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Mai 06

Le village des Cobras Royaux – Khon Kaen

Petit-Un a bientôt cinq ans et il devient coquet. Ce matin il se mouille les cheveux pour les faire se dresser sur la tête, comme s’il avait du gel. Il est très content de son effet et se pavane en souriant: « Regardez, j’ai une tête de cafard! » Nous le trouvons très beau, pour sûr… mais pourquoi la tête de cafard?… Depuis, il est revenu vers nous plusieurs fois avec la même expression, et dans le même contexte, sans que nous ne puissions élucider l’origine de sa formule. D’où la métaphore peut être bien venir? Avez-vous une idée?

Apres le musée archéologique de Ban Chiang et le musée des dinosaures de Kalasin de la veille, nous nous reposerons avec une attraction plus frivole: le village des Cobras Royaux, au nord de Khon Kaen.

 

Une attraction des campagnes

Nous nous attendions à un ensemble d’activités très organisées pour les touristes et découvrons avec un peu d’étonnement un village plutôt marqué par l’amateurisme et le folklore. A l’entrée, une vague barrière se dresse au milieu de la route. Une mémé, quelques-unes de ses copines, et deux ou trois de ses petits-fils -une bière à la main, nous vendent un droit d’entrée imprimé sur un timbre-poste, et pour une somme dérisoire. On paye au véhicule, pas au passager.

Un peu plus loin, des baraquements aussi irréguliers que les dents d’un vieillard semblent se soutenir mutuellement pour ne pas tomber. Il s’agit de magasins de babioles, de colifichets, de médicaments et de fortifiants traditionnels à base de serpents et autres herbes. En devanture sont exposes de gros serpents dans des cageots métalliques. La plupart n’ont pas de couvercle. Il suffit d’étendre le bras pour… brrr, on ne va pas étendre le bras, en fait!

Voir autant de serpents n’est pas très rassurant, en fait. Les gens d’ici ont l’air habitués. Mais moi pas. Je jette un coup d’œil dans les recoins, histoire d’être sûre qu’il n’en traîne pas qu’on aurait oublié. Devant la cage d’un énorme boa albinos est affichée la photo de la fillette de la maison, endormie entre les circonvolutions de la bête, qui dort également. Etrange animal de compagnie.

J’imagine bien que la photo n’est qu’une démonstration à destination des touristes, afin de provoquer le chaland, car on prend grand soin des enfants en Thaïlande… mais bon, je n’éprouve guère de plaisir à voir de tels clichés. Je suis rassurée tout de même de noter que les enfants n’ont aucune velléité de s’approcher des bestioles. Vivre en Thaïlande a ceci de positifs qu’ ils connaissent bien les risques que peuvent représenter les reptiles, et qu’ ils savent également quelle est la conduite appropriée à tenir, en cas de rencontre fortuite avec l’un de ces animaux.

 

Un spectacle très local

Guidés par les harangues de la foule, nous atteignons un chapiteau branlant où sont données les représentations du spectacle de serpents. Les gradins sont déjà pleins à craquer, et d’ailleurs ils craquent un peu, car ils ne sont plus de première jeunesse. On s’installe tout en haut, le plus loin possible de la scène et de ses reptiles. Les enfants ne sont pas rassurés devant les planches disjointes de la plate-forme. C’est vrai qu’avec leurs toutes petites fesses, je comprends qu’ils aient un peu peur de tomber dans le trou. Avec Papa-Tout-Terrain, nous essayons de boucher les plus gros vides de nos plus grosses fesses, et maintenons fermement les enfants de nos grands bras.

La foule est très locale, animée, colorée et bruyante. Plusieurs parents, ravis de voir des blondinets en vrai, nous traînent leurs jeunes enfants pour tenter d’établir le contact. Leurs rejetons n’ont pas plus envie que les nôtres de lier connaissance. Les parents, très motivés en revanche, agitent la main de leurs petits pour saluer les nôtres. Par politesse, nous encourageons les garçons à donner le change, en sachant bien qu’ils ne le feront pas. On leur a déjà fait mille fois le coup. Depuis leur naissance en fait, parce qu’en Chine c’était tout pareil. Je trouve ces attentions gentilles et même souvent émouvantes, mais je comprends bien que nos enfants ne partagent pas mes sentiments. D’autant que très souvent, l’histoire finit avec une mamie qui leur caresse la joue, leur tripote les cheveux ou leur pince le bras… les pauvres, ce n’est pas très rigolo tout de même.

 

Une représentation dont je garde un goût équivoque

Le spectacle s’ouvre sur des gamines un peu désabusées qui dansent avec des serpents autour du cou. Elles sont mignonnes comme tout mais n’ont pas l’air très enthousiaste. Elles semblent même carrément s’embêter.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Et puis, juste pour faire ma relou… sur le principe déjà, ça ne me plait jamais tellement de voir des spectacles ou sont mis en scène des enfants… même pendant les vacances scolaires comme c’est alors le cas… mais alors, quand les enfants jouent avec des serpents, là, c’est le pompon! Bref, je peine quelque peu à me décontracter, même si Papa-Tout-Terrain m’assure que les bestioles sont inoffensives.

Arrivent des hommes adultes, chargés cette fois ci des démonstrations avec les cobras royaux. Il faut être honnête, c’est beau et impressionnant. Il est intéressant de noter que chacun à « son » serpent, qu’il taquine pour le faire se dresser et simuler une attaque. Un serpent, visiblement fort irrité, je jette soudain sur son dresseur, qui adroitement, l’évite. Pris par son élan, le serpent fond sur la foule. Cri d’effroi. A la dernière seconde, l’homme rattrape la bête par la queue. Soupir de soulagement dans le public. Bon, en fait, l’élément n’avait rien d’imprévu et chacun des dresseurs nous fera plus ou moins le même coup. Il n’empêche que je suis bien contente que nous nous soyons installés tout en haut des gradins.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

De jeunes adolescents reproduisent ensuite des séquences similaires, cette fois avec des serpents inoffensifs, mais plus courts et beaucoup plus agiles. Petit Deux me tape sur l’épaule, d’un air un peu choqué: « Il ne faut jamais toucher un serpent! Si l’on voit un serpent, il faut appeler Papa, Maman ou la nounou! » Bon, au moins quelqu’un qui garde son sens commun! Cela me rassure assez.

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Le spectacle se termine. Je commence à respirer. De gros bonhommes surgissent alors en bas des gradins avec d’énormes reptiles sur les épaules. Ils les jettent presque dans les bras des spectateurs, pour initier des séances photos. Je prends mon regard le plus courroucé et le plus agressif pour qu’ils ne s’approchent pas des enfants. Peut-être même ai-je réussi à avoir une tête qui fait peur, parce que personne ne nous fera de forcing!

Le village des Cobras Royaux - Khon Kaen

Bien plus intéressant, sur la scène, une vieille dame tient immobilisé un énorme cobra royal. Les touristes locaux s’en approchent respectueusement, en file indienne, et frottent le serpent avec des billets. Est-ce pour la richesse? La chance? Il y a clairement des croyances anciennes là-dessous… Même après coup, je ne réussis pas à comprendre exactement la place et le rôle du cobra, dans la société Thaï contemporaine. Dans ce contexte il est visiblement révéré. Dans le contexte de notre quotidien, si l’on rencontre un cobra, on le tue direct, sans autre forme de procès –et mieux vaut ça que l’inverse!

Je sors mal à l’aise du spectacle. D’abord parce que je n’aime pas tellement mettre nos enfants en contact avec des serpents. Et aussi parce que je trouve que ces pauvres bêtes seraient bien mieux, tranquilles, dans la nature… Mais en même temps, cette foule locale qui se passionne, ce village qui vit depuis des générations de la capture et du dressage des serpents, ces rituels de vénération des cobras… Il y a quelque chose de la culture d’ici à voir et à ressentir… Je n’ai pas aimé mais quelque chose m’a plu pourtant… Si j’avais su tout ça, est ce nous y serions allés en famille?… En fait, je ne le sais même pas…

 

Activités connexes et babioleries

Sur le chemin de la voiture, nous avisons une tente un peu à l’écart, où des visiteurs très excités parient visiblement de l’argent à des jeux de hasard. En dehors de la loterie nationale, les jeux d’argent sont théoriquement interdits en Thaïlande… En pratique ils sont tolérés tant qu’ils restent discrets –c’est ainsi qu’aux heures de pause, je vois souvent parier les ouvriers de mon usine… C’est tout de même la première fois que nous voyons des joueurs s’afficher autant, et qui plus est dans un lieu public.

Petit-Un demande ce qu’ils font. Nous expliquons succinctement. Petit-Deux hausse les épaules, avec l’air du mec qui a bien compris: « Ah, ils jouent à Batawaf!… » Batawaf est leur grande passion du moment: un jeu de cartes, équivalent a la « bataille » avec des personnages « chien ». C’est un jeu très amusant et qui a beaucoup de succès chez nous… quoi que je doute fortement qu’il s’agisse du support privilégie des parieurs Thaïs!

Le mytique Batawaf

Papa-Tout-Terrain s’est éclipsé. Les enfants profitent de ce moment de flottement pour négocier un tour de manège. Autorisation immédiatement accordée: des serpents –et leurs maitres- continuent à trainer çà et là. Tant que les garçons sont sur un manège, ils ne seront pas en train de faire des câlins à des cobras! Papa-Tout-Terrain revient, triomphant: il a déniché un magnifique instrument de musique à cordes pincées, que nous entendons souvent lors de concerts de musique locale. Quelle belle idée et quel joli souvenir à rapporter chez nous! J’ai d’ailleurs cherché sans succès la dénomination de cet instrument… Si quelqu’un peut m’aider, n’hésitez pas à me le mettre en commentaire…

Nos souvenirs

 

Balade avortée au parc de Nom Phung

Nous avons prévu, pour l’étape suivante, une visite du temple qui domine le lac d’Ubolratana, suivie d’un tour au parc national de Nam Phong. Nous espérons profiter de l’occasion pour une petite rando. Malheureusement, en ce jour de congés à l’occasion de Songkran, beaucoup ont eu la même idée que nous. Chacun circule au ralenti. Ca fait râler les enfants qui ont faim. Nous nous arrêtons en bord de chemin pour acheter un poulet grillé et du riz gluant, que nous mangerons en route.

Petit-Un a très faim, il veut un morceau de poulet énorme. Je m’emploie à lui donner satisfaction. Petit-Deux est très compétitif ces temps-ci. Il veut un morceau encore plus grand. Pour illustrer sa demande, il écarte ses bras au maximum: « Grand comme ça! ». Bien sûr, mon poulet n’est pas une autruche. Je n’ai pas de part à la taille voulue, donc je donne ce que je peux –et je ne pinaille pas. Petit-Deux refuse ma proposition. J’explique. Il refuse encore. Je lui présente une autre pièce de volaille. Il entre dans une colère noire, vide une bouteille d’eau à ses pieds –comme ça, gratuitement- et explose de frustration.

Arrêt de la voiture. Explications fermes. Sanglots. Pleurs. Câlins. On se rabat finalement sur le riz gluant qui met tout le monde d’accord et on reprend la route. Je fais rigoler Papa-Tout-Terrain quand je lui explique que Petit-Deux a besoin d’exprimer sa frustration. « Mouais, c’est un caprice, quoi! ». Finalement, ce n’est peut-être pas si éloigné…

Ca fait maintenant une heure et demie qu’on est sur la route et nous n’avons pas fait un kilomètre. Tout autour, de jeunes gens entassés dans des pickups s’aspergent d’eau pour se rafraîchir et tuer le temps, en attendant d’arriver dans le parc. Le GPS nous indique qu’il nous reste 19 kilomètres. Bon, tant pis pour le parc… nous décidons d’arriver tôt à l’hôtel qui par chance aura une piscine ce jour-là! Même faire le demi-tour est toute une histoire, et il faudra finalement l’intervention d’un policier pour nous sortir de là!

Wishing Tree Resort

Notre voyage tire à sa fin et nous commençons tous à fatiguer un peu. L’hôtel Wishing Tree Resort, au sud de Khon Kaen, nous comble de tout ce dont nous rêvions: la chambre est immense, calme et confortable, avec une jolie vue sur une rivière déserte. La piscine est agréable et l’ambiance très familiale. Nous terminons la soirée tôt ce jour-là, après un délicieux repas Thaï pour les parents, et des frites et des pizzas pour les enfants, dans le restaurant de l’hôtel.

 

 

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