L’éléphant rose du Wat Saman Rattanaram

Ganesh rose - elephant rose

Papa-Tout-Terrain a changé de voiture pour le week-end. Notre Honda est en révision au garage et on nous a donné une Toyota à la place. Enthousiasme de Petit-Deux devant la nouveauté. Puis déception: « La prochaine fois, Papa, tu pourrais demander une BMW… ». Bien qu’il n’ait que trois ans, il a déjà fort bon goût ma foi. Mais il va falloir qu’il change de parents s’il veut satisfaire ses envies de luxe.

La brave Toyota respectant le critère de « on peut mettre trois sièges auto à l’arrière », on charge les marmailloux, direction le Wat Saman Rattanaram de Chachoengsao.

En route, un croise un curieux cortège. Une voiture à gyrophares devant. Une voiture à gyrophares derrière. Toutes deux allant un train de sénateur. Au centre de cette étrange colonne, un très vieux monsieur en fauteuil roulant. Il fait le tour de Thaïlande, un portrait du défunt roi sur les genoux, pour un dernier hommage…

Pelerinage pour le Roi

On arrive. Vous voyez ces lieux de culte peuplés de tas de vieilles mémés rabougries et un poil revêches, qui regardent les enfants avec le sourcil froncé et se déplacent tellement silencieusement qu’on dirait qu’elles volent… Eh bien voilà. C’est exactement tout l’inverse!

 

Un somptueux chaos

Le Wat Saman Rattanara, c’est l’idée que je me fais des grandes foires sacrées du Moyen Age. Avec ses foules bigarrées. Ses vendeurs aux marchandises chatoyantes. Et des fidèles qui se muent en chalands sitôt la fin des dévotions.

C’est un ensemble de couleurs, de lumières, d’odeurs, de brouhahas et de mouvements confus. Un enchevêtrement gai. Une harmonie désordonnée.

L’orange des moines et les dorures des représentations sacrées. Le fumet du poulet grillé et les émanations d’encens. Le vert profond des goyaves marinées et le rose tendre des barbes-à-papa. Une cohue joyeuse et courtoise. On n’arrête pas de se bousculer. Toujours en se souriant.

Touilleurs de caramel

Voyez plutôt ces trois gaillards aux muscles saillants, en train de touiller d’immenses marmites de caramel! La vendeuse du stand offre un bonbon à petit deux. A quelque pas de là, Petit-Un est fasciné par une statue grandeur nature de Spiderman, qui côtoie un effrayant Guan Yu, le Dieu chinois de la guerre, et quelques bouddhas imperturbables.

 

Hindouisme

Le clou des lieux est une immense représentation de Ganesh, rose. Il est accompagné d’un rat, sa monture traditionnelle, dans la mythologie Hindoue. Lorsque l’on prie, on ne demande rien à Ganesh directement. Il faut s’adresser à son rat.

Ganesh rose - elephant rose

Dans la théorie, il faut bien boucher la deuxième oreille du rat pour éviter que la requête ne ressorte de l’autre côté! En pratique, et peut être en raison de l’affluence de lieux, on peut parler aux deux oreilles du rat en même temps, et il y a d’ailleurs plusieurs rats!

Ganesh et son rat

 

Bouddhisme Chinois

Un peu plus loin le temple chinois, avec Guan Yu et des tas de dragons. C’est un temple bouddhiste, mais d’une version bouddhiste rapportée de Chine en Thaïlande, vers la fin du dix-neuvième siècle, lors d’une importante vague d’immigration.

Temple chinois

Dans cette même catégorie du Bouddhisme chinois, on repère également une immense Guan Yin, la bodhisattva qui incarne la compassion. Et un gong géant qu’on peut frapper pour attirer la bonne fortune.

Temple chinois

 

Bouddhisme Thaï

Puis vient la zone du Bouddhisme thaï. On y brûle de l’encens. On y prie des bouddhas debout, des bouddhas assis, des bouddhas couchés. Et l’on s’incline devant des statues de moines, taille réelle. Ils font plus vrais que nature à tel point qu’on se demande s’ils sont vivants ou non. On en voit souvent dans les temples et ils me perturbent toujours. (Au début je croyais que c’était des vrais moines embaumés, et j’étais encore plus mal à l’aise). (Et il m’est aussi arrivé parfois de passer devant ce que je croyais être des faux-moines-statue, avant de me rendre compte qu’ils respiraient. Bref, c’est un peu flippant.)
Fleur de Lotus
Tout au bout, on termine sur une énorme fleur de lotus rose flottant sur le fleuve. C’est tout l’art de mêler le spectacle et la religion. Les fidèles y alternent les offrandes et les selfies dans des poses gracieuses et romantiques.

 

Phra Rahu

Un peu à l’écart enfin, on note un bâtiment surmonté d’un immense Phra Rahu. Phra Rahu est un géant divin que l’on retrouve à la fois dans la mythologie Hindoue et le Bouddhiste. Il mange régulièrement le soleil ou la lune, provoquant ainsi les éclipses.

Phra Rahu

De ci, de là, et au milieu de cette cohue, les marchands du temple. Le curieux y achète des amulettes et des jeux en plastique made in China pour les enfants. On se restaure, on boit un coup, et on grignote, avant de passer au dieu suivant en devisant gaiement.

 

Pêle-mêle sacré au Wat Saman Rattanaram

Pour des esprits occidentaux tant de religions et de divinités rendent l’appréhension de ces lieux un peu confuse. Mais la pensée asiatique est souple et retient plus la complémentarité de ces cultes que leurs antagonismes. Ces religions restent par ailleurs étroitement liées, puis que le bouddhisme chinois et le bouddhisme thai sont tous deux issus de l’Hindouisme.

Sacre Pele-Mele

Enfin, certains de mes amis m’ont proposé une version très pragmatique qui se défend aussi: dans la mesure où l’on ne peut être sur de qui est le « vrai » dieu, autant les prier tous un peu pour multiplier les chances de salut. Finalement, plusieurs précautions valent toujours mieux qu’une.

Money money money…

Dans les temples de Thaïlande, je suis souvent surprise des rapports tres étroits entre religion et argent. Pas une divinité n’est invoquée sans qu’elle n’ait droit à son tribut. De l’encens, une bougie, des fleurs, un peu de feuille d’or ou des devises sonnantes et trébuchantes. Dans l’esprit des fidèles, on augmente ainsi les chances de voir ses vœux se réaliser et l’on améliore son karma, pour maintenant et pour ses existences à venir.

Lancer de pieces

Certaines institutions religieuses sont ainsi tres riches. Cela mène régulièrement à des débats publics houleux quant à la probité des moines et à la nécessité ou non, pour eux, de vivre dans la pauvreté. Je n’entrerai pas dans ces débats: ce n’est ni ma société ni ma religion. En revanche, je m’amuse toujours de l’ingéniosité des concepteurs de lieux, pour pousser à l’offrande:

  • Tapez trois coups sur l’immense gong chinois pour voir vos souhaits se réaliser. Et faites une offrande…
  • Visez un bocal sacré avec des pièces… Plus vous tirerez en plein dans le mille, mieux vos vœux se réaliseront!
  • Distribuez une à une des pièces dans les bols disséminés tout autour de la fleur de lotus géante.
  • Variante: distribuez une à une des pièces dans chaque bocal des statues de moines plus vrais que nature qui se tiennent en rang d’oignon.
  • Achetez une bougie « fleur de lotus ». Faites la flotter sur l’eau d’une fontaine.
  • Alimentez en huile une lampe sacrée.
  • Deposez une requête à l’oreille du rat de Ganesh. Et faites une offrande…

Rat de Ganesh

Bref, quand on arrive dans un temple, j’ai généralement des kilos de pièces sur moi (rapport à Papa-Tout-Terrain qui les laisse toujours traîner)… Quand on repart en revanche, je suis fort légère! … Cela dit, comme les moines ont pensé à tout, il y a même des « bureaux de change » billets-pièces un peu partout, pour ceux qui n’ont pas de Papa-Tout-Terrain sous la main.

 

Emplettes et délices

Nous terminons par quelques emplettes de bouche. Les premières mangues de la saison. Des pamplemousses. Des melons. Et des mini ananas, craquants, juteux et si sucrés.

J’hésite devant quelques sauterelles grillées avant de renoncer: les insectes sont souvent pleins de pesticides. Ce n’est pas l’idéal quand on allaite un bébé. (Ok, ce n’est jamais l’idéal, en fait, mais quand même, c’est bien bon…) Je me rabats sur des caramels au durian. Oh! Et des œufs de cent ans, mon délice de Chine! Ce sont les mêmes en Thaïlande, mais leurs coquilles sont teintes en rose. Bien entendu, j’ai craqué aussi…

Dragon

Les enfants nous réclament un arrêt final au stand des petits gâteaux pour des cigares croustillants au sésame, des petites crottes addictives à la noix de coco, et de jolis biscuits colorés, traditionnellement proposés lors des mariages.

Avais-je mentionné qu’il y avait très souvent plein de trucs bons à manger, autour des temples?

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13 pensées sur “L’éléphant rose du Wat Saman Rattanaram”

  1. Bonjour, très bel article; Du coup mes petits bouts 1 et 2 veulent y aller, nous serons à BANGKOK, est ce loin? Comment s’y rendre ? Merci beaucoup de tes réponses et bonne journée

    1. Bonjour Christelle,
      Ca me fait plaisir que ce billet vous ait convaincus! Le Wat Saman Rattanaram n’est qu’a une petite centaine de kilometre de Bangkok. Voici le lien sur Google Map.
      En revanche, l’endroit n’est pas efficacement desservi par les transports en commun, depuis Bangkok. Pour vous, l’ideal serait sans doute de prendre un chauffeur a la journee, qui pourra vous emmener et vous ramener. Vous pouvez demander a votre hotel de vous aider a organiser votre journee ou vous adresser directement a un chauffeur dans la rue. Cela devrait couter entre 1,500 et 2,000 THB.
      Si vous avez un chauffeur pour la journee, profitez en pour visiter le vieux marche de Chachoengsao. Vous pourrez egalement vous restaurer agreablement au marche de Bangkla et y faire une balade en bateau!

  2. Ton article est super ! Je trouve ça génial qu’il y ait ce mélange de religions sans que cela pose de problème, c’est rassurant. Quant aux sauterelles, je ne suis pas sûre que j’oserais goûter, même si tu dis que c’est très bon…

    1. Oui, tu as raison, on est loin de nos perceptions occidentales. Cette « flexibilite spirituelle » me semble toujours difficile a aborder mais est passionnante, et remplie d’humanite 🙂

  3. J’adore l’idee de prier tous les dieux pour une meilleure chance de salvation. Mais, tu le dit mieux que moi. Je ne savais pas qu’il y avait tant de religions. Très intéressant et merci.

    1. Merci à toi d’être passée par là! Les religions et croyances sont nombreuses et variées ici. Je découvre très souvent des divinités qui m’étaient inconnues, et j’ai toujours des difficultés à comprendre précisément la typologie des différents cultes en Thailande. Il m’en reste encore beaucoup à apprendre 🙂

    1. Je dirais que tu peux y aller sans crainte. Leur goût est fin mais ni trop prononcé ni trop entêtant, donc le risque n’est pas énorme. Une bonne sauce ajoute beaucoup à la dégustation. Globalement, je crois ne connaître personne qui aurait détesté après y avoir goûté (et chez nous, même Petit-Deux adore!)

Un petit commentaire me fait toujours plaisir...