Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

Beautés confidentielles de Kamphaeng Phet

Il y a trois ans, Kamphaeng Phet nous avait éblouis de ses vestiges médiévaux restés relativement confidentiels, quoique grandioses et majestueux. C’est donc avec enthousiasme que nous avions à nouveau programmé cette destination dans le cadre de notre week-end « Remonter le temps en Thaïlande« .

Le destin a voulu que cette visite tombe le jour de la cérémonie de crémation du feu Roi Bhumibol. Ce jour là, la Thaïlande entière se rassemblerait dans les centaines lieux officiels destinés au recueillement populaire, pour suivre les solennités sur écran géant, prier, et rendre un dernier hommage à Rama IX.

Nous n’aurions pas notre place dans ces rassemblements. Aussi avons-nous décidé de poursuivre nos visées touristiques, avec tout le respect possible pour le deuil de nos amis et nos collègues thaïs. Nous étions habillés en noir. (En sombre pour les enfants qui n’ont pas d’habits noirs.) Discrets et aussi silencieux que possible. (C’est-à-dire objectivement pas tellement silencieux, avec trois enfants en bas âge, même s’ils ont fait de leur mieux.) Et surtout, nous nous sommes tenus à l’écart des cérémoniaux. Il nous a semblé qu’une curiosité trop forte, de la part d’étrangers, aurait été malvenue.

Tout était fermé ce jour là. Même les 7-Eleven, ces petites épiceries de dépannage, ouvertes tous les jours et toutes les nuits de toute l’année. Une marque forte d’attachement à l’héritage du Roi Bhumibol. En cinq ans, nous n’avions jamais vu l’une de ces boutiques fermées!

Le gros des sites touristiques, en revanche, était resté ouvert. C’est une bonne illustration du pragmatisme asiatique, je trouve. Un pays qui vit du tourisme fait en sorte de préserver ses visiteurs des aléas de la vie nationale. C’est respectueux et efficace. Pas comme la Tour Eiffel qui ferme a chaque grève, quoi.

 

Le Parc historique du nord de Kamphaeng Phet

Les vestiges de Kamphaeng Phet sont répartis en deux parcs historiques. L’un se situe au centre-ville. Il consiste en deux temples royaux, qui avoisinaient un palais aujourd’hui disparu. Un kilomètre et demi plus au nord, l’autre parc historique comprend une trentaine de temples tapis dans une vaste forêt. Nous commencerons par celui-ci, dont nous avions donc moins bien pu profiter, trois ans plus tôt.

A l’entrée, un vieux garde nous reçoit avec le sourire. Il est vraiment très prévenant. Peu d’étrangers doivent passer par là, et surtout pas avec tout plein d’enfants (mignons). Il ne parle pas anglais mais nous donne un bon tas de prospectus sur le site –en thaï- pour nous être agréable. Il nous indique le Visitor Center.

Parc Historique de Kamphaeng Phet

Nous hésitons à entrer. A l’intérieur, tous est noir. Devant les gestes encourageants du garde, nous poussons tout de même la porte. Dedans, c’est un véritable congélateur. Deux jeunes gens –congelés donc- sont en train d’y regarder la cérémonie de crémation du Roi, assis par terre, sous un tas de couvertures. Pas plus anglophones mais tout aussi complaisants que notre premier interlocuteur, ils nous redonnent à nouveau un grand tas des mêmes prospectus.

Nous ne voulons pas les déranger. Nous leur faisons signe de retourner à leur télé et parcourons rapidement le petit musée. Trop rapidement hélas, car une vidéo préenregistrée diffuse des sons quelque peu inquiétants. Petit-Deux est mort de trouille et nous supplie de quitter les lieux au plus vite. On lit tout de même quelques intéressants encarts historiques pour replacer le site dans son contexte. Et surtout, on observe avec les enfants un modèle réduit du parc historique. Une bonne entrée en matière pour discuter ensemble des temples et de leur situation.

 

Retrouvailles avec Wat Avas Yai

Le parc est immense. Nous y visiterons sept temples, soient à peine un quart de ceux répertoriés sur la plaquette… Nous ne sommes pas des visiteurs qui visons à la productivité cela dit: ce nombre nous suffira amplement pour bien profiter des lieux avec les enfants. Dans le parc, il faut se déplacer en voiture car les distances sont grandes. Nous ne mettrons pied à terre que pour découvrir les vestiges.

Nous partons sans méthode. Essayant de jeter un coup d’œil aux édifices majeurs tels qu’indiqués sur le guide. Et nous arrêtant au gré de nos goûts, de nos intuitions, de la lumière ou des ombres, plus jolies ici ou là-bas, en fonction du moment.

Il suffit de traverser l’allée pour commencer à baigner dans les richesses siamoises. Wat Avas Yai n’est pas l’édifice le plus grand, ni le mieux conservé, ni le plus remarquable. Mais nous le parcourons avec l’allégresse de ceux qui retrouvent un vieil ami. Nous nous sentons bien et à notre place. C’est bien pour tous ces gros copains de pierre que nous étions venus!

Les garçons, de leur côté, ne tardent pas à découvrir de belles graines rouges et brillantes, qu’ils s’empressent de ramasser pour faire collection. C’est vrai qu’elles sont très belles, ces graines, d’ailleurs! Et pas facile à attraper dans les petits trous de latérite. Cela donne lieu à des stratégies intéressantes pour repérer le bon arbre, et le sol propice au ramassage… Bref, chacun se passionne bientôt pour ses propres activités tandis que Miss-Trois passe gaiement d’un groupe à l’autre, sans vraiment comprendre le sens de l’allégresse ambiante, mais bien décidée néanmoins à y prendre pleinement part.

Kamphaeng Phet - Wat Avas Yai

 

L’élégance sombre de Wat Sing

Un peu plus loin, c’est en silence que nous parcourons le ténébreux sanctuaire de Wat Sing. De sa pierre sombre et de ses lignes pures, il se dégage une grande sérénité, propice au recueillement. J’admire la beauté dépouillée de son bouddha principal. Le stuc d’origine a disparu. De la statue sacrée ne subsiste qu’une silhouette en briques de latérite. Une silhouette d’une élégance incomparable.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Un groupe de moines orangés visite le site en même temps. Leur pèlerinage a bien entendu des visées beaucoup plus religieuses que le nôtre. Ils prient beaucoup et photographient tout autant. Ironie de la société de consommation, ces vieux messieurs sensés vivre dans le dénuement sont équipés des mêmes téléphones portables dernier cri que les nôtres.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Du hall de cérémonie de Wat Sing, il reste quelques colonnades, ainsi qu’un Chedi qui aurait abrité des figures de bouddha, en direction des quatre points cardinaux. Nous découvrons qu’à un siècle de là, ce Chedi était encore recouvert de stucs et de peintures, et que les Bouddhas n’avaient pas encore disparu. Il semble donc que même dans une période très moderne, ces temples vieux de cinq cent ans se soient détériorés rapidement. C’est assez triste pour le patrimoine de la Thaïlande. Qu’en restera-t-il pour nos petits-enfants?

 

Wat Phra Si Iriyabot et son bouddha debout

De l’autre côté de l’allée, on distingue un bouddha, immense, dressé vers le ciel. Je me souviens très bien de cette image qui, il y a trois ans, m’avait coupé le souffle, alors que je l’entrapercevais pour la première fois. C’est le bouddha debout du Wat Phra Si Iriyabot, l’un des édifices les plus grandioses du parc.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Si Iriyabot

Du sanctuaire, il reste les bases d’une immense salle de prière (vihara) orientée à l’ouest, en direction d’un Chedi monumental. De ses vestiges, plutôt. Ce sont eux qui abritent cet incroyable –et unique- bouddha debout. Il y a six siècles, le Chedi encore intact comportait quatre niches énormes, et quatre statues de la divinité, debout, assis, couché, et marchant. Au fond des autres écrins vides, on devine encore le contour de leurs silhouettes, dans les nuances de la pierre et à l’usure de la brique. Images émouvantes des cultes anciens qui s’estompent au fil des jours.

 

La majesté massive de Wat Chang Rob

D’un grand coup de voiture, nous nous dirigeons vers le Wat Chang Rob, tout en ouvrant grand les mirettes pour profiter de toutes les ruines sur la route. Il fait chaud. Moins chaud que la dernière fois, où nous étions venus au moment de Songkran, la période la plus chaude de l’année. Mais très chaud quand même. Bertha passe de mains en mains. (Bertha c’est ma grande gourde vert kaki, acquise depuis que j’ai décidé de réduire nos déchets plastiques. En plus d’être énorme et aux couleurs militaires, elle a vaguement une forme d’obus. D’où le nom que nous lui avons choisi.) Nous veillons à ce que les enfants ne se déshydratent pas.

Wat Chang Rob est érigé sur le même modèle que Wat Phra Si Iriyabot. Un vihara et un immense Chedi, côté ouest. La partie supérieure de l’édifice a été détruite. Mais la base qui subsiste est incroyablement décorée de caryatides en forme d’éléphants, qui émergent de la pierre à mi-corps.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

En certains endroits, sur les grosses pierres de latérites, les stucs sont admirablement conservés. Ils contrastent, par leur finesse, avec l’aspect massif du corps du sanctuaire.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

 

Petits temples confidentiels, perdus dans la verdure

Poursuivant nos flâneries dans le parc historique, nos roues nous mènent à l’entrée de temples mineurs, sans doute rarement visités. Il n’y a d’ailleurs que de vagues chemins de terre pour s’y rendre. Nous hésitons à les emprunter, de peur d’y enliser la voiture.

Nous cherchons des indices du regard. A travers un épais feuillage, nous devinons la sculpture épurée d’un bouddha, à la silhouette sereine et empreinte de dignité. Avec Papa-Tout-Terrain, nous avons tous les deux les yeux qui brillent. Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Bien sûr! Nous ne pouvons manquer d’y aller voir! Nous sommes excités comme dans une fête foraine. « Bon, elle va se débrouiller, Titine hein?… Au pire on poussera… » Titine c’est la voiture. (Il semble que nous baptisions volontiers les objets de notre quotidien.) Et Titine s’est est sortie comme un chef!

Kamphaeng Phet - Wat Tao Mor

Nous nous ruons hors de la voiture. Les enfants traînent un peu des pieds. Ils fatiguent. Cri étouffé de Petit-Un: « Oh, il y a encore plus de graines, ici! » Alors que nous allions leur proposer de rester dans le véhicule, les enfants s’égaient en poussant des cris joyeux. Nous les verrons à peine pendant les longs instants qui suivront, et ce sera effectivement leur meilleure récolte du périple!

Kamphaeng Phet - Wat Mha Phi

Wat Tao Mor, Wat Mha Phi, Wat Mondop… Autant de modestes sanctuaires plongés dans la verdure. De petites niches abritant de minuscules silhouettes sacrées. Quelques troncs de bouddhas dans une latérite sombre et rongée par les ans. Les restes de deux bouddhas assis. Le chant des oiseaux. L’odeur et le bruit des feuilles. Notre bonheur pourrait se résumer à un peu de tout cela.

Cela fait déjà trois heures que nous flânons. Les enfants sont encore alertes et joyeux, mais nous savons que nous devons limiter le temps de nos visites.

 

Cérémonies de crémation royale

Nous décidons de terminer notre journée par une traversée plus rapide du second parc historique de Kamphaeng Phet, celui qui se situe au centre-ville. Alors que nous quittons le parc, le garde de l’entrée hésite une seconde et nous fait de grands gestes pour nous arrêter. Il court de direction de la voiture… et nous donne un tas de prospectus du site.

Dans le centre de Kamphaeng Phet, beaucoup de familles thaïes vont et viennent, pour assister aux cérémonies de la crémation royale. Chacun est habillé de noir. Des robes jusqu’aux chevilles, des pantalons et des chemises à manche longues. Tout le monde est sur son trente-et-un, surtout les personnes plus âgées. Beaucoup semblent même sortir de chez le coiffeur, avec des chignons compliqués. A deux pas de là, nous entendons les sons d’un grand rassemblement mémoriel. Partout, les rues sont décorées d’œillets jaunes, à la couleur du feu Roi.

Chiffre du Roi Bhumibol en oeillets jaunes

De ce que nous aurons vu par intermittence à la télévision, les solennités ne ressemblent en rien à un enterrement à l’occidentale. Commencées très tôt le matin, elles dureront jusque tard dans la nuit. En une alternance de prières psalmodiées, de musiques, d’hommages de la part de délégations religieuses, militaires, nationales, régionales, royales, étudiantes… Puis à nouveau des musiques, des danses, des prières.

Avec nos esprits français, je crois que Papa-Tout-Terrain et moi attendions « qu’il se passe quelque chose ». Style la crémation, en tant que telle. Ou un discours. Dans une perspective plus asiatique, il nous a semblé, avec un peu de recul, que ce dernier hommage au Roi Bhumibol était un processus complet, bien plus qu’une cérémonie avec un début et une fin. Nos amis et collègues thaïs, d’ailleurs, se sont rendus aux rassemblements à des heures variées, restant un moment puis repartant, à l’heure où d’autres arrivaient.

 

Les richesses du Wat Phra Kaeo

Le second parc historique est tout aussi désert. Nous retrouvons avec grand plaisir les richesses du sublime Wat Phra Kaeo. Mais il commence à pleuvoir. Et Miss-Trois râle en cherchant le sommeil dans la poussette. Et les garçons montrent de premiers signes de faiblesse. C’est bien normal. Il va nous falloir faire vite… nous nous limiterons à un petit tour de piste, juste pour le plaisir.

Du Wat Phra Kaeo, je garderai surtout deux images extraordinaires. Des éléphants caryatides, à la base d’une stupa plutôt modeste. Si ces statues sont bien moins richement travaillées qu’à Wat Chang Rop, elles sont exactement à hauteur d’homme. La proximité de ces pachydermes vieux de cinq siècles est très émouvante. Ils me semblent presque vivants, avec leur profil massif et leur regard si doux.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

Un peu plus loin, deux bouddhas assis et un bouddha couché se sont, eux aussi, comme arrêtés dans le temps. Ils respirent la droiture et la sérénité.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

En arrière-fond, le Wat Phra That, à l’architecture massive. Nous ne lui feront qu’un petit coucou de la route, en partant, cette fois-ci… Car la pluie a fini par nous surprendre. Nous rejoignons tous la voiture en un galop effréné, désorganisé et joyeux! Le week-end commence vraiment bien!

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

 


Les parcs historiques de Kamphaeng Phet en pratique:

  • Coordonnées GPS du parc historique au nord de la ville: 16.506814, 99.519722 Il s’agit de l’entrée qui donne sur le Visitor Center. Faites le détour, car des informations intéressante y sont proposées, en guise d’introduction au site. (Il existe également une entrée sud.)
  • Coordonnées GPS du parc historique du centre-ville: 16.489851, 99.516196
  • L’entrée de chaque site est de 100 THB par personne. Un ticket groupé à 150 THB permet de visiter les deux sites.
  • Ouverts de 6h à 18h, tous les jours.

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!

 

 

Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

La course de buffles d’eau (Chonburi, Thaïlande)

D’après l’affiche, c’était le plus gros événement mondial de ce type: une course de buffles d’eau. On avait rigolé, vu qu’il ne devait pas y avoir des masses de courses de buffle d’eau dans le monde. Mais quand j’ai vu des buffles et encore des buffles, et des buffles à perte de vue, j’ai arrêté de ricaner bêtement. C’était un spectacle à couper le souffle. Grandiose. Unique. Une petite porte sur les traditions et les récréations de la Thaïlande rurale.

 

Un événement attendu

Ca faisait plus d’un an qu’on attendait ces courses de buffles. Hélas l’année dernière, la Thaïlande avait perdu son Roi, quelques jours avant l’événement. Et paf tout avait été annulé. Du coup on a dû attendre l’édition suivante.

Buffles d'eau - Chonburi _1

Au jour dit, nous sommes arrivés tôt. (Surtout parce que les enfants s’étaient levés aux aurores.) Et là, il n’y avait rien. Enfin si, il y avait une fête foraine à l’arrêt, mais pas la queue d’un buffle. Pourtant, dans la grosse ville de Chonburi, il y avait des affiches partout pour annoncer l’événement. On a ratissé les rues attenantes. Sans succès. Mais on a trouvé une affiche en anglais. (Une affiche en anglais c’était un peu comme un buffle a cinq pattes.) Si la foire avait bien commencé, la course n’aurait en fait lieu que quatre jours plus tard. Nouveau rendez-vous fut donc pris. Mais sans Papa-Tout-Terrain qui a le mauvais goût de travailler en semaine.

 

Foire populaire aux attractions oubliées

En fait, on est tout de même revenus le soir, rapport à la fête foraine que les enfants avaient bien repérée. Ils étaient ravis, d’ailleurs, il y avait des auto-tamponneuses. Ils en ont fait cinq tours. Elle avait un petit gout d’antan, cette foire, avec des attractions que j’imaginais appartenir au passé.

Regardez plutôt cet homme à moto, dans une espèce de tonneau géant, qui roule sur les murs à une hauteur vertigineuse! La structure métallique tremble à chacun de ses passages. Ca sent l’essence et ça fait un bruit du tonnerre. Petit-Un et Petit-Deux jubilent et trépignent de joie. Je m’agrippe à Miss-Trois. Ca m’apaise. Enfin façon de parler. Le mec conduit sans les mains, maintenant, et mon cœur s’arrête de battre. Tout est fini. Il est redescendu sans dégât et reprend paisiblement son Tom Yum. Petit-Un me dit que c’était dangereux, quand même. Il ne faut pas faire ça. J’en rajoute une couche: je suis sûre que la Maman de ce monsieur doit avoir très peur. Et, faire peur à sa Maman, c’est très mal.

Attraction moto a la foire de Chonburi

Dans le stand d’à côté, des dames sont installées en équilibre sur des planches de bois. Pour quelques sous, les curieux se bousculent et tentent de les envoyer à l’eau. D’une balle, les plus habiles déclenchent facilement le mécanisme. Le siège se dérobe. En un cri, l’élégante plonge dans un baquet saumâtre.

 

Tournoi de boxe thaïlandaise

Un peu plus loin, un ring et une compétition de boxe thaïlandaise. Le combat démarre avec une sorte de prière rituelle des combattants, sur fond de musique traditionnelle. Les spectateurs se lèvent. Premier round. Les coups pleuvent immédiatement, intenses. Petits et grands se pressent tout autour du ring, encouragent, commentent et s’enthousiasment. Le combat est violent, bien sûr. Le petit est particulièrement hargneux. Et le grand à l’air un peu mou est déjà pas mal groggy.

Boxe Thailandaise - Chonburi

Entre les rounds, un homme en costume agite ses doigts en direction de la foule. C’est un broker qui prend les paris. Ce sont sans doute les derniers combats de Muay-thaï avant un mois, car tout octobre sera deuil national pour la Thaïlande. (Le Roi est mort il y a un an. Sa crémation est organisée pour dans quelques semaines.) Par décret, les paris ont été interdits pour tout le mois. Or, pas de Muay-thaï sans paris.

Il est déjà l’heure de partir. Les enfants ont repéré une sorte de grand huit qu’ils veulent à tout prix essayer. Comprenez, il y a Spiderman, juché tout en haut! Ce ne sera pas pour cette fois ci: il faut avoir au moins sept ans. Sur le chemin du retour, Petit-Deux vérifie: « Et à huit ans, on a le droit aussi? Et à neuf ans? Et à dix ans? (…) Et à cent ans? »

 

Des buffles à perte de vue

Nous voilà enfin au jour de la course de buffles. Par chance, on est mercredi, et les enfants finissent l’école à midi. J’emmènerai donc les garçons, laissant Miss-Trois aux bons soins de la nounou. J’essaie une dernière fois de convaincre Papa-Tout-Terrain de venir mais il préfère travailler.

La place principale de Chonburi est couverte de stalles, de foin, et d’excréments. Et de plus de buffles que je n’en n’ai jamais vus de ma vie. Curieusement, il y a très peu de barrières. En revanche, presque chaque animal a son propre pâtre.

Buffles d'eau - Chonburi _2

On ressent une forme de complicité tacite et calme entre les hommes et leurs buffles. Une simple cordelette retient les naseaux du bovin. Il n’est pas rare de voir le maître entourer de ses bras le museau de la bête, comme en une accolade entre amis. Ceux qui n’ont rien à faire arrosent et rafraîchissent leur animal à grands seaux d’eau. Ils lustrent leurs robes ou ébouriffent les poils de leurs têtes.

Malgré l’agitation ambiante, les buffles restent impavides. Des enfants jouent tout autour et les escaladent parfois. Les animaux sont très peu restreints. Je ne retrouve pas chez eux les signes de nervosité des vaches françaises, qui tapent du sabot sur le sol ou remuent vivement la tête.

Buffles d'eau - Chonburi _3

Certaines bêtes sont particulièrement énormes. Elles ont dû concourir pour leur beauté, leur prestance ou la qualité de leur musculature.

On a loupé les festivités du matin et le défilé. Les charrettes décorées de fleurs aux mille couleurs sont déjà rechargées sur de gros camions, prêtes à rentrer au bercail. Restent quelques buffles richement parés. Sur leurs houssures, des blasons à la gloire du Roi défunt.

Buffles d'eau - Chonburi _5

 

La longue préparation d’une course de buffles d’eau

Guidés par la clameur, nous trouvons rapidement le champ de course. A peine sommes nous installés sur les gradins qu’un piétinement de sabots nous dépasse a tout allure. Le galop enragé de ces bêtes puissantes est à couper le souffle.

Course de buffles d'eau - Chonburi _1

(A cette seconde précise, Petit-Deux décide qu’il a vu assez de buffles et qu’il veut rentrer à la maison. En plus de m’enivrer de ces images grandioses, j’ai donc passé le reste de l’après-midi à lui demander de se tenir tranquille, d’attendre, d’arrêter de me rebattre les oreilles de ses jérémiades, de se taire, de s’assoir et qu’on en finisse. Bref, j’ai des enfants pas toujours coopératifs, comme tout un chacun. Et ce n’est pas le souvenir que je veux garder de cette course de buffles d’eau.)

La course suivante se prépare. On mène les buffles sur la ligne de départ. Ca prend du temps d’aligner cinq buffles. Il y en a toujours un qui a l’air trop en avant ou trop en arrière. Il faut le faire se remettre correctement. Et visiblement, ces bêtes ne savant pas reculer: ils refont le tour à chaque fois.

Course de buffles d'eau - Chonburi _2

Au bout de trois plombes, les cavaliers s’installent sur les croupes. Certains sont tous jeunes. Presque des enfants. D’autres au contraire sont plus âgés et grisonnants. Les cinq concurrents sont prêts au départ. Mais entre les clameurs de la foule, l’excitation de son maître, la badine, et les curieux qui se pressent, les bovins sont nerveux. Un buffle est parti tout seul. Le cavalier a sauté à terre et l’homme à la longe tente de le remettre dans les rangs.

Une barrière s’est déchaussée du sol. Quelques volontaires viennent piétiner la terre pour la replanter solidement. On a remis le buffle à sa place. Mais un autre s’est cabré.

 

La course de buffles d’eau

L’attente est longue entre les courses. Souvent une dizaine de minutes, car la logistique des buffles est lourde.

C’est parti: chacun s’élance! Les cavaliers sont installés très à l’arrière, sur leur monture. Ils ne la dirigent pas vraiment, d’ailleurs. Ils n’ont qu’une cordelette pour s’accrocher, mais rien pour piloter. Un buffle traverse la piste de droite à gauche, tandis que les autres semblent plus directement converger vers la ligne d’arrivée. Les cavaliers s’accrochent mais ça secoue ferme. Les chutes sont fréquentes.

Les concurrents franchissent la ligne d’arrivée au milieu des hourras de la foule. Les badauds sont jusque sur la piste. En face, les cavaliers n’ont rien pour arrêter leur monture. Ils se contentent de sauter à pleine vitesse, laissant filer leur bête.

Course de buffles d'eau - Chonburi _3

Le buffle s’apaise très vite. Il voit ses copains buffles un peu plus loin et s’arrête tout seul. Des quidams les récupèrent ensuite ici ou là. Qu’elle est curieuse de désorganisation, cette arrivée. Il y a des tas de gens dans tous les sens, qui observent, prennent des photos, jugent, récupèrent les buffles, vendent de la nourriture. Un buffle de mauvais poil pourrait faire un carnage en chargeant. Ces animaux sont vraiment paisibles.

 

Petite fenêtre sur la Thaïlande des campagnes…

Et puis nous sommes rentrés à la maison. Un peu trop tôt à mon goût. J’aurais pu rester jusqu’au soir à me perdre dans le regard des bovins et les bruits de sabots. En route vers la voiture, nous tombons sur une compétition de montée de bambou. C’est très traditionnel également. Mais je n’aurais jamais cru que c’était si difficile. Ca a l’air de glisser comme pas possible. Pour essayer d’adhérer un peu, les concurrents jettent du sable sur le piquet, à mesure qu’ils montent et qu’ils glissent. Ceux de la photo sont montés à deux mètres à tout casser, et semblaient vraiment au bout de leur vie. Si l’on en croit les petits drapeaux plantés sur le mat, cependant, d’autres ont dû aller bien plus haut.

Escalade de bambou - foire de Chonburi

Je suis rentrée enthousiasmée. J’ai passé la soirée à en causer à qui voulait l’entendre. Et Petit-Deux aussi, paradoxalement. Nous avons été très étonnés, en revanche, de réaliser qu’aucun Thaï de nos amis ou de nos connaissances n’a jamais assisté à l’événement. Nous soupçonnons que l’activité ait une réputation trop fruste…

Aucun? Pas tout à fait, d’ailleurs. Une petite collègue de l’équipe de Papa-Tout-Terrain aurait, pour sa part, participé à des courses de buffles, dans son jeune temps! Cette jeune femme est originaire d’Issan, cette région rurale que nous aimons particulièrement. Là-bas, a-t-elle expliqué, il n’est pas rare que les jeunes gens se distraient de ce type d’épreuves, avec leurs buffles, entre villages ou entre amis.

Buffles d'eau - Chonburi _4

Les sentiers de la gloire – souvenirs de Chine

C’était l’époque où je venais d’arriver en Chine. J’avais juste vingt-et-un ans.

Devant toute la classe, la prof d’expression orale, le kouyu, m’avait demandé de rester lui parler, à la fin du cours. Je ne comprenais pas grand-chose à l’école. Presque rien, pour être exacte. Je ne comprenais tellement rien, d’ailleurs, que j’avais dit oui sans comprendre, au cinquième coup. Les copains m’avaient réexpliqué discrètement, par derrière.

Pendant toute l’heure de cours, je n’en n’avais pas mené large…

J’étais la plus nulle de la classe. A ma décharge, j’étais également celle qui avait le moins d’heures de chinois au compteur. La seule non asiatique du groupe, aussi. Et sans conteste, celle qui bossait le plus. Mais j’étais la plus nulle quand même.

J’essayais d’écouter tout le temps, mais il y avait tellement de mots nouveaux que mon esprit finissait toujours pas s’égarer. Je me retrouvais à rêvasser, le regard planté sur les biceps de Shandy, un Indonésien type Boys Band avec une mèche sur l’œil, de gros muscles et des tas de tatouages.

Ce jour-là encore, la prof de kouyu m’avait fait me lever devant toute la classe pour m’exercer au quatrième ton. Je n’y arrivais pas. Sur aucun mot. Une ou deux fois, elle s’était enflammée. « C’est bon, tu l’as! Re-dis le pour voir… » Mais déjà je n’y arrivais plus. C’était juste le fruit du hasard ou de son imagination bienveillante. D’ailleurs, je n’entendais même pas la différence. Ce maudit quatrième ton…

J’ai attendu sagement que tous les élèves aient quitté la classe. J’avais très peur de me faire disputer. Mon cas était irrécupérable. Surtout avec le quatrième ton. Alors je préférais être seule face à la prof. Pourvu que j’arrive à la comprendre, au moins… sauver les meubles, quoi…

La prof n’était pas beaucoup plus âgée que moi.

Nous nous sommes retrouvées seule à seule, et paradoxalement, c’est elle qui avait l’air drôlement impressionnée. Elle s’est mise à me parler très vite, en chuchotant presque, et je n’ai rien compris du tout. J’ai fait un pauvre sourire, et je lui ai dit que désolée, mon chinois était vraiment très mauvais.

Elle a soupiré. Ca allait prendre du temps. Elle m’a dit que j’étais très jolie. Ah, ça y est, c’est bon, j’avais capté un truc. Je suivais… Et après, elle est a nouveau repartie à tout allure et je n’ai plus rien compris.

Une bonne demi-heure plus tard, je sortais finalement de la salle de classe, les jambes un peu tremblantes. Que diable allais-je donc faire dans cette galère? D’après les bribes confuses que j’avais réussi à attraper, ma prof avait des amis qui faisaient du cinéma. Il fallait que j’aille tourner dans leur film. Là, toute de suite. Je serrais entre mes doigts une petite boule de papier avec l’adresse. Je devais trouver un taxi pour m’y conduire. On m’attendait.

Les sentiers de la gloire

J’ai pris mon taxi. Au terme d’une heure de course, la voiture m’a laissée au pied d’un vieil immeuble, de style communiste, noirci par la pollution et par les ans. Il n’y avait aucun panneau, rien. Ca ne ressemblait pas à des studios de cinéma. Vous êtes sûr que c’est ici? Le chauffeur de taxi a chaussé des lunettes de myope, regardé à nouveau mon papier, de près puis de loin. L’a comparé avec le nom de la rue et le numéro du bâtiment. C’était bien là. Il m’a indiqué comment trouver mon chemin à l’intérieur. Tout était sur ce papier que je ne savais pas lire.

Je me suis engouffrée sur les sentiers de la gloire …

L’on m’a introduite dans un appartement exigu, effectivement transformé en minuscule studio de cinéma. La première salle était une loge. Deux filles chinoises étaient en train de s’y maquiller très généreusement. Elles étaient rudement jolies. Enfin pour la tête, je ne sais plus. Mais elles avaient des jambes longues, longues. Des lignes parfaites. Et pas trop de courbes. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient. Je me suis sentie petite et grosse. Mais qu’est ce que je faisais là?

Une assistante est venue à moi, un bloc note sous le bras. « Mais vous êtes qui? » Oh, Dieu soit loué… elle parlait anglais! « Qui vous envoie? » « Euh… ma prof de kouyu… » « Et elle s’appelle comment? »… Je réfléchis, je réfléchis… Impossible de m’en souvenir!… « Bon, c’est pas grave, vous êtes là, c’est le principal. On regarde d’abord ces deux filles. Après c’est à vous. Habillez-vous et maquillez-vous. » Puis elle a disparu.

Les sentiers de la gloire

Le costume que je devais enfiler consistait en une petite culotte blanche miniature, un bandeau assorti, pour cacher la poitrine, et une paire de baskets immaculées. La petite culotte était vraiment petite: j’ai pris le parti de la mettre par-dessus la mienne. Elle y était au moins. Pour le bandeau, en revanche, il y avait un souci. Je dépassais par-dessus et par-dessous. Il fallait être réaliste. La physique a ses limites. Quant aux baskets en 36 chinois, je ne pouvais pas y mettre le pied en entier.

J’ai attendu que la dame revienne.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas habillée? » « Euh si, mais je crois que je n’ai pas la bonne taille de seins… » « Vous ne pouvez pas essayer, quand même? » Si elle y tenait. Je lui ai explosé la couture, puis rendu avec de plates excuses. « Vous voulez que je fasse pareil pour les chaussures? » « Non, non, ça va aller… Bon, gardez votre soutien gorge et restez pieds nus, alors… »

« Vous ne vous êtes pas maquillée? » « Maquillée? Ah oui, pardieu oui, bien sûr, maquillée… Ben non, tenez, je pense que ca va aller comme ça… » Comme si je me trimballais au cours de kouyu avec du maquillage… Bref…

Elle m’a envoyée, un peu désabusée, dans la deuxième salle, qui était toute noire, avec des ronds au sol et de grosses cameras partout. Je ne savais toujours pas pourquoi on allait m’auditionner. Je n’avais pas pensé à demander non plus, d’ailleurs. A moins que ce ne soit un vrai film? Directement?

On m’a braqué de gros spots plein les yeux.

Bon, maintenant, présentez-vous. « En quelle langue? » « Mmm, c’est vous qui choisissez… » En même temps, ils ne parlaient pas français et moi pas chinois. C’était bien la peine de poser la question. De toute façon, je ne suis jamais très loquace au premier abord, et c’était bien pire il y a quinze ans. « Bonjour! Je m’appelle Bailan. Je suis française. » « C’est tout? » « Ben oui. Vous voulez savoir autre chose?… » « Mmm, ça va aller comme ça … »

« Alors maintenant, vous allez faire semblant de vous mettre de la crème sur le visage…

… et montrez bien au spectateur combien cette crème est agréable!… » J’appelle mentalement l’image depuis ma salle de bains. Je ne suis pas très cosmétique, alors pour aller plus vite, j’ai l’habitude d’étaler la crème sur toute la surface des mains, avant de me l’écraser sur la face en faisant « pfrrrrr » avec les joues. Ca ne ressemble pas trop à ce qu’on voit dans les pubs. J’en rigole toute seule, dans ma tête. Je me concentre. C’est pour ma prof de kouyu, tout de même. D’autant qu’elle ne m’a même pas disputée, finalement. Je fais de mon mieux. Je ne me sens pas convaincante du tout du tout. Au moins, grâce aux projecteurs, je ne vois pas la tête de ceux qui m’observent. Ca vaut mieux comme ça…

Les sentiers de la gloire

« Maintenant vous allez faire comme si vous vous mettiez de la crème sur les bras et les jambes. C’est une crème légère et douce… et après vous faites un tour sur vous-même. » Je me crème illico, et fais mon petit tour, au milieu du rond dessiné à mes pieds. J’entends un cri derrière les spots. « Non! Ca n’est pas ça du tout! Recommencez! » Euh… Bon. Je me re-crème. Et je recommence mon tour à l’extérieur du cercle cette fois-ci.

Nouvelle exclamation.

Une jeune femme n’y tient plus, sort de derrière les fils et vient me montrer. Elle se met de la crème et tourne en rond. Waw! On dirait qu’elle est dans une vraie pub! Ca a l’air si plaisant! Et même si ça n’a aucun sens de tourner en rond après, ça a juste l’air naturel! Bon, ben maintenant je sais que c’est possible. Dernière prise pour moi. Petit simulacre de plaisir cosmétique. Je dois ressembler à un canard qui s’épile…. D’abord je déteste me mettre de la crème: c’est collant, la crème. Et puis, vous savez, c’était surtout pour ma prof de kouyu, hein…

Curieusement, ils ne m’ont jamais rappelée…

 

Note: En 2005, les Occidentaux étaient souvent recherchés pour leur physique, en Chine. Ce bout d’essai n’était pas une blague. Par la suite, plusieurs de mes amis ont régulièrement figuré dans des pubs, des séries et des films. Une de mes connaissances est même devenue mannequin et a participé à pas mal de défilés, durant l’année universitaire. Moi, je suis retournée apprendre mes caractères. C’était plus sage, et plus en adéquation avec mes aspirations. Je n’ai hélas jamais réussi à prononcer mon quatrième ton.

 

Les sentiers de la gloire

Souvenir de la vraie émeute dont nous avons été a l’origine, lors de notre séance photo de mariage, à Shanghai