Promenade dans le parc du temple de Wuxiang (Lishui)

Dans les vergers de Lishui

Avoir survécu à une longue semaine post décalage horaire et se déclarer vaincu le samedi, c’est tricher. On a donc rassemblé les fragments épars de notre courage pour se définir une destination dominicale. Et le sort tomba sur Lishui (溧水).

Lishui, c’est un district du sud-est de Nanjing, riche de vergers et de champs luxuriants. Fin juin, nous en avions rapporté de pleins paniers de pêches goûteuses, sitôt transformées en une confiture absolument divine. Quand le temps est clément, l’on peut même cueillir soi-même ses fruits, pour le plus grand plaisir de Petit-Un.

Pas très au fait des fruits de saison pour nous région, nous apprenons sur le tas que nous sommes en plein dans les poires, le raisin et le kiwi. C’est l’occasion de découvrir l’arbre à kiwi, une espèce de plante grimpante, qui semble se plaire dans les hauteurs des portiques. Et puisque c’est ainsi allons-y! Nous nous essayerons à ces confitures inédites pendant le week-end, au grand ravissement de Petit-Deux, qui, les yeux pleins d’étoiles, nous avouera ne jamais avoir vu autant de sucre de sa vie.

Vergers de Lishui - plantations de kiwis

Le bol d’air est le bienvenu.

Revigorant presque, malgre les températures encore fort estivales. (Soient 35 degrés et 70% d’humidité dans notre région… cela ne nous change guère de la Thaïlande.) Emoustillés par ces retrouvailles avec la nature, nous poursuivons notre promenade en une errance sans but, au milieu des plantations de thé régulières et vallonnée, et des rizières aux verts tendres. De ci de là dans les plantations, des files de petits vieux cassés en deux, à planter, désherber ou récolter. Ils travaillent aux champs à la journée pour 150 yuans (20 euros), arrondissant ainsi leurs maigres retraites.

Rizieres dans le district de Lishui

Nos roues nous conduisent finalement à l’étang du ciel (天池), bordé d’un sentier propret et verdoyant. Petit-Deux et Miss-Trois maugréent d’être réveillé et pire encore, d’être forcés à marcher. Je compatis poliment avec leur fatigue, tout en me félicitant intérieurement de les épuiser. Peut-être pourrons-nous enfin passer une meilleure nuit?

Le parc de Wuxiang

Les protestions sont bien vite oubliées à mesure que l’on découvre des petits ponts, des passages à gué, de petits chûtes d’eau et de grosses pierres à escalader. Miss-Trois semble avoir hérité du même ascendant « chamois » que ses deux frères. Elle aime les sentiers escarpés et nous étonne par sa hardiesse et sa détermination. Une famille locale, croisée au hasard, nous en fait compliment. Il est vrai que les petits enfants chinois du même âge sont souvent bien plus couvés, et ne se verraient jamais permettre de telles galipettes.

Vieux temple de Wuxiang -1

Mais ce n’est pas tout. La dame continue de fixer la jeune tigresse d’un air interrogateur. « C’est vous qui la frisez? » Les boucles de Miss-Trois sont une source régulière de perplexité. Je ris intérieurement à l’idée des heures qu’il me faudrait pour maîtriser et permanenter notre sauvageonne.

Le vieux temple de Wuxiang

Nous atteignons enfin notre destination finale, aux allures de bout du monde. Niché dans les feuillages, le vieux temple de Wuxiang (无想老寺) se laisse peu à peu découvrir. Il s’agit d’un édifice massif, du jaune safran cher aux bouddhistes, et qui n’a de « vieux » que le nom. Il semble en revanche construit à l’emplacement d’un antique édifice, dont on aperçoit, ça et là, des colonnades et des chapiteaux épars.

Cinq ou six volées d’escaliers plus tard, nous en atteignons le sommet. Par-dessus les feuilles, la forêt, et l’ensemble de la réserve naturelle. Nous atteignons aussi l’extrême limite de notre énergie.

Vieux temple de Wuxiang -2

En ce point culminant, un sanctuaire dédié a Bouddha, sur lequel veille un moine à l’allure vénérable. Il nous prend pour des Russes, comme souvent. Nous rétablissons la vérité. « Ah, la France. La France a de nombreux hommes célèbres. C’est important, pour un pays, les hommes célèbres… » Puis il replonge dans ses rêveries. Je profite de cet instant de flottement pour prendre les enfants sous le bras et partir au loin. Ces démons avaient entrepris de réclamer à cor et à cris des colifichets religieux et comptaient m’avoir à l’usure sonore. Il était grand temps de fuir avant de mourir de honte sur place.

C’était une chouette balade. Une balade simple et rafraîchissante. Une balade de famille épuisée, mais ravie de retrouver sa Chine, ses week-ends et leurs petites rencontres inattendues.

La fête des fantômes

Nous sommes rentrés presqu’à la nuit tombée. Sur le bord de la route, une personne âgée brûlait du papier monnaie dans un cercle de craie dessiné à même le sol. C’est une cérémonie à l’intention des morts. Curieusement, nous avons vu ce rituel répété encore et encore, le long de la route. Ce n’était pas une coïncidence.

Renseignements pris, nous étions au jour des fantômes (Gui Jie – 鬼节), dont nous ignorions jusqu’alors l’existence. Nous connaissions déjà le « jour où l’on balaie les tombes » (Qingming Jie – 清明节), début avril. A cette occasion, l’on doit impérativement retourner dans sa région d’origine, pour honorer ses ancêtres. A l’inverse, le jour des fantômes, au quinzième jour du septième mois lunaire (soit fin août), balaie plus large. La tradition populaire veut qu’à cette date, les disparus reviennent sur terre. Pas besoin de retourner sur la terre de ses ancêtres, en revanche. Il s’agira seulement de faire brûler du papier monnaie pour tout fantôme, connu ou inconnu, qui pourrait passer dans le coin.

Bruler du papier monnaie

 

 

La balade vers le vieux temple du parc de Wuxiang (无想寺景区) en pratique
  • Coordonnées GPS de la balade, au départ de l’étang du ciel: 31.601259, 119.033497
  • Notre balade était facile. La boucle fait environ 1.5 kilomètres, avec un assez fort dénivelé. Nous avons fait l’aller-retour en 1h30 environ, en comptant la découverte du temple.
  • L’entrée dans le parc de Wuxiang est libre. On y trouve plusieurs chemins de randonnée pour se balader.

J’ai testé pour vous… la vie à l’hôtel avec trois enfants

Les enfants et moi, on est devenus potes avec toutes les femmes de ménage. (Et même le mec de la maintenance depuis qu’ils ont détraqué les rideaux et le miroir.) Les femmes de ménage connaissent nos âges et nos habitudes. Elles me regardent d’un œil étonné faire nos lessives et mitonner nos petits plats. Elles me demandent parfois comment je fais, avec trois enfants, pour ne pas en oublier un ici ou là. Dans le pays de l’enfant unique –bien que la politique ait été récemment assouplie- les familles nombreuses intriguent toujours.

 

La vie à l’hôtel avec trois enfants, un quotidien en dehors des normes…

Ca fait plus d’un mois qu’on vit à l’hôtel. Il nous reste encore au moins deux semaines à tirer. Au début c’était rigolo, c’était une nouvelle aventure. Après c’est devenu le quotidien, juste, en un peu plus compliqué. La journée il y a l’école, le boulot, les courses et les lessives. Le soir, les devoirs, les bains, l’histoire et au dodo.

Alors bien sûr, on fait un peu tâche, ici. Dans cet hôtel d’une banlieue industrielle de Nanjing, ils sont plus habitués aux ingénieurs en business trip qu’aux familles à enfants multiples. On l’a tout de suite vu le soir où on est arrivés à minuit passé, avec nos treize valises et notre progéniture. Miss-Trois gémissait de fatigue. Le manager nous a accueillis et installés. Il était très avenant. « Et maintenant, si vous voulez bien vous rassembler et sourire, on va faire une petite photo. J’aime beaucoup faire des photos avec les clients qui viennent pour de longs séjours… » Il a bien dû voir que moi je ne souriais pas tellement, parce que finalement il nous a dit d’aller coucher nos enfants. Une sage suggestion.

Mais, quand même, une demi-heure plus tard, alors qu’on venait tout juste d’endormir tout le monde, il est revenu frapper à la porte pour nous offrir un plateau de fruits. « C’est pour vous souhaiter la bienvenue! » Clairement, ce mec n’a pas d’enfants.

 

Où l’on apprend à s’organiser dans des conditions temporaires

En toute objectivité, l’hôtel est très confortable et tout le monde est très gentil avec nous. Mais c’est un hôtel. Pas la maison, quoi. J’ai retrouvé une cuisine de la taille de quand j’étais étudiante. Sauf que maintenant je fais à manger pour cinq. Et en respectant le dogme du « cinq fruits et légumes »… soient vingt-cinq fruits et légumes par jour! Yavait même pas de poubelle dans la kitchenette au début. Même que les femmes de ménage ont un peu paniqué quand elles ont vu mon tas d’épluchures. Alors elles m’ont upgradée illico et donné un sac poubelle en bonus!

J’ai cinq bols, deux saladiers, cinq paires de baguettes, une louche et quelques cuillères pour faire tourner la baraque. Et la dame de la réception a fait une drôle de tête quand je lui ai demandé une casserole, comme indiqué sur le dépliant. Par sagesse, je me cantonne aux plats bouillis, et aux légumes pas trop odorants, vu que je suis la seule cliente à faire sa popote. Parfois en rigolant, j’imagine l’odeur que ça ferait l’étage si je nous cuisinais un bon gros chou-fleur ou un poisson frit! Du coup, les jioazi, les raviolis chinois sont devenus des alliés de choix. Je les achète congelés et les mets à l’honneur sur notre table au moins un soir sur deux!

 

Les succès mitigés de mes premières expéditions « repas »…

Pour pimenter le quotidien, je rapporte parfois des plats de l’extérieur. Mon premier essai a été désastreux. Au sortir de l’école, j’ai traîné trois enfants affamés et fatigués, à la recherche de notre pitance. Je suis arrivée à l’heure du coup de feu. Des clients qui se pressaient pour commander. Plus une table de libre. J’ai dû jouer des coudes pour obtenir quelques bouillons aux nouilles et des pains vapeur à emporter. Au milieu des lamentations de Miss-Trois qui ne souffre ni l’attente, ni les foules. J’ai hérité de deux soupes brûlantes dans des récipients qui ne fermaient pas, dans des sacs plastiques tout mous. La serveuse a fait semblant de ne pas me comprendre quand je lui ai dit que c’était un problème. Trois fois. J’ai eu envie de pleurer alors je suis partie. Quand les garçons m’ont bousculée pour entrer dans la chambre, j’ai renversé la soupe.

Restaurant - Nanjing

Cela dit, les enfants ont adoré le repas. Ils se sont resservis plus qu’à l’habitude. Et il n’en n’est plus assez resté pour Papa-Tout-Terrain, qui a dû finir de se caler avec des pistaches, cadeau de son entreprise pour le Nouvel An Chinois. Une aubaine!

 

Du bon choix horaire…

Forte de cette expérience ratée, j’ai décidé d’organiser les repas dans la journée, à l’heure où les garçons sont en cours. Surfant sur une logistique allégée, me voici à trois heures de l’après-midi devant un restaurant proche de l’école. (Les élèves sont relâchés à trois heures quarante.) « Mais ma petite dame, on ne cuisine pas, à c’heure! Y a pas un client qui veut manger au milieu de l’après-midi! Du coup on n’a pas de cuisinier! » Même réponse dans tous les boui-bouis voisins. Ce soir-là, on a encore mangé des jiaozi.

Restaurant - Nanjing_2

Je n’ai point rendu les armes pour autant. Au troisième jour, j’ai décidé, du coup, de m’approvisionner pendant le créneau de midi. Midi, ça ne tombe pas très bien, c’est l’heure de la sieste de Miss-Trois. Mais c’est aussi l’heure où le reste du monde mange. Je ne pouvais pas me tromper! Il n’y a pas grand-chose d’intéressant du côté de l’hôtel, alors d’un coup de métro, j’ai relié un petit quartier voisin bien plus pittoresque.

 

Le restaurant tant attendu…

Bon, en fait, j’avais pas très bien évalué les distances sur la carte. Il restait encore un bon kilomètre à parcourir à pied. Au milieu d’une immense route d’aspect communiste, déserte de piétons. Le paysage n’était pas très intéressant, alors Miss-Trois a profité du ballottement de mes pas pour piquer un roupillon. Faut dire qu’en plus, elle n’avait pas très bien dormi la nuit précédente. A deux heures et demie du matin, elle s’était rendu compte que son pyjama avait des poches et ça l’avait mise en joie. Elle m’avait parlé de ses poches pendant plus de deux heures. Même qu’elle voulait des pièces pour mettre dans ses poches. Mais moi je ne voulais que dormir.

Bref, au petit matin, les poches, c’est moi qui les avais sous les yeux. Dans la fatigue et l’emballement, du coup, j’avais comme une cruche oublié d’emporter une poussette ou un porte-bébé. Alors Miss-Trois s’était juste mollement endormie en transverse, et moi je n’avais plus qu’à la porter comme un sac de pomme de terre sur mon avenue sans fin. Elle était drôlement lourde, tout de même.

Metro de Nanjing

Notre curieux équipage a finalement atteint un petit restaurant de spécialités de l’ouest de la Chine, à l’heure du déjeuner des usines alentours. Dire que nous ne sommes pas passées inaperçues au milieu de ces ouvriers mastiquant vite et fumant serait un euphémisme. J’étais ravie tout de même. Enfin de vrais plats chinois pour le repas du soir! J’ai commandé généreusement. Des légumes sautés, du tofu épicé, du riz parfumé, et un énorme ragout de poulet traditionnel. Ca nous ferait plusieurs jours. Et puis bon, chargée comme ça, je rentrerais en taxi…

 

Le pays où l’on n’attrape des taxis qu’avec un téléphone…

Sauf qu’à la sortie il n’y avait pas de taxi. Avec mes kilos de poulet et Miss-Trois sur la hanche, j’ai eu beau héler à tout va, personne ne s’est arrêté. Toujours cette histoire d’appli absolument nécessaire pour appeler les chauffeurs. A toute vitesse, j’ai élaboré une stratégie d’urgence en avisant un abribus un peu plus loin sur l’avenue déserte. Coup de bol, l’un des itinéraires reliait bien mon hôtel!

Festin a Emporter - hôtel avec trois enfants

Moi, ma fille et ma volaille, on se retrouve donc a attendre le bus. Longtemps quand même. Arrive un vieux monsieur. Comme il n’y a pas beaucoup de distractions alentour, on en profite pour faire connaissance. Il est retraité. Il s’embêtait alors il est passé dans une bibliothèque pas loin. (Ou peut-il diable y avoir une bibliothèque au milieu de ce nulle part?) Il rentre chez lui dans un quartier que je ne connais pas, mais de toute évidence dans la même direction que moi. Oh! Un bus! Il s’approche, portes grandes ouvertes. Je reprends mon poulet, fouille mes poches pour trouver de l’argent… Pouf, le chauffeur a déjà redémarré, nous laissant en plan, le vieux monsieur et moi. Je le regarde d’un air hébété. « On a mis trop de temps à monter. » Il n’a même pas l’air fâché. Bon.

Puisqu’on est partis pour passer encore un peu de temps ensemble, je lui raconte aussi ma vie. Après de longs instants surgit un autre véhicule à l’horizon. Dans les starting-blocks comme au départ d’un cent mètre, je cours en direction du bus dès qu’il entre dans le champ de l’abribus.

 

Dans le bus…

Mon premier objectif atteint, une nouvelle épreuve m’attend à l’intérieur. Je ne sais pas comment payer. Il y a dix ans à Shanghai, on montait par l’arrière et on donnait l’argent à une petite vieille dame assise à côté de la fenêtre. Maintenant et ici, on monte devant et on met les pièces dans une boite rouillée à proximité du chauffeur. Ou on paye avec l’appli de son portable. La Chine est pleine de paradoxes.

Les passagers commencent à râler. Je fais visiblement perdre du temps. Le vieux monsieur avec moi s’interpose. « Laissez-la s’assoir, elle a un bébé! » Je murmure des remerciements en les bénissant intérieurement. Le chauffeur du bus conduit son bolide. Ca se couche sévère dans les tournants! Une vieille voisine flatte Miss-Trois qui se réfugie direct dans mon giron. J’explique qu’elle est timide et qu’elle se réveille tout juste. « Oh!!! Elle parle chinois! Vous venez du Xinjiang? »

Le Xinjiang est la province musulmane de l’extrême ouest de la Chine. Dans cette région, certaines personnes n’ont pas les yeux bridés et parlent mandarin avec un accent marqué, souvent sans prononcer les tons. Comme moi. (C’est pas pour les copier, c’est que je ne sais pas faire autrement.) Du coup quand on me voit, on me catégorise direct comme « étrangère », puis quand on m’entend, on me re-catégorise parfois comme chinoise du Xinjiang. D’abord, c’est plutôt flatteur, et puis ca en dit long sur la diversité des accents et des dialectes de Chine.

Metro de Nanjing

« Pas du tout, reprend le vieux monsieur, elle est Française et même qu’elle a trois enfants! » Le silence se fait autour de lui, alors qu’il raconte avec force détails, réels et parfois inventés, tout ce qu’il sait de moi.

 

Tout est bien qui finit bien…

Un peu préoccupée, je scrute le paysage par la fenêtre, de peur de manquer l’arrêt de mon hôtel. J’ai d’ailleurs toutes les raisons de m’inquiéter: le bus ne ralentit même pas à proximité des emplacements balisés et poursuit sa course chaotique à une vitesse folle. (Ce n’est peut-être pas si rapide que ça en réalité, mais vu l’état des suspensions du véhicule, le ressenti est démultiplié.) Si je ne saute pas en marche au bon endroit, je vais me retrouver au fond de la campagne chinoise avec mon poulet et Miss-Trois, je serai bien incapable de jamais revenir, et dans plusieurs années, on ne retrouvera que nos os.

« C’est là! », je m’écrie très fort en voyant se découper la silhouette de mon building. Et ça marche! « C’est là! », reprennent en chœur tous les petits vieux du bus qui écoutaient mon histoire. « C’est là! C’est là! Arrêtez-vous! », enjoignent-ils le chauffard, en une joyeuse cacophonie. « Attendez bien qu’elles soient descendues pour redémarrer! » « Il y a un bébé, alors doucement! »

Je me confonds en remerciements. Tous ces vieux messieurs et vieilles dames adorables m’ont vraiment rendu un grand service. Alors que je pose enfin pied à terre, telle Shiva portant un enfant, un repas de huit plats, un sac à dos et un ragout poulet, la petite voix flutée de Miss-Trois se fend le brouhaha: « Xiexie« ! (Ca veut dire merci en chinois, s’il est besoin de traduire.) L’enthousiasme ambiant est à son paroxysme. Ravie de son effet, elle salue de la main son petit monde avec une bienveillance digne d’un monarque, alors que le bus s’efface sur l’horizon.

 

Rester résolument optimiste…

… Et puis bon, tous comptes faits, heureusement qu’on ne la vit pas si mal, la vie à l’hôtel, parce que j’ai failli avoir une attaque quand j’ai visité le chantier de notre appartement, qui doit nous être livré dans deux semaines… Pour l’anecdote, et d’après l’agent immobilier, les travaux de décoration auraient prétendument commencé il y a près d’un mois et demi…

Travaux

Fête des lanternes et soupe de boules

J’ai failli louper ma première fête des lanternes en Chine sans même le savoir. Ce soir-là, je travaillais de nuit dans un entrepôt de la banlieue éloignée de Shanghai. A la pause de trois heures du matin, l’un des « vieux » qui travaillait là-bas depuis toujours m’a demandé l’autorisation de sortir. Je la lui ai accordée sans discuter. Les équipes ne savaient jamais trop quoi faire du repos légal du milieu de la nuit. Comment tuer une heure alors que le reste du monde était endormi? Et si l’on sommeillait, c’était au risque de traîner une langueur informe jusqu’au petit matin.

A peine dix minutes plus tard, Xiao Xiaoyuan est revenu, un bol de soupe fumant entre les mains. « C’est pour vous. » Le bouillon était clair, et émaillé de fils d’œufs. Au fond tremblotaient une dizaine de sphères blanchâtres, de la taille des calots avec lesquels je jouais aux billes, enfant. Le vieux Xiao n’était pas très bavard. Même en lui tirant les vers du nez, je n’ai obtenu qu’un complément d’information parcellaire: il avait réveillé sa femme pour me préparer cette soupe. La soupe devait être importante, donc. Puis il s’est esquivé aussi vite que possible. Il n’était jamais très à l’aise avec moi…

Bientôt, la porte s’est rouverte en un fracas jovial. « Ah, je vois que vous avez eu de la soupe de boules! ». Effectivement. Culinairement parlant, la langue chinoise est souvent très descriptive. Ce plat ne dérogeait pas à la règle. Le nouveau venu était Petit Chen, l’un de mes chefs d’équipe. Une chance! Avec lui j’étais sûre d’avoir toutes les explications!

 

La fête des lanternes…

Petit Chen m’a conduite dehors pour me montrer une palette abîmée. Et la lune. « Vous voyez, c’est la pleine lune, ce soir. C’est la première pleine lune du premier mois de l’année du rat. (On était en 2008). Ce soir, en Chine, c’est la fête des lanternes. »

1 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

En chinois, la fête des lanternes s’appelle 元宵节 (yuán xiāo jié), ce qui signifie textuellement, « la fête de la première nuit ». Sa date se calcule en fonction du calendrier lunaire traditionnel. Elle tombe quinze jours après le Nouvel An Chinois. C’est une fête qui célèbre l’unité de la famille, symbolisée par le cercle parfait de la lune, et que l’on retrouve aussi dans la forme des lanternes sphériques que l’on allume ce jour-là.

 

… et son incomparable soupe de boules…

Et surtout, c’est le soir où l’on partage la soupe de boules, 汤圆 (tāngyuán). (Ma gourmandise m’emportera.) Notez une fois encore la rotondité du mets, symbole de réunion et d’harmonie familiale. Les boules sont de petites sphères de farine de riz, fourrées d’une pâte sucrée, souvent à base de pavot ou de cacahuète. Depuis quelques années, les rayons des supermarchés ont aussi vu fleurir des boules à la confiture de fraise ou à la bouillie d’ananas artificiel. Mais ce n’est ni bon, ni vraiment traditionnel. Le marketing moderne fait des dégâts partout…

De l’extérieur, les boules sont mi-fermes, mi-élastiques. Quand on les prend en bouche, ça n’a pas tellement de goût. On reste dans l’expectative. Puis on croque et c’est l’explosion. Un cœur tout fondant, goûteux, crémeux, et croustillant d’éclats de sucre cristallisé. Un régal!

2 - Fete des lanternes et soupe de boules

Dans un esprit de sacrifice certain, je m’en suis déjà préparée une hier soir pour la photographie. C’est délicieux et addictif. Une chance finalement que la fête des lanternes tombe aujourd’hui, car ce soir, on remet le couvert!

Réunions et sorties familiales pour la fête des lanternes

Après le repas, beaucoup de familles se retrouveront dans des espaces publiques ou des temples, pour profiter de grandes expositions de lanternes illuminées. Chaque grande ville a plus ou moins la sienne, aux vues des informations relayées dans la presse chinoise. Il y a quelques semaines, nous avions pu admirer de jour les lanternes du temple de Confucius, à Nanjing. C’était tres joli, monumental et plein de lanternes. A la tombée du jour, tout s’illumine. J’imagine que l’ensemble doit être incomparablement plus beau de nuit.

3 - Fete des lanternes - Temple de Confucius - Nanjing 2018

J’ai posé la question à plusieurs personnes. Ce soir, c’est donc bien au temple de Confucius qu’il faut être. Tout Nanjing y sera! (Et Nanjing compte huit millions d’habitants.) Or, Papa-Tout-Terrain travaille ce soir. Alors c’est décidé! On ne me refera pas le coup de Loy Krathong! Ce soir, je mets les enfants au lit et je vais me gaver de soupe de boules, toute seule, bien au chaud dans mon fauteuil!

Une belle fête des lanternes à vous, mes amis!

 

Souvenir de Saint Valentin en Chine

L’homme chinois n’est pas très à l’aise aux jeux de la séduction.

Parfois il y travaille. Pour des résultats plus ou moins réussis. Il y a bien longtemps, et par deux fois, deux de mes connaissances, en Chine, ont entrepris de me déclarer leur flamme. Angle d’approche imparable, les deux –en deux occasions distinctes, naturellement- m’ont demandé de les épouser. Comme ça, pouf. De but en blanc. J’ai tout fait pour ne pas les froisser. Il y avait un bel effort. Mais c’était non malgré tout. D’autant que nous ne nous connaissions à peine.

Je ne leur jette pas la pierre. Leur culture, leur histoire et leur société ont été érigées depuis des millénaires sur les mariages de raison. Très souvent des mariages arrangés. Même combat pour l’institution communiste et ses unions administratives, fondées sur la stabilité matérielle.

Etudiante à Shanghai, les mémés de mon quartier avaient un temps entrepris de me marier. Elles m’ont proposé de rencontrer des jeunes gens biens sous tous rapports. Qui avait une voiture. Qui un appartement. Quoi qu’il en soit, c’était un Shanghaien qu’il me fallait. « Si vous prenez un Shanghaien, il vous fera les courses, le ménage et la cuisine. Et il ne dépensera pas un sou de son salaire sans vous demander la permission. » Pas très romantique mais somme toute pratique!

Sur ces bases, il est assez évident que priorité n’est pas exactement donnée à la bagatelle. C’est moins vrai toutefois, pour les jeunes générations, élevées aux soaps coréens dégoulinants d’amour éperdus et d’inclinaisons aussi futiles que passagères.

Et à l’opposé, le Français…

Si le Chinois n’est guère enclin au marivaudage, dans l’imaginaire collectif, le Gaulois est tout le contraire. Prévenant, élégant, plein d’attentions délicates, séduisant, amoureux naturel… Par conséquence directe, mes voisines de Shanghai m’ont toujours envié mon Papa-Tout-Terrain de mari. « Ca se voit tout de suite qu’il est romantiiiiique! », se pâmaient-elles.

« Romantique ». C’est un mot mandarin que j’ai appris lors de mon premier jour de cours à Shanghai. Accolé à « Français », naturellement. Je ne savais pas commander un verre d’eau dans un restaurant, mais je savais dire: « Le Français est romantique. » La prof a dû se dire que je n’avais même pas besoin d’eau fraîche pour vivre et que l’amour me suffirait…

De longue date, le cinéma, les marques de luxe et la littérature ont bien entendu contribué à modeler cette illusion exquise. En plus de petits détails, de ci, de là, qui affermissent les certitudes… « Vous avez vu comme elle est belle, la femme de Sarkozy?… (Nous sommes aux environs de 2010.) Ce n’est pas un dirigeant chinois qui pourrait avoir une épouse aussi belle… Ca, c’est parce que les Français sont si romantiiiiiques… »

Souvenir de Saint Valentin en Chine

Nous voilà donc au 14 février 2013. Soir de la Saint Valentin en Chine. Il est 20h30.

Tout juste rentré du travail, mon délicieux époux sonne à la porte, un gigantesque bouquet de roses rouges dans les bras. Il est beau, Papa-Tout-Terrain. Les yeux de braise. La démarche altière. Il m’embrasse fougueusement et s’engouffre dans l’appartement.

J’ai passe la journée à lui mitonner un repas aux chandelles. Manque de chance, j’ai également quarante de fièvre. Mon amoureux fera le dressage, le service et la dégustation, alors que je me laisse mollement glisser vers le sommeil, la tête sur ses genoux. Ce n’est pas la Saint-Valentin parfaite, mais une Saint-Valentin idéale. Nous sommes ensemble, main dans la main. Et c’est tout ce qui compte. (Si tu me lis, chéri, je t’aime.)

Par notre nounou, j’ai appris le lendemain qu’un drame s’était joué, pendant ce temps-là, de l’autre côté de notre palier.

14 fevrier 2013. 20h32. Porte d’en face. Le mari sonne, les bras ballants. « Et il est où, ton bouquet? » De bouquet il n’y avait point. Mais la Shanghaienne est irascible. (C’est leur réputation partout en Chine.) Point de bouquet? Tu ne rentreras pas!… Tu as vu la taille du bouquet de notre Français de voisin? Un plus petit et tu dormiras dehors, ce soir! Et elle lui a claqué la porte au nez.

Le Chinois n’est pas romantique, mais la Shanghaienne n’a pas dit son dernier mot…

(Ceci est une histoire vraie. Il y a juste un truc bidonné dans mon billet… Qui saura le découvrir?…)

Au revoir Thaïlande… Bonjour la Chine!

On a mis nos quotidiens dans les cartons. Puis les cartons dans le camion. Les déménageurs sont partis, ne nous laissant que des murs vides.

On a dit au revoir aux collègues, à l’école, aux amis. Essuyé quelques larmes en pensant aux beaux moments partagés.

On a rendu les clefs des voitures, les clés de la maison. Plus rien de matériel ne nous retenait en Thaïlande.

J’ai repensé aux jolis petits riens de notre vie d’ici. Ceux que je ne remarquais plus toujours mais qui me manqueraient. Aux fleurs de frangipanier tombées de l’arbre que me rapportait parfois Petit-Deux en rentrant de l’école. J’en étais tout émue à chaque fois. J’aimais l’odeur de ces belles fleurs blanches, que je portais à mon chignon pour le reste de la journée.

Au revoir Thailande - Fleur de frangipanier

J’ai jeté un dernier regard à notre arbre à mayongs. Ces petits fruits acides et âcres de la taille d’une cerise, et dont les enfants raffolaient. J’aimais beaucoup notre arbre, même si les mayongs ne m’ont jamais tellement plu. Trop acides à mon gout. Mais j’adorais voir les petits les grappiller en attendant le bus pour l’école. Souvent ils en mangeaient trop, et ca leur donnait la diarrhée.

Au revoir Thailande - Arbre a mayongs

Puis j’ai jubilé en pensant aux rats qui squattaient notre cuisine, grignotant nos réserves. Aux chauves-souris de notre grenier qui sentaient si mauvais. Puis aux centaines de geckos qui laissaient des crottes partout. Et aux serpents que nous craignions tellement. Ils ne nous manqueraient pas. Je leur ai mentalement dis au revoir avec soulagement.

Au revoir Thailande - Gecko

On n’avait plus que des porte-clefs vides dans les poches et nos treize valises. J’étais morte de trouille. Et si on faisait une bêtise? J’ai eu un peu envie de tout arrêter, de revenir en arrière, en terrain connu. Mais ça n’était plus vraiment le moment.

Nos valises

Quinze heures plus tard, 2,800 kilomètre plus au nord, et par quarante degrés de moins, nous voilà arrivés à la porte de notre nouveau chez-nous, Nanjing.

Deux de nos valises n’ont pas tenu le choc. Nous avons trois heures de retard. Notre poussette a failli finir ses jours dans une gentille famille chinoise un peu tête en l’air. Mais nous y sommes, avec le principal: nous cinq, en bonne santé, pleins d’espoir et de confiance. Avec le superflus aussi: Croque-Carotte, Où est Charlie?, Labyrinthe, Batawaf, un Rubicub, Gorilla, Pirat’Attak, Jungle Speed, l’Ile des Zertes, Petit Ours Brun, La Petite Poule qui voulait voir la Mer, et j’en passe…

Il est plus de minuit quand nous parvenons enfin à mettre les enfants au lit.

Dans une vague d’optimisme, nous avions fixé rendez-vous à l’école, pour le lendemain, à neuf heures.

Bonjour la Chine - Notre premiere vue de Nanjing

Aux premiers rayons du soleil, nous découvrons un Nanjing sous la neige. Mais l’heure tourne. Pas le temps de lambiner. Nous entraînons les enfants à peine éveillés et leurs cinq couches de pulls pour une énergique séance d’essayage d’uniformes.

170208 - La cravate

Au détour des conversations avec les personnels de l’école, nous découvrons que la Chine a beaucoup changé en cinq ans. Les téléphones portables et leurs applications polyvalentes tiennent désormais un rôle primordial dans la gestion des affaires courantes. On nous demande de scanner le QR Code d’un WeChat Account, qui nous tiendra au courant des événements de l’école… « Et pensez bien à vérifier chaque matin le niveau de pollution sur AirQuality China… » Oh, d’ailleurs, j’allais oublier, vendredi prochain, tout le monde doit venir en costume traditionnel chinois… Le plus simple est de les acheter en quelques clics sur TaoBao. Au fait, vous réglez vos uniformes avec WeChat Wallet ou AliPay?

Pris dans ce tourbillon de modernité, nous ajoutons une bonne demi-douzaine d’applications incontournables sur nos téléphones, qu’il nous faudra bientôt apprendre à maîtriser… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Bonjour la Chine - 170208 - Didi che

Loin de cette révolution technologique, dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, les enfants s’initient aux menus plaisir de l’hiver …

170208 - La buee

Quoi qu’il en soit, c’est décidé, avec ou sans applications, nous allons bien nous amuser, en Chine!

Ces merveilleuses vacances de Noël…

Les merveilleuses vacances de Noël ont toujours pour nous la saveur particulière des retrouvailles en famille, avec ceux qui nous manquent tout le reste de l’année. Ceux qu’on aimerait serrer plus souvent dans nos bras. Alors, on fait de ces congés fugaces des moments intenses de bonheur, que l’on chérira jusqu’à l’été suivant.

… Petit résumé en image de ces moments forts, en famille et en France…

D’abord, comme à chaque fois, on a commencé par les recommandations d’usage aux enfants:

Kakashke - merveilleuses vacances de Noël

… et ça a plutôt bien marché!

L'enfant mignon - merveilleuses vacances de Noël

Sur ces bonnes bases, nous avons partagé de délicieux moments en famille… On a fait de la cuisine, parlé de la naissance de Jésus et d’écologie…

Le pain d'epices - merveilleuses vacances de Noël

(Bon, certains concepts restent à approfondir et à réviser…)

On a regardé tous ensemble les photos de notre mariage…

Photos de mariage - merveilleuses vacances de Noël

… et on a surtout profité des mille petits riens qui rendent inoubliable la douceur de ces moments en famille…

Petits riens en famille - merveilleuses vacances de Noël

Comme toutes les familles qui vivent à l’étranger, rentrer en France c’est aussi avoir la faiblesse de se laisser aller à un shopping nostalgique et parfois un peu compulsif. Les réminiscences des odeurs, des couleurs, des marques de notre jeunesse sont souvent irrésistibles… Heureusement que pas mal de commerçants nous ont bien aidés à rester raisonnables…

6 - Les petits commerces - merveilleuses vacances de Noël

Dans les supermarchés, c’est pire encore. Alors qu’en Thaïlande nous ne pouvons jamais comprendre les messages attrayant des emballages, en France, nous apprécions enfin à leur vraie valeur les efforts des services marketing. De rayon en rayon, je passe de longs moments à m’extasier devant les produits révolutionnaires de l’ère postindustrielle…

6 - Les serviettes hygieniques - merveilleuses vacances de Noël

Comme toujours, pendant les vacances, on a aussi eu de petits tracas…

7 - La barbe a papa - merveilleuses vacances de Noël

… Cette fois ci, malheureusement, nous avons eu, aussi, un plus gros souci.

8a- La brulure - merveilleuses vacances de Noël

et ce n’est pas tout…

8b - La morsure - merveilleuses vacances de Noël

Miss-Trois a été bien dorlotée, a sagement gardé un gros pansement pendant près de trois semaines, et va très bien maintenant! Merci du fond du cœur a tous ceux qui l’ont si bien soignée!

Les petits ennuis ont continué sur le chemin de la maison, d’abord à la douane…

9 - Le passeport - merveilleuses vacances de Noël

Puis encore…

10 - Bertha - merveilleuses vacances de Noël

(Pour ceux qui n’ont pas suivi, Bertha est la gourde familiale. L’histoire est ici.)

Et puis encore, quelque part au dessus du Kazakhstan…

11 - Le pansement - merveilleuses vacances de Noël

Arrivés à Bangkok, on s’est finalement rendu compte que le passeport de Papa-Tout-Terrain ne tenait plus qu’à un fil. Par miracle, il a réussi à rentrer sur le territoire thaï.

Toutes les démarches administrative pour notre installation en Chine ont en revanche dû être suspendues, en l’attente d’un passeport neuf. Ca ne nous arrange pas tellement, dans une période pleine d’incertitudes. Du coup, à deux semaines de la date théorique du déménagement, nous ne savons pas du tout si nous pourrons partir dans les temps. Ou pas.

Heureusement, ces dernières semaines, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer non plus. Nous avons trié, rangé et classé le jour… et tenu la jambe à Miss-Trois la nuit. Il lui aura fallu douze jours pour se remettre du décalage horaire… Un record!

12 - Le decalage horaire - merveilleuses vacances de Noël

Quant aux garçons, ils sont revenus gâtés comme tout et ravis, mais avec une question existentielle…

13 - Les jouets par milliers - merveilleuses vacances de Noël

Merci à tous ceux avec qui nous avons passé de merveilleuses vacances de Noël!

8 décembre

Depuis qu’on déménage en Chine, je n’ai plus le temps de rien. Et malheureusement, surtout pas de temps pour écrire.

Mais ce soir c’est le 8 décembre…

Et comme tous les ans, un 8 décembre illuminé chez nous, bien sûr. Petit à petit, les enfants commencent à prendre part à nos traditions, en apprenant à les décrypter…

Le 8 decembre

Puisque je vous tiens, j’en ai une petite dernière, pour la route. L’histoire date du week-end dernier, quand nous avons fait la crèche…

La creche

Nous vous souhaitons une belle période de l’Avent!

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!

 

 

Loy Krathong en Thaïlande (et nos loupés de Loy Krathong)

Ce soir, à la lumière de la pleine lune, la Thaïlande célébrera Loy Krathong. De toutes les festivités traditionnelles, c’est l’une des fêtes que je trouve les plus belles, ici. Un hymne à l’eau, à la lumière. L’occasion de se retrouver en famille pour communier autour de la nature. Pour célébrer le renouveau et le passage des saisons. Une cérémonie qui renvoie la Thaïlande et les Thaïs à leurs propres racines, celles d’une région rizicole, où la vie, justement, a toujours dépendu de cette eau, si précieuse.

Crédit: John Shedrick

Aux sources de Loy Krathong

Loy Krathong marque un point d’orgue à la saison humide en Thaïlande. A l’origine, cette fête est, entre autres, l’occasion de célébrer la fin de la récolte du riz. De remercier la nature, et surtout les esprits de l’eau.

Malgré tout, cette année, avec la poursuite du deuil officiel du Roi Bhumibol, il a été demandé de procéder à des festivités discrètes et proportionnellement modestes.

Loy Krathong trouve ses origines au nord de la Thaïlande, dans la région de Sukhothai. Là-bas, les célébrations sont de très grande ampleur, et durent cinq jours. Elles s’accompagnent de l’envol de lanternes à air chaud, dont j’ai vu des images magnifiques. Mais nous n’avons malheureusement jamais pu les voir de nos propres yeux.

On m’a dit aussi que c’était l’occasion de demander pardon à l’esprit de l’eau, que l’on a polluée, au cours des travaux agricoles. C’est particulièrement d’actualité aujourd’hui. Peut-être trop d’ailleurs pour faire réellement partie du volet traditionnel de la cérémonie? Je ne sais…

Crédit: John Shedrick

Les célébrations ont lieu au moment de la pleine lune du douzième mois du calendrier traditionnel thaï. Mais la pleine lune des astronomes n’est pas nécessairement celle des astrologues. Ces derniers établissent la date des festivités indépendamment, quelques mois avant l’événement, en fonction de savants calculs cosmiques et religieux… Cette année par exemple, Loy Krathong tombera donc un jour plus tôt que la pleine lune de nos calendriers standards.

 

Fabriquer son Krathong

Loy veut dire flotter en thaï. Et Krathong, c’est un contenant alimentaire en feuille de bananier. Par extension, une petite embarcation que l’on envoie sur un cours d’eau, lors de la fête, en guise d’hommage a la nature.

Crédit: John Shedrick

On fait souvent son Krathong soi-même. Il faut un tronçon de bananier. (C’est lui qui va flotter.) Puis des feuilles, des fleurs, de l’encens et une bougie. Ca s’achète partout, sur le bord dans routes, dans les jours qui précèdent Loy Krathong. Les feuilles bananier sont ensuite pliées élégamment en des motifs géométriques, puis agrafées pour dissimuler le tronc et former un bel ornement. Le tout est enfin décoré des autres éléments. Quand on regarde un Thaï faire ça, ça a l’air beau et facile. Mais ça m’a donné un mal de chien quand je m’y suis essayée. Et le résultat était tout bancal.

Pour les gens pressés, on peut aussi acheter des Krathong tout faits. Mais nous n’avons jamais eu besoin de le faire, car les enfants font toujours le leur à l’école, qu’ils rapportent le soir à la maison.

 

Déroulement et festivités de Loy Krathong

Ce soir donc, après le travail, de nombreux Thaïs se rendront d’abord au temple, pour procéder à des rites bouddhistes de purification par l’eau. Pour laver et purifier leur âme, à l’heure où la nature aussi se renouvelle, avec l’arrivée de la saison sèche, suivant les mêmes principes qu’à l’occasion des fêtes de Songkran. Puis, ils chercheront un point d’eau pour le traditionnel envoi du Krathong, qu’ils ne manqueraient pour rien au monde.

L’envoi du Krathong se fait généralement en famille, dans une belle atmosphère recueillie. Avant de poser sa petite embarcation dans un fleuve ou sur un plan d’eau, on se recueille et l’on prie. Certains déposent leurs ongles ou leurs cheveux coupés sur le Krathong, en signe de renouveau. La plupart y ajoutent également un billet, pour apaiser les esprits de l’eau. Puis on allume la bougie, l’encens, et l’on regarde la petite embarcation s’éloigner doucement.

Crédit: John Shedrick

Cette cérémonie revêt une grande importance symbolique, pour tous nos amis Thaïs. Il me semble que ce jour-là, tout le monde fait vraiment en sorte de pouvoir lancer son Krathong, et sans délai. Hélas, il y a deux ans, ma collègue Quality Manager subissait justement à cette date un audit capital, qui s’est poursuivi tard dans la nuit. A chaque problème, sa solution. Le lendemain, elle est arrivée au bureau la mine réjouie (l’audit s’était bien passé), en nous montrant les photos de son Krathong, voguant dans sa baignoire!

 

Saison 1 – Un premier Loy Krathong manqué

Sans que cela ne retire rien à la beauté des cérémoniaux de Loy Krathong, mon expérience personnelle est un peu plus mitigée.

La première année, la nounou m’a appelée au travail en urgence, en me disant de venir récupérer les enfants pour qu’elle puisse aller au temple. Elle m’a balancé deux mômes surexcités dans les bras et est partie en courant, non sans m’avoir fait jurer de sortir voir les festivités. Après le bain et le diner, j’ai mis un orteil dehors pour réaliser que la rue était devenue un immense embouteillage inextricable. C’était la première année. Je ne savais même pas trop ce que c’était cette fête, alors j’ai vite passé l’éponge.

Le lendemain, sur le chemin du bureau, j’ai tout de même réalisé que nous avions dû louper quelque chose en voyant le lac tout proche, complètement recouvert de petites embarcations vertes. Un nombre de personnes incroyable avait dû y venir faire flotter leurs Krathongs! J’ai d’ailleurs lu qu’au lendemain de la cérémonie, énormément de cours d’eaux se retrouvaient bouchés par les Krathong, imposant de très nombreuses interventions des services municipaux d’entretien.

 

Saison 2 et 3 – Le déchirement de l’envoi du Krathong

Pour notre deuxième Loy Krathong, je connaissais le topo. Les embouteillages, les enfants excités, et tout. Du coup on a remis au lendemain l’envoi du Krathong que Petit-Un avait fièrement rapporté de l’école. Il a été d’accord. Bon, en vrai, après on l’a un peu oublié dans la voiture, alors on l’a fait flotter sur un lac seulement trois jours plus tard, quand on s’en est souvenus. Sous l’œil très étonné de gens du coin qui étaient là pour laver leurs camions. A priori, ça ne se fait pas du tout de faire flotter ses Krathongs en retard.

(Et sinon oui, ici on lave son camion en le trempant dans un lac).

Petit-Un était tout content de mettre son Krathong à l’eau. Enfin. Et puis il a vu qu’il s’éloignait. Dangereusement. Il a demandé qu’on le lui rattrape pour le rapporter à la maison. Mais il était bien trop loin. Alors il s’est mis à pleurer et ça m’a brisé le cœur. J’ai réfléchi à lui récupérer à la nage mais l’eau était bien sale et je n’avais que mes habits civils. Et Papa-Tout-Terrain m’a fait les gros yeux, en plus, parce qu’il a tout de suite compris l’idée qui me traversait la tête.

On a réexpliqué à Petit-Un l’offrande à la nature, l’esprit de l’eau… Brodé sur le fait que son Krathong serait éternel. Dans son souvenir… Qu’il était très beau et qu’on en avait de très belles photos. Il est pourtant resté inconsolable et en a parlé encore et encore pendant plusieurs mois. (Je suis encore triste à chaque fois que j’y pense.)

Du coup, l’année d’après, on n’a pas envoyé nos Krathongs. On les a gardés sur la table du salon jusqu’à ce qu’ils deviennent tout vieux, et on a regardé flotter ceux des autres.

 

Saison 4 – Un Loy Krathong plutôt mouvementé

L’année dernière enfin, la résidence a décidé de faire un lâcher de Krathong commun, avec les enfants du coin. Je me suis retrouvée au bord du lac à la nuit tombée, avec deux garçons surexcités, Miss-Trois en porte-bébé, une lampe de poche et deux Krathongs. Miss-Trois avait deux mois mais je suis ce genre de mère téméraire qui veut absolument faire participer toute la famille.

On a retrouvé une trentaine d’enfants, tous aussi excités que les miens, mais en pyjama. Petit-Deux, malgré ses trois ans, avait catégoriquement refusé que les copains le voient en habit de nuit. C’aurait été perdre la face. Et naturellement, ça avait fait tâche d’huile sur Petit-Un.

Au bout de deux minutes, j’avais perdu Petit-Un. J’ai crié partout et commencé à flipper à cause du lac: il était introuvable. Quelqu’un me l’a finalement retrouvé. Il était en train de se battre dans l’herbe avec Anchois. (Anchois, c’est François, mais personne n’arrive à prononcer son prénom).Du coup, Anchois a perdu sa lampe de poche. On ne l’a jamais retrouvée.

« Allez, on se concentre sur l’objectif, qu’on en finisse et vite. »

C’est là qu’on a découvert qu’il y avait des roseaux et des marécages au bord du lac. Impossible de laisser les enfants s’avancer. A la suite de quelques Mamans pressées, j’ai suspendu Petit-Deux et son Krathong au bord de l’eau et on a propulsé la chose. Immédiatement, il s’est alors mis à hurler comme un fou furieux qu’il n’avait pas déposé son Krathong lui-même, qu’il ne voulait surtout pas être aidé, que maintenant il fallait que j’aille lui rechercher et qu’on recommence. Il a tellement crié que la gentille instit’ de Petit-Un lui a donné son propre Krathong. J’en ai encore honte.

Cette année, c’est dit, nous enverrons nos Krathongs dans la baignoire.