Curieuse Rencontre en Pays Khmer – Surin et Sisaket


Après une bonne nuit de repos à Surin et le spectacle surprenant d’une célébration dansée de Songkran, nous reprenons le chemin des temples Khmers de la région, en commencant par Prasat Sikhoraphum. Nous en avons certes déjà vu beaucoup, mais chaque nouvelle visite nous subjugue et nous porte un peu plus loin dans la découverte de notre pays d’adoption et de sa culture millénaire. Après tout, ne dit-on pas que pour connaître une nation et un peuple, il faut d’abord s’intéresser à sa religion?

 

Les magnifiques bas-reliefs du Prasat Sikhoraphum

Prasat Sikhoraphum

Sanctuaire Hindou construit au XI ou XIIème siècle et dédié au culte de la déesse Shiva, le Prasat Sikhoraphum est particulièrement remarquable pour ses bas-reliefs extraordinairement riches et bien conservés, sur certains linteaux et montants de portes. Rien que pour ça, le lieu vaut vraiment le détour!

Bas relief Prasat Sikhoraphum

En dehors de ces points, il s’agit d’un temple de topographie classique, avec cinq Prangs, dont un principal, au centre. A l’occasion de cette visite, nous nous posons la question de l’utilisation des matériaux de construction (brique, latérite et grès), suivant les temples. Si le grès est presque systématiquement employé pour les linteaux et les encoignures des orifices, la fréquence de la brique semble varier d’une construction à l’autre.

Bas relief Prasat Sikhoraphum

Trouvée sur Internet, une intéressante synthèse sur l’architecture Khmer nous renseigne. La brique a, en réalité, été très utilisée à l’époque Préangkorienne, à partir du 7eme siècle, puis progressivement délaissée par la suite, car les murs de briques résistaient mal à l’épreuve du temps. Cette problématique était encore accentuée par le fait que les briques servaient souvent de parement à des murs de terre, plus friables et fragiles. La latérite, quant à elle, était un matériau facile à découper, et par conséquent privilégié pour les bases des bâtiments et les murs d’enceinte. Cette pierre n’était pas utilisée pour les pans sculptés ou travaillés, car en séchant, sa surface se constellait de petits cratères qui la rendaient visuellement impropre aux pièces d’apparence.

Porte du Prang principal - Prasat Sikhoraphum

 

Curieuse rencontre à Prasat Ban Prasat

Nous sommes désormais dans la province de Sisaket. En chemin vers l’étape suivante, on tombe sur le panneau indicatif de Prasat Ban Prasat. Inconnu au bataillon. Mais pictogramme d’antiquité. Ca nous intéresse! On arrête tout et on suit la direction. Là, nous avons très très bien joué le coup, parce qu’on a pris en photo le premier panneau, histoire de pouvoir demander notre chemin à des locaux, écrits à l’appui (et en Thaï). Après pas mal de bornes en pleine campagne, on est franchement perdus. Plus d’indications ni rien. Personne non plus à qui demander la route. Au détour d’une toute petite voie, quelques vagues panneaux. Tout est en Thaï bien entendu. On ressort notre photo.

Campagne entre Surin et Sisaket

Et là, avec Papa-Tout-Terrain, on se retrouve comme deux courges illettrées à essayer de comparer les directions indiquées sur la photo. La tâche n’est pas aisée, d’autant que les polices d’écriture diffèrent et que certains des panneaux sont mêmes peints à la main. Je fais choux blanc, c’est sûr, ce n’est pas là. Papa-Tout-Terrain s’exclame soudain: « C’est là! » Usant d’une technique fort intelligente, il avait comparé les lettres en commençant les mots par la fin. Effectivement après un nouveau brainstorming, nous nous accordons sur ses conclusions. On repart donc et même, on trouve notre temple!

Prasat Ban Prasat

Belle surprise d’ailleurs, c’est un de ces petits sanctuaires Khmers « caméléon », passé d’Hindouiste à Bouddhiste avec le temps. Un temple moderne, dédié à Bouddha, a été construit face aux antiques Prangs de brique. La base du nouveau bâtiment recycle même des blocs de latérite de l’ancien édifice, sans doute prélevés à ses murs d’enceinte ou à des bassins qui auraient aujourd’hui disparus.

L’histoire se corse un peu quand s’approche de la voiture une bonne demi-douzaine de policiers en uniforme. Ils regardent avec suspicion l’intérieur de notre véhicule alors que je suis justement en train de me battre avec ma braguette, laissée ouverte pour le confort de mon ventre de femme enceinte. Papa-Tout-Terrain tente de faire diversion. Il sort et lance un « Sawadikhap » (=bonjour) jovial, en attendant de voir ce qui va se passer. Là tous les policiers lui tombent dessus et demandent à être pris en photo avec lui. Ouf, tout va bien. C’est un peu effrayant quand même le sérieux que gardent ces hommes de loi en toute circonstance… On se parle peu, faute de langue commune. On dit juste qu’on est français et on lance le nom de quelques destinations récemment visitées dans la région. Les policiers proposent quelques autres lieux… quelques-uns sont dans les plans… pour les autres, je ne parviendrai pas à les recoller sur la carte, malheureusement. Qu’à cela ne tienne, on se sourit beaucoup et, à nous tous, on fait des dizaines de photos!

Avec les policiers de Prasat Ban Prasat

De leur côté, les enfants veulent rester dans la voiture. D’abord ils en ont un peu marre des temples et surtout, ils viennent de découvrir une application sur l’IPad de leur père, qui leur permet de nourrir et d’élever un chat. C’est tout de même plus intéressant! Avec Papa-Tout-Terrain, on fait un rapide tour des lieux. Emouvants d’austérité, trois Prangs se dressent vers le ciel. Clairement, ce ne sont pas des édifices majeurs et nous ne trouvons nulle part sculptures ou bas-reliefs. Pendant ce temps-là, les policiers continuent de tourner autour de la voiture, essayant de voler quelques clichés des enfants malgré les vitres teintées.

Prasat Ban Prasat

Nous garderons de ce lieu l’image d’une jolie découverte historique, mais aussi celle d’une belle rencontre humaine. Nous reprenons la route après plusieurs recommandations chaleureuses… mais nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’ils ont voulu nous dire.

 

 

Le Prasat Sa Kamphaeng Yai, sanctuaire Khmer intégré à un important temple moderne

Un peu plus loin dans la province de Sisaket, le Prasat Sa Kamphaeng Yai nous avait été chaudement recommandé. A juste titre. C’est le plus grand ensemble de sanctuaires à la fois antiques et modernes qu’il nous ait été donné de voir.

Prasat Sa Kamphaeng Yai

La partie ancienne, Hindoue, date du 11eme siècle. Le temple comporte une impressionnante enceinte de latérite avec une large galerie de circulation. L’emprunter donne une bonne idée du site et de son caractère monumental. A l’entrée est, un mur est recouvert d’anciennes inscriptions Khmer, magnifiquement conservées. Nous considérons avec émotion les traces laissées par cette belle civilisation du passé. Au centre de l’enceinte se dressent trois Prangs dont manquent les voutes, ainsi que trois autres bâtiments, dont deux au moins devaient être des bibliothèques. L’ensemble des bâtiments de briques a été rénové récemment.

Galerie de Laterite - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le site me semble particulièrement intéressant pour la vision architecturale d’ensemble que donnent les bâtiments, dont les parties hautes manquent souvent. Les encadrements et linteaux sculptés, en revanche, ne sont pas les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir -à moins que nous ne soyons devenus difficile ou que nous n’ayons eu vraiment trop chaud à ce moment-là.

Bas relief - Prasat Sa Kamphaeng Yai

De même qu’à Phanom Rung, c’est sans doute parce que le sanctuaire comporte des blocs de pierre d’une taille tellement extraordinaire que l’on note de si nombreux « trous » dans les dalles, de deux à trois centimètres de diamètre. Les spécialistes supposent que l’on fixait des barres métalliques dans ces orifices, pour le transport des matériaux. Suivant une autre hypothèse, on y installait des pattes de bois ou de métal, pour les manœuvres finales d’ajustement de la construction. Les trous étaient ensuite bouchés par des inserts de pierre ou de mortier, une fois le bâtiment terminé.

"Trous" pour le transport des pierres - Prasat Sa Kamphaeng Yai

A l’intérieur de l’une des bibliothèques, il est émouvant de trouver de petits tas de pierres tels que les construisent les fidèles bouddhistes, lorsqu’ils se recueillent dans des lieux sacrés ou même parfois dans la nature.

Bibliotheque - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Le sanctuaire moderne ne manque pas d’intérêt non plus. Il se compose de deux temples, d’un gong géant, ainsi que de la statue gigantesque d’un sage, pilier du bouddhisme. On passe vite sur les zones de méditation car les enfants sont un peu turbulents.

Gong Geant - Prasat Sa Kamphaeng Yai

En revanche, nous nous arrêtons plus longuement au pied d’un temple moderne, à la base arrondie, et où il est proposé aux croyants –et aux autres- de répartir leurs offrandes entre des centaines de bols fixés à cet effet. On « fait la monnaie » en achetant une assiette de piécettes, et l’on charge nos enfants de les distribuer ensuite entre les bols à offrandes –les mêmes qu’utilisent les moines lors des offrandes matinales. Je trouve que l’activité représente assez bien la philosophie bouddhiste, tant elle prête à la méditation, de par sa longueur et sa répétitivité.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

Cela dit il faut être enfant ou bouddhiste pour mener la tâche à bien, surtout par cette canicule. J’ai eu plusieurs fois envie d’arracher l’assiette des mains des enfants, de tout jeter dans un bol (oui, oui, UN SEUL bol) et de filer à la voiture, marmots sous le bras, parce qu’il faisait sacrément chaud, tout de même, à faire le pied de grue devant les saladiers.

Offrandes - Prasat Sa Kamphaeng Yai

 

Le soir, nous faisons étape dans la petite ville de Tha Tum, à deux pas de notre activité du lendemain: l’Elephant Study Center de Surin. L’hébergement est modeste mais nous aurons droit, sur une péniche, à un très sympathique diner local, agrémenté par la voix suave et chaleureuse d’un jeune crooner du coin.

Repas en peniche a Tha Tum

 

 

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Songkran surprise dans la calme Surin

Après la découverte des vestiges Khmers de la province de Surin, nous faisons étape dans le chef-lieu régional, également nommé Surin. Le lieu a été choisi plutôt par la force des choses, car les hôtels de la région sont plutôt rares. Surin est une ville provinciale de 40,000 habitants. Un village pour l’Asie. Bourgade paisible, et trop paisible même… mais nous ne le savons pas encore, le lendemain s’y tiendra une grandiose et surprenante cérémonie, organisée a l’occasion des fêtes de Songkran.

 

Le paisible marché de Surin

Nous profitons de notre étape du soir à Surin pour une petite balade en centre-ville. En fin d’après-midi, il ne reste guère que le marché qui soit animé. Chacun s’affaire aux dernières courses du jour avant le dîner. Beaucoup d’ailleurs achètent des plats déjà prêts: pâtes sautées ou riz, cuits à la commande, currys et plats en sauce fraîchement mijotés du jour. L’on trouve aussi de beaux étalages de poissons, ainsi que des boucheries qui proposent, sur des tables de bois –pas réfrigérées, bien sûr- des viandes variées et surtout de grosses têtes de cochon qui intriguent beaucoup Petit-Deux.

Marche de Surin

 

Le pays où les enfants sont rois…

Les visites des marchés sont souvent des moments éprouvants pour les enfants. Dans ces lieux, il est courant que des commerçants ou des clients désœuvrés les interpellent, tentent de caresser leurs cheveux clairs, voire de les prendre dans les bras. A sa demande, je prends généralement Petit-Deux en porte-bébé ventral, capuche relevée sur la tête, pour éviter les principaux importuns. Il n’est pourtant pas rare qu’il s’exclame, furieux: « Maman, il y a une dame qui m’a touché!« … Alors bien sûr, j’essaie d’établir une distance physique maximale entre les enfants et les curieux, de préserver notre espace de sécurité par des regards intimidants, mais je fais aussi mon possible pour rester polie et compréhensive face à ces gentils indiscrets qui ne doivent pas voir de blondinets tous les jours…

Marche de Surin

Petit deux avise un bel étal de pommes de Java. Il en réclame. On en achète un demi-kilo. La vendeuse et son stand deviennent l’immédiat centre d’attention de tous les badauds des environs. Très flattée, elle offre un fruit à Petit-Deux, ravi.

Marche de Surin

Petit-Un n’aime pas les fruits mais voudrait un pistolet à eau. A l’approche de Songkran, les étals en débordent. C’était un achat prévu et promis de longue date, car nous comptons bien cette année participer aux batailles d’eau endiablées qui s’organisent lors du nouvel an Khmer. C’est armés de jouets énormes et colorés, que les enfants rejoindront ce soir-là l’hôtel, avec une seule idée en tête: les tester dans leur bain du soir.

 

Le Songkran surprise de Surin

Le lendemain au petit matin, nous nous apprêtons à quitter Surin sans regret. Nous n’y avons rien découvert qui mérite le détour. Lorsque nous rendons les clés de l’hôtel, l’employée semble déçue d’apprendre que nous quittons la ville. En même temps, qu’y faire?… D’un geste vague, elle nous désigne un poste de télévision qui hurle en boucle, derrière son comptoir, et diffuse les images d’une sorte de défilé en costumes locaux. Nous reconnaissons un monument de Surin – »le » monument de Surin, en fait- et interrogeons la jeune femme sur le teneur de l’événement. Cela dépasse malheureusement de beaucoup ses compétences en anglais. Nous nous résignons mutuellement à ne pas nous comprendre.

Nous filons vers le nord. Une musique aux accents du pays se fait entendre, de plus en plus sonore. Alors qu’un policier nous indique une déviation, apparait soudaine sous nos yeux la cérémonie de la télé de l’hôtel du matin. Ce qui nous avait semblé une chorégraphie mettant en scène quelques vedettes locales, sur petit écran, est en réalité un immense parterre de danseurs, opérant à perte de vue. Impossible de louper ça!

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

Nous nous garons à la « locale », en double file et sans frein à main, et rejoignons les quelques badauds qui assistent au spectacle. Ceux-ci sont en fait fort peu nombreux. Nous émettons deux hypothèses. Soit, la majorité de la ville est du spectacle si bien qu’il ne reste pas grand monde pour regarder, soit le spectacle diffusé à la télé n’est en fait pas vraiment ouvert au public et nos têtes d’étranger nous ont-elles donné un passe-droit involontaire auprès des policiers qui encadrent l’événement.

Ceremonies dansantes de Songkran a Surin

 

Une grandiose célébration dansée

A perte de vue, une mer de danseurs. Tous vêtus de costumes traditionnels assortis, ils ébauchent des pas classiques sur une musique Thaï. D’après mes estimations, ils ne doivent pas être loin de 5,000 –huit danseurs par rangée, une rangée presque tous les mètres, sur une rue de 650 mètres, d’après les calculs de Google Map. Comme toujours, c’est surtout leurs mouvements de mains, de doigts et de tête que je trouve surprenants de finesse et d’une extraordinaire souplesse. Mes collègues m’ont expliqué –démonstration de doigts à l’appui- que tous apprennent ces mouvements dès les premières années d’école, lors de cours spécifiques. Fait rare dans ce type de manifestations, la foule des danseurs semble même comporter une petite proportion d’hommes.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

On sent qu’il ne s’agit pas de professionnels car la motivation est inégale d’une personne à l’autre: certains prennent leur tâche très au sérieux, d’autre ébauchent plutôt les mouvements, avec des têtes à se demander ce qu’ils font là. En même temps je les plains sincèrement. De toute évidence ils ont commencé en même temps que la télé, soit depuis une bonne demi-heure au moins. Ils sont pieds nus sur ce goudron brûlant, tandis que le soleil de la matinée cogne sur leurs têtes, par une température de près de 40 degrés. Nous-mêmes ne nous éterniserons pas pour éviter un coup de chaleur. Nous assistons à quelques évacuations par les pompiers et ce n’est guère surprenant.

Danses traditionnelles Thai pour Songkran a Surin

Je prends Petit-Deux sur les épaules, pour qu’il puisse aussi profiter du spectacle. J’insiste: « Regarde, c’est extraordinaire, non? » Et Petit-Deux de me répondre: « Oh oui, il y a même une voiture rouge! » Un pickup des pompiers était effectivement garé en marge du spectacle. Comme quoi, nous ne pouvons pas tous avoir les mêmes sources d’émerveillement…

 

A la découverte de nouvelles beautés Khmères

Nous quittons Surin pour nous diriger vers le Prasat Sikhoraphum puis la province de Sisaket, où une rencontre inattendue nous attend. En route, nous dépassons le musée de Surin, malheureusement fermé à l’occasion du nouvel an Khmer. Nous le regrettons car il semblait riche de trésors antiques.

 

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Jolies surprises Khmères – Temples de Surin

Au fil de la province de Surin, les vestiges de temples Khmer ne se lassent pas de nous surprendre, qu’ils soient reconnus des circuits touristiques ou au contraires dissimulés, oubliés, puis intégrés dans le quotidien des populations locales.

 

Prasat Ban Phluang ou le temple désert

Après la découverte de l’incroyable –et difficile d’accès- Ta Muean Thom, l’arrivée à Prasat Ban Phluang nous parait presque trop facile. C’est d’ailleurs l’un des seuls vestiges Khmers que nous ayons visité dans l’Isan à se trouver en plein centre-ville. L’entrée est payante mais le garde a déserté sa billetterie, laissant juste derrière lui un vieux transistor hurler des chansons locales. La grille des prix affichée n’est pas très claire. Nous nous fixons un tarif d’entrée et déposons la somme sous la vieille radio.

Prasat Ban Phluang

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir entrer en voiture sur le site mais rien ne semble non plus l’interdire. Au loin, on voit deux ou trois pickups locaux au pied du Prang. Et il fait sacrement chaud. Et Petit-Deux s’est endormi dans son siège-auto. Nous nous accordons donc l’autorisation d’entrer. Quelques Thaïs ont installé une tente à proximité du vestige Khmer, peut être en prévision de Songkran. Ils sont très occupés à déjeuner et nous ignorent complètement. Le garde doit être de ceux-là. On leur sourit et chacun retourne à ses occupations.

 

Prasat Ban Phluang l’inachevé

La structure de Prasat Ban Phluang est très différente de celle des autels que nous avons visités jusqu’alors. Elle se compose d’un très large piédestal, planté d’un Prang en son centre. Le Prang est décoré avec beaucoup de raffinement, mais son érection semble s’arrêter brusquement, et à l’horizontale, comme s’il manquait une voute.

Prasat Ban Phluang - Prang inacheve

D’après certaines sources, les travaux de construction de bâtiment n’ont pas été achevés. Le socle semblerait ainsi trop large, en l’attente de deux Prangs latéraux qui auraient dû être rajoutés. La voute du Prang principal est sans doute manquante, mais a peut-être été bâtie en matériaux légers comme le bois, qui se seraient dégradés avec le temps. Certains commentaires prétendent qu’une partie des sculptures est inachevée, mais nous ne les avons pas repérées.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief

Le temple, construit à la fin du 11eme siècle, abritait un autel destiné au culte de Shiva. Comme il est d’usage, les bas-reliefs des linteaux évoquent principalement des scènes religieuses qui mettent en scène des Dieux Hindous. Cependant, lors de nos observations avec Petit-Un, c’est la finesse et la précision des représentations animalières qui nous ont particulièrement marqués. Pendant ce temps-là, de son porte-bébé, Petit-Deux émergeait à grand peine d’un sommeil profond.

Prasat Ban Phluang - Bas Reflief a motifs animaliers

 

 

Jolies surprises Khmères – Temples de Prasat Ban Prai

Nous reprenons la route de Surin, ou nous prévoyons de faire étape pour la nuit. En chemin, Papa-Tout-Terrain avise un panneau en Thaï, dont le pictogramme semble indiquer une autre construction ancienne. Il n’en n’est fait mention sur aucun guide. C’est le genre de plan un peu foireux où l’on a toutes les chances de se perdre et de revenir bredouille. On a fait la même, la veille, dans la province de Buriram, mais cela ne nous a évidemment pas servi de leçon… Nos vieux instincts d’explorateurs (en milieu tout sauf hostile) ont déjà repris le dessus. On se lance à l’aventure.

Coup de chance, la route est plutôt praticable. Au bout d’un moment, on tombe sur un temple, et plus encore, sur les vestiges d’un véritable édifice Khmer, le Prasat Ban Prai! Très curieux endroit que ce complexe religieux, dont nous ne connaîtrons le nom que grâce à un panneau de l’entrée. Le lieu semble introuvable, tant sur Internet que sur les guides de la région.

Par malchance, une cinquantaine de mètre avant l’entrée du temple, Petit-Deux a repéré un magasin qui vendait des glaces. Alors que l’on descend de la voiture, il entame des négociations musclées. « Je veux une glaaaaace! » « Ok, après le temple. » « Nooooon, tout de suiiiiiiiiite! ». On est au plus profond de la campagne. Les mémés du coin regardent avec un intérêt goguenard ce blondinet braillant. Elles n’ont pas dû en voir souvent. On arrive finalement à temporiser: d’abord une vitamine (toujours avec sur soi une vitamine C pour les moments de faiblesse), ensuite le temple, et après la glace.

La première zone que nous traversons est un temple bouddhiste contemporain, mais tombé à l’abandon. Reste un bâtiment à la toiture éventrée, parsemé de quelques statues de Bouddha que commencent à recouvrir la poussière et les crottes de pigeon. Mais comme à tout bouddha, vénération est due, restent de petits autels épars, récemment alimentés de cierges et d’encens.

Prasat Ban Prai - Bouddha dans une partie desaffectee du temple

« Alors le temple c’est fini, on peut avoir la glace? » « Non, c’est pas fini. »

 

Au cœur des cérémonies de Songkran

Un peu plus loin, un espace extérieur a été aménagé pour la prière. Difficile de dire si l’organisation est temporaire ou permanente, car à ce moment-là, le lieu est comble. Sur une estrade, une troupe de moines bouddhistes mène les prières.

Une foule de fidèles se presse pour les écouter, protégée du soleil par des tentures de toiles prévues à cet effet. Aux vues des chemises à fleurs, les célébrations sont clairement en lien avec Songkran. J’aime la façon ouverte et joyeuse dont les croyants bouddhistes célèbrent leur foi. Ici point de silence de mort. Certaines mémés des derniers rangs bavardent en surveillant d’un œil des enfants qui s’ébattent. Les fidèles vont et viennent, entre deux courses dans le marché tout proche. Tout le monde semble le bienvenu.

Prasat Ban Prai - celebration bouddhiste

« Maintenant c’est bon je peux avoir ma glace? » Tiens, je note que Petit-Un ne dit rien, ne demande rien et ne râle même pas. Attitude un peu opportuniste, mais après tout, il n’a pas tort. Il aura bien sa glace en temps voulu et Petit-Deux se charge d’être casse-pieds pour les deux.

Prasat Ban Prai - escalier de laterite

Pas directement concernés par les cérémonies bouddhistes, nous nous dirigeons enfin vers la partie la plus éloignée du site, qui comporte les vestiges Khmers. On y retrouve traditionnellement un grand socle en latérite, ainsi que trois Prangs de briques aux sobres linteaux de grès. Il n y a pas ou plus de décorations sculptées. Certainement Hindou à l’origine, le site de Prasat Ban Prai a visiblement doucement glissé vers le bouddhisme, comme en témoignent les offrandes présentes à l’entrée des autels, et la cohabitation avec les lieux de culte contemporains. C’est finalement l’histoire de très nombreux sites religieux de par le monde, mais quelle curieuse histoire, tout de même…

Prasat Ban Prai

 

Le quatre heure

Sur le chemin du retour, on tombe sur un petit vendeur de rue, au vélo-frigorifique rempli de crèmes glacées. Allez, on y est cette fois ci. Enfin presque parce que les enfants veulent une glace « rainbow » que le mec n’a pas. On a déjà mis longtemps à lui faire comprendre ce qu’on voulait et il n’a pas l’air spécialement content. Petit-Un trouve finalement une glace « papillon » à son gout. C’est fou les glaces qu’ils font maintenant!

De mon temps on avait des esquimaux à l’eau tout bêtes. Je me sens vieille du coup. Petit-Deux veut aussi une glace « papillon » maintenant mais le vendeur n’en n’a plus. Il n’a pas l’air très motivé à chercher alors Petit-Deux l’aide un peu à retourner sa glacière jusqu’à finalement trouver l’objet de ses convoitises. Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé très à propos pour prendre une photo urgente. J’avale ma honte, paye le vendeur et déguerpis en vitesse.

Retour à la voiture et là, on voit venir le moment folklo. Dans le véhicule des sièges-auto. Dans les sièges-auto des enfants encore propres. Et dans la main des enfants encore propre des glaces « papillon » qui ne demandent qu’à couler sur les mains, les enfants, les sièges-auto et la voiture. D’autant que la glace « papillon », c’est traitre, car la glace « papillon » comporte deux bâtons d’esquimau qui permettent de séparer les deux ailes du papillon en deux demi-esquimaux indépendants. Cela implique donc que l’enfant lèche les deux parties en parallèle, pour éviter la fonte intempestive de l’un des éléments –sachant qu’il fait 42 degrés dehors.

J’hérite donc de la surveillance de deux enfants et quatre morceaux de glace, tandis que Papa-Tout-Terrain, le veinard, reprend le volant … Il y a une compensation cependant: pour limiter les risques ou rattraper le coup, l’une de mes attributions en tant que « surveillante des glaces » consiste à lécher tout de qui coule!

Nous prenons paisiblement la route pour la ville de Surin, où nous découvrirons par hasard d’étonnantes festivités.

 


Prasat Ban Phluang en pratique

  • Coordonnées GPS de Prasat Ban Phluang14.610385, 103.424423
  • Ouvert de 7h00 à 18h00
  • Il semble qu’il faille acheter des tickets mais ce n’est pas très clair…

 

 

 

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Thai Thani, Art & Culture Village –Pattaya

Thai Thani est un petit parc qui propose une jolie reconstitution de lieux choisis de Thaïlande traditionnelle, au sud de Pattaya. Ou plutôt, il y a deux Thai Thani. Ce Thai Thani là, miroir coloré de la Thaïlande rurale que nous aimons. Et le Thai Thani pour les bus chinois: un ensemble d’attractions de peu d’intérêt, pour la consommation rapide de touristes de passage.

Plan du Village de Thai Thani - Pour les Chinois...

 

Le parc d’attraction n’a bien sur rien d’authentique, mais propose de très intéressantes reconstitutions d’habitats traditionnels de Thaïlande, une zone consacrée à la religion, un petite exposition, et la présentation d’un ensemble d’activités classiques au pays.

Temple de Thai Thani

 

Coup d’œil dans les maisons Thaï traditionnelles

Notre partie préférée de la visite est la découverte des maisons locales, qui présentent des différences marquées, en fonction de leur localisation géographique et des origines ethniques de leurs habitants. Comme de coutume en Thaïlande, on retire ses chaussures avant d’entrer. Si j’y avais pensé, j’aurais mis des tongs aux enfants parce qu’on a passé beaucoup de temps à détacher et remettre les lanières des sandalettes!

Les maisons sont construites en bois, et surélevées sur pilotis afin de protéger les habitants des serpents, des rongeurs, et des inondations pendant la saison des pluies, car alors, l’eau peut monter très vite. Contrairement à ce que j’ai longtemps cru, ces bâtiments n’appartiennent pas au passé: l’une de mes collègues, jeune mariée et tout juste enceinte de son premier enfant, est en train de faire construire l’une de ces magnifiques maison de bois, pour sa nouvelle famille. Il s’agit bien sûr d’habitations des campagnes. Dans les villes, ciment et bétons sont devenus la norme.

Maison Thai traditionnelle a Thai Thani

Nous avons çà et là visité –ou dormi- dans de ces maisons de bois, et j’ai toujours eu la surprise de les trouver étonnamment fraiches. Sans doute les bois utilisés sont-ils de bons isolants thermiques. Par ailleurs, les ouvertures ménagées dans les murs permettent généralement une bonne circulation de l’air –et des moustiques. Des habitations visitées, il m’a toujours semblé que la cuisine était située dans une zone détachée des chambres et des pièces de vie. Parfois, les habitants cuisinent même au rez-de-chaussée de la maison, entre les pilotis. Il semble que l’objectif soit de limiter la chaleur dans les pièces principales de l’habitation. Le mobilier est rare et les pièces plutôt dépouillées, ce qui correspond assez aux intérieurs que nous avons pu apercevoir autour du vieux marché de Chachoengsao, par exemple.

Maison de l'ethnie Lahu a Thai Thani

Habitats des minorités ethniques

Dans le parc sont également présentés les habitats d’ethnies minoritaires aux tailles beaucoup plus modestes. Egalement sur pilotis, les maisons sont construites de bambous et de feuilles ou de chaume. Dommage qu’elles ne soient pas meublées, car on s’imagine moins bien la façon dont on y vit (ou vivait?… nous n’avons jamais rencontre de telles habitations, « en vrai »).

Maison Karen a Thai Thani

On trouve une maison de l‘ethnie Akha (qui vient des montagnes du nord de la Thaïlande), une autre de la tribu Lahu (originaire de l’ouest de Chiang Rai) et une dernière de l’ethnie Karen (au nord-ouest du pays, proche de la Birmanie). Peut-être parce qu’il s’agit d’habitations du nord du pays, elles semblent beaucoup moins bien ventilées et à l’intérieur, il y fait fort chaud, sous les latitudes de Pattaya. Leurs occupants ne doivent par ailleurs pas être bien gros, car les planchers en bambous ne paraissent pas très épais et j’ai trouvé qu’ils ployaient dangereusement sous mes pas.

Maison Akha a Thai Thani

 

Petit aperçu de cultures locales

L’on se balade à pieds ou en rickshaw, ces vélos qui tirent une carriole pour le transport de passagers. (Le rickshaw me semble plus traditionnel de la Chine que de la Thaïlande, mais je peux me tromper.) Chez nous, c’est Papa-Tout-Terrain qui pédale. Il le fait très bien! Les enfants ne se privent pas pour l’encourager à aller « Plus vite! Plus vite! » Au fil des sentiers, l’on découvre d’autres stations plus ou moins traditionnelles. Il y a un temple bouddhiste, doublé d’une galerie de statues. A chacune de ces divinités est accolé le nom d’un jour de la semaine. Cela manque un peu d’explications: nous ne saurons pas à quoi cela correspond. Dommage.

Galerie de Divinites de Thai Thani

Un peu plus loin, on peut acheter ombrelles et éventails, et les peindre soi-même, si l’on s’en sent l’inspiration. Une halte y est certainement amusante pour peu que l’on ne soit pas accompagné de jeunes enfants. Car l’atelier n’a rien d’adapté aux joyeux barbouilleurs de maternelle. L’échoppe nous a cependant approvisionnés en cadeaux de Noel pour la famille et en décorations pour la maison. Ces ombrelles, même vierges, ont de belles couleurs et une grande variété de formats: pratique et joli!

Rickshaw a Thai Thani

 

Découverte des arts traditionnels…

En fin de circuit, le « village artisanal » propose un panorama d’activités Thaï traditionnelles: cuisine, décoration de fruits et de fleurs, musique… Curieusement, peu de badaud s’y promenaient, lors de notre visite, alors que ce lieu est l’occasion de découvrir de nombreux arts du quotidien dans le pays. Arrêtez-vous au stand « cuisine » et demandez une salade de papaye (option non épicée disponible). Avez-vous seulement déjà vu un Thaï préparer sa salade dans le grand mortier traditionnel en granit?

Salade de Papaye a Thai Thani

Un peu plus loin, un stand de musique traditionnelle, avec ses instruments aux couleurs chaudes et aux formes inconnues. Puis un atelier de sculpture de fruits en d’improbables motifs floraux. Puis une échoppe qui présente la préparation des fleurs pour les cérémonies… et si ça n’a pas l’air bien difficile, essayez une fois pour voir, par une sorcellerie inexpliquée, si l’on n’est pas Thaï, ça ne tient jamais, ces compositions florales!

 

Les attractions pour les Chinois

Au fond du parc, une autre zone est destinée aux attractions pures. La cible est clairement les groupes de voyageurs chinois. L’intérêt culturel est nul. La distraction vaut un petit détour, mais sur un temps très limité.

Spectacle a Thai Thani

En ces temps de Nouvel An Thaï, les touristes chinois sont immédiatement cueillis dans le bus et équipés de sortes de pyjama aux motifs floraux de Songkran. Ils sont conduits presque directement dans un petit théâtre pour assister à une représentation plutôt médiocre de danses prétendument locales. Le spectacle est semble-t-il ouvert à tous, mais le commentaire se fait uniquement en chinois. On ne perd rien, cela dit, tant il s’agit de banalités sur la Thaïlande et le Nouvel An Thaï. Les danseurs sont très souriants et font de leur mieux, mais la chorégraphie est tellement rudimentaire que je pourrais en être l’auteur. Au terme de la représentation, tous les spectateurs volontaires sont équipés de récipients métalliques de type saladier, et il s’organise une grande bataille d’eau, puisée dans des bassins prévus à cet effet. Moyennement culturel, mais très amusant!

Jeux d'eau a Thai Thani

Nous étions les seuls non chinois de l’assistance. Les seuls aussi à ne pas être équipés de pyjamas. Nous nous sommes donc contentés de prendre des photos.

Pour ne pas être injuste vis-à-vis de nos co-spectateurs Chinois… Je ne leur reproche ni la facilité des attractions qui leurs sont destinées, ni le fait de voyager en groupes nombreux. Ces groupes ne nous sont pas particulièrement agréables. Souvent bruyants, désordonnés. Un peu trop insistants vis-à-vis de nos enfants -pensez, pour une fois qu’ils voient des blondinets « en vrai »… Il faut en même temps bien garder en mémoire que beaucoup de ces touristes ne parlent aucune langue étrangère et n’auraient jamais quitté leur pays sans ce type de voyages organisés. La Chine est un pays qui s’ouvre tout juste au reste du monde. Et ses visiteurs sont finalement aussi inexpérimentés que l’ont certainement été un jour nos parents ou nos grands-parents…

 

Le repas et la parade

En fin de journée, le parc propose une parade en costumes traditionnels Thaï puis un repas spectacle. J’en ai vu des photos drôlement chouettes. J’ai lu quelques avis qui disaient que la nourriture était bonne. Mais je garde notre jugement en suspens. Nous sommes venus plusieurs fois dans ce parc, mais jamais aux bonnes heures. Peut-être aurons-nous un jour d’en tester les attractions de fin de journée?

 


Thai Thani en pratique

  • Coordonnées GPS: 12.774004, 100.929147
  • Ouvert de 10h30 à 19h
  • Tickets de 300 à 900 THB selon qu’ils incluent ou non le déjeuner ou le diner.

 

 

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Songkran: festivités du nouvel an Thaï

Songkran est une fête du calendrier bouddhiste, qui célèbre l’unité familiale, le renouveau et la purification. Renouveau et purification, parce que Songkran marque le retour de la saison humide. C’est le moment où la végétation sèche recommence à verdir. La fête dure traditionnellement trois jours, et ses dates dépendaient à l’origine du calendrier lunaire. Les contraintes de l’industrie moderne ont finalement mené à fixer les festivités sur la période du 13 au 15 avril. C’est moins poétique mais plus pratique pour les entreprises. Dans les faits, les célébrations s’étendent au moins sur une semaine. Cette semaine-là, tout le pays s’arrête, toutes les usines ferment et toutes les administrations suspendent leurs activités. Il y a deux ans, en visite dans le nord du pays, nous avions bien des difficultés à seulement trouver des restaurants ouverts.

Procession religieuse pendant Songkran

Songkran est avant tout une fête familiale. Plusieurs jours avant le début des congés officiels, les ouvriers de mon usine commencent petit à petit à s’absenter. Ils rentrent dans leurs provinces natales, voir leurs parents. Et les axes routiers sont de plus en plus congestionnés. On sent flotter une ambiance d’avant Noel. Chacun veut boucler ses activités au plus vite, et tous ont déjà un peu l’esprit occupé par les fêtes à venir. Mes clients locaux nous pressent pour refaire leurs stocks avant les congés. Mes contacts étrangers insistent pour qu’on boucle toutes les expéditions avant la fermeture des douanes. Au bureau, mes équipes rapportent plus volontiers des grignotages à partager, et s’échangent des décorations et images bouddhistes.

Songkran - Jeux d'eau

 

Songkran à l’usine

A la veille des congés, mon entreprise invitera un groupe de neuf moines, pour procéder aux cérémonies et aux bénédictions d’usage.

Les moine bouddhistes a l'usine

Nous irons d’abord nous incliner devant l’autel de Brahma, dont mes collègues estiment qu’il apportera bonne fortune et affaires florissantes à la société. Puis nous adresserons une prière à la maison des esprits. Ils ne faut pas oublier les esprits! Même s’ils sont moins influents et donc objectivement secondaire. Ce sont toujours des cérémonies gaies et colorées, avec des fleurs, beaucoup d’encens, et où l’on gratifie les divinités de nourritures variées et appétissantes -que l’équipe se partage après, surtout pour les snacks sucrés.

Priere a La Maison des Esprits

Dans un deuxième temps, nous procéderons aux offrandes de nourritures aux moines bouddhistes, suivi d’un temps de prières chantées et d’une procession. Heureusement que les religions sont très ouvertes ici, et que les collègues sont flattés de me voir me joindre à eux, avec ma tête de française, Parce que globalement, je ne me sens jamais très à ma place dans ces cérémonies ou l’on prie des divinités qui ne sont pas les miennes. J’en ai discuté avec un collègue qui m’ont proposé une réponse assez savoureuse: « Mieux vaut pour toi prier en plus les divinités bouddhistes, c’est une sécurité supplémentaire, finalement. Moi par exemple, pour ne prendre aucun risque, je vais de temps en temps faire des prières chez les hindous et les catholiques… on ne sait jamais. » C’est une position pragmatique.

L'on presente ses Respects devant l'autel de Brahma

 

Renouveau et rituels de purification

Le tout se conclura par les rites de purification. On aspergera d’eau une statue de bouddha, pour éloigner la malchance. Puis l’on versera de l’eau sur mains des managers, en signe de purification. Toujours dans le cadre de ces cérémonies, l’année dernière, mes équipes m’avaient également marqué le visage d’un mélange d’huile parfumée et de talc. Selon le degré de détente au sein de l’entreprise, les célébrations peuvent se terminer en bataille d’eau générale, avec pistolets à eau et tout.

Les enfants fêteront également Songkran à l’école. On nous demande des crocs, des vêtements de rechange et des serviettes de bain pour ce vendredi.

Songkran - Jeux d'eau

 

La Thaïlande sur les routes

Puis, dès que possible, chacun prendra la route pour rejoindre sa famille. Cette immense transhumance concerne tout le monde, et conduit à des embouteillages énormes. Il y a deux ans, il nous avait fallu six heures pour traverser la métropole de Bangkok. En cette période, les routes sont spécialement dangereuses et les accidents nombreux, d’autant que les conducteurs n’hésitent pas à boire de l’alcool pour profiter de la fête. Généralement, mieux vaut éviter de rouler la nuit.

En parallèle, durant les festivités, les villes s’organisent autour de leurs polices et de citoyens volontaires pour dresser des barrages filtrants destinés à stopper les automobilistes les plus avinés. Toujours lors de notre précédant périple de Songkran, j’ai souvenir que nous avions été copieusement arrêtés pour des contrôles… qui avaient parfois fini en séance photos avec nos blondinets! Je ne serais d’ailleurs pas surprise d’apprendre que quelque part entre Lampang et Chiang Mai, ma famille trône en bonne place sur les plaquettes de communication de la police locale…

Songkran - Jeux d'eau

 

Songkran et les jeux d’eau

Une fois chacun chez soi, viendra ensuite le clou du spectacle: le moment des jeux d’eau! (Je passe sous silence les célébrations et les repas familiaux que je nous n’avons malheureusement pas l’occasion de connaître). Pour faire durer la fête, les villes s’organisent en mettant en place des festivités tournantes. Dans la province ou nous vivons, chaque jour durant une semaine, une nouvelle ville héberge les jeux d’eau et les fêtards. L’on voit les locaux passer en pickup d’une localité à l’autre, avec un immense bidon d’eau, des pistolets en plastiques, et la moitié de la famille dans le coffre. Les jeunes gens sont les plus enragés. Ils vont jusqu’à remplir leurs réserves d’eau de glaçons, histoire de bien rafraîchir les idées de leurs adversaires!

Songkran - Jeux d'eau

 

Des celebrations bon enfant et familiales

Moins chaotiques mais plus authentiques, j’avais aussi beaucoup aimé traverser les séances plus familiales de jeux d’eaux, dans les très petits villages ou sur les routes de campagne. Les familles, toutes générations confondues, se réunissent autour de leur entrée. Avec à boire et à manger. Et surtout bien armées de bidons, de pistolets et de seaux, pour asperger promeneurs et véhicules de passage. Nous sommes d’ailleurs tombés sur des enfants tout petits qui nous balançaient déjà des seaux d’eau avec une vigueur stupéfiante!… Parfois encore, nous avons été arrêtés pour des « travaux » de purification sur notre voiture, à l’aide d’une boue à base de talc coloré et d’eau. La voiture est rentrée chamarrée, et tellement marquée d’anecdotes et de jolis souvenirs que nous avons presque regretté de devoir la faire laver!

Notre voiture pendant Songkran 2014

La plupart des photos de l’article datent de Songkran 2014. Au détour de nos découvertes de cette année, je raconterai et illustrerai notre Songkran 2016 dans de prochains posts. Je craignais seulement d’avoir moins le temps et le loisir de revenir sur ces points culturels, qui me paraissent dignes de quelques lignes.

 

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