Bouddhisme pittoresque – Wat Namtok Thammarot

1 - Wat Namtok Thammarot - Temple des serpents

Ce week-end, c’était Makabucha, une fête bouddhiste qui célèbre un jour « miraculeux » où 1250 disciples se sont spontanément assemblés autour de Bouddha pour écouter l’un de ses sermons. Ce jour-là, les croyants vont prier au temple et assister à des prêches. Dans de nombreux monastères, des processions à la bougie clôturent les célébrations rituelles.

Notre nounou a proposé à sa fille adolescente de l’accompagner au temple. « Comment? Non seulement on n’a pas le droit d’utiliser son portable pendant les cérémonies, mais en plus il faut rester assis par terre pendant cinq heures! Et ça fait grave mal aux fesses! Hors de question que je vienne! » a rétorqué la jeune fille. Le concept de l’adolescente existe donc également en Thaïlande.

Nous, nous ne sommes pas bouddhistes, mais on ne crache jamais sur un jour férié. Nous avons donc entassé nos sardines à l’arrière de la voiture, bourré un tas de couches et quelques habits de rechange dans le coffre, et roule!

 

Le monastère de Wat Namtok Thammarot

Papa-Tout-Terrain avait déjà repéré notre première étape: un centre de méditation bouddhiste au milieu de… nulle part. Sérieux, quand on prend la carte, il y a juste rien autour. Pas une ville, pas un village, pas même une montagne. Et ça se confirme quand on arrive sur place. C’est au milieu de rien du tout. Enfin au milieu de plantations d’hévéas, quoi. (La nature n’aime pas le vide.) Bref, si l’on veut méditer, on peut venir méditer ici sans crainte, ce n’est pas l’environnement qui va déranger.

1 - Wat Namtok Thammarot - Temple des serpents

Bon, en revanche, sur place, ils ont eu la main lourde sur la déco et les animaux. L’arrivée est très zoologique. Il y a des chiens et des poules partout. Leur principale activité consiste à dormir au milieu de la route. On sent qu’ils ne sont pas dérangés souvent. D’ailleurs, nous étions pour ainsi dire les seuls visiteurs. J’ai fait trois crises cardiaques pendant qu’on slalomait entre les poussins. Occire une volaille, c’est pas bon pour nos karmas. J’ai finalement sauté de la voiture pour faire bouger la ménagerie. Un coq qui prenait ses aises dans un nid de poule m’a regardé d’un air narquois. De guerre lasse, Papa-Tout-Terrain a opté pour le talus.

 

Le temple aux Nâgas

On a commencé par un temple dédié aux Nâgas, serpents et autres dragons doués de superpouvoirs chez les bouddhistes et dans les cultes païens de la région. De loin, c’est grandiose. De longs reptiles s’élèvent en volute au dessus du lac attenant. C’est doré, coloré, majestueux. De près c’est un peu flippant, surtout quand on passe devant les serpents à tête humaine qui protègent l’enceinte des lieux.

2 - Serpents à tête humaine qui protègent l'enceinte des lieux

A l’intérieur, on sent que l’architecte s’est laisse aller à ses penchants pour le kitch: les murs sont rose bonbon avec une ornementation en macramé

 

3 - Wat Namtok Thammarot - Interieur

Niveau spiritualité, c’était moyen, car le bâtiment était en travaux. Du coup il n’y avait pas de fidèles, mais des ouvriers un peu partout. Ils nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse et une curiosité non dissimulée pour notre tripotée de têtes blondes et sautillantes. Deux ou trois dames nous ont suivis tout du long, d’un air énamouré.

 

Des nonnes et des Krathongs

Un peu plus loin, ce sont les nonnes des lieux qui nous ont hélés. Pour les enfants, bien entendu. Papa-Tout-Terrain et moi-même ne sommes pas assez mignons pour les intéresser. Petit-Deux s’est immédiatement éclipsé derrière mon short en treillis. Petit-Un a lancé un tonitruant « sawadee krap » (=bonjour). Et Miss-Trois a dégainé son plus beau sourire édenté. Comme une flèche, la plus vieille des religieuses –également édentée, mais un peu moins quand même- est partie chercher LE portable de la confrérie.

Pour tuer le temps, ses novices nous ont montré leurs Krathongs. Il s’agit de bateaux de feuilles et de bambous, que l’on décore de bougies et d’encens avant de mettre à l’eau, à l’occasion de certaines fêtes religieuses. Ceux-ci devaient être destinés aux célébrations de Makabucha. (Ou de Makabucha l’année prochaine vu qu’elles allaient drôlement lentement, mais qu’elles ont affirmé vouloir recouvrir le lac de bougies.) (Ou alors elles s’occupaient juste en attendant un miracle.)

4 - Nonnes en train de fabriquer des Krathongs

La vieille religieuse est revenue avec le téléphone, pieusement emballé dans un linge. Elle avait oublié le mot de passe et ne savait plus tellement s’en servir pour faire des photos. Les jeunes nonnes l’ont aidée. A la réflexion, je pense qu’il s’agissait de stagiaires. C’est courant en Thailande, pour quelqu’un du civil, de devenir moines un mois ou deux, au moment du décès de l’un de ses parents ou seulement pour le plaisir. Dans les entreprises, on est habitué à accepter sans discuter ces demandes de congés religieux. Les collègues disparaissent et reviennent quelques temps plus tard, tondus.

(N’empêche que la première fois qu’un mec m’a fait signer une autorisation d’absence en m’expliquant qu’il allait se faire moine et qu’il revenait après, j’ai un peu cru qu’il se moquait de moi…)

 

Le centre de méditation de Wat Namtok Thammarot

Bon, j’arrête de me disperser parce qu’il me reste des hectares de monastère à vous montrer, là. Vu qu’il y a de la place, dans la région, les moines n’ont pas hésité à s’étaler. Et en bonus, le jour où ils ont appris la technique des statues en parpaing mâché, ils se sont dit qu’ils allaient en mettre partout. Du coup c’est très coloré, mais j’y reviens.

A l’origine, le clou du spectacle est une chute d’eau, devenue le point de convergence des activités religieuses de l’endroit. Des salles de prière, une bibliothèque, un restaurant et des abris variés y sont greffés, pour l’accueil des pèlerins. Etonnement, les lieux était vides ou presque. En même temps la cascade était à sec –on est en pleine saison sèche- ce qui faisait peut être perdre son potentiel touristique au temple. (Ou alors, le monastère est toujours vide et les moines ont juste eu les yeux plus gros que le ventre.)

5 - Chute d'eau de Wat Namtok Thammarot

Tout autour, disséminées ça et là sur une surface improbable, des compositions sculpturales variées et colorées. De gros champignons roses décorés de Nâgas et de bouddhas servent d’abris de pique-nique. (Le moine-architecte était visiblement amateurs de nuances voyantes.) Des représentations de scènes religieuses et de mythes païens. Des histoires édifiantes de morale. Mickey et Minnie. (Que font-ils là?) Des déités issues de cultes chinois païens, une belle Guanyin, des dragons… Et quelques figures de l’hindouisme, que l’on sait étroit cousin du bouddhisme.

6 - Representation a caractere religieux a Wat Namtok Thammarot

 

De curieuses mises en scène

A chaque intersection, des portes monumentales interpellent le visiteur et le pèlerin. Du faste à peu de frais. Mais j’aime bien le faste dans la religion. Ca plante tout de suite un décor pimpant et stimulant. C’est nettement moins déprimant que le dénuement ou l’ascétisme. Et pour faire bonne mesure, les concepteurs du lieu ont apporté une touche finale en saupoudrant le tout de dinosaures carnassiers. C’est vrai que ça a de la gueule, les dinosaures.

7 - Dinosaures de Wat Namtok Thammarot

Certaines mises en scène sont plus travaillées. Il faut ainsi traverser un pont pour accéder à la représentation de l’arbre de la Bodhi, sous lequel Bouddha a atteint l’illumination. L’effet est intéressant. On se sent capté par la majesté du tableau. Hélas, par un excès de zèle, quelqu’un a rajouté deux tronçons de torses à l’entrée du pont. C’est moins à mon goût.

8 - Arbre de Bodhi a Wat Namtok Thammarot

Plus impressionnant encore, deux gigantesques représentations des enfers illustrent les misères et les supplices de l’au-delà. C’est une thématique courante, dans les lieux de culte bouddhistes. Le sujet y est toujours traité avec réalisme et crudité. Des êtres faméliques, aux plaies purulentes, aux membres arrachés et aux organes sexuels de démesurés… Ce ne sont pas les tableaux devant lesquels nous nous attardons en compagnie de nos enfants. Ils méritent néanmoins le détour, comme révélateurs d’une certaine vision de l’au-delà dans les religions orientales.

9 - Representation de l'enfer a Wat Namtok Thammarot

 

Faut-il aller visiter Wat Namtok Thammarot?

Nous avons passé deux bonnes heures dans ce monastère. La variété, la créativité et le nombre infini de ses représentations religieuses nous ont enthousiasmés. C’est le l’art très naïf, mais qui traduit avec certitude l’ensemble hétérogène des croyances et des cultes mêlés de Thaïlande. On y appréhende les questions religieuses dans une approche complémentaire à celle de Wat Saman Rattanaram.

10 - Porte monumentale de Wat Namtok Thammarot

Doit-on pour autant recommander l’endroit? Oui, sans nul doute si vous passez par là. Mais soyons réalistes, on ne passe pas par là par hasard. Si en revanche il vous prend envie de découvrir la province de Rayong hors des sentiers battus, groupez cette visite avec une balade à Khao Chamao, et éventuellement avec un petit détour par la ferme de Suan Lamai (j’en parle bientôt). Vous ne serez pas déçus… et vous ne devriez même pas croiser un « étranger » de la journée!

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6 réflexions sur « Bouddhisme pittoresque – Wat Namtok Thammarot »

  1. Très intéressant cet article ! (et en plus on voit un peu ta tête 😉 ) Je trouve que c’est une chouette expérience pour tes enfants d’être immergés dans une culture si différente de la nôtre. Des bises du Texas !

    1. Oh merci 🙂 (Je crois qu’il y avait deja ma tete en plus visible sur le billet « Grossesse a l’etranger ».)
      Pour les enfants, le paradoxe est que le temples / la culture thai deviennent la norme pour eux… Tu n’imagines pas combien ils sont excites quand ils voient une eglise, en revanche 😀

  2. Comme je le disais il y a peu à une autre blogueuse, je suis de plus en plus attirée par l’Asie… c’est peut-être en lien avec mon « parcours philosophique »… mais à mon avis, toutes ces belles photos n’y sont pas étrangères ! Belle journée 🙂 bisous

    1. Merci, c’est super gentil 🙂
      C’est amusant, moi j’ai eu le cheminement inverse… Je suis partie d’un grand interet linguistique et societal, pour l’Asie, et plus ca va, plus je decouvre une spiritualite, des religions et des philosophie passionnantes 🙂

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