Le riz gluant au lait de coco – recette thaï

Bonne année! C’est toujours les vacances de Songkran, le Nouvel An Khmer, en Thaïlande!

Pour fêter ça, on va se mettre en cuisine! Je vous propose la recette du riz gluant au lait de coco, qui se déguste généralement avec de la mangue! Il s’agit d’une recette très populaire en Thaïlande, et qui répond au doux nom de khao niao mamuang. Ca a l’air poétique comme ça, mais khao niao veut dire « riz gluant » et mamuang veut dire « mangue ». L’appellation est donc très prosaïque. Quant à la dégustation, c’est une vraie tuerie!

 

Ingrédients pour quatre gourmands

(Il faudra vous y prendre une bonne demi-journée à l’avance, à cause du temps de trempage du riz gluant.)

  • 300 grammes de riz gluant
  • Un demi-litre de lait de coco
  • 150 grammes de sucre de palme
  • Des mangues

 

Trouver les ingrédients principaux…

La base de la recette c’est le riz gluant. Vous pourrez en trouver dans les épiceries asiatiques sous le nom de riz gluant ou « glutinous rice ». Ce riz se cuit un peu différemment du riz normal, et je trouve que son goût est plus fin. C’est un féculent qui se consomme surtout dans le nord-est de la Thaïlande, dans l’Issan, mais également au Laos attenant.

Vous trouverez le lait de coco dans n’importe quel hypermarché. Ne le confondez pas avec l’eau de coco. L’eau de coco est translucide: c’est le liquide qui s’échappe quand on ouvre la noix de coco. C’est très bon mais pas assez gras. Le lait de coco, lui, est blanc. Il est préparé à partir de la pulpe de la noix de coco râpée.

Le sucre de palme, pour finir, est fabriqué à partir des fleurs du palmier à sucre. On l’achète sous forme de petits palets ou parfois d’un gros pain. En Thaïlande, il est vendu sur le bord de la route, dans les zones de palmeraies. Mais sinon, vous en trouverez dans les épiceries asiatiques. Faute de sucre de palme, on peut mettre du sucre roux ou même du sucre blanc. Les deux premiers sont plus parfumés. Mais le sucre blanc permet de présenter à table un riz plus clair, que je trouve esthétique, aussi.

Sucre de palme pour le khao niao mamuang

Au moment de servir votre dessert, si vous avez des mangues, c’est l’occasion ou jamais d’en faire bon usage! Mais sans mangues, j’accompagne le dessert d’autres fruits, comme des lichies en boite pour faire exotique, ou des poires bien parfumées, tout simplement. D’ailleurs, faute de mangues, il m’arrive de servir le dessert sans fruit et ça ne déranger personne à la maison!

 

Lavage et trempage du riz

On commence par laver le riz. On le met dans un grand saladier, on le recouvre d’eau et on touille. Lors des premiers lavages, l’eau va se troubler, car le riz se débarrasse de son amidon et de ses résidus. Ensuite, l’eau reste bien claire.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

On passe ensuite à la phase de trempage. C’est très important, car sinon le riz ne cuit pas comme il faut. J’en ai fait l’expérience à mes dépends à Noël, alors qu’on m’avait commandé un riz gluant pour vingt-cinq personne et que j’ai voulu faire la maligne et gagner du temps. (Le résultat était vraiment loupé loupé!) En général, je fais tremper une douzaine d’heures.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

La nounou qui s’est étonnée que je prenne mon riz en photo a ajouté quelques commentaires, du coup. Pour trois cents grammes de riz, elle estime que deux à trois heures de trempage peuvent suffire. Avant de passer à la cuisson, il faut juste vérifier sur un grain de riz qu’il est devenu friable, entre deux doigts. (Mais il faut appuyer drôlement fort, tout de même, je trouve. Même après douze heures de trempage.) En revanche, si l’on peut faire tremper plus longuement, le résultat n’en sera que meilleur!

 

La cuisson du riz

Traditionnellement, le riz gluant se cuit dans une sorte de grand « chapeau » de bambou tressé, que l’on place sur une marmite à la forme particulière, et dans laquelle on fait bouillir de l’eau. Le chapeau confère au riz un petit arrière-goût végétal intéressant. Mais si vous ne possédez rien de tel, vous pouvez utiliser un chinois ou un égouttoir métallique, perché sur une casserole d’eau bouillante. On recouvre le tout d’un couvercle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Ma nounou, qui passait encore par là, m’a fait remarquer que j’ai choisi une casserole beaucoup trop grosse pour mon chapeau. « Vous savez qu’il existe des casseroles beaucoup plus petites? » Effectivement, je les ai vues dans le magasin. Bref, elle me confirme que ça marchera pareil, mais qu’on va galérer à trouver une place dans les placards pour la ranger. Elle n’a pas tort.

Avant de lancer la cuisson, on mouille le chapeau à l’eau, pour éviter qu’il ne brûle.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Toutes les dix minutes –ou quand on pense- on secoue le riz. On prend le chapeau en main, et d’un geste de poignet vif et élégant, on essaie de faire se rassembler le riz gluant vers le centre. Très vite va se former une grosse boule qui reste solidaire, et il suffira ensuite de faire tourner la boule. L’objectif est que le riz soit cuit partout pareil. Puis on rebouche avec le couvercle avant de revenir secouer à nouveau un peu plus tard. Le riz est cuit quand il n’est plus croustillant au milieu. Le temps de cuisson oscille entre quinze et quarante-cinq minutes, en fonction de la fraîcheur du riz (le riz tout juste récolté cuit super vite) et de combien de temps vous l’avez laissé tremper (plus il aura trempé longtemps, plus la cuisson en sera rapide).

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

 

Alternatives à la cuisson du riz « dans le chapeau »

Il existe des alternatives qui demandent moins d’équipement et moins de temps. Quand je suis pressée, la cuisson à la cocotte minute –après trempage- fonctionne aussi très bien et va plus vite. Une quinzaine de minutes environ. Mais comme les trous du panier sont assez éloignés les uns des autres, je trouve que la couche inférieure du riz a tendance à se détremper un peu.

Une dernière solution est la cuisson micro-ondes. Après une heure de trempage, on recouvre le riz d’eau et on laisse un petit centimètre en plus, au dessus du riz. On met à cuire cinq minutes au four à micro-ondes. On mélange. Puis on remet en cuisson par tranches de trente seconde, jusqu’à obtention d’un riz satisfaisant. Cette technique est très pratique si l’on veut manger du riz gluant au lait de coco. En revanche, je trouve le résultat trop humide pour être consommé en accompagnement d’un plat salé.

 

La sauce au lait de coco

On met le sucre et le lait de coco dans une casserole à feu doux. L’idéal est de ne pas laisser bouillir le mélange. Le sucre se dissout dans le lait de coco et c’est prêt.

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Les Thaïs ont l’habitude de saler la préparation. Style beaucoup. Avec une pleine cuillère de sel, quoi. On sent vraiment le goût salé. Mais dans la famille, on préfère sans le sel, et d’ailleurs, tout le monde est d’accord pour dire que mon riz gluant au lait de coco est bien meilleur encore que la recette originale… Alors à vous de voir, hein, je ne veux pas du tout vous influencer…

On verse ensuite la moitié de la sauce encore chaude sur le riz et on mélange. On poêle un peu le riz avec sa sauce au lait de coco histoire que le liquide soit bien absorbé, et c’est prêt!

Preparation du riz gluant au lait de coco - khao niao mamuang

Notre nounou vient de repasser. Elle a dit que c’était très bien que ça sentait bon! (Elle est pourtant plutôt avare en compliments.)

En Thaïlande, le riz gluant peut être servi chaud ou à température ambiante. A la maison, Papa-Tout-Terrain le préfère bien froid. Moi je le trouve toujours bon.

Au moment du service, on proposera une grosse quenelle de riz gluant sucré à côté d’une mangue découpée. Le reste de la sauce au lait de coco est laissé à disposition, pour un assaisonnement au goût.

De toute évidence, je ne suis pas une blogueuse culinaire. En reprenant mes photos a posteriori, je réalise combien la présentation finale est moche moche moche! C’est une catastrophe! Bon, je n’ai que ça alors je vous le mets quand même. Et je vous rajoute aussi une photo de riz gluant du commerce qui est un poil mieux. Mille pardons! Et bon appétit quand même…

Khao niao mamuang du commerce

 

Le riz gluant autrement…

Puisque vous savez maintenant tout de la cuisson du riz gluant, et que vous en aurez bientôt sous la main, je vous recommande de l’essayer également en plat salé. Ca se cuit pareil. Et on peut le manger à la place du riz normal, avec tout. La façon la plus populaire de le déguster, c’est de l’accompagner de poulet grillé au barbecue.

Traditionnellement, le riz gluant se mangera avec les doigts. On forme tout simplement une boulette de la taille d’une bouchée, à laquelle on adjoint un peu de poulet –ou un autre aliment- pour parfumer. C’est le grand délice de nos enfants, et ils en mangent des quantités impressionnantes!

 

 

Songkran, le Nouvel An Khmer à l’école

C’est les vacances! Nous fêtons le Nouvel An Khmer aujourd’hui. En Thaïlande, cette fête s’appelle Songkran.

Depuis plusieurs semaines, le pays est en ébullition. On baigne dans une ambiance sympathique et fiévreuse d’avant les grandes fêtes. La même que les semaines qui précédent le Nouvel An chinois, en Chine. Ou bien sûr, la période de l’Avent en Occident. Collectivement, chacun s’agite. On prépare ses vacances. On réserve ses billets pour les congés. Les supermarchés sont pleins et les chariots débordent de victuailles alléchantes. Les gens ont l’air plus pressé et plus content qu’à l’habitude. Le matin, la nounou a très envie de papoter. Elle me raconte sa belle-mère en vacances, sa famille, ses grands enfants…

(Je ne reprendrai pas ici toute les explications des festivités de Songkran. Vous pouvez les retrouver dans mon billet de l’année dernière sur le Nouvel An Thaï, et également lire les jolies batailles d’eau auxquelles nous avons assisté dans la province de Kalasin, après la visite du musée des dinosaures.)

Songkran a Kalasin

 

La grande transhumance

Coup de tonnerre cependant la semaine dernière. La législation a changé. Il est désormais interdit de charger plus de personnes dans les voitures qu’il n’y a de ceintures de sécurité. La police a immédiatement mis la loi en application et réellement sanctionné les contrevenants. Dans beaucoup de familles, c’était une catastrophe. C’est justement pour Songkran que l’on a besoin de déplacer tout le monde. Pour les raisons fiscales, les pick-ups coûtent beaucoup moins cher que les voitures de tourisme. Cette solution a donc été privilégiée de longue date par les Thaïs. On rajoute facilement quelques personnes dans l’habitacle… sans compter ceux qui seront transportés dans la benne du véhicule, pour les convois exceptionnels.

Departs pour Songkran

Source: Bangkok Post

Bref, c’était le branle-bas de combat. Notre nounou a passé des heures au téléphone avec ses copines pour trouver des solutions alternatives. Les autorités du pays ont bien suggéré de prendre des bus, mais la plupart des billets étaient déjà réservés et bien sûr, les prix se sont envolés. La décision du gouvernement peut sembler surprenante à la veille des plus importants congés du pays. Elle avait néanmoins pour objectif de limiter la mortalité routière, qui explose toujours sur cette période.

La population a cependant tant grondé que, deux jours plus tard, l’application de la mesure a été suspendue et reportée à après les fêtes. Même si les questions de sécurité routière subsistent, c’est plus humain ainsi. Car c’est naturellement les personnes les plus modestes qui auraient été le plus durement impactées par cette nouvelle loi.

 

Le Nouvel An Khmer et le deuil national

Cette année sera également particulière, en raison du deuil national qui affecte la Thaïlande depuis la disparition du Roi Bhumibol, en octobre dernier. Pour 2017, les manifestations trop bruyantes et trop voyantes doivent être annulées. Les autorités ont demandé à la population de se concentrer sur les rites plus traditionnels, comme les offrandes aux temples ou l’aspersion à l’eau. L’on verse d’abord de l’eau sur des figures bouddhistes, qui assureront la bonne fortune. Puis l’on asperge ses parents, ses proches, ses amis, pour les laver du mauvais sort. J’imagine qu’une plus grande retenue qu’à l’habitude sera de rigueur, mais l’on voit tout de même des pistolets à eau (enfin plutôt des bazookas à eau) en vente partout dans les commerces.

Cette année, même l’école a choisi l’annuler les activités festives du Nouvel An Khmer. C’est pourtant un moment que les élèves attendent avec impatience, pour pouvoir arroser leurs professeurs. Un an après, Petit-Un n’en est d’ailleurs toujours pas revenu. Il me raconte souvent, un peu penaud, mais avec une satisfaction non dissimulée: « Tu te rends compte. J’ai jeté de l’eau sur Miss Ann! »

Cette année, les réjouissances sont remplacées par une « Songkran Assembly », avec hymne national et hommages au feu Roi. C’est normal, eu égard au contexte. Pour ne pas priver les plus jeunes, les professeurs de maternelle ont malgré tout eu l’idée d’organiser un « Color Run » et des jeux d’eau, suivi d’un buffet convivial avec les parents.

 

Le Color Run

Jusqu’à ce jour, je n’avais aucune idée de ce qu’était un « Color Run », mais je vois que même Paris en organise, alors vous êtes sûrement mieux renseignés que moi. Le concept est de faire courir les participants et de les recouvrir de poudres colorées au fil du parcours.

L’idée est très bien vue. Le « Color Run » est une activité indépendante de Songkran, et l’événement a été organisé un peu avant la date de la fête pour éviter toute confusion. Mais en même temps, les poudres de couleur jouent un rôle central dans le Nouvel An Khmer. Elles symbolisent le renouveau et la joie des festivités. Et elles peuvent également être pulvérisées sur les parents et les proches, en guise de bonne fortune.

Les Mamans volontaires avaient été conviées à se joindre au groupe, pour aider à lancer les couleurs sur les enfants. J’en étais. Les maîtresses avaient préparé et mixé des kilos de poudres colorées, balisé le parcours, et globalement très bien organisé l’événement.

J’étais en charge du stand « purple ». Violet, quoi. Je devais le tenir avec une nounou du voisinage que je connais bien, car elle vient souvent à la maison. C’est une dame joviale et un peu excentrique qui ne me croise jamais sans me dire que j’ai de gros seins. Tout de suite j’adore et ça me met à l’aise. Ca n’a d’ailleurs pas manqué. Elle m’a dit bonjour et que j’avais de gros seins. Sur ces bonnes bases on a commencé à lancer la poudre. J’étais très détendue.

 

Bonne année et beaucoup de bonheur!

Très vite des dizaines d’enfants sont arrivés ventre à terre. Il fallait bien viser. Assez bas pour qu’ils n’inhalent pas de poussières, et assez haut pour colorer leur tee-shirt. Petit-Un et Petit-Deux étaient très contents de me voir. Ils se sont bien défendus à la course. Car bien qu’il n’y ait pas eu de chronomètre, j’ai été surprise par l’esprit de compétition des enfants, qui tenaient un classement précis des ordres d’arrivée.

Apres le Color Run

Entre les enfants, ma co-lanceuse et moi-même avons essayé de papoter, sans grand succès, faute de langue commune. Du coup j’ai fait mine de l’empoudrer, histoire de tâter le terrain. Ca lui a beaucoup plu et elle m’a répondu d’un grand nuage violet. Elle m’a souhaité une bonne année et beaucoup de bonheur. Et m’a demandé si je voulais bien faire de même. Et puis on s’est encore jeté de la poudre, pour plus de sûreté niveau bonheur et un peu pour le plaisir, aussi.

Apres le Color Run

La course a tellement amusé les enfants qu’ils ont refait la boucle trois fois. Des grands de collège, venus les encourager, on également couru. Ca file drôlement vite, à cet âge là, et c’est très difficile de les avoir! Il y en a même un qui a sauté un buisson (le lâche), pour parvenir à m’échapper! A ce moment là, j’ai d’ailleurs appris à mes dépens qu’il ne fallait surtout pas jeter de poudre en courant, dans le dos de quelqu’un qui court… tout m’est revenu directement dans les yeux! (J’aurais pu réfléchir avant, aussi.)

 

Des festivités très réussies!

Quand la maîtresse a frappé dans ses mains pour réunir le groupe, j’étais en sueur. Et aussi rouge et colorée que les élèves. Ca a beaucoup amusé les Mamans japonaises, qui au terme de la même activité n’avaient pas un cheveu qui dépassait, et pas un grain de poudre sur les habits. Je ne sais même pas comment elles ont fait. Les Mamans japonaises sont vraiment extraordinaires.

Petit-Un et les jeux d'eau

Des activités de jeux d’eau ont suivi. On pouvait faire des bulles, délivrer des dinosaures emprisonnés dans des glaçons, jouer avec des éponges, de la mousse et des bassins d’eau colorée. Les enfants étaient fous de joie. Petit-Deux m’a fait promettre d’organiser à nouveau ces activités à la maison.

Petit-Deux apres les jeux d'eau

A ce moment là, une petite dame thaïe que je ne connaissais pas s’est approchée timidement de moi. Je pense que c’était une femme de ménage de l’école. Elle m’a jeté de la poudre dessus, m’a souhaité du bonheur pour la nouvelle année, puis j’ai fait de même. Ca avait l’air de lui tenir à cœur et elle a semblé ravie. Je n’imaginais pas du tout que ce lancer de poudres colorées pouvait avoir une signification si forte pour les Thaïs.

La journée s’est conclue par un buffet sympathique, préparé par les parents, avec des spécialités de leurs pays d’origine. J’en étais rendue aux kimbap, des sortes de makis coréens, quand Petit-Un me tire par la manche d’un air mysterieux: « Maman, Maman, je crois que j’ai trouvé un squelette dans mon poulet! » Il y avait bien un os, effectivement.

 

Nous vous souhaitons à tous de très joyeuses fêtes de Songkran!

 

 

Belle grimpette dans le parc national de Khao Laem Ya

Dimanche matin, 6h25. Les enfants arrivent pêle-mêle dans la chambre. « Ca y est, il fait soleil. » (Il fait soleil presque tout le temps chez nous, mais il est interdit de se lever la nuit, quand on ne voit pas le soleil.) « Venez voir, le coq est sur la fenêtre! » On a effectivement un nouveau copain à la maison. Un coq errant qui nous a adoptés. Un jour, la nounou a vu des jardiniers essayer de l’attraper pour le manger, ça lui a fait mal au cœur, alors elle a dit que c’était mon coq et qu’il fallait le laisser tranquille. Depuis on lui donne à manger et il passe souvent nous faire coucou. D’après la nounou, il vient là pour se « relaxer ». On voit bien qu’il ne connaît pas encore vraiment nos enfants!

1 - Notre coq

Côtoyer des animaux variés est l’un des plaisirs de notre vie au vert. Après notre copine la chouette, et les tas de bestioles plus ou moins sympatiques du voisinage, nous avons récemment trouvé une ruche sauvage, près de la maison. Les jardiniers ont dit qu’ils allaient pulvériser des produits chimiques pour nous en débarrasser et j’ai dit non. On ne va pas tuer des abeilles, quand même.

2 - Notre ruche sauvage

Cet épisode a été l’occasion d’échanges très intéressants avec les enfants sur le rôle des abeilles dans la nature et sur le déclin de la population d’abeilles. A l’école aussi ils en ont parlé. Ils y ont également évoqué les espèces en voie d’extinction et même acheté des bracelets « Extinction is forever » (=L’extinction, c’est définitif) au profit d’une association de défense des animaux.

 

Le Parc National de Khao Laem Ya

Bref, il est 6h35 et les enfants n’ont pas l’intention de nous laisser feignasser. Grand merci le coq! Heureusement, Papa Tout-Terrain a trouvé une nouvelle idée de balade: le Parc National de Khao Laem Ya.

Khao Laem Ya National Park

Ce parc naturel couvre la magnifique île de Koh Samet, mais se prolonge également sur la côte opposée, côté continent. On peut y parcourir une très jolie promenade en bord de mer, sur des formations géologiques admirablement découpées et colorées. Le chemin alterne entre falaise et petits ponts de bois, pour enjamber les failles et les replis de la roche. Les enfants s’en donnent a cœur joie! On grimpe, saute, s’accroche, enjambe. La nature est un terrain de jeu formidable!

Khao Laem Ya National Park

La balade ne fait que cinq-cents mètres, mais c’est parfait pour des petits! On prend son temps, on ramasse des galets, on profite du paysage.

La roche d’origine est tout en nuances orangées. Mais près de la mer, la rive est plus sombre. C’est le vestige d’une marée noire qui a malheureusement souillé la côte en 2013.

 

Des points de vue extraordinaires

On arrive au bout du chemin, sur une sorte de péninsule qui propose un point de vue admirable sur le large.

Khao Laem Ya National Park

Papa-Tout-Terrain est un bon photographe de l’extrême. Sur les photos, notre excursion semble dangereuse et vertigineuse. Pourtant, même s’il faut toujours rester prudent avec les enfants, je ne nous ai jamais sentis en danger. La roche salée accroche bien aux chaussures. Le sol est stable. On se promène agréablement dans les falaises sans risque de s’approcher trop vite d’à-pics dangereux. Les garçons ont pu se promener de façon autonome, dans la mesure où ils restaient dans notre champ de vision. Et même Miss-Trois s’est essayée au quatre-pattes sur les rochers!

Khao Laem Ya National Park

Partout sur la falaise, des promeneurs ont dressé de petits monticules de cailloux, à la signification religieuse. Pour les bouddhistes, c’est une façon de montrer leur piété envers les textes sacrés de leur religion. Mais cette pratique a aussi des accents animistes. En Thaïlande, nombreux sont ceux qui croient que les pierres, tout comme les arbres, possèdent une âme. Ces petits tas de cailloux sont ainsi des offrandes aux esprits de la nature, qui à leur tour accorderont protection et bonheur au pèlerin.

Khao Laem Ya National Park

Un peu plus loin, les garçons ont trouvé un trou d’eau, dans lequel ils s’amusent à lancer des cailloux. Petit-Deux avise soudain un crabe mort. Il jubile: « Papa, Maman, venez voir! Extinction is forever! »

 

La balade nous a tous énormément séduits. C’est un vrai joli coin, facile d’accès et agréable à la promenade. A ne pas louper, si l’on passe dans la région!

 

Khao Laem Ya National Park en pratique

  • Coordonnées GPS: 12.591019, 101.417838
  • Prix d’entrée pour les étrangers: 200 THB pour les adultes et 100 THB pour les enfants. (Pour les Thaïs, 40 THB pour les adultes et 20 THB pour les enfants.)
  • Ouverture en journée.
  • Si l’on arrive dans les premiers, on peut se garer dans la partie basse du parc, à proximité du départ de la balade. Quand le parking en contrebas est plein, les rangers retiennent les véhicules sur un parking situé en retrait, et plus en hauteur. Il faut alors parcourir deux cent mètres de côte goudronnée et sans intérêt, avant et après la balade. Si l’on a la chance d’avoir des enfants pour se réveiller tôt, mieux vaut donc arriver sur le site aux premières heures!
  • On accède à la deuxième partie du parc naturel, sur Koh Samet, via la jetée d’embarquement de Ban Phe.

 

 

 

En attendant la naissance d’une petite puce qui ne venait pas…

La grossesse de notre petite puce a été heureuse et sereine, mais ponctuée d’incertitudes, quant aux conditions dans lesquelles elle viendrait au monde. Le risque d’une césarienne de convenance (pour le personnel soignant), m’a en particulier longuement angoissée. Après de nombreux doutes, nous avons par chance rencontré un médecin extraordinaire, en qui nous avons pu placer toute notre confiance. A ce moment-là, nous avons su que nos souhaits pour la naissance de Miss Trois seraient respectés, à moins d’un risque médical avéré.

En attendant la naissance de petite puce

 

Sur la route de l’hôpital

Ce changement de situation de dernière minute comportait néanmoins quelques complications. Notamment celle de se trouver désormais à une heure et demie de route dans l’hôpital. Hors embouteillages, bien sûr. Car nous comptions très fort sur Miss-Trois pour ne pas se manifester aux heures de pointes, là où l’entrée dans Bangkok peut facilement rajouter deux heures au trajet.

Pas complètement inconscients non plus, nous avions fait la liste des établissements hospitaliers situés sur la route, comme options de secours en cas d’urgence. Par ailleurs, je me rassurais en pensant aux presque quarante-huit heures de contractions dont j’avais souffert pour les deux ainés. Il y avait peu de chances pour que notre petite troisième ne nous prenne complètement par surprise.

Notre confiance a cela dit connu des haut et quelques bas, en particulier lorsque nous avons noté -cerise sur le gâteau- que l’accouchement devait tomber en pleine saison des pluies. Les orages d’ici, ce n’est pas de la gnognotte! Trente centimètres d’eau peuvent nous tomber sur la tête en dix minutes et bloquer les routes pendant des heures. Pour ça, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de prier Toutatis.

En attendant la naissance de petite puce

 

Contractions et conversations

Avouons le aussi, l’idée de faire avancer les contractions dans la voiture ne me rebutait pas fondamentalement. Car pour la naissance de nos ainés, le travail à l’hôpital m’avait semblé interminable, en raison d’une très forte présence des équipes médicales. Ce n’est pas vraiment de leur faute: la société asiatique est très portée sur le service. Déjà quand on veut faire une course toute bête dans un magasin, on a tout de suite trois vendeuses pour nous tenir la jambe. Dans les hôpitaux de standing, il est donc également bienséant d’être accompagné par tout un tas de personnel.

Lorsque j’ai accouché des deux « grands » à Shanghai, il y avait toujours deux ou trois infirmières dans la chambre en train de vouloir se rendre utile. « Vous voulez un massage Madame? » « Vous êtes sure que vous voulez rester debout pour les contractions, Madame? C’est la première fois que je vois quelqu’un debout pendant les contractions » « Vous voulez un verre d’eau Madame » « Je vous baisse la lumière, vous serez mieux. » « Oh non, en fait, je vais la remonter, la lumière, c’était pas mal avant, d’accord, Madame? » C’était très gentil de leur part, et culturellement normal. Plus encore, dans l’hôpital « cinq étoiles » l’inverse aurait été inacceptable.

Sauf que parler popote entre deux contractions (ou pire, pendant une contraction) ca ne me convient pas du tout.

Craignant de me retrouver à nouveau dans ce cas de figure, je comptais sur mon heure et demie de voiture pour déjà faire passer un peu de temps. Puis pour l’hôpital, nous avions prévu une bonne réserve de vidéos à visionner, histoire que personne n’essaie de me taper la conversation. Depuis le début de la grossesse, je voulais accoucher en regardant Top Gear. Ne me demandez pas pourquoi. C’était juste une certitude.

 

Petit tour à l’immigration

Nous étions prêts. Chaque soir, Papa-Tout-Terrain faisait le plein de la voiture en rentrant du travail, pour parer à toute éventualité. (Cet homme est presque trop parfait pour être honnête… je lui cherche toujours un vice caché…) Ne manquait donc plus que le petit trésor. Facétieuse comme ses deux grands frères, Miss Trois avait cependant décidé de ne pas se presser.

C’est exactement à ce moment là que comme un grand, mon visa de travail a décidé de me faire un coup de Trafalgar. Comme ça, tout seul. Et sans bien sûr que mon entreprise n’y soit pour quoi que ce soit… Il a décidé de ne plus être valide! Oui oui, j’étais illégale, au bord de l’expulsion, et enceinte jusqu’aux yeux. Dans ma tête, je n’ai pas béni ma responsable des ressources humaines. (Elle avait oublié de renouveler un papier pour moi, d’où l’incident.) Mais je me suis seulement énervée dans ma tête. Parce que d’expérience, si on veut régler les problèmes vite en Thaïlande, il ne faut surtout pas se fâcher.

J’ai finalement dû traîner ma bedaine et ma RH dans les bureaux de l’immigration, pour quelques signatures. L’attente semblait longue. Du coup, ma collègue, qui en plus d’être tête en l’air ne brille pas par sa patience, a attiré l’attention d’un responsable: « Regardez, elle est en train d’accoucher! Il faut la faire passer tout de suite. » J’ai eu priorité en tout. Priorité au guichet, mais aussi dans les conversations. J’ai attisé tous les regards et les commentaires. Tout le monde a bien rigolé. Et un peu flippé aussi. Moi j’ai bien joué mon rôle. J’avais une tête très contractée. Mais pas à cause des contractions, juste parce que je n’aime pas me faire remarquer. J’ai fini par avoir mon papier. Et bien sûr, je n’ai pas accouché.

 

En attendant la naissance

Désormais en congé maternité, j’ai alors subi avec plus ou moins de bonne humeur le défilé quotidien et la loquacité de tous les curieux du quartier, venus se renseigner sur l’évolution de mon état. « When do they cut you? » s’est un jour enquis Khun Nee en traçant du haut en bas de son ventre la marque du coup de scalpel. Certes, je comprenais son impatience. Rien qu’à mon air rougeaud, essoufflé et furibond, ca pouvait se voir, que je voulais accoucher, non? Mais personne ne me couperait quoi que ce soit avant le terme. Et que chacun s’occupe de son utérus après tout…

Malgré les appels désespérés de ma nounou à limiter les interrogatoires, les visites ont même doublé, lorsque le quartier a su que je ne voulais pas de césarienne. Mon futur accouchement par voie basse et moi-même sommes alors devenus des célébrités. Certaines nounous venaient spécialement nous voir pour confirmer la rumeur et partager leurs expériences. En visite de courtoisie, Khun Aoy m’a raconté ses contractions avec tant de détails qu’elle a fini à demi-couchée sur mon plan de travail. Pour sûr, j’étais en condition!

D’ailleurs, autant m’est-il désagréable d’évoquer mes viscères en public, autant les considérations d’ordre physique et anatomique semblent-elles être vécues de façon très normale, ici. C’est le cas des grossesses mais aussi des petits maux du quotidien. Il n’est ainsi pas rare au bureau que telle ou tel me tienne informée en temps réel de ses coliques ou de ses règles. (Par contre, je reste encore traumatisée du jour où une RH a fait le tour des bureaux pour faire des statistiques sur le nombre de diarrhées, conséquences d’un déjeuner trop épicé… De bureau en bureau, elle demandait à la cantonade « Do you have diarrhea today? », comme elle aurait proposé une tasse de café.)

 

Angoisses de fin de terme

Bref, au bout de quelques semaines, j’ai tout su des appareils reproducteurs de mes visiteuses régulières. Ayant épuisé le stock d’anecdotes gynécologiques les concernant, certaines des nounous ont même commencé à m’informer de l’état de l’utérus de leurs patronnes… Croyez-moi sur parole, je suis aujourd’hui une base de données parfaitement à jour de tout l’obstétrique de la région!

Petit à petit, une vraie nervosité a gagné le voisinage. Avait-on jamais vu un terme aussi long? On a sondé les annales. On m’a présenté Khun Chaiyat, dont la belle-fille aurait donné le jour à un magnifique petit garçon, au terme d’une grossesse de quinze mois. Malgré toute ma sympathie pour cette pauvre femme, la rigueur scientifique m’impose de mettre en doute sa mésaventure… A-t-on voulu poliment me rassurer? Certainement. Sur le moment, je n’ai pas réussi à étouffer une forme d’angoisse sourde… Etait-il possible que sous ces latitudes, l’on n’accouche jamais?…

Ayant dépassé le terme des quarante semaines, j’en suis venue à éviter les sorties, pour fuir la curiosité et l’inquisition. Reconnaissance éternelle à notre nounou, qui m’a efficacement secondée en filtrant les entrées. Et à Papa-Tout-Terrain, ce saint homme, qui m’a dissimulé les coups de fil des impatients, tout en supportant stoïquement mes humeurs en dent de scie.

Echappant à la garde de sa nounou, une petite voisine de quatre ans est néanmoins parvenue un jour à forcer le barrage de l’entrée ma chambre. Pour vérifier de ses propres yeux que Miss-Trois est encore dans mon ventre. Regard émerveillé. « Your tummy is huge! » J’ai pris ça comme un compliment. Me voyant ouverte au dialogue, elle en a du coup profité pour me questionner sur la façon dont le bébé allait sortir. Je n’ai pas voulu me brouiller avec les voisins. J’ai poliment éludé la question.

Thaïlande – Pourquoi tant de césariennes?…

 

Quand on vit à l’étranger, le suivi de grossesse révèle naturellement son lot de surprises. Je l’évoquais dans mon précédent billet, certains aspects m’ont plutôt mise à l’aise, comme le recours limité des médecins aux examens physiques intrusifs. A l’opposé, j’ai détesté me sentir très vite acculée à la nécessité d’une césarienne… Pourquoi donc une césarienne alors qu’aucune condition médicale ne l’exige? Parce que c’est devenu l’habitude dans nombre d’établissements privés de Thaïlande. Bien sûr, pour les médecins et les hôpitaux, cela représente des avantages sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais bien souvent, les patientes elles-mêmes tendent à préférer cette solution…

 

Accouchements dans la douleur ou césariennes

Si j’ai refusé, à cor et à cris, le principe d’une césarienne de convenance, je dois reconnaitre aussi que pour de nombreuses Thaïes, cette modalité apparait clairement comme la moins mauvaise, pour mettre son enfant au monde. Il faut savoir que depuis une demi douzaine d’années, la péridurale n’est plus disponible que dans une poignée d’établissements du pays. Les établissements les plus chers, bien sûr. A cause d’une péridurale qui a mal tourné, d’un anesthésiste condamné pénalement par la justice, rares sont les médecins qui acceptent désormais de prendre le risque de ce type d’anesthésie.

Par ailleurs, dans les établissements où cela reste possible, la péridurale n’est souvent effectuée que dans des conditions extrêmement restrictives, les jours de semaines, aux heures ouvrables, et seulement un patient à la fois, pour que l’anesthésiste puisse s’y dédier pleinement. Imaginez que vous vous fassiez doubler par une autre maman à l’entrée de la maternité et zou, plus de péridurale! La loose!

Pour beaucoup, le choix se fait donc entre accoucher dans la douleur et accoucher par césarienne. L’une de mes collègues a d’ailleurs été très expressive en la matière, me racontant à grand renfort de détails et de gestes univoques l’épreuve de la naissance de sa fille, cinq ans auparavant (alors que je n’en demandais vraiment pas autant). Par crainte de nouvelles souffrances, cette jeune femme a finalement décidé de ne pas avoir d’autre enfant.

 

La brièveté du congé maternité

Pourtant, certaines se posent vraiment la question de l’accouchement par voie basse. Une de mes jeunes collègues, nullipare et enceinte de deux mois de plus que moi, avait ainsi demandé mon avis de multipare éclairée. Est-ce que tu penses que je pourrai supporter la douleur? On ne me refait pas. A mon sens, mieux vaut la douleur passagère d’un accouchement naturel -même sans péridurale- que les douleurs et complications postopératoires d’une césarienne. La collègue était convaincue.

Au jour du début de son congé maternité, cette jeune femme donnait naissance à une magnifique petite fille. A trente-huit semaines. Et par césarienne de convenance. Je m’en suis étonnée. « Tu comprends, le congé maternité est tellement court que je ne pouvais pas le gâcher. Je voulais profiter de ce temps pour prendre soin de mon bébé. » Six semaines après la naissance de sa fille, ma collègue était effectivement de retour au bureau. Elle aurait pu bénéficier de deux semaines de repos supplémentaire, mais le congé maternité est si mal indemnisé que tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’en profiter jusqu’au bout.

 

L’effet pervers du système de facturation des accouchements

Côté hôpital, le système de facturation par « package » est également de nature à dissuader les Mamans d’accoucher par voie basse. Le principe est de choisir à l’ avance les prestations pour lequel on optera à l’accouchement, afin de bénéficier de réductions substantielles sur le coût du service. En cas de changement de dernière minute, les dépenses additionnelles et non planifiées seront en revanche facturées à plein taux.

Sur une base de 100 pour un package « accouchement naturel », on me proposait un package césarienne à 154 et on estimait le coût d’une césarienne après échec d’un accouchement naturel à 191. Si l’on ne dispose pas d’une bonne assurance et si l’on n’est pas tres convaincu, au départ, de la réussite de son accouchement par voie basse, il me semble finalement assez naturel de se tourner directement vers une césarienne.

 

Le petit plus: choisir la date de naissance de son enfant…

Au-delà de ces considérations matérielles, la césarienne est également pratique, aux yeux de nombreux parents, pour choisir d’une date de naissance convenable pour l’enfant. Allez, petit-bébé-prévu-pour-septembre, tu naîtras bien en août, histoire de raccrocher l’année scolaire précédente, non? Et surtout, on va tout faire pour éviter que tu ne viennes au monde un « mauvais » jour, hein!

Une bonne partie des Thaïs étant d’origine chinoise, beaucoup d’us et coutumes d’ici sont empruntés au Pays du Milieu. En particulier son calendrier traditionnel. Il y a des jours fastes et des jours néfastes, et si l’on naît n’importe quand, on risque un destin tout pourri. Pour écarter toute forme de péril, les parents s’assurent donc de la venue de leur progéniture sous les meilleurs auspices. La césarienne est une solution toute trouvée pour éviter les foudres du destin. Y croit-on vraiment encore? Un peu, mais pas sûr. Le choix de la « bonne » date est tout de même une affaire de précaution, me semble-t-il. Sait-on jamais…

 

De césarienne en césariennes…

A force, la multiplication des césariennes se révèle avoir des effets pervers sur l’ensemble du système hospitalier. De toute évidence, parce qu’ils en pratiquent peu, les praticiens semblent de moins en moins à l’aise avec les accouchements par voie basse. Moins bien rompus aux petits aléas des naissances, ils s’orientent aujourd’hui vers les césariennes, à la moindre suspicion de complication: gros bébé, dépassement du terme, accouchement qui dure un peu trop longtemps…

 

L’exception française…

C’était bien là tout mon problème. Bien qu’ayant déjà accouché par voie basse de deux magnifiques petits garçons, j’étais hors norme. En consultation, l’on passe en revue mes antécédents. Deux bébés de près de quatre kilos (petit cri du médecin). Tous deux nés à 42 semaines (deuxième cri du médecin). Et je ne veux pas de déclenchement (attaque cardiaque de mon interlocuteur. Papa-Tout-Terrain regarde ses pieds. Ca fait trois fois que je lui fais le coup. Il a l’habitude.) Je ne suis pas du tout dans les standards en Asie.

Grossesse

Mais voyons Madame, ca n’est pas possible… On ne pourra pas laisser votre bébé trainer si longtemps… Par contre, si ca peut vous arranger, on peut vous faire une césarienne. Juste pour vous rendre service, bien sûr! Certes, globalement, je suis plutôt du genre arrangeant. La preuve, j’ai même mangé deux kilos de canard, un jour pour ne pas me faire remarquer. Mais bon, de là à accepter une césarienne sans broncher, il ne faut pas exagérer non plus…

Quoi qu’il en soit, je nourrissais déjà des doutes vis-à-vis de ce médecin, qui m’avait dit, quelques semaines plus tôt que « Oui bien sûr, vous pourrez accoucher par voie basse, mais on verra tout de même si c’est possible… » avec la tête de quelqu’un qui dit non. Quoique confiante en l’espèce humaine, je ne suis pas non plus un lapin de six semaines. Je savais bien que ce n’était pas en arrivant avec des contractions plein le ventre que je pourrais paisiblement deviser accouchement naturel avec ce type dans les starting-blocks pour césariser tout ce qui bouge.

 

Le miracle

Après de longs conciliabules avec Papa-Tout-Terrain, nous avons opté pour la fuite.

Nous avons cherché longtemps et discuté des options… Accoucher à l’étranger? Accoucher à la maison? Adjoindre une doula à l’équipe soignante?… De blogs en forums d’expats, nous avons finalement trouvé LA clinique de Thaïlande réputée pour son ouverture quant aux accouchements par voie basse, et, cerise sur le gâteau, dans des conditions physiologiques. Une seule rencontre avec le médecin nous a immédiatement conquis, Papa-Tout-Terrain et moi. C’était une dame d’une grande humanité, à l’écoute, rassurante, et transparente. Elle a dit « ok, sauf en cas de risque avéré pour la mère ou l’enfant », et il n’y avait aucun sous entendu. Nous lui avons immédiatement fait confiance, les yeux fermés!

Grossesse

 

 

 

La tournée des temples

Pour les élections législatives de 1993, ma mère avait été en charge de contrôler des bureaux de vote. (En France, bien sur.) Elle avait pris sous le bras toute la famille et nous avions navigué de villes en villages. Nous débarquions sur la place principale. D’un côté, il y avait la mairie pour ma mère, tandis qu’avec mon père et les frangins, nous allions divaguer dans l’église. J’avais trouvé cette épopée très amusante!

Du coup, alors que nous manquons d’imagination pour notre sortie dominicale, c’est tout naturellement qu’une variante à cette flânerie s’impose: nous allons faire la tournée des temples! Les temples, en soi, réservent souvent de bonnes surprises. Mais ce sera également l’occasion de découvrir des coins perdus de la campagne thaïlandaise auxquels nous ne penserions pas forcement.

On tente le coup sur Google Map. On tape « wat » (qui veut donc dire « temple » en thaï). Miracle et bingo! La carte se constelle de petits points rouges. Il y a des temples partout! En voiture!

Au terme de la journée, nous aurons découvert seize temples et pris trois-cent-une photos. Je ne peux pas vous imposer ça. Du coup, c’est déchirant mais j’ai choisi une photo par temple, pour vous brosser à l’impressionniste un tableau de notre journée, de ses anecdotes et de nos ressentis.

 

1 – Bouddhas de Wat Wang Thong Charoentham

Wat Wang Thong Charoenthom - Temple de Thaïlande

Un petit chien prend le frais au pied d’un bouddha. Les animaux ne dérangent pas dans les temples. Ils y côtoient paisiblement les humains en prière, et sont souvent nourris par les passants et les moines. De toute façon, c’est l’une des bases de la religion: un bouddhiste ne ferait pas de mal à une mouche.

 

2 – Moine pèlerin de Wat Ton Krarok

Wat Ton Krarok - Bouddha pelerin - Temple de Thaïlande

On retrouve cette figure de moine pèlerin à l’entrée de presque tous les édifices religieux. Il fait référence aux pèlerinages bouddhistes et à la tradition d’accueil des voyageurs de passage, dans les temples et les monastères.

Des collègues m’ont expliqué que lorsqu’ils se déplacent en Thaïlande, ils ne s’arrêtent pas à l’hôtel le soir, mais dorment dans des temples, sur des nattes qu’ils apportent. Ils m’ont encouragée à faire de même mais avec trois enfants bruyants et nos têtes d’étrangers, je crois que nous en étonnerions plus d’un!

 

3 – Chedi de Wat Tham Pathum

Wat Tham Pathun - Temple de Thaïlande

En arrivant au Wat Tham Pathum, Miss-Trois hurle sa fatigue dans l’habitacle pendant que Petit-Un chante à tue-tête une berceuse de Mozart. (Personne ne sait aussi bien apaiser Miss-Trois que son frère ainé.) On n’a encore vu que deux temples et ça commence mal. Nous hésitons à rentrer à la maison.

Pour se donner une idée, nous parcourons d’abord les lieux en voiture. C’est grand, et un peu communiste dans l’architecture, à l’image du Chedi principal. Nous cherchons en vain une grotte, censée faire la réputation des lieux. Nous nous engouffrons sur un chemin de terre et y croisons un vénérable pick-up à l’arrêt. A l’arrière, une très vieille dame en train de tricoter en regardant sa série préférée sur un Ipad dernier cri. Elle nous considère avec beaucoup d’étonnement. Peut-être détonnons-nous encore plus qu’elle? Au bout du chemin, nous tombons par hasard sur les cellules des moines, blotties dans une épaisse forêt de bambous. C’est beau, vert sombre et calme. Nous manquons d’enliser la voiture et repartons sur la pointe des pieds. Pardon aux moines d’être venus faire du bruit dans leur retraite… le fléchage était en thaï…

 

4 – Bouddha en construction du Wat Khao Mai Kaeo

Wat Khao Mai Kaeo - Temple de Thaïlande

Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons beaucoup de charme au Wat Khao Mai Kaeo, dont la façade est agrémentée d’un joli bassin couvert de lotus en fleur. De ces lieux, j’ai malgré tout choisi de retenir cette grande figure de bouddha en construction. C’est amusant et émouvant de voir l’envers du décor, la statue tout juste bétonnée mais pas encore sacrée, le matériel derrière la foi… Et il est marrant, aussi, cet ouvrier, à bétonner tout seul l’oreille de Bouddha, pendant que son copain joue à Angry Bird!

5 – Le gong du Wat Khao Tabaek

Wat Khao Tabaek - Temple de Thaïlande

Le démarrage ayant été poussif, il est presque l’heure du déjeuner… Fidèles à nos habitudes, on se dit qu’un tout petit dernier temple avant le repas ne saurait faire de mal… Presque une heure de marche plus tard, nous atteignons enfin le Wat Khaoo Tabaek, blotti au sommet d’une colline, au milieu des bambous verdoyants et de lianes crochues. Il surplombe une vallée industrielle, paradoxalement belle. Les enfants ont grimpé de façon méritoire. Leur fatigue est pourtant bien vite oubliée quand ils ont l’autorisation de frapper trois coups sur le gong qui porte chance.

6 – Wat Noen Tong… et la gare…

Wat Noen Tong - Temple de Thaïlande

Pas de discrimination avons-nous décidé. Nous faisons donc le détour par le Wat Noen Tong, d’apparence très banale. Étonnamment, il semble avoir anciennement abrité une gare, comme en témoigne une grande photo à l’entrée. Voici qui n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle. Petit-Deux, presque aussi friand de trains que de métros et d’ascenseurs veut absolument trouver une locomotive. Nous cherchons partout. En vain. Nous nous résolvons à partir quand on entend un gémissement suraigu du fond de la voiture. « C’est vraiment pas juste. Vous ne m’avez pas laissé assez de temps pour trouver les rails. Je suis sûr qu’ils étaient quelque part, et qu’il y avait plein de trains partout, aussi! »

7 – Le Bouddha géant du Wat Hupbon Wanaram

Wat Hupbon Wanaram - Temple de Thaïlande

Un peu plus loin, sur une petite route de village, un énorme Bouddha assis nous interpelle. Ces débauches de gigantisme au milieu de la campagne ne cessent de nous étonner. Sur un fond de musique pop, un moine nonchalant essaye d’attirer les fidèles et donateurs. Mais tout est désert, à l’exception de quelques jeunes qui font pétarader leurs mobylettes sous l’œil placide d’un chien errant.

8 – Le grand ménage de Wat Khao Hin Lat

Wat Khao Hin Lat

Nous assistons à une scène amusante dans ce temple presque désert. Dans le calme paisible, surgit soudain, en trombe, un pick-up rempli de commères locales et loquaces, de leurs seaux et de leurs balais. Sans s’arrêter de rire et de papoter, comme un seul homme, elles descendent du véhicule pour s’engouffrer dans les cellules des moines, et y faire le ménage! Voir arriver un tel équipage doit être drôlement effrayant pour un saint homme!

 

9 – L’ancien et le nouveau temple de Wat Rat Rueansak

Wat Rat Rueansak

Les temples sont riches en Thaïlande. Les donations des fidèles leur permettent de sans cesse construire et reconstruire. Le petit temple de gauche est l’ancien. Sa forme et ses motifs sont clairement désuets, même s’il n’a sans doute pas vingt ans. On lui a adjoint un nouvel édifice, à droite, toujours en construction. D’un blanc étincelant, très découpé et décoré d’éléments brillants, il reflète l’opulence de ses donateurs, dont les noms sont détaillés sur des panneaux officiels, avec en regard, les montants des offrandes.

 

10 – La double colonnade Wat Duean Phen

Wat Duean Phen

Nous avons roulé dix minutes sur un chemin de terre ocre pour parvenir au Wat Duean Phen. Pas étonnant du coup qu’il soit désert et fermé. Il nous apparait néanmoins unique de par son style hellénistique à double colonnade.

Les enfants commencent à râler. Ca fait beaucoup de temples, quand même! Pour faire diversion, nous organisons le jeu du cri des animaux.

  • Qu’est ce qu’il fait le chat? « Miaou!« 
  • Qu’est-ce qu’elle fait la vache? « Moo! » (Bon, on a une vache américaine dans la voiture.)
  • Qu’est ce qu’il fait le gecko? « Whiiiii! » (On s’adapte avec les animaux locaux… Ca doit être la nounou qui a enseigne ç Moi j’entends rarement les geckos crier mais bon.)
  • Qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » Quoi, qu’est-ce qu’il fait le chien? « Plou-Plou! » On ne sait pas trop d’où venait ce chien, mais il avait du manger un truc pas net, quand même!

 

11 – Wat Kuntheethan, sa locomotive et son hélicoptère

Wat Kuntheethan

Le Wat Kuntheethan a remis tout le monde de bonne humeur! « Papa, Maman, regardez, il y a même un hélicoptère! » Nous n’avons trouvé aucune raison rationnelle à la présence de ces figures colorées au milieu de la cour du temple. Il est vraisemblable qu’elles ne soient là que pour le plaisir des yeux. Les lieux de rassemblement en Thaïlande sont truffés d’une statuaire variée et joyeusement incohérente, pour la simple excitation de l’Instragrammeur (et surtout de l’Instagrammeuse). Mes collègues en raffolent, d’ailleurs et ne cessent d’en polluer mes réseaux sociaux!

12 – Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

Centre religieux de Khao Din Rom Phothong

J’ai peut-être l’esprit tordu, mais cette photo m’évoque la maison du film Psychose d’Hitchcock. Je la trouve effrayante au possible, sur fond de ciel orageux. Quoi qu’il en soit, il règne un climat étrange en ces lieux, car ce temple n’en n’est pas vraiment un. Il n’est pas terminé et vraisemblablement pas consacré. Des herbes folles poussent sur le toit. Pas de Bouddha ni de décoration à l’intérieur: les salles sont envahies de poussière et d’herbes folles. C’est un temple fantôme.

 

13 – Grand nettoyage au Wat Bueng Bunyaritthayaram

Wat Bueng Bunyaritthayaram

On avance dans la journée. Il commence à faire moins chaud et les moines sortent pour les menus travaux d’entretien de leur temple. Au Wat Bueng Bunyaritthayaram, un moine accompagné de deux jeunes novices nettoie la façade au tuyau d’arrosage.

 

14 – Grandiose Wat Charoentham

Wat Charoentham

Au Wat Choroentham, c’est aussi l’heure où les moines sortent balayer. Quel étonnant contraste entre l’existence simple des religieux et la richesse des lieux. Les bâtiments, principalement bouddhistes mais teintés d’hindouisme, sont majestueux et presque arrogants. Il est temps de rentrer malgré tout. Petit-Deux traîne la patte et refuse d’avancer. Petit-Un fait des singeries et compte en chinois sur des mouvements de Kung Fu. L’orage gronde et le ciel lâche de grosses gouttes.

 

15 – Wat Chong Mafueng et son arbre en fleur

Wat Chong Mafueng

Un tout petit joli temple sur la route du retour. On ne va pas l’ignorer. (Pas de discrimination!) J’aime le contraste entre son arbre fleuri de rose et les caveaux funéraires qui en bordent l’enceinte.

 

16 – Le der des der… Maha Chedi Moei si Burapha

Maha Chedi Moei si Burapha

Incorrigibles c’est le mot. On a encore vu un temple fléché. On a dit non, ca sera pour la prochaine fois, tout le monde est fatigué. (un silence.) « Rhooo… Mais t’as vu, il est énorme ce chedi, non? » « Et puis sa forme n’est pas courante… Tu crois que le détour est grand? » « Boh, on essaye de se rapprocher en voiture juste pour voir? » « Oui, attends, je donne un Ipad aux enfants ca nous gagnera dix minutes… » « Ca n’a pas l’air si grand finalement, on peut toujours jeter un tout petit coup d’œil… » « Oui, parce qu’on n’est pas sûrs de le retrouver la prochaine fois… » « Et ca serait dommage de le louper en étant passé si près… »

… bref, on a vu un dernier temple.

 

 

La mauvaise surprise

Ca défile à la maison en ce moment. Et tout ça c’est à cause de Miss-Trois. Miss-Trois est un bébé surprenant de vivacité pour son jeune âge. A tout juste six mois, elle marche à quatre pattes, s’assoit, et se met debout.

*Applaudissements*

Notre nounou est ravie. Le prestige de notre jeune merveille rejaillit sur elle. Du coup elle invite un peu tout le monde, de Thaïlande et de Navarre, à venir assister au prodige. Pour les personnes trop éloignées ou empêchées, elle organise même des événements vidéo. (Ce n’est pas une image ou une exagération, c’est la stricte vérité.)

Bref, à chaque fois que je veux mettre une sandalette dans mon jardin, je me retrouve nez à nez avec un technicien de maintenance ébahi ou un jardinier stupéfait (c’est plutôt des jardinières d’ailleurs) devant l’agilité de notre puce. En dehors des horaires d’apparition publique, la porte de la maison reste entrouverte, pour permettre à l’air et aux regards indiscrets de mieux s’infiltrer.

Tout cela a tendance à me taper sur les nerfs, car je suis plutôt timide, ascendant sauvage.

Cela n’a pas échappé à mes visiteurs. Du coup, pour m’appâter, et par gentillesse aussi, ils viennent rarement les mains vides. L’un apporte des mangues ou des papayes de son jardin, un autre vient avec des épinards, des desserts populaires ou des effilochés d’ananas séché. C’est excellent! Et très bon aussi pour mes bourrelets de grossesse, mais passons.

La mauvaise surprise…

Ce matin, l’adorable ancienne nounou de la petite voisine d’avant m’a apporté deux entremets locaux. Je connaissais le premier de longue date: je cuisinais déjà ce tapioca vert au lait de coco alors que j’étais étudiante et que j’habitais au-dessus d’une épicerie asiatique. (J’étais prédestinée.)

opioca et lait de coco

J’ai eu plus de difficultés à identifier le contenu de la seconde barquette en revanche. Vu la ressemblance des emballages, il était certain qu’il s’agissait d’un dessert. J’ai goûté le riz jaune. C’était du riz gluant. Cuit dans du lait de coco sucré. Ce n’était pas mauvais, mais ils avaient rajouté du curry pour faire jaune, et ce n’était pas indispensable non plus.

2- Dessert thai au riz gluant et...

J’ai ensuite rajouté la poudre marron du dessus pour goûter l’ensemble et en évaluer l’harmonie. (Oui, je fais mes classes chez Etchebest en ce moment.) Eh bien ça a été une très mauvaise surprise! Et pourtant je suis loin d’être une timorée du goût…

Qui sera capable de deviner l’élément principal de cet extraordinaire condiment?

Je rends réponse lundi prochain… et j’envoie un tube de pate de fruit au durian au premier qui aura vu juste d’ici là!

 

… La bonne réponse était: du sucre adjoint d’une poudre de poisson salé et séché… et ça n’était vraiment pas une réussite!

 

Le paisible temple de Wat Phrong Akat

C’est la saison des récoltes à Chachoengsao. Les champs sont jaunes et secs. Les petits paysans font sécher leur riz sur de grandes bâches, le long des routes. Les oiseaux migrateurs qui remontent justement vers le nord en ce moment s’en donnent à cœur joie.

Wat Phrong Akat

Au détour de nos flâneries, nous tombons sur une extraordinaire coupole dorée, digne d’un souverain. Le Wat Phrong Akat est un immense monastère bouddhiste, construit sur des terres données par les agriculteurs du coin, dont la plaquette du temple indique qu’ils sont très pieux. (Difficile de dire l’inverse en même temps.) En plus d’être pieuse, la région est objectivement très opulente, aux vues de la densité et de la richesse de ses bâtiments religieux. (J’ai déjà évoqué le Wat Saman Rattanaram, et je vous parlerai bientôt du Wat Pak Nam, doré de bas en haut, ainsi que du Wat Pho Bang Kla et de ses chauves-souris.)

Wat Phrong Akat

L’entrée du temple est gardée par les traditionnels Yaksha, des esprits bienveillants mais surtout très très grands et toujours magnifiquement décorés. Ils surveillent les portes des temples en empêchant les démons de s’introduire. A l’intérieur du monastère, la vie est paisible. Durant notre visite le moine de la photo a longuement joue aux cartes avec une adorable petite fille qui riait aux éclats.

Des Yaksha gardent l'entree du temple

Egalement a l’entrée, huit grosses boules sacrées (des sima), taillées dans du rocher. Il s’agit des pierres fondatrices du temple, qui sont la plupart du temps situées aux points cardinaux du bâtiment. En réalité, il y a neuf boules en tout, mais la dernière est enterrée sous le bôt, le bâtiment le plus saint du complexe monastique.

Sima - Pierres angulaires sacrees du monastere

Les fidèles se recueillent successivement devant chacune des grosses boules, prient, puis y apposent une petite feuille d’or.

Tout, dans le Wat Phrong Akat, respire la sérénité. Plusieurs chiens errants profitent de la fraîcheur du marbre pour se reposer. C’est une évidence: aucun bouddhiste ne les en chasserait. Au contraire, ils sont certainement nourris régulièrement par les moines et les pèlerins.

Paisible Monastere de Wat Phrong Akat

Un peu plus loin, l’on se recueille devant les effigies d’abbés et de moines majeurs, que l’on recouvre également de feuille d’or. Les opérations sont tres ritualisées, mais nous ne sommes capables de toutes les interpréter. Par exemple, je ne sais pas ce qui détermine un croyant à aller prier auprès de tel bouddha ou de tel moine, alors que le choix des représentations est extrêmement vaste.

Abbes de Wat Phrong Akat

Petit-Un a souhaité, à ce moment-là, faire une offrande à un bouddha. Un moine est intervenu et l’a gentiment redirigé vers une autre urne. Nous n’avons pas compris pourquoi. Il m’a semblé que la nouvelle « destination » de nos pièces était le pot commun des moines, celui avec lequel ils achètent des biens terrestres. Nous ne saurons pas si le religieux était totalement désintéressé, mais nous lui laisserons le bénéfice du doute.

Des enfants jouent au foot devant le Bot

A l’étage du Wat Phrong Akat de petits garçons du coin se sont rassemblés pour jouer au foot avec une bouteille de plastique. Sous le regard imperturbable des Yaksha. Cette partie du temple n’est pas encore terminée. Il reste du carrelage à poser. Dans une partie du bôt, les Bouddhas sont même encore sous plastique. Toujours d’après la plaquette, le bouddha principal viendrait d’Inde. (Mais je ne suis pas sûre d’avoir photographié le bon.)

Interieur du Bot

Au pied du monastère, nous nous arrêtons pour nourrir des vaches, moyennant offrande. Nous les pensons sacrées, mais sans certitude. Il y a même un veau, déjà grandet. Savez-vous que nombreux sont les bouddhistes de Thaïlande à refuser de manger du bœuf, pour raisons religieuses? C’est là que l’on réalise toute la proximité d’avec l’Hindouisme…

Vaches surement sacrees de Wat Phrong Akat

L’Hindouisme est d’ailleurs bien présent sur les lieux, en la personne de Ganesh, que l’on devine, énorme et rose, derrière les trois « Tout-Terrain » qui nourrissent des poissons, sûrement sacrés eux aussi. Par bonheur, et un peu grâce à l’arbre, personne n’a terminé dans l’eau cette fois-ci. (Notre dernière rencontre avec des poissons a été très aquatique pour certains. Il faudra que je vous raconte ça…)

Poissons surement sacres de Wat Phrong Akat

A droite de Ganesh, sa toute petite monture, le rat, prête l’oreille aux suppliques des fidèles, et passe le message. Car on ne s’adresse jamais directement au dieu: on l’invoque seulement via son rat. Si besoin, des moines bouddhistes sont également présents pour diffuser les prières.

Ganesh

Au pied de Ganesh, des rangées de tous petits mignons rats tiennent lieu d’offrandes.

Rats de Ganesh

Nous terminons la visite par l’achat de glaces à la noix de coco pour toute la famille. Mes kilos superflus et moi-même vous recommandons chaudement ces glaces à la noix de coco « maison ». Elles ne coûtent rien (25 centimes d’euros), sont 100% naturelles, et ont un gout à se pâmer. La vendeuse était ravie de faire affaire avec nous et de montrer à ses voisins de stand qu’elle « avait des étrangers ».

De mon côté, pour montrer mon appréciation, j’ai voulu lui dire que ses glaces étaient délicieuses. Hélas mon vocabulaire s’est fait la malle, à cet instant précis. « C’est délicieux, c’est délicieux… » Impossible de remettre la main dessus! Mon cerveau ne me hurlait « faire un bisou » en thaï, mais rien d’autre. J’ai bloqué. La vendeuse a fixé mon visage crispé d’un air inquiet. Dépitée et frustrée, j’ai finalement pris la fuite en marmottant « very good » avec la tête la plus souriante que j’ai pu.

Campagne de Chachoengsao

Pour le plaisir, une dernière photo de la magnifique campagne de la province de Chachoengsao.

 

 

Wat Phrong Akat – Informations pratiques:

  • Coordonnées GPS: 13.796273, 101.056300
  • Ouvert de 10h a 18h
  • Entrée libre
  • Pensez à retirer vos chaussures en entrant dans les lieux sacres. (Du coup, visiter un temple en tongs est toujours beaucoup plus pratique que si on porte des bottines boutonnées jusqu’à mi-cuisses.)

 

L’étrange cas de l’anniversaire interculturel

Dimanche, nous sommes invités à l’anniversaire du meilleur copain de Petit-Un, un mignon petit américano-canadien. J’ai incidemment croisé sa Maman à l’école tout à l’heure. Ca tombe bien: j’ai un doute sur l’heure et j’ai égaré l’invitation. (Mère en carton!). On expédie donc nos affaires courantes avant que la Maman ne conclue gentiment: « Pour cette invitation, nous n’avons rien innové, nous avons totalement copié sur vous le concept de fête d’anniversaire. »

Cette dame est très polie. (En plus elle avait fait un super anniversaire l’année dernière.) Et s’il est vrai que notre anniversaire avec les copains était très réussi aussi, je ne croyais pas pour autant avoir organisé une sauterie si révolutionnaire.

Alors, la Maman a enchainé: « C’était génial d’avoir invité les Papas!… Et le cadeau commun!… Et surtout, l’idée de ne pas servir de repas!… Nous nous sommes inspirés de tout!… » C’est là que j’ai compris pourquoi on s’obstinait à me servir des salades de pâtes, à chaque fête où je conduisais les enfants. Et pourquoi on était toujours invités à des horaires bizarres, comme onze heures ou midi et demi. Même que ca nous embêtait drôlement cette histoire. Pour pas avoir faim et tenir le coup jusqu’au bout, on se bourrait tous avant. Et on ne comprenait pas trop cet horaire batard. On en était arrivés à la conclusion qu’il devait y avoir une histoire de sieste, là-dessous, vu que les enfants sont petits. Bref, quand on ne connaît pas les codes, on ne peut pas savoir.

Decorations d'anniversaire

Toutes ces questions existentielles d’anniversaire viennent de l’entrelacs de cultures que nos enfants vivent au quotidien. Et je déchiffre plus ou moins. C’est selon. Ca m’a donne envie de vous raconter la fête « à la française » de Petit-Deux et nos errements métaphysiques pour plaire à des bambins de cinq nationalités différentes ainsi qu’à leurs parents accompagnateurs.

 

Le passif

Pour comprendre toute l’histoire, il faut revenir sur le Waterloo de l’anniversaire de Petit-Un, au printemps dernier. Au moment de lancer les invitations, Papa-Tout-Terrain et moi-même avions connu un très profond désaccord au sujet des cadeaux d’anniversaire. Pour ma part, j’étais très ennuyée des débauches de cadeaux auxquelles nous avions assisté.

Pour un anniversaire standard, des dizaines d’invités apportent des dizaines de paquets. D’une part, les convives sont toujours nombreux car l’école demande d’inviter toute la classe, pour éviter les rancœurs. (Je trouve ça très bien. Ca demande juste un peu de place.) Mais en parallèle, en matière de cadeaux, les parents –nous compris– tendent vite à la surenchère, pour ne pas faire « trop petit »…

Après le gâteau, le roi de la fête s’assied au centre de ses invités et passe près d’une heure à dépouiller les nombreux paquets. Au début sous les « Ah » et « Oh » extasiés de l’assemblée des copains. Puis dans une cohue de gamins qui veulent ouvrir ce qui est fermé et tester ce qui est ouvert. Puis dans une espèce de mêlée informe. La fin révèle généralement quelques frustrations. La dernière fois, Petit-Deux est revenu me voir au bord des larmes: « Il n’y en avait même pas un pour moi… »

Bref, c’est bien gentil tout ca, mais tant de cadeaux, c’est surtout des politesses entre adultes. Et, ca ne correspond pas aux valeurs que nous souhaitons transmettre à nos enfants: limiter l’hyperconsommation, recevoir et offrir avec le cœur, et toussa toussa… bref, des principes contrariants (pour eux) de parents gaucho-écolo-catho-anarcho-crypto-bobos (rayez les mentions inutiles).

 

La querelle des cadeaux

Je tends à être directe. Parfois abrupte. Quand il s’est agit d’organiser l’anniversaire de Petit-Un, l’année dernière, j’étais d’avis de préciser « Pas de cadeau! » sur les invitations. Papa-Tout-Terrain, tout dans la rondeur, craignait de froisser nos convives. On a parlementé pendant des jours et des nuits. On a âprement débattu. Finalement, à bout d’arguments et un peu énervé, l’un des deux adversaires dont je tairai le nom, a décidé que puisque c’est comme ça on ne ferait pas d’anniversaire avec les copains. Qu’on en ferait un l’année prochaine et voilà. (Vous m’aurez reconnue… C’est moi la susceptible de la bande.)

Sauf que notre nounou a trouvé ça trop dommage. Elle a convié les copains pour le goûter, un jour de semaine où nous travaillions. Nous avons préparé un beau gâteau. 13h30. Je suis au bureau, donc, au téléphone avec un client qui veut que je lui envoie des rétroviseurs par avion. Petit-Un m’appelle en sanglot: « Les copains ne sont pas venus!… » Au terme d’un vibrant échange, je comprends qu’il y a eu « misunderstanding ». (Le concept du misunderstanding, ici, consiste toujours à dire que j’ai tort. Et non je ne suis pas de mauvaise foi.) Bref, notre nounou m’explique qu’en fait c’était à moi d’inviter les copains pour la fête qu’elle organisait.

Gateau d'anniversaire - circuit de voitures

Je dis au client que je vais réfléchir pour les rétroviseurs, et me mets au listing de contact des parents d’élève pour expliquer aux Mamans que oui, c’est l’anniversaire de Petit-Un. Là tout de suite. Et que naturellement leur progéniture est invitée.

Petit-Un a eu une belle fête. Il était ravi. Il a reçu quelques petits cadeaux symboliques. C’était parfait. Et moi ça m’a valu une belle leçon: la prochaine fois, on s’organise!

 

L’invitation

Les Mamans anglo-saxonnes ont généralement des cartes d’invitation mignonnes, pré-écrites, et sur lesquelles on rajoute la date, l’heure et le prénom de l’enfant. D’abord mon écriture cursive est illisible pour le commun des mortels ici (ils écrivent en script), et en plus je ne sais pas où trouver des cartes comme ça. On a donc fait nos cartes « maison », ce qui m’a permis de préciser quelques petits trucs qui me tenaient à cœur.

Après âpres négociations, l’histoire de « pas de cadeaux » s’est transformée en un cadeau commun. Finalement, c’est chouette, un cadeau… et c’est bien suffisant! Vu les retours des autres parents, d’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls avec ce problème de cadeaux!

Decorations d'anniversaire

Et puis on a invité les parents, sur papier. Parce que pour moi, c’était pas clair. La première fois que Petit-Un a été convié à un anniversaire, on s’est dit yahou, super, à nous la liberté! Eh bien non pas du tout. C’était même une grosse arnaque puisqu’on a dû rester. C’est mon côté psychorigide mais j’aime le factuel et le contractuel. Du coup pas d’embrouille: on a invité les adultes par écrit. Et on a eu les Mamans, mais aussi plein de Papas. Ou alors, c’était le hasard, mais c’était sympa.

Et pour finir, sur les invitations, il y a toujours RSVP, alors on a mis RSVP. C’est très classe: c’est du français. La palme de l’élégance des réponses revient aux Mamans Japonaises. Je nourris une vive admiration pour les Mamans Japonaises. Elles sont toujours bien organisées et fort civiles. C’est un peu la femme du blond de Gad Elmaleh. Avec l’esprit pratique, en plus: elles m’ont même précisé dans leurs réponses les noms de toute leur famille, si bien que j’ai pu me préparer des aide-mémoire pour la fête!

 

Un anniversaire « fait-maison »

Sur ces entre-fêtes (oui je sais… j’ai pas résisté) vint le jour tant attendu…

Les trois familles japonaises sont arrivées exactement à l’heure. Tout le monde bien coiffé et sans avoir visiblement couru et transpiré en un sprint final. Les enfants avaient apporté de beaux dessins (figuratifs, hein, pas de l’art abstrait comme font les nôtres aux mêmes âges), pliés en origami (et ce n’est pas une exagération, l’origami, c’est la stricte vérité). Les autres familles sont arrivées normalement comme on l’aurait fait. Avec un peu de retard. Un enfant avec deux chaussettes pas assorties. Un autre avec un reste de la pizza du midi sur le tee-shirt, eu niveau de la manche. (Toujours pratique, pour s’essuyer la bouche.) Mais tout le monde est venu avec un grand sourire et beaucoup de bonne humeur. C’est l’essentiel.

Anniversaire - Peche a la ligne

Pour occuper nos petits invités, nous avions organisé des activités similaires aux anniversaires de notre enfance. Un bricolage. Une pêche au canard. Un chamboule-tout. Des ballons à sculpter. Nous avions opté pour du « fait-maison », avec un budget limité. Pas pour l’économie en tant que telle mais pour le principe, mes réflexions ayant été amorcées de longue date par la lecture de super billets de Miss Texas au Etats-Unis et Stéphanie en Arabie Saoudite.

 

Bricolages et activités

Papa-Tout-Terrain avait passé du temps à bricoler de magnifiques canne à pêche, pendant que j’avais bien galéré à faire des « canards » aptes supporter une pièce en chocolat. Sur quelques semaines, on avait bouffé des kilos de petit-pois pour avoir assez de boites de conserve pour le chamboule-tout. Et je m’étais même ouvert le pouce en les décorant avec Petit-Deux, qui avait été très impressionné parce que je n’avais pas pleuré. Nous avions enfin limité les « goodies bag » à de petits sacs de papier kraft pour rapporter le bricolage et les chocolats pêchés. On y a passé beaucoup de temps, mais on s’est vraiment amusés à tout préparer ensemble, avec la participation des enfants.

Anniversaire - Chamboule-tout

Cerise sur le pompon, le bonheur d’habiter sous des latitudes tropicales c’est qu’il pleut n’importe quand, et plus particulièrement pendant les fêtes d’anniversaires, au milieu de la saison sèche. Les activités prévues dans le jardin ont dû se rétracter sous notre auvent mais la fête a eu un succès fou. Il y avait dix-huit enfants et on a oublié de compter les parents. Papa-Tout-Terrain était en nage à force de remettre debout le chamboule-tout. Les bricolages ont tellement plu qu’ils ont fait le tour de l’école la semaine suivante. Et les enfants ont fini pied nus dans le jardin à courir sous la pluie. D’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, un enfant japonais qui court sans chaussures dans la boue arrive à rester présentable! (Les Japonais sont les Blonds de l’humanité.)

 

Le gâteau métro

Sur demande express de Petit-Deux, le gâteau était en forme de métro. (Oui, je mérite mon auréole, parce qu’un gâteau métro, c’est pas de la tarte!) J’ai fait les génoises la veille au soir. J’attendais la livraison de Tesco, à 18h, pour les œufs. 20h, toujours pas de Tesco. 21h, le mec nous appelle. Il s’est perdu mais il arrive dans cinq minutes. Branle-bas de combat. Je mets le four. Je prépare mes pâtes à gâteau sans les œufs. Et je commence à faire le pied de grue.

Il faut toujours se méfier de la notion de « cinq minutes » en Asie. C’est souvent un euphémisme poli pour dire que c’est pour plus tard mais qu’on ne sait pas du tout quand. Et à chaque fois je tombe dans le panneau. Bref, le mec est arrive à 22h40. A force d’avoir tourné en rond dans ma cuisine carrée, j’étais remontée à bloc. Je me suis précipitée en chemise de nuit, le cheveu bouffant (je frise avec l’humidité et l’énervement) dans son camion, je lui ai arraché les œufs et je suis rentrée en courant à la cuisine, laissant le type un peu incrédule avec le reste de ses sacs.

Papa-Tout-Terrain s’est chargé de ramasser à la petite cuillère les morceaux du mec hagard et la fin des courses. J’ai terminé mes génoises à une heure du matin. Miss-Trois a tété à deux heures et quatre heures, et Petit-Deux m’a définitivement réveillée à cinq heures. Dans les brumes de fatigue du lendemain, je ricanais encore bêtement en pensant à la frayeur que j’avais dû faire à ce pauvre livreur…

 

L’heure du goûter

Chacun ses tourments. Depuis que les invitations avaient été lancées, je m’inquiétais de la façon dont les petits Japonais appréhenderaient notre goûter, car en principe, on ne mange pas tellement avec les doigts au Japon. Pendant mes années universitaires, j’avais hébergé quelques jours une étudiante japonaise, qui m’avait ainsi fait part de son étonnement, à la sortie d’une boulangerie: « Vous portez le pain avec la main? » J’en suis encore traumatisée. (Peut-être qu’elle aussi?)

Anniversaire - Gateau Metro en construction

Bref, j’avais bien insisté pour disséminer un peu partout des couverts, des assiettes et autres instruments hygiéniques. Au moment où Papa-Tout-Terrain s’apprêtait à découper mon œuvre d’art ferroviaire, je lui courais encore après avec une spatule affolée: « Surtout pas avec les doigts, hein, pas les doigts! » (Là, Papa-Tout-Terrain, pourtant si mesuré et si flegmatique, a montré quelques signes d’impatience. C’est bizarre. Ce n’est pourtant pas son genre…)

Le gâteau a eu un franc succès. Autant que les grands saladiers de fruits, les sablés au fromage et les sablés sucrés. Je crois même avoir vu quelques petits Japonais manger avec les doigts… Quand je vous disais qu’ils sont formidables… ils se sont même adaptés aux usages français… par pure politesse, bien sûr!

 

Bouddhisme pittoresque – Wat Namtok Thammarot

Ce week-end, c’était Makabucha, une fête bouddhiste qui célèbre un jour « miraculeux » où 1250 disciples se sont spontanément assemblés autour de Bouddha pour écouter l’un de ses sermons. Ce jour-là, les croyants vont prier au temple et assister à des prêches. Dans de nombreux monastères, des processions à la bougie clôturent les célébrations rituelles.

Notre nounou a proposé à sa fille adolescente de l’accompagner au temple. « Comment? Non seulement on n’a pas le droit d’utiliser son portable pendant les cérémonies, mais en plus il faut rester assis par terre pendant cinq heures! Et ça fait grave mal aux fesses! Hors de question que je vienne! » a rétorqué la jeune fille. Le concept de l’adolescente existe donc également en Thaïlande.

Nous, nous ne sommes pas bouddhistes, mais on ne crache jamais sur un jour férié. Nous avons donc entassé nos sardines à l’arrière de la voiture, bourré un tas de couches et quelques habits de rechange dans le coffre, et roule!

 

Le monastère de Wat Namtok Thammarot

Papa-Tout-Terrain avait déjà repéré notre première étape: un centre de méditation bouddhiste au milieu de… nulle part. Sérieux, quand on prend la carte, il y a juste rien autour. Pas une ville, pas un village, pas même une montagne. Et ça se confirme quand on arrive sur place. C’est au milieu de rien du tout. Enfin au milieu de plantations d’hévéas, quoi. (La nature n’aime pas le vide.) Bref, si l’on veut méditer, on peut venir méditer ici sans crainte, ce n’est pas l’environnement qui va déranger.

1 - Wat Namtok Thammarot - Temple des serpents

Bon, en revanche, sur place, ils ont eu la main lourde sur la déco et les animaux. L’arrivée est très zoologique. Il y a des chiens et des poules partout. Leur principale activité consiste à dormir au milieu de la route. On sent qu’ils ne sont pas dérangés souvent. D’ailleurs, nous étions pour ainsi dire les seuls visiteurs. J’ai fait trois crises cardiaques pendant qu’on slalomait entre les poussins. Occire une volaille, c’est pas bon pour nos karmas. J’ai finalement sauté de la voiture pour faire bouger la ménagerie. Un coq qui prenait ses aises dans un nid de poule m’a regardé d’un air narquois. De guerre lasse, Papa-Tout-Terrain a opté pour le talus.

 

Le temple aux Nâgas

On a commencé par un temple dédié aux Nâgas, serpents et autres dragons doués de superpouvoirs chez les bouddhistes et dans les cultes païens de la région. De loin, c’est grandiose. De longs reptiles s’élèvent en volute au dessus du lac attenant. C’est doré, coloré, majestueux. De près c’est un peu flippant, surtout quand on passe devant les serpents à tête humaine qui protègent l’enceinte des lieux.

2 - Serpents à tête humaine qui protègent l'enceinte des lieux

A l’intérieur, on sent que l’architecte s’est laisse aller à ses penchants pour le kitch: les murs sont rose bonbon avec une ornementation en macramé

 

3 - Wat Namtok Thammarot - Interieur

Niveau spiritualité, c’était moyen, car le bâtiment était en travaux. Du coup il n’y avait pas de fidèles, mais des ouvriers un peu partout. Ils nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse et une curiosité non dissimulée pour notre tripotée de têtes blondes et sautillantes. Deux ou trois dames nous ont suivis tout du long, d’un air énamouré.

 

Des nonnes et des Krathongs

Un peu plus loin, ce sont les nonnes des lieux qui nous ont hélés. Pour les enfants, bien entendu. Papa-Tout-Terrain et moi-même ne sommes pas assez mignons pour les intéresser. Petit-Deux s’est immédiatement éclipsé derrière mon short en treillis. Petit-Un a lancé un tonitruant « sawadee krap » (=bonjour). Et Miss-Trois a dégainé son plus beau sourire édenté. Comme une flèche, la plus vieille des religieuses –également édentée, mais un peu moins quand même- est partie chercher LE portable de la confrérie.

Pour tuer le temps, ses novices nous ont montré leurs Krathongs. Il s’agit de bateaux de feuilles et de bambous, que l’on décore de bougies et d’encens avant de mettre à l’eau, à l’occasion de certaines fêtes religieuses. Ceux-ci devaient être destinés aux célébrations de Makabucha. (Ou de Makabucha l’année prochaine vu qu’elles allaient drôlement lentement, mais qu’elles ont affirmé vouloir recouvrir le lac de bougies.) (Ou alors elles s’occupaient juste en attendant un miracle.)

4 - Nonnes en train de fabriquer des Krathongs

La vieille religieuse est revenue avec le téléphone, pieusement emballé dans un linge. Elle avait oublié le mot de passe et ne savait plus tellement s’en servir pour faire des photos. Les jeunes nonnes l’ont aidée. A la réflexion, je pense qu’il s’agissait de stagiaires. C’est courant en Thailande, pour quelqu’un du civil, de devenir moines un mois ou deux, au moment du décès de l’un de ses parents ou seulement pour le plaisir. Dans les entreprises, on est habitué à accepter sans discuter ces demandes de congés religieux. Les collègues disparaissent et reviennent quelques temps plus tard, tondus.

(N’empêche que la première fois qu’un mec m’a fait signer une autorisation d’absence en m’expliquant qu’il allait se faire moine et qu’il revenait après, j’ai un peu cru qu’il se moquait de moi…)

 

Le centre de méditation de Wat Namtok Thammarot

Bon, j’arrête de me disperser parce qu’il me reste des hectares de monastère à vous montrer, là. Vu qu’il y a de la place, dans la région, les moines n’ont pas hésité à s’étaler. Et en bonus, le jour où ils ont appris la technique des statues en parpaing mâché, ils se sont dit qu’ils allaient en mettre partout. Du coup c’est très coloré, mais j’y reviens.

A l’origine, le clou du spectacle est une chute d’eau, devenue le point de convergence des activités religieuses de l’endroit. Des salles de prière, une bibliothèque, un restaurant et des abris variés y sont greffés, pour l’accueil des pèlerins. Etonnement, les lieux était vides ou presque. En même temps la cascade était à sec –on est en pleine saison sèche- ce qui faisait peut être perdre son potentiel touristique au temple. (Ou alors, le monastère est toujours vide et les moines ont juste eu les yeux plus gros que le ventre.)

5 - Chute d'eau de Wat Namtok Thammarot

Tout autour, disséminées ça et là sur une surface improbable, des compositions sculpturales variées et colorées. De gros champignons roses décorés de Nâgas et de bouddhas servent d’abris de pique-nique. (Le moine-architecte était visiblement amateurs de nuances voyantes.) Des représentations de scènes religieuses et de mythes païens. Des histoires édifiantes de morale. Mickey et Minnie. (Que font-ils là?) Des déités issues de cultes chinois païens, une belle Guanyin, des dragons… Et quelques figures de l’hindouisme, que l’on sait étroit cousin du bouddhisme.

6 - Representation a caractere religieux a Wat Namtok Thammarot

 

De curieuses mises en scène

A chaque intersection, des portes monumentales interpellent le visiteur et le pèlerin. Du faste à peu de frais. Mais j’aime bien le faste dans la religion. Ca plante tout de suite un décor pimpant et stimulant. C’est nettement moins déprimant que le dénuement ou l’ascétisme. Et pour faire bonne mesure, les concepteurs du lieu ont apporté une touche finale en saupoudrant le tout de dinosaures carnassiers. C’est vrai que ça a de la gueule, les dinosaures.

7 - Dinosaures de Wat Namtok Thammarot

Certaines mises en scène sont plus travaillées. Il faut ainsi traverser un pont pour accéder à la représentation de l’arbre de la Bodhi, sous lequel Bouddha a atteint l’illumination. L’effet est intéressant. On se sent capté par la majesté du tableau. Hélas, par un excès de zèle, quelqu’un a rajouté deux tronçons de torses à l’entrée du pont. C’est moins à mon goût.

8 - Arbre de Bodhi a Wat Namtok Thammarot

Plus impressionnant encore, deux gigantesques représentations des enfers illustrent les misères et les supplices de l’au-delà. C’est une thématique courante, dans les lieux de culte bouddhistes. Le sujet y est toujours traité avec réalisme et crudité. Des êtres faméliques, aux plaies purulentes, aux membres arrachés et aux organes sexuels de démesurés… Ce ne sont pas les tableaux devant lesquels nous nous attardons en compagnie de nos enfants. Ils méritent néanmoins le détour, comme révélateurs d’une certaine vision de l’au-delà dans les religions orientales.

9 - Representation de l'enfer a Wat Namtok Thammarot

 

Faut-il aller visiter Wat Namtok Thammarot?

Nous avons passé deux bonnes heures dans ce monastère. La variété, la créativité et le nombre infini de ses représentations religieuses nous ont enthousiasmés. C’est le l’art très naïf, mais qui traduit avec certitude l’ensemble hétérogène des croyances et des cultes mêlés de Thaïlande. On y appréhende les questions religieuses dans une approche complémentaire à celle de Wat Saman Rattanaram.

10 - Porte monumentale de Wat Namtok Thammarot

Doit-on pour autant recommander l’endroit? Oui, sans nul doute si vous passez par là. Mais soyons réalistes, on ne passe pas par là par hasard. Si en revanche il vous prend envie de découvrir la province de Rayong hors des sentiers battus, groupez cette visite avec une balade à Khao Chamao, et éventuellement avec un petit détour par la ferme de Suan Lamai (j’en parle bientôt). Vous ne serez pas déçus… et vous ne devriez même pas croiser un « étranger » de la journée!