8 décembre

Depuis qu’on déménage en Chine, je n’ai plus le temps de rien. Et malheureusement, surtout pas de temps pour écrire.

Mais ce soir c’est le 8 décembre…

Et comme tous les ans, un 8 décembre illuminé chez nous, bien sûr. Petit à petit, les enfants commencent à prendre part à nos traditions, en apprenant à les décrypter…

Le 8 decembre

Puisque je vous tiens, j’en ai une petite dernière, pour la route. L’histoire date du week-end dernier, quand nous avons fait la crèche…

La creche

Nous vous souhaitons une belle période de l’Avent!

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!

 

 

Loy Krathong en Thaïlande (et nos loupés de Loy Krathong)

Ce soir, à la lumière de la pleine lune, la Thaïlande célébrera Loy Krathong. De toutes les festivités traditionnelles, c’est l’une des fêtes que je trouve les plus belles, ici. Un hymne à l’eau, à la lumière. L’occasion de se retrouver en famille pour communier autour de la nature. Pour célébrer le renouveau et le passage des saisons. Une cérémonie qui renvoie la Thaïlande et les Thaïs à leurs propres racines, celles d’une région rizicole, où la vie, justement, a toujours dépendu de cette eau, si précieuse.

Crédit: John Shedrick

Aux sources de Loy Krathong

Loy Krathong marque un point d’orgue à la saison humide en Thaïlande. A l’origine, cette fête est, entre autres, l’occasion de célébrer la fin de la récolte du riz. De remercier la nature, et surtout les esprits de l’eau.

Malgré tout, cette année, avec la poursuite du deuil officiel du Roi Bhumibol, il a été demandé de procéder à des festivités discrètes et proportionnellement modestes.

Loy Krathong trouve ses origines au nord de la Thaïlande, dans la région de Sukhothai. Là-bas, les célébrations sont de très grande ampleur, et durent cinq jours. Elles s’accompagnent de l’envol de lanternes à air chaud, dont j’ai vu des images magnifiques. Mais nous n’avons malheureusement jamais pu les voir de nos propres yeux.

On m’a dit aussi que c’était l’occasion de demander pardon à l’esprit de l’eau, que l’on a polluée, au cours des travaux agricoles. C’est particulièrement d’actualité aujourd’hui. Peut-être trop d’ailleurs pour faire réellement partie du volet traditionnel de la cérémonie? Je ne sais…

Crédit: John Shedrick

Les célébrations ont lieu au moment de la pleine lune du douzième mois du calendrier traditionnel thaï. Mais la pleine lune des astronomes n’est pas nécessairement celle des astrologues. Ces derniers établissent la date des festivités indépendamment, quelques mois avant l’événement, en fonction de savants calculs cosmiques et religieux… Cette année par exemple, Loy Krathong tombera donc un jour plus tôt que la pleine lune de nos calendriers standards.

 

Fabriquer son Krathong

Loy veut dire flotter en thaï. Et Krathong, c’est un contenant alimentaire en feuille de bananier. Par extension, une petite embarcation que l’on envoie sur un cours d’eau, lors de la fête, en guise d’hommage a la nature.

Crédit: John Shedrick

On fait souvent son Krathong soi-même. Il faut un tronçon de bananier. (C’est lui qui va flotter.) Puis des feuilles, des fleurs, de l’encens et une bougie. Ca s’achète partout, sur le bord dans routes, dans les jours qui précèdent Loy Krathong. Les feuilles bananier sont ensuite pliées élégamment en des motifs géométriques, puis agrafées pour dissimuler le tronc et former un bel ornement. Le tout est enfin décoré des autres éléments. Quand on regarde un Thaï faire ça, ça a l’air beau et facile. Mais ça m’a donné un mal de chien quand je m’y suis essayée. Et le résultat était tout bancal.

Pour les gens pressés, on peut aussi acheter des Krathong tout faits. Mais nous n’avons jamais eu besoin de le faire, car les enfants font toujours le leur à l’école, qu’ils rapportent le soir à la maison.

 

Déroulement et festivités de Loy Krathong

Ce soir donc, après le travail, de nombreux Thaïs se rendront d’abord au temple, pour procéder à des rites bouddhistes de purification par l’eau. Pour laver et purifier leur âme, à l’heure où la nature aussi se renouvelle, avec l’arrivée de la saison sèche, suivant les mêmes principes qu’à l’occasion des fêtes de Songkran. Puis, ils chercheront un point d’eau pour le traditionnel envoi du Krathong, qu’ils ne manqueraient pour rien au monde.

L’envoi du Krathong se fait généralement en famille, dans une belle atmosphère recueillie. Avant de poser sa petite embarcation dans un fleuve ou sur un plan d’eau, on se recueille et l’on prie. Certains déposent leurs ongles ou leurs cheveux coupés sur le Krathong, en signe de renouveau. La plupart y ajoutent également un billet, pour apaiser les esprits de l’eau. Puis on allume la bougie, l’encens, et l’on regarde la petite embarcation s’éloigner doucement.

Crédit: John Shedrick

Cette cérémonie revêt une grande importance symbolique, pour tous nos amis Thaïs. Il me semble que ce jour-là, tout le monde fait vraiment en sorte de pouvoir lancer son Krathong, et sans délai. Hélas, il y a deux ans, ma collègue Quality Manager subissait justement à cette date un audit capital, qui s’est poursuivi tard dans la nuit. A chaque problème, sa solution. Le lendemain, elle est arrivée au bureau la mine réjouie (l’audit s’était bien passé), en nous montrant les photos de son Krathong, voguant dans sa baignoire!

 

Saison 1 – Un premier Loy Krathong manqué

Sans que cela ne retire rien à la beauté des cérémoniaux de Loy Krathong, mon expérience personnelle est un peu plus mitigée.

La première année, la nounou m’a appelée au travail en urgence, en me disant de venir récupérer les enfants pour qu’elle puisse aller au temple. Elle m’a balancé deux mômes surexcités dans les bras et est partie en courant, non sans m’avoir fait jurer de sortir voir les festivités. Après le bain et le diner, j’ai mis un orteil dehors pour réaliser que la rue était devenue un immense embouteillage inextricable. C’était la première année. Je ne savais même pas trop ce que c’était cette fête, alors j’ai vite passé l’éponge.

Le lendemain, sur le chemin du bureau, j’ai tout de même réalisé que nous avions dû louper quelque chose en voyant le lac tout proche, complètement recouvert de petites embarcations vertes. Un nombre de personnes incroyable avait dû y venir faire flotter leurs Krathongs! J’ai d’ailleurs lu qu’au lendemain de la cérémonie, énormément de cours d’eaux se retrouvaient bouchés par les Krathong, imposant de très nombreuses interventions des services municipaux d’entretien.

 

Saison 2 et 3 – Le déchirement de l’envoi du Krathong

Pour notre deuxième Loy Krathong, je connaissais le topo. Les embouteillages, les enfants excités, et tout. Du coup on a remis au lendemain l’envoi du Krathong que Petit-Un avait fièrement rapporté de l’école. Il a été d’accord. Bon, en vrai, après on l’a un peu oublié dans la voiture, alors on l’a fait flotter sur un lac seulement trois jours plus tard, quand on s’en est souvenus. Sous l’œil très étonné de gens du coin qui étaient là pour laver leurs camions. A priori, ça ne se fait pas du tout de faire flotter ses Krathongs en retard.

(Et sinon oui, ici on lave son camion en le trempant dans un lac).

Petit-Un était tout content de mettre son Krathong à l’eau. Enfin. Et puis il a vu qu’il s’éloignait. Dangereusement. Il a demandé qu’on le lui rattrape pour le rapporter à la maison. Mais il était bien trop loin. Alors il s’est mis à pleurer et ça m’a brisé le cœur. J’ai réfléchi à lui récupérer à la nage mais l’eau était bien sale et je n’avais que mes habits civils. Et Papa-Tout-Terrain m’a fait les gros yeux, en plus, parce qu’il a tout de suite compris l’idée qui me traversait la tête.

On a réexpliqué à Petit-Un l’offrande à la nature, l’esprit de l’eau… Brodé sur le fait que son Krathong serait éternel. Dans son souvenir… Qu’il était très beau et qu’on en avait de très belles photos. Il est pourtant resté inconsolable et en a parlé encore et encore pendant plusieurs mois. (Je suis encore triste à chaque fois que j’y pense.)

Du coup, l’année d’après, on n’a pas envoyé nos Krathongs. On les a gardés sur la table du salon jusqu’à ce qu’ils deviennent tout vieux, et on a regardé flotter ceux des autres.

 

Saison 4 – Un Loy Krathong plutôt mouvementé

L’année dernière enfin, la résidence a décidé de faire un lâcher de Krathong commun, avec les enfants du coin. Je me suis retrouvée au bord du lac à la nuit tombée, avec deux garçons surexcités, Miss-Trois en porte-bébé, une lampe de poche et deux Krathongs. Miss-Trois avait deux mois mais je suis ce genre de mère téméraire qui veut absolument faire participer toute la famille.

On a retrouvé une trentaine d’enfants, tous aussi excités que les miens, mais en pyjama. Petit-Deux, malgré ses trois ans, avait catégoriquement refusé que les copains le voient en habit de nuit. C’aurait été perdre la face. Et naturellement, ça avait fait tâche d’huile sur Petit-Un.

Au bout de deux minutes, j’avais perdu Petit-Un. J’ai crié partout et commencé à flipper à cause du lac: il était introuvable. Quelqu’un me l’a finalement retrouvé. Il était en train de se battre dans l’herbe avec Anchois. (Anchois, c’est François, mais personne n’arrive à prononcer son prénom).Du coup, Anchois a perdu sa lampe de poche. On ne l’a jamais retrouvée.

« Allez, on se concentre sur l’objectif, qu’on en finisse et vite. »

C’est là qu’on a découvert qu’il y avait des roseaux et des marécages au bord du lac. Impossible de laisser les enfants s’avancer. A la suite de quelques Mamans pressées, j’ai suspendu Petit-Deux et son Krathong au bord de l’eau et on a propulsé la chose. Immédiatement, il s’est alors mis à hurler comme un fou furieux qu’il n’avait pas déposé son Krathong lui-même, qu’il ne voulait surtout pas être aidé, que maintenant il fallait que j’aille lui rechercher et qu’on recommence. Il a tellement crié que la gentille instit’ de Petit-Un lui a donné son propre Krathong. J’en ai encore honte.

Cette année, c’est dit, nous enverrons nos Krathongs dans la baignoire.

 

 

Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

Vendredi Soir

Tous les parents du monde le savent, le vendredi soir est un moment tendu. Il y a la fatigue accumulée de la semaine, chez les petits et chez les grands. Et puis, c’est toujours le jour où on a un peu trop tardé à mettre en route le repas du soir. Le jour où Papa rentrera tard du travail, à cause du pic d’embouteillages hebdomadaire. Le jour où le bébé n’a pas assez fait la sieste, comme de par hasard…

Le vendredi soir, c’est aussi le soir où les enfants savent qu’ils vont pouvoir en profiter un peu plus. Le soir où « pas d’écran » se transforme en « dix minutes seulement ». Le soir où l’on cuisine plus souvent du pain frais, des pizzas et parfois un gâteau. Peut-être proposera-t-on même des noix de cajou en apéro, pour traîner avant de passer à table. Ou alors, peut-être les petits pourront-ils manger devant « Le Livre de la Jungle » à la télé, pour laisser (enfin) les grands discuter tranquillement. En bref, comme le résume assez bien Petit-Un d’une expression qu’il adore, le vendredi c’est souvent « la fête du slip »!

Nous voilà donc vendredi soir …

Vendredi soir

Evidemment, il s’agissait d’un appel super important, avec une souris super importante. Et qui ne pouvait pas souffrir le moindre délai. Mais qu’est-ce qu’elles ont, les souris super importantes, à toujours appeler le vendredi soir à 18h53? Je suis sûre qu’elles n’ont pas d’enfants, elles!

Naturellement, j’ai commencé par sérieusement gourmander les garçons. Il s’est avéré qu’en toute bonne foi, ils n’avaient pas compris que si MON téléphone sonnait sur LEUR temps de jeu, c’est à MOI que revenait la priorité. C’est vrai que c’est tordu, comme logique.

Toutes choses mises au point, il fallait malheureusement vraiment que je la rappelle, cette souris super importante. Heureusement, dans ces cas-là, on fait jouer la solidarité familiale…

Vendredi soir

Oui, je le confesse, j’ai fait pleurer Miss-Trois pour justifier mes appels manqués. Et, du même coup, écourter le coup de fil qui s’est ensuivi. (On était vendredi soir, je vous le rappelle.)

Papa-Tout-Terrain a mis un petit moment à comprendre mon dessin. Jamais il n’a fait pleurer un enfant pour abréger une situation inconfortable. Du coup, est-ce que je dois culpabiliser? Ou est-ce qu’à vous aussi, ça vous est déjà arrivé?

 

L’accroc

C’est la saison humide.

Il pleut tout le temps. (Je l’ai déjà évoqué l’année dernière. Je ne recommence pas: je ne vais pas me plaindre tous les ans.)

Bref, impossible de faire sécher la lessive. Tout sent le renfermé. Je n’ai plus un habit propre. Enfin si, il me reste un short avec un accroc au niveau de la fesse droite, stigmate d’un clou mal enfoncé dans notre parquet capricieux. Celui-là, il m’a déjà coûté trois fonds de culotte!

Petit-Deux n’est guère mieux loti. En plus de la saison des pluies, il n’arrête pas de grandir. C’est très contrariant pour sa garde robe: elle refuse de le suivre.

accroc

J’ai raclé les fonds de tiroir de son ainé, et je lui ai finalement trouvé un truc. J’ai dû déployer des trésors d’éloquence, parce que porter des fringues de son frère c’est nul et ça pue. Pire, il y avait un trou à la fesse droite. Vives protestations. Petit-Deux est tatillon. Il déteste porter des vêtements abîmés. Idée de génie, je lui montre mon propre accroc. Direct, ça change la donne! On est copains de trous! On se fait des clins d’œil, on se les regarde et on se les compare. Quelle complicité!

Là-dessus arrive Madame Ito, ma voisine japonaise parfaite.

(Je vous en ai parlé ici, et j’ai également évoqué Monsieur Ito là). En plus d’être vraiment très gentille, Madame Ito est toujours bien habillée et bien coiffée. C’est naturel chez elle. Quand elle marche, on dirait qu’elle flotte dans l’air. Quand elle parle on dirait qu’elle chante. Elle ne transpire pas à grosses gouttes quand il fait chaud. Et ne halète pas comme un phoque par temps de canicule, quand elle court après ses enfants. D’ailleurs, même ses enfants sont parfaits, policés, organisés, bien habillés et bien coiffés. Sans tâches de sauce tomate ou de Nutella. Sans miettes de gâteau dans les cheveux.

Les garçons et moi aimons beaucoup la famille Ito. Nous nous réjouissions depuis plusieurs jours de l’activité « pâte à sel », justement prévue pour l’après-midi. En prévision, depuis le matin, j’avais rangé, poli, briqué la maison. J’étais plutôt contente du résultat. Jusqu’à ce que je réalise qu’on avait une semaine de boîtes de pot de yaourts vides, en évidence sur l’étagère, rapport à un projet de science en cours. Qu’il faisait cinquante degrés parce que j’avais oublié de remettre la clim après avoir découpé des confettis de papier vitrail. Papier vitrail dont il restait d’ailleurs des petits bouts dans le coin à côté de l’armoire. J’avais mal regardé. Les coins, c’est traître.

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De toute façon, c’était trop tard.

La famille Ito était là. J’ai discrètement récupéré les ciseaux avec lesquels Miss-Trois était en train de jouer. Quand il n’y a pas de témoins, je la laisse faire: ça l’occupe bien et elle ne se coupe pas trop. Mais du coup, ça l’a frustrée. Elle est partie déterrer un goûter vieux de quelques jours dans les plis du canapé. Crotte. J’avais mal regardé. Le canapé, c’est traître. D’un air dégagé, j’ai fait disparaître le pain mâchonné. Je suis une maîtresse de maison en carton. Et pourtant je m’étais appliquée.

On est passés à notre activité bricolage. Mon point fort. J’avais bien anticipé. Géré les proportions, les coloris et les mélanges. La pâte à sel, je maîtrise drôlement bien! Madame Ito a eu l’air très positivement impressionnée! Tout rentrait dans l’ordre. Du coup, profitant d’un instant de relâche, Petit-Deux, qui aime vraiment beaucoup Madame Ito, s’est mis à tailler la bavette…

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Les sentiers de la gloire – souvenirs de Chine

C’était l’époque où je venais d’arriver en Chine. J’avais juste vingt-et-un ans.

Devant toute la classe, la prof d’expression orale, le kouyu, m’avait demandé de rester lui parler, à la fin du cours. Je ne comprenais pas grand-chose à l’école. Presque rien, pour être exacte. Je ne comprenais tellement rien, d’ailleurs, que j’avais dit oui sans comprendre, au cinquième coup. Les copains m’avaient réexpliqué discrètement, par derrière.

Pendant toute l’heure de cours, je n’en n’avais pas mené large…

J’étais la plus nulle de la classe. A ma décharge, j’étais également celle qui avait le moins d’heures de chinois au compteur. La seule non asiatique du groupe, aussi. Et sans conteste, celle qui bossait le plus. Mais j’étais la plus nulle quand même.

J’essayais d’écouter tout le temps, mais il y avait tellement de mots nouveaux que mon esprit finissait toujours pas s’égarer. Je me retrouvais à rêvasser, le regard planté sur les biceps de Shandy, un Indonésien type Boys Band avec une mèche sur l’œil, de gros muscles et des tas de tatouages.

Ce jour-là encore, la prof de kouyu m’avait fait me lever devant toute la classe pour m’exercer au quatrième ton. Je n’y arrivais pas. Sur aucun mot. Une ou deux fois, elle s’était enflammée. « C’est bon, tu l’as! Re-dis le pour voir… » Mais déjà je n’y arrivais plus. C’était juste le fruit du hasard ou de son imagination bienveillante. D’ailleurs, je n’entendais même pas la différence. Ce maudit quatrième ton…

J’ai attendu sagement que tous les élèves aient quitté la classe. J’avais très peur de me faire disputer. Mon cas était irrécupérable. Surtout avec le quatrième ton. Alors je préférais être seule face à la prof. Pourvu que j’arrive à la comprendre, au moins… sauver les meubles, quoi…

La prof n’était pas beaucoup plus âgée que moi.

Nous nous sommes retrouvées seule à seule, et paradoxalement, c’est elle qui avait l’air drôlement impressionnée. Elle s’est mise à me parler très vite, en chuchotant presque, et je n’ai rien compris du tout. J’ai fait un pauvre sourire, et je lui ai dit que désolée, mon chinois était vraiment très mauvais.

Elle a soupiré. Ca allait prendre du temps. Elle m’a dit que j’étais très jolie. Ah, ça y est, c’est bon, j’avais capté un truc. Je suivais… Et après, elle est a nouveau repartie à tout allure et je n’ai plus rien compris.

Une bonne demi-heure plus tard, je sortais finalement de la salle de classe, les jambes un peu tremblantes. Que diable allais-je donc faire dans cette galère? D’après les bribes confuses que j’avais réussi à attraper, ma prof avait des amis qui faisaient du cinéma. Il fallait que j’aille tourner dans leur film. Là, toute de suite. Je serrais entre mes doigts une petite boule de papier avec l’adresse. Je devais trouver un taxi pour m’y conduire. On m’attendait.

Les sentiers de la gloire

J’ai pris mon taxi. Au terme d’une heure de course, la voiture m’a laissée au pied d’un vieil immeuble, de style communiste, noirci par la pollution et par les ans. Il n’y avait aucun panneau, rien. Ca ne ressemblait pas à des studios de cinéma. Vous êtes sûr que c’est ici? Le chauffeur de taxi a chaussé des lunettes de myope, regardé à nouveau mon papier, de près puis de loin. L’a comparé avec le nom de la rue et le numéro du bâtiment. C’était bien là. Il m’a indiqué comment trouver mon chemin à l’intérieur. Tout était sur ce papier que je ne savais pas lire.

Je me suis engouffrée sur les sentiers de la gloire …

L’on m’a introduite dans un appartement exigu, effectivement transformé en minuscule studio de cinéma. La première salle était une loge. Deux filles chinoises étaient en train de s’y maquiller très généreusement. Elles étaient rudement jolies. Enfin pour la tête, je ne sais plus. Mais elles avaient des jambes longues, longues. Des lignes parfaites. Et pas trop de courbes. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient. Je me suis sentie petite et grosse. Mais qu’est ce que je faisais là?

Une assistante est venue à moi, un bloc note sous le bras. « Mais vous êtes qui? » Oh, Dieu soit loué… elle parlait anglais! « Qui vous envoie? » « Euh… ma prof de kouyu… » « Et elle s’appelle comment? »… Je réfléchis, je réfléchis… Impossible de m’en souvenir!… « Bon, c’est pas grave, vous êtes là, c’est le principal. On regarde d’abord ces deux filles. Après c’est à vous. Habillez-vous et maquillez-vous. » Puis elle a disparu.

Les sentiers de la gloire

Le costume que je devais enfiler consistait en une petite culotte blanche miniature, un bandeau assorti, pour cacher la poitrine, et une paire de baskets immaculées. La petite culotte était vraiment petite: j’ai pris le parti de la mettre par-dessus la mienne. Elle y était au moins. Pour le bandeau, en revanche, il y avait un souci. Je dépassais par-dessus et par-dessous. Il fallait être réaliste. La physique a ses limites. Quant aux baskets en 36 chinois, je ne pouvais pas y mettre le pied en entier.

J’ai attendu que la dame revienne.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas habillée? » « Euh si, mais je crois que je n’ai pas la bonne taille de seins… » « Vous ne pouvez pas essayer, quand même? » Si elle y tenait. Je lui ai explosé la couture, puis rendu avec de plates excuses. « Vous voulez que je fasse pareil pour les chaussures? » « Non, non, ça va aller… Bon, gardez votre soutien gorge et restez pieds nus, alors… »

« Vous ne vous êtes pas maquillée? » « Maquillée? Ah oui, pardieu oui, bien sûr, maquillée… Ben non, tenez, je pense que ca va aller comme ça… » Comme si je me trimballais au cours de kouyu avec du maquillage… Bref…

Elle m’a envoyée, un peu désabusée, dans la deuxième salle, qui était toute noire, avec des ronds au sol et de grosses cameras partout. Je ne savais toujours pas pourquoi on allait m’auditionner. Je n’avais pas pensé à demander non plus, d’ailleurs. A moins que ce ne soit un vrai film? Directement?

On m’a braqué de gros spots plein les yeux.

Bon, maintenant, présentez-vous. « En quelle langue? » « Mmm, c’est vous qui choisissez… » En même temps, ils ne parlaient pas français et moi pas chinois. C’était bien la peine de poser la question. De toute façon, je ne suis jamais très loquace au premier abord, et c’était bien pire il y a quinze ans. « Bonjour! Je m’appelle Bailan. Je suis française. » « C’est tout? » « Ben oui. Vous voulez savoir autre chose?… » « Mmm, ça va aller comme ça … »

« Alors maintenant, vous allez faire semblant de vous mettre de la crème sur le visage…

… et montrez bien au spectateur combien cette crème est agréable!… » J’appelle mentalement l’image depuis ma salle de bains. Je ne suis pas très cosmétique, alors pour aller plus vite, j’ai l’habitude d’étaler la crème sur toute la surface des mains, avant de me l’écraser sur la face en faisant « pfrrrrr » avec les joues. Ca ne ressemble pas trop à ce qu’on voit dans les pubs. J’en rigole toute seule, dans ma tête. Je me concentre. C’est pour ma prof de kouyu, tout de même. D’autant qu’elle ne m’a même pas disputée, finalement. Je fais de mon mieux. Je ne me sens pas convaincante du tout du tout. Au moins, grâce aux projecteurs, je ne vois pas la tête de ceux qui m’observent. Ca vaut mieux comme ça…

Les sentiers de la gloire

« Maintenant vous allez faire comme si vous vous mettiez de la crème sur les bras et les jambes. C’est une crème légère et douce… et après vous faites un tour sur vous-même. » Je me crème illico, et fais mon petit tour, au milieu du rond dessiné à mes pieds. J’entends un cri derrière les spots. « Non! Ca n’est pas ça du tout! Recommencez! » Euh… Bon. Je me re-crème. Et je recommence mon tour à l’extérieur du cercle cette fois-ci.

Nouvelle exclamation.

Une jeune femme n’y tient plus, sort de derrière les fils et vient me montrer. Elle se met de la crème et tourne en rond. Waw! On dirait qu’elle est dans une vraie pub! Ca a l’air si plaisant! Et même si ça n’a aucun sens de tourner en rond après, ça a juste l’air naturel! Bon, ben maintenant je sais que c’est possible. Dernière prise pour moi. Petit simulacre de plaisir cosmétique. Je dois ressembler à un canard qui s’épile…. D’abord je déteste me mettre de la crème: c’est collant, la crème. Et puis, vous savez, c’était surtout pour ma prof de kouyu, hein…

Curieusement, ils ne m’ont jamais rappelée…

 

Note: En 2005, les Occidentaux étaient souvent recherchés pour leur physique, en Chine. Ce bout d’essai n’était pas une blague. Par la suite, plusieurs de mes amis ont régulièrement figuré dans des pubs, des séries et des films. Une de mes connaissances est même devenue mannequin et a participé à pas mal de défilés, durant l’année universitaire. Moi, je suis retournée apprendre mes caractères. C’était plus sage, et plus en adéquation avec mes aspirations. Je n’ai hélas jamais réussi à prononcer mon quatrième ton.

 

Les sentiers de la gloire

Souvenir de la vraie émeute dont nous avons été a l’origine, lors de notre séance photo de mariage, à Shanghai