Promenade dans le parc du temple de Wuxiang (Lishui)

Dans les vergers de Lishui

Avoir survécu à une longue semaine post décalage horaire et se déclarer vaincu le samedi, c’est tricher. On a donc rassemblé les fragments épars de notre courage pour se définir une destination dominicale. Et le sort tomba sur Lishui (溧水).

Lishui, c’est un district du sud-est de Nanjing, riche de vergers et de champs luxuriants. Fin juin, nous en avions rapporté de pleins paniers de pêches goûteuses, sitôt transformées en une confiture absolument divine. Quand le temps est clément, l’on peut même cueillir soi-même ses fruits, pour le plus grand plaisir de Petit-Un.

Pas très au fait des fruits de saison pour nous région, nous apprenons sur le tas que nous sommes en plein dans les poires, le raisin et le kiwi. C’est l’occasion de découvrir l’arbre à kiwi, une espèce de plante grimpante, qui semble se plaire dans les hauteurs des portiques. Et puisque c’est ainsi allons-y! Nous nous essayerons à ces confitures inédites pendant le week-end, au grand ravissement de Petit-Deux, qui, les yeux pleins d’étoiles, nous avouera ne jamais avoir vu autant de sucre de sa vie.

Vergers de Lishui - plantations de kiwis

Le bol d’air est le bienvenu.

Revigorant presque, malgre les températures encore fort estivales. (Soient 35 degrés et 70% d’humidité dans notre région… cela ne nous change guère de la Thaïlande.) Emoustillés par ces retrouvailles avec la nature, nous poursuivons notre promenade en une errance sans but, au milieu des plantations de thé régulières et vallonnée, et des rizières aux verts tendres. De ci de là dans les plantations, des files de petits vieux cassés en deux, à planter, désherber ou récolter. Ils travaillent aux champs à la journée pour 150 yuans (20 euros), arrondissant ainsi leurs maigres retraites.

Rizieres dans le district de Lishui

Nos roues nous conduisent finalement à l’étang du ciel (天池), bordé d’un sentier propret et verdoyant. Petit-Deux et Miss-Trois maugréent d’être réveillé et pire encore, d’être forcés à marcher. Je compatis poliment avec leur fatigue, tout en me félicitant intérieurement de les épuiser. Peut-être pourrons-nous enfin passer une meilleure nuit?

Le parc de Wuxiang

Les protestions sont bien vite oubliées à mesure que l’on découvre des petits ponts, des passages à gué, de petits chûtes d’eau et de grosses pierres à escalader. Miss-Trois semble avoir hérité du même ascendant « chamois » que ses deux frères. Elle aime les sentiers escarpés et nous étonne par sa hardiesse et sa détermination. Une famille locale, croisée au hasard, nous en fait compliment. Il est vrai que les petits enfants chinois du même âge sont souvent bien plus couvés, et ne se verraient jamais permettre de telles galipettes.

Vieux temple de Wuxiang -1

Mais ce n’est pas tout. La dame continue de fixer la jeune tigresse d’un air interrogateur. « C’est vous qui la frisez? » Les boucles de Miss-Trois sont une source régulière de perplexité. Je ris intérieurement à l’idée des heures qu’il me faudrait pour maîtriser et permanenter notre sauvageonne.

Le vieux temple de Wuxiang

Nous atteignons enfin notre destination finale, aux allures de bout du monde. Niché dans les feuillages, le vieux temple de Wuxiang (无想老寺) se laisse peu à peu découvrir. Il s’agit d’un édifice massif, du jaune safran cher aux bouddhistes, et qui n’a de « vieux » que le nom. Il semble en revanche construit à l’emplacement d’un antique édifice, dont on aperçoit, ça et là, des colonnades et des chapiteaux épars.

Cinq ou six volées d’escaliers plus tard, nous en atteignons le sommet. Par-dessus les feuilles, la forêt, et l’ensemble de la réserve naturelle. Nous atteignons aussi l’extrême limite de notre énergie.

Vieux temple de Wuxiang -2

En ce point culminant, un sanctuaire dédié a Bouddha, sur lequel veille un moine à l’allure vénérable. Il nous prend pour des Russes, comme souvent. Nous rétablissons la vérité. « Ah, la France. La France a de nombreux hommes célèbres. C’est important, pour un pays, les hommes célèbres… » Puis il replonge dans ses rêveries. Je profite de cet instant de flottement pour prendre les enfants sous le bras et partir au loin. Ces démons avaient entrepris de réclamer à cor et à cris des colifichets religieux et comptaient m’avoir à l’usure sonore. Il était grand temps de fuir avant de mourir de honte sur place.

C’était une chouette balade. Une balade simple et rafraîchissante. Une balade de famille épuisée, mais ravie de retrouver sa Chine, ses week-ends et leurs petites rencontres inattendues.

La fête des fantômes

Nous sommes rentrés presqu’à la nuit tombée. Sur le bord de la route, une personne âgée brûlait du papier monnaie dans un cercle de craie dessiné à même le sol. C’est une cérémonie à l’intention des morts. Curieusement, nous avons vu ce rituel répété encore et encore, le long de la route. Ce n’était pas une coïncidence.

Renseignements pris, nous étions au jour des fantômes (Gui Jie – 鬼节), dont nous ignorions jusqu’alors l’existence. Nous connaissions déjà le « jour où l’on balaie les tombes » (Qingming Jie – 清明节), début avril. A cette occasion, l’on doit impérativement retourner dans sa région d’origine, pour honorer ses ancêtres. A l’inverse, le jour des fantômes, au quinzième jour du septième mois lunaire (soit fin août), balaie plus large. La tradition populaire veut qu’à cette date, les disparus reviennent sur terre. Pas besoin de retourner sur la terre de ses ancêtres, en revanche. Il s’agira seulement de faire brûler du papier monnaie pour tout fantôme, connu ou inconnu, qui pourrait passer dans le coin.

Bruler du papier monnaie

 

 

La balade vers le vieux temple du parc de Wuxiang (无想寺景区) en pratique
  • Coordonnées GPS de la balade, au départ de l’étang du ciel: 31.601259, 119.033497
  • Notre balade était facile. La boucle fait environ 1.5 kilomètres, avec un assez fort dénivelé. Nous avons fait l’aller-retour en 1h30 environ, en comptant la découverte du temple.
  • L’entrée dans le parc de Wuxiang est libre. On y trouve plusieurs chemins de randonnée pour se balader.

J’ai testé pour vous… la vie à l’hôtel avec trois enfants

Les enfants et moi, on est devenus potes avec toutes les femmes de ménage. (Et même le mec de la maintenance depuis qu’ils ont détraqué les rideaux et le miroir.) Les femmes de ménage connaissent nos âges et nos habitudes. Elles me regardent d’un œil étonné faire nos lessives et mitonner nos petits plats. Elles me demandent parfois comment je fais, avec trois enfants, pour ne pas en oublier un ici ou là. Dans le pays de l’enfant unique –bien que la politique ait été récemment assouplie- les familles nombreuses intriguent toujours.

 

La vie à l’hôtel avec trois enfants, un quotidien en dehors des normes…

Ca fait plus d’un mois qu’on vit à l’hôtel. Il nous reste encore au moins deux semaines à tirer. Au début c’était rigolo, c’était une nouvelle aventure. Après c’est devenu le quotidien, juste, en un peu plus compliqué. La journée il y a l’école, le boulot, les courses et les lessives. Le soir, les devoirs, les bains, l’histoire et au dodo.

Alors bien sûr, on fait un peu tâche, ici. Dans cet hôtel d’une banlieue industrielle de Nanjing, ils sont plus habitués aux ingénieurs en business trip qu’aux familles à enfants multiples. On l’a tout de suite vu le soir où on est arrivés à minuit passé, avec nos treize valises et notre progéniture. Miss-Trois gémissait de fatigue. Le manager nous a accueillis et installés. Il était très avenant. « Et maintenant, si vous voulez bien vous rassembler et sourire, on va faire une petite photo. J’aime beaucoup faire des photos avec les clients qui viennent pour de longs séjours… » Il a bien dû voir que moi je ne souriais pas tellement, parce que finalement il nous a dit d’aller coucher nos enfants. Une sage suggestion.

Mais, quand même, une demi-heure plus tard, alors qu’on venait tout juste d’endormir tout le monde, il est revenu frapper à la porte pour nous offrir un plateau de fruits. « C’est pour vous souhaiter la bienvenue! » Clairement, ce mec n’a pas d’enfants.

 

Où l’on apprend à s’organiser dans des conditions temporaires

En toute objectivité, l’hôtel est très confortable et tout le monde est très gentil avec nous. Mais c’est un hôtel. Pas la maison, quoi. J’ai retrouvé une cuisine de la taille de quand j’étais étudiante. Sauf que maintenant je fais à manger pour cinq. Et en respectant le dogme du « cinq fruits et légumes »… soient vingt-cinq fruits et légumes par jour! Yavait même pas de poubelle dans la kitchenette au début. Même que les femmes de ménage ont un peu paniqué quand elles ont vu mon tas d’épluchures. Alors elles m’ont upgradée illico et donné un sac poubelle en bonus!

J’ai cinq bols, deux saladiers, cinq paires de baguettes, une louche et quelques cuillères pour faire tourner la baraque. Et la dame de la réception a fait une drôle de tête quand je lui ai demandé une casserole, comme indiqué sur le dépliant. Par sagesse, je me cantonne aux plats bouillis, et aux légumes pas trop odorants, vu que je suis la seule cliente à faire sa popote. Parfois en rigolant, j’imagine l’odeur que ça ferait l’étage si je nous cuisinais un bon gros chou-fleur ou un poisson frit! Du coup, les jioazi, les raviolis chinois sont devenus des alliés de choix. Je les achète congelés et les mets à l’honneur sur notre table au moins un soir sur deux!

 

Les succès mitigés de mes premières expéditions « repas »…

Pour pimenter le quotidien, je rapporte parfois des plats de l’extérieur. Mon premier essai a été désastreux. Au sortir de l’école, j’ai traîné trois enfants affamés et fatigués, à la recherche de notre pitance. Je suis arrivée à l’heure du coup de feu. Des clients qui se pressaient pour commander. Plus une table de libre. J’ai dû jouer des coudes pour obtenir quelques bouillons aux nouilles et des pains vapeur à emporter. Au milieu des lamentations de Miss-Trois qui ne souffre ni l’attente, ni les foules. J’ai hérité de deux soupes brûlantes dans des récipients qui ne fermaient pas, dans des sacs plastiques tout mous. La serveuse a fait semblant de ne pas me comprendre quand je lui ai dit que c’était un problème. Trois fois. J’ai eu envie de pleurer alors je suis partie. Quand les garçons m’ont bousculée pour entrer dans la chambre, j’ai renversé la soupe.

Restaurant - Nanjing

Cela dit, les enfants ont adoré le repas. Ils se sont resservis plus qu’à l’habitude. Et il n’en n’est plus assez resté pour Papa-Tout-Terrain, qui a dû finir de se caler avec des pistaches, cadeau de son entreprise pour le Nouvel An Chinois. Une aubaine!

 

Du bon choix horaire…

Forte de cette expérience ratée, j’ai décidé d’organiser les repas dans la journée, à l’heure où les garçons sont en cours. Surfant sur une logistique allégée, me voici à trois heures de l’après-midi devant un restaurant proche de l’école. (Les élèves sont relâchés à trois heures quarante.) « Mais ma petite dame, on ne cuisine pas, à c’heure! Y a pas un client qui veut manger au milieu de l’après-midi! Du coup on n’a pas de cuisinier! » Même réponse dans tous les boui-bouis voisins. Ce soir-là, on a encore mangé des jiaozi.

Restaurant - Nanjing_2

Je n’ai point rendu les armes pour autant. Au troisième jour, j’ai décidé, du coup, de m’approvisionner pendant le créneau de midi. Midi, ça ne tombe pas très bien, c’est l’heure de la sieste de Miss-Trois. Mais c’est aussi l’heure où le reste du monde mange. Je ne pouvais pas me tromper! Il n’y a pas grand-chose d’intéressant du côté de l’hôtel, alors d’un coup de métro, j’ai relié un petit quartier voisin bien plus pittoresque.

 

Le restaurant tant attendu…

Bon, en fait, j’avais pas très bien évalué les distances sur la carte. Il restait encore un bon kilomètre à parcourir à pied. Au milieu d’une immense route d’aspect communiste, déserte de piétons. Le paysage n’était pas très intéressant, alors Miss-Trois a profité du ballottement de mes pas pour piquer un roupillon. Faut dire qu’en plus, elle n’avait pas très bien dormi la nuit précédente. A deux heures et demie du matin, elle s’était rendu compte que son pyjama avait des poches et ça l’avait mise en joie. Elle m’avait parlé de ses poches pendant plus de deux heures. Même qu’elle voulait des pièces pour mettre dans ses poches. Mais moi je ne voulais que dormir.

Bref, au petit matin, les poches, c’est moi qui les avais sous les yeux. Dans la fatigue et l’emballement, du coup, j’avais comme une cruche oublié d’emporter une poussette ou un porte-bébé. Alors Miss-Trois s’était juste mollement endormie en transverse, et moi je n’avais plus qu’à la porter comme un sac de pomme de terre sur mon avenue sans fin. Elle était drôlement lourde, tout de même.

Metro de Nanjing

Notre curieux équipage a finalement atteint un petit restaurant de spécialités de l’ouest de la Chine, à l’heure du déjeuner des usines alentours. Dire que nous ne sommes pas passées inaperçues au milieu de ces ouvriers mastiquant vite et fumant serait un euphémisme. J’étais ravie tout de même. Enfin de vrais plats chinois pour le repas du soir! J’ai commandé généreusement. Des légumes sautés, du tofu épicé, du riz parfumé, et un énorme ragout de poulet traditionnel. Ca nous ferait plusieurs jours. Et puis bon, chargée comme ça, je rentrerais en taxi…

 

Le pays où l’on n’attrape des taxis qu’avec un téléphone…

Sauf qu’à la sortie il n’y avait pas de taxi. Avec mes kilos de poulet et Miss-Trois sur la hanche, j’ai eu beau héler à tout va, personne ne s’est arrêté. Toujours cette histoire d’appli absolument nécessaire pour appeler les chauffeurs. A toute vitesse, j’ai élaboré une stratégie d’urgence en avisant un abribus un peu plus loin sur l’avenue déserte. Coup de bol, l’un des itinéraires reliait bien mon hôtel!

Festin a Emporter - hôtel avec trois enfants

Moi, ma fille et ma volaille, on se retrouve donc a attendre le bus. Longtemps quand même. Arrive un vieux monsieur. Comme il n’y a pas beaucoup de distractions alentour, on en profite pour faire connaissance. Il est retraité. Il s’embêtait alors il est passé dans une bibliothèque pas loin. (Ou peut-il diable y avoir une bibliothèque au milieu de ce nulle part?) Il rentre chez lui dans un quartier que je ne connais pas, mais de toute évidence dans la même direction que moi. Oh! Un bus! Il s’approche, portes grandes ouvertes. Je reprends mon poulet, fouille mes poches pour trouver de l’argent… Pouf, le chauffeur a déjà redémarré, nous laissant en plan, le vieux monsieur et moi. Je le regarde d’un air hébété. « On a mis trop de temps à monter. » Il n’a même pas l’air fâché. Bon.

Puisqu’on est partis pour passer encore un peu de temps ensemble, je lui raconte aussi ma vie. Après de longs instants surgit un autre véhicule à l’horizon. Dans les starting-blocks comme au départ d’un cent mètre, je cours en direction du bus dès qu’il entre dans le champ de l’abribus.

 

Dans le bus…

Mon premier objectif atteint, une nouvelle épreuve m’attend à l’intérieur. Je ne sais pas comment payer. Il y a dix ans à Shanghai, on montait par l’arrière et on donnait l’argent à une petite vieille dame assise à côté de la fenêtre. Maintenant et ici, on monte devant et on met les pièces dans une boite rouillée à proximité du chauffeur. Ou on paye avec l’appli de son portable. La Chine est pleine de paradoxes.

Les passagers commencent à râler. Je fais visiblement perdre du temps. Le vieux monsieur avec moi s’interpose. « Laissez-la s’assoir, elle a un bébé! » Je murmure des remerciements en les bénissant intérieurement. Le chauffeur du bus conduit son bolide. Ca se couche sévère dans les tournants! Une vieille voisine flatte Miss-Trois qui se réfugie direct dans mon giron. J’explique qu’elle est timide et qu’elle se réveille tout juste. « Oh!!! Elle parle chinois! Vous venez du Xinjiang? »

Le Xinjiang est la province musulmane de l’extrême ouest de la Chine. Dans cette région, certaines personnes n’ont pas les yeux bridés et parlent mandarin avec un accent marqué, souvent sans prononcer les tons. Comme moi. (C’est pas pour les copier, c’est que je ne sais pas faire autrement.) Du coup quand on me voit, on me catégorise direct comme « étrangère », puis quand on m’entend, on me re-catégorise parfois comme chinoise du Xinjiang. D’abord, c’est plutôt flatteur, et puis ca en dit long sur la diversité des accents et des dialectes de Chine.

Metro de Nanjing

« Pas du tout, reprend le vieux monsieur, elle est Française et même qu’elle a trois enfants! » Le silence se fait autour de lui, alors qu’il raconte avec force détails, réels et parfois inventés, tout ce qu’il sait de moi.

 

Tout est bien qui finit bien…

Un peu préoccupée, je scrute le paysage par la fenêtre, de peur de manquer l’arrêt de mon hôtel. J’ai d’ailleurs toutes les raisons de m’inquiéter: le bus ne ralentit même pas à proximité des emplacements balisés et poursuit sa course chaotique à une vitesse folle. (Ce n’est peut-être pas si rapide que ça en réalité, mais vu l’état des suspensions du véhicule, le ressenti est démultiplié.) Si je ne saute pas en marche au bon endroit, je vais me retrouver au fond de la campagne chinoise avec mon poulet et Miss-Trois, je serai bien incapable de jamais revenir, et dans plusieurs années, on ne retrouvera que nos os.

« C’est là! », je m’écrie très fort en voyant se découper la silhouette de mon building. Et ça marche! « C’est là! », reprennent en chœur tous les petits vieux du bus qui écoutaient mon histoire. « C’est là! C’est là! Arrêtez-vous! », enjoignent-ils le chauffard, en une joyeuse cacophonie. « Attendez bien qu’elles soient descendues pour redémarrer! » « Il y a un bébé, alors doucement! »

Je me confonds en remerciements. Tous ces vieux messieurs et vieilles dames adorables m’ont vraiment rendu un grand service. Alors que je pose enfin pied à terre, telle Shiva portant un enfant, un repas de huit plats, un sac à dos et un ragout poulet, la petite voix flutée de Miss-Trois se fend le brouhaha: « Xiexie« ! (Ca veut dire merci en chinois, s’il est besoin de traduire.) L’enthousiasme ambiant est à son paroxysme. Ravie de son effet, elle salue de la main son petit monde avec une bienveillance digne d’un monarque, alors que le bus s’efface sur l’horizon.

 

Rester résolument optimiste…

… Et puis bon, tous comptes faits, heureusement qu’on ne la vit pas si mal, la vie à l’hôtel, parce que j’ai failli avoir une attaque quand j’ai visité le chantier de notre appartement, qui doit nous être livré dans deux semaines… Pour l’anecdote, et d’après l’agent immobilier, les travaux de décoration auraient prétendument commencé il y a près d’un mois et demi…

Travaux

Souvenir de Saint Valentin en Chine

L’homme chinois n’est pas très à l’aise aux jeux de la séduction.

Parfois il y travaille. Pour des résultats plus ou moins réussis. Il y a bien longtemps, et par deux fois, deux de mes connaissances, en Chine, ont entrepris de me déclarer leur flamme. Angle d’approche imparable, les deux –en deux occasions distinctes, naturellement- m’ont demandé de les épouser. Comme ça, pouf. De but en blanc. J’ai tout fait pour ne pas les froisser. Il y avait un bel effort. Mais c’était non malgré tout. D’autant que nous ne nous connaissions à peine.

Je ne leur jette pas la pierre. Leur culture, leur histoire et leur société ont été érigées depuis des millénaires sur les mariages de raison. Très souvent des mariages arrangés. Même combat pour l’institution communiste et ses unions administratives, fondées sur la stabilité matérielle.

Etudiante à Shanghai, les mémés de mon quartier avaient un temps entrepris de me marier. Elles m’ont proposé de rencontrer des jeunes gens biens sous tous rapports. Qui avait une voiture. Qui un appartement. Quoi qu’il en soit, c’était un Shanghaien qu’il me fallait. « Si vous prenez un Shanghaien, il vous fera les courses, le ménage et la cuisine. Et il ne dépensera pas un sou de son salaire sans vous demander la permission. » Pas très romantique mais somme toute pratique!

Sur ces bases, il est assez évident que priorité n’est pas exactement donnée à la bagatelle. C’est moins vrai toutefois, pour les jeunes générations, élevées aux soaps coréens dégoulinants d’amour éperdus et d’inclinaisons aussi futiles que passagères.

Et à l’opposé, le Français…

Si le Chinois n’est guère enclin au marivaudage, dans l’imaginaire collectif, le Gaulois est tout le contraire. Prévenant, élégant, plein d’attentions délicates, séduisant, amoureux naturel… Par conséquence directe, mes voisines de Shanghai m’ont toujours envié mon Papa-Tout-Terrain de mari. « Ca se voit tout de suite qu’il est romantiiiiique! », se pâmaient-elles.

« Romantique ». C’est un mot mandarin que j’ai appris lors de mon premier jour de cours à Shanghai. Accolé à « Français », naturellement. Je ne savais pas commander un verre d’eau dans un restaurant, mais je savais dire: « Le Français est romantique. » La prof a dû se dire que je n’avais même pas besoin d’eau fraîche pour vivre et que l’amour me suffirait…

De longue date, le cinéma, les marques de luxe et la littérature ont bien entendu contribué à modeler cette illusion exquise. En plus de petits détails, de ci, de là, qui affermissent les certitudes… « Vous avez vu comme elle est belle, la femme de Sarkozy?… (Nous sommes aux environs de 2010.) Ce n’est pas un dirigeant chinois qui pourrait avoir une épouse aussi belle… Ca, c’est parce que les Français sont si romantiiiiiques… »

Souvenir de Saint Valentin en Chine

Nous voilà donc au 14 février 2013. Soir de la Saint Valentin en Chine. Il est 20h30.

Tout juste rentré du travail, mon délicieux époux sonne à la porte, un gigantesque bouquet de roses rouges dans les bras. Il est beau, Papa-Tout-Terrain. Les yeux de braise. La démarche altière. Il m’embrasse fougueusement et s’engouffre dans l’appartement.

J’ai passe la journée à lui mitonner un repas aux chandelles. Manque de chance, j’ai également quarante de fièvre. Mon amoureux fera le dressage, le service et la dégustation, alors que je me laisse mollement glisser vers le sommeil, la tête sur ses genoux. Ce n’est pas la Saint-Valentin parfaite, mais une Saint-Valentin idéale. Nous sommes ensemble, main dans la main. Et c’est tout ce qui compte. (Si tu me lis, chéri, je t’aime.)

Par notre nounou, j’ai appris le lendemain qu’un drame s’était joué, pendant ce temps-là, de l’autre côté de notre palier.

14 fevrier 2013. 20h32. Porte d’en face. Le mari sonne, les bras ballants. « Et il est où, ton bouquet? » De bouquet il n’y avait point. Mais la Shanghaienne est irascible. (C’est leur réputation partout en Chine.) Point de bouquet? Tu ne rentreras pas!… Tu as vu la taille du bouquet de notre Français de voisin? Un plus petit et tu dormiras dehors, ce soir! Et elle lui a claqué la porte au nez.

Le Chinois n’est pas romantique, mais la Shanghaienne n’a pas dit son dernier mot…

(Ceci est une histoire vraie. Il y a juste un truc bidonné dans mon billet… Qui saura le découvrir?…)

Au revoir Thaïlande… Bonjour la Chine!

On a mis nos quotidiens dans les cartons. Puis les cartons dans le camion. Les déménageurs sont partis, ne nous laissant que des murs vides.

On a dit au revoir aux collègues, à l’école, aux amis. Essuyé quelques larmes en pensant aux beaux moments partagés.

On a rendu les clefs des voitures, les clés de la maison. Plus rien de matériel ne nous retenait en Thaïlande.

J’ai repensé aux jolis petits riens de notre vie d’ici. Ceux que je ne remarquais plus toujours mais qui me manqueraient. Aux fleurs de frangipanier tombées de l’arbre que me rapportait parfois Petit-Deux en rentrant de l’école. J’en étais tout émue à chaque fois. J’aimais l’odeur de ces belles fleurs blanches, que je portais à mon chignon pour le reste de la journée.

Au revoir Thailande - Fleur de frangipanier

J’ai jeté un dernier regard à notre arbre à mayongs. Ces petits fruits acides et âcres de la taille d’une cerise, et dont les enfants raffolaient. J’aimais beaucoup notre arbre, même si les mayongs ne m’ont jamais tellement plu. Trop acides à mon gout. Mais j’adorais voir les petits les grappiller en attendant le bus pour l’école. Souvent ils en mangeaient trop, et ca leur donnait la diarrhée.

Au revoir Thailande - Arbre a mayongs

Puis j’ai jubilé en pensant aux rats qui squattaient notre cuisine, grignotant nos réserves. Aux chauves-souris de notre grenier qui sentaient si mauvais. Puis aux centaines de geckos qui laissaient des crottes partout. Et aux serpents que nous craignions tellement. Ils ne nous manqueraient pas. Je leur ai mentalement dis au revoir avec soulagement.

Au revoir Thailande - Gecko

On n’avait plus que des porte-clefs vides dans les poches et nos treize valises. J’étais morte de trouille. Et si on faisait une bêtise? J’ai eu un peu envie de tout arrêter, de revenir en arrière, en terrain connu. Mais ça n’était plus vraiment le moment.

Nos valises

Quinze heures plus tard, 2,800 kilomètre plus au nord, et par quarante degrés de moins, nous voilà arrivés à la porte de notre nouveau chez-nous, Nanjing.

Deux de nos valises n’ont pas tenu le choc. Nous avons trois heures de retard. Notre poussette a failli finir ses jours dans une gentille famille chinoise un peu tête en l’air. Mais nous y sommes, avec le principal: nous cinq, en bonne santé, pleins d’espoir et de confiance. Avec le superflus aussi: Croque-Carotte, Où est Charlie?, Labyrinthe, Batawaf, un Rubicub, Gorilla, Pirat’Attak, Jungle Speed, l’Ile des Zertes, Petit Ours Brun, La Petite Poule qui voulait voir la Mer, et j’en passe…

Il est plus de minuit quand nous parvenons enfin à mettre les enfants au lit.

Dans une vague d’optimisme, nous avions fixé rendez-vous à l’école, pour le lendemain, à neuf heures.

Bonjour la Chine - Notre premiere vue de Nanjing

Aux premiers rayons du soleil, nous découvrons un Nanjing sous la neige. Mais l’heure tourne. Pas le temps de lambiner. Nous entraînons les enfants à peine éveillés et leurs cinq couches de pulls pour une énergique séance d’essayage d’uniformes.

170208 - La cravate

Au détour des conversations avec les personnels de l’école, nous découvrons que la Chine a beaucoup changé en cinq ans. Les téléphones portables et leurs applications polyvalentes tiennent désormais un rôle primordial dans la gestion des affaires courantes. On nous demande de scanner le QR Code d’un WeChat Account, qui nous tiendra au courant des événements de l’école… « Et pensez bien à vérifier chaque matin le niveau de pollution sur AirQuality China… » Oh, d’ailleurs, j’allais oublier, vendredi prochain, tout le monde doit venir en costume traditionnel chinois… Le plus simple est de les acheter en quelques clics sur TaoBao. Au fait, vous réglez vos uniformes avec WeChat Wallet ou AliPay?

Pris dans ce tourbillon de modernité, nous ajoutons une bonne demi-douzaine d’applications incontournables sur nos téléphones, qu’il nous faudra bientôt apprendre à maîtriser… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Bonjour la Chine - 170208 - Didi che

Loin de cette révolution technologique, dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, les enfants s’initient aux menus plaisir de l’hiver …

170208 - La buee

Quoi qu’il en soit, c’est décidé, avec ou sans applications, nous allons bien nous amuser, en Chine!

Si Satchanalai, Le Royaume de Sukhothai pour nous seuls

Notre traversée de Sukhothai a été brève. Un peu trop à notre goût. Nous aurons malgré tout eu le plaisir de nous imprégner à nouveau de l’atmosphère et des fastes passés de cette capitale, qui rayonna jadis sur toute la région. Quoi qu’il en soit, nous tenons également à revoir Si Satchanalai, deuxième ville du Royaume de Sukhothai, et qui conserve les vestiges de plusieurs sanctuaires bouddhistes dignes d’intérêt. Les sites y sont moins courus, les édifices moins refaits. Ils ont à nos yeux quelque chose d’encore plus magique.

 

Le parc historique de Si Satchanalai

Nous y sommes déjà venus, il y a trois ans. Mais curieusement, nous ne remettons pas du tout les lieux que nous découvrons. Tout est comme neuf. Tout, sauf un petit magasin que nous reconnaissons. Nous y avions acheté un beau vase en poterie, traditionnel de la région, pour mon grand-père, et un autre pour nous.

Nous prenons quelques forces en pique-niquant à proximité d’une petite ruine, avant de démarrer les hostilités. (Pique-niquer dans les ruines, c’est de famille!) Il s’agissait peut-être d’une enceinte sacrée, jadis. Alors, bien sûr, nous resterons à l’extérieur pour nous restaurer, profitant juste de la quiétude des pierres sombres et de la beauté des rayons de soleil qui jouent avec les feuilles. Quel environnement magnifique!

Pique-nique pres d'une ruine de Si Satchanalai

L’entrée de la zone archéologique ne nous rappelle rien non plus. Apres tout, nous ne sommes peut-être jamais venus? Qu’à cela ne tienne, la découverte n’en sera que meilleure!

Le parc historique couvre l’intérieur des murailles de la ville ancienne de Si Satchanalai, qui date de la seconde moitié du XIIIème siècle. Les vestiges s’étendent sur une surface assez vaste. Il est d’usage de les visiter à vélo, ou à bord d’une sorte de vénérable bus-train. Toujours pas de vélo pour nous, alors nous demandons au bus-train de nous conduire directement à l’extrémité opposée du parc.

Notre bus-train

De là, nous prévoyons de faire le retour à pied. Visage éberlué du chauffeur. Mais vous allez revenir comment? Ben en marchant. Il n’y a pas plus de deux kilomètres, tout de même… Regard d’incompréhension mêle de pitié pour les enfants. Il consent finalement à nous abandonner en contrebas du Wat Khao Phanom Phloeng. Non sans jeter quelques regards en arrière, pour s’assurer que nous n’avons pas changé d’avis…

 

Le Bouddha solitaire du Wat Khao Phanom Phloeng

Sur le visage des garçons, on lit également la consternation. Ils ont bien compris qu’il n’y aurait pas à tortiller: on allait marcher!

Wat Khao Phanom Phloeng trône en haut de l’une des deux collines jumelles, à l’extrémité de la zone historique. Le parc n’est déjà globalement pas très fréquenté, mais cet endroit est complètement désert. La grande volée d’escalier pour accéder aux ruines doit décourager la plupart des curieux. Tant pis pour eux. Nous, nous sommes déjà tout excités à la vue du Chedi qui se dessine au sommet. Alors on fait la course dans les escaliers. J’arrive bonne dernière, mais avec l’excuse que je dois trainer dix bons kilos de Miss-Trois sur mon dos, en plus de ma carcasse.

Nos efforts sont bientôt récompensés. Nous découvrons un ravissant sanctuaire du XIIIeme siècle, relativement bien préservé. Une salle de prière aux colonnades élancées, au milieu desquelles trône un énorme Bouddha. Et un Chedi en forme de cloche. Les lumières y sont particulièrement belles, dans la moiteur de la végétation tropicale. L’ombre touffue confère une émouvante douceur à ce Bouddha solitaire, qui veille sur la colline.

Wat Khao Phanom Phloeng

Au loin, on entend des bruits saccadés. Discordants et criards, bestiaux et mécaniques. Qu’est-ce que cela peut bien être? Papa-Tout-Terrain évoque l’idée d’une moissonneuse batteuse. (Ou d’une course de moissonneuses batteuse?) Nous sommes en pleine saison de récolte du riz, et on en voit effectivement plein les champs.

 

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous continuons en direction du Wat Khao Suwankhiri, sur la seconde des collines jumelles. Il faut redescendre, puis remonter. Ca râle un peu dans les rangs. Nous nous arrêtons régulièrement pour boire car il fait vraiment chaud. Et moite. Même les arbres ont l’air torturés. Et ca sent un peu le fauve. Le bruit des moissonneuses batteuses s’est intensifié. Etrange environnement perdu, arrivé tout droit d’un coin de l’Histoire. Si je ne savais pas où nous sommes, je serais presque un peu effrayée…

Oh regarde, c’est mignon… On voit un nid dans l’arbre! Ahhh! (Ca c’est moi, qui fait des Ahhh tout attendris, dès que je vois un bébé animal… Du coup mon état d’esprit change radicalement.) Et la Maman est en train de donner à manger aux oisillons!… Les oisillons sont de belles bêtes d’ailleurs: des grues presque adolescentes. On les montre aux enfants. Tiens, l’arbre voisin abrite également un nid, remarque Petit-Un. Non pas un, en réalité, mais deux, mais trois, mais mille. La forêt est le quartier général de millions de grues blanches! Et ce sont elles, les responsables de ce tapage que nous ne parvenions pas à identifier! Et de l’odeur fétide!

Les grues blanches de Si Satchanalai

Nous apprendrons a posteriori que ce coin est justement fort connu pour sa population aviaire par les Thaïs… ces derniers, d’ailleurs, ne se déplaçant sur le site qu’équipés de parapluies, par mesure de protection contre les fientes!

 

La richesse des décors de Wat Khao Suwankhiri

Nous atteignons enfin le Wat Khao Suwankhiri. Curieusement, les oiseaux se désintéressent des parties historiques. Nous sommes à nouveau seuls. Face à une énorme stupa. Et une plus petite pagode, en enfilade. Notre attention est attirée par quelques objets architecturaux remarquablement préservés. Des balustrades élancées. Des portes. Mais surtout des bornes ayant conservé leurs stucs d’origine, aux motifs travaillés et élégants. C’est si rare, sur des édifices datant de la période de Sukhothai! A la finesse de ces éléments secondaires, l’on peut s’imaginer ce que pouvait être la richesse du sanctuaire!

Enceinte de Wat Khao Suwankhiri

Encore plus émouvant, nous découvrons, de part et d’autre d’une encoignure de grès, les restes de deux traditionnels Yakshas, qui gardent les portes des temples. Leurs revêtements de stuc craquèlent et laissent apparaître leurs entrailles de latérite. Ils demeurent seuls aujourd’hui, témoins d’un passé grandiose qui sombre peu à peu dans l’oubli. Mais qu’ils ont dû être beaux, dans leur temps! Quelle finesse et quelle élégance, dans les courbures de leur taille et les décors de leurs parures!

Yaksha de Wat Khao Suwankhiri

Nous nous apprêtons à redescendre quand déboule en courant un étranger en cycliste et tee-shirt moulant. Drôle d’endroit pour un jogging! « Y a quelque chose, ici? » lance-t-il dans un anglais teinté d’un fort accent méditerranéen. Nous sommes au cœur d’un sanctuaire magnifique. Je ne suis pas sûre de bien saisir sa question. Je fais un geste vague de la main. Moue déçue. « Ah… ben y a vraiment rien, alors! C’était pas la peine de venir jusque là! » Et il tourne les talons et repart comme il était venu. Nous restons plantés là, médusés. Mais comme nous sommes très polis, nous attendons qu’il disparaisse pour éclater de rire. On pense qu’il a été déçu de ne pas trouver de statue de Bouddha. C’est dommage qu’il n’ait pas regardé le reste…

Porte et Yakshas de Wat Khao Suwankhiri

 

L’imposant Wat Chang Lom

Le retour est plus laborieux. Il n’y a qu’un seul chemin, et l’on doit redescendre à nouveau pour remonter sur la première colline, avant de rejoindre le reste des vestiges. Les enfants fatiguent. Petit-Deux insiste: « On va tous se donner la main! Ca m’encouragera! » Sauf que les ruines datent d’une époque où les gens n’étaient pas bien gros, et ne marchaient sûrement pas à cinq de front. Alors ce n’est pas commode.

Petit-Un se prend les pieds dans une racine mal placée et s’entaille la main. Au milieu des crottes d’oiseaux. Les enfants jetteraient bien l’éponge mais les grands pas du tout! Il reste trois magnifiques sanctuaires à traverser. Les « Trois Gros » que viennent habituellement voir les touristes de passage. Et de toute façon, comme on a renvoyé le bus-train, il faut bien revenir au point de départ…

Arrivee sur Wat Chang Lom

Nous nous rapprochons de la masse sombre du Wat Chang Lom. Il s’agit d’un imposant Chedi du XIVème siècle, soutenu au niveau du socle par des dizaines de caryatides d’éléphants. (De façon peu originale, « Chang » signifie « éléphant » en thaï… « Chang » est d’ailleurs également le nom d’une marque de bière, bien connue localement, et qui arbore deux éléphants sur l’étiquette.)

 

Toujours se méfier de potentiels francophones…

Papa-Tout-Terrain et les deux garçons caracolent en tête. Miss-Trois s’est endormie sur mon dos et je goûte au plaisir de découvrir le sanctuaire désert, en silence.

J’entends soudain s’approcher derrière moi un groupe de touristes. « Oh! » Je reconnais l’intonation française. « Ca alors!« … Malgre moi, je tends l’oreille. « Je n’aurais jamais cru que la route était aussi proche! » Sur ces sages parole, et sans s’être plus approchés du Wat Chang Lom, ils s’en retournent vers leur bus-train. Mon premier instinct a été de les condamner. A la réflexion, je dois leur concéder que tout le monde dit un jour ou l’autre des trucs bêtes, surtout lorsqu’on se croit seul à parler français… Toujours se méfier de potentiels francophones

 

Le temple bouddhiste, un espace de vie…

Je me concentre à nouveau sur le Wat Chang Lom. L’aspect massif et monumental du sanctuaire est renforcé par les majestueux animaux de sa base. Je note avec amusement que les éléphants sont bâtis de brique, et creux à l’intérieur. Ces caryatides n’ont donc clairement qu’un rôle décoratif.

Wat Chang Lom

Arrivée au pied du Chedi, j’escalade les grands escaliers de latérite pour atteindre la partie la plus sacrée de l’édifice: une promenade circulaire longeant une succession de niches qui abritent des figures de Bouddha assis. Toutes similaires. Toutes semblent d’ailleurs également sacrées, au vues des bâtons d’encens qui y brûlent et des offrandes disposées devant les divinités.

La promenade circulaire du Wat Chang Lom est clairement également devenue un lieu de repos et de flânerie. Un moine orangé et sa famille se sont installés à l’ombre du Chedi et papotent gaiement. Très légèrement, d’ailleurs puisque le religieux est tranquillement en train de fumer sa clope… Ce ne doit pas vraiment être autorisé dans la vie monastique, vu qu’il la dissimule vivement sur mon passage.

Moine a Wat Chang Lom

Dans nos religions monothéistes occidentales modernes, il me semble qu’il existe une dichotomie très nette entre zones religieuses et zones de vie. Je ne me vois pas faire la causette dans une église ou un monastère. Chez les bouddhistes en revanche, en dehors de zones très sacrées uniquement dédiées à la prière, les temples sont souvent le cadre d’activités quotidiennes légères ou joyeuses. Peut-être à tort, j’imagine comme tel, les périmètres de nos églises, au Moyen-Age.

 

Quand les enfants fatiguent…

Les enfants, clairement, ont atteint leurs limites. Les garçons ont refusé d’escalader le Wat Chang Lom. Ils jouent avec de petits cailloux, au pied du Chedi. Nous traversons rapidement les Wat Chedi Chet Thaew et Wat Nang Phraya, qui nous ramènent à la voiture. Beaucoup de murs ont disparu. Il est difficile de juger de l’architecture et du plan de ces temples. On distingue néanmoins du grand Chedi, un gopura, ainsi que de nombreux autels périphériques abritant des figures sacrées. L’atmosphère est paisible et agréable, dans une herbe verte et fraîche.

Wat Chedi Chet Thaew

J’ai malgré tout peu de temps pour en profiter à loisir. Petit-Deux a embourbé ses sandales dans un coin de pelouse marécageux, souvenir d’inondations récentes. Lui qui déteste avoir les pieds sales… J’éponge à la feuille d’arbre et à l’herbe. C’est sec mais toujours sale. Gros sanglots. Soupir. Je dégaine mes lingettes et remets les souliers à neuf. C’est mieux mais cela n’interrompt pas les gémissements de l’intéressé. « Et mes pieds, tu as vu mes pieds?… » Re-soupir. Nouvelle lingette. Je fais les pieds, en prenant grand soin de passer entre chaque orteil. (Je la mérite, mon auréole!) C’est bon! Cette fois-ci, ça ira, même si le pauvre semble vraiment fatigué. Il est vrai que nos balades s’enchaînent à un rythme très soutenu.

Le souvenir de l’on garde d’un lieu ou l’autre est toujours très lié aux circonstances dans lesquelles on l’a traversé. La seconde partie du parc historique de Si Satchanalai m’a naturellement moins touchée, moins émue. Je crois qu’il nous faudra y retourner, un jour, pour que je puisse mieux en profiter…

 

Découverte d’un mur extraordinaire…

Nous touchons enfin presque au but. Je vois déjà le grand portail de pierre qui nous mènera au parking. J’encourage Petit-Deux de la voix. Il bande ses forces pour la dernière ligne droite. Un peu à l’écart, Papa-Tout-Terrain avise un pan de mur protégé par un toit en plastique. Je n’ai plus le courage. D’ailleurs, a-t-on idée de faire des toits aussi moches?… Papa-Tout-Terrain fait le crochet. J’entends sa voix excitée m’appeler. « Faut vraiment que tu viennes voir ca! » Devant l’urgence, je laisse tomber Petit-Deux-Aux-Pieds-Sales et fonce le rejoindre.

Découverte d'un mur extraordinaire a Si Satchanalai

Le mur est décoré de stucs magnifiques. Dans le même style que ceux que nous avions observés sur les bornes du Wat Khao Suwankhiri, mais qui cette fois couvrent un pan de mur entier! Les volutes florales ont des motifs foisonnant incroyables. Et, en certains endroits, subsistent même des touches de peinture, vives et colorées, témoins du faste et des richesses passées de ces lieux de culte vieux de cinq cent ans. De l’architecture de Sukhothai, nous n’avions jusqu’alors vu que des murs nus et dépouillés. C’est une formidable surprise et une belle découverte, qui égaient nos représentations mentales de l’époque d’une toute nouvelle dimension, plein de magnificence et d’éclat! Je ne regrette pas le détour!

 

Les ruines perdues: objet favori de nos explorations!

Retour à la voiture. Chacun a faim et soif. Bataille autour de Bertha pour savoir qui pourra boire en premier. « Oh, pouf, le bouchon est tombé! » s’exclame Petit-Un. « Pouf » répète Miss-Trois ravie. Il a roulé sous la voiture… « Ah, t’as réussi à le récupérer? Bravo! » Miss-Trois bat des mains. Ce bébé sous-titre l’ensemble de nos conversations en onomatopées et dans sa propre langue des signes. Je trouve ça adorable, en toute objectivité, bien sur!

Les enfants sont si épuisés qu’ils ne tardent pas à s’endormir, tels un seul homme. Avec Papa-Tout-Terrain, nous profitons de ces rares instants de calme pour tourner un peu autour de Si Satchanalai. Révélation! Nous reconnaissons enfin les lieux! Mais bon sang oui! C’est bien des temples que nous avions découverts, trois ans auparavant. Il s’avère que la zone, d’une grande richesse archéologique ne comporte pas un, mais trois parcs historiques. En deux passages dans la région, nous les avons tous visités, et nous garderons de très bons souvenirs de chacun d’entre eux.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Plus encore, la zone fourmille de vestiges variés, perdus dans de petits coins de campagne, où la nature reprend peu à peu ses droits. Nous nous souvenons bien de l’endroit maintenant! C’est notre péché mignon et les enfants dorment, alors nous tournons encore près de deux heures dans les sentiers et les chemins, à la recherches de ruines perdues, jusqu’aux derniers rayons du soleil.

Nos explorations de ces ruines dissimulées aux regards de tous, tapies depuis des siècles au creux d’une nature touffue et immobile, resteront parmi les plus beaux souvenirs de nos voyages à la découverte de la Thaïlande historique.

Temple perdu autour de Si Satchanalai

Ces merveilleuses vacances de Noël…

Les merveilleuses vacances de Noël ont toujours pour nous la saveur particulière des retrouvailles en famille, avec ceux qui nous manquent tout le reste de l’année. Ceux qu’on aimerait serrer plus souvent dans nos bras. Alors, on fait de ces congés fugaces des moments intenses de bonheur, que l’on chérira jusqu’à l’été suivant.

… Petit résumé en image de ces moments forts, en famille et en France…

D’abord, comme à chaque fois, on a commencé par les recommandations d’usage aux enfants:

Kakashke - merveilleuses vacances de Noël

… et ça a plutôt bien marché!

L'enfant mignon - merveilleuses vacances de Noël

Sur ces bonnes bases, nous avons partagé de délicieux moments en famille… On a fait de la cuisine, parlé de la naissance de Jésus et d’écologie…

Le pain d'epices - merveilleuses vacances de Noël

(Bon, certains concepts restent à approfondir et à réviser…)

On a regardé tous ensemble les photos de notre mariage…

Photos de mariage - merveilleuses vacances de Noël

… et on a surtout profité des mille petits riens qui rendent inoubliable la douceur de ces moments en famille…

Petits riens en famille - merveilleuses vacances de Noël

Comme toutes les familles qui vivent à l’étranger, rentrer en France c’est aussi avoir la faiblesse de se laisser aller à un shopping nostalgique et parfois un peu compulsif. Les réminiscences des odeurs, des couleurs, des marques de notre jeunesse sont souvent irrésistibles… Heureusement que pas mal de commerçants nous ont bien aidés à rester raisonnables…

6 - Les petits commerces - merveilleuses vacances de Noël

Dans les supermarchés, c’est pire encore. Alors qu’en Thaïlande nous ne pouvons jamais comprendre les messages attrayant des emballages, en France, nous apprécions enfin à leur vraie valeur les efforts des services marketing. De rayon en rayon, je passe de longs moments à m’extasier devant les produits révolutionnaires de l’ère postindustrielle…

6 - Les serviettes hygieniques - merveilleuses vacances de Noël

Comme toujours, pendant les vacances, on a aussi eu de petits tracas…

7 - La barbe a papa - merveilleuses vacances de Noël

… Cette fois ci, malheureusement, nous avons eu, aussi, un plus gros souci.

8a- La brulure - merveilleuses vacances de Noël

et ce n’est pas tout…

8b - La morsure - merveilleuses vacances de Noël

Miss-Trois a été bien dorlotée, a sagement gardé un gros pansement pendant près de trois semaines, et va très bien maintenant! Merci du fond du cœur a tous ceux qui l’ont si bien soignée!

Les petits ennuis ont continué sur le chemin de la maison, d’abord à la douane…

9 - Le passeport - merveilleuses vacances de Noël

Puis encore…

10 - Bertha - merveilleuses vacances de Noël

(Pour ceux qui n’ont pas suivi, Bertha est la gourde familiale. L’histoire est ici.)

Et puis encore, quelque part au dessus du Kazakhstan…

11 - Le pansement - merveilleuses vacances de Noël

Arrivés à Bangkok, on s’est finalement rendu compte que le passeport de Papa-Tout-Terrain ne tenait plus qu’à un fil. Par miracle, il a réussi à rentrer sur le territoire thaï.

Toutes les démarches administrative pour notre installation en Chine ont en revanche dû être suspendues, en l’attente d’un passeport neuf. Ca ne nous arrange pas tellement, dans une période pleine d’incertitudes. Du coup, à deux semaines de la date théorique du déménagement, nous ne savons pas du tout si nous pourrons partir dans les temps. Ou pas.

Heureusement, ces dernières semaines, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer non plus. Nous avons trié, rangé et classé le jour… et tenu la jambe à Miss-Trois la nuit. Il lui aura fallu douze jours pour se remettre du décalage horaire… Un record!

12 - Le decalage horaire - merveilleuses vacances de Noël

Quant aux garçons, ils sont revenus gâtés comme tout et ravis, mais avec une question existentielle…

13 - Les jouets par milliers - merveilleuses vacances de Noël

Merci à tous ceux avec qui nous avons passé de merveilleuses vacances de Noël!

Splendeurs de Sukhothai

Je l’ai annoncé dans mon dernier billet: nous déménagerons bientôt en Chine. D’ici là, j’ai encore plusieurs belles balades à partager ici. Je me hâte donc de boucler notre long week-end de découverte de la Thaïlande à travers les siècles.

Ancienne capitale siamoise aux XIII et XIVème siècles, Sukhothai est bien connue en Thaïlande pour la profusion et l’éclat de ses vestiges historiques. Sans surprise, il s’agit principalement de temples, ainsi que de quelques palais. Car les constructions du commun des mortels étaient alors en bois: il n’en reste bien sûr rien aujourd’hui.

 

Richesses, vestiges et parc historique de Sukhothai

La région regorge de ruines. Et le terme est presque faible. On ne peut pas faire cent mètres sans tomber sur un nouveau vestige. Cette profusion est étonnante, émouvante, et follement excitante, pour nous qui adorons ça!

Les richesses majeures de Sukhothai sont partagées entre trois parcs historiques payants. L’un au centre de la ville ancienne, l’autre au nord et le troisième à l’ouest. Entre les sites, des centaines de vestiges demeurent en accès libre.

Les restes des temples les plus importants sont dans le parc central. L’endroit est impressionnant. Par l’abondance de ses édifices, sa statuaire élégante et ses nombreuses restaurations, qui lui confèrent un aspect plus complet. Mais je lui trouve des airs de jardins anglais. La pelouse y est trop bien taillée. Bordée par des massifs de fleurs trop carres. Pas un arbre ne dépasse et tous les visiteurs reviennent avec la même photo des ruines se mirant sur un lac de nénuphars. C’est beau. Très beau. Incontournable pour une première visite. Mais un peu trop policé, trop refait (ou surfait?) à notre goût.

Nous l’avions déjà vu il y a trois ans. Cette fois-ci, nous nous payerons donc le luxe de dédaigner ce magnifique incontournable pour partir à la découverte de lieux plus retirés.

Merveilleux temples caches autour de Sukhothai

Sur la route, les enfants papotent gaiement dans le fond de la voiture quand j’entends une exclamation radieuse de Petit-Deux: « Maman, Maman, Miss-Trois a dit un nouveau mot! » Oh! Et qu’est-ce que c’est? « C’est Yerp! Elle sait dire Yerp! Elle connait trois mots maintenant: Papa, Maman, et Yerp! » Ah…! Et ça veut dire quoi, Yerp? « Ben Yerp, quoi! » J’adore l’enthousiasme communicatif de notre cadet!

 

Découvertes au gré des chemins

Au détour d’un lacet de la route, nous tombons sur les silhouettes connues de quelques temples dissimulés dans la verdure. Malgré le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière visite, nous retrouvons ces endroits comme s’il s’agissait de vieux amis quittés hier. Avec un plaisir indescriptible. Ils sont partout, tapis dans la verdure. Certains sont encore en activité, d’autres tombent peu à peu dans l’oubli. Beaucoup ont les murs noircis, brûlés par des feux de broussailles durant la saison sèche. Nous sommes terriblement excités. Seuls, explorant une civilisation disparue. Nous ressentons toujours cette magie de la découverte avec beaucoup de force, dans la région de Sukhothai.

La zone se visite souvent à vélo. Cette solution est facile et flexible pour explorer un plus large panel de vestiges de façon indépendante. Et sans pour autant s’épuiser, car les lieux ne sont pas très distants les uns des autres. Mais nos enfants sont trop petits: nous nous cantonnerons à la voiture.

Il est tôt. La campagne est encore fraîche. Et humide de l’averse matinale. Nous sommes seuls sur les chemins et les routes, au milieu des ruines. Nous nous extasions devant les restes d’un sanctuaire, au milieu d’une rizière d’un vert tendre. Quelques centaines de mètres plus loin, une enfilade de colonnes de pierres sombres s’enfonce sous l’ombre épaisse de quelques arbres tropicaux.

Sukhothai - Temple au milieu des rizieres

La seule limite à cette profusion, c’est le manque de cadrage historique. Les panneaux informatifs sont rares. Quand on en trouve, ils ne comportent généralement pas de datation et se bornent à décrire les édifices. Ce serait sûrement un travail titanesque que de tout étiqueter. Il y en a tant. Au fil de nos lectures et de nos expériences, nous nous laissons parfois aller à des interprétations ou des suppositions… mais quid de la véracité de nos hypothèses?

 

Le parc historique de l’ouest de Sukhothai

Oh, regarde, là-haut! Au sommet de la forêt! Tu vois cette tête de Bouddha qui dépasse? On fonce. On se dirige a vue, les yeux fixés sur la tête qui apparaît et disparaît au gré des cahots du terrain. Nous voici à l’entrée du parc historique de l’ouest de Sukhothai.

La route est bordée d’une densité impressionnante d’édifices antiques. Tous ont été restaurés et leurs plans au sol sont clairement identifiables. Mais il en reste surtout des fondations. Nous ne repérerons ni statues, ni bas reliefs, ni colonnades. Nous atteignons enfin le pied de la colline où a été érigé l’impressionnant Bouddha, au cœur d’un petit sanctuaire dont il ne reste que quelques murs. C’est parti les enfants!

Wat Saphan Hin

Catastrophe. Au moment de s’habiller, Petit-Un a mis les chaussettes de Petit-Deux et réciproquement! On déchausse tout le monde et on remonte le tout à l’inverse. « Bah, maintenant mes chaussettes sentent comme mon frère. Et mes pieds aussi. Je n’utiliserai plus jamais mes pieds pour marcher!… » Mouais, mais en attendant tu vas grimper cette colline fissa, avec ou sans tes pieds. Heureusement, on est vite tombés sur des fourmis processionnaires qui processionnaient sur le chemin presque jusqu’au Bouddha. Les insectes sont devenus le centre d’intérêt principal et on a oublié cette histoire de pieds.

 

Wat Saphan Hin

En haut de la butte, nous atteignons le Wat Saphan Hin, un sanctuaire du XIIIème siècle, remarquable par son bouddha de douze mètres de haut. La main levée, la paume en direction de la vallée, il semble veiller sur Sukhothai. (Contrairement à ce que disent les guides en revanche, on ne voit rien de Sukhothai, de là-haut: nous ne ferons que deviner l’emplacement de la ville.) Il est dans la position classique du Bouddha « chassant la peur ». Et effectivement, son visage et ses traits respirent la sérénité.

Wat Saphan Hin

La statue a été rénovée récemment. Grattée de ses crépis branlants, refaite, repeinte. Bouddha a même retrouvé ses jambes, perdues avec le temps. Cela nous étonne toujours de voir ces trésors historiques totalement reconstruits par la main d’artisans contemporains. D’un autre côté, les matériaux originaux, la brique et le stuc, étaient si fragiles qu’ils ont fini rongés par le temps, dans un état de délabrement avancé… Ce Bouddha tout neuf permet de conserver la magie du lieu, et de prolonger les cultes ancestraux, entre ces murs huit fois centenaires.

Le site est magnifique de calme et de quiétude. D’autant plus, je crois, car nous avons eu la chance d’y passer tôt le matin, juste après une averse. Personne d’autre n’avait alors eu le courage de s’aventurer jusque là.

Wat Saphan Hin

Nous avons aimé Wat Saphan Hin. Son calme, sa fraîcheur, la sérénité de son Bouddha. Ce petit temple en revanche n’est en rien comparable avec les extraordinaires (et un peu surfaits-je me répète) vestiges des Wat Mahatat ou Wat Si Sawai du parc historique central. Si l’on a peu de temps pour visiter Sukhothai, à mon sens, c’est d’abord vers ces monuments les plus connus qu’il faudrait se diriger.

 

Un travail exceptionnel de preservation

Nous tournons encore un peu. D’abord autour des quelques vestiges majeurs que l’on peut voir depuis la route. Et puis, surtout, à l’aveugle, en découvrant les ruines au fil de nos intuitions. Le moindre chemin nous apporte son lot de surprises. La gracieuse silhouette d’une divinité. Une enfilade de colonnades qui se mire dans un lac. Un beau stupa de briques rouges qui se dresse vers le ciel.

Même les vestiges en accès libre sont bien entretenus. Ils sont en particulier très régulièrement débarrassés de la végétation qui pousse entre les dalles et qui endommage les pierres et les murs. (Et bon sang, qu’est ce qu’elle pousse vite, la végétation tropicale!) Aux vues du nombre de ruines dans la région, il s’agit clairement d’un effort important de la part des pouvoirs publics pour préserver le patrimoine thaïlandais. Une chance pour les visiteurs d’aujourd’hui et de demain!

Wat Saphan Hin

 

En route pour Si Satchanalai

Il est hélas déjà temps de quitter la ville de Sukhothai, car nous souhaitons passer l’après-midi à Si Satchanalai, une soixantaine de kilomètres plus au nord. Si Satchanalai est une ancienne ville vassale de la capitale, également riche de temples et de vestiges de la même époque, mais bien plus a l’écart des gros flux touristiques. La visite de sites plus confidentiels nous semble toujours propice à la rêverie sur ces cailloux romantiques. Pour le plaisir de s’imaginer ensemble le flamboyant de ces civilisations disparues. En fait, nous ne visitons jamais comme des historiens. Plutôt comme des rêveurs.

Wat Saphan Hin

Il faut que les enfants soient en forme pour la suite des réjouissantes. « Allez c’est fini, c’est l’heure de la sieste, on dort maintenant! » Un adorable petit « Rrrrrrrr » ronflant me répond du fond de la voiture. C’est Miss-Trois qui fait signe qu’elle a bien compris la directive. Son œil rieur précise d’ailleurs qu’elle n’a pas la moindre intention de s’y conformer. Je ne m’inquiète cependant pas outre mesure… Quelques tours de roue plus tard, le bercement de la voiture aura eu raison de ses ambitions malicieuses…

 

Nous partons en Chine

C’est arrivé brusquement. Ca n’était pas prévu. Une sorte de coup de tête, quelque part. Nous partons en Chine.

« On m’a proposé un poste en Chine. J’ai dit non, bien sûr… » Ca c’est ce que m’a dit Papa-Tout-Terrain, un jour, entre la poire et le fromage.

« En Chine? Bah t’as dit non? C’est où d’abord? » Ca c’était ma réponse à un cheveu près.

C’était en Chine à Nanjing. Nanjing? Hum, Nanjing c’est pas si mal… Il y a quoi comme écoles là-bas d’ailleurs? Ah… ça a l’air plutôt sympa comme environnement pour les familles… Et t’as vu, ils ont même un métro! C’est Petit-Deux qui va être content!

Chacun sur nos téléphones, on a googlé tout ce qui nous passait par la tête pendant une vingtaine de minutes. Des recherches ponctuées d’exclamations variées. T’imagines, on va pouvoir re-manger du malatang! (C’est une sorte de soupe chinoise très épicée.) Oh! Et y a plein de parcs! Tu crois qu’ils dansent toujours, dans les parcs, en Chine?

Ensuite on a passé la moitie de la nuit à refaire notre vie, puis a refaire le monde tant qu’on y est. Le lendemain matin, nous étions déjà ré-installés en Chine, dans nos cœurs.

 

Vers de nouvelles aventures…

Pourquoi partir? Par goût de la découverte, je crois. Pour la nouvelle petite vieille assise au coin de la rue, le nouveau livreur de bidons d’eau, le marché où nous irons acheter nos œufs. Et nos week-ends, bien sûr! Partir à l’aventure sans savoir ce qu’on va rencontrer. L’inattendu et les belles découvertes.

Parce qu’aussi, le linéaire et la routine, ce n’est pas vraiment nous. Tout est trop bien organisé aujourd’hui. Ils nous manquent les chaos du début, les défis du quotidien, de quand on s’installe en terre inconnue et qu’on doit partir chasser le tigre pour nourrir sa famille. Parce qu’on a un peu fait le tour de notre région de Thaïlande, aujourd’hui. Et même si l’on s’y sent bien, il est temps de partir découvrir autre chose.

 

Alors voilà. Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés.

Et si ça ne se passait pas bien? Notre arrivée en Thaïlande a été très dure. Pendant près d’un an, nous avons discuté d’en partir, presque quotidiennement. Petit-Un a beaucoup souffert de changements qu’il n’a ni compris ni acceptés. L’intégration a été difficile, sans cadres et sans filets. Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir y trouver du travail.

Mais voila, c’est trop tard. On a déjà dit oui et on ne peut plus revenir en arrière. Et en face, une grande montagne de tout ce qu’il reste à organiser. Car nous partons en Chine dans deux mois et demi.

 

Et les enfants dans tout ça?

Entre une après-midi de doutes et une soirée d’angoisse, on a pris le taureau par les cornes et on a tout expliqué aux enfants. Ils ont eu l’air plutôt content.

Annonce du depart

Clairement, les enfants ne mesurent pas les implications réelles de ce changement. (Les bienheureux!) Alors nous essayons de les accompagner au maximum dans la compréhension du processus…

En parlant du demenagement

Autant que possible, nous impliquons aussi les garçons dans ce que sera notre vie à Nanjing. Et en particulier leur école. Nous avons passé de longs moments sur son site internet. Tout le monde semble ravis même si de toute évidence, nos préoccupations divergent quelque peu…

Decouverte de la nouvelle ecole

 

Souvenirs et retrouvailles…

Petit-Un avait seulement deux ans lorsque nous avons quitté Shanghai. Et Petit-Deux quatre mois. Alors, pour raviver la flamme, je me suis replongée dans les photos de Chine et du déménagement. On a expliqué les cartons, le container. J’ai retrouvé les premières photos de Thaïlande, la vie à l’hôtel, puis dans une maison sans meubles. J’ai retrouvé, aussi, tout le mal-être de ces moments. Etre seule tout le temps, avec deux tout-petits, des journées qui s’étirent, et des listes incommensurables de formalités. Et si c’était une mauvaise idée, finalement?…

Heureusement, les enfants, ça les a bougrement excités, les photos! Ils se sont retrouvés des souvenirs qu’ils n’avaient jamais eus, et des copains à la vie à la mort. Maintenant, il veulent à tout prix que je leur retrouve le petit Ben, le garçonnet tout flou en haut a droite d’une photo de la fête d’anniversaire des deux-ans de Petit-Un. Ca va être commode cette histoire. Quant à Petit-Deux, il se souvient très bien du pyjama de sa naissance, qu’il aime beaucoup et qu’il espère pouvoir remettre à Nanjing.

Qu’importe, après-tout. L’essentiel est qu’ils sont aussi excités que nous. Depuis l’annonce du départ, les deux garçons ne se sont jamais sentis aussi Chinois et c’est tant mieux. Qu’ils rêvent leur Chine, avant de la découvrir à nouveau. Nous serons bien assez tôt confrontés aux contraintes de la réalité.

Les enfants me rassurent dans mes doutes, parfois, aussi. Dans leur enthousiasme, ils ont mémorisé plus de mandarin en trois semaines que de thaï en cinq ans. Et Petit-Un a même appris à chanter « Joyeux anniversaire » en chinois! J’espère tellement qu’ils aimeront le pays autant que moi, autant que nous.

Parler chinois

(Petit-Un a également l’intention de s’installer en Corée, quand il aura dix-huit ans. Ou en France, pour y devenir pêcheur.)

 

Le coup des photos

Autre volet moins exaltant, nous avons déjà dû entamer la guerre administrative de l’immigration. C’est très long. Il faut des tas de papiers. Papa-Tout-Terrain déploie une énergie extraordinaire pour tout nous rassembler.

J’ai dû aller faire des photos d’identité in extremis, pour les enfants et pour moi. J’ai cueilli les deux grands au tennis, rouge et brillants de sueur, avant de foncer chez notre photographe, qui était justement fermé, pour une durée indéterminée. Par chance, Petit-Un nous a dégotté un autre endroit. (Miraculeux, le gamin!)

A l’intérieur, ça sentait le chat, et il faisait intolérablement chaud et humide. (Le miracle a ses limites.) On devait faire une tête neutre pour la photo. Petit-Deux ne sait pas ne pas sourire. Au mieux il faisait un adorable cul de poule avec sa bouche. On s’y est repris à vingt fois. Petit-Un ne sait pas tenir sa tête droite et regarder l’appareil photo. On s’y est repris à vingt fois. Quand est venu mon tour, Miss-Trois s’est aplati sur le pied d’un projecteur. Je suis partie dans un rire nerveux et incommensurable. Je pleurais de rire. Littéralement. On s’y est repris à vingt fois. Mais on a eu Miss-Trois du premier coup.

Il a fallu ensuite photoshopper tout le monde en arrière-boutique. Trente minutes plus tard, toujours aucun signe de vie de la vendeuse. Pas un client non plus. J’appelle. Pas de réponse. Je pénètre dans l’arrière du magasin. Personne. Enfin un chat. J’ai flippé un peu avant de retrouver la dame assise par terre dans un coin sombre. Quelle idée d’installer ainsi son ordinateur!

Près d’une heure et demie plus tard, on a finalement récupéré les photos. J’ai une tête sinistre. Et Miss-Trois tire la langue.

Photos d'identite - MTT

 

Le coup des empreintes

Et ce matin à six heures, nous avons cérémonieusement fait apposer les empreintes digitales des enfants sur les demandes de visa. Préparées jusque tard dans la nuit par l’increvable et incroyable Monsieur Tout-Terrain.

Au reveil, Petit-Un a sauté du lit quand je lui ai dit de se dépêcher, qu’on allait lui colorer les doigts en bleu. Ca l’a intrigué.

La tête pleine de sommeil, on a fait les tests d’empreintes sur la table du petit déjeuner. A la peinture. On a longtemps réfléchi à la couleur en considérant les pastilles variées. On a opté pour le sobre: du noir. Mais ça faisait des paquets: on n’arrivait pas bien à doser l’eau. Alors on a ressorti le kit « tampons pour les bébés », sans parabène, sans BPA, et qui part à l’eau. Mais a vouloir faire de l’encre sans encre, ça donnait une surface grumeleuse pas très administrative. Sous la cinquième strate de mon matériel de bricolage, j’ai finalement retrouvé une encre bleue ordinaire, qui avait un peu séché mais pas trop.

C’est Petit-Deux qui a fait tous les tests. Il a été bien sympa parce qu’on lui a demandé de se laver les mains au moins dix fois, rapports à nos errements artistiques! Miss-Trois, elle, m’a fait une tête bizarre quand elle s’est vue avec les doigts bleus.

Un quart d’heure plus tard, le bleu avait tourné au violet sur la feuille. C’est peut-être parce qu’il était vieux? En tout cas, c’était encore plus joli. A six heures cinquante cinq, Papa-Tout-Terrain a emporté les précieux documents. Nos premiers visas sont en cours.

 

Alors voilà.

Nous partons en Chine. Nous sommes excités et terrorisés. Heureusement, nous sommes toujours très soudés. Heureusement, j’ai la chance de toujours avoir le soutien inconditionnel de Papa-Tout-Terrain. Alors c’est sûr, il y a des moments où ça va galérer sévère, mais ça va le faire, parce qu’à nous tous, on est drôlement coriaces!

Ca y est! Nous partons en Chine!

 

Beautés confidentielles de Kamphaeng Phet

Il y a trois ans, Kamphaeng Phet nous avait éblouis de ses vestiges médiévaux restés relativement confidentiels, quoique grandioses et majestueux. C’est donc avec enthousiasme que nous avions à nouveau programmé cette destination dans le cadre de notre week-end « Remonter le temps en Thaïlande« .

Le destin a voulu que cette visite tombe le jour de la cérémonie de crémation du feu Roi Bhumibol. Ce jour là, la Thaïlande entière se rassemblerait dans les centaines lieux officiels destinés au recueillement populaire, pour suivre les solennités sur écran géant, prier, et rendre un dernier hommage à Rama IX.

Nous n’aurions pas notre place dans ces rassemblements. Aussi avons-nous décidé de poursuivre nos visées touristiques, avec tout le respect possible pour le deuil de nos amis et nos collègues thaïs. Nous étions habillés en noir. (En sombre pour les enfants qui n’ont pas d’habits noirs.) Discrets et aussi silencieux que possible. (C’est-à-dire objectivement pas tellement silencieux, avec trois enfants en bas âge, même s’ils ont fait de leur mieux.) Et surtout, nous nous sommes tenus à l’écart des cérémoniaux. Il nous a semblé qu’une curiosité trop forte, de la part d’étrangers, aurait été malvenue.

Tout était fermé ce jour là. Même les 7-Eleven, ces petites épiceries de dépannage, ouvertes tous les jours et toutes les nuits de toute l’année. Une marque forte d’attachement à l’héritage du Roi Bhumibol. En cinq ans, nous n’avions jamais vu l’une de ces boutiques fermées!

Le gros des sites touristiques, en revanche, était resté ouvert. C’est une bonne illustration du pragmatisme asiatique, je trouve. Un pays qui vit du tourisme fait en sorte de préserver ses visiteurs des aléas de la vie nationale. C’est respectueux et efficace. Pas comme la Tour Eiffel qui ferme a chaque grève, quoi.

 

Le Parc historique du nord de Kamphaeng Phet

Les vestiges de Kamphaeng Phet sont répartis en deux parcs historiques. L’un se situe au centre-ville. Il consiste en deux temples royaux, qui avoisinaient un palais aujourd’hui disparu. Un kilomètre et demi plus au nord, l’autre parc historique comprend une trentaine de temples tapis dans une vaste forêt. Nous commencerons par celui-ci, dont nous avions donc moins bien pu profiter, trois ans plus tôt.

A l’entrée, un vieux garde nous reçoit avec le sourire. Il est vraiment très prévenant. Peu d’étrangers doivent passer par là, et surtout pas avec tout plein d’enfants (mignons). Il ne parle pas anglais mais nous donne un bon tas de prospectus sur le site –en thaï- pour nous être agréable. Il nous indique le Visitor Center.

Parc Historique de Kamphaeng Phet

Nous hésitons à entrer. A l’intérieur, tous est noir. Devant les gestes encourageants du garde, nous poussons tout de même la porte. Dedans, c’est un véritable congélateur. Deux jeunes gens –congelés donc- sont en train d’y regarder la cérémonie de crémation du Roi, assis par terre, sous un tas de couvertures. Pas plus anglophones mais tout aussi complaisants que notre premier interlocuteur, ils nous redonnent à nouveau un grand tas des mêmes prospectus.

Nous ne voulons pas les déranger. Nous leur faisons signe de retourner à leur télé et parcourons rapidement le petit musée. Trop rapidement hélas, car une vidéo préenregistrée diffuse des sons quelque peu inquiétants. Petit-Deux est mort de trouille et nous supplie de quitter les lieux au plus vite. On lit tout de même quelques intéressants encarts historiques pour replacer le site dans son contexte. Et surtout, on observe avec les enfants un modèle réduit du parc historique. Une bonne entrée en matière pour discuter ensemble des temples et de leur situation.

 

Retrouvailles avec Wat Avas Yai

Le parc est immense. Nous y visiterons sept temples, soient à peine un quart de ceux répertoriés sur la plaquette… Nous ne sommes pas des visiteurs qui visons à la productivité cela dit: ce nombre nous suffira amplement pour bien profiter des lieux avec les enfants. Dans le parc, il faut se déplacer en voiture car les distances sont grandes. Nous ne mettrons pied à terre que pour découvrir les vestiges.

Nous partons sans méthode. Essayant de jeter un coup d’œil aux édifices majeurs tels qu’indiqués sur le guide. Et nous arrêtant au gré de nos goûts, de nos intuitions, de la lumière ou des ombres, plus jolies ici ou là-bas, en fonction du moment.

Il suffit de traverser l’allée pour commencer à baigner dans les richesses siamoises. Wat Avas Yai n’est pas l’édifice le plus grand, ni le mieux conservé, ni le plus remarquable. Mais nous le parcourons avec l’allégresse de ceux qui retrouvent un vieil ami. Nous nous sentons bien et à notre place. C’est bien pour tous ces gros copains de pierre que nous étions venus!

Les garçons, de leur côté, ne tardent pas à découvrir de belles graines rouges et brillantes, qu’ils s’empressent de ramasser pour faire collection. C’est vrai qu’elles sont très belles, ces graines, d’ailleurs! Et pas facile à attraper dans les petits trous de latérite. Cela donne lieu à des stratégies intéressantes pour repérer le bon arbre, et le sol propice au ramassage… Bref, chacun se passionne bientôt pour ses propres activités tandis que Miss-Trois passe gaiement d’un groupe à l’autre, sans vraiment comprendre le sens de l’allégresse ambiante, mais bien décidée néanmoins à y prendre pleinement part.

Kamphaeng Phet - Wat Avas Yai

 

L’élégance sombre de Wat Sing

Un peu plus loin, c’est en silence que nous parcourons le ténébreux sanctuaire de Wat Sing. De sa pierre sombre et de ses lignes pures, il se dégage une grande sérénité, propice au recueillement. J’admire la beauté dépouillée de son bouddha principal. Le stuc d’origine a disparu. De la statue sacrée ne subsiste qu’une silhouette en briques de latérite. Une silhouette d’une élégance incomparable.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Un groupe de moines orangés visite le site en même temps. Leur pèlerinage a bien entendu des visées beaucoup plus religieuses que le nôtre. Ils prient beaucoup et photographient tout autant. Ironie de la société de consommation, ces vieux messieurs sensés vivre dans le dénuement sont équipés des mêmes téléphones portables dernier cri que les nôtres.

Kamphaeng Phet - Wat Sing

Du hall de cérémonie de Wat Sing, il reste quelques colonnades, ainsi qu’un Chedi qui aurait abrité des figures de bouddha, en direction des quatre points cardinaux. Nous découvrons qu’à un siècle de là, ce Chedi était encore recouvert de stucs et de peintures, et que les Bouddhas n’avaient pas encore disparu. Il semble donc que même dans une période très moderne, ces temples vieux de cinq cent ans se soient détériorés rapidement. C’est assez triste pour le patrimoine de la Thaïlande. Qu’en restera-t-il pour nos petits-enfants?

 

Wat Phra Si Iriyabot et son bouddha debout

De l’autre côté de l’allée, on distingue un bouddha, immense, dressé vers le ciel. Je me souviens très bien de cette image qui, il y a trois ans, m’avait coupé le souffle, alors que je l’entrapercevais pour la première fois. C’est le bouddha debout du Wat Phra Si Iriyabot, l’un des édifices les plus grandioses du parc.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Si Iriyabot

Du sanctuaire, il reste les bases d’une immense salle de prière (vihara) orientée à l’ouest, en direction d’un Chedi monumental. De ses vestiges, plutôt. Ce sont eux qui abritent cet incroyable –et unique- bouddha debout. Il y a six siècles, le Chedi encore intact comportait quatre niches énormes, et quatre statues de la divinité, debout, assis, couché, et marchant. Au fond des autres écrins vides, on devine encore le contour de leurs silhouettes, dans les nuances de la pierre et à l’usure de la brique. Images émouvantes des cultes anciens qui s’estompent au fil des jours.

 

La majesté massive de Wat Chang Rob

D’un grand coup de voiture, nous nous dirigeons vers le Wat Chang Rob, tout en ouvrant grand les mirettes pour profiter de toutes les ruines sur la route. Il fait chaud. Moins chaud que la dernière fois, où nous étions venus au moment de Songkran, la période la plus chaude de l’année. Mais très chaud quand même. Bertha passe de mains en mains. (Bertha c’est ma grande gourde vert kaki, acquise depuis que j’ai décidé de réduire nos déchets plastiques. En plus d’être énorme et aux couleurs militaires, elle a vaguement une forme d’obus. D’où le nom que nous lui avons choisi.) Nous veillons à ce que les enfants ne se déshydratent pas.

Wat Chang Rob est érigé sur le même modèle que Wat Phra Si Iriyabot. Un vihara et un immense Chedi, côté ouest. La partie supérieure de l’édifice a été détruite. Mais la base qui subsiste est incroyablement décorée de caryatides en forme d’éléphants, qui émergent de la pierre à mi-corps.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

En certains endroits, sur les grosses pierres de latérites, les stucs sont admirablement conservés. Ils contrastent, par leur finesse, avec l’aspect massif du corps du sanctuaire.

Kamphaeng Phet - Wat Chang Rob

 

Petits temples confidentiels, perdus dans la verdure

Poursuivant nos flâneries dans le parc historique, nos roues nous mènent à l’entrée de temples mineurs, sans doute rarement visités. Il n’y a d’ailleurs que de vagues chemins de terre pour s’y rendre. Nous hésitons à les emprunter, de peur d’y enliser la voiture.

Nous cherchons des indices du regard. A travers un épais feuillage, nous devinons la sculpture épurée d’un bouddha, à la silhouette sereine et empreinte de dignité. Avec Papa-Tout-Terrain, nous avons tous les deux les yeux qui brillent. Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Bien sûr! Nous ne pouvons manquer d’y aller voir! Nous sommes excités comme dans une fête foraine. « Bon, elle va se débrouiller, Titine hein?… Au pire on poussera… » Titine c’est la voiture. (Il semble que nous baptisions volontiers les objets de notre quotidien.) Et Titine s’est est sortie comme un chef!

Kamphaeng Phet - Wat Tao Mor

Nous nous ruons hors de la voiture. Les enfants traînent un peu des pieds. Ils fatiguent. Cri étouffé de Petit-Un: « Oh, il y a encore plus de graines, ici! » Alors que nous allions leur proposer de rester dans le véhicule, les enfants s’égaient en poussant des cris joyeux. Nous les verrons à peine pendant les longs instants qui suivront, et ce sera effectivement leur meilleure récolte du périple!

Kamphaeng Phet - Wat Mha Phi

Wat Tao Mor, Wat Mha Phi, Wat Mondop… Autant de modestes sanctuaires plongés dans la verdure. De petites niches abritant de minuscules silhouettes sacrées. Quelques troncs de bouddhas dans une latérite sombre et rongée par les ans. Les restes de deux bouddhas assis. Le chant des oiseaux. L’odeur et le bruit des feuilles. Notre bonheur pourrait se résumer à un peu de tout cela.

Cela fait déjà trois heures que nous flânons. Les enfants sont encore alertes et joyeux, mais nous savons que nous devons limiter le temps de nos visites.

 

Cérémonies de crémation royale

Nous décidons de terminer notre journée par une traversée plus rapide du second parc historique de Kamphaeng Phet, celui qui se situe au centre-ville. Alors que nous quittons le parc, le garde de l’entrée hésite une seconde et nous fait de grands gestes pour nous arrêter. Il court de direction de la voiture… et nous donne un tas de prospectus du site.

Dans le centre de Kamphaeng Phet, beaucoup de familles thaïes vont et viennent, pour assister aux cérémonies de la crémation royale. Chacun est habillé de noir. Des robes jusqu’aux chevilles, des pantalons et des chemises à manche longues. Tout le monde est sur son trente-et-un, surtout les personnes plus âgées. Beaucoup semblent même sortir de chez le coiffeur, avec des chignons compliqués. A deux pas de là, nous entendons les sons d’un grand rassemblement mémoriel. Partout, les rues sont décorées d’œillets jaunes, à la couleur du feu Roi.

Chiffre du Roi Bhumibol en oeillets jaunes

De ce que nous aurons vu par intermittence à la télévision, les solennités ne ressemblent en rien à un enterrement à l’occidentale. Commencées très tôt le matin, elles dureront jusque tard dans la nuit. En une alternance de prières psalmodiées, de musiques, d’hommages de la part de délégations religieuses, militaires, nationales, régionales, royales, étudiantes… Puis à nouveau des musiques, des danses, des prières.

Avec nos esprits français, je crois que Papa-Tout-Terrain et moi attendions « qu’il se passe quelque chose ». Style la crémation, en tant que telle. Ou un discours. Dans une perspective plus asiatique, il nous a semblé, avec un peu de recul, que ce dernier hommage au Roi Bhumibol était un processus complet, bien plus qu’une cérémonie avec un début et une fin. Nos amis et collègues thaïs, d’ailleurs, se sont rendus aux rassemblements à des heures variées, restant un moment puis repartant, à l’heure où d’autres arrivaient.

 

Les richesses du Wat Phra Kaeo

Le second parc historique est tout aussi désert. Nous retrouvons avec grand plaisir les richesses du sublime Wat Phra Kaeo. Mais il commence à pleuvoir. Et Miss-Trois râle en cherchant le sommeil dans la poussette. Et les garçons montrent de premiers signes de faiblesse. C’est bien normal. Il va nous falloir faire vite… nous nous limiterons à un petit tour de piste, juste pour le plaisir.

Du Wat Phra Kaeo, je garderai surtout deux images extraordinaires. Des éléphants caryatides, à la base d’une stupa plutôt modeste. Si ces statues sont bien moins richement travaillées qu’à Wat Chang Rop, elles sont exactement à hauteur d’homme. La proximité de ces pachydermes vieux de cinq siècles est très émouvante. Ils me semblent presque vivants, avec leur profil massif et leur regard si doux.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

Un peu plus loin, deux bouddhas assis et un bouddha couché se sont, eux aussi, comme arrêtés dans le temps. Ils respirent la droiture et la sérénité.

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

En arrière-fond, le Wat Phra That, à l’architecture massive. Nous ne lui feront qu’un petit coucou de la route, en partant, cette fois-ci… Car la pluie a fini par nous surprendre. Nous rejoignons tous la voiture en un galop effréné, désorganisé et joyeux! Le week-end commence vraiment bien!

Kamphaeng Phet - Wat Phra Kheo

 


Les parcs historiques de Kamphaeng Phet en pratique:

  • Coordonnées GPS du parc historique au nord de la ville: 16.506814, 99.519722 Il s’agit de l’entrée qui donne sur le Visitor Center. Faites le détour, car des informations intéressante y sont proposées, en guise d’introduction au site. (Il existe également une entrée sud.)
  • Coordonnées GPS du parc historique du centre-ville: 16.489851, 99.516196
  • L’entrée de chaque site est de 100 THB par personne. Un ticket groupé à 150 THB permet de visiter les deux sites.
  • Ouverts de 6h à 18h, tous les jours.

Notre fabuleux week-end à travers l’histoire de Thaïlande

A notre arrivée en Thaïlande en 2013, nous avons détesté le pays. Des plages et des rues trop pleines de touristes. Des touristes trop pleins de coups de soleil et de piqûres de moustiques. Qui portaient trop souvent des marcels, des tongs et des shorts à fleurs. Qui parlaient trop fort et buvaient trop de bière, trop tôt dans la journée. Des attractions trop lisses et sans âme. Rien d’attachant. Ni de beau. Rien de vraiment humain.

 

Et le début d’une histoire d’amour…

Puis il y a eu notre voyage à Kamphaeng Phet et Sukhothai. La découverte des racines de la civilisation du Royaume de Siam. Immédiatement, nous avons été fascinés par ces temples majestueux, à l’architecture harmonieuse et inventive. L’élégance des ruines, leur atmosphère recueillie au cœur d’une nature qui reprend peu à peu ses droits, souvent. Nous étions seuls ou presque. Ces joyaux restent à l’écart des grands sentiers touristiques.

Sukhothai 2 - Histoire de Thailande

Nous sommes rentrés conquis d’un périple qui nous aura fait entrevoir la grandeur et l’éclat des anciens Royaumes de Siam. Et qui, surtout, aura commencé à nous faire aimer la Thaïlande. La vraie Thaïlande.

Trois ans plus tard, nous brûlions d’envie de revenir sur nos propres traces. Revoir ces temples, ces ruines ensorcelantes. Laisser une fois encore nos esprits divaguer dans les fastes de l’histoire de Thaïlande. Nous avons finalement réussi à trouver quatre jours bout à bout, à la faveur d’un jour férié. C’était peu, mais nous étions décidés à bien les employer! Sitôt dit sitôt fait! Mille trois cent quinze kilomètres et des dizaines de temples plus tard, nous revenons à nouveau subjugués et conquis!

 

Premières civilisations

Revenons en quelques phrases sur les principaux moments de l’histoire de Thaïlande pour se situer dans l’action. Les premiers foyers de peuplement du pays datent de 3000 ans avant Jésus-Christ. (On en a visités à Ban Chiang et à Ban Prasat.) Il s’agit de populations Mon, qui viennent d’Inde en passant par la Birmanie, apportant avec eux des religions indiennes: le Bouddhisme et l’Hindouisme.

Du V au XIIe siècle, le Royaume Mon de Dvaravati couvre presque toute la Thaïlande actuelle. Ce n’est a priori pas un royaume très structuré, mais plutôt un ensemble de principautés. A Phetchabun, nous retrouverons quelques vestiges Dvaravati, dont de magnifiques figures de Surya, divinité du soleil, qui m’ont beaucoup marquée.

A partir du IXème siècle, le Royaume Khmer commence à étendre son influence sur des territoires de plus en plus vastes de Thaïlande. Tout comme les Mons, les Khmers sont venus d’Inde entre 2000 et 3000 avant JC. Ils se juste installés un poil plus loin, dans la région actuelle du Cambodge et dans le nord-est de la Thaïlande. La civilisation Khmère –hindouiste et bouddhiste- domine ces régions ainsi qu’une grande partie de la Thaïlande jusqu’au XIIIe siècle, avant de décliner assez brutalement. (Personne ne sait vraiment trop pourquoi).

C’est une civilisation dont nous sommes tombés amoureux, avec Papa-Tout-Terrain, depuis notre découverte d’Angkor il y a sept ans. Apres le Cambodge, on a écumé la Thaïlande, et particulièrement l’Isan, à la recherche de tous les vestiges Khmers possibles!

En ce week-end « Remontée du Temps« , c’est à Phetchabun que nous nous adonnerons joyeusement à nos passions khmères… c’est d’ailleurs le dernier parc historique d’importance qu’il nous restait à découvrir en Thaïlande!

 a - Carte du Royaume Dvaravati - 6-13e s  b - Carte de l'Empire Khmer - env. 900 ap. JC

Carte du Royaume Dvaravati (VIème – XIIIème siècles)

Carte de l’Empire Khmer (802-1431) autour de 900 ap. JC

 

Du Moyen-âge Tardif aux Temps Modernes

Vers la fin de la période khmère, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, des ethnies Tais, qui viennent certainement de Chine (oui, c’est pas logique!) se révoltent contre la domination d’Angkor et fondent le Royaume de Sukhothai. C’est une civilisation bouddhiste qui va étendre son influence sur une large part de la Thaïlande pendant deux siècles, avant de s’affaiblir rapidement, pour des histoires de succession.

Pour rien au monde nous n’aurions manqué les somptueux parcs historiques de la région de Sukhothai. Les ruines majeures y sont extraordinaires, bien sûr. Mais les petits temples perdus, oubliés du monde moderne, restent souvent pour nous des expériences encore plus pleines d’émotion. De celles qui nous marquent le plus.

Sukhothai 1 - Histoire de Thailande

Puis Kamphaeng Phet. Dans des parcs historiques déserts de visiteurs, nous retrouverons d’émouvants vestiges de la civilisation de Sukhothai. Et d’Ayutthaya. Car, fait unique, la cité a su traverser deux dynasties successives, sans rien perdre de sa prospérité.

A partir du XVème siècle, donc, se développe le Royaume Siamois d’Ayutthaya, sans doute fondé par des ethnies Mons. Riche cité de négoce, la ville fédère peu à peu les principautés environnantes jusqu’à établir une très large zone d’influence. De cette civilisation brillante et opulente, on conserve de magnifiques vestiges architecturaux, principalement religieux, autour d’Ayutthaya et de Lopburi. Hélas, beaucoup a été détruit par l’invasion des armées birmanes, qui entraînera finalement la chute de la dynastie, au milieu du XVIIIème siècle.

 c - Carte du Royaume de Sukhothai - fin 13e s  d - Carte du Royaume d'Ayutthaya - debut 15e s

Carte du Royaume de Sukhothai (1238-1438), fin du XIIIème siècle

Carte du Royaume d’Ayutthaya (1351-1767), début du XVème siècle

Fin de l’histoire

Là, nous trichons un peu avec notre tour historique, car nous n’irons à Ayutthaya que dans quelques jours pour clore ce circuit en beauté! Quatre jours, c’était un peu juste pour « faire » toute l’histoire de Thaïlande!

De ces civilisations grandioses, il reste surtout des édifices religieux et la base de quelques palais. Les lieux de culte ont globalement bien mieux tenu le coup, car ils ont été récupérés siècle après siècle par les générations successives de fidèles, pour perpétuer les traditions sacrées. A Ayutthaya d’ailleurs, même les Birmans les ont épargnés les temples de la destruction, après avoir rasé la ville.

Si les frontières de ces Royaumes ont évolué avec le temps, au gré des influences et des antagonismes, toutes sont constitutives de la grande histoire de Thaïlande et surtout de sa civilisation d’aujourd’hui.

Cartes de l'histoire de Thailande

Source, source, source et source.

Découvrir l’histoire de Thaïlande en famille

Bref, on a vu des temples, des temples magnifiques. Beaucoup de temples.

Alors bien sûr, comme les enfants sont des enfants, il y a eu des hauts et des bas, parfois. Comme le premier jour, à la fin du premier temple, quand Petit-Deux a demandé s’il y en avait encore beaucoup à voir. Je lui ai montre une carte de la région. Rien qu’autour de Kamphaeng Phet, on en a compté cent-trente-six. Et c’était sans Sukhothai. Ca l’a calmé tout de suite. Mais du coup, à la fin de la journée, il était vachement content, parce qu’en fait, on n’avait pas vu les cent-trente-six. Comme quoi, tout est dans la communication.

Plus sérieusement, comme on n’est pas des bourreaux d’enfants – mais qu’on voulait vraiment les voir, nos ruines – nous nous sommes organisés des activités parallèles, afin de contenter tout le monde. Les garçons, passionnés de jardinages ces temps ci, cherchaient des graines dans les interstices des dalles de latérites tandis que nous les grands, nous attardions sur les gopura. Ils nous ont trouvé des graines rouges et brillantes et magnifiques, que nous avons rapportées par centaines. Et Miss-Trois, toujours pleine d’énergie, a testé les limites de ses capacités motrices un peu partout en grimpouillant a nos côtés.

La redondance architecturale faisant, Petit-Deux a malgré tout développé une curieuse forme d’incontinence, à la vue de chaque nouveau temple.

171106 - Visite des temples et histoire de Thailande

L’oiseau étant fort preste, il s’en fallut de peu, une fois, pour qu’il n’arrosât le dallage sacré d’une auguste ruine. Quant à moi, j’ai plusieurs fois frisé la folie furieuse, quand il s’est agi de partir en quête de toilettes, en abandonnant mes beautés si longuement convoitées…

 

… Pour la splendeur des lieux et le plaisir de voyager ensemble…

… Malgré tout, c’est à contrecœur que les garçons ont quitté le parc historique de Kamphaeng Phet parce qu’on n’avait pas pu voir tous les temples et qu’il restait tant de graines à ramasser. (La pluie nous a vaincus au terme de quatre heures de visites.)

A Sukhothai en revanche, le complexe de Si Satchanalai a paru si immense aux enfants que même la perspective d’un tour en bus-train les a difficilement motivés. Quelle fierté, cependant, au terme de trois heures de balade éreintante, quand nous les avons félicités d’avoir été si courageux. Et c’était vraiment le cas!

Et même, d’ailleurs, à la fin de Phetchabun, nous en avions tous un peu plein les pattes. Alors nous avons fini dans l’herbe, à nous rouler, nous batailler, nous chatouiller, nous gratouiller, et me décorer de fleurs des champs. C’est simple et chouette. Simplement chouette.

Kamphaeang Phet - Histoire de Thailande

Globalement, nous en avons tous bien profité. Les enfants ont aimé regarder le plan au sol des temples, comprendre les entrées, les sorties. Reconnaître les silhouettes des bouddhas debout, assis, couchés. Les éléphants et des nains grotesques qui faisaient office de caryatides sur certains édifices. Ils ne se sont pas ébahis comme nous, mais décideront plus tard s’ils trouvent ça beau ou non, intéressant ou pas, émouvant ou stérile. Ce sont tout de même les racines d’un pays qui nous est cher à tous, et qui fera pour toujours un peu partie de nous. Et ça valait vraiment les efforts et le déplacement!