Trouver une Mary Poppins à l’étranger

On lui confie ce qu’on a de plus précieux: nos enfants. On attend d’elle qu’elle soit là pour eux, là pour nous, et qu’elle nous représente en toutes circonstances. Pas facile de recruter une « nanny » parfaite, et d’entretenir, dans les deux sens, une relation sereine sur le long terme. Voici les petits trucs issus de notre expérience… et finalement, on ne s’en n’est pas trop mal sortis, puisque nous avons trouvé deux perles, d’abord en Chine, puis maintenant en Thaïlande.

 

Recruter une nounou

A chaque marché ses spécificités, son offre et sa demande propres. Commencez par vous rapprocher des familles étrangères à proximité pour connaître les façons de faire, les niveaux de salaires, les attributions habituelles des nounous, ce qui vous permettra à votre tour de formuler le périmètre de vos attentes. A Shanghai, nous étions passés par une agence de recrutement spécialisée, et il semble que cette possibilité existe dans la plupart des grandes villes. Quand nous sommes arrivés dans notre campagne thaïlandaise en revanche, il a fallu nous tourner vers des intermédiaires: d’autres nounous qui nous présentaient ensuite leurs copines.

Un entretien avec la ou les candidat(e)s est primordial, avant de prendre sa décision. Dans l’idéal, préparez à l’avance une grille de vos questions, de vos exigences minimum et de vos limites en termes de conditions et de salaires. En Chine, notre agent était en charge de la traduction lors des rencontres, et nous avions étudié chaque point en détail. Après avoir soumis une bonne demi-douzaine de candidates à un questionnaire détaillé, nous avons finalement opté pour la personne entre les bras de qui Petit-Un avait eu l’air de se sentir bien immédiatement.

En Thaïlande, je n’avais pas de traducteur, seulement une intermédiaire à l’anglais très approximatif. Au bout d’une bonne demi-heure, j’avais juste compris que ma candidate avait deux grands adolescents, et l’air de bonne volonté. J’en ai déduit qu’elle avait réussi à élever au moins deux enfants en les gardant entiers, ce qui était un point positif. Le feeling passait bien, Petit-Deux l’avait visiblement tolérée (c’était déjà énorme pour Petit-Deux) et comme je n’avais pas encore trouvé de travail, je savais que je resterais à la maison encore quelques semaines pour veiller au grain. Nous avons donc tente –et parfaitement réussi- l’aventure ensemble.

Nos choix finalement ont été moins rationnels qu’intuitifs, mais en définitive c’est sur des valeurs relationnelles que se construit ensuite le quotidien avec une nanny. Dès l’accord de principe, et afin de partir sur des bases saines, il est décisif de bien se mettre d’accord sur les conditions de l’embauche: salaire, horaires et durée du travail, bonus, rémunération des heures supplémentaires, conditions d’augmentation, congés annuels… En Chine comme en Thaïlande, peu de nannies ont un contrat de travail, mais l’accord conclu est une sorte de gentleman agreement qu’il convient de respecter de part et d’autre.

Il est très recommandé de demander une visite médicale, préalable au début de l’activité. Beaucoup d’hôpitaux proposent des check-up en package, à ces fins. Il y a en général au moins vérification pour le VIH, diverses hépatites, et la tuberculose (très important dans les pays asiatiques en développement).

 

Quelles taches lui confier?

Chacun déterminera ses priorités pour sa nounou, en fonction de la situation familiale. Chez nous la question ne s’est guère posée, car les deux parents Tout-Terrain ont toujours travaillé à plein temps, avec des horaires assez long. La priorité numéro un est donc celle de s’occuper des enfants: finir de les préparer pour l’école si besoin, les récupérer après l’école, les faire manger, et organiser des activités et rencontres avec les copains pour les temps de loisir. Nous avons tendance à insister sur l’aspect socialisation pour deux raisons: d’abord, nous trouvons nos enfants plus épanouis s ils ne fonctionnent pas uniquement en circuit fermé, à la maison, et d’autre part, beaucoup de nounous préfèrent elles aussi pouvoir sortir, rencontrer leurs homologues, discuter, échanger… bref, ne pas être coupées du monde.

Quand les enfants sont à l’école ou dorment pour les plus petits, les nannies sont généralement en charge du gros du ménage. A chacun son niveau d’exigence. Chez nous, il suffit que ce soit vivable, mais nous ne regarderons pas la poussière sur le dessus du congélateur (bon, le jour où il y a eu des cafards morts là-haut, on a fait une petite réflexion, toute de même…).

Les culottes sechent

En raison de nos nombreux enfants –deux c’est « nombreux » en Chine- et de nos longs horaires, nous avons proposé à nos nannies de leur recruter une petite main, en charge de l’entretien de la maison. A Shanghai comme en Thaïlande, l’expérience s’est mal finie, avec crêpage de chignons à la clé: « tu nettoies mal! », « les enfants que tu devrais garder salissent tout ce que je nettoie! »… La morale de l’histoire est que dans les deux cas, nos nannies d’origine préféraient faire le travail, mais pour un salaire augmenté. Au final, ces petites problématiques se résolvent plutôt facilement via une communication régulière et franche.

Dans beaucoup de familles, les nannies sont aussi en charge des repas, et parfois même des courses. Comme les personnes qui travaillent pour les familles étrangères sont souvent spécialisées sur le marché « expat », beaucoup de nounous ont acquis des compétences culinaires qui dépassent les spécialités locales: des lasagne au kimchi, en passant par le bœuf bourguignon ou la quiche. C’est pratique pour gagner du temps… Chez nous, on aime trop cuisiner en famille pour déléguer ca a quiconque! Pourtant, peut être une fois par mois, notre cordon bleu nous fait la surprise de nous préparer des rouleaux de printemps, de la salade de papaye ou un curry Massaman. C’est exceptionnel, et du coup toujours très plaisant!

Salade de Papaye

Enfin, à force de bonne entente et de confiance acquise, notre nounou a progressivement pris sous sa responsabilité la gestion de l’ensemble des petits tracas de la maison: vérifier, gérer et payer les factures, organiser les petits travaux de maintenance, commander des bidons d’eau ou des fruits pour les enfants… Elle a, à sa disposition permanente, une boite de menue monnaie pour les dépenses du quotidien, ce qui est bien plus pratique pour tout le monde!

 

Quel salaire? Et comment entretenir de bonnes relations?

On rencontre deux types de stratégies salariales, chez les expats. Certains estiment qu’il n’est pas logique que le salaire de leur nanny ne dépasse le salaire moyen local, d’autres ont le raisonnement inverse. Nous faisons plutôt partie de la seconde catégorie. Payer à notre nanny un salaire élevé pour le marché nous permet en premier lieu de nous assurer de sa stabilité à son poste. En Thaïlande comme en Chine, l’on change facilement d’emploi. A salaire égal, les employés sont vite tentés d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte, si bien que l’industrie compte des taux de turnover de l’ordre de 15 à 20%, parfois plus. Cet aspect est d’autant plus primordial chez nous, où les deux parents travaillent.

Le salaire ne représente cependant qu’un aspect d’une relation sereine avec une nounou. A notre départ de Chine, nous avons découvert avec stupéfaction qu’ayant –contractuellement- mal indexé les hausses de salaires sur le coût de la vie, la rémunération de notre nounou était passée dans une tranche basse, sans même qu’elle ne nous en informât. Sans doute parce qu’elle se sentait bien chez nous et surtout dans notre environnement. Nous sommes en particulier absents toute la journée. Cela laisse à nos nannies le loisir d’inviter à tout moment d’autres enfants et leurs nounous, pour jouer ou le temps d’un repas. La famille de notre nanny passe aussi chez nous régulièrement, sans que cela ne nous pose problème. Son mari vient parfois déjeuner –et apporte toujours une surprise aux enfants, sa fille passe souvent faire ses devoirs en sortant de l’école, avant de jouer avec les petits… Finalement, l’équilibre se trouve par des arrangements réciproques, qui rendent le quotidien plus agréables à tous, et permettent l’établissement d’une profonde confiance mutuelle.

Crepes

 

Quelles limites poser?

Bien sûr, la question se pose à chaque fois que l’on confie à un tiers la responsabilité de son ou de ses enfants, mais a l’étranger, il me semble que la problématique est exacerbée, dans la mesure où les différences culturelles peuvent lourdement influer sur les usages et la façon dont on élève les enfants.

En Chine par exemple, un enfant dont l’on prend bien soin est beaucoup nourri… beaucoup trop à mon sens. En outre, il est de bon ton que les bébés et les jeunes enfants, à partir de trois mois, consomment au moins un œuf par jour. Notre nounou m’expliquait avec regret que dans son jeune âge, sa fille avait manqué de nourritures suffisamment riches, ce qui expliquait sa petite taille. Entre autres raisons, beaucoup de Chinois ont connu la faim ou tout du moins les privations, et veulent inverser la tendance pour les générations suivantes. Le sujet tenait très à cœur à notre nounou, et il m’a toujours été très difficile de la pousser à réduire les quantités des repas.

Avec notre nounou actuelle, les sujets de désaccord que j’ai pu rencontrer étaient moins graves, mais parfois source d’étonnement. Ainsi, durant notre première année en Thaïlande, elle habillait nos deux tout le jour –et tous les jours- en pyjama. J’avais fait deux piles, « vêtements de jour » et « vêtements de nuit », expliqué et réexpliqué… En vain. A la maison ou à l’extérieur, ils ne portaient que des pyjamas – changés et lavés le matin et le soir. Rien de grave donc. J’avais juste un peu honte vis-à-vis des voisins… Ca faisait style les parents qui n’achètent pas de vêtements « civils » à leurs enfants. A force, nous avons compris que la nounou considérait nos vêtements de jour comme trop inconfortables. Nous avons un peu modifié la garde-robe avec le temps, et la question s’est résolue d’elle-même.

Les Chaussettes sechent

Il est finalement primordial de savoir être pragmatique, de fixer des limites pour les quelques points sur lesquels on ne veut pas transiger, et de rester flexible sur le reste. Par exemple, chez nous, les exigences fondamentales consistent en des repas un minimum équilibrés, et pas ou très peu de télévision.

Ces principes pacifiques et modérés sont d’autant plus importants en Asie, où l’on évite en général les conflits frontaux. Celui qui se fâche a rarement gain de cause, et si l’interlocuteur se tait, cela signifie plutôt qu’il fera bien ce qu’il veut, une fois l’orage passé. De même, si quelqu’un m’affirme que « c’est une question de culture », tous les voyants sont au rouge: en clair, mon opinion ne sera simplement pas respectée. D’où l’intérêt de choisir ses batailles et de les prioriser. Et finalement, si l’on confie ses enfants à une nounou, c’est déjà qu’on accepte qu’elle élève nos enfants pour nous en notre absence, et qu’on lui fait assez confiance pour prendre les bonnes décisions à notre place, non?

 

Et les questions linguistiques?

Curieusement, la barrière de la langue s’est toujours très vite estompée, dans nos expériences. On part sur l’accord de principe fondamental de faire le meilleur pour les enfants, et l’on fait tout pour s’entendre et se comprendre au mieux. Au pire on utilise Google image, des gestes, des exemples, mais on s’en sort toujours. Dans les mauvais jours, nos nounous n’ont pas donné aux enfants que j’avais préparé pour eux au frigo ou oublié de repasser une chemise urgente… bref, pas la fin du monde, quoi!

Quant à nos (petits) enfants, ils s’embêtaient encore moins, et ont au début utilisé n’importe quelle langue un peu au pif, avec leurs nouveaux interlocuteurs. A notre arrivée en Thaïlande, ils communiquaient ainsi en majorité en anglais avec leur nounou, mais complétaient au besoin avec des mots français, des mots thaï, du dialecte thaï (j’ai ainsi appris que « slip » se disait « slip » dans un dialecte de la frontière du Laos), et des mots inventés. Ca, entre parenthèse, ça a été un grand étonnement pour moi de les entendre parler tous les trois en utilisant un mot clairement ni français ni anglais, de poser la question de s’il s’agissait d’un mot thaï, et de m’entendre répondre que non pas du tout, c’était juste un mot qu’ils utilisaient ensemble, dans tel ou tel contexte!

Avec le temps, le recours à l’anglais pour la maison et les copains s est uniformisé, tandis que le thaï est généralement utilisé avec les intervenants extérieurs locaux et pour les chansons.

 

En conclusion bonus, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter cette anecdote, qui date du temps où nous étions en Chine… Un matin alors que je partais pour mon usine, notre nounou, une dame respectable d’une cinquantaine d’année, me lance un « Je t’aime! » sonore, dans le couloir. « Comment? Plait-il? »… Elle m’avait entendu, chaque jour, répéter ces mots à Papa-Tout-Terrain, lorsqu’ il s’en allait travailler, et en avait déduit que c’était une façon de se souhaiter une bonne journée…

 

 

Fiches Pratiques à télécharger:

 

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2 réflexions sur « Trouver une Mary Poppins à l’étranger »

    1. En dessous de deux ans ou deux ans et demi, il n’existe pas vraiment de structure qui prenne en charge les enfants dans ma region. (Peut-etre a Bangkok?) Habituellement en Thailande, les grands-parents gardent les enfants tant qu’ils ne sont pas scolarises…
      Par ailleurs, pour les enfants c’est un vrai confort d’avoir une nounou qui vient a domicile: pas besoin de les reveiller, de les habiller, de les sortir ou de leur imposer un rythme le matin! Ca c’est vraiment chouette pour eux!

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