Le marché flottant de Bangkla

A un petit kilomètre du temple des chauves-souris, le marché flottant de Bangkla est l’une de nos destinations favorites pour le déjeuner. On y mange bien, varié, et pour tous les goûts. Même les garçons sautent de joie à la perspective de ce festin, pourtant sans frites, ni ketchup.

Vendeur de brochettes au marché flottant de Bangkla

 

Un marché vivant et fourmillant

Nous y voilà! Malgré la période de deuil du premier anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, la foule se presse toujours en direction du petit marché. Les vieilles rues de Bangkla sont étroites, sinueuses, et pas très adaptées à drainer de tels flux de visiteurs. Voitures et piétons coexistent tant bien que mal et occupent jusqu’au plus petit espace disponible. On se gare comme on peut, entre un temple, un commissariat et les pompiers.

Exterieurs du marché flottant de Bangkla

Cinq ou six larges pontons ont été arrimés le long de la rivière Bang Pakong. C’est le corps principal du marché. Sur les côtés, des stalles de nourritures offrent des centaines de possibilités alléchantes. On flâne en glanant son repas, à coup de petites barquettes de délices variés. Autour de la plate-forme, quelques échoppes sur des barques de bois, suivant l’organisation traditionnelles des marchés flottants de Thaïlande. Une vieille dame prépare un Pad Thaï sur un réchaud à gaz, à même l’embarcation, dans un espace minuscule. Quelle organisation et quelle adresse!

Vendeur de crevettes au marché flottant de Bangkla

 

Difficile de choisir entre tant de délices…

En plat de résistance, ma préférence ira, comme toujours, au poisson grillé en croûte de sel, le Pla Pao. Généreusement fourré de citronnelle et de feuilles de kafir, il est servi entier, dans une grande assiette à partager avec la tablée. On découpe une ouverture dans l’un des flancs et chacun se sert, à même la bête. La chair prélevée se consommera en sandwich, dans une feuille de salade ou de chou cru, avec quelques nouilles de riz et une sauce délicieusement épicée et citronnée.

Poisson grille au marché flottant de Bangkla

Les enfants adorent ce poisson. Mais pour rien au monde, ils ne renonceraient non plus au Moo Ping, ces brochettes de porc sucrées qui se consomment avec du riz gluant. A la thaï, les garçons extraient le riz avec les doigts et le roulent en boulettes avant de le manger. Ils font toujours sensation auprès des locaux. Clairement, ils sont la bonne technique, et ce n’est pas courant pour des petits gars à la chevelure dorée!

Pla Bao au marché flottant de Bangkla

Papa-Tout-Terrain, quant à lui, aime, par-dessus tout, la diversité des plats. D’abord un Pad Thaï, ces nouilles sautées et légèrement sucrées, assaisonnées de cacahuètes hachées. Celui du marché de Bangkla est fondant et moelleux. Et a un goût incomparable. Il y ajoutera quelques raviolis vapeur aux verdures variées, de petites aumônières frites, et bien sûr, une traditionnelle et indispensable salade de papaye (le fameux Som Tam)!

Vendeur de boissons au marché flottant de Bangkla

Pour peu qu’on sache la commander à son goût, la salade de papaye est un délice. Elle est fraiche et parfumée, avec un équilibre parfait entre le sucre et l’acidité. Trop pimentée en revanche, elle devient vite immangeable pour nos papilles occidentales faiblardes.

 

L’inégalable salade de papaye

Le secret d’une bonne salade de papaye, pour nous, consistera donc à la commander mai ped (littéralement « sans épices », mais le vendeur en mettra quand même… il faut rester humain…)… et, surtout, à bien, très bien surveiller sa réalisation.

Parce que dans certaines régions rurales, « mai ped » sera compris par « Seulement cinq ou six piments oiseau aujourd’hui, je sens que j’ai l’estomac fragile… » Mais mon estomac, avec seulement cinq ou six piments, il crie pitié, arrêtez, achevez-moi qu’on en finisse. Et la brûlure indienne, à côté c’est de la gnognotte. Bref, pour nous l’idéal, c’est un piment. Voire deux les jours fastes. Alors il faut bien la surveiller, la dame de la salade.

Vendeur de Salade de Papaye et de Moo Ping au marché flottant de Bangkla

La confection d’une salade de papaye est, quoi qu’il en soit, très intéressante à observer. Elle se fait dans un grand mortier traditionnel de pierre ou de terre. On commence par les piments. (C’est un peu le centre de la recette). On écrabouille. Puis une poignée de gousses d’ail, qu’on écrabouille encore. (Ca manquait de goût avec juste le piment, il faut bien relever tout ça). Puis une tomate coupée en deux, des crevettes séchées, du sucre, des tas de sauces sucrées, acides, salées, et de la bave de crapaud. Ah non, zut, pas de bave de crapaud, ça c’est pour la potion magique. A la fin seulement arrive la papaye râpée, parfois un peu de carotte, et des cacahuètes.

Etal de nourritures du marché flottant de Bangkla

Ce n’est sûrement pas le moment de baisser la garde cela dit! Il arrive que discretos, on nous balance par-dessus le tout des demis crabes crus, coupés en deux, et macérés dans une sauce marronnâtre. Ca a un goût fort poissonneux, mais c’est surtout si peu ragoutant que ça me gâche toujours mes salades! A bon entendeur…

 

A table, en plein marché flottant de Bangkla

Nous jouons ensuite des coudes pour trouver une grande table de bois sur laquelle nous nous installerons. Aux jours de grande affluence, il n’est pas rare, même, de la partager avec d’autres gourmands. Dans la mesure du possible nous évitons cependant, eu égard a nos enfants, d’une adresse encore relative. Dans ces cas-la, nous tremblons alors du début à la fin du repas, à l’idée d’une projection de sauce inopinée, ou qui sait, pire peut-être…

A table au marché flottant de Bangkla

Nous sommes chanceux cette fois-ci. Nous aurons une table pour nous tout seuls. Au cours de leurs achats, il n’est pas rare cependant que des badauds s’arrêtent pour observer les enfants ou échanger trois mots avec nous. Ces jours-cis, avec l’anniversaire de la mort du Roi Bhumibol, tout le monde est vêtu de noir. Mais cela ne retire rien à l’atmosphère gaie et chaleureuse, à l’agitation réjouie des gourmands, venus se régaler en famille ou entre amis.

A peine deux minutes plus tard, nous remercions chaleureusement le destin de nous avoir trouvé une table pour nous seuls, quand Petit-Deux s’étouffe bruyamment en buvant son thé de chrysanthème. (Oui oui de chrysanthème.) (C’est très bon.)

Quand Petit-Deux avale de travers...

 

On passe au dessert!

Sitôt terminés les mets principaux, nous repartons en quête d’un dessert traditionnel. La plupart d’entre eux sont à base de noix de coco.

Dessert au lait de coco au marché flottant de Bangkla

La préférence de Petit-Un ira au riz gluant au lait de coco et au sucre de palme. L’un des plus grands classiques de Thaïlande. Papa-Tout-Terrain, lui, affectionne particulièrement de petits raviolis colorés, fourrés de chair de coco. Pour ma part, j’ai une nette prédilection pour ces feuilles de palme, fourrées de pâte de haricots rouge sucrée, au lait et à la chair de coco, puis grillées au barbecue pour en ressortir délicieusement caramélisées.

Feuilles de palme grillees au marché flottant de Bangkla

J’ai globalement un grand faible pour les desserts, quoi qu’il en soit… Peut-être me déciderai-je également pour une glace coco artisanale, en prétextant que je vais la partager avec Miss-Trois? Ou des petits flans en forme de demi-coque? Ou des jaunes d’œufs confits dans du jasmin, qui servent aussi souvent d’offrandes pour les dieux? Humm… J’adore les desserts d’ici! Il n’y a qu’a se laisser guider par leurs couleurs, leurs formes et leurs odeurs, toutes plus attrayantes les unes que les autres!

Etal du marché flottant de Bangkla

Il est déjà temps de partir. Parfois, quand le cœur nous en dit, nous concluons nos agapes par un petit tour en barque sur le fleuve, pour profiter du calme du Bang Pakong et admirer la succession de temples, sur les rives. Cette fois-ci nous partons directement… Nous voulons encore jeter un coup d’œil à quelques uns des merveilleux édifices religieux récemment poussés tout autour de Chachoengsao.

Vue sur le fleuve Bang Pakong au marché flottant de Bangkla

 


Le marché flottant de Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.728542, 101.207544
  • Ouvert le samedi et le dimanche de 9h à 16h environ. Si l’on arrive tard dans la journée, il restera bien moins de choix de nourritures.
  • La plupart des plats coûtent entre 30 et 60 THB. Un poisson grille coûte entre 250 et 350 THB.

Le parc national de Pha Taem ou comment j’ai douté, puis recru en l’humanité

Je suis généralement d’un naturel paisible et agréable. Mais par une curieuse tournure d’esprit, j’ai la contrariété persistante.

Le parc national de Pha Taem, nous l’avons visité il y a six mois maintenant. Nous l’avons adoré. Pour ses peintures rupestres si bien conservées. Pour ses paysages accidentés, sa terre rouge et ses résineux centenaires. Mais j’y ai été fort agacée, aussi, si bien que cinq brouillons plus tard, j’ai toujours un mal de chien à pondre ce billet.

 

Les racines de la colère

A l’origine de mon mécontentement, une broutille. La Thaïlande pratique un système de double prix, à destination des étrangers. On demande généralement à ces derniers de payer les billets d’entrée cinq à dix fois plus cher que les locaux. Considérons que c’est une forme d’impôt progressif. On l’accepte. Sauf que ce jour-là, la Ranger de l’entrée a voulu faire du zèle. Malgré la gratuite affichée pour les enfants de moins de trois ans, elle a exigé un billet pour Miss-Trois. Elle nous a accuse de resquiller. (Ben oui, on a déguisé notre enfant de six mois en bébé pour éviter de payer pour elle, c’est évident!) Elle nous a traités avec le pire mépris, et en public en plus. C’était il y a six mois et j’en bous encore de colère…

Parc National de Pha Taem

« On s’en va! », j’ai dit à Papa-Tout-Terrain. Mais il m’a fait remarquer qu’on venait de faire mille cinq cent bornes pour voir ce parc et qu’on n’y reviendrait pas forcément. Vu comme ça… J’ai consenti à entrer. Après un regard de tueur en direction de la Ranger. Ca ne mange pas de pain.

 

Où le soleil écrase le parc national de Pha Taem

Nous voilà donc dans la magnifique réserve de Pha Team, à la frontière d’avec le Laos. A deux pas du Mékong qui a sculpté, au fil des siècles, un paysage géologique de failles et de belles falaises ocres. Le parking est à même le rocher, sur un promontoire plein d’ornières et de cuvettes rocailleuses. C’est beau.

Le soleil du matin écrase l’esplanade de ses rayons. D’après le thermomètre de la voiture, il fait déjà 45°. Nous apercevons quelques familles en fin de balade. Ils ont des têtes de merguez en fin de vie. Nous allons avoir chaud. Nous nous équipons pour la circonstance. Des panneaux indiquent une balade de quatre kilomètres. Aux vues des conditions climatiques, nous n’irons certainement pas au bout.

Dans ma tête, je suis en train de rédiger un mail à l’office des parcs nationaux de Thaïlande. Les choses n’en resteront pas là avec cette Ranger. Elle a été d’une grossièreté inacceptable!

On croise des hommes préhistoriques. Des faux. Enfin de vrais gens déguisés en faux hommes préhistoriques. L’intention est bonne mais tout cloche un peu. L’un a trop chaud et sa perruque sous le bras. L’autre fait une soupe de feuilles dans une demi noix de coco. Qu’il sert dans les gobelets de plastique Ikea bleu fluo. Un jardinier en tongs fatiguées s’est tapé l’incruste et fume une clope ramollie avec ses potes primitifs. Il se donne bonne conscience, en alimentant le feu de menues brindilles.

 

La fabuleuse découverte des peintures rupestres

La promenade s’enfonce dans le flanc de la falaise, à l’ombre de conifères géants qui sentent bon la forêt. Nous arrivons rapidement aux premières peintures rupestres.

Les dessins sur la roche ont été incroyablement préservés, depuis la préhistoire. La falaise forme un toit naturel qui les a gardés du temps et des intempéries pendant plus de trois mille ans. Je me demande comment les peintres de jadis ont pu atteindre de telles hauteurs. Faute d’explications en anglais, nous supposerons que le Mékong a, depuis, creusé la falaise, par érosion hydraulique.

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

Et si j’écrivais à la police du tourisme, plutôt… Je prépare mentalement un nouveau courrier. Ne pas oublier de joindre une copie scannée des billets… Elle nous a traités comme des brigands, en plus!

Le deuxième ensemble des peintures rupestres est encore plus riche et plus foisonnant. C’est vraiment très émouvant de retrouver ici les traces d’hommes et de femmes qui nous ont précédés de plusieurs millénaires. Nous nous amusons à repérer les formes et les symboles, avec les enfants. On distingue des contours de mains, des silhouettes humaines, ainsi que de nombreux animaux: des poissons, des tortues et même un éléphant!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem - elephant

C’est magnifique et passionnant. Nous sommes enchantés. L’ombre fait un peu oublier la touffeur des lieux. Les enfants marchent bien. Et la balade n’est somme toute pas très difficile. Nous poursuivons jusqu’au troisième groupe de fresques. Elles aussi sont à couper le souffle. D’après la carte, nous avons largement dépassé la moitié de la randonnée! C’est une très bonne nouvelle: nous irons jusqu’au bout sans problème!

Peintures Rupestres du parc national de Pha Taem

 

Où l’échelle est déterminante

Dans les hauteurs de la falaise, nous observons les rayons de miel de ruches sauvages. On dirait qu’ici les années passent sans donner prise au temps. On imagine sans peine le relief et la végétation dans lesquels évoluaient nos lointains ancêtres. Quel environnement enchanteur!… et pourtant si hostile, aussi…

Ma contrariété de m’a pas quittée. Je râle toujours intérieurement. Je pourrais contacter l’ambassade de France, même… C’est une question de principe, après tout. Et j’ai des principes. Je reprends mon mail mental à zéro…

Mais nous voilà déjà au quatrième et dernier groupe de peintures rupestres. D’après la carte, nous avons presque atteint le terme de notre visite! Les enfants ont été très courageux et ont très bien marché! Plus que quelques encablures de falaise à remonter et nous aurons presque retrouvé la voiture! Ca tire un peu la langue, dans les rangs, mais on en voit le bout…

Parc National de Pha Taem

Arrivés en haut, c’est la douche froide. Un nouveau panneau nous signale qu’on est à peine à la moitié du chemin, en fait. Et il n’y a plus de forêt. Juste la falaise et le soleil écrasant. On reprend la carte. Elle n’est pas à l’échelle. Pas du tout du tout. Crotte! Avec les enfants, il nous faudra sûrement une petite heure de marche, et en plein soleil!

Il nous reste heureusement beaucoup d’eau. Alors nous nous asseyons à l’abri d’un petit kiosque pour reprendre courage avant cette fin de balade, qui risque bien d’être éreintante.

 

Le sauvetage miraculeux

Nous sommes bientôt rejoints par une grande famille thaïe, qui a visiblement eu la même idée. Ils sont bien une quinzaine, dont une bonne moitié d’enfants. Sans doute profitent-ils des congés de Songkran pour se retrouver et se promener dans leur région d’origine. Ils sont drôlement bien équipés: ils ont même des bacs à glaçon pour rafraîchir leur eau! Et ils ont même la gentillesse de nous en proposer.

Une mère de famille est particulièrement intéressée par nos enfants. Par bonheur, ils sont tous de bon poil et se laissent volontiers aller au jeu des selfies. Puis on échange quelques mots, dans les limites de mon thaï indigent. Les sexes et âges des enfants. Notre nationalité. Bref, les informations de première nécessité. Autant se détendre en faisant un brin de causette et laisser les enfants se reposer un peu avant l’effort à venir.

Parc National de Pha Taem

Un pick-up surgit soudain de nulle part, dans un nuage de poussière ocre, et vient s’arrêter pile poil devant nous. C’est pour nos amis de kiosque! Ca alors! Ils sont vraiment bien organisés! Nous ne savions même pas qu’un chemin menait jusque là! Et en même temps, ces gens-là ont un avantage certain sur nous, puisqu’ils sont du coin.

Courtoisement, la dame avec qui je papotais propose de nous ramener. Poliment, je refuse. (Des fois je suis trop polie, je crois.) Mais elle insiste. Sa gentille semble sérieuse. Ils vont nous tirer une belle épine du pied! On s’entasse alors tous dans le pick-up, à la mode locale. Je suis invitée en cabine, parce qu’il y a la clim, pour Miss-Trois. (Bénit soit ce bébé!) Nous y entrerons à sept! Sept personnes, auxquelles il faut rajouter la bonne dizaine de la remorque, bien sur!

Dans le pick-up qui nous a sauves

 

Et tout est bien qui finit bien!

Le chemin du retour est rapide, lorsqu’on est motorisé. Ca devise et ça papote. Je ressors mon histoire à une autre dame qui ne l’avait pas entendue. Je toute façons, je ne peux pas tellement raconter autre chose: je suis à sec, niveau vocabulaire!

Rendus à bon port, nous remercions chaleureusement nos sauveurs!

…Et pour ma part, cette jolie rencontre m’en a presque fait pardonner à ma Ranger véreuse, à propos de laquelle je n’ai finalement jamais écrit de courrier!…

Erection géologique en forme de champignon - Parc National de Pha Taem

Sur le chemin du retour, une érection géologique en forme de champignon, qui fait également la renommée du parc national de Pha Taem.

 


La Parc National de Pha Taem en pratique

  • Coordonnées GPS: 15.399114, 105.508269
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h. Possibilité de dormir sur place.
  • Le ticket adulte pour les étrangers coûte 400 THB. Le ticket pour les enfants de plus de 3 ans est de 200 THB.
  • La promenade d’observation des peintures rupestres fait quatre kilomètres. Nous avons parcouru la partie « intéressante » en prenant notre temps, en une heure et demie environ. Il restait deux kilomètres de sentier à plat que nous n’avons pas emprunté.
  • Prévoyez de l’eau, des chapeaux et des chaussures correctes: il y a du dénivelé et la fin du sentier n’est pas ombragée.

Souvenir de France

Connaissez-vous Rochefort-Montagne? C’est un petit village de 925 âmes, dans le Puy-de-Dôme. Frais et joli comme tout. Nous l’avons découvert cet été lorsque nous avons manqué d’y tomber en panne. On a voulu faire les malins en évitant une éternité d’attente à la station service de l’autoroute. Et on s’est dit qu’on allait profiter des beaux paysages d’Auvergne, plutôt. (Pensée à Amélie – allez à tout prix voir ce dessin, je l’adore!)

Sauf qu’on était un peu juste en essence. Et qu’en montagne on consomme un peu plus. Du coup on a d’abord coupé la clim. Puis roulé à trente à l’heure. Puis retenu notre souffle. On se préparait psychologiquement à pousser quand on a atteint le Carrefour Contact qui allait nous sauver.

Ou presque. Parce que là, pas moyen d’ouvrir le réservoir de la bagnole de loc’. Le mode d’emploi de la voiture était en italien. On a fait appel à mon latin et un dictionnaire en ligne. En vain. On a appelé le service client du loueur qui n’a pas répondu, parce c’était le week-end du 15 août. On a demandé de l’aide au mec de la station service. Mais c’était un étudiant remplaçant qui n’avait même pas le permis. Du coup, il a su se montrer aussi gentil qu’inutile.

Ca commençait à gronder dans les rangs des enfants. L’heure du goûter était passée depuis bien longtemps, et attendre patiemment devant un réservoir rétif ne fait pas partie de leurs qualités. On a chargé Papa-Tout-Terrain de trouver une solution. (Je ne voyais plus trop laquelle.) Et moi, les trois enfants sous le bras, je suis partie acheter le quatre heure.

Souvenir de France

Mais comment en sommes nous arrivés là?

Pour comprendre les racines de cette anecdote, remontons à quelques jours auparavant, à notre arrivée chez les grands parents. Premier repas. Fatigue et décalage horaire. Ca râlouille un peu en bout de table, côté enfants. C’est là qu’intervient ma Maman, qui aurait dû travailler dans le marketing. Ou devenir gourou. « Les enfants, j’ai quelque chose de très spécial pour vous… quelque chose d’unique… que dis-je, d’inouï! »… (Je trahis un peu ses mots parce qu’en vrai c’était mieux fait.) « Vous voulez voir? C’est du sucre en morceaux français pour votre yaourt! »

Coup de chance, ce fleuron de la confiserie occidentale n’existe pas en Thaïlande. Les enfants n’avaient jamais vu un morceau de sucre de leur vie. Présentation à grand renfort de battements de tambour. Observation passionnée. Dégustation exaltée. Depuis ce jour, les licornes n’ont plus qu’à aller se rhabiller: les garçons ont découvert leur Graal!

Souvenir de France

Rien n’a bien entendu pu faire revenir à la raison ces adorables souriceaux, d’un naturel fort entêté. J’ai donc choisi moi-même le goûter. Des tartelettes Bonne-Maman à la framboise. (Elles sont divines!) Il ne faut jamais renoncer à se faire du bien.

Puis j’ai cédé sur le sucre en morceaux « à emporter ». Je ne suis pas un monstre, tout de même.

« Ces enfants n’habitent pas en France »

… ai-je lancé en guise d’excuse au curieux qui nous observait depuis le debut de la scène. Au bord de la syncope, il m’a regardée incrédule. J’ai laissé tomber. Chacun ses problèmes.

Quand on est retournés au parking, Papa-Tout-Terrain avait réussi à ouvrir le réservoir. C’était tout simple en fait. Le dernier mec qui avait fait le plein avait forcé comme un âne en refermant la molette. Il suffisait de faire la même chose, en sens inverse. Heureusement que Papa-Tout-Terrain est tres fort.

Quant à notre sucre en morceaux, bien sûr, on l’a rapporté en Thaïlande… Et à la maison, ce beau souvenir de France nous a ouvert les portes d’une ère gastronomique unique et nouvelle. Inégalable et inégalée.

Souvenir de France

… si c’est pas du snobisme, ça!

 

Wat Pho Bangkla, le temple des chauves-souris

Wat Pho Bangkla

Où l’on se réveille comme on peut…

Il est huit heures. Les enfants sont déjà levés depuis un petit moment et tournent en rond. En courant, bien sûr. J’émerge lentement face à mon café qui refroidit. (Car j’ai déjà été interrompue cent fois depuis qu’il a coulé.)

On peut avoir les clés de la voiture? Mon cerveau lent ne voit pas l’embrouille. D’un geste de la tête, je montre les clés. Petit-Un s’en empare et s’éclipse. Je replonge dans mon café. Miss-Trois babille un peu plus loin. Elle a piqué en douce une demi-douzaine de petites voitures à ses frères. J’ai quelques minutes de calme.

Papa-Tout-Terrain me rejoint, le poil humide de sortie de douche. « Ils sont où les garçons? » Oh, les garçons!… Je me rue vers la porte d’entrée. Ils sont là, paisiblement installés dans la voiture. Attachés à leur siège. Petit-Un m’apostrophe: « Tu veux que je te rende tes clés? »

« Mais, qu’est-ce que vous faites? » « Ben on est prêts. Donc on vous attend. » « Vous nous attendez pour quoi? » « Pour aller se promener! Parce qu’on va toujours se promener le week-end, non? » Nous sommes pris au dépourvu. « Vous ne voulez pas descendre, le temps qu’on finisse le café, qu’on décide où l’on va, enfin qu’on se prépare quoi? » « Non, on vous attend ici! » Ils ne sont visiblement pas ouverts à la négociation. Et il fait au moins cinquante degrés dans la voiture.

 

En route pour Wat Pho Bangkla

J’échange un regard avec Papa-Tout-Terrain. C’est bon, on va faire vite. De toute façon, les garçons ont raison, on part toujours en balade le week-end. Faute de temps et d’inspiration, nous reprenons une direction classique que nous affectionnons: la région de Chachoengsao et sa profusion de temples, tous plus riches et plus beaux les uns que les autres. Puis, mêlant l’agréable à l’agréable, nous en profiterons pour déjeuner comme des rois au marche flottant de Bangkla, deux pas plus loin.

Nous commençons par le Wat Pho Bang Kla, qui a la préférence des garçons. Et la mienne aussi, pour des raisons différentes.

Wat Pho Bangkla

J’aime la partie ancienne de ce complexe bouddhiste, avec son tout petit sanctuaire de la fin du dix-huitième. Il est plein de charme. On lit le poids des ans sur ses murs de terre et de briques, qui ne tiennent plus tout à fait droit. Ses rebords sont tapissés de coulures de cire jaune et de restes de cierges fondus. On y pénètre comme dans une crypte, intimiste et sombre. A l’intérieur, ca sent l’humide, la fumée, le sacré. Puis dans la pénombre, on distingue un bouddha couché, couvert de feuille d’or, des pieds à la tête, par les fidèles, au cours de leurs prières. Brillant et lumineux dans son sombre couffin. Vu la profusion des ornements et des offrandes colorées qui l’entourent, cette divinité est très révérée par les pèlerins locaux.

Wat Pho Bangkla

Un peu plus loin, un temple moderne a été élevé récemment. C’est là que devraient bientôt se concentrer les prières. Mais la structure est sans charme et sans intérêt, pour l’esthète ou le curieux.

 

Les chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Les vieilles pierres ont un pouvoir d’attraction limité sur les enfants. Eux se sont déjà égayés dans l’enceinte religieuse, le nez en l’air, passionnés par les habitants des lieux: de grosses chauves-souris frugivores. Il y en a des centaines, sûrement des milliers. Le jour, elles dorment beaucoup, tête en bas et pieds en l’air, bien accrochées au faîte des arbres. A la tombée de la nuit, en revanche, elles iront se nourrir de fruits laissés en offrande par des pèlerins.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

Ca sent fort la chauve-souris, mais la vision est étonnante et unique. Je n’ai jamais vu autant de ces animaux en si peu d’espace. Et j’ignorais qu’elles trouvaient parfois refuge dans des lieux ouverts. Comme les enfants, je me laisse aller à la magie du spectacle…

Plus longtemps que les enfants, en fait, car eux ont déjà classé l’activité et son prêts à passer à l’étape suivante: nourrir les tortues géantes du bassin central, puis les myriades de poissons qui peuplent la rivière Bang Pakong.

 

Sur les bords du Bang Pakong

Pendant que les garçons procèdent à leur distribution de pain de mie, je me laisse aller à contempler les paisibles rives du fleuve. Le cours d’eau est magnifique, à cet endroit. Encore peu investi par l’homme, il reste sauvage, touffu et verdoyant.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

De nombreux temples ont récemment poussé sur les berges du Bang Pakong, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Les fidèles y affluent. Ils viennent souvent de loin pour se recueillir, dans le cadre de circuits religieux à la journée. Ce tourisme particulier contribue grandement à la richesse de la région. Du coup, bien vite, chaque district s’est équipé son propre temple, qui se veut flamboyant et original, pour attirer le curieux, et la manne financière qui va avec.

Non loin de nous, un vieillard et son petit fils nourrissent également les minuscules poissons frétillants. Le vieux monsieur fait mine d’admirer nos enfants, mais je sens bien qu’il a une autre idée derrière la tête. J’amorce la communication en flattant la vivacité de l’enfant. Le visage de l’homme s’illumine. Il tend la main en direction de la chevelure du garçonnet. A l’arrière, l’implantation des cheveux marque deux tourbillons distincts, un dans chaque sens. En quelques mots, mi-anglais, mi-thaï, mi-signes, le vieux monsieur m’explique alors qu’il s’agit là d’un phénomène rare. Cet enfant est unique, et attirera la chance. Je souris. Ces croyances sont peut-être naïves, mais je trouve qu’elles rendent le monde beau.

Chauves-souris de Wat Pho Bangkla

 


Wat Pho Bangkla en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.721221, 101.201660
  • Ouvert la journée, entrée libre
  • Compter 30 minutes à une heure pour la visite
  • On pourra acheter sur place le nécessaire pour nourrir les poissons et les tortues
  • A l’issue de la visite, prévoyez à tout prix de vous restaurer au marché flottant de Bangkla, à un kilomètre de là. L’ambiance y est authentique et la nourriture excellente!

 

La course de buffles d’eau (Chonburi, Thaïlande)

D’après l’affiche, c’était le plus gros événement mondial de ce type: une course de buffles d’eau. On avait rigolé, vu qu’il ne devait pas y avoir des masses de courses de buffle d’eau dans le monde. Mais quand j’ai vu des buffles et encore des buffles, et des buffles à perte de vue, j’ai arrêté de ricaner bêtement. C’était un spectacle à couper le souffle. Grandiose. Unique. Une petite porte sur les traditions et les récréations de la Thaïlande rurale.

 

Un événement attendu

Ca faisait plus d’un an qu’on attendait ces courses de buffles. Hélas l’année dernière, la Thaïlande avait perdu son Roi, quelques jours avant l’événement. Et paf tout avait été annulé. Du coup on a dû attendre l’édition suivante.

Buffles d'eau - Chonburi _1

Au jour dit, nous sommes arrivés tôt. (Surtout parce que les enfants s’étaient levés aux aurores.) Et là, il n’y avait rien. Enfin si, il y avait une fête foraine à l’arrêt, mais pas la queue d’un buffle. Pourtant, dans la grosse ville de Chonburi, il y avait des affiches partout pour annoncer l’événement. On a ratissé les rues attenantes. Sans succès. Mais on a trouvé une affiche en anglais. (Une affiche en anglais c’était un peu comme un buffle a cinq pattes.) Si la foire avait bien commencé, la course n’aurait en fait lieu que quatre jours plus tard. Nouveau rendez-vous fut donc pris. Mais sans Papa-Tout-Terrain qui a le mauvais goût de travailler en semaine.

 

Foire populaire aux attractions oubliées

En fait, on est tout de même revenus le soir, rapport à la fête foraine que les enfants avaient bien repérée. Ils étaient ravis, d’ailleurs, il y avait des auto-tamponneuses. Ils en ont fait cinq tours. Elle avait un petit gout d’antan, cette foire, avec des attractions que j’imaginais appartenir au passé.

Regardez plutôt cet homme à moto, dans une espèce de tonneau géant, qui roule sur les murs à une hauteur vertigineuse! La structure métallique tremble à chacun de ses passages. Ca sent l’essence et ça fait un bruit du tonnerre. Petit-Un et Petit-Deux jubilent et trépignent de joie. Je m’agrippe à Miss-Trois. Ca m’apaise. Enfin façon de parler. Le mec conduit sans les mains, maintenant, et mon cœur s’arrête de battre. Tout est fini. Il est redescendu sans dégât et reprend paisiblement son Tom Yum. Petit-Un me dit que c’était dangereux, quand même. Il ne faut pas faire ça. J’en rajoute une couche: je suis sûre que la Maman de ce monsieur doit avoir très peur. Et, faire peur à sa Maman, c’est très mal.

Attraction moto a la foire de Chonburi

Dans le stand d’à côté, des dames sont installées en équilibre sur des planches de bois. Pour quelques sous, les curieux se bousculent et tentent de les envoyer à l’eau. D’une balle, les plus habiles déclenchent facilement le mécanisme. Le siège se dérobe. En un cri, l’élégante plonge dans un baquet saumâtre.

 

Tournoi de boxe thaïlandaise

Un peu plus loin, un ring et une compétition de boxe thaïlandaise. Le combat démarre avec une sorte de prière rituelle des combattants, sur fond de musique traditionnelle. Les spectateurs se lèvent. Premier round. Les coups pleuvent immédiatement, intenses. Petits et grands se pressent tout autour du ring, encouragent, commentent et s’enthousiasment. Le combat est violent, bien sûr. Le petit est particulièrement hargneux. Et le grand à l’air un peu mou est déjà pas mal groggy.

Boxe Thailandaise - Chonburi

Entre les rounds, un homme en costume agite ses doigts en direction de la foule. C’est un broker qui prend les paris. Ce sont sans doute les derniers combats de Muay-thaï avant un mois, car tout octobre sera deuil national pour la Thaïlande. (Le Roi est mort il y a un an. Sa crémation est organisée pour dans quelques semaines.) Par décret, les paris ont été interdits pour tout le mois. Or, pas de Muay-thaï sans paris.

Il est déjà l’heure de partir. Les enfants ont repéré une sorte de grand huit qu’ils veulent à tout prix essayer. Comprenez, il y a Spiderman, juché tout en haut! Ce ne sera pas pour cette fois ci: il faut avoir au moins sept ans. Sur le chemin du retour, Petit-Deux vérifie: « Et à huit ans, on a le droit aussi? Et à neuf ans? Et à dix ans? (…) Et à cent ans? »

 

Des buffles à perte de vue

Nous voilà enfin au jour de la course de buffles. Par chance, on est mercredi, et les enfants finissent l’école à midi. J’emmènerai donc les garçons, laissant Miss-Trois aux bons soins de la nounou. J’essaie une dernière fois de convaincre Papa-Tout-Terrain de venir mais il préfère travailler.

La place principale de Chonburi est couverte de stalles, de foin, et d’excréments. Et de plus de buffles que je n’en n’ai jamais vus de ma vie. Curieusement, il y a très peu de barrières. En revanche, presque chaque animal a son propre pâtre.

Buffles d'eau - Chonburi _2

On ressent une forme de complicité tacite et calme entre les hommes et leurs buffles. Une simple cordelette retient les naseaux du bovin. Il n’est pas rare de voir le maître entourer de ses bras le museau de la bête, comme en une accolade entre amis. Ceux qui n’ont rien à faire arrosent et rafraîchissent leur animal à grands seaux d’eau. Ils lustrent leurs robes ou ébouriffent les poils de leurs têtes.

Malgré l’agitation ambiante, les buffles restent impavides. Des enfants jouent tout autour et les escaladent parfois. Les animaux sont très peu restreints. Je ne retrouve pas chez eux les signes de nervosité des vaches françaises, qui tapent du sabot sur le sol ou remuent vivement la tête.

Buffles d'eau - Chonburi _3

Certaines bêtes sont particulièrement énormes. Elles ont dû concourir pour leur beauté, leur prestance ou la qualité de leur musculature.

On a loupé les festivités du matin et le défilé. Les charrettes décorées de fleurs aux mille couleurs sont déjà rechargées sur de gros camions, prêtes à rentrer au bercail. Restent quelques buffles richement parés. Sur leurs houssures, des blasons à la gloire du Roi défunt.

Buffles d'eau - Chonburi _5

 

La longue préparation d’une course de buffles d’eau

Guidés par la clameur, nous trouvons rapidement le champ de course. A peine sommes nous installés sur les gradins qu’un piétinement de sabots nous dépasse a tout allure. Le galop enragé de ces bêtes puissantes est à couper le souffle.

Course de buffles d'eau - Chonburi _1

(A cette seconde précise, Petit-Deux décide qu’il a vu assez de buffles et qu’il veut rentrer à la maison. En plus de m’enivrer de ces images grandioses, j’ai donc passé le reste de l’après-midi à lui demander de se tenir tranquille, d’attendre, d’arrêter de me rebattre les oreilles de ses jérémiades, de se taire, de s’assoir et qu’on en finisse. Bref, j’ai des enfants pas toujours coopératifs, comme tout un chacun. Et ce n’est pas le souvenir que je veux garder de cette course de buffles d’eau.)

La course suivante se prépare. On mène les buffles sur la ligne de départ. Ca prend du temps d’aligner cinq buffles. Il y en a toujours un qui a l’air trop en avant ou trop en arrière. Il faut le faire se remettre correctement. Et visiblement, ces bêtes ne savant pas reculer: ils refont le tour à chaque fois.

Course de buffles d'eau - Chonburi _2

Au bout de trois plombes, les cavaliers s’installent sur les croupes. Certains sont tous jeunes. Presque des enfants. D’autres au contraire sont plus âgés et grisonnants. Les cinq concurrents sont prêts au départ. Mais entre les clameurs de la foule, l’excitation de son maître, la badine, et les curieux qui se pressent, les bovins sont nerveux. Un buffle est parti tout seul. Le cavalier a sauté à terre et l’homme à la longe tente de le remettre dans les rangs.

Une barrière s’est déchaussée du sol. Quelques volontaires viennent piétiner la terre pour la replanter solidement. On a remis le buffle à sa place. Mais un autre s’est cabré.

 

La course de buffles d’eau

L’attente est longue entre les courses. Souvent une dizaine de minutes, car la logistique des buffles est lourde.

C’est parti: chacun s’élance! Les cavaliers sont installés très à l’arrière, sur leur monture. Ils ne la dirigent pas vraiment, d’ailleurs. Ils n’ont qu’une cordelette pour s’accrocher, mais rien pour piloter. Un buffle traverse la piste de droite à gauche, tandis que les autres semblent plus directement converger vers la ligne d’arrivée. Les cavaliers s’accrochent mais ça secoue ferme. Les chutes sont fréquentes.

Les concurrents franchissent la ligne d’arrivée au milieu des hourras de la foule. Les badauds sont jusque sur la piste. En face, les cavaliers n’ont rien pour arrêter leur monture. Ils se contentent de sauter à pleine vitesse, laissant filer leur bête.

Course de buffles d'eau - Chonburi _3

Le buffle s’apaise très vite. Il voit ses copains buffles un peu plus loin et s’arrête tout seul. Des quidams les récupèrent ensuite ici ou là. Qu’elle est curieuse de désorganisation, cette arrivée. Il y a des tas de gens dans tous les sens, qui observent, prennent des photos, jugent, récupèrent les buffles, vendent de la nourriture. Un buffle de mauvais poil pourrait faire un carnage en chargeant. Ces animaux sont vraiment paisibles.

 

Petite fenêtre sur la Thaïlande des campagnes…

Et puis nous sommes rentrés à la maison. Un peu trop tôt à mon goût. J’aurais pu rester jusqu’au soir à me perdre dans le regard des bovins et les bruits de sabots. En route vers la voiture, nous tombons sur une compétition de montée de bambou. C’est très traditionnel également. Mais je n’aurais jamais cru que c’était si difficile. Ca a l’air de glisser comme pas possible. Pour essayer d’adhérer un peu, les concurrents jettent du sable sur le piquet, à mesure qu’ils montent et qu’ils glissent. Ceux de la photo sont montés à deux mètres à tout casser, et semblaient vraiment au bout de leur vie. Si l’on en croit les petits drapeaux plantés sur le mat, cependant, d’autres ont dû aller bien plus haut.

Escalade de bambou - foire de Chonburi

Je suis rentrée enthousiasmée. J’ai passé la soirée à en causer à qui voulait l’entendre. Et Petit-Deux aussi, paradoxalement. Nous avons été très étonnés, en revanche, de réaliser qu’aucun Thaï de nos amis ou de nos connaissances n’a jamais assisté à l’événement. Nous soupçonnons que l’activité ait une réputation trop fruste…

Aucun? Pas tout à fait, d’ailleurs. Une petite collègue de l’équipe de Papa-Tout-Terrain aurait, pour sa part, participé à des courses de buffles, dans son jeune temps! Cette jeune femme est originaire d’Issan, cette région rurale que nous aimons particulièrement. Là-bas, a-t-elle expliqué, il n’est pas rare que les jeunes gens se distraient de ce type d’épreuves, avec leurs buffles, entre villages ou entre amis.

Buffles d'eau - Chonburi _4

Les sentiers de la gloire – souvenirs de Chine

C’était l’époque où je venais d’arriver en Chine. J’avais juste vingt-et-un ans.

Devant toute la classe, la prof d’expression orale, le kouyu, m’avait demandé de rester lui parler, à la fin du cours. Je ne comprenais pas grand-chose à l’école. Presque rien, pour être exacte. Je ne comprenais tellement rien, d’ailleurs, que j’avais dit oui sans comprendre, au cinquième coup. Les copains m’avaient réexpliqué discrètement, par derrière.

Pendant toute l’heure de cours, je n’en n’avais pas mené large…

J’étais la plus nulle de la classe. A ma décharge, j’étais également celle qui avait le moins d’heures de chinois au compteur. La seule non asiatique du groupe, aussi. Et sans conteste, celle qui bossait le plus. Mais j’étais la plus nulle quand même.

J’essayais d’écouter tout le temps, mais il y avait tellement de mots nouveaux que mon esprit finissait toujours pas s’égarer. Je me retrouvais à rêvasser, le regard planté sur les biceps de Shandy, un Indonésien type Boys Band avec une mèche sur l’œil, de gros muscles et des tas de tatouages.

Ce jour-là encore, la prof de kouyu m’avait fait me lever devant toute la classe pour m’exercer au quatrième ton. Je n’y arrivais pas. Sur aucun mot. Une ou deux fois, elle s’était enflammée. « C’est bon, tu l’as! Re-dis le pour voir… » Mais déjà je n’y arrivais plus. C’était juste le fruit du hasard ou de son imagination bienveillante. D’ailleurs, je n’entendais même pas la différence. Ce maudit quatrième ton…

J’ai attendu sagement que tous les élèves aient quitté la classe. J’avais très peur de me faire disputer. Mon cas était irrécupérable. Surtout avec le quatrième ton. Alors je préférais être seule face à la prof. Pourvu que j’arrive à la comprendre, au moins… sauver les meubles, quoi…

La prof n’était pas beaucoup plus âgée que moi.

Nous nous sommes retrouvées seule à seule, et paradoxalement, c’est elle qui avait l’air drôlement impressionnée. Elle s’est mise à me parler très vite, en chuchotant presque, et je n’ai rien compris du tout. J’ai fait un pauvre sourire, et je lui ai dit que désolée, mon chinois était vraiment très mauvais.

Elle a soupiré. Ca allait prendre du temps. Elle m’a dit que j’étais très jolie. Ah, ça y est, c’est bon, j’avais capté un truc. Je suivais… Et après, elle est a nouveau repartie à tout allure et je n’ai plus rien compris.

Une bonne demi-heure plus tard, je sortais finalement de la salle de classe, les jambes un peu tremblantes. Que diable allais-je donc faire dans cette galère? D’après les bribes confuses que j’avais réussi à attraper, ma prof avait des amis qui faisaient du cinéma. Il fallait que j’aille tourner dans leur film. Là, toute de suite. Je serrais entre mes doigts une petite boule de papier avec l’adresse. Je devais trouver un taxi pour m’y conduire. On m’attendait.

Les sentiers de la gloire

J’ai pris mon taxi. Au terme d’une heure de course, la voiture m’a laissée au pied d’un vieil immeuble, de style communiste, noirci par la pollution et par les ans. Il n’y avait aucun panneau, rien. Ca ne ressemblait pas à des studios de cinéma. Vous êtes sûr que c’est ici? Le chauffeur de taxi a chaussé des lunettes de myope, regardé à nouveau mon papier, de près puis de loin. L’a comparé avec le nom de la rue et le numéro du bâtiment. C’était bien là. Il m’a indiqué comment trouver mon chemin à l’intérieur. Tout était sur ce papier que je ne savais pas lire.

Je me suis engouffrée sur les sentiers de la gloire …

L’on m’a introduite dans un appartement exigu, effectivement transformé en minuscule studio de cinéma. La première salle était une loge. Deux filles chinoises étaient en train de s’y maquiller très généreusement. Elles étaient rudement jolies. Enfin pour la tête, je ne sais plus. Mais elles avaient des jambes longues, longues. Des lignes parfaites. Et pas trop de courbes. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient. Je me suis sentie petite et grosse. Mais qu’est ce que je faisais là?

Une assistante est venue à moi, un bloc note sous le bras. « Mais vous êtes qui? » Oh, Dieu soit loué… elle parlait anglais! « Qui vous envoie? » « Euh… ma prof de kouyu… » « Et elle s’appelle comment? »… Je réfléchis, je réfléchis… Impossible de m’en souvenir!… « Bon, c’est pas grave, vous êtes là, c’est le principal. On regarde d’abord ces deux filles. Après c’est à vous. Habillez-vous et maquillez-vous. » Puis elle a disparu.

Les sentiers de la gloire

Le costume que je devais enfiler consistait en une petite culotte blanche miniature, un bandeau assorti, pour cacher la poitrine, et une paire de baskets immaculées. La petite culotte était vraiment petite: j’ai pris le parti de la mettre par-dessus la mienne. Elle y était au moins. Pour le bandeau, en revanche, il y avait un souci. Je dépassais par-dessus et par-dessous. Il fallait être réaliste. La physique a ses limites. Quant aux baskets en 36 chinois, je ne pouvais pas y mettre le pied en entier.

J’ai attendu que la dame revienne.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas habillée? » « Euh si, mais je crois que je n’ai pas la bonne taille de seins… » « Vous ne pouvez pas essayer, quand même? » Si elle y tenait. Je lui ai explosé la couture, puis rendu avec de plates excuses. « Vous voulez que je fasse pareil pour les chaussures? » « Non, non, ça va aller… Bon, gardez votre soutien gorge et restez pieds nus, alors… »

« Vous ne vous êtes pas maquillée? » « Maquillée? Ah oui, pardieu oui, bien sûr, maquillée… Ben non, tenez, je pense que ca va aller comme ça… » Comme si je me trimballais au cours de kouyu avec du maquillage… Bref…

Elle m’a envoyée, un peu désabusée, dans la deuxième salle, qui était toute noire, avec des ronds au sol et de grosses cameras partout. Je ne savais toujours pas pourquoi on allait m’auditionner. Je n’avais pas pensé à demander non plus, d’ailleurs. A moins que ce ne soit un vrai film? Directement?

On m’a braqué de gros spots plein les yeux.

Bon, maintenant, présentez-vous. « En quelle langue? » « Mmm, c’est vous qui choisissez… » En même temps, ils ne parlaient pas français et moi pas chinois. C’était bien la peine de poser la question. De toute façon, je ne suis jamais très loquace au premier abord, et c’était bien pire il y a quinze ans. « Bonjour! Je m’appelle Bailan. Je suis française. » « C’est tout? » « Ben oui. Vous voulez savoir autre chose?… » « Mmm, ça va aller comme ça … »

« Alors maintenant, vous allez faire semblant de vous mettre de la crème sur le visage…

… et montrez bien au spectateur combien cette crème est agréable!… » J’appelle mentalement l’image depuis ma salle de bains. Je ne suis pas très cosmétique, alors pour aller plus vite, j’ai l’habitude d’étaler la crème sur toute la surface des mains, avant de me l’écraser sur la face en faisant « pfrrrrr » avec les joues. Ca ne ressemble pas trop à ce qu’on voit dans les pubs. J’en rigole toute seule, dans ma tête. Je me concentre. C’est pour ma prof de kouyu, tout de même. D’autant qu’elle ne m’a même pas disputée, finalement. Je fais de mon mieux. Je ne me sens pas convaincante du tout du tout. Au moins, grâce aux projecteurs, je ne vois pas la tête de ceux qui m’observent. Ca vaut mieux comme ça…

Les sentiers de la gloire

« Maintenant vous allez faire comme si vous vous mettiez de la crème sur les bras et les jambes. C’est une crème légère et douce… et après vous faites un tour sur vous-même. » Je me crème illico, et fais mon petit tour, au milieu du rond dessiné à mes pieds. J’entends un cri derrière les spots. « Non! Ca n’est pas ça du tout! Recommencez! » Euh… Bon. Je me re-crème. Et je recommence mon tour à l’extérieur du cercle cette fois-ci.

Nouvelle exclamation.

Une jeune femme n’y tient plus, sort de derrière les fils et vient me montrer. Elle se met de la crème et tourne en rond. Waw! On dirait qu’elle est dans une vraie pub! Ca a l’air si plaisant! Et même si ça n’a aucun sens de tourner en rond après, ça a juste l’air naturel! Bon, ben maintenant je sais que c’est possible. Dernière prise pour moi. Petit simulacre de plaisir cosmétique. Je dois ressembler à un canard qui s’épile…. D’abord je déteste me mettre de la crème: c’est collant, la crème. Et puis, vous savez, c’était surtout pour ma prof de kouyu, hein…

Curieusement, ils ne m’ont jamais rappelée…

 

Note: En 2005, les Occidentaux étaient souvent recherchés pour leur physique, en Chine. Ce bout d’essai n’était pas une blague. Par la suite, plusieurs de mes amis ont régulièrement figuré dans des pubs, des séries et des films. Une de mes connaissances est même devenue mannequin et a participé à pas mal de défilés, durant l’année universitaire. Moi, je suis retournée apprendre mes caractères. C’était plus sage, et plus en adéquation avec mes aspirations. Je n’ai hélas jamais réussi à prononcer mon quatrième ton.

 

Les sentiers de la gloire

Souvenir de la vraie émeute dont nous avons été a l’origine, lors de notre séance photo de mariage, à Shanghai

 

La formidable méprise du parc aquatique

J’avais très envie de partager avec vous cette anecdote du parc aquatique, que je trouve vraiment tordante.

Et aujourd’hui, c’est l’occasion ou jamais, vu le vide intersidéral de la semaine qui vient de s’écouler. Il fait gris et humide et orage en continue en ce moment. Il est bien difficile de sortir au sec, car nous voila de retour dans la période de la mousson, avec ses inondations, ses moustiques et ses fièvres intermittentes. A ce propos, si vous ne savez pas encore tout des tracas et poilades de la saison des pluies, je vous encourage à retourner lire mon billet de l’année dernière qui était plein d’anecdotes rigolotes.

Cerise sur la gâteau, la pluie nous a apporté la grippe. J’ai passé la moitié de la semaine à agoniser au fond de mon lit. Prenant la suite de Miss-Trois qui m’a gentiment cédé ses microbes, la bourrique. Maintenant c’est au tour de Papa-Tout-Terrain, le pauvre. Et de Petit-Deux, peut-être. Il sur la tangente. Miss-Trois vient en parallèle d’en reprendre pour un tour. Et moi j’ai renouvelé mon abonnement biannuel auprès de l’hôpital local. Youhou!

Bref, retournons à nos toboggans…

Au parc aquatique

Le temple du fond de la grotte – Tham Khao Prathun Bureau of Monks

Nous avons entendu parler d’un drôle de temple, aux confins de la province de Rayong. Ce temple du fond de la grotte, on ne l’atteint que par bateau. Plus encore, ce temple, on ne le découvre qu’au terme de la traversée d’une grotte marine.

Tôt levés, nous renouons vite avec les habitudes de nos week-ends: direction les sombres montagnes du nord de Rayong. Leurs formes abruptes témoignent d’un passé géologique torturé. Inhospitalières, touffues, infranchissables et souvent vierges, encore, de toute présence humaine. Certes, cette région ne ressemble pas à la Thaïlande des cartes postales. Elle est si belle, pourtant, que l’on y revient toujours.

 

Une balade dominicale pour les familles

La route sillonne entre les plantations d’hévéas, comme il y en a plein la région. Parce que les inondations et le climat tropical ne sont pas les amis du cantonnier, quelques plaques de goudron subsistent entre les nids de poule.

On arrive. Nous attendions un lieu intimiste et coupé du monde. Mais déception: c’est plein de voitures. Un garde nous fait nous garer dans un parking sillonné de tranchées boueuses. Nous sommes entourés de pick-up locaux et de voitures antiques. Les gens du coin sont venus en famille élargie, pour passer ensemble du bon temps, peut-être la journée. Ce sera l’occasion aussi de prêter ses respects aux divinités des lieux.

En Asie, on a la fibre commerciale. Un petit marché s’est improvisé entre le parking et le temple. L’odeur des douceurs locales nous chatouille les narines. Bien vaillants ceux qui résistent!

1 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Un premier sanctuaire est niché dans un repli de la paroi anthracite. Quelques pas plus loin, un attroupement. C’est le départ des bateaux, pour le temple du fond de la grotte. Je devrais dire des baquets, plutôt. C’est dans ces drôles de bassines que le pèlerin sera poussé et dirigé par des moussaillons immergés jusqu’à l’épaule. Les visiteurs se pressent dans un désordre organisé, que nous peinons à décrypter.

2 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Tout le monde est très occupé. Un vieux monsieur qui crie régulièrement dans un haut-parleur nous fait signe de retourner en arrière. Il nous faut des tickets. Pas d’anglophone, pas de panneaux. Nous tournons un peu. Une vieille dévote nous délivre finalement les précieux sésames. Il n’y a pas de prix. L’on verse son obole dans une urne destinée au temple.

Dans la confusion, Petit-Deux a décrété qu’il ne voulait plus prendre le bateau. Il n’aime pas les grottes, d’ailleurs. Les bateaux non plus. Et il a mal au genou.

 

L’aventure du bateau

On retrouve l’homme au haut-parleur. Ses invectives sont des numéros. On a le « 59 », il s’agit de prêter l’oreille! Je laisse Papa-Tout-Terrain se dépatouiller avec Petit-Deux. D’abord, il est bien plus persuasif que moi, et en plus il ne sait pas compter en thaï. C’est ça le travail d’équipe!…

4 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Une dame me tape sur l’épaule. Elle aussi a un bébé à la main. On compare. Mon modèle de un an, est plus grand que le sien, qui n’a que huit mois. On se flatte mutuellement. Puis elle a l’idée de faire faire « Hi five! » aux bambins. C’est facile comme tout, bien sûr. Les bébés voient tout de suite ce qu’on attend d’eux et sont enthousiastes. Ils ont la main molle et le regard fuyant. Petit simulacre: « Oh, c’est trop mignon »… Crotte, on en est déjà au numéro « 56 ». Re-crotte, une autre dame attend derrière avec un autre bébé à comparer. On échange quelques gouzis-gouzis gentils. Ca va être à nous… Fausse alerte, ils ont perdu le numéro « 52 ». Ca y est! Cette fois-ci, c’est à nous!

Il n’y a pas une seconde à perdre, tel un seul homme, la famille Tout-Terrain se rue sur l’embarcation. Le capitaine du baquet en reste interloqué. Ca tangue un peu. Le monsieur du haut-parleur dit des trucs. Mais on ne comprend rien. On découvre alors que la deuxième dame au bébé parle anglais. Elle nous explique alors gentiment la marche à suivre: baisser la tête et ne pas toucher la roche. Elle nous montre aussi un type en chaussettes et en habits de cycliste. C’est son mari. Il prévoit de rejoindre à pied le temple du fond de la grotte. Pendant qu’on papote, ca mitraille sévère, tout autour. Ce n’est pas tous les jours que l’on doit voir une famille d’étrangers par ici.

Le temple du fond de la grotte: voyage au centre de la terre

Le bateau s’enfonce maintenant dans les profondeurs de la terre. La faille dans laquelle nous nous engageons n’est ni large ni haute. Elle résonne du bruit des bateleurs et des rires de leurs passagers. Dans une atmosphère bon-enfant, un peu mystique, mais somme toute enjouée. J’ai envie de jouer à Pince-mi et Pince-moi, dans ma tête. C’est exactement le bateau que je m’étais toujours imaginé!

5 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

La traversée n’est pas très longue. Bien vite, nous débouchons de l’autre côté, dans un temple complètement entouré de rochers à pic. Ce n’est plus une grotte en tant que telle mais une cachette inviolable, une sorte de gouffre au cœur de la montagne. Loin, très haut derrière les rochers, on distingue quelques pans de ciel bleu.

L’atmosphère est étouffante d’humidité.

3 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

Les familles s’égaient en direction des différents autels. Prêtent leurs respects à Bouddha et à quelques divinités animistes. Beaucoup se sont habillés pour l’occasion. Certains portent encore les couleurs du deuil, en l’honneur du feu roi Bhumibol. D’autres ont choisi de « s’assortir » avec leurs amis ou leurs proches. On se photographie, on se selfie. En prières ou en offrandes. Ou avec Miss-Trois et ses boucles dorées, qui sont l’objet de toutes les curiosités.

Dans les renforts des parois, de nombreuses cavités naturelles ont été converties en chapelles. Certaines sont très profondes, et magnifiques de dentelles géologiques. Toutes suintent l’humidité. Le sol est recouvert d’une glaise visqueuse et luisante. (Nous compterons quelques chutes dans nos rangs.) Les roches dégouttent. C’est beau. C’est impressionnant. Ca a quelque chose de magique.

6 - Tham Khao Prathun Bureau of Monks - Le temple du fond de la grotte

 

Le petit marché de Tham Khao Prathun

Sur le chemin du retour, nous cédons finalement aux odeurs alléchantes qui s’échappent du petit marché. Saucisses thaïes, salade de papaye, petit pains à la vapeur, brochettes de porc caramélisées, riz gluant et fruits frais nous composeront un excellent déjeuner aux saveurs locales.

7 - La vieille dame aux dents rouges de noix de betel

Une Mamie aux dents rouges de noix de bétel s’est entichée de Miss-Trois. Elle la promène d’éventaire en éventaire, la présentant à ses copines vendeuses. Auprès de l’une de ses connaissances, elle négocie un esquimau artisanal. Je retiens son geste: Miss-Trois n’est encore qu’un bébé, tout de même…

 

Flâneries dans un autre « temple-grotte »

Nous reprenons la route en direction d’un sanctuaire voisin, repéré par Papa-Tout-Terrain. Le Wat Tham Wattana Mongkon est lui aussi dissimulé dans une cuvette au milieu d’un pic de roche sombre. On y accède via une arche monumentale dans la paroi.

8 - Wat Tham Wattana Mongkon

Le relief et les couleurs y sont à couper le souffle. Non loin, de petits ponts en dos d’âne enjambent un joli cours d’eau. Quelques singes juchés sur la falaise nous observent d’en haut. Malheureusement, tout est désert. Pas de fidèles, pas de prières. C’est beau, mais il nous semble que les lieux manquent un peu de ce petit supplément d’âme…

La balade au temple du fond de la grotte a laissé de grandes traces de boues sur nos chaussures. Sur le chemin du retour, Petit-Deux s’active pour nettoyer les siennes: il déteste avoir les pieds sales. Petit-Un astique plus mollement, surtout parce qu’on lui a demandé de le faire. On l’entend soudain s’exclamer. Dans un rugissement de fierté, il montre à son frère: « Regarde! J’ai des chaussures en 32 ans! » Admiration non feinte. Sourire complice des parents.

 

 

Le Tham Khao Prathun Bureau of Monks en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.123835, 101.597555
  • L’entrée est libre. On fait une offrande de son choix au moment où l’on demande le ticket pour prendre le bateau de la grotte marine
  • Le temple est d’accès libre, il n’y a donc pas d’horaires. Malgré tout, gardez en mémoire que les activités en Thaïlande ne commencent souvent pas très tôt, et ne finissent généralement pas très tard. Il me semble raisonnable de penser qu’entre 10h30 et 16h, on trouvera des personnes pour conduire les bateaux.
  • Compter 1h30 à 2h pour la visite, en comprenant le temps d’attente pour le bateau. L’attente en soi est un moment d’observation très vivant et intéressant.

 

Le Wat Tham Wattana Mongkon en pratique

  • Coordonnées GPS: 13.095763, 101.607254
  • L’accès au temple est libre.
  • Comptez entre vingt et trente minutes pour vous imprégner des lieux et de leur atmosphère.

 

Retour de vacances en famille

Voila, c’est fait! Veni, vidi, vici. Nous sommes partis. Nous avons profité. Et nous voila (déjà) de retour de vacances.

Ca vous semble banal, des vacances en France? Rien de plus exotique au contraire!

C’était pour nous l’occasion privilégiée de (re)découvrir tout ce qu’on ne verra jamais en Thaïlande…
  • On a cueilli des tomates, des mûres, des pommes, des pêches, des poires, des framboises et même une courgette!
  • Pique-niqué d’un bout de Saint Nectaire partagé en famille, à même le morceau, vu qu’on n’avait pas de couteau. (Et autant dire que chacun s’est battu –bébé compris- jusqu’à la croûte, pour ne pas en perdre une miette!)
  • Cherché (mais pas trouvé) des champignons
  • Cherché (et trouvé) les œufs des poules
  • Vu de tout mignons lapinous qui venaient de naître
  • Découvert que les ronces ça pique et que les orties ça gratte
  • Acheté « Boule et Bill » dans une brocante
  • Mis un jean, et même un pull, une fois!
  • Bu de la Suze (oui oui), de délicieux pinards, et de la liqueur de Vieille Prune remontée de la cave
  • Siroté l’eau à même le robinet, l’eau du bain, et l’eau de la pataugeoire
  • Laissé les portes et les fenêtres ouvertes tout le temps, sans crainte des serpents
  • Fait de la confiture maison et de la compote avec les fruits du jardin. (Et ça n’était ni des bananes ni des papayes.)
  • Cerise sur le gâteau, on s’est même fait piquer par une guêpe et par une tique

Avion - Retour de vacances

… Et surtout, on a profité de la famille et du plaisir de laisser glisser sur nous les journées en ne faisant rien qu’à prendre du bon temps…
  • On a fait du vélo, joué aux quilles, fait la roue, construit des bateaux d’écorces et on les a fait naviguer dans les ruisseaux
  • Ecouté des histoires sur les genoux des grands parents
  • Fêté les anniversaires passés, présents et futurs
  • Joué à la bataille, aux dames, au Scrabble, au Super Cluedo et à la belote (respect à la sainte qui a entrepris d’enseigner ça à trois minis excites comme des puces)
  • Câliné et serré dans nos bras les petits nouveaux et adorables bébés qu’on ne connaissait pas encore. Et ceux qu’on connaissait déjà, aussi.
  • Ri, batifolé, joué, et cuisiné des gâteaux en mangeant la moitié de la pâte avant de les faire cuire

… Bref, on n’a rien fait de spécial, mais ces petits riens, c’est tout un monde, pour nous. C’est l’énergie et l’amour de nos proches dont on fait des réserves pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Et on repart bien sur un peu tristes, mais tout regonflés de ces éclats de bonheur et de ces beaux moments partagés!

Puis voilà, on est de retour de vacances

…et bien vite, on a retrouvé l’Asie qu’on aime et le pays du sourire…

A l'aeroport - Retour de vacances

La presqu’île de Sattahip

Sattahip est une importante base navale de l’armée Thaïe. Ils ont de la chance, d’ailleurs, les militaires, car cette côte située au sud de Pattaya est magnifique! La roche est sombre et taillée brusquement par les marées. Recouverte par endroits de grandes touffes tropicales, d’un vert profond. Parsemée de plages de sable blanc. Et de villages de pêcheurs aux couleurs vives.

Bord de mer a Sattahip

Mais le problème, quand on est étranger, c’est qu’on est toujours un peu suspect aux yeux des soldats. J’ai beau leur soutenir que je suis aussi inoffensive qu’un calamar –et c’est vrai-, leur job consiste à se méfier de moi. Du coup, certaines plages nous sont interdites. D’autres sites ne nous sont ouverts que sur autorisation préalable. Et certains fluctuent en fonction du contexte politique.

Malgré ces restrictions, Sattahip est devenue une sortie de prédilection, pour nos week-ends contemplatifs ou paresseux. On longe les baraquements. On dépasse les champs d’entraînement. Et l’on débouche sur la mer.

 

Sattahip, au bord des flots

Tout au bout de la presqu’île, une petite promenade sur pilotis longe la côte. Elle démarre dans une mini mangrove. A marée basse, on voit des crabes, des coquillages et des pêcheurs. Parfois des tortues. A marée haute, les eaux claires et peu profondes sont peuplées de poissons effilés, presque transparents, et dont le long nez se termine en un point jaune. Papa-Tout-Terrain trouve qu’ils ressemblent à des crayons.

Ballade en bord de mer - Sattahip

On aime bien cet endroit. On peu y admirer le bleu de la mer. Les îles éparpillées. Le village et les bateaux des pêcheurs. Le ponton est bien pratique aussi: impossible d’y perdre les enfants! Ils vont et viennent et font la course. Avisent un oiseau. S’arrêtent et le regardent. Puis l’oublient aussitôt et repartent en sautillant.

Ce week-end, on a trouvé un poisson trépassé. Étonnement. Puis observation poussée. « Tu crois qu’il est vraiment mort celui-là? » La bouche ouverte et le ventre en l’air, il y a des chances, oui, mon chéri. « Ouah, c’est génial! On n’en voit pas souvent des poissons morts! » C’est en effet une façon de voir les choses…

Ballade en bord de mer - Sattahip

 

Des myriades de poissons tropicaux

On poursuit sur la jetée. De là, on peut attraper un ferry pour passer la journée sur des ilots tout proches. Nous n’avons pas encore tenté l’expérience, car longtemps, les enfants ont peur en bateau. Il n’est pas certain, du coup, que les étrangers soient admis. Mais nous nous sommes promis d’aller y voir, bientôt…

Ballade en bord de mer - Sattahip

Sur la langue de béton, nous nous enfonçons vers la mer. Les poissons tropicaux se font plus nombreux, plus vifs, plus colorés et contrastés! Depuis peu, un panneau interdit de les nourrir. Mais auparavavant, quand on leur lançait des miettes de pain, ils accouraient par centaines et jaillissaient des vaguelettes en une écume arc-en-ciel. Nous ne nous lassons pas de leur spectacle, qui nous semble à chaque fois, rare, unique et presque irréel.

Poissons tropicaux en pleine mer

La promenade n’est pas longue. Une petite heure au maximum, en prenant son temps et en s’arrêtant à chaque poisson. Mais après ces quelques pas, nous voici pleinement dans l’ambiance lumineuse et marine de la presqu’île de Sattahip. En complément, nous nous arrêterons sûrement dans la ferme d’élevage des petits Nemo, à quelques pas de là.

L’authenticité du village de pêcheurs

Nous faisons un petit saut dans le village voisin. Un village de pêcheurs. Nous détonnons un peu, avec nos habits de touristes et notre marmaille animée. On nous considère avec étonnement. Sitôt une mamie s’approche. Un guili-guili sur la joue de Miss-Trois. Et nous voilà immédiatement adoptés. « Sawadeekap » tonitrue Petit-Deux avec sa bouille de fripon. La vieille dame se retourne. Miss-Trois est délivrée illico de ses assauts affectueux. Elle cache son tout petit visage bien profondément dans mon cou. Elle sent bon le bébé. Et la Vache-Qui-Rit, aussi.

La mamie poursuit maintenant Petit-Deux de ses ardeurs. La nouvelle cible vient trouver refuge dans mes jupes. Ou plus exactement en coinçant sa tête dans la jambe de mon short baggy. Me voilà bien. Immobilisée pour ne pas choir, je garde une contenance sévère mais bienveillante, et surtout fort digne.

Bateaux de peche

Bredouille, la malicieuse même se rabat sur Petit-Un. Lui est visiblement tombé en extase devant un bateau qu’on décharge. (Et ça sent très fort le poisson.) L’air de rien il lui balance trois mots thaïs bien placés, que je n’entends pas. La vieille dame manque de tourner de l’œil d’admiration. Elle s’éloigne au petit trot, répétant à voix haute les mots de ma progéniture prodigieuse. Plein de fois. Sûrement pour être bien entendue de toutes ses vieilles copines un peu sourdes.

(En vrai, Petit-Un possède seulement une cinquantaine de mots à son vocabulaire thaï, dont zizi, bain, pardon, riz et aisselle. Je ne sais vraiment pas comment il arrive à appâter ainsi les vieilles dames. Mais, de façon incroyable, il fait mouche à chaque fois! Vrai de vrai!)

Bateaux de peche a Sattahip

Le temple qui surplombe la mer

Quelques centaines de mètres plus haut, un temple bouddhiste, le Luang Pho Dam Khao Chedi. Il surplombe le village, l’atoll des îles toutes proches, une petite crique dédiée au snorkling, et les flottes colorées des pêcheurs de la côte.

Arrêtez-vous pour faire tinter des cloches à la file indienne. Trois coups pour chacune. Elles vous apporteront la bonne fortune.

File de cloches au Luang Pho Dam Khao Chedi

Aux jours de fête, les fidèles se pressent dans le temple, se confondent en offrandes et en adorations variées. On écrit des ex-voto sur des tuiles vernies aux couleurs vives. Puis on les fait consacrer par la prière d’un moine. En l’échange de quelques offrandes, en numéraire ou en nature, le religieux donnera un bracelet de fil, qui adoucit les destinées. Ensuite, l’on disposera de petites statuettes autour de l’autel qui donne sur le large. Pour la santé. La richesse. De bonnes affaires. Ou tout autre petit commerce qui occupe le commun des mortels.

Vue du Luang Pho Dam Khao Chedi

 

A table!

Mais surtout, on ne quitte jamais Sattahip sans s’y être copieusement restaurés de crevettes gargantuesques, tout juste sorties de l’eau. Ou de poissons frais aux écailles rutilantes. Au barbecue, frits, ou pochés. Ou les trois, plutôt. Même le riz frit, si rustique, y est succulent.

Notre restaurant préféré a vu grandir les enfants. Petit-Deux a rampé sur ses tables, il y a bien longtemps. Aujourd’hui il y chevauche de vieux pneus suspendus en guise de balançoire, avec la même énergie obstinée et rieuse.

Restaurant Sattahip

Il est temps de rentrer, mais nous ne repartons jamais les mains vides. Détour obligé par le marché local! Il donne d’un côté sur la route, et de l’autre sur la mer. Depuis le large, les pêcheurs déchargent leurs poissons des bateaux dans les arrière-boutiques.

Marche de Sattahip

Devant les carapaces robustes et les écailles brillantes, nous nous laissons porter par la promesse d’un joli festin. Car ce soir, chez nous, ce sera barbecue! Nous en salivons tous d’avance, car à la maison, petits et grands raffolent de ces délices de la mer…

Marche de Sattahip

 

En raffolons-nous trop d’ailleurs?… Peut-être devrais-je m’interroger, depuis cette récente question de Petit-Deux…

(Il faisait référence à sa fracture de l’humérus de l’année dernière… bien sûr…)

(L’intéressé, présentement en vacances, a tenu à colorier lui-même « son » histoire.)

 

***Merci à ma petite sœur qui m’a gentiment fait remarquer que l’on écrit « arête », et pas « arrête ». D’ailleurs, pour ceux que cela intéresse,  l’« arête » (…) descend du nom latin arista, « barbe d’un épi » (source).