Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Où l’on cueille des insectes au parc de Kaeng Tana

A Ubon Ratchathani, Petit-Deux est littéralement tombé en amour pour notre hôtel, le V Hôtel, un hôtel très ordinaire au demeurant. Mais songez un peu, c’est lui qui l’avait choisi, personnellement (avec moi), quand nous avions fait des réservations du voyage! Je n’avais pas tellement eu le choix, d’ailleurs, vu qu’il me tournait alors autour comme une grosse mouche collante. Par dessus mon épaule, il avait avisé des photos du lobby: « Mais, c’est un ascenseur! » On avait alors dû repasser ensemble image par image, et en agrandissant, les vues à 360 degrés de la réception, pour bien confirmer l’affaire. C’était bon. Il y avait bien un ascenseur. Nous avions trouvé l’hôtel de ses rêves!

Le V Hôtel date d’il y a sept semaines, maintenant, mais cet endroit, Petit-Deux ne l’a pas oublié. Alors que nous construisions hier un ascenseur en Legos (oui, oui, toujours), notre cadet s’est écrié: « Attention, on ne fait pas un ascenseur n’importe comment! Je veux un ascenseur de six étages! Comme celui de mon hôtel! Tu sais, le V Hôtel! »

(Et non, je n’ai eu ni assez de patience ni assez de pièces de Lego pour construire les six étages.)

 

Une histoire de gongs

Bref, nous partons ce jour-là pour le parc national de Kaeng Tana, à deux pas du Laos. Nous comptons y voir de beaux panoramas sur le Mun, la rivière qui le traverse. Songkran oblige, les routes sont très embouteillées. Las de circuler à une allure d’escargot sur une nationale sans intérêt, nous obliquons sur des chemins de traverse. Nous n’irons pas plus vite mais au moins, la route sera belle!

Nous passons devant un magasin de gongs. Les mêmes que ceux des temples. C’est la première fois qu’on voit ça en Thaïlande. C’est très amusant, c’est là que les moines doivent s’approvisionner. Deux cent mètres plus tard, une nouvelle échoppe, avec gongs et tambours. Puis une autre et une autre encore. En arrière-cour, on distingue des ateliers. Les pièces, petites et grandes y sont travaillées et peintes à la main!

1 - Chez le marchand de gongs

C’en est trop pour nous! Impossible de résister! Nous pénétrons timidement dans l’une des boutiques, qui ressemble en fait à un grand hangar. Nous ne savons pas si les touristes sont les bienvenus, vu qu’il s’agit d’objets religieux… Mais business is business en Asie, et n’importe quel acheteur est accueilli les bras ouverts.

Les prix affichés nous semblent élevés. C’est sûrement parce que les institutions bouddhistes sont souvent très riches, en Thaïlande. Papa-Tout-Terrain et Petit-Un testent le son de chaque instrument. Les gros leur plaisent beaucoup mais ne sont pas facile à transporter. Ils n’aiment pas la sonorité des petits. On change de magasin. Cette fois-ci les décorations peintes ne sont pas assez fines. A la troisième boutique, ils trouveront finalement l’élu.

Voici donc l’histoire du gong que vous aviez vu dans ce billet. Il trône aujourd’hui dans notre cuisine, et sert à battre le rappel, à l’heure des repas.

 

Ballade sur les ponts suspendus de Kaeng Tana

Le parc national se targue de posséder les ponts suspendus les plus longs d’Issan. Ils seront l’objet de notre première balade. Mon vertige ne s’est pas arrangé depuis les hauteurs de Khao Phra Wihan, alors je serre un peu les dents, et surtout la main de Petit-Deux qui me dit ne pas m’inquiéter. Qu’il me retiendra très fort si je tombe.

2 - Pont suspendu de Keang Tana

Effectivement, le pont est long. La vue est belle sur le Mun mais j’en profite peu. On arrive enfin au bout. Il fait très chaud, et le soleil est de plomb. Heureusement que Papa-Tout-Terrain a emporté trois litres d’eau: d’un trait, nous en buvons la moitié! Nous nous auto-congratulons d’avoir appris à Miss-Trois à boire à la bouteille, à six mois, car nous avons encore oublié son gobelet.

3 - Peche aux insectes

Quelques centaines de mètres plus loin, nous tombons sur un curieux attroupement. Deux vieux messieurs du coin, entourés d’une demi-douzaine de petits enfants, sont en train de pêcher des sortes de cigales dans les arbres. Pour ce faire, ils enduisent de longs bambous d’une pâte collante qu’ils approchent de l’insecte afin de l’engluer. La suite est assez cruelle, puisqu’ils arrachent les ailes des animaux, qu’ils collectent ensuite dans un panier. Ils nous montrent qu’on peut manger les ailes. Et aussi les cigales (vivantes… pouah!). Celles du panier, ils les rapporteront à la maison pour les frire.

4 - Ils ont attrappe des cigales

Nous poursuivons la balade et atteignons le second pont. Nous n’irons que jusqu’à mi-chemin pour la vue. Le soleil tape dur, et nous craignons pour les enfants. Nous terminons nos réserves d’eau sur le chemin du retour et retrouvons avec plaisir la fraîcheur dans la voiture.

5 - Peche aux insectes

 

Nouvelle descente ébouriffante vers la grotte de Pra

Nous nous arrêtons pour une pause déjeuner, et achetons du riz gluant et du poulet grillé à un vieux couple de locaux. Juste à côté de nous, ils ont étalé une nappe à même le sol, où se restaurent leurs petits enfants, dont ils ont sûrement la garde pour les vacances scolaires. Nous avons le même menu, mais les bambins sont bien plus adroits que nous pour rouler entre leurs doigts les boulettes de riz gluants qu’ils enfournent ensuite, sans autre forme de procès.

C’est parti pour une deuxième balade. Petit-Deux gémit qu’il a trop chaud, trop mal aux pieds, et qu’il ne pourra pas aller plus loin. On le motive en jouant au super héros. On active la force 1, puis la force 2, puis la force 86… Il accélère courageusement et oublie un peu sa fatigue.

6 - Balade de nos super heros

Nous arrivons presque à la grotte. Il ne reste qu’à descendre le long de la paroi rocheuse pour pouvoir l’admirer. Horreur, une fois de plus c’est très à pic. Et pour couronner le tout, il s’agit d’escaliers naturels, irréguliers au possible. On se tâte et devant l’enthousiasme de Petit-Un, on finit par y aller. Ca descend, c’est humide, c’est terreux, c’est cabossé, et les enfants adorent. C’est l’aventure! Ils sont d’excellents randonneurs, mais surtout extrêmement disciplinés dans les endroits qui peuvent devenir dangereux. Ils s’en sortent comme des chefs et nous arrivons atteignons vite notre but. La grotte ne présente aucun intérêt, mais la muraille naturelle, tapissée de racines et de lianes, est magnifique. A travers les feuilles des arbres tropicaux, on devine le Mun, qui glisse juste un peu en contrebas.

7 - Pres de la grotte de Pra

 

Baisse de régime

Il fait très humide et très chaud, alors nous ne nous éternisons pas. Le retour au point de départ est difficile. Cette fois-ci Petit-Deux n’est plus motivé du tout et ne veut plus avancer. Le pauvre n’a que quatre ans. Physiquement, ce n’est pas facile pour lui. En plus d’en avoir assez, il n’a pas la langue dans sa poche. Il ne fait que râler et dépense sans doute quatre fois plus d’énergie via ses cordes vocales que par l’usage qu’il fait de ses pieds.

8 - Balade dans le parc national de Kaeng Tana

Petit-Un en revanche fait preuve d’une endurance et d’une régularité singulières. Il est rare que l’on ne l’entende se plaindre, et il ne s’arrête jamais. Nous espérons tout de même qu’il tiendra le coup, car nous avons encore prévu une dernière balade pour aujourd’hui, et ce devrait être la plus belle…

9 - Balade dans le parc national de Kaeng Tana

 

Les incroyables rives du Mun

Parce que nous anticipons quelques réticences des garçons quant à la suite du programme, nous décidons d’acheter boissons et fruits frais, que nous dégusterons sur les bords du Mun, notre ultime étape. La zone n’est pas ombragée, aussi attendions nous que le soleil ne soit plus à son zénith pour la visiter.

Parc National de Kaeng Tana

La balade commence plutôt bien, cela dit. Un système de pompes et de tuyaux d’arrosages percés arrose et rafraîchit les visiteurs en début de circuit. Fous rires et éclaboussures. Très vite, il n’y a plus de sentier. Juste des rochers érodés, troués et percés, qui longent les rives de la rivière. Nos enfants, ascendants chèvres, s’en donnent à cœur joie et sautillent de cailloux en cailloux. Même pour les adultes c’est follement amusant!

10 - Vue sur le Mekong dans le parc national de Kaeng Tana

Nous sommes à la fin de la saison sèche. Le niveau de l’eau est au plus bas. De forts courants se brisent pourtant contre les rives rocheuses. Un peu plus loin, là où le Mun est plus paisible, quelques locaux se baignent en famille. Malgré les regards suppliants des enfants, nous ne tenterons pas l’aventure, car nous ne sommes pas capables d’estimer le danger.

11 - Vue sur le Mekong dans le parc national de Kaeng Tana

Nous aurons adoré notre visite du parc national de Kaeng Tana, pour ses belles balades et ses panoramas magnifiques sur le Mun. De façon très surprenante par ailleurs, le parc était presque désert. Nous avons pu profiter des lieux en toute quiétude, et en garderons de magnifiques souvenirs.

0 - Cascadeurs au parc national de Kaeng Tana

 

Paisible soirée sur les rives du Mékong

Cerise sur le gâteau, nous avions réservé pour la nuit un très joli hôtel sur les bords du Mékong. La vue était envoûtante. Nous en avons profité royalement, un mojito à la main, pendant que les enfants s’ébattaient dans la piscine avec un petit Léo de passage. Petit-Un, qui n’avait rencontré de Léo jusqu’alors, a passé la soirée à l’appeler « thé-au-lait ». Le cerveau des enfants a parfois des connections que l’adulte peine à comprendre.

12 - Hotel sur les berges du Mekong

Nous avons enchaîné sur un délicieux dîner, avec coucher de soleil sur le fleuve. Fait unique au cours de ce voyage, le restaurant était même équipé d’une chaise bébé pour Miss-Trois! (Sans harnais. On ne peut pas tout avoir. Dans ces cas-là, c’est comme en mer, on garde toujours une main pour le bateau… euh, pour le bébé.) Bref, j’ai mangé d’une main, mais le genou libre, et ça fait un bien fou!

Chaises-bebe en Thailande

A la table d’à côté, un jeune couple de Thaïs a longuement louché sur nos enfants avant de s’approcher, et nous en complimenter avec ravissement. « Dites bonjour les enfants! » « Cot, cot, cot!… » S’exclame Petit-Un. J’ai envie de rentrer sous terre. On enchaîne, l’air de rien… « You look like chicken! » s’exclame soudain Petit-Un. Ca y est, on est morts de honte. En même temps c’est vrai que nos deux interlocuteurs ont tous deux un tee-shirt jaune, et assorti. On essaye de noyer le poisson et heureusement les plats arrivent. Ca fait diversion. Le jeune couple s’apprête à prendre congé. « Bye bye chicken! », tonitrue Petit-Un. On lui donne des coups de pieds sur la table. Alors la jeune femme se met à bouger les bras… enfin les ailes et répond: « Cot, cot, coooot! Bye-bye! Cooot!!! », puis se repart tranquillement en tortillant des plumes-arrières, tel un gallinacée.

Un instant, j’ai cru être devenue folle.

13 - Coucher de soleil sur le Mekong

 

 

Le parc National de Kaeng Tana en pratique

  • Coordonnées GPS de l’entrée: 15.265773, 105.482485
  • Prix adulte: 400 THB pour les étrangers. Pas de « prix Thaï » pour les étrangers résidents. Nos enfants ont été exemptés de billet. (C’est souvent du cas par cas pour les enfants)
  • Nous avons identifié trois balades dans le parc: (1) La balade des deux ponts suspendu sur la rivière Mun – compter 2 kilomètres aller-retour. (2) La promenade jusqu’à la grotte de Pra (2 km aller retour) qui peut se poursuivre jusqu’à un Rock Garden (rajouter 1 km aller-retour). (3) La balade le long des rives du Mun, pour le panorama. Il n’y a pas de sentier balisé mais l’on peut suivre facilement la rive sur environ 500 mètres.
  • Nous avons été surpris par la faible densité de l’ombre, dans le parc. Les végétaux y sont différents des forets tropicales où nous nous promenons souvent. Pensez à bien vous équiper de chapeaux, de crème solaire et d’eau.

 

 

Ubon Ratchathani et la malédiction du musée Khmer

Comme un seul homme, les enfants se sont endormis au fond de la voiture, à l’issue de notre éprouvante séance de grillades. Quel dommage: nous arrivons justement dans la province d’Ubon Ratchathani, à proximité d’un nouveau temple Khmer. Tant pis pour eux! Nous les laissons dormir et nous relayons pour la visite. Le sanctuaire est de taille modeste. Ca ne sera pas très long.

 

Prasat Baan Ben

Prasat Baan Ben est un petit temple Khmer qui s’est laissé doucement glisser dans le monde contemporain, sans vraiment s’en rendre compte. Un jour, on lui a adjoint la caserne des pompiers du village. L’emplacement devait sembler pratique ou dégagé. Du coup, la police également s’est installée à côté. Et enfin, aussi, une sorte de bâtiment administratif central. Sans un regard pour cette agitation moderne, le sanctuaire est reste impassible, plein de prières et de pierres moussues.

Prasat Baan Ben

Il est si rare de visiter sans les enfants. J’ai grand plaisir à m’imprégner de la sérénité des lieux. Des arbres centenaires. Trois Prangs de briques, rendus vulnérables par le poids des ans, et qui commencent à pencher dangereusement. Des taches de cire jaune, coulures de cierges un jour déposés en offrande. Les bruits des insectes. Les mêmes qu’il y a mille ans. Les rais du soleil qui se faufile entre les feuilles et joue sur le robuste socle de latérite.

Prasat Baan Ben

Un roman à la main, je m’installe ici pour l’après-midi. Pour m’imprégner du lieu et de son odeur. Ecouter les murmures du temple. Idée fugace et irréaliste. Ils sont quatre à m’attendre dans la voiture. Entre les piles du sanctuaire, je laisse un peu de mon âme vagabonder encore.

La malédiction du musée d’art Khmer

A l’arrière, tout le monde dort encore profondément. Nous reprenons la route. Papa-Tout-Terrain en profite pour me montrer qu’il a trouvé sur le tableau de bord une fonctionnalité formidable pour discuter avec sa voiture: « Please, set temperature to 27 degrees« , articule-t-il fièrement. « Sorry » lui répond alors la voiture, « I cannot find anyone called John. » Effectivement la voiture parle, mais c’est un beau dialogue de sourds. Je ne suis pas très convaincue.

Nous atteignons Ubon Ratchathani, que nous devons visiter le lendemain. Tiens, voila justement le musée national de la ville! Il parait qu’il est d’une grande richesse. Petit détour pour vérifier les horaires d’ouverture, immédiatement suivi d’une déception cuisante. Demain, c’est mardi, et c’est fermé! Je crois qu’il existe une forme de malédiction du musée d’art Khmer dans notre famille. C’est bien simple, à chaque fois qu’on veut en découvrir un, il se débrouille pour être indisponible. Vacances, fermeture hebdomadaire, travaux… de Surin à Phimai en passant par Angkor, toutes les excuses y sont passées! Il doit bien y avoir un drôle de mystère là-dessous. Qui sait, c’est peut-être même un coup de Toutankhamon, revenu exprès parmi nous pour jouer avec mes nerfs. Bref, je m’égare. C’est la faute à pas de chance (ou plutôt à ma planification boiteuse), et c’est extrêmement agaçant.

La pagode du Wat Thung Si Mueang

Fautes de Khmer, nous visiterons du Bouddhiste: le Wat Thung Si Mueang. Si le temple n’a aucun intérêt (non… ne partez pas, revenez) c’est juste à côté qu’il faut regarder. Au centre du bassin carré à l’eau saumâtre se dresse une magnifique pagode de bois du début du XIXe siècle. Elle abrite une réplique du pied de Bouddha et surtout une bibliothèque, où sont conservés des manuscrits sacrés. L’édifice sur pilotis est conçu pour éviter que les termites ne s’attaquent aux rouleaux anciens. On accède au corps du bâtiment par un petit pont. L’intérieur est magnifiquement décoré de peintures traditionnelles d’époque.

Wat Thung Si Mueang

L’endroit est extraordinaire, mais malheureusement mal entretenu. Il est plein de crottes de pigeons. C’est assez déplaisant, vu qu’on doit le visiter pieds nus. A l’intérieur, ça sent le phoque. (Enfin le pigeon.) C’est très dommage. Malgré tout, le Wat Thung Si Mueang vaut largement le détour, d’autant qu’il ne subsiste aujourd’hui que très peu de ces pagodes, d’un style classique de l’Issan. Ne le manquez pas si vous passez dans la région!

Wat Thung Si Mueang

 

Où l’on se retrouve avec nos trois bambins sur un parking louche

La nuit tombe. Les estomacs de nos enfants crient famine. Cela les rend irritables. Et irritants. Je les nourris au compte goutte d’un « papier comestible », commercialisé comme snack. (C’est en réalité une sorte de pain azyme mais les enfants sont si heureux de pouvoir manger du papier que nous ne les détrompons pas.) Hélas, mes réserves commencent à baisser dangereusement.

Nous tournons sans succès dans le centre ville. Il faut dire que si les Thaïs mangent volontiers au restaurant le midi ou dans l’après-midi, ils se contentent souvent d’une collation légère le soir, à la maison. Du coup, l’offre en terme de restauration s’en ressent. Surtout dans les zones peu fréquentées des occidentaux.

Nous suivons un panneau qu’on ne comprend pas mais qui nous inspire confiance, et nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague pas net qui a l’air de servir de parking. C’est un peu notre dernière chance avant la soupe de nouilles lyophilisée. Un vieux borgne boiteux nous demande de l’argent d’un air rogue. Il nous montre trois mots vaguement manuscrits sur une boite de Camembert et qui indiquent des frais de garage. Ca me met direct de bonne humeur. On paie pour voir et on poursuit dans la direction du panneau.

 

Un excellent diner dans un cadre à couper le souffle

Du parking, un sentier descend jusqu’au Mun, le fleuve qui traverse Ubon Ratchathani. Il débouche sur un pont de bambou, qui nous mène sans encombre à une petite île, lovée dans ce bras de rivière. Et là, un restaurant, où l’on mange dans de petites cahutes individuelles, sur pilotis. En attendant les plats, Papa-Tout-Terrain et les deux grands laissent nonchalamment traîner leurs pieds dans le courant. Quelques instants plus tard, nous dégustons enfin un somptueux dîner de spécialités locales, avec clapotis de vaguelettes et coucher de soleil sur le fleuve mordoré.

Diner a Ubon Ratchathani

Le paiement de l’addition sera long et fastidieux, car nous peinons à nous faire comprendre. Le montant total nous paraît très bas, aussi vérifions-nous plat à plat que tout a bien été décompté. Un groupe de clients curieux vient se greffer à nos délibérations. Peut-être veulent-ils nous aider mais ce n’est pas certain, vu qu’ils parlent aussi mal anglais que nous thaï. Ils sont ravis en revanche de papoter avec nos enfants. Papa-Tout-Terrain et moi nous tordons de rire en entendant Petit-Un mener la conversation comme un grand: « You know, I am older than my brother. And you? » Déjà que le grand type en face n’y pipait pas grand chose… alors franchement c’est tout de même carrément salaud de lui poser des questions pourries comme ça!

Diner a Ubon Ratchathani