tâche n’est pas aisée, d’autant que les polices d’écriture diffèrent et que certains des panneaux sont mêmes peints à la main. Je fais choux blanc, c’est sûr, ce n’est pas là. Papa-Tout-Terrain s’exclame soudain: « C’est là! » Usant d’une technique fort intelligente, il avait comparé les lettres en commençant les mots par la fin. Effectivement après un nouveau brainstorming, nous nous accordons sur ses conclusions. On repart donc et même, on trouve notre temple!

Prasat Ban Prasat

Belle surprise d’ailleurs, c’est un de ces petits sanctuaires Khmers « caméléon », passé d’Hindouiste à Bouddhiste avec le temps. Un temple moderne, dédié à Bouddha, a été construit face aux antiques Prangs de brique. La base du nouveau bâtiment recycle même des blocs de latérite de l’ancien édifice, sans doute prélevés à ses murs d’enceinte ou à des bassins qui auraient aujourd’hui disparus.

L’histoire se corse un peu quand s’approche de la voiture une bonne demi-douzaine de policiers en uniforme. Ils regardent avec suspicion l’intérieur de notre véhicule alors que je suis justement en train de me battre avec ma braguette, laissée ouverte pour le confort de mon ventre de femme enceinte. Papa-Tout-Terrain tente de faire diversion. Il sort et lance un « Sawadikhap » (=bonjour) jovial, en attendant de voir ce qui va se passer. Là tous les policiers lui tombent dessus et demandent à être pris en photo avec lui. Ouf, tout va bien. C’est un peu effrayant quand même le sérieux que gardent ces hommes de loi en toute circonstance… On se parle peu, faute de langue commune. On dit juste qu’on est français et on lance le nom de quelques destinations récemment visitées dans la région. Les policiers proposent quelques autres lieux… quelques-uns sont dans les plans… pour les autres, je ne parviendrai pas à les recoller sur la carte, malheureusement. Qu’à cela ne tienne, on se sourit beaucoup et, à nous tous, on fait des dizaines de photos!

Avec les policiers de Prasat Ban Prasat

De leur côté, les enfants veulent rester dans la voiture. D’abord ils en ont un peu marre des temples et surtout, ils viennent de découvrir une application sur l’IPad de leur père, qui leur permet de nourrir et d’élever un chat. C’est tout de même plus intéressant! Avec Papa-Tout-Terrain, on fait un rapide tour des lieux. Emouvants d’austérité, trois Prangs se dressent vers le ciel. Clairement, ce ne sont pas des édifices majeurs et nous ne trouvons nulle part sculptures ou bas-reliefs. Pendant ce temps-là, les policiers continuent de tourner autour de la voiture, essayant de voler quelques clichés des enfants malgré les vitres teintées.

Prasat Ban Prasat

Nous garderons de ce lieu l’image d’une jolie découverte historique, mais aussi celle d’une belle rencontre humaine. Nous reprenons la route après plusieurs recommandations chaleureuses… mais nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’ils ont voulu nous dire.

 

 

Le Prasat Sa Kamphaeng Yai, sanctuaire Khmer intégré à un important temple moderne

Un peu plus loin dans la province de Sisaket, le Prasat Sa Kamphaeng Yai nous avait été chaudement recommandé. A juste titre. C’est le plus grand ensemble de sanctuaires à la fois antiques et modernes qu’il nous ait été donné de voir.

Prasat Sa Kamphaeng Yai

La partie ancienne, Hindoue, date du 11eme siècle. Le temple comporte une impressionnante enceinte de latérite avec une large galerie de circulation. L’emprunter donne une bonne idée du site et de son caractère monumental. A l’entrée est, un mur est recouvert d’anciennes inscriptions Khmer, magnifiquement conservées. Nous considérons avec émotion les traces laissées par cette belle civilisation du passé. Au centre de l’enceinte se dressent trois Prangs dont manquent les voutes, ainsi que trois autres bâtiments, dont deux au moins devaient être des bibliothèques. L’ensemble des bâtiments de briques a été rénové récemment.

Galerie de Laterite - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le site me semble particulièrement intéressant pour la vision architecturale d’ensemble que donnent les bâtiments, dont les parties hautes manquent souvent. Les encadrements et linteaux sculptés, en revanche, ne sont pas les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir -à moins que nous ne soyons devenus difficile ou que nous n’ayons eu vraiment trop chaud à ce moment-là.

Bas relief - Prasat Sa Kamphaeng Yai

De même qu’à Phanom Rung, c’est sans doute parce que le sanctuaire comporte des blocs de pierre d’une taille tellement extraordinaire que l’on note de si nombreux « trous » dans les dalles, de deux à trois centimètres de diamètre. Les spécialistes supposent que l’on fixait des barres métalliques dans ces orifices, pour le transport des matériaux. Suivant une autre hypothèse, on y installait des pattes de bois ou de métal, pour les manœuvres finales d’ajustement de la construction. Les trous étaient ensuite bouchés par des inserts de pierre ou de mortier, une fois le bâtiment terminé.

"Trous" pour le transport des pierres - Prasat Sa Kamphaeng Yai

A l’intérieur de l’une des bibliothèques, il est émouvant de trouver de petits tas de pierres tels que les construisent les fidèles bouddhistes, lorsqu’ils se recueillent dans des lieux sacrés ou même parfois dans la nature.

Bibliotheque - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le sanctuaire moderne ne manque pas d’intérêt non plus. Il se compose de deux temples, d’un gong géant, ainsi que de la statue gigantesque d’un sage, pilier du bouddhisme. On passe vite sur les zones de méditation car les enfants sont un peu turbulents.

Gong Geant - Prasat Sa Kamphaeng Yai

En revanche, nous nous arrêtons plus longuement au pied d’un temple moderne, à la base arrondie, et où il est proposé aux croyants –et aux autres- de répartir leurs offrandes entre des centaines de bols fixés à cet effet. On « fait la monnaie » en achetant une assiette de piécettes, et l’on charge nos enfants de les distribuer ensuite entre les bols à offrandes –les mêmes qu’utilisent les moines lors des offrandes matinales. Je trouve que l’activité représente assez bien la philosophie bouddhiste, tant elle prête à la méditation, de par sa longueur et sa répétitivité.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Cela dit il faut être enfant ou bouddhiste pour mener la tâche à bien, surtout par cette canicule. J’ai eu plusieurs fois envie d’arracher l’assiette des mains des enfants, de tout jeter dans un bol (oui, oui, UN SEUL bol) et de filer à la voiture, marmots sous le bras, parce qu’il faisait sacrément chaud, tout de même, à faire le pied de grue devant les saladiers.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

 

Le soir, nous faisons étape dans la petite ville de Tha Tum, à deux pas de notre activité du lendemain: l’Elephant Study Center de Surin. L’hébergement est modeste mais nous aurons droit, sur une péniche, à un très sympathique diner local, agrémenté par la voix suave et chaleureuse d’un jeune crooner du coin.

Repas en peniche a Tha Tum

 

 

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Songkran surprise dans la calme Surin

Après la découverte des vestiges Khmers de la province de Surin, nous faisons étape dans le chef-lieu régional, également nommé Surin. Le lieu a été choisi plutôt par la force des choses, car les hôtels de la région sont plutôt rares. Surin est une ville provinciale de 40,000 habitants. Un village pour l’Asie. Bourgade paisible, et trop paisible même… mais nous ne le savons pas encore, le lendemain s’y tiendra une grandiose et surprenante cérémonie, organisée a l’occasion des fêtes de Songkran.

 

Le paisible marché de Surin

Nous profitons de notre étape du soir à Surin pour une petite balade en centre-ville. En fin d’après-midi, il ne reste guère que le marché qui soit animé. Chacun s’affaire aux dernières courses du jour avant le dîner. Beaucoup d’ailleurs achètent des plats déjà prêts: pâtes sautées ou riz, cuits à la commande, currys et plats en sauce fraîchement mijotés du jour. L’on trouve aussi de beaux étalages de poissons, ainsi que des boucheries qui proposent, sur des tables de bois –pas réfrigérées, bien sûr- des viandes variées et surtout de grosses têtes de cochon qui intriguent beaucoup Petit-Deux.

Marche de Surin

 

Le pays où les enfants sont rois…

Les visites des marchés sont souvent des moments éprouvants pour les enfants. Dans ces lieux, il est courant que des commerçants ou des clients désœuvrés les interpellent, tentent de caresser leurs cheveux clairs, voire de les prendre dans les bras. A sa demande, je prends généralement Petit-Deux en porte-bébé ventral, capuche relevée sur la tête, pour éviter les principaux importuns. Il n’est pourtant pas rare qu’il s’exclame, furieux: « Maman, il y a une dame qui m’a touché!« … Alors bien sûr, j’essaie d’établir une distance physique maximale entre les enfants et les curieux, de préserver notre espace de sécurité par des regards intimidants, mais je fais aussi mon possible pour rester polie et compréhensive face à ces gentils indiscrets qui ne doivent pas voir de blondinets tous les jours…

Marche de Surin

Petit deux avise un bel étal de pommes de Java. Il en réclame. On en achète un demi-kilo. La vendeuse et son stand deviennent l’immédiat centre d’attention de tous les badauds des environs. Très flattée, elle offre un fruit à Petit-Deux, ravi.

Marche de Surin

Petit-Un n’aime pas les fruits mais voudrait un pistolet à eau. A l’approche de Songkran, les étals en débordent. C’était un achat prévu et promis de longue date, car nous comptons bien cette année participer aux batailles d’eau endiablées qui s’organisent lors du nouvel an Khmer. C’est armés de jouets énormes et colorés, que les enfants rejoindront ce soir-là l’hôtel, avec une seule idée en tête: les tester dans leur bain du soir.

 

Le Songkran surprise de Surin

Le lendemain au petit matin, nous nous apprêtons à quitter Surin sans regret. Nous n’y avons rien découvert qui mérite le détour. Lorsque nous rendons les clés de l’hôtel, l’employée semble déçue d’apprendre que nous quittons la ville. En même temps, qu’y faire?… D’un geste vague, elle nous désigne un poste de télévision qui hurle en boucle, derrière son comptoir, et diffuse les images d’une sorte de défilé en costumes locaux. Nous reconnaissons un monument de Surin – »le » monument de Surin, en fait- et interrogeons la jeune femme sur le teneur de l’événement. Cela dépasse malheureusement de beaucoup ses compétences en anglais. Nous nous résignons mutuellement à ne pas nous comprendre.

Nous filons vers le nord. Une musique aux accents du pays se fait entendre, de plus en plus sonore. Alors qu’un policier nous indique une déviation, apparait soudaine sous nos yeux la cérémonie de la télé de l’hôtel du matin. Ce qui nous avait semblé une chorégraphie mettant en scène quelques vedettes locales, sur petit écran, est en réalité un immense parterre de danseurs, opérant à perte de vue. Impossible de louper ça!

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

Nous nous garons à la « locale », en double file et sans frein à main, et rejoignons les quelques badauds qui assistent au spectacle. Ceux-ci sont en fait fort peu nombreux. Nous émettons deux hypothèses. Soit, la majorité de la ville est du spectacle si bien qu’il ne reste pas grand monde pour regarder, soit le spectacle diffusé à la télé n’est en fait pas vraiment ouvert au public et nos têtes d’étranger nous ont-elles donné un passe-droit involontaire auprès des policiers qui encadrent l’événement.

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

 

Une grandiose célébration dansée

A perte de vue, une mer de danseurs. Tous vêtus de costumes traditionnels assortis, ils ébauchent des pas classiques sur une musique Thaï. D’après mes estimations, ils ne doivent pas être loin de 5,000 –huit danseurs par rangée, une rangée presque tous les mètres, sur une rue de 650 mètres, d’après les calculs de Google Map. Comme toujours, c’est surtout leurs mouvements de mains, de doigts et de tête que je trouve surprenants de finesse et d’une extraordinaire souplesse. Mes collègues m’ont expliqué –démonstration de doigts à l’appui- que tous apprennent ces mouvements dès les premières années d’école, lors de cours spécifiques. Fait rare dans ce type de manifestations, la foule des danseurs semble même comporter une petite proportion d’hommes.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

On sent qu’il ne s’agit pas de professionnels car la motivation est inégale d’une personne à l’autre: certains prennent leur tâche très au sérieux, d’autre ébauchent plutôt les mouvements, avec des têtes à se demander ce qu’ils font là. En même temps je les plains sincèrement. De toute évidence ils ont commencé en même temps que la télé, soit depuis une bonne demi-heure au moins. Ils sont pieds nus sur ce goudron brûlant, tandis que le soleil de la matinée cogne sur leurs têtes, par une température de près de 40 degrés. Nous-mêmes ne nous éterniserons pas pour éviter un coup de chaleur. Nous assistons à quelques évacuations par les pompiers et ce n’est guère surprenant.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

Je prends Petit-Deux sur les épaules, pour qu’il puisse aussi profiter du spectacle. J’insiste: « Regarde, c’est extraordinaire, non? » Et Petit-Deux de me répondre: « Oh oui, il y a même une voiture rouge! » Un pickup des pompiers était effectivement garé en marge du spectacle. Comme quoi, nous ne pouvons pas tous avoir les mêmes sources d’émerveillement…

 

A la découverte de nouvelles beautés Khmères

Nous quittons Surin pour nous diriger vers le Prasat Sikhoraphum puis la province de Sisaket, où une rencontre inattendue nous attend. En route, nous dépassons le musée de Surin, malheureusement fermé à l’occasion du nouvel an Khmer. Nous le regrettons car il semblait riche de trésors antiques.

 

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Jolies surprises Khmères – Temples de Surin

Au fil de la province de Surin, les vestiges de temples Khmer ne se lassent pas de nous surprendre, qu’ils soient reconnus des circuits touristiques ou au contraires dissimulés, oubliés, puis intégrés dans le quotidien des populations locales.

 

Prasat Ban Phluang ou le temple désert

Après la découverte de l’incroyable –et difficile d’accès- Ta Muean Thom, l’arrivée à Prasat Ban Phluang nous parait presque trop facile. C’est d’ailleurs l’un des seuls vestiges Khmers que nous ayons visité dans l’Isan à se trouver en plein centre-ville. L’entrée est payante mais le garde a déserté sa billetterie, laissant juste derrière lui un vieux transistor hurler des chansons locales. La grille des prix affichée n’est pas très claire. Nous nous fixons un tarif d’entrée et déposons la somme sous la vieille radio.

Prasat Ban Phluang

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir entrer en voiture sur le site mais rien ne semble non plus l’interdire. Au loin, on voit deux ou trois pickups locaux au pied du Prang. Et il fait sacrement chaud. Et Petit-Deux s’est endormi dans son siège-auto. Nous nous accordons donc l’autorisation d’entrer. Quelques Thaïs ont installé une tente à proximité du vestige Khmer, peut être en prévision de Songkran. Ils sont très occupés à déjeuner et nous ignorent complètement. Le garde doit être de ceux-là. On leur sourit et chacun retourne à ses occupations.

 

Prasat Ban Phluang l’inachevé

La structure de Prasat Ban Phluang est très différente de celle des autels que nous avons visités jusqu’alors. Elle se compose d’un très large piédestal, planté d’un Prang en son centre. Le Prang est décoré avec beaucoup de raffinement, mais son érection semble s’arrêter brusquement, et à l’horizontale, comme s’il manquait une voute.

Prasat Ban Phluang - Prang inacheve

D’après certaines sources, les travaux de construction de bâtiment n’ont pas été achevés. Le socle semblerait ainsi trop large, en l’attente de deux Prangs latéraux qui auraient dû être rajoutés. La voute du Prang principal est sans doute manquante, mais a peut-être été bâtie en matériaux légers comme le bois, qui se seraient dégradés avec le temps. Certains commentaires prétendent qu’une partie des sculptures est inachevée, mais nous ne les avons pas repérées.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief

Le temple, construit à la fin du 11eme siècle, abritait un autel destiné au culte de Shiva. Comme il est d’usage, les bas-reliefs des linteaux évoquent principalement des scènes religieuses qui mettent en scène des Dieux Hindous. Cependant, lors de nos observations avec Petit-Un, c’est la finesse et la précision des représentations animalières qui nous ont particulièrement marqués. Pendant ce temps-là, de son porte-bébé, Petit-Deux émergeait à grand peine d’un sommeil profond.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief a motifs animaliers

 

 

Jolies surprises Khmères – Temples de Prasat Ban Prai

Nous reprenons la route de Surin, ou nous prévoyons de faire étape pour la nuit. En chemin, Papa-Tout-Terrain avise un panneau en Thaï, dont le pictogramme semble indiquer une autre construction ancienne. Il n’en n’est fait mention sur aucun guide. C’est le genre de plan un peu foireux où l’on a toutes les chances de se perdre et de revenir bredouille. On a fait la même, la veille, dans la province de Buriram, mais cela ne nous a évidemment pas servi de leçon… Nos vieux instincts d’explorateurs (en milieu tout sauf hostile) ont déjà repris le dessus. On se lance à l’aventure.

Coup de chance, la route est plutôt praticable. Au bout d’un moment, on tombe sur un temple, et plus encore, sur les vestiges d’un véritable édifice Khmer, le Prasat Ban Prai! Très curieux endroit que ce complexe religieux, dont nous ne connaîtrons le nom que grâce à un panneau de l’entrée. Le lieu semble introuvable, tant sur Internet que sur les guides de la région.

Par malchance, une cinquantaine de mètre avant l’entrée du temple, Petit-Deux a repéré un magasin qui vendait des glaces. Alors que l’on descend de la voiture, il entame des négociations musclées. « Je veux une glaaaaace! » « Ok, après le temple. » « Nooooon, tout de suiiiiiiiiite! ». On est au plus profond de la campagne. Les mémés du coin regardent avec un intérêt goguenard ce blondinet braillant. Elles n’ont pas dû en voir souvent. On arrive finalement à temporiser: d’abord une vitamine (toujours avec sur soi une vitamine C pour les moments de faiblesse), ensuite le temple, et après la glace.

La première zone que nous traversons est un temple bouddhiste contemporain, mais tombé à l’abandon. Reste un bâtiment à la toiture éventrée, parsemé de quelques statues de Bouddha que commencent à recouvrir la poussière et les crottes de pigeon. Mais comme à tout bouddha, vénération est due, restent de petits autels épars, récemment alimentés de cierges et d’encens.

Prasat Ban Prai - Bouddha dans une partie desaffectee du temple

« Alors le temple c’est fini, on peut avoir la glace? » « Non, c’est pas fini. »

 

Au cœur des cérémonies de Songkran

Un peu plus loin, un espace extérieur a été aménagé pour la prière. Difficile de dire si l’organisation est temporaire ou permanente, car à ce moment-là, le lieu est comble. Sur une estrade, une troupe de moines bouddhistes mène les prières.

Une foule de fidèles se presse pour les écouter, protégée du soleil par des tentures de toiles prévues à cet effet. Aux vues des chemises à fleurs, les célébrations sont clairement en lien avec Songkran. J’aime la façon ouverte et joyeuse dont les croyants bouddhistes célèbrent leur foi. Ici point de silence de mort. Certaines mémés des derniers rangs bavardent en surveillant d’un œil des enfants qui s’ébattent. Les fidèles vont et viennent, entre deux courses dans le marché tout proche. Tout le monde semble le bienvenu.

Prasat Ban Prai - celebration bouddhiste

« Maintenant c’est bon je peux avoir ma glace? » Tiens, je note que Petit-Un ne dit rien, ne demande rien et ne râle même pas. Attitude un peu opportuniste, mais après tout, il n’a pas tort. Il aura bien sa glace en temps voulu et Petit-Deux se charge d’être casse-pieds pour les deux.

Prasat Ban Prai - escalier de laterite

Pas directement concernés par les cérémonies bouddhistes, nous nous dirigeons enfin vers la partie la plus éloignée du site, qui comporte les vestiges Khmers. On y retrouve traditionnellement un grand socle en latérite, ainsi que trois Prangs de briques aux sobres linteaux de grès. Il n y a pas ou plus de décorations sculptées. Certainement Hindou à l’origine, le site de Prasat Ban Prai a visiblement doucement glissé vers le bouddhisme, comme en témoignent les offrandes présentes à l’entrée des autels, et la cohabitation avec les lieux de culte contemporains. C’est finalement l’histoire de très nombreux sites religieux de par le monde, mais quelle curieuse histoire, tout de même…

Prasat Ban Prai

 

Le quatre heure

Sur le chemin du retour, on tombe sur un petit vendeur de rue, au vélo-frigorifique rempli de crèmes glacées. Allez, on y est cette fois ci. Enfin presque parce que les enfants veulent une glace « rainbow » que le mec n’a pas. On a déjà mis longtemps à lui faire comprendre ce qu’on voulait et il n’a pas l’air spécialement content. Petit-Un trouve finalement une glace « papillon » à son gout. C’est fou les glaces qu’ils font maintenant!

De mon temps on avait des esquimaux à l’eau tout bêtes. Je me sens vieille du coup. Petit-Deux veut aussi une glace « papillon » maintenant mais le vendeur n’en n’a plus. Il n’a pas l’air très motivé à chercher alors Petit-Deux l’aide un peu à retourner sa glacière jusqu’à finalement trouver l’objet de ses convoitises. Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé très à propos pour prendre une photo urgente. J’avale ma honte, paye le vendeur et déguerpis en vitesse.

Retour à la voiture et là, on voit venir le moment folklo. Dans le véhicule des sièges-auto. Dans les sièges-auto des enfants encore propres. Et dans la main des enfants encore propre des glaces « papillon » qui ne demandent qu’à couler sur les mains, les enfants, les sièges-auto et la voiture. D’autant que la glace « papillon », c’est traitre, car la glace « papillon » comporte deux bâtons d’esquimau qui permettent de séparer les deux ailes du papillon en deux demi-esquimaux indépendants. Cela implique donc que l’enfant lèche les deux parties en parallèle, pour éviter la fonte intempestive de l’un des éléments –sachant qu’il fait 42 degrés dehors.

J’hérite donc de la surveillance de deux enfants et quatre morceaux de glace, tandis que Papa-Tout-Terrain, le veinard, reprend le volant … Il y a une compensation cependant: pour limiter les risques ou rattraper le coup, l’une de mes attributions en tant que « surveillante des glaces » consiste à lécher tout de qui coule!

Nous prenons paisiblement la route pour la ville de Surin, où nous découvrirons par hasard d’étonnantes festivités.

 


Prasat Ban Phluang en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ban Phluang14.610385, 103.424423
  • Ouvert de 7h00 à 18h00
  • Il semble qu’il faille acheter des tickets mais ce n’est pas très clair…

 

 

 

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Ta Muean Thom, temple et militaires – Surin

Nous avions à l’origine écarté l’idée de visiter Ta Muean Thom, temple situé dans une zone territoriale en conflit entre la Thaïlande et le Cambodge. Heureusement notre curiosité l’a emporté. Nous avons découvert un sanctuaire magnifique à l’atmosphère étonnante. Si l’on excepte les nombreux militaires postés là, nous étions alors « seuls » pour explorer ces lieux magiques.

 

Sur la route: deux anciens fours à céramique

Après Prasat Muan Tam et Phanom Rung, nous partons à la découverte des temples Khmers de la province de Surin. En route, nous faisons escale sur les tout petits sites de Tao Nai Chian et Tao Salai, deux anciens fours de potier, utilisés durant la période Khmer, entre le 9eme et le 12eme siècle. Il ne reste vraiment presque rien. Nous n’avons pas de compétences archéologiques particulières, et clairement, sans les panneaux explicatifs, nous n’aurions jamais su de quoi il s’agissait. On distingue juste quelques tessons de céramique à la surface du sol. Du coup on a fait un petit « chercher et trouve » visuel avec les enfants, histoire de les intéresser un peu. Eux étaient surtout contents de sautiller dans les marches du bâtiment. Ça se défend.

Le sud de la province de Surin est terriblement sec et désolé. L’on traverse peu de villages. Il est difficile de trouver des commerces de subsistance. Papa-Tout-Terrain avise une station-service qui a l’air presque désaffectée. Pour une somme très modique, nous approvisionnons largement en eau, en lait et en chips, au cas où. Le patron a l’air drôlement content qu’on lui achète tout ça. Il ne doit pas voir beaucoup de clients.

Un bétail maigre broute l’herbe jaune. Les bestiaux n’ont presqu’aucune ombre pour s’abriter. Certains se rabattent sur les piles de foin traditionnelles de la région, très similaires à celles que nous avions vues au Cambodge. Nous ne sommes d’ailleurs qu’à une dizaine de kilomètres de la frontière et l’influence cambodgienne est certaine, en particulier dans l’architecture des maisonnettes campagnardes. D’après le guide, 30% de la population de cette zone est même khmèrophone (le khmer est la langue officielle du Cambodge).

Piles de foin traditionnelles du Cambodge

 

Et puis c’est trop bête!

Finalement on est vraiment juste deux pas de Ta Muean Thom, cet ancien temple à la frontière d’avec le Cambodge. Je l’avais rayé du programme car la zone pouvait être le théâtre de conflits frontaliers. D’ailleurs, elle était peut-être même déconseillée par le Ministère des Affaires Etrangères, mais la carte du site Internet était peu lisible, pas vraiment à l’échelle, et sans repères géographiques, si bien que je n’ai pas vraiment réussi à le déterminer. Bref, tout a l’air calme et désert… et si on poussait un peu plus loin pour jeter un coup d’œil?… Au pire il serait toujours temps de revenir sur nos pas…

 

Le conflit frontalier autour de Ta Muean Thom

Peu de sources occidentales évoquent le conflit territorial de la zone de Ta Muean Thom, et il me semble qu’il y a peut-être confusion avec les rivalités liées au temple de Prasat Preah Vihear, une centaine de kilomètres plus à l’est. Le paragraphe qui suit est donc sujet à caution, mais je trouve l’épisode digne d’être rapporté.

Au début du 20eme siècle, les autorités coloniales françaises qui occupaient alors le Cambodge ont entrepris de tracer les frontières qui séparaient le pays d’avec la Thaïlande. Pour une raison inconnue, le trait a dévié de quelques kilomètres au niveau de ce temple, qui s’est soudain retrouvé au Cambodge, bien que tacitement considéré comme Thaï, par tous, et depuis toujours.

Il semble que durant cinquante ans, le Royaume de Thaïlande n’ait rien noté, malgré bonne réception du document officiel… jusque dans les années 1950, où le Cambodge a entrepris d’occuper militairement cette zone qui lui appartenait de droit. Conflit frontalier armé. Arbitrages internationaux. Confirmation par les Cours Internationales que le Cambodge est dans son bon droit. Puis occupation de la zone par les Khmer Rouges, à partir des années 1970, qui pillent le temple d’une partie de ses richesses. Normalisation des relations entre les deux pays dans les années 1990, puis réouverture du temple. Aujourd’hui, l’accès à l’édifice n’est possible que de la Thaïlande, car côte Cambodgien, la jungle a repris ses droits et la route n’est plus praticable. En 2011 pour la dernière fois, ont été tiré quelques coups de feu entre les deux partis.

 

Une zone visiblement peu fréquentée par les touristes

Les rares sources Internet que je trouve indiquent qu’un chemin de terre, principalement utilisé par les vaches, permet d’accéder à l’édifice. La zone est semble-t-il minée depuis l’occupation des Khmers Rouges. Pour éviter les migrations clandestines, il semble enfin que le temple ferme à 15 heures, tous les jours. Nous tentons l’affaire avec un brin d’appréhension, bien décidés à rebrousser chemin au moindre doute.

Vache dans la campagne du sud de Surin

Soucis suivant: impossible de localiser le temple sur le GPS ni la carte. Ni en Thaïlande ni au Cambodge. Je tente de Googler différentes orthographes, car les transcriptions du Thaï peuvent être fluctuantes. Ah!… il y a quatre graphies possibles: Ta Muean Thom, Ta Muen Thom, Ta Muan Thom, et Ta Moen Thom, sans compter le « H » de Thom qui saute parfois. Je trouve enfin les coordonnées GPS du sanctuaire, sur un excellent site très spécialisé.

La route est finalement plutôt bonne. Et finalement goudronnée. On arrive à un poste de l’armée, bloqué par une barrière peinte en rouge et blanc. Nous n’en menons pas très large. Un militaire Thaï nous accueille aimablement et nous tend un petit bout de papier plastifié qui fait office de laisser-passer pour le Cambodge. Il soulève la barrière en tirant sur une toute petite ficelle reliée à une toute petite poulie (à la main ça aurait marché aussi, je crois).

Poste Frontiere entre la Thailande et le Cambodge

La situation n’est pas courante, mais à l’arrière de la voiture, les enfants s’en fichent complètement. Ils chantent à tue-tête: « Je te tiens, tu me tiens, par la Mère Michel, le premier, de nous deux, qui rira, aura une tapette! » Ils ont récemment appris de nombreuses comptines françaises, dont ils font parfois une interprétation un peu personnelle…

 

Prasat Ta Meuan

Peu après le poste frontière, nous découvrons un premier bâtiment, le Prasat Ta Meuan (12-13eme siècles), qui faisait office de gite d’étape –Dharmasala– sur la route qui reliait Angkor à Phimai. L’édifice de pierre servait sans doute de lieu de culte aux pèlerins. Ces derniers n’y logeaient pas cependant, et trouvaient vraisemblablement refuge dans des bâtiments de bois attenants, prévus à cet effet. L’architecture est simple et la construction n’est pas décorée. Nous n’osons pas vraiment descendre de la voiture et regardons de loin.

Prasat Ta Meuan

 

Prasat Ta Meuan Toht

A quelques centaines de mètres de là s’élève le Prasat Ta Meuan Toht, de la même période. Il est gardé par un civil en tongs, qui fait la sieste couché au pied de sa mobylette. Il nous jette un regard las et nous fait signe d’entrer ou de faire ce qu’on veut. On comprend qu’il n’ait pas envie de bouger car il fait très chaud. De notre côte, cela nous donne plutôt confiance. Vu l’attitude du type, l’environnement ne doit pas être si dangereux que ça. Nous descendons de voiture. Les enfants râlent parce que leurs jambes sont fatiguées. Ils se précipitent finalement lorsqu’on mentionne qu’il y a « plein de grosses pierres qui attendent des petits garçons pour sauter ». Cela deviendra la formule magique du voyage, à chaque coup de mou!

Prasat Ta Meuan Toht

Le bâtiment était une chapelle qui jouait vraisemblablement un rôle d’autel-hôpital à des fins thaumaturges. Seules les parties les plus hautes du grand Prang ont conservé quelques-uns de leurs bas-reliefs d’origine. On retrouve les éléments classiques des temples Khmers, dans ce petit sanctuaire: bassin extérieur, enceinte circulaire, portail massif, entrée voutée, Prang abritant l’autel principal, linteaux de pierres claires et dures…

Prasat Ta Meuan Toht - face est

Pendant ce temps, les enfants ont trouvé une grosse graine d’arbre qui part au vent en tourbillonnant, à la façon d’un hélicoptère. Ils passeront le gros de la visite à rechercher d’autres graines du même type et à les faire voler le plus loin possible, en les lâchant du haut des marches millénaires. Après tout, si nous, adultes, nous réjouissons de découvrir la civilisation Khmer, les enfants ont toute légitimité à découvrir le monde et ses secrets.

 

Prasat Ta Muean Thom et les militaires

Nous reprenons la voiture en direction du temple principal, le Prasat Ta Muean Thom. Cette fois-ci l’entrée est barrée par une cahute de l’armée, et il y a des soldats partout. Un grand espace d’herbe nous semble être le parking mais nous ne savons pas si nous pouvons nous garer et comment, car nous sommes le seul véhicule. Un soldat nous fait signe de nous mettre n’importe où. Il garde nos passeports à l’entrée du temple.

Enceinte exterieure du sanctuaire de Ta Muean Thom

La zone à laquelle nous avons accès est très limitée par des barrières et des sortes de tissus de camouflage. Il semble que le reste du terrain n’ait pas encore été complétement déminé. J’explique aux garçons qu’il ne faut pas quitter le chemin principal, à cause des mines, qui sont des armes de guerre qui pourraient les blesser très fort. On n’est pas très « guerre » ou « armes » chez nous, et mon avertissement est visiblement très abstrait pour eux. Tant mieux, quelque part. Pour le moins, ils respecteront tout au long de la visite la règle de ne pas faire les fous. Il faut dire par ailleurs que nous serons toujours suivis de très près par un ou plusieurs soldats, ce qui ne donne pas très envie de faire l’andouille.

Temple de Ta Muean Thom

Le temple, construit au début du 11eme siècle, était un sanctuaire Hindou dédié à Shiva. Contrairement aux conventions architecturales du genre, il est tourné vers de sud, sans doute pour des raisons défensives, et à cause de la topographie du terrain. Si les plus belles sculptures ont malheureusement été pillées pendant l’occupation par les Khmers Rouges, l’édifice a cependant gardé toute sa superbe.

La richesse des scuptures de Ta Muean Thom

 

Une architecture d’une rare beauté

Beaucoup de ses bâtiments sont en grès et confèrent finesse et élégante aux lieux. Des bas-reliefs qui restent, on imagine la richesse avec laquelle le temple et ses autels devaient être décorés. Certaines parties de la galerie d’enceinte commencent à ployer sous l’effet des ans, mais de leur imposante stature n’émane qu’une dignité sacrée qui force au respect.

Galerie de circulation de Ta Muean Thom

Plus étonnant, le sanctuaire est bâti sur d’immenses dalles de pierre, qui rehaussent encore le caractère remarquable des lieux. En certains endroits, des rochers arrachés donnent à voir un ingénieux système de drainage de l’eau en souterrain, par un jeu de canalisations en pierre. C’est le seul vestige Khmer où il nous aura été donné de voir de telles installations.

Canalisations de Ta Muean Thom

 

Quelques instants de détente avec les soldats

Les militaires des lieux n’étaient pas franchement très occupés. La plupart était disséminée en petits groupes dans le temple, souvent assis par terre à discuter ou pique-niquer (on était à l’heure du repas). Un soldat plus curieux s’est approché de nous pour échanger quelques mots en anglais, savoir d’où nous venions… Puis piquer et enfiler la casquette de Petit-Deux. D’ordinaire plutôt sauvage, Petit Deux s’est très vite pris au jeu, a prêté ses lunettes de soleil, puis escaladé les bras du soldat visiblement ravi. Petit-Un a voulu participer à son tour, tentant de grimper sur le dos de ce nouveau compagnon de jeu. Il s’en est suivi une dizaine de minutes d’une gentille mêlée, de portés, de jeux d’avions, de roulés-boulés dans l’herbe, avec bien sûr de jolies photos souvenir

 

Un souvenir unique

Le temple de Ta Muean Thom est très beau, et sa visite a été d’autant plus spéciale pour nous de par son goût d’aventure, et aussi, parce que nous étions absolument les seuls touristes à découvrir ces lieux! Les militaires ont été charmants pour nous et nos enfants, d’autant qu’ils étaient visiblement peu occupés aux travaux de la guerre, à ce moment-là. A notre départ, nous avons même découvert un jardin que cultivaient les soldats, lors de leurs moments oisifs –qui devaient être nombreux, car le jardin était grand. Ces derniers n’avaient cependant rien de soldats d’opérette. Par les portes entrouvertes des baraquements proches, l’on pouvait voir de lourds armements, et certaines balustrades dissimulaient à coup sûr ce qui devait être des abris anti-aériens (dixit Papa-Tout-Terrain car moi je n’aurais rien reconnu du tout).

Ta Muean Thom

 

Nous reprenons la route pour de nouvelles découvertes du monde Khmer dans la province de Surin.

 


Prasat Ta Muean Thom en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ta Muean Thom: 14.349190, 103.266391
  • Ouvert de 8h00 à 15h00
  • Il n’y a pas de ticket à acheter pour le site mais des laissez-passer à obtenir de la part des militaires. Suivez leurs indications.
  • Il s’agit d’une zone militarisée et de tension entre la Thaïlande et le Cambodge. Naturellement, comportez-vous de façon exemplaire et respectez toujours les indications données par les soldats. N’essayez pas de vous approcher des zones balisées et ne prenez aucune photo des zones militaires.
  • La zone ayant été minée, ne sortez jamais des chemins tracés. Déplacez-vous en voiture entre les sites.
  • La région n’étant ni très touristique, ni très peuplée, vous ne trouverez pas nécessairement d’endroit où acheter de l’eau autour de Prasat Ta Muean Thom. Penser à en faire provision à l’avance.

 

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